En 1911, les sources sont à peu près les mêmes que dans les deux sessions précédentes. C'est pourquoi nous nous contenterons d'ajouter quelques éléments au tableau de la presse parlementaire de l'année 1911. Tout au cours de la session, les journalistes suivants sont membres de la Tribune de la presse :
En 1912, la Tribune de la presse compte 16 journalistes :
- Aubé, Édouard, Le Temps
- Authier, Hector, La Presse
- Cinq-Mars, Alonzo, La Patrie
- Davis, John A., The Daily Telegraph
- Desjardins, Louis-Philippe, L'Événement
- Desjardins, Valère, Le Soleil
- Dumont, Jean-Baptiste, Le Devoir
- Dunn, Thomas W. S., The Quebec Chronicle
- Gagnon, Joseph-Amédée, Le Quotidien
- Headly, H. W., The Montreal Daily Star
- Lamberet, F.-J., Le Canada
- Lavoie, Moïse, L'Action sociale
- Lonergan, Thomas J., The Montreal Gazette
- Mc Naughton, Gordon T., The Montreal Daily Herald
- Roy, Laetare, L'Union des Cantons de l'Est
- Roy, Philippe, La Vigie
Tous ces journaux, et particulièrement les quotidiens, nous ont servi, à des degrés divers, pour la reconstitution des débats de cette session. La presse régionale a eu, elle aussi, son utilité. Le meilleur exemple : à la séance du 24 février, le député du Lac-Saint-Jean, Jean-Baptiste Carbonneau, fait un long discours sur le chemin de fer Roberval-Saguenay, ignoré par les journaux des grands centres, mais heureusement reproduit intégralement par Le Progrès du Saguenay du 6 mars. Sans répéter la bibliographie qui apparaît plus loin, mentionnons quelques titres. La Tribune de Sherbrooke qui conserve son originalité même si elle reprend la chronique parlementaire du Canada; le Sherbrooke Daily Record qui publie de larges extraits de la Gazette. Quant au Courrier de Saint-Hyacinthe, il s'apparente au Devoir; sa chronique est impressionniste et très partisane. Le Canada Français de Saint-Jean reproduit des passages de la chronique du Soleil alors que Le Bien public de Trois-Rivières puise à L'Action sociale. La Libre parole, le pendant conservateur de La Vigie libérale, est très partisane : elle appuie l'opposition conservatrice et attaque continuellement les libéraux.
Les relations entre la presse et le gouvernement ont parfois été tendues au cours de cette session. Le premier ministre Gouin apostrophe en ces termes le journaliste Jean-Baptiste Dumont alors qu'il est assis à la tribune des journalistes, à l'arrière du salon vert :
En effet, laissez-moi mentionner cet écrivain fielleux, ce filet, ce raté qui a été à la rédaction d'une feuille conservatrice de cette ville pendant des années, qui fouillait dans son dictionnaire et se creusait la tête pour trouver les mots les plus grossiers et les lancer à la face de ses adversaires, qui a été chassé de la Chambre il y a quelques années, qui est parti de son journal sans qu'on lui dît un mot d'adieu [...] il n'y avait qu'au Devoir qu'il pouvait descendre et qui lui a confié le poste de courriériste parlementaire à Québec. Sa figure porte la marque de tous les vices. 1
La charge du premier ministre est violente, mais la réplique du Nationaliste l'est tout autant : « Et voici comment, écrit Léon Lorrain, grâce à l'immunité parlementaire, le premier ministre de notre province insulte gratuitement un contribuable, sans craindre la gifle (allusion bien sûr à la gifle d'Asselin à Taschereau)2 qu'il n'aurait pas volée.3 » Pour leur part, les députés nationalistes ne manquent pas une occasion d'attaquer le gouvernement qui emprisonne les journalistes, en parlant de Fournier et d'Asselin4.
Le Devoir, qui fête son premier anniversaire à l'ouverture de la session, ne roule pas sur l'or; on gèle dans la salle de rédaction5. Il est cependant très combatif, particulièrement dans le débat sur la réciprocité et sur la question des tramways. Il suit de très près les interventions de son directeur, Henri Bourassa, d'Armand Lavergne et des autres députés de l'opposition. Attaqué par Joseph-Léonidas Perron, Bourassa déclare que l'intérêt pécuniaire qu'il a dans Le Devoir est minime : « [...] de ce journal auquel je donne les trois quarts de mon temps et mon travail et où j'ai placé plus d'argent qu'aucun autre citoyen, sauf une couple d'exceptions, je ne retire rien.6 »
Signalons également le conflit entre L'Action sociale et deux journaux libéraux : Le Soleil et surtout La Vigie; deux journaux qui s'en prennent régulièrement au journal catholique. Ce qui force Mgr Louis-Nazaire Bégin à intervenir par l'entremise d'une longue lettre pastorale lue dans toutes les églises et chapelles de l'archidiocèse de Québec, le 19 février7.
Nous dénonçons donc avec énergie la campagne menée depuis quelque temps par certains journaux publiés à Québec et ailleurs contre le clergé, les institutions religieuses, les enseignements et les oeuvres de l'épiscopat. La presse, qui mène cette campagne, fait oeuvre mauvaise, dissolvante, ruineuse de la discipline et de la foi; elle jette le trouble dans les âmes, détruit la confiance des fidèles, paralyse les efforts des pasteurs et sème partout l'esprit d'insubordination et de désordre.
