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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Tuesday, June 5, 2018, 11 h 40

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures quarante et une minutes)

M. Khadir : J'ai été scandalisé de voir qu'encore une fois il y a un échec qu'on constate, c'est-à-dire une enquête qui a été pourtant bien documentée, dont les preuves ont été publiquement présentées par l'émission Enquête, par Marie-Maude Denis, sur les responsables du scandale, du plus grand scandale financier au Canada, c'est-à-dire la Société immobilière du Québec, bien, il n'y a toujours pas d'arrestations.

Quelqu'un à l'UPAC ou à la DPCP doit répondre de cette inaction, de cet échec. Je vous signale, juste pour fins de comparaison, pour expliquer l'ampleur de l'échec, qu'en un an Mueller, l'enquêteur spécial aux États-Unis, a logé 19 accusations, a obtenu cinq aveux de culpabilité, dont trois proches collaborateurs du président des États-Unis. Je ne vous parlerai même pas de la France, où, en moins de six ans, Nicolas Sarkozy est maintenant en garde à vue. Je ne vous parle pas du premier ministre espagnol, qui a perdu son poste. Comment se fait-il qu'au Québec l'UPAC et la DPCP, à chaque fois qu'on approche des responsables au sommet du Parti libéral du Québec dans le scandale de la corruption qui a frappé le Québec, ne sont pas capables d'arriver au but? Pourquoi cet échec, cette inaction depuis sept ans? Comment ça se fait que ça bloque? Comment ça se fait que ça n'avance pas?

Moi, si j'étais à la place du ministre de la Sécurité publique ou de la ministre de la Justice, je serais préoccupé. On ne les entend pas. Je n'entends pas Martin Coiteux, je n'entends pas Stéphanie Vallée se scandaliser de voir qu'il y a une telle inaction.

Moi, je ne veux accuser personne. On sait, tout le monde, qu'il y a un suspect numéro un, d'accord, qui était à la tête du Parti libéral, Jean Charest. Durant son époque, il y a eu de la corruption. Si ce n'est pas lui, le coupable, il doit y en avoir d'autres. Si on est devant des gouvernements responsables, au Québec, il y a quelqu'un au sommet du pouvoir qui doit répondre du scandale de la corruption, du financement illégal du Parti libéral, les millions qui ont été ramassés frauduleusement. Si ce n'est pas Jean Charest, si ce n'est pas Jean-Marc Fournier, c'est qui? Comment ça se fait qu'après sept ans on n'a pas de réponses? Moi, je ne peux pas... je n'ai pas les moyens... On s'est donné des moyens, ces moyens s'appellent l'UPAC, ces moyens s'appellent la DPCP, puis on a investi des millions de dollars depuis sept ans. Cette incompétence-là est inacceptable. Et, encore pire, si ce n'est pas de l'incompétence mais une obstruction de la justice, là c'est absolument inacceptable et criminel.

Le Modérateur : On va prendre les questions. Une question, sous-question, d'abord, s'il vous plaît.

M. Cormier (François) : Bonjour, François Cormier, de TVA. Est-ce qu'il n'y a pas un danger, M. Khadir, que Martin Coiteux ou Stéphanie Vallée pognent le téléphone pour dire : Allez, allez, il faut déposer des accusations, il faut accélérer le processus? Est-ce qu'il n'y a pas un danger là-dedans?

M. Khadir : Bien sûr qu'il y a un danger, et le danger a existé durant tout le gouvernement libéral post-it de Jean Charest par les nominations pour contrôler l'agenda politique, l'agenda judiciaire à tous les échelons. Maintenant, qui a fait quoi exactement? C'est là le questionnement, c'est là l'objet de nos enquêtes.

