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Point de presse de Mme Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, M. Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin, et M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Monday, September 18, 2017, 14 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Quatorze heures trente-six minutes)

Mme Massé : Merci beaucoup. Alors, bonjour, tout le monde. Heureuse de vous retrouver avec l'équipe solidaire pour cette nouvelle session qui débute. Alors, je vous dirais que pour nous, à Québec solidaire, cet automne, c'est d'économie que vous entendrez parler parce que, comme parti progressiste, nous avons des solutions et nous voulons les faire entendre haut et fort. Alors, l'économie de dirigeants de M. Couillard est une économie dont on connaît les résultats, et nous, à Québec solidaire, ce qu'on veut mettre de l'avant, ce n'est pas une économie de dirigeants, vous vous en doutez bien, mais bien une économie de travailleurs, travailleuses.

Nous allons proposer, tout au long de l'automne, des solutions très concrètes pour améliorer les conditions de travail et les conditions de vie de 60 % des Québécois et Québécoises qui ne sont pas syndiqués. Donc, ça veut dire des gens qui se lèvent le matin, qui vont travailler, qui créent de la richesse et qui, par contre, n'ont que pour seule protection la Loi des normes du travail. Ça veut dire quoi? Bien, bien sûr que cette loi, le gouvernement libéral nous a annoncé qu'il voulait la réformer. Parfait, on va être au rendez-vous et on va se rappeler d'une chose, et entendons-nous bien, si les travailleurs, travailleuses syndiqués ont les syndicats pour les défendre, si les patrons d'entreprise, de PME ont le patronat pour les défendre, les non-syndiqués ont Québec solidaire pour les défendre.

Alors, concrètement, ça veut dire quoi? Vous ne serez pas surpris, on revient avec le 15 $ l'heure. On va revenir ici, à l'Assemblée nationale, pour un salaire minimum qui permet aux gens de sortir de la pauvreté, mais on va être sur le terrain aussi avec les mouvements sociaux qui, comme nous, ont compris qu'une des façons d'améliorer les conditions de vie des gens, c'est de leur assurer un salaire minimum décent.

Nous voulons augmenter le nombre de semaines de vacances à quatre semaines après une année constante... une année continue, pardon, de travail. Pourquoi? Bien, parce que l'être humain n'est pas né pour travailler seulement. L'être humain est né pour vivre, et, dans la situation actuelle, nos gens, notre société, notre monde se retrouvent avec des qualités de vie qui sont malheureusement... ils vivent beaucoup de détresse, ils vivent beaucoup de stress, ils et elles vivent beaucoup de burn-outs, comme on le sait, d'épuisement professionnel, et on pense que quatre semaines par année, c'est une façon de reconnaître que nos employés, lorsqu'on est gestionnaire d'entreprise, nos employés sont ceux et celles qui nous permettent de créer de la richesse.

On veut aussi augmenter le nombre de congés sociaux. Pourquoi? Bien, justement, quand vous avez un travailleur sur quatre qui vit de la détresse psychologique, ça nous coûte cher socialement de ne pas prendre soin de ces gens-là. Et on souhaite augmenter, donc, les congés sociaux d'une part en augmentant de deux congés fériés la banque des congés fériés ici, au Québec, et une banque de congés sociaux pour permettre de répondre à l'ensemble des impératifs que nous avons comme chefs de famille, comme conjoints et conjointes, comme parents ou comme aidants, aidantes naturels, disent-ils.

On veut aussi faire en sorte, parce que ça, ça fait partie d'éléments troublants pour les jeunes, on veut faire en sorte que les jeunes... les gens puissent obtenir leur horaire de travail au moins cinq jours à l'avance. Alors, c'est majeur, ça, parce qu'actuellement il y a des employeurs qui, à raison de 24 heures, vont donner l'horaire de travail aux gens. Comment vous voulez planifier votre vie quand vous ne savez pas ce qui va arriver demain, après demain, la semaine prochaine? Ce n'est pas bon pour la famille, ce n'est pas bon pour la communauté, ce n'est pas bon pour la santé mentale non plus des travailleurs, travailleuses. Donc, on pense que d'obtenir les horaires de travail cinq jours à l'avance, c'est un minimum.

