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Point de presse de M. Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin

Version finale

Thursday, September 7, 2017, 13 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Treize heures trente minutes)

M. Nadeau-Dubois : Bonjour, tout le monde. Donc, aujourd'hui, Québec solidaire va déposer les deux amendements qu'on avait déjà annoncés au projet de loi n° 62, deux amendements qui visent un seul et même objectif, là, celui de faire réellement du projet de loi n° 62 un projet de loi sur la laïcité de l'État au Québec, et une vraie laïcité, c'est-à-dire une laïcité des institutions de l'État québécois, non pas une laïcité forcée et... en fait, non pas une laïcisation forcée des individus en faisant la chasse aux signes religieux.

Alors, le premier amendement qu'on va déposer, c'est celui interdisant... en fait, celui, voilà, interdisant la récitation de prières ou de textes religieux à l'Assemblée nationale du Québec ou dans les conseils municipaux au Québec. C'est un débat qui a déjà eu lieu, sur lequel les tribunaux ont tranché, mais on trouve important de ramener cette notion-là dans le projet de loi pour vraiment mettre au clair que les espaces de débats et de prises de décision démocratiques sont des espaces qui doivent être exemplaires en matière de séparation entre la religion et l'État.

Le deuxième amendement qu'on va déposer, c'est celui qui retirerait le crucifix du salon bleu pour le déplacer ailleurs, dans l'Assemblée nationale du Québec, pour la même raison, c'est-à-dire on croit que le salon bleu, en tant qu'enceinte par excellence de la démocratie québécoise, doit être exempt de signe religieux aussi visible et aussi imposant que le crucifix, à l'heure actuelle. Ce qu'on propose donc, c'est de le déplacer dans un endroit où il pourrait avoir tout son sens, toute sa valeur patrimoniale, parce que le patrimoine catholique, c'est une portion importante de l'histoire du Québec, mais, en 2017, c'est le temps d'envoyer le message clair qu'au sein de l'Assemblée nationale du Québec ces symboles religieux là n'ont pas leur place.

Et, en parallèle de ces deux amendements-là, Québec solidaire va continuer à défendre la même position que nous avons depuis le début du débat sur le port de signes religieux par la fonction publique au Québec. C'est un débat maintenant qui dure depuis 10 ans. Pendant cette décennie-là, la plupart des partis politiques ont changé de position en fonction des échéances électorales, en fonction des modes. À Québec solidaire, on a toujours eu la même position, c'est-à-dire celle d'adopter les recommandations du rapport Bouchard-Taylor en matière d'interdiction de port de signes religieux, donc, pour les individus en poste d'autorité coercitive, et c'est une position qu'on va continuer à défendre aujourd'hui parce qu'on croit que c'est la position du compromis. C'est celle qui permettrait réellement, enfin, une bonne fois pour toutes, de tourner la page sur ce débat-là, de clore un débat qui s'éternise depuis 10 ans et qui, en s'éternisant, bien sûr, s'est envenimé, ce qui a fait des victimes trop nombreuses au Québec, à commencer par des victimes au sein de la communauté musulmane.

Alors, on va déposer ces amendements-là, défendre ces positions-là. On croit que le débat, il a duré. Il y a eu assez de consultations, assez de débats, assez de commissions sur l'enjeu du port de signes religieux. On croit maintenant que c'est l'heure d'agir et d'agir de manière à trouver un compromis pour tout le monde.

Mme Plante (Caroline) : Oui. M. Nadeau-Dubois, jusqu'où devrait-on pousser les vérifications des candidats qui veulent se présenter pour des partis politiques? Jusqu'où devrait-on pousser ces vérifications?

M. Nadeau-Dubois : Bien, d'abord, je pense qu'on s'attend à ce que les gens qui se présentent comme candidats ou candidates aux élections fassent elles-mêmes preuve de transparence. Il devrait y avoir un devoir, quand on entend se présenter pour un parti politique, de montrer patte blanche, de dire clairement s'il y a eu, dans notre passé, des anicroches ou des éléments un peu moins glorieux.

