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Point de presse de M. Stéphane Billette, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'agriculture et de pêcheries, M. Jean D'Amour, porte-parole de l'opposition officielle pour le Plan Nord et de M. Norbert Morin, porte-parole de l'opposition officielle en matière de transformation alimentaire

Version finale

Thursday, February 14, 2013, 9 h 33

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Neuf heures trente-trois minutes)

M. Billette: Bonjour, tout le monde. Je pense qu'aujourd'hui c'est un sujet très important. Je viens vous faire part de l'inquiétude des agriculteurs, des producteurs et des régions. Je suis accompagné de deux de mes collègues, des régions également. Mon nom est Stéphane Billette, député de Huntingdon et critique à l'agriculture, à l'alimentation et les pêches, accompagné de mon collègue de Rivière-du-Loup Jean D'Amour, et de Montmagny... Côte-du-Sud, M. Norbert Morin. On est ici, comme j'ai dit, pour refléter les inquiétudes des agriculteurs, des producteurs, des transformateurs et de plusieurs régions du Québec.
L'agriculture au Québec, c'est 7 % du PIB total du Québec. C'est probablement le secteur d'activité... Ce n'est pas probablement, c'est le secteur d'activité le plus important que nous avons ici, au Québec. C'est 500 000 emplois directs et indirects, c'est 30 000 entreprises, principalement dans nos régions du Québec.
Un des piliers de notre agriculture au Québec et même au Canada, c'est notre système de gestion de l'offre, la gestion de l'offre qui protège, à ce moment-là, nos producteurs, qui assure un marché à nos producteurs de lait, producteurs d'oeufs et producteurs de volaille. C'est 7 213 fermes, c'est 80 000 emplois au Québec, c'est 3,2 milliards de retombées économiques directes pour le Québec.
Il y a quelques années, le gouvernement libéral a amorcé des négociations avec l'Europe qui ont mené à une entente Québec-Europe. Sous l'impulsion du gouvernement, le fédéral a également amorcé des discussions pour en venir à un accord de libre-échange. Un intouchable lors de ces négociations-là - et on ne peut laisser un pouce sur ce dossier - c'est le système de gestion de l'offre dont on bénéficie et dont plusieurs producteurs et plusieurs régions bénéficient au Québec.
Il y a quelques heures, une première depuis 40 ans, depuis la mise en place du système de gestion de l'offre, s'est produite au Québec... Quotas de fromage: Québec pourrait faire un compromis. Je vais vous dire, c'est la première fois en 40 ans, depuis la création... qu'un gouvernement provincial ouvre la porte au changement du système de gestion de l'offre. En effet, le ministre du Commerce extérieur a mentionné, lors d'une conférence, que Québec pourrait accepter un compromis sur l'importation de fromage européen au Québec.
Je vais vous dire, les impacts sont majeurs. On parle ici de 10 000 tonnes de fromage. 10 000 tonnes de fromage, c'est 100 millions de litres de lait qui ne seraient plus produits ici, au Québec. C'est 500 entreprises agricoles, producteurs laitiers qui fermeraient leurs portes à cause d'un surplus de lait. C'est des emplois directs sur nos fermes, dans nos fromageries partout à travers le Québec. La première ministre a deux choix à l'heure actuelle: de rappeler à l'ordre son ministre du Commerce extérieur ou d'endosser ses propos. Merci beaucoup.

M. Lecavalier (Charles): Oui, moi, j'aurais une question. Donc, pour vous, tout compromis est inacceptable, si je comprends bien?

M. Billette: Tout à fait, puis je n'hésite même pas à y répondre. Je pense, c'est la base de notre économie en région. Le système de gestion de l'offre, là, c'est le quart de toute notre production agricole. On parle de 28 000 emplois au Québec en agriculture, des emplois directs. Ça représente tout près de 8 000 emplois au Québec. Si on commence, après 40 ans, à endosser l'ouverture de la moindre brèche que ce soit dans le système de gestion de l'offre, on est aussi bien de fermer nos régions. C'est un programme qui permet la survie de nos régions, un revenu décent pour nos agriculteurs, un produit de qualité et accessible pour tous les consommateurs et consommatrices du Québec. Donc, c'est une fin de non-recevoir, de toucher ou d'ouvrir la moindre brèche dans le système de gestion de l'offre.