Un autre élément qui touche particulièrement les jeunes, mais je dirais les gens qui arrivent à l'emploi, c'est la fin des clauses de disparité, ce qu'on appelait historiquement les fameuses clauses orphelin. Il faut que, dans la loi actuelle, il y ait plus de mordant puisqu'on dit que les clauses de disparité sont interdites, mais, en même temps, les employeurs se rattrapent au niveau du régime de retraite ou des assurances collectives. Ils font en sorte que les jeunes travailleurs, travailleuses se retrouvent donc dans des conditions différentes que ceux et celles qui sont entrés auparavant dans l'entreprise.

Et finalement, mesure qui nous apparaît tomber sous le sens dans une société qui respecte ses gens, c'est l'interdiction aux employeurs d'obliger du temps supplémentaire puisque c'est ce qui est actuellement au niveau des normes du travail.

Donc, voilà par où Québec solidaire entend parler d'économie cet automne.

M. Nadeau-Dubois : Merci, Manon. Bien, ces mesures-là, ce sont des mesures qu'on va défendre tout au long de l'automne, à chaque occasion qu'on va avoir de le faire, mais c'est aussi des mesures qu'on va mettre en place si Québec solidaire forme le prochain gouvernement.

Philippe Couillard répète sans cesse que l'économie va bien. Mais pour qui est-ce qu'elle va bien vraiment, l'économie du Québec? Elle va bien, en fait, pour les gens qui profitent des politiques économiques de Philippe Couillard. Ça, c'est les dirigeants, et les dirigeants, au Québec, c'est une minorité de personnes. L'économie va bien pour les dirigeants de Couche-Tard, elle va bien pour les dirigeants de Bombardier; l'économie va bien pour les cadres de l'ARTM, l'économie va très bien pour Pierre-Marc Johnson, qui a vu son salaire doubler la semaine dernière. Pour tous ces gens-là, oui, l'économie va très bien.

Mais, pour la majorité des gens au Québec, c'est le contraire; l'économie, elle ne va pas bien du tout. Pour le monde ordinaire, pour les gens qui travaillent au salaire minimum, pour les familles qui doivent s'endetter pour payer leur épicerie, pour les gens qui... pour des travailleurs, travailleuses qui s'alimentent dans des banques alimentaires, pour ces gens-là, l'économie, elle ne va pas bien. Il n'y a jamais eu autant d'épuisement professionnel au Québec, il n'y a jamais eu autant de burn-out, il n'y a jamais eu autant d'endettement dans les familles de la classe moyenne. Ça, ce n'est pas des signes d'une économie en santé, au contraire, c'est les signes d'une économie qui va mal et c'est les symptômes de l'économie de dirigeants de Philippe Couillard.

Philippe Couillard parle beaucoup de taux de chômage. Il nous dit que le taux de chômage est bas et que donc l'économie va bien. Il faut faire bien attention avec le taux de chômage. Le taux de chômage, ça ne dit pas tout sur l'état de notre économie. Au temps des pharaons, il n'y avait pas de chômage, puis ça ne veut pas dire que les conditions de travail étaient bonnes, bien au contraire. Philippe Couillard parle aussi beaucoup de création d'emplois. Il nous dit qu'il a créé énormément d'emplois et que c'est un signe, donc, aussi que l'économie va bien. Depuis qu'il est au pouvoir, Philippe Couillard a créé à peu près 50 000 emplois par année. Ça, c'est exactement la moyenne des 25 dernières années. Il n'y a rien d'exceptionnel dans ces statistiques-là. Ce n'est pas un exploit d'avoir créé 50 000 emplois, bien au contraire, c'est tout simplement normal.

Bref, en matière d'économie, Philippe Couillard a choisi son camp. C'est celui des dirigeants de Couche-Tard, c'est celui du Conseil du patronat du Québec. Bien, ça tombe bien parce que Québec solidaire aussi a choisi son camp en matière d'économie, c'est celui des travailleurs et des travailleuses du Québec. Alors, M. Couillard, on se revoit en élections.