Et moi, ce qui me fascine, en fait, ce qui me fascine vraiment dans les scandales des dernières heures, c'est l'arrogance du Parti libéral du Québec. Après les affaires Sklavounos et Paradis, le Parti libéral avait le devoir d'être exemplaire, et, en fait, ça a été tout le contraire qu'on a vu. Ils sont allés recruter un vieux de la vieille, de la vieille famille libérale, dont on connaissait le parcours douteux, les fréquentations louches, la réputation pas exemplaire, loin de là, en le présentant en plus comme un ministre avant même qu'il soit élu.

Donc là, moi, je trouve que, dans cette affaire-là, on voit vraiment un Parti libéral qui prend le pouvoir pour acquis, qui pense que tout lui est permis et qui donc, ayant trouvé une grosse pointure économique, ferme les yeux sur tout le reste, y compris sur des moeurs éthiques plus que questionnables.

Mme Plante (Caroline) : À Québec solidaire, avez-vous soumis votre candidat dans Louis-Hébert à un interrogatoire? Avez-vous vraiment poussé la recherche assez loin dans...

M. Nadeau-Dubois : Bien, à Québec solidaire, on n'a pas besoin de beaucoup d'interrogatoires, parce que des gens qui ont déjà trempé dans des affaires louches, ça ne nous intéresse tout simplement pas de les avoir comme candidat ou comme candidate, mais il y a toujours...

Mme Plante (Caroline) : Donc, vous savez tout de votre candidat dans Louis-Hébert?

M. Nadeau-Dubois : Mais il y a toujours un exercice qui se fait avec les gens pour discuter de leur passé. Est-ce qu'ils ont des choses qu'ils veulent nous partager? Est-ce qu'il y a des malaises qui pourraient survenir durant la campagne? Cet exercice-là, on l'a fait avec Guillaume Boivin, on le fait avec tous nos candidats, toutes nos candidates à chaque élection.

M. Lacroix (Louis) : Mais, si les médias ne font pas leur travail, dans les deux dossiers qui nous occupent, ces gens-là seraient encore candidats et, éventuellement, l'un d'eux auraient pu devenir député à l'Assemblée nationale. Alors, est-ce qu'on va assez loin dans les vérifications? Est-ce qu'on ne devrait pas demander à ce qu'il y ait des vérifications qui soient plus poussées?

M. Nadeau-Dubois : Dans ce cas-ci, en effet, les médias ont fait leur travail et heureusement, et heureusement. Mais ce n'est pas mon rôle à moi de dire au Parti libéral du Québec et à la CAQ comment choisir leurs candidatures. De toute évidence, ils semblent fonctionner à peu près, ces deux partis-là, de la même manière, c'est-à-dire être en pâmoison devant les candidatures qui viennent du monde des affaires, fermer les yeux sur à peu près tout le reste. Et d'ailleurs, il y a quelque chose d'un peu ironique dans la situation actuelle, d'assez drôle, en fait, de voir M. Legault se vanter d'avoir retiré son candidat en premier, d'avoir été plus rapide à désavouer son candidat, alors qu'il avait lui-même tenté de séduire M. Tetrault.

On voit que ces deux partis-là, en fait, c'est blanc bonnet, bonnet blanc et que, pour l'essentiel, ils ratissent dans les mêmes talles et ça donne des résultats semblables.

Mme Plante (Caroline) : Est-ce que vous partagez l'analyse de M. Couillard ce matin qui disait que c'est de moins en moins tentant pour les gens de se présenter en politique vu que leur vie privée est étalée sur la place publique comme ça?

M. Nadeau-Dubois : Aller en politique, ça offre plein de privilèges. Ça offre le privilège d'avoir une tribune, de pouvoir prendre la parole dans l'espace public, de participer à l'écriture des lois. C'est normal qu'en retour de ces privilèges-là il y ait aussi, oui, des inconvénients, notamment celui de voir notre vie privée scrutée par les médias et par les adversaires politiques. Ça fait partie de la politique et ça fait partie des choix qu'on fait quand on s'engage en politique.