Mais il n'y a certainement pas de danger pour Martin Coiteux de se scandaliser publiquement, de dire : Dites-moi, hein — s'adresser à la DPCP puis à l'UPAC — ce dont vous avez besoin pour mener vos enquêtes. On nous dit qu'il n'y a pas assez de ressources; je veux avoir les ressources. On me dit que, depuis sept ans, ça n'a pas fonctionné; vous êtes incompétents, en tout cas il y a un échec, je vous remplace, je nomme impartialement... avec l'aide des autorités compétentes et d'une commission indépendante, je nomme maintenant des procureurs compétents, non blasés, intéressés, comme Robert Mueller, aux États-Unis, a mené enquête tambour battant et arrivé à ses fins.

M. Cormier (François) : Mais, quand même, est-ce que ce ne serait pas une intervention politique dans le travail des policiers? Est-ce que les policiers ne pourraient pas sentir, justement, qu'ils ont de la pression pour, à la limite, terminer un…

M. Khadir : Mais j'espère bien que les policiers ressentent de la pression. J'espère bien que l'UPAC sent que l'UPAC a un devoir. Excusez-moi, là, on a… il y a quelque chose… il y a une pièce dans laquelle on est en train de jouer qu'on n'a pas bien comprise. On a formé l'Unité permanente anticorruption dans le but d'obtenir des résultats, identifier les… À moins que vous me dites qu'il y a un système qui existe et qu'il n'y a pas de responsables.

M. Cormier (François) : Je suis désolé, M. Khadir, je me suis mal exprimé. Je voulais dire : Oui, ils sentent de la pression, mais est-ce que ce ne serait pas une pression supplémentaire que de leur dire : Il faut absolument arriver à des résultats rapidement, alors que peut-être attendre six mois de plus donnerait des résultats meilleurs?

M. Khadir : Peut-être, mais là, regardez, jusqu'à combien de temps on va se faire raconter ces histoires-là? Avant, naïf comme vous ou complaisant comme vous, j'ai accepté ces explications : C'est compliqué, ça prend du temps, il faut réunir des preuves, etc. Mais là le cumul des échecs — le dossier Normandeau, le dossier Contrecoeur, le fait qu'on mette fin à la filature lorsque ça s'approchait de Jean Charest, le dossier de la SIQ, qui a pourtant été public, ça a été dans une émission, là on parle d'un chèque de 2,5 millions qui est disponible — bon, là, à un moment donné, on se pose des questions. Puis on s'est posé ces questions-là.

Mais aujourd'hui, en plus, on a des comparatifs. On a les États-Unis, on a l'Espagne, on a la France. Là, on serait une exception? On serait une exception parce que, quoi, notre système de justice est défaillant, l'UPAC est défaillante, la DPCP est défaillante ou il y a des volontés agissant pour faire obstruction à la justice? En tout cas, il y a plusieurs choix devant nous, mais aucun de ces choix n'est acceptable.

La réalité, c'est qu'après sept ans, qu'on soit devant un tel échec, c'est inadmissible. Parce que, dans un gouvernement démocratique, dans un gouvernement responsable, s'il y a eu corruption, s'il y a eu financement illégal, il y a quelqu'un de responsable.

M. Lavallée (Hugo) : Je comprends que vous souhaitiez, M. Khadir, des arrestations rapides, mais vous faisiez vous-même…

M. Khadir : Non, je ne souhaite aucune arrestation rapide. Je déplore et je trouve inacceptable qu'après sept ans et des centaines de millions cumulés aucune…

M. Lavallée (Hugo) : Donc, vous ne souhaitez pas d'arrestations?

M. Khadir : …aucune n'a été identifiée, encore, responsable, alors qu'à côté de nous, en moins d'un an, Robert Mueller arrive dans le cercle étroit de Donald Trump.

M. Lavallée (Hugo) : Mais vous souhaitez ou pas des arrestations, là? Je ne comprends pas.

M. Khadir : Oui, mais je... Ce n'est pas à moi de décider quelle est la... Vous me dites qu'il y a des arrestations rapides. Excusez-moi, sept ans, ce n'est pas rapide, sept ans.