M. Lecavalier (Charles): Donc, vous êtes prêt à négocier, mais sans faire de compromis?

M. Billette: C'est-à-dire, c'est le gouvernement fédéral qui négocie. C'était l'impulsion. Le gouvernement libéral puis tous les gouvernements qui ont passé en 40 ans ont toujours été très catégoriques: Il n'y a aucune brèche qui peut être ouverte sur le système de gestion de l'offre. Ce qu'on assiste ici, là, c'est une première en 40 ans. Puis, voilà 40 ans, c'était la mise en place du système de gestion de l'offre canadien.

M. Lecavalier (Charles): Et qu'est-ce que vous dites aux consommateurs québécois qui, eux, seraient peut-être intéressés à avoir un plus large éventail de fromages, d'avoir accès à des fromages français, des...

M. Billette: Il faut revenir à la base. Je pense que le Québec s'est développé. On a des fermes dans nos régions. Le système de gestion de l'offre, c'est d'assurer... c'est un équilibre entre la demande et l'offre de produits laitiers, des oeufs et également de la volaille. Le système de gestion de l'offre permet d'avoir un prix uniforme qui se maintient à travers les fluctuations du marché.
Je vais vous donner un exemple. Moi, je suis député de Huntingdon. Mes voisins de comté, c'est l'État de New York. Le prix du lait a baissé, voilà trois ans. Des fermes, on les comptait à la tonne, le nombre de faillites qu'on avait. Le prix du lait était à la baisse. Il y a des fois, toutefois, le prix du lait remonte et vient même plus cher que celui qu'on retrouve ici. Donc, c'est un prix qui fluctue. On peut s'assurer d'avoir une qualité, d'avoir un prix qui est soutenu, qui est fixe et qui est maintenu par une régie qui entend les différents intervenants et, d'autant plus, on s'assure de la survie et de l'occupation de notre territoire.

M. Laprade (Yvon): M. Billette, vous parlez de l'importance de préserver le système de gestion de l'offre. Vos demandez à la première ministre de prendre position là-dessus. Vous avez questionné le ministre Gendron, hier, à l'étude des crédits budgétaires. Est-ce qu'on parle de deux discours différents: celui du ministre de l'Agriculture qui semble prendre position clairement et M. Lisée, qui semble ouvrir à un autre niveau? Mais pourquoi M. Lisée ouvre à un autre niveau, selon vous? Est-ce qu'il veut changer le fromage pour d'autres produits d'exportation? Est-ce que c'était une monnaie d'échange?

M. Billette: Ça, vous poserez la question à lui. Est-ce que c'est ses intentions? Est-ce que c'est une méconnaissance du dossier? Ce n'est pas à moi à interpréter ses propos. À l'heure actuelle, ce qu'on est, on est devant des faits: Un ministre qui a dit qu'il était prêt à faire des compromis sur le système de gestion de l'offre. Et je l'ai bien dit, Mme Marois a deux choix: soit d'endosser les propos de son ministre du Commerce extérieur ou de le rappeler à l'ordre immédiatement.

M. Lecavalier (Charles): Mais qu'est-ce que vous pensez des propos de... Qu'est-ce que vous pensez de la proposition de votre collègue Pierre Moreau qui est prêt, disons, à remettre en question le monopole de l'UPA?

M. Billette: Ça, je ne ferai pas de propos, parce que je vais dire, le monopole de l'UPA n'entre pas dans le dossier du quota de fromage, et ça, je pense, c'est aux agriculteurs de le débattre et ça ne fait pas partie, là, de la question aujourd'hui.

M. Laprade (Yvon): Ma question, M. D'Amour - vous êtes producteur laitier, ou dans la famille, si je ne me trompe pas - comment vous percevez tout ça, ce dossier-là? C'est une surprise ou bien ça a toujours été évoqué à travers les branches, là?