Moi, je ne m'attriste pas du sort de M. Tetrault. M. Tetrault a fait des erreurs dans le passé, il a tenté de les minimiser, par la suite a voulu les excuser, et moi, je n'accepte pas la défense qui veut que : Ah! les temps ont changé, puis c'était donc mieux dans le temps où on pouvait avoir des comportements louches puis on ne se faisait pas trop écoeurer par les médias. Non, moi, je ne regrette pas ce temps-là. Tant mieux, tant mieux si les hommes et les femmes politiques sont talonnés par les médias. Tant mieux si on leur demande des comptes par rapport à leurs relations de travail. Moi, je ne suis pas nostalgique de l'époque où on pouvait avoir des comportements irrespectueux envers les femmes ou envers ses employés et qu'on s'en tirait sans réprimande ou sans conséquence.

M. Boivin (Mathieu) : M. Dubois, il reste quand même une énorme zone grise là-dedans parce que, oui, il est question de harcèlement psychologique, mais on n'a aucune idée des gestes très précis qui ont été posés.

La question que je vous pose, dans le fond, c'est : Est-ce que dès qu'il y a une allégation de harcèlement psychologique, quelle qu'elle soit, sans qu'on sache exactement de quels gestes il est question, on est automatique passible de la plus dure des sanctions?

M. Nadeau-Dubois : Non, mais si...

M. Boivin (Mathieu) : Dans ce cas-là, dans le cas de M. Tetrault, dans le cas de M. Sauvageau, on sait relativement peu de choses des choses qui se sont...

M. Nadeau-Dubois : Ce n'est pas moi qui ai pris la décision de les retirer. S'ils se retirent, moi, je prends pour acquis que c'est parce que les chefs de ces deux partis-là ont eu connaissance des faits et ont jugé que ce n'était pas acceptable. Mais moi, en effet, ce n'est pas un automatisme. Ce n'est pas parce qu'il y a une allégation qu'automatiquement les gens n'ont pas le droit de se présenter. Si M. Tetrault avait voulu rester candidat, il avait le droit de le faire, ça aurait été aux électeurs de juger. M. Couillard a décidé que de n'était plus la meilleure personne pour représenter son parti. On trouve que c'est une décision qui a tout à fait du bon sens, mais c'est la décision de M. Couillard. Il n'y a pas personne... il n'y a pas de loi qui empêche personne d'être candidat.

M. Boivin (Mathieu) : Vous nous avez dit que c'était une bonne chose que les gens soient imputables et davantage aujourd'hui qu'avant...

M. Nadeau-Dubois : Moi, ce qui me dérange...

M. Boivin (Mathieu) : ...mais attention parce que là on met une arme dangereuse dans les...

M. Nadeau-Dubois : Moi, ce qui me dérange, c'est d'entendre des gens avoir un ton presque nostalgique quand ils évoquent l'époque où les hommes et les femmes politiques pouvaient avoir des comportements inacceptables envers les femmes ou envers leurs employés et qu'il n'y avait pas de prix à payer. Et quand M. Tetrault s'est expliqué, j'ai entendu un peu de ça : Ah! j'essayais d'être gentil. C'est exactement ce que M. Sklavounos a dit aussi lorsqu'il y a des accusations qui ont été portées contre lui. Quand on a des comportements irrespectueux ou déplacés, il ne faut pas s'inventer des qualités pour excuser nos comportements. Il faut reconnaître que c'est des comportements déplacés.

Et, oui, les moeurs changent. Oui, il y a des choses qui étaient acceptables hier, qui ne sont plus acceptables aujourd'hui, et ça, c'est une bonne chose. Et moi, je n'ai aucune nostalgie envers l'époque où, et une époque pas si lointaine, là, où les hommes et les femmes politiques pouvaient avoir des comportements irrespectueux, et on les laissait aller parce que c'était soi-disant des grands hommes ou des grandes femmes politiques, plus souvent qu'autrement des grands hommes.

M. Dion (Mathieu) : Mais, s'ils ont fait une erreur de parcours, est-ce qu'on doit absolument les écarter d'emblée, comme ça, parce qu'ils ont fait une erreur de parcours à cette époque lointaine?

