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Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre, et Mme Geneviève Guilbault, vice-première ministre

Situation au Québec quant à la COVID-19

Version finale

Wednesday, September 30, 2020, 17 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Dix-sept heures quatre minutes)

Le Modérateur : Alors, bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue au point de presse du premier ministre du Québec, François Legault, de la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, et du directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda. M. le premier ministre, la parole est à vous.

M. Legault : Oui, merci beaucoup. Ça me fait plaisir de voir de proche, même s'il y a un plexiglas, notre vice-première ministre. On ne s'est pas vus depuis le début de la pandémie. Donc, on a pris toutes les mesures nécessaires.

Donc, bonsoir, tout le monde. Avant de commencer, je voudrais revenir sur ce qui est arrivé à l'hôpital de Joliette avec Mme Echaquan, une femme atikamekw. J'ai été, comme tous les Québécois, choqué de voir la vidéo puis d'entendre les propos racistes à l'égard de Mme Echaquan. Je veux vous dire qu'il y a une infirmière qui a été congédiée. Il y a deux enquêtes qui sont en cours. Puis, comme le savez, j'ai déjà donné un mandat à Nadine Girault et Lionel Carmant. Ils doivent, dans les prochaines semaines, me remettre une liste de recommandations. Puis on va agir pour lutter contre le racisme. C'est totalement inacceptable, ce qu'on a vu là. Personne n'aime ça.

Maintenant, je veux revenir sur la deuxième vague de la pandémie. D'abord, deux précisions.

Suite à une analyse de la Santé publique, on nous a recommandé que, dans Chaudière-Appalaches, il y ait trois MRC qui passent de zone rouge à zone orange. Donc, on parle des MRC des Etchemins, Montmagny et L'Islet. Donc, évidemment, ça a des conséquences sur les gestes qui seront posés à partir de minuit ce soir.

Autre précision, concernant les bibliothèques publiques. Les Québécois vont pouvoir aller chercher des livres, emprunter des livres, avec un masque et en gardant le deux mètres, mais il n'y aura pas de rassemblement dans les bibliothèques publiques.

Bon, je reviens sur la situation de la pandémie. On le voit, le nombre de cas continue d'augmenter. Le nombre d'hospitalisations continue d'augmenter. La situation est inquiétante. Et, plus que jamais, je veux demander encore aux Québécois, au moins pour un mois, de faire des sacrifices parce qu'il y a des vies qui sont en jeu. On veut aussi garder nos enfants dans les écoles puis on veut protéger aussi notre réseau de la santé.

Bon, j'ai entendu puis lu beaucoup de commentaires depuis hier sur les décisions qu'on a annoncées lundi. Les gens se demandent pourquoi on a fermé certaines activités puis pas d'autres.

D'abord, je veux être bien clair, là, il n'y a pas un jugement de valeur qui a été posé, à savoir est-ce qu'on punit les activités qui ont fait moins d'efforts. Ce n'est pas ça, le critère qui a été utilisé. Ce qu'on veut, là, puis on peut débattre longtemps, de savoir est-ce qu'il y a des activités qui sont plus ou moins essentielles ou plus ou moins non essentielles, le but, c'est de choisir un certain nombre d'activités et de réduire les contacts. Puis, pour être bien franc avec vous, ce n'est pas impossible que, dans les prochaines semaines, on ajoute à ces activités-là. Donc, il y a actuellement une urgence d'agir. On a choisi un certain nombre d'activités. Ce n'est pas un jugement de valeur. Ça ne veut pas dire qu'il y a des activités qui sont plus importantes que d'autres. Avec la Santé publique, donc on a établi une certaine liste. Puis ce n'est pas impossible que des activités s'ajoutent à cette liste-là.

Bon, maintenant, c'est pour ça que je suis avec la vice-première ministre et la ministre de la Sécurité publique, qu'on a eu un Conseil des ministres, aujourd'hui, pour se parler de comment on va faire respecter les consignes, parce qu'on va se dire la vérité, à cause de l'insouciance ou la négligence d'une minorité, on se retrouve dans une situation, là, où il y a beaucoup de monde qui sont affectés, et il y a des vies qui sont en jeu.

Puis là je veux faire un parallèle, là, avec certaines consignes comme les lumières rouges. Les gens savent… s'ils passent sur une lumière rouge, là, ils peuvent avoir une amende parce qu'ils mettent la vie des autres en danger. Puis ce n'est pas une question de liberté, là. Il n'y a pas personne, au Québec, qui va se dire : Aie! Ça n'a pas de bon sens qu'on me donne une amende parce que je suis passé sur la lumière rouge, là. Ça vient toucher là sécurité, même la vie des autres personnes. Donc, c'est la même chose avec la COVID. Les personnes qui ne respectent pas les consignes, ils mettent en danger la vie des autres personnes.