M. Khadir : Les quatre semaines de vacances, ce n'est pas pour les journalistes, hein? C'est excluant les journalistes.

M. Boivin (Mathieu) : Les années électorales, ça va. On s'en sort bien. Écoutez, bien entendu, la première critique qui va venir, c'est les gens qui vont dire : Bien oui, c'est bien beau tout ça, mais vous allez sacrer l'économie à terre. La moitié des entreprises, qui sont des PME, ne pourront pas offrir ne serait-ce que la moitié de ce que vous proposez là à leurs employés, et donc vous allez desservir, au bout du compte, les gens que vous prétendez aider.

Mme Massé : Bien, je commence puis tu compléteras, hein? Premièrement, on a entendu ces critiques-là de façon généralisée sur la question du 15 $ l'heure. Ce qu'on extrait, lorsqu'on ne voit pas que le 15 $ l'heure, ce que ça permet, c'est à des gens qui n'arrivent pas à répondre à leurs besoins de base. Et mes besoins de base, c'est le commerce du coin où est-ce que je veux aller m'alimenter, c'est le film que je vais peut-être aller voir parce qu'avant je n'avais pas l'argent pour aller le voir. Un dollar qui augmente mon salaire minimum, un dollar de plus, c'est un dollar directement investi dans l'économie locale. Ça, c'est un premier élément.

L'autre élément, la question des semaines de vacances. Vous savez que des employés en santé, en santé physique, en santé mentale, des gens qui sont disposés, qui sont reposés, qui sont en forme à tous les niveaux, c'est des gens qui sont beaucoup plus productifs. Et là aussi, les entreprises vont se retrouver à y regagner. L'enjeu, c'est qu'actuellement on ne voit l'économie que du point de vue des patrons, desquels... ce qu'ils nous envoient, c'est le signal que ça va mettre à terre l'économie, alors que dans les faits, lorsqu'il y a une hausse des conditions de vie et de la qualité de vie des travailleurs, travailleuses, il y a une hausse de productivité aussi des mêmes travailleurs, travailleuses.

M. Boivin (Mathieu) : Vous faites le pari que c'est l'effet que ça va avoir, mais vous ne pouvez pas en être certains. S'il fallait que l'expérience montre qu'au contraire c'est néfaste, vous seriez arrivés avez un remède bien pire que le poison.

M. Nadeau-Dubois : Dans tous les pays où il y a eu une volonté d'augmenter le salaire minimum, les membres de l'élite ont poussé les hauts cris, ont dit que ça allait être une catastrophe économique. Et, quand on écoute parler Philippe Couillard, on a l'impression que l'augmentation du salaire minimum, c'est la 11e plaie d'Égypte.

Dans les faits, là, les endroits où on augmente le salaire minimum, parce qu'on l'a fait dans plusieurs endroits en Amérique du Nord dans les dernières années, la catastrophe annoncée ne s'est pas produite. Alors, si M. Couillard a si peur de la réaction des dirigeants québécois, moi, je lui conseille de consulter cette semaine sa vis-à-vis ontarienne, qui est membre de la même famille politique que lui, pour lui demander pourquoi Mme Wynne a décidé, elle, d'augmenter le salaire minimum à 15 $de l'heure.

Ce qui manque, c'est le courage politique. Ce qui manque à M. Couillard, c'est la volonté politique de redonner un peu d'air aux gens qui font rouler l'économie du Québec. Mais je le répète, dans tous les endroits où on a augmenté le salaire minimum, la catastrophe qu'on annonçait ne s'est pas produite, et Manon l'a bien dit pour les vacances, dans les pays européens où on donne davantage de vacances, on remarque une augmentation de la productivité. Parce que ça, il faut le rappeler, deux semaines de vacances par année, là, ce n'est pas la norme dans les pays développés, c'est l'exception. Le Québec est un des pays développés où on donne le moins de vacances aux employés, et la conséquence directe de ça, c'est une perte de productivité liée notamment, mais pas seulement, à l'explosion des burn-outs depuis quelques années.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Vous critiquez le nombre d'emplois créés par le gouvernement libéral dans les dernières années. En quoi les mesures que vous annoncez aujourd'hui vont favoriser une meilleure création d'emplois?