M. Nadeau-Dubois : Non, mais c'est d'intérêt public que les gens de Louis-Hébert sachent que la personne qui se présente pour le parti au pouvoir, et qu'on présente d'ailleurs déjà comme un ministre, c'est d'intérêt public que les gens de Louis-Hébert sachent que cette personne-là a de lourdes allégations qui pèsent contre elle. Et les médias ont fait leur travail dans cette affaire-là, ils l'ont révélé au public, M. Couillard a pris sa décision.

M. Lavoie (Gilbert) : Ça peut quand même amener certaines situations très problématiques parfois. Par exemple, on peut se poser la question : Est-ce que Justin Trudeau aurait nommé Julie Payette s'il avait su, s'il y avait eu des articles qu'on a vus dans les journaux, à savoir qu'elle aurait eu des difficultés avec son chum? Enfin, qu'est-ce qu'on fait dans ce genre de situation là? Ça peut vous arriver à Québec solidaire aussi.

M. Nadeau-Dubois : Bien sûr.

M. Lavoie (Gilbert) : Ça peut arriver à tous les partis, incluant Québec solidaire, des allégations, certaines situations dont on n'est pas fier : un divorce qui tourne mal, des chicanes matrimoniales. Qu'est-ce qu'on fait? On écarte les candidats parce qu'il y a un doute sur...

M. Nadeau-Dubois : Bien, il ne faut pas tout mélanger. Des chicanes matrimoniales, ça peut arriver à tout le monde et, en soi, ce n'est pas d'intérêt public, s'il n'y a pas d'accusation d'abus ou d'accusation de violence psychologique. Parce que là ce dont on parle, là, ce n'est pas d'une chicane autour d'une partie de poker, là, on parle de comportement de harcèlement psychologique. Et, oui, dans notre société, on a évolué collectivement sur ces enjeux-là depuis quelques années. C'est vrai, c'est des changements qui se sont faits rapidement. Oui, on essaie de changer la culture politique. On essaie de changer la culture dans les relations de travail, et ça, c'est une bonne chose, et ça implique qu'il faut s'adapter comme acteur politique, comme employeur, comme employé, et ces évolutions-là, ce sont des évolutions qui sont souhaitables.

Alors, moi, quand j'entends des gens dire : Ah! bien là, de nos jours, on ne peut plus rien faire, on ne peut plus être gentil avec le monde. Non, ce n'est pas ça. On a le droit d'être gentil, on a le droit d'être familier, mais il y a des normes de respect, de manière générale et en particulier de respect des femmes dans le cadre du travail, qu'il faut respecter. Ces normes-là ont changé pour le mieux, et moi, je ne le regrette pas.

Mme Plante (Caroline) : Est-ce que les électeurs dans Louis-Hébert ont été respectés? Est-ce qu'on respecte ces électeurs en ce moment?

M. Nadeau-Dubois : Moi, si j'étais un citoyen ou une citoyenne de Louis-Hébert, je serais un peu insulté, parce que l'arrogance dont les libéraux ont fait preuve en levant le nez sur des allégations pourtant graves, ça montre à quel point le Parti libéral tient les gens de Louis-Hébert pour acquis, pense que c'est une circonscription qui leur est due, que le pouvoir aussi leur est dû, et donc qu'ils peuvent présenter à peu près n'importe qui, dès qu'ils prétendent que ce sera une bonne voix économique pour la région.

Donc, oui, moi, je serais insulté, si j'étais un citoyen, une citoyenne de Louis-Hébert. Et moi, je les comprends, les gens de Louis-Hébert, d'être frustrés aujourd'hui, de se sentir insultés, et je pense que ça vient brouiller les cartes pour l'élection. Je pense que ça offre une occasion, là, pour les gens de Louis-Hébert de donner une bonne leçon d'humilité au Parti libéral et à la Coalition avenir Québec.

Mme Lévesque (Catherine) : Vous dites que ce n'est pas parce qu'une personne fait un faux pas qu'automatiquement on devrait l'exclure d'une candidature x ou y. Dans ce cas-ci, est-ce qu'une personne qui traîne un squelette, là, aussi grand soit-il, dans son placard devrait se présenter et vraiment vider son sac, et devant le parti, et devant les électeurs?