Et comme, parmi les journaux qui mènent cette campagne, il en est deux, La Vigie et Le Soleil, qui sont publiés dans Notre ville épiscopale, Nous jugeons nécessaire de leur donner un avertissement solennel, de les rappeler avec fermeté au sentiment de leur devoir, et de signaler à Nos fidèles les excès de langage et les écarts de conduite que Nous avons à leur reprocher.
[...] Ces deux journaux ont mis, en effet, à discréditer L'Action sociale une sorte d'acharnement vraiment pénible et scandaleux. La Vigie surtout a montré dans cette campagne une ténacité et une audace plus d'une fois mensongère qui a dû souvent étonner ses propres lecteurs8.
Cette lettre contient « un grave et solennel avertissement » au Soleil et à La Vigie. Pourtant, L'Action sociale a ses torts; elle ne mâche pas ses mots à l'égard de La Vigie qu'elle qualifie de péronnelle qui fait des insinuations venimeuses et perfides, qui ne recule devant aucune bassesse ni aucune vilenie, une feuille d'occasion et de perdition, un égout, une amie des hôteliers et des juifs9, son cas est « une véritable insulte au bon sens10 ». Ces attaques amènent Gouin et d'autres à envoyer une requête au souverain pontife pour dénoncer L'Action sociale qui « a injustement combattu notre parti et les hommes qui le dirigent » et qui « fait une opposition systématique aux ministres qui gouvernent cette province11 ». Inutile de dire que cette querelle colore le compte rendu des débats de ces journaux. L'historien qui les utilise pour la reconstitution des débats doit donc être vigilant.
Quelques députés se plaignent de la couverture des débats faite par les journaux. Ainsi, Joseph-Napoléon Francoeur (Lotbinière) soulève une question de privilège pour se plaindre du Devoir et de L'Action sociale. Ces journaux ont insinué qu'il désirait voir établir dans notre province le système scolaire de la France alors qu'au contraire il prône l'éducation donnée par les communautés religieuses.
L'Action sociale prétend que j'ai parlé de corbeaux noirs en faisant allusion à ses rédacteurs, dit-il. Je n'ai jamais prononcé ces mots de corbeaux noirs à l'adresse de qui que ce soit. J'ai parlé de perruques blondes et de collets noirs récemment affiliés au Devoir et au Nationaliste, qui conspirent à La Libre Parole12.
Le député de Bagot, Frédéric-Hector Daigneault, soulève lui aussi une question de privilège toujours à l'encontre de L'Action sociale qui a cherché à lui nuire en écrivant qu'il avait voté sur une question qu'il ne connaissait pas. Il ne croit pas que ce journal ait le droit de mentir aussi effrontément13. D'autres, comme John Thomas Finnie, dénoncent la campagne du cri de la race et de la religion menée par la presse nationaliste : « Le Nationaliste, Le Devoir, qui ne vit que des cris de la race et de la religion, L'Action sociale, La Croix, ne sont capables de voir les choses que sous un seul angle.14 » Pour Francoeur, « L'Action sociale, La Vérité et La Croix pourront continuer à nous insulter, c'est un honneur d'être insulté par cette presse15 ».
La presse gouvernementale émarge encore largement au Trésor public. L'octroi des contrats d'impression gouvernementaux, en particulier celui du Journal d'agriculture confié au Canada, scandalise l'opposition16. Prévost passe en revue les divers ateliers d'impression qui ont obtenu des contrats : Le Courrier de Sorel a reçu 5 104,94 $; The Quebec Daily Telegraph, 5 482,14 $; Le Soleil, 13 618,39 $; The Montreal Herald, 6 930,27 $; John Dougall & Son du Witness, 343,50 $; Le Progrès de l'Est, 1 007,51 $; Le Canada Français, 2 792,51 $; La Vigie, 1 148,27 $; et L'Éclaireur, 524,22 $17. Dès lors, Armand Lavergne accuse le premier ministre de « salarier » des organes comme Le Soleil et Le Canada par le biais de l'impression du Journal d'agriculture18. Selon lui, « quand il reste de l'argent dans les départements, on donne cela au Soleil19 ». Pour ne pas être en reste, Godfroy Langlois, député de Montréal no 3 et ancien rédacteur en chef du Canada, fait dire au ministre Décarie que le livre de M. C.-J. Magnan intitulé Les écoles primaires et les écoles normales en France, en Suisse et en Belgique a été imprimé à L'Action sociale limitée au coût de 495,82 $ pour 500 exemplaires20.
Jocelyn Saint-Pierre
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NOTES
1. Le Nationaliste, 22 janvier 1911, p. 4, et Débats de l'Assemblée législative, session 1911, séance du 11 janvier.
2. Voir les Débats de l'Assemblée législative, session 1909, p. 1004.
3. Le Nationaliste, 15 janvier 1911, p. 1.
4. Séance du 21 février 1911.
5. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1940, tome XVI, p. 11.
6. Séance du 3 mars 1911.
7. Le Soleil, 20 février 1911, p. 4.
8. Robert Rumilly, op. cit., p. 14, La Vigie, Le Soleil et L'Action sociale, 20 février 1911.
9. Ibidem, p. 35-36.
10. L'Action sociale, 18 février 1911, p. 4.
11. Robert Rumilly, op. cit., p. 29.
12. Séance du 13 février 1911.
13. Séance du 9 mars 1911.
14. Séance du 13 janvier 1911.
15. Séance du 9 février 1911.
16. Séance du 21 mars 1911.
17. Séance du 7 mars 1911.
18. Séance du 11 janvier 1911.
19. Séance du 7 février 1911.
20. Séance du 20 février 1911.
2002-07-10