Donc, revenons sur les consignes pour vous expliquer comment on va les appliquer.

D'abord, commençons par les maisons. Bien, à partir de minuit ce soir, dans les zones rouges, ce ne sera pas possible de recevoir des invités, sauf quelques exceptions comme un proche aidant, une gardienne, un plombier, donc ce genre-là de service essentiel que des personnes doivent recevoir dans leur maison. Mais soyons bien clairs, quelqu'un qui fait un party dans sa maison, bien, il est en contravention de la loi et il met la vie de d'autres personnes en danger. Donc, quand ça arrive, les policiers vont pouvoir leur donner un constat d'infraction.

Comment ça va se passer? Bon, d'abord, il y a des gens qui vont sûrement collaborer puis accepter d'ouvrir la porte. Mais, si la personne refuse de collaborer, les policiers vont pouvoir obtenir un télémandat rapidement, d'un juge, là, ça veut dire le soir même, pour être capables de donner un constat d'infraction. Je veux être bien clair, là. Les policiers ne vont pas commencer à cogner au hasard à toutes les portes du Québec. Il n'y aura pas de chasse aux sorcières. On va le faire puis les policiers vont le faire seulement s'il y a des motifs de croire que la loi n'est pas respectée. Puis, encore là, la vice-première ministre, avec le DPCP, avec les corps policiers, bien, c'est assuré qu'on va pouvoir avoir des constats portatifs pour être capables de donner des contraventions rapidement.

Maintenant, les manifestations. Je l'ai dit lundi, à partir de minuit ce soir, les manifestations ou les manifestants vont devoir porter un masque. Ce n'est pas vrai qu'on va demander à des Québécois de faire des sacrifices, puis que, pendant ce temps-là, il y a des personnes qui, en se réunissant dans une manifestation, vont risquer qu'il y ait une grosse éclosion qui pourrait causer des torts à plusieurs personnes dans la société. Donc, ces personnes-là vont pouvoir recevoir des contraventions de 1 000 $. Même chose pour les maisons, même chose pour les manifestations, 1 000 $ par personne. Puis, encore là, les policiers vont avoir des constats portatifs pour être capables de donner rapidement des contraventions.

Il y a aussi les rassemblements dans les parcs. D'abord, je vous rappelle qu'au moment où on se parle, là, donc pas à minuit, au moment où on se parle, dans les zones orange, comme Montréal, les rassemblements sont limités à 25 personnes. À partir de minuit, ça va être tous les rassemblements qui vont être interdits. Donc, ce qu'on a demandé aux policiers, c'est d'abord de disperser les gens, donc les inviter à cesser d'être rassemblés. Mais, s'il y a des manifestants qui refusent de collaborer, bien, ils vont pouvoir aussi recevoir une contravention.

Une autre précision importante, parce qu'on a commencé à entendre ça, les personnes qui habitent dans une zone rouge ne peuvent pas aller dans un restaurant dans la zone à côté qui est orange. On ne veut pas mettre le fardeau sur les restaurateurs, mais on veut juste dire à ces personnes-là : Ce qui est illégal dans la zone rouge est illégal si vous allez dans une autre zone. Donc, ça, c'est très clair.

Peut-être une autre précision aussi. C'est le temps de la chasse. Donc, il y a des personnes qui sont dans des zones rouges qui vont aller, dans les prochains jours, peut-être dans leur camp de chasse. C'est correct. Mais là ce qui est important, c'est de ne pas aller faire l'épicerie dans la zone orange ou la zone jaune où est leur camp de chasse, qu'ils arrivent avec leur nourriture, là, un peu comme on le faisait ce printemps.

Je termine avec mes remerciements du jour. Ça va être pour les policiers puis les policières. Ça ne sera pas facile, les prochaines semaines, pour les policiers puis les policières, mais on a besoin de nos policiers puis nos policières pour faire respecter la loi et pour nous protéger. Donc, je vous dis un énorme merci, aux policiers et aux policières.

Maintenant, quelques mots en anglais.

Good evening, everyone. First, I want to say a few words about the tragic death of Joyce Echaquan. Like all Quebeckers, I was shocked by the racism she was subjected to. A nurse has been fired and two investigations are ongoing. Our taskforce on racism will give me a recommendation in the coming weeks. We will act quickly. We need to.

Now, regarding the pandemic, the situation is still worrying. Today, we've taken new decisions to enforce Public Health rules. We cannot accept that a majority of people pay for the negligence of the minority. Starting at midnight today, we cannot receive people in our homes in red zones. If you're inviting guests for a party, you're breaking the law. When this happens, police officers can give fines of $1,000. If the person refuses to cooperate, officers can remotely ask a judge for a warrant to intervene, which can be given the same evening.