M. D'Amour: C'est une grande surprise pour nous. Tu ne peux pas imaginer qu'un politicien, peu importe le parti, prenne une position comme celle-là. Tu sais, c'est 100 millions de litres de lait, là. Je faisais le compte ce matin, 500 fermes, là, c'est à peu près la disparition de la production laitière dans mon comté. Et il y a une question qui était posée tantôt sur les fromages puis sur ce que les Québécois souhaitent. Au Québec, on s'est développé sur le plan de la production fromagère de façon absolue, dans bien des comtés. Chez nous, j'ai deux fromageries, des gens qui ont investi, des gens qui ont investi massivement des grosses sommes d'argent. Puis il y a une incohérence, hier, que j'ai relevée à l'occasion de la commission parlementaire. Le ministre vantait les mérites d'Aliments Québec qu'on a créé à l'époque, dit: C'est important, puis il faut aller plus loin au niveau des aliments du Québec, consommer québécois. Puis, à deux sièges de lui, au Conseil des ministres, il y a un ministre qui lève la main, qui dit: On pourrait importer 10 000 tonnes de fromage européen.

M. Laprade (Yvon): De plus.

M. D'Amour: De plus. C'est incohérent. C'est incohérent. On a développé les fromages d'ici d'une façon magistrale, puis le 10 000 tonnes, là, c'est tout ça que ça met en doute puis que ça met en danger. On ne peut pas accepter ça. On ne peut pas accepter ça. Mon collègue a été clair tantôt. C'est la première fois dans l'histoire de la gestion de l'offre au Québec, en 40 ans, ouis vous êtes un témoin privilégié de ça, vous le savez, c'est la première fois qu'on ouvre cette porte-là. Ce n'est pas acceptable. Moi, les producteurs laitiers de chez nous... puis c'est rare, hein? Ces gens-là agissent toujours avec une certaine réserve. Hier, en début de soirée, j'ai eu deux appels: un président du syndicat de la relève chez nous puis quelqu'un qui est au niveau d'un syndicat de base. Ils n'acceptent pas ça. Et nous, on va les défendre, on va les défendre clairement.

M. Laprade (Yvon): Vous allez faire quoi? Vous allez faire quoi pour les défendre? Vous allez faire quoi?

M. Billette: Mais je pense que notre position a toujours été claire. On a deux choses qu'on demande à la ministre: soit d'endosser les propos et défaire ce qu'elle a dit à Davos, qu'elle était pour soutenir, c'était un intouchable, ou rappeler à l'ordre son ministre.

M. Laprade (Yvon): ...au fédéral quand même, son offre...

M. Billette: Tout à fait. Mais n'oublions pas que le Québec, si on regarde le Québec et l'Ontario ensemble, c'est 92 % de la production laitière. C'est un joueur très important.
Lorsqu'on parle, on parle pour 40 % de la production laitière à travers le Canada ici, au Québec. Donc, c'est... Le Québec est probablement un des joueurs les plus importants. Lorsqu'on ouvre une brèche comme ça, c'est de laisser des munitions, à ce moment-là, pour laisser sur la table notre économie, l'économie de nos régions.

M. Lecavalier (Charles): Mais est-ce que ce n'est pas... Si le fédéral décide d'y aller de l'avant puis d'augmenter les quotas d'importation de fromage, qu'est-ce que Québec peut faire, sinon de refuser de signer?

M. Billette: Bien, je pense qu'on a un accord de commerce intérieur qu'on a signé, voilà quelques années. Vous vous en souvenez très bien. On a eu l'appui de tout le gouvernement, de toutes les provinces à ratifier cette entente... cet accord de commerce intérieur là. Et lorsqu'un joueur important, probablement le plus important au niveau de la production et de consommation de fromage, ouvre la porte, je vais dire, on a de quoi être crinqués.

M. Laprade (Yvon): Je reviens à ma question de tantôt. Vous êtes surpris par ça, mais, quand même, ça fait un bout de temps qu'on parle d'ouverture potentielle. Bon, on a toujours un peu comme mis le couvercle sur un danger qui, tu sais, qui est peut-être latent, là, mais là ça arrive aujourd'hui. Est-ce que c'est un hasard ou bien c'est un signal pour ouvrir d'autres secteurs agricoles?