M. Nadeau-Dubois : Je crois que ça, c'est du ressort de chaque parti politique de faire son travail, d'avoir une discussion franche avec la personne qui se présente pour être candidat ou candidate puis de regarder qu'est-ce qu'il y a dans le passé, est-ce que c'est un gros, un petit ou un minuscule problème. Nous, on le fait, à Québec solidaire, puis ça nous est arrivé des fois, des gens qui nous... en fait, des gens qu'on envisageait comme candidat ou comme candidate, et là on apprend quelque chose, et on se dit : Bon, bien, en effet, en 2017, c'est des comportements qu'on n'accepte plus, puis peut-être que cette personne-là, finalement, ce n'est pas la meilleure personne pour représenter notre parti.

M. Lacroix (Louis) : Avez-vous des noms?

Des voix : Ha, ha, ha!

M. Nadeau-Dubois : Oui, alors, voici une liste que j'ai amenée avec moi ce matin. Non, mais, bien sûr, non, je n'ai pas de liste à vous donner, mais c'est des choses qui se font, et ça fait partie, je pense, des nouvelles manières de faire de la politique. Je n'ai pas besoin de donner d'exemple, là, on en connaît, dans le passé, des gens qu'on considère être des grands hommes, des grandes femmes politiques, qui, dans leur vie personnelle, ont commis des impairs qui aujourd'hui ne seraient plus acceptés, et c'est correct comme ça.

M. Lavoie (Gilbert) : Est-ce que vous trouvez normal que, depuis sa création — c'est un tout autre sujet, là — depuis sa création, la Commission de la capitale nationale, ici, à Québec, ait été toujours dirigée par des gens qui viennent du parti politique au pouvoir?

M. Nadeau-Dubois : C'est bien sûr un problème, c'est un problème de manière générale dans la manière dont sont nommées plusieurs personnes dans l'appareil d'État au Québec. Les sociétés d'État, ce type d'instance là, l'AMT à Montréal, il y a un problème de favoritisme de manière générale. Et ça, ça pose des questions beaucoup plus profondes que sur l'éthique des partis politiques ou de leur chef, ça pose une question sur la manière dont les institutions politiques fonctionnent au Québec.

Est-ce que, par exemple, on donne trop de pouvoirs au premier ministre du Québec, notamment en matière de nominations? Est-ce qu'il n'y a pas certaines nominations qui ne devraient pas être mises à l'Assemblée nationale? Ça, c'est des questions pertinentes, et, bien sûr, il faut critiquer puis s'indigner quand il y a des nominations qui sont ouvertement partisanes ou, disons, si évidemment partisanes, mais il y a aussi des questions plus profondes sur comment se font ces nominations-là. Est-ce qu'il n'est pas temps de revoir, de manière plus générale, le processus de nomination à ce genre d'institution là?

M. Lavoie (Gilbert) : Est-ce que vous pensez que le maire de Québec, dans ce cas-ci, aurait dû être consulté?

M. Nadeau-Dubois : Dans le cas présent, je ne suis pas prêt à m'avancer sur qu'est-ce qui aurait dû être fait, mais je pense qu'il y a une réflexion qui s'impose sur comment on nomme les gens en position de pouvoir dans notre société.

M. Boivin (Mathieu) : Le projet de loi n° 62, pourquoi vous sentez le besoin de revenir sur un consensus relativement large que le crucifix, on le laisse là, puis c'est tout?

M. Nadeau-Dubois : Bien, je ne pas sûr que le consensus soit si large que ça, pas du tout. Et nous, à Québec solidaire, on défend une vraie laïcité, pas une laïcité à moitié, pas une laïcité pour plaire à 60 %, ou 40 %, ou 30 % des gens. On défend une laïcité authentique, c'est-à-dire une séparation entre l'église et l'État, et ça, ça veut dire que, dans l'enceinte par excellence de la démocratie, qu'on vote en faisant face à un immense crucifix, qu'on soit agnostique, athée, juif, catholique, sikh, musulman ou bouddhiste, c'est un problème.