M. Nadeau-Dubois : Ça va créer de l'emploi parce qu'encore une fois, on le répète, ça fait des années... et Manon vient de le dire, quand on augmente le salaire minimum, là, cet argent-là ne s'en va pas aux Bahamas, cet argent-là ne s'en va pas en spéculation boursière. Quand on augmente le salaire minimum, cet argent-là, il est directement réinvesti dans l'économie locale et régionale. Les gens qui, en ce moment, font 12 $, 13 $ de l'heure, là, vous leur donnez 15 $, là, ils ne se partiront pas un REER. Ils vont s'acheter de la meilleure nourriture, ils vont se prendre un meilleur logement puis ils vont acheter peut-être un cadeau de Noël de plus à leurs enfants, et ces dépenses-là, ils vont les faire dans l'économie du Québec. Et, en faisant rouler l'économie du Québec, on va créer des emplois.

Ce qui plombe la croissance économique actuellement, ce n'est pas que les gens ont trop d'argent à dépenser, ce n'est pas que les ménages ont trop de moyens, c'est, au contraire, l'essoufflement de la classe moyenne, le fait que le pouvoir d'achat de la classe moyenne stagne. C'est ça qui ralentit l'économie d'un pays comme le Québec et de d'ailleurs beaucoup d'autres pays développés. Ce n'est pas que les gens ont trop d'argent, c'est qu'ils n'en ont pas assez. Si on redonne de l'air à la classe moyenne, c'est de l'argent qui va être réinvesti dans l'économie.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Donc, pour vous, ça va se faire naturellement, simplement. Il n'y a pas d'autres mesures à faire que d'augmenter le salaire minimum.

M. Nadeau-Dubois : Moi, ce que je trouve qui relève de la pensée magique, c'est l'idée selon laquelle, si on baisse les impôts des plus riches, cet argent-là va magiquement retomber sur les plus pauvres de la société. Ça, c'est de la pensée magique. Redonner de l'argent aux gens dont on sait qu'ils vont la dépenser dans l'économie, ce n'est pas de la pensée magique, c'est de l'économie.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Donc, une baisse d'impôt, avec Québec solidaire au pouvoir, c'est à ne pas considérer?

M. Khadir : De meilleurs impôts.

M. Nadeau-Dubois : En fait, pour répondre à votre question, la priorité, en ce moment, au Québec, ce n'est pas de baisser les impôts; la priorité, c'est d'augmenter les salaires des Québécois et des Québécoises pour qu'ils puissent

Mme Lamontagne (Kathryne) : M. Khadir, vous avez dit de meilleurs impôts. Je serais quand même curieuse...

M. Khadir : On a, à plusieurs reprises, lors des campagnes électorales, montré comment on peut rééquilibrer les impôts en faveur d'une majorité de la population qui en paient en partie moins, qui paient le même impôt et surtout faire contribuer mieux les riches. Ça veut dire au total qu'on a plus d'impôts pour l'État, mais ceux qui en paient trop actuellement, les faibles salariés de la classe moyenne, voient leur impôt allégé.

M. Vigneault (Nicolas) : Donc, est-ce à dire que vous êtes quand même favorables, pour une certaine partie de la population, à des réductions de fardeau fiscal ou appelons ça baisses d'impôt?

Mme Massé : Oui, oui, oui. On l'a toujours dit, justement, dans le rééquilibrage dont Amir vient de parler, c'est important parce qu'actuellement, avec les quatre paliers d'impôt... les cinq paliers d'impôt, pardon, ça crée de l'injustice notamment au niveau de la classe moyenne. Nous, c'est un rééquilibrage là-dedans, ça fait que oui il y en a qui se verront alléger, mais il y en a d'autres qui se verront aussi augmenter leur fardeau fiscal.

M. Vigneault (Nicolas) : Donc, l'idée du gouvernement... par exemple, on annonce déjà, là, qu'au prochain budget il y aura des baisses d'impôt. La CAQ veut ça aussi. Vous vous logez moins dans cette... Où vous vous logez exactement dans tout cet univers-là?

M. Nadeau-Dubois : Le problème, c'est la logique mur à mur des partis comme le PLQ et la CAQ qui font de la politique démagogique et qui baissent les impôts pour tout le monde, y compris des gens dont ils ont... comment dire, des gens qui n'ont pas besoin de baisses d'impôt.