M. Lavallée (Hugo) : Dans le dossier Contrecoeur, auquel vous avez fait allusion, il y a eu des arrestations, et finalement le dossier, visiblement, était mal ficelé, puisque ça s'est soldé par un acquittement. Est-ce qu'en l'occurrence ce ne serait pas mieux d'être plus patients pour mieux faire les choses pour s'assurer une condamnation?

M. Khadir : Est-ce que c'est l'absence de patience qui explique que c'est mal ficelé, ou l'incompétence, ou carrément des volontés agissantes d'obstruer? Regardez, si je dois venir de Montréal à Québec, que je sais qu'il n'y a pas d'essence dans mon auto puis que je m'arrange... ou, par insouciance, je n'en mets pas, c'est sûr que le résultat est au bout du rouleau. J'ai beau être très patient, je n'arriverai jamais à Québec si je ne prends pas les moyens d'arriver à Québec.

Donc, quand il y a une incompétence, qu'elle soit délibérée ou par insouciance et simplement absence de compétences, le résultat est le même, c'est mal ficelé, ça n'aboutit pas. Là, s'il y avait juste un cas, on pourrait toujours se retrancher, comme on l'a fait complaisamment depuis sept ans, derrière toutes sortes d'explications. Vous ne trouvez pas, comme moi, que ça commence à ressembler à un faisceau d'événements qui sont toujours la même chose, quelque chose ne tourne pas rond, quelque chose tombe à l'eau ou quelque chose qui est bloqué? Jusqu'à quand on va se complaire dans des explications faciles?

M. Lavallée (Hugo) : Mais là vous montrez du doigt l'UPAC, si je comprends bien, alors que, dans l'article, on semblait davantage indiquer que c'est au niveau du DPCP qu'on...

M. Khadir : Non, j'ai dit qu'il...

M. Lavallée (Hugo) : Vous avez parlé d'un enquêteur blasé, là.

M. Khadir : ...qu'un ou l'autre doit répondre. Regardez, il y a un échec. L'échec est patent. Après sept ans, à chaque fois qu'on se rapproche du sommet du Parti libéral, ça tombe à l'eau. Probablement, le procès Normandeau, d'après les indications qu'on reçoit, c'est parti pour, en tout cas, ne pas aboutir encore après sept ans. Cet échec-là doit avoir une cause et des responsables : c'est soit l'UPAC, c'est soit la DPCP. Lequel veut prendre le blâme? Mais que ça soit l'un ou l'autre, pour le Québécois, pour le public, pour la démocratie, c'est inacceptable.

M. Lavallée (Hugo) : Sur un autre sujet, concernant la décision de Martine Ouellet de quitter la direction du Bloc québécois, M. Lisée, ce matin, disait que ça pouvait être une occasion à saisir pour faire en sorte que le mouvement indépendantiste, au niveau fédéral, se réorganise. Qu'est-ce que vous pensez de cette proposition?

M. Khadir : Le mouvement indépendantiste vit des heures difficiles. Nous avons besoin de repenser toute la stratégie indépendantiste pour la faire reposer sur une mobilisation populaire et citoyenne, et, pour ça, il faut retrouver... il faut que les directions, les différentes directions des différents partis souverainistes, indépendantistes, nous cessions de réfléchir en termes de résultats à court terme, de sièges, de leadership puis qu'on parle et qu'on réfléchisse en termes de mobilisation de notre peuple, ce que notre peuple a besoin, de projets de société pour que ça soit emballant ou qu'on parte en bataille. Et ce n'est certainement pas dans les accusations que les uns et les autres se lancent que ça va se régler. Moi, je souhaite que tout le monde retrouve un peu de sérénité puis un peu de réserve dans le jugement porté vers les autres.

Le Modérateur : Dernière question.

M. Lavallée (Hugo) : Et qu'est-ce que Québec solidaire peut faire concrètement, au niveau fédéral, pour que ça se réalise?