Mme Lévesque (Catherine) : La Fédération des médecins spécialistes a dit ce matin que la loi sur la laïcité, le projet de loi, c'est le statu quo, ça ne va rien changer. Ils vivent des problèmes constamment dans les hôpitaux. En quoi on va pouvoir régler ça?

M. Nadeau-Dubois : En effet, nous, on l'a dit dès le début des travaux de la commission parlementaire, il y a encore beaucoup trop de zones d'ombre dans ce projet de loi là, et, pour un projet de loi qui a été déposé en juin 2015, si je ne me trompe pas, c'est aberrant qu'il y ait encore autant de questions.

On a pris connaissance des commentaires de la Fédération des médecins spécialistes aujourd'hui, mais il y a les municipalités qui s'inquiètent, il y a les centres d'hébergement pour les femmes victimes de violence qui s'inquiètent, il y a le mouvement communautaire qui s'inquiète parce qu'ils n'ont pas de réponses à leurs questions. Et la première chose que la ministre doit faire, c'est préciser comment son projet de loi va s'appliquer, et ça, c'est la moindre des choses. Et qu'en septembre 2017 il y ait encore autant de questions et aussi peu de réponses, c'est vraiment un... c'est un problème. C'est un projet de loi qui est broche à foin puis qui ne devrait pas l'être, pas après deux ans après son dépôt.

M. Dion (Mathieu) : Mais vous ne disiez pas tantôt que vos amendements allaient pas mal régler ce qui était le plus problématique? Là, vous dites : Finalement, il y a plein de zones d'ombre dans ce projet de loi là.

M. Nadeau-Dubois : Moi, ce matin, je vous ai... ce midi, je vous ai présenté les amendements qu'on va déposer pour amener des précisions puis des modifications spécifiques sur le projet de loi, mais j'aurais pu aussi reprendre les commentaires que j'ai faits dans les dernières semaines à l'effet que ce projet de loi là, il est flou dans son application. Par exemple, le principe...

M. Lacroix (Louis) : Mais pourquoi vous amendez un projet de loi avec lequel vous n'êtes pas d'accord?

M. Nadeau-Dubois : Parce qu'on veut mener le débat. Parce qu'on veut mener le débat, puis on s'attend, par exemple...

M. Lacroix (Louis) : Même avec les amendements que vous amenez... Excusez-moi de vous interrompre. Même avec les amendements que vous amenez, le projet de loi ne fait pas votre affaire.

M. Nadeau-Dubois : Le projet de loi, bien, il ne fait pas notre affaire à plusieurs égards, en effet. Il y a d'autres aspects où on est d'accord. Par exemple sur la question des critères d'encadrement des accommodements raisonnables, c'est une portion du projet de loi avec laquelle on est en accord. Mais, à notre compréhension du travail parlementaire, la commission parlementaire, ça sert aussi à mettre de l'avant des débats, à tenter de créer des consensus. C'est ce qu'on va faire, et nous, on s'attend à ce que les deux autres partis d'opposition nous appuient sur les deux amendements qu'on va présenter aujourd'hui, hein? Le PQ et la CAQ se sont faits des défenseurs farouches, c'est le moins qu'on puisse dire, de la laïcité dans les dernières années. On s'attend à un appui de leur part pour deux amendements qui visent précisément à assurer la laïcité des institutions de l'État au Québec.

M. Boivin (Mathieu) : Qu'est-ce qu'on comprendra, si cet appui-là ne vient pas explicitement?

M. Nadeau-Dubois : Bien, moi, j'ai bien hâte d'entendre mes collègues du PQ et de la CAQ pour voir s'ils sont prêts à nous appuyer par principe, pour faire du projet de loi n° 62 quelque chose qui ressemble un peu plus, en tout cas, à un projet de loi sur la laïcité de l'État. Parce que, si on est pour la laïcité, on devrait être pour la séparation de l'Église et de l'État, et ça, ça devrait commencer, en toute cohérence, par l'enceinte où on vote les lois. Ce n'est quand même pas un détail.