For protests, as I said Monday, wearing a mask will now be mandatory. Those who refuse to follow this rule can also get a ticket of $1,000. Officers will be able to act quickly by giving tickets on the spot.

Starting at midnight today, outside gatherings will also be forbidden. Police officers will start by trying to disperse the gatherings, but, if people don't cooperate, they could get tickets.

I also want to make an important clarification. People living in red zones cannot go to a restaurant in an orange zone. We won't ask owners to verify this, but people could get a ticket.

The work of police officers won't be easy in the weeks to come, so I want to thank them for applying the Public Health rules and mostly for protecting us. Thank you.

Le Modérateur : Merci, M. le premier ministre. Première question, Tommy Chouinard, La Presse.

M. Chouinard (Tommy) : Oui. Bonjour, M. le premier ministre. D'abord, pour bien comprendre l'exercice du télémandat, je crois que c'est déjà possible à l'heure actuelle de procéder par télémandat. Bon, est-ce que, là-dessus, le… est-ce qu'il y a des nouveaux éléments qui sont apportés, le DPCP, pour assurer l'exercice de ça? Est-ce que je dois comprendre que ces pouvoirs-là ne seront exercés que dans les zones rouges et que d'autres types de parties, mettons, dans les zones orange, ça ne s'applique pas, là? Est-ce qu'on peut préciser la chose?

Mme Guilbault : Oui. Bien, sur le télémandat, effectivement, ça existait déjà, le télémandat, là. Puis d'ailleurs on en a parlé beaucoup, la fameuse question, là : Est-ce qu'on va entrer dans les maisons sans mandat? Puis je le répète ce soir, non, il n'y a rien qui change à cet égard, on doit avoir soit le consentement de la personne qui habite là ou qui loue l'endroit ou un mandat à défaut d'avoir le consentement. Donc, ça, il n'y a rien qui change là-dessus. Je veux être très, très, très claire.

Maintenant, la nouvelle chose, et je l'ai dit souvent, moi, ce sur quoi je travaillais, c'était de pouvoir doter nos policiers de nouveaux outils de travail, en l'occurrence les constats portatifs qui se rapprochent beaucoup plus d'une contravention directe, immédiate et beaucoup plus dissuasive, à notre sens, qu'un rapport d'infraction. Alors, que ce soit en zone jaune, orange ou rouge, ils pourront désormais donner ces constats d'infraction s'ils constatent, bien sûr, l'infraction.

Alors, là, il y a deux cas de figure, en fait. Le policier peut arriver à la suite d'un signalement ou parce que, je ne sais pas, il se promène dans la rue, puis il y a quelqu'un qui lui dit : Aie! il y a un gros party ou, bref, il a un signalement, la tranquillité publique ou autre motif. Il arrive à un endroit, cogne à la porte. Comme disait le premier ministre, la plupart des gens vont être portés à ouvrir la porte puis à collaborer un minimum. Et là il va pouvoir constater si, oui ou non, il y a une infraction dans la maison. S'il y en a une, il va amener les gens à se conformer, donc va dire : Vous devez quitter l'endroit, vous n'avez pas le droit de vous rassembler. Là, ça dépend des zones, là. En zone jaune, orange ou rouge, on passe de 10 personnes, à six personnes permises, à aucune personne permise en zone rouge, donc, selon la zone où on se trouve. Et on s'attend à ce que, dans la majorité des cas, les gens vont se conformer, là. Les gens vont quitter puis, donc, l'objectif va être atteint. Les gens vont s'être conformés puis on va éliminer le risque qu'on encourt de propagation du virus.

L'objectif, ce n'est pas de donner autant de contraventions que possible, c'est évidemment d'amener les gens à se conformer aux règles. Donc, s'ils se conforment, n'auront pas de constat, mais, à défaut de se conformer, vont pouvoir avoir un constat. Et, s'il y a vraiment un refus de collaborer, bien là, le policier peut aller dans sa voiture et demander le télémandat, et, une fois qu'il a le télémandat, peut intervenir, et, s'il y a infraction, encore une fois, donner le constat portatif. L'amende étant toujours de 1 000 $ sur les constats portatifs.

M. Chouinard (Tommy) : M. le premier ministre, vous donnez quand même... les responsabilités que vous confiez aux policiers, ça pourrait être quand même assez compliqué à appliquer, entre autres lorsque vous apportez les distinctions sur une personne qui est en zone rouge qui se déplace en zone orange, comment elle doit... elle doit se comporter comme si elle se trouvait en zone rouge. Est-ce que vous avez parlé, eu des échanges avec les chefs de police pour vous assurer de la clarté des règles qui sont mises en place? Et est-ce que les corps de police vous ont dit que c'était suffisamment clair pour être appliqué?