M. Khadir : Qu'est-ce qu'on peut.... Concrètement, concrètement, cesser de jeter le blâme les uns sur les autres, prendre chacun notre part de responsabilité. Deux, avoir un projet de société emballant. On ne pourra pas avoir de meilleur succès si on se rabat sur les recettes passées. Le Bloc québécois, à Ottawa, était une stratégie d'une certaine période du mouvement souverainiste, une stratégie à laquelle j'ai participé, j'ai été candidat du Bloc québécois, et j'ai le plus grand respect pour le travail accompli par Gilles Duceppe, par tous les gens du Bloc québécois depuis des années, mais aujourd'hui il faut réexaminer tout ça.

De la même manière que le PQ ne correspond plus à l'élan dont le mouvement indépendantiste a besoin pour concrétiser l'indépendance du Québec, il faut se questionner si le Bloc est la solution.

Le Modérateur : Kathryne.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Bonjour. Je veux juste rebondir sur la question de mon collègue. Est-ce que Martine Ouellet serait la bienvenue chez Québec solidaire?

M. Khadir : Toutes les personnes de bonne volonté, si elles acceptent de travailler et oeuvrer au sein de Québec solidaire en fonction de ses objectifs, moi, je les accueille favorablement.

Maintenant, il n'y a pas de proposition précise de faite ni d'une part et d'autre, donc ce n'est que spéculation, pour le cas de Martine. Je pense que Martine vit des moments très difficiles. Elle est encore députée de Vachon. Il faut attendre qu'elle fasse ce qu'elle a à faire dans ce qu'elle a décidé de faire pour elle. Pour le moment, en tout cas, c'est pure spéculation.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Mais, juste pour revenir à l'UPAC, en fait, donc vous souhaitez que M. Coiteux ou Mme Vallée, finalement, fasse une intervention. Ce ne serait pas de l'ingérence politique? Ça ne mettrait pas un dangereux précédent?

M. Khadir : Mais, excusez-moi, l'UPAC est une création politique. Devant le scandale politique permanent que vit le Québec à cause du financement illégal des partis politiques, nous avons mis en place une unité permanente anticorruption pour trouver les filous qui financent les partis politiques ou qui font de la collusion dans le domaine de la construction, et c'est une responsabilité politique... qu'on doit entendre M. Coiteux. Pourquoi une telle incompétence à l'UPAC? Pourquoi une telle incompétence à la DPCP? Pourquoi de tels échecs? L'échec n'est pas juste en termes de difficultés des preuves, parce que, partout ailleurs alentour de nous, les systèmes policiers épinglent les plus hauts responsables politiques. Comment ça se fait qu'au Québec on n'est pas capables de faire ça? Il doit y avoir une raison. Est-ce que c'est le gouvernement post-it? Est-ce que c'est le résultat de 15 ans de gouvernement libéral post-it? On a mis en place des gens à des endroits névralgiques pour faire obstruction à la justice ou au travail des policiers? C'est possible.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Mais ça ne mettrait pas un dangereux précédent, quand même, si les ministres se mettent à donner des ordres à l'UPAC...

M. Khadir : Excusez-moi, quel dangereux précédent? Le ministre doit s'assurer que l'UPAC et la DPCP aient les moyens d'agir. Donc, si, actuellement, à l'intérieur du DPCP et à l'intérieur de l'UPAC, il y a des éléments qui empêchent l'UPAC et le DPCP de remplir leur mandat, c'est la responsabilité du ministre de voir à ça, de changer les directions, de nommer les bonnes personnes compétentes pour mener à bien l'oeuvre. Il n'y a aucune ingérence là-dedans de nature partisane, mais il y a une responsabilité politique.

