Pour cette session, la Tribune de la presse est ainsi constituée :
Barnard, Joseph-Édouard, L'Événement
Cinq-Mars, Alonzo, La Presse
Davis, John A., The Daily Telegraph
Desjardins, Valère, Le Soleil
Dumont, Jean-Baptiste, Le Devoir
Dunn, Thomas W. S., The Quebec Chronicle
Gagnon, Joseph-Amédée, Le Quotidien
Guest, W. H., Montreal Daily Witness
Lavoie, Moïse, L'Action sociale
Lonergan, Thomas J., The Montreal Gazette
Lovekin, H. B., Sherbrooke Record
Morisset, Georges, Le Canada
Osborne, W. P., The Montreal Daily Star
Potvin, Damase, La Patrie
Scanlan, W. H., The Montreal Daily Herald
L'exécutif de la Tribune se trouve formé du président Georges Morisset, des vice-présidents John A. Davis et Damase Potvin, et du secrétaire Valère Desjardins.
Il est possible de dégager l'attitude générale de certains journaux à l'égard du gouvernement. Le Soleil, Le Canada et La Presse appuient le gouvernement sans réserve. Le plus partisan de ces trois journaux nous paraît être sans aucun doute Le Soleil, mais il contient de plus longs comptes rendus que les deux premiers.
La Patrie combat le gouvernement pendant la campagne électorale du printemps et à l'occasion pendant la session, comme par exemple à propos de la Commission du parc Maisonneuve, mais ce sont Le Devoir et L'Action qui se montrent les plus durs adversaires du gouvernement. Le correspondant du Devoir, Jean Dumont, se sert souvent de l'ironie pour combattre le gouvernement. L'Action tente de rendre suspecte la politique du gouvernement en matière d'éducation et l'accuse de vouloir réformer radicalement l'éducation. Le premier ministre Gouin proteste en Chambre contre cette campagne d'insinuation. En ce qui concerne le compte rendu des débats proprement dit, le journal L'Action reste cependant objectif et substantiel, l'un des journaux les plus complets.
Il arrive aussi que certains journaux soutiennent à l'occasion des positions d'un adversaire. Ainsi le Montreal Daily Star, un journal tory, appuiera la politique du député Langlois concernant l'instruction obligatoire.
Parmi les quotidiens dont l'apport a été important à l'étape de la version complémentaire, on peut signaler le Sherbrooke Daily Record pour les discours des anglophones Scott, Devlin et Mackenzie, Le Quotidien et le Quebec Chronicle particulièrement.
Les hebdos les plus utiles furent : Le Pays pour les débats et pour le contexte intellectuel en général; Le Courrier de Saint-Hyacinthe qui polémique contre les députés Bouchard et Langlois; Le Clairon qui contient des discours de Bouchard. Quelques journaux ont des chroniques régulières, dont L'Éclaireur, Le Canada français, Le Saint-Laurent, Le Progrès du Golfe. Ce dernier journal contient des allusions, des phrases piquantes qu'on ne trouve pas ailleurs.
Le Nationaliste livre des commentaires sur des sujets de fond, mais pas de débat. L'Étoile du Nord, conservateur, contient des débats et particulièrement des extraits de quelques discours du chef de l'opposition, M. Tellier. L'Avenir du Nord, libéral, rejette la position de L'Action catholique sur l'instruction obligatoire sans approuver l'opportunité de la mesure.
Les journaux rapportent sensiblement les mêmes débats, mais font souvent des commentaires sur le comportement des députés qui ne sont pas de même allégeance pour les ridiculiser. Ils signalent que le député dormait par exemple, rougissait, gesticulait, se mordait les lèvres, etc. Ainsi L'Événement note à propos des ministres libéraux qu'ils étaient ahuris devant les explications de M. Lavergne, que « le ministre de la Chasse (l'honorable M. Devlin) semblait perdu dans une savane, le ministre des Terres (l'honorable M. Allard) s'entêtait comme un homme des bois et le ministre de l'Agriculture (l'honorable M. Caron), comme toujours, était dans les patates! » (L'Événement, 7 décembre, p. 1) Malgré ce commentaire partisan, L'Événement s'efforce, quand il s'agit des débats, de rapporter les paroles des adversaires de la façon la plus objective possible. La Presse se moque également de la diction du député conservateur Gault qui, prétend-elle, ne réussit jamais à se faire entendre; personne ne saurait, d'après ce journal, ce qu'il a dit s'il ne communiquait pas ses notes aux journalistes après avoir parlé.
Si les journaux sont parfois durs pour les députés, ceux-ci ne ratent pas non plus l'occasion de les critiquer. Ainsi M. Lavergne dit qu'il aime mieux se fier à la parole du premier ministre qu'à celle de La Presse et qu'il ne voudrait pas faire entendre qu'elle est une honnête femme.
Maurice Pellerin
2002-06-10