M. Billette: Je vais dire, je me... La question qu'on a à se poser aujourd'hui... Puis on ne remontera pas au GATT, à Daho, puis vous les connaissez toutes, ces ententes, ça fait des années qu'il y a des négociations. Et ça a toujours été un intouchable, c'est le système de gestion de l'offre qu'on a ici, c'est l'occupation de notre territoire. Et, je vais dire, c'est la première fois. Oui, il y en a eu, des négociations, et le Canada, le gouvernement du Québec également, a toujours tenu de façon très ferme sa position. C'est un intouchable.
Le système de gestion de l'offre, c'est l'économie de nos régions, c'est la survie de nos régions, et c'est la première fois en 40 ans qu'on voit une brèche, qu'un ministre de Commerce extérieur s'avance... qui pourrait faire un compromis sur l'importation de fromages. 10 000 tonnes de fromages, ça ne rentre même pas dans le Parlement, M. Laprade. Imaginez.

M. Laprade (Yvon): Mais, quand même, l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe, c'est une idée de M. Charest, c'est une idée libérale. C'est sûr que, par rapport à ce que vous dites, premièrement, on ne touche pas directement la gestion de l'offre, là, peut-être plus par la bande, oui, mais il va y avoir plus de concurrence dans le domaine du fromage. Est-ce que l'industrie du fromage n'est pas assez mature au Québec à l'heure actuelle?

M. Billette: Je vais vous dire, c'est une industrie...

M. Laprade (Yvon): Ce qu'on retrouve, là, dans les comptoirs de fromage, à l'heure actuelle, c'est du fromage français, oui, mais beaucoup moins qu'avant. Il y a beaucoup plus de fromage québécois. Est-ce que l'industrie n'est pas assez mature pour vous...

M. Billette: Ce qui est important, c'est la diversification. De là à dire que le fromage du Québec... On a d'excellents fromages au Québec, que ça soit à partir des Îles-de-la-Madeleine jusqu'au comté de Huntingdon en passant par l'Abitibi, le Lac-Saint-Jean. On a d'excellents fromages. C'est l'identité de nos fromages, à ce moment-là, c'est l'identité propre du Québec qu'on a à travers nos fromages. Donc, c'est important de les conserver.
Puis, au-delà du fromage, je pense, il faut regarder tout l'impact qu'il y a. La production, c'est 10 000 tonnes de fromage qui est produit à partir de fermes laitières qu'on retrouve dans toutes nos régions. C'est 100 millions de litres de lait.

M. Laprade (Yvon): Ça représente combien, en pourcentage? Si l'Europe rentre avec ses fromages au Québec, ça va... c'est 10 000, puis il y a déjà 13 000 actuellement. Ça fait combien en pourcentage de marché?

M. Billette: Juste vous donner une idée, au niveau... Je n'ai pas les chiffres au niveau de la production de fromage. La production de lait, c'est 100 millions de litres de moins qui seraient envoyés dans nos fromages, sur une production d'environ 2,9 milliards de litres de lait au Québec. C'est près de 500 fermes, c'est 480 fermes. Si on prend... la ferme moyenne laitière au Québec est de 55 vaches. À ce moment-là, on parle de 480 fermes, pour être très exact, au niveau de la production laitière, qui ne pourraient plus fournir de lait. Le lait serait produit par des producteurs européens, qui créeraient des emplois sur leur ferme, qui seraient transformé dans des fromageries en Europe, et le fromage nous arriverait ici. On parle de 10 000 tonnes de fromage. C'est la demande de l'Union européenne, lors des négociations.

M. Laprade (Yvon): Mais, ma question, c'était le pourcentage. Quelle part de marché prendraient les Européens s'ils arrivaient avec d'autres fromages additionnels? Pour l'instant, c'est une fraction, si je ne me trompe pas.

M. Billette: Je n'ai pas les chiffres, je vais vous dire, exacts, là. Ce n'est pas pointu comme ça. Mais il faut faire la distinction également: En Europe, c'est un fromage... c'est un produit de commodité, lorsqu'on parle du fromage. Tout le monde va en Europe, tout le monde consomme du fromage. Ici, c'est un produit de luxe, c'est un produit... Je pense que les gens, lorsqu'on parle de vins et fromages, je pense que c'est un produit de luxe qu'on a. Donc, comparativement à là-bas, c'est un produit de commodité qui est consommé de façon quotidienne. Merci.

(Fin à 9 h 46)