Les débats de l'Assemblée législative
14e législature, 1re session
(du 7 novembre 1916 au 22 décembre 1916)

Analyse des journaux et des sources



Une forte majorité libérale

Même si plusieurs journaux anglophones du Québec sont contrôlés traditionnellement par le Parti conservateur, il n'en demeure pas moins que le Parti libéral est au pouvoir à Québec depuis 19 ans, jouissant depuis les dernières élections d'une majorité écrasante de 69 députés, alors que l'opposition n'est constituée que de six députés. La vie politique est donc empreinte de cette suprématie, puisque ce gouvernement demeure solidement en place. Pour survivre, les autres quotidiens conservateurs se doivent d'apprendre à composer avec les libéraux et à ménager le gouvernement. Les annonces et les contrats d'impression du gouvernement demeurent toujours une source de revenus appréciable pour les entreprises de presse. Pour éviter d'être totalement exclus de la liste des fournisseurs du gouvernement, les bureaux de rédaction de journaux reconnus comme conservateurs se font plus conciliants envers le gouvernement et consentent donc de plus en plus souvent à accorder quelques bonnes notes à ce dernier. Les dures années de guerre favorisent également ce climat de trêve entre les partis qui se reflète aussi dans la presse.

Cependant, une particularité de cette deuxième session de 1916 demeure le fait que, pour la première fois, le chef de l’opposition est un journaliste de profession. Arthur Sauvé qui, à l'occasion signait ses chroniques de son pseudonyme Arthur sincère, a travaillé entre autres au Monde canadien, à La Presse et à La Patrie. Il connaît donc bien le monde des journaux et de la presse en général. Il est d’ailleurs d’autant plus vigilant, sachant à quel point la politique partisane est présente dans les salles de rédaction. Rien de surprenant à le voir soulever des questions de privilège à propos de chroniques parues dans Le Devoir (10 novembre) et dans Le Soleil (27 novembre).

Le Devoir, le journal de Bourassa, s’impose comme un grand journal d’idées toujours indépendant des partis. Il a surpris bien des lecteurs en donnant son appui à Gouin pendant la campagne de 1916. Cela n'empêche aucunement le ministre Caron de protester contre un reportage du Devoir au sujet des crédits de l’Agriculture, le 7 décembre, mais, tout en faisant sa mise au point, il conserve un ton assez conciliant envers le quotidien nationaliste.

L’Action catholique qui s’est toujours opposée au gouvernement libéral baisse le ton en 1916. L’Église courtise alors les autorités politiques et souhaite un resserrement des lois contre l’alcool. Cette participation du clergé au lobby de la tempérance explique sans doute une certaine aménité de ton.

Le Soleil et Le Canada, toujours la voix du Parti libéral respectivement à Québec et à Montréal, ne sont pas favorables à la prohibition et le disent. De leur côté, les conservateurs ont toujours l’appui de L’Événement et de La Patrie. L’opposition dans la presse n’a plus la vigueur d’autrefois, car il faut composer avec les susceptibilités ministérielles pour conserver sa petite part du patronage et des contrats d’impression du gouvernement.

Le Réveil, qui n'existe que depuis le 27 décembre 1915, est un quotidien nationnaliste. Rédigé par Tancrède Marsil, celui-ci consacre toute son énergie à combattre dans son journal tout particulièrement le service militaire obligatoire, dont le spectre se fait de plus en plus présent, et la politique militaire du gouvernement.

Le Daily Telegraph de Frank Carrel est considéré par l'opposition comme l'organe du gouvernement dans la capitale. Ce quotidien souhaite rejoindre une clientèle plus populaire. C'est pourquoi il prend la défense de la classe ouvrière, à l'encontre du Chronicle qui exprime davantage les opinions de la bourgeoisie conservatrice. Trait fondamental de ce quotidien, il s'est toujours intéressé de près tant aux problèmes commerciaux qu'à l'embellissement de la ville de Québec.

En 1916, la Tribune de la presse se compose de dix-sept journalistes dont six représentent des journaux de langue anglaise1 :

Noël Chassé

L'Événement

Alonzo Cinq-Mars

La Presse

John A. Davis

The Quebec Chronicle

Louis-Philippe Desjardins

L'Action catholique, président

Valère Desjardins

Le Canada

Jean-Baptiste Dumont

Le Devoir

Louis Dupire

Le Devoir

Joseph-Amédée Gagnon

Le Quotidien

Eustache Letellier

Le Soleil / Le Canada

Tancrède Marsil

Le Réveil

William R. O’Farrell

The Montreal Daily Mail / The Toronto News

Wilfrid E. Playfair

The Montreal Daily Star

Damase Potvin

La Patrie / L'Événement

Raoul Renault

Le Franc Parleur

John Richardson

The Montreal Herald and the Daily Telegraph

Abel Vineberg

The Montreal Gazette

W. Werry

The Daily Telegraph

__________

NOTES

1. Le nom des correspondants parlementaires est tiré de : Les membres de la Tribune de la presse, liste chronologique, 1871-1989, Québec, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1990, (s.p.), Coll. « Bibliographie et documentation », no 34.



 

2002-05-15