En allant vers une fiscalité plus progressive, comme on le propose à Québec solidaire, en ajoutant des paliers d'imposition, on est en mesure d'avoir une fiscalité plus intelligente où on s'adapte réellement à la capacité de payer de chaque contribuable, de chaque famille. Donc, ça, ça veut dire des gens qui paient trop d'impôt puisqu'ils sont dans la limite supérieure d'un palier. Bien, ces gens-là vont voir leur part d'impôt diminuer, puis les gens qui ont les moyens d'en payer davantage, à commencer par les dirigeants des grandes entreprises, bien, ces gens-là, oui, on va leur demander davantage.

M. Vigneault (Nicolas) : Il y a un sujet qui va revenir... Je comprends que vous voulez parler d'économie, mais la laïcité risque d'occuper pas mal le terrain au cours... D'ailleurs, ça reprend demain, là, le projet de loi n° 62, évidemment l'étude article par article.

Est-ce que vous êtes ouverts à certaines propositions? Comment vous trouvez ce qu'il y a sur la table actuellement? Est-ce que le gouvernement va assez loin? Il y a des gens qui sont venus en commission, la Fédération des médecins spécialistes notamment qui dit que ça n'a pas de bon sens actuellement ce qui se passe dans certains hôpitaux de Montréal. La CSDM, la même affaire, la même chose, c'est-à-dire la commission scolaire qui dit : Écoutez, on gère des accommodements raisonnables de façon incroyable et c'est anormal. Est-ce que, par exemple... et la CAQ loge du côté où on doit défendre l'identité du Québec. De ce côté-là, est-ce que vous êtes... votre position sur les accommodements...

M. Nadeau-Dubois : La position de Québec solidaire sur cet enjeu-là, elle n'a jamais changé en 10 ans, et on est probablement le seul parti qui a eu cette cohérence-là et cette constance-là dans le débat sur le port de signes religieux. La position de Québec solidaire a toujours été une position de compromis. On pense que ce débat-là s'est malheureusement éternisé, puis tout ce qui traîne se salit, comme on dit. Là, il est temps qu'on agisse et, pour nous, il faut que tous les partis fassent un effort de compromis puis se dirigent vers une solution qu'on connaît depuis maintenant 10 ans.

M. Vigneault (Nicolas) : C'est quoi la solution?

M. Nadeau-Dubois : C'est les recommandations de la commission Bouchard-Taylor qui disait : La meilleure manière de tourner la page sur le débat, c'est de demander aux employés de l'État qui sont en position d'autorité coercitive de ne pas porter de signes religieux. Ce n'est pas la position parfaite et peut-être qu'elle ne plaît pas a tout le monde, mais elle a le grand avantage, cette position-là, d'être une position de compromis. Parce que là, après 10 ans de débats, de commissions, de forums, de projets de loi, là, il faut agir, là.

Et nous, on n'est pas pour rallonger les travaux de la commission sur le projet de loi n° 62. On veut aller d'un bon pas, tourner la page, faire les précisions qui doivent être faites dans le projet de loi puis passer à autre chose, parce qu'il y a beaucoup d'autres enjeux, beaucoup d'autres débats dont il faut s'occuper au Québec. Là, après 10 ans de débats sur le port de signes religieux, je pense qu'on est prêts à être en action.

M. Vigneault (Nicolas) : Donc, vous n'allez pas aussi loin rapidement que le PQ en disant : Dans les garderies, par exemple, dans les écoles et tout ça, là, on doit intervenir.

M. Nadeau-Dubois : Moi, je ne comprends pas pourquoi le Parti québécois revient avec cette position-là, alors qu'en janvier dernier, suite aux attentats de Québec, il y a un compromis qui a commencé à émerger. Et d'ailleurs tout le monde convergeait dans la position de Québec solidaire à ce moment-là. Et malheureusement, et là, ça, ce sont aussi les libéraux qui en portent l'odieux, tout le monde est rapidement retourné sur ses positions partisanes, puis on est passés à côté d'une occasion historique de tourner la page sur ce débat-là. Nous, on pense qu'il faut revenir au compromis qui se dessinait suite aux attentats de Québec.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Quelles répercussions appréhendez-vous, si ce débat-là n'est pas terminé, n'est pas clos lors des prochaines élections générales?