M. Boivin (Mathieu) : ...pas l'appui explicite — je reprends ma question — qu'est-ce qu'il faudra comprendre?

M. Nadeau-Dubois : Bien, on commentera en temps et lieu, mais moi, je m'attends à avoir leur appui. On commentera en temps et lieu.

M. Lavoie (Gilbert) : Une dernière sur le congrès du PQ en fin de semaine. Bon, à moins que ça tourne mal, là, c'est assez prévisible, ce qui va se passer. Jean-François Lisée, cette semaine, a parlé de son plan de match, là, premier mandat, chasser les libéraux, redonner la fierté au Québec, etc., et, en 2022, demander un mandat de réussir l'indépendance.

Ça veut dire quoi, pour vous, ça, par rapport au fait... par rapport au souverainisme chez Québec solidaire, un mandat pour réussir l'indépendance? Est-ce que c'est trop flou? Est-ce que c'est...

M. Nadeau-Dubois : Bien, la position de M. Lisée n'a pas changé. Il a gagné la course à la chefferie en disant qu'il ne tiendrait pas de référendum en 2018. Nous, on pense que la bonne manière de faire avancer l'indépendance, ce n'est pas de la cacher, ce n'est pas de dire qu'on ne la fera pas. C'est au contraire d'en faire la promotion sur une base démocratique, inclusive.

C'est ce qu'on fait à Québec solidaire depuis notre fondation. C'est ce qu'on va continuer à faire d'ici 2018 et durant la campagne électorale. Nous, on pense que l'indépendance, ce n'est pas un élément de notre programme qu'il faudrait cacher ou secondariser. C'est au contraire une condition pour transformer le Québec. C'est notre position depuis notre fondation. Et donc, que M. Lisée dise ça aujourd'hui, ça change assez peu notre vision de son plan pour l'indépendance.

M. Lavoie (Gilbert) : ...un bon gouvernement, finalement.

M. Nadeau-Dubois : Pardon?

M. Lavoie (Gilbert) : Un bon gouvernement...

M. Nadeau-Dubois : Bien, c'est le retour à une stratégie attentiste qui n'est pas nouvelle au Parti québécois. Quand on sent un peu l'eau chaude et qu'on veut absolument gagner les prochaines élections, bien, on met les principes après le pouvoir, puis nous, ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique à Québec solidaire.

Mme Plante (Caroline) : Pouvez-vous, s'il vous plaît, clarifier la position de Québec solidaire sur les cégeps anglophones? Alors, est-ce que les francophones devraient avoir accès aux cégeps anglophones?

M. Nadeau-Dubois : À Québec solidaire, on pense qu'il faut moderniser la loi 101. On pense que le français recule et qu'il faut agir. Est-ce qu'interdire la fréquentation de cégeps anglophones pour les francophones est une bonne chose? On croit que non. On pense que c'est une fausse solution à un vrai problème.

Parce que la raison pour laquelle de plus en plus de francophones et d'allophones vont au cégep en anglais, c'est parce que, sur le marché du travail, ça se passe de plus en plus en anglais. Donc, c'est ça, le problème qu'il faut régler. Il faut moderniser la loi 101 pour s'assurer que le droit de travailler en français au Québec soit assuré. Et donc, quand on s'en prend aux cégeps anglophones, on s'attaque à un symptôme, on ne s'attaque pas au vrai problème. Le vrai problème, c'est le marché du travail.

À Québec solidaire, on a plusieurs propositions, notamment le fait d'appliquer la loi 101 aux entreprises de 10 employés et plus, notamment le fait de rendre conditionnelles les subventions de l'État au respect de la loi 101, parce qu'il y a beaucoup d'entreprises, au Québec, qui sont subventionnées, qui reçoivent de l'aide publique. Ce n'est pas un problème en soi, mais ce n'est pas un problème non plus de demander en échange que ces entreprises-là respectent la loi 101.

Et donc, si on veut freiner l'anglicisation, il ne faut pas s'en prendre aux gens, aux adultes qui décident d'aller faire un D.E.C. en anglais. Il faut s'en prendre au fait que de plus en plus, sur le marché du travail, le français tombe au deuxième rang. C'est ça, le vrai problème.

(Fin à 13 h 53)

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