Puis cessons de nous complaire dans ces réponses, cessons d'accepter ces balivernes du Parti libéral, qui, pour expliquer leur inaction et leur complaisance, vous offrent ce genre de réponse là. C'est une responsabilité politique, voyons.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Mais, juste pour être claire, quand un ministre donne un ordre ou donne un conseil, du moins, à une organisation comme l'UPAC, c'est quand même de l'ingérence...

M. Khadir : Le ministre, ici, de la Sécurité publique donne l'ordre aux policiers de protéger les chefs d'État qui viennent en G7 à Charlevoix. Est-ce qu'il fait de l'ingérence?

Mme Lamontagne (Kathryne) : Mais on parle de l'UPAC, là, on parle d'arrêter, on parle de...

M. Khadir : Bien, on parle de l'UPAC, mais c'est la même chose. Le politique doit s'assurer que le corps policier fait sa job. Si le corps policier ne fait pas sa job après sept ans, la politique doit s'y pencher. Comment ça se fait qu'il y a un tel échec? Il y a un échec. À moins qu'on accepte le fait que, non, tout va bien, là, Mme la marquise, tout va bien, Mme la marquise, ne vous inquiétez pas. Si c'est ça, la réponse qu'on accepte, et les libéraux disent ça, on peut se complaire dans cette complaisance.

Mais je pense que le peuple québécois, après sept ans, s'attendait à mieux. Comme ça ne fonctionne pas, comme il y a de l'inaction, comme il y a de l'échec, ça doit préoccuper le ministre, il doit se demander... il doit les convoquer, il doit savoir pourquoi : Qu'est-ce qu'il vous manque? Est-ce que vous manquez de moyens? Est-ce que vous manquez d'argent? Est-ce que vous manquez de procureurs? Est-ce que vous manquez de capacités de mandat? Je vais vous les offrir, allez chercher des filous.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Ce n'est pas ce qu'il fait déjà?

M. Khadir : Là où il y aurait de l'ingérence, c'est qu'il prenne le téléphone puis M. Coiteux dise aux policiers : Allez arrêter M. Couillard, allez arrêter M. Khadir. Là, ce serait de l'ingérence.

Mme Lamontagne (Kathryne) : Mais vous dites, actuellement : Allez arrêter M. Charest, non?

M. Khadir : Non, non, je n'ai pas dit ça. Qui a dit ça? Moi, je dis : Pour moi, Jean Charest est le suspect numéro un de la corruption politique qui a régné, au Québec, au sommet du pouvoir du gouvernement. C'est le suspect. Mais, si ce n'est pas lui, le coupable, si ce n'est pas Jean-Marc Fournier, si ce n'est pas leurs acolytes, c'est qui? C'est à l'UPAC de répondre, à moins qu'on dise qu'il y a eu corruption, il y a eu système, mais il n'y a aucune... Est-ce qu'on peut accepter ça, logiquement, qu'il y a un système qui a été mis en place, qu'il y a de l'argent qui a été ramassé et qu'il n'y a personne de responsable? Est-ce qu'on peut accepter ça? Si on ne peut pas accepter ça et qu'il y a des responsables, nous nous attendons à ce que l'UPAC et la DPCP les trouvent. Après sept ans, c'est un échec de n'en avoir épinglé aucun.

Le Modérateur : Pascal. Question, sous-question, s'il vous plaît.

M. Dugas Bourdon (Pascal) : Oui. Est-ce que vous pourriez aller jusqu'à demander une enquête indépendante sur le travail de l'UPAC, du DPCP et de possibles ingérences du Parti libéral sur ces organismes-là?

M. Khadir : Je vais vous dire ce que je ferais aujourd'hui si j'étais ministre de la Sécurité publique et de la Justice, je convoquerais la direction de ces choses-là, j'essaierais de comprendre quelles explications ont-ils à donner de leur inaction et de leur échec.

M. Dugas Bourdon (Pascal) : Et si vous n'êtes pas satisfait de l'explication?

M. Khadir : En fonction de ça, je changerais les directions pour mettre des gens compétents en fonction puis je réfléchirais, avec l'opposition, sur peut-être un tribunal spécial qui doit considérer ces choses-là.