M. Nadeau-Dubois : Bien, le débat, il s'est déjà trop éternisé, et plus il s'est éternisé, plus il y a des gens qui en ont fait les frais, notamment les femmes de la communauté musulmane. Toutes les statistiques montrent qu'il y a eu une augmentation des actes haineux, qu'il y a eu une augmentation des gestes d'agressivité à leur égard. Ça, c'est un problème.

Et l'idée n'est pas de blâmer quiconque en particulier, mais de dire : On a tous une responsabilité à ce stade-ci, après 10 ans, de tourner la page, de trouver une position de compromis. Et, en effet, si un ou plusieurs partis politiques décident de relancer le débat, bien, ça va avoir des conséquences sur la vie des gens. Ça, c'est certain. Les débats qu'on a ici, à l'Assemblée nationale du Québec, on ne les fait pas en vase clos. Ces débats-là, ils ont des conséquences sur la vie des gens, puis il faut en tenir compte quand on mène un débat comme celui aussi sensible que celui sur les signes religieux.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Je veux revenir rapidement sur l'utilisation des surplus budgétaires. Bon, on évoquait le chiffre de 2, 2,5 milliards de dollars. C'est un montant qui fait rêver certains. Vous avez parlé de classe moyenne. Une question de sémantique : Qui paie trop d'impôts, selon vous, et qui en paie de façon insuffisante, juste pour donner un salaire, peut-être, pour que les gens auxquels vous faites référence s'identifient à la maison?

Mme Massé : Bien, moi, je n'ai pas le... Peut-être qu'Amir tu te souviens, le «fine tuning», là, 10 paliers.

M. Khadir : Oui. Regardez, au Québec, si on se fie sur les dernières statistiques fiscales des particuliers, le 1 % le plus riche, là, pour prendre cet exemple-là, pour savoir de quoi on parle, c'est 40 000 contribuables qui gagnent en moyenne plus que 250 000 $. D'ailleurs, c'est le dernier échelon dans la table de l'échelle salariale. D'accord? Au-dessus de 250 000 $, il y en a 40 000 au Québec. Ça, ça forme 1 %, hein? Ça tombe bien, on est 4 millions de contribuables, il y en a 40 000. C'est sûr que dans cette catégorie, dans cet échelon, il y a plein de moyens d'éviter de payer de l'impôt, que ça soit parce qu'une bonne partie, presque la moitié, du revenu de ces gens-là, vient de dividendes plutôt que d'un salaire. Donc, c'est imposé à moitié.

Alors, il y a cette catégorie de contribuables très riches, et on ne parle même pas de ceux qui gagnent au-dessus d'un million, qu'il va falloir inviter à contribuer plus largement à l'assiette fiscale. D'ailleurs, il y a des entrepreneurs très responsables. Je pense à M. Simons, par exemple, qui est intervenu un peu à la manière de Warren Buffet, de dire : Moi, comme capitaliste, entre guillemets, responsable, je pense que, dans notre société, il y a un problème, il y a trop d'inégalités, et je suis prêt à faire ma part. Et je pense que c'est dans cette optique-là que Québec solidaire chercherait à avoir un régime fiscal plus approprié.

Et, je pense, le pire service qu'on peut se rendre, c'est prendre ces surplus qu'on a fait sur le dos des services publics, de dire : Bien là, je vais distribuer, là, des congés d'impôt. Ça, c'est très électoraliste et ça nuit à notre... et quand tu demandes d'ailleurs l'opinion des gens, les gens ne veulent pas ça. Même chez les conservateurs, il y avait eu un... je vous le rappelle, je le répète à qui veut entendre, notamment M. Couillard, qui est un conservateur en pensée, l'Institut Broadbent avait fait une large consultation en 2012, avait demandé aux gens : si vous avez la chance de choisir entre des baisses d'impôt et de meilleurs services publics, de mieux financer les services publics, qui choisiriez-vous? Non seulement une majorité de Canadiens, mais une majorité de conservateurs avaient dit : les services publics.

Alors, nous, on pense, c'est là que doivent aller ces surplus. Il faut absolument réparer tout le dégât causé par l'austérité.