Parce qu'on a vu, avec le cas du Faubourg Contrecoeur puis il y a le cas de Nathalie Normandeau qui bloque, qu'il y a un problème au sein même du mécanisme fonctionnement de nos tribunaux qui fait que ça ralentit et ça rend difficiles les opérations, donc il faut revoir le système.

M. Dugas Bourdon (Pascal) : C'est quoi ça, un tribunal spécial? Qu'est-ce que vous voulez dire par là?

M. Khadir : Bien, c'est une réflexion à faire ensemble. Quel type… Un peu comme la commission Charbonneau, qui est une commission d'enquête spéciale, indépendante en fonction d'une mission, on peut mettre sur pied un tribunal indépendant spécial qui se consacre uniquement aux crimes liés à la corruption politique. Parce qu'actuellement toutes ces enquêtes-là passent à travers le système et les tribunaux ordinaires, avec tout ce que ça entraîne comme complications, délais, etc. Donc, on a peut-être besoin, pour arriver, maintenant qu'on voit que ça prend autant de temps, d'un tribunal spécial dédié à la poursuite de tous les filous, au sein de l'appareil gouvernemental, qui ont orchestré la corruption depuis 15 ans.

Le Modérateur : Marco. Question, sous-question. Ça sera tout ensuite.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Très bien. Plusieurs manifestations s'organisent en vue du sommet des dirigeants du G7 à Québec. Le premier ministre Philippe Couillard a invité les manifestants à ne pas venir accompagnés d'enfants, par précaution, par prudence, a-t-il dit. Est-ce que c'est possible, aujourd'hui, de manifester en toute sécurité contre le G7? Est-ce que vous, vous…

M. Khadir : J'espère que oui. C'est sûr qu'il y a une violence étatique qu'on a vue depuis Gênes, en Italie, et de nombreux autres exemples. On se rappellera même la ZLEA ici en 2001, où il y a une réaction policière brutale trop importante.

Des fois, ça me fait penser aux maladies auto-immunes, pour faire une analogie médicale, où la réaction du corps policier cause plus de dommages que les quelques manifestations un peu bruyantes avec quelques, je dirais, dérapages violents de certains abrutis qui pensent que c'est la place pour ce genre de chose là.

Mais ce qui est certain, c'est que l'essentiel du mouvement de contestation de ces réunions des puissants du monde veut des manifestations pacifiques, familiales, dans lesquelles tout le monde a sa place, et j'invite la population à participer à ces mobilisations pacifiques.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Qu'est-ce qui a changé depuis 2001, notamment le Sommet des Amériques ici, à Québec? On peut penser au G8, G20, en 2010, sauf erreur, à Toronto, où il y avait une mobilisation populaire importante en 2001, les syndicats, les associations étudiantes avaient lancé des appels à la mobilisation, tandis qu'aujourd'hui il n'y a pas de grandes associations qui ont invité les gens à se mobiliser et à manifester contre le G7. Comment vous expliquez ça, vous, M. Khadir?

M. Khadir : Je n'ai pas d'explication particulière à offrir pour ça. Ce que je peux dire, par contre, c'est qu'une grande partie de la population a perdu pas mal d'espoir dans les dirigeants politiques. C'est qu'à un moment donné le cynisme s'est tellement accentué, la perception que ces dirigeants politiques sont complètement insouciants et sourds à toute requête qui vient de la population, que ça peut être, bien sûr, un peu démobilisant pour dire au monde : Bien, venez manifester vos opinions. Mais ça, s'il faut accabler quelqu'un pour ça, c'est les dirigeants, c'est les Trudeau de ce monde, qui, par leur action cynique, par le fait de trahir leurs promesses les plus fondamentales, encouragent et accentuent ce cynisme.

Le Modérateur : Merci, tout le monde.

(Fin à 12 h 1)

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