M. Bélair-Cirino (Marco) : O.K. Donc, si j'ai bien compris, dans un meilleur financement des grandes missions de l'État, puis vous, en gros, vous souhaitez augmenter les impôts et les charges fiscales de 1 % des contribuables, ceux qui gagnent 250 000 $ par année.

M. Khadir : Non, non. J'ai donné un exemple pour donner où est-ce que se situent les très riches. On a déjà introduit une table progressive. Plus tu montes dans l'échelle salariale, à partir de 125 000 $ en montant, plus ta contribution devient un peu plus grande.

M. Nadeau-Dubois : En matière de fiscalité, là, le pire ennemi des débats, c'est la démagogie et c'est de penser qu'il y aurait deux options dans la vie en matière de fiscalité : soit on baisse les impôts pour tout le monde, soit on augmente les impôts pour tout le monde. La réalité est plus compliquée que ça. Notre impôt, au Québec, il est progressif, il y a des paliers. Il y en a déjà eu jusqu'à 16, des paliers, au Québec. Ça, ça permettait à notre fiscalité de s'adapter à la capacité de payer de chaque famille. Aujourd'hui, des paliers, il n'y en a plus que trois.

Alors, nous, une des propositions qu'on a, une des propositions qu'on a à Québec solidaire, c'est d'ajouter des paliers d'imposition, pas d'augmenter l'impôt de tout le monde, d'augmenter le nombre de paliers d'imposition, et ça, ça permet à la fiscalité québécoise, donc, de s'adapter plus précisément à la capacité de payer de chaque famille.

Donc, il ne s'agit pas de dire : soit on baisse pour tout le monde ou on augmente pour tout le monde. Il s'agit d'avoir une fiscalité plus intelligente puis de passer à une fiscalité à cinq, six, sept, huit paliers. Ça peut se faire d'ailleurs progressivement.

Le Modérateur : On va prendre les questions en anglais.

Mme Johnson (Maya) : Bonjour. Hello. Maya Johnson, CTV News. I would just like to revisit the allegations concerning Jean-Marc Fournier. He's been making the rounds, he has denied that any of this is true. He has called into question Mr. Francoeur's credibility given that he said Mr. Bachand was at this meeting and apparently Mr. Bachand was not there, it was Claude Béchard. How do you interpret these explanations from Mr. Fournier?

M. Khadir : It's too easy to question the credibility of Mr. Francoeur. How about judge Charbonneau? Can Jean-Marc Fournier question the credibility of judge Charbonneau? Judge Charbonneau has included the testimony of Paul Sauvé in her report as being credible, and that testimony incriminates directly Jean-Marc Fournier in wrongdoings in relation to the financement of the Liberal Party.

I think Jean-Marc Fournier has no credibility. He's the suspect number two of the scandalous corruption installed in Public Affairs by the Liberal Party over the 15 last years. So Jean-Marc Fournier has just to stop.

Mme Johnson (Maya) : And you expect him to do what in the meantime?

M. Khadir : To give his resignation. Now, how can he really come in front of us and maintain that he has nothing to do with the Charest era? I remind you, we have spent $50 million because we had problems, because we needed to know who were the responsible of that scandalous way of financing the Liberal Party by giving extras to construction companies. And there are of course criminal responsibilities, but there are also political responsibilities.

I remind you, he was officer number two in the level of responsibilities of the Liberal Party, and the way things were organized, it was systematic. These guys who were in charge, they cannot deny that. So, they bear responsibilities, he has to stop.

Mme Johnson (Maya) : And, as far as you are concerned, is this just a sign of what's to come in terms of the tone, if you will, at the National Assembly, where the issues that you want to focus on, the economy, extra vacation, increase minimum wages, become issues that go under the radar because of these other distractions?

M. Khadir : Well, that's a way of putting things, but there is a solution to that, that Mr. Couillard exert a better judgment in way he associates people with himself. Mr. Jean-Marc Fournier was in charge doing the Charest time. Mr. Couillard told us he wants to turn the page. How can he reconcile these two aspects? He has Jean-Marc Fournier, suspect number two of the scandalous corruption of the Charest era. So Mr. Couillard can allow us to get rid of these problems by exerting a better judgement and sacking away Mr. Jean-Marc Fournier.

Des voix : Merci.

(Fin à 15 h 3)