Mme Guilbault : Oui, j'ai eu... On a eu, oui, plusieurs échanges avec les corps de police, bien entendu, en particulier les grands corps de police qui couvrent une bonne partie du territoire, surtout le territoire rouge. Mais là le décret vient juste d'être adopté, là. On a eu un conseil des ministres tout juste avant de venir vous rencontrer. Donc, on aura assurément d'autres conversations pour s'assurer de la clarté des outils et de la compréhension commune du décret.

Mais l'objectif, c'est effectivement de faire en sorte qu'une personne ne puisse pas faire dans une autre région ce qu'elle ne peut faire dans sa région de résidence. Donc, moi, j'habite ici, à Québec, dans le rouge, je ne peux pas aller me rassembler, je n'ai pas le droit d'avoir des gens chez moi, je ne peux pas aller me rassembler avec des gens dans une zone orange ou jaune parce que mes interdictions se transposent et me suivent où que je sois. Donc, si une personne transgresse ce principe-là, elle s'expose, elle aussi, oui, à des amendes, passible d'une amende de 1 000 $ à 6 000 $ comme c'est toujours prévu dans la loi.

Mais, encore une fois, l'idée, ce n'est pas de multiplier les contraventions, là. C'est vraiment juste de faire comprendre aux gens, on veut les décourager d'aller dans d'autres régions faire ce qu'ils ne peuvent faire chez eux. Quand on habite dans le rouge, on essaie de rester dans le rouge, on essaie de ne pas aller exposer les gens des autres régions et on évite de devenir un risque, là, ou un vecteur potentiel de contagion ailleurs que chez soi.

Le Modérateur : Merci. Patrick Bellerose, Le Journal de Québec.

M. Bellerose (Patrick) : Oui. Bonjour à tous. M. le premier ministre, qu'est-ce qui a changé avec les manifestations antimasques? Il y a deux semaines, vous disiez que ce n'est pas nécessairement un vecteur de propagation et : Je ne veux pas nécessairement non plus faire martyrs en distribuant des amendes comme ça. Donc, qu'est-ce qui a changé qui fait que vous allez imposer des amendes aux antimasques qui ne portent pas le masque?

M. Legault : Bien, on fait aussi de la prévention. C'est la même chose pour les activités, là, où on a fermé les activités, que ce soient les salles de spectacle, les restaurants, les bars. Ce n'est pas nécessairement parce que dans chaque endroit il y a eu des éclosions. Mais ce qu'on essaie de faire, c'est de limiter les contacts. Donc là, on a choisi un certain nombre d'activités, puis ça inclut les manifestations. On pense que dans les manifestations, quand il y a des centaines de personnes qui sont proches les unes des autres, il y a un risque réel de contagion. Donc, on veut limiter les contacts et mettre des mesures comme porter un masque dans une manifestation. Donc, on continue de permettre ce que la démocratie nous demande, c'est-à-dire : les gens qui sont contre une mesure du gouvernement peuvent manifester, mais ils doivent le faire en respectant la consigne de porter un masque.

M. Bellerose (Patrick) : Concrètement, ça me semble difficile, s'il y a une manifestation de plus milliers de personnes, d'arrêter chaque manifestant, demander des papiers et distribuer des amendes. Vous ne craignez pas de galvaniser ces manifestations-là? Vous ne craignez pas que ce soit difficile pour les policiers d'appliquer la mesure?

M. Legault : Oui. Bien, je le disais tantôt, là, ça ne sera pas facile pour les policiers. Mais, en même temps, je peux vous dire que je pense qu'on va avoir l'appui, puis les policiers vont avoir l'appui des Québécois. On ne peut pas, d'un côté, demander des sacrifices aux Québécois, de dire : Je n'invite pas d'amis à la maison, mais il y a des centaines de personnes qui manifestent pas de masque. À un moment donné, il y a une question de cohérence puis il y a une question d'exiger la même chose à tout le monde.

Le Modérateur : Louis Lacroix, Cogeco Nouvelles.

M. Lacroix (Louis) : Bonjour, M. le premier ministre, Mme la vice-première ministre, Dr Arruda. Justement, sur les manifestations, est-ce que vous ne craignez pas qu'il y ait des débordements qui mènent à l'utilisation de moyens plus coercitifs pour disperser, par exemple, ces manifestations-là? On sait que les gens qui participent, surtout les antimasques, là, il faut s'attendre à ce qu'ils ne portent pas de masque à leur manifestation, là, ça irait un peu à l'encontre du message qu'ils essaient de passer. Est-ce que les policiers sont prêts à se rendre jusqu'à l'utilisation de la force, des gaz lacrymogènes, des outils qui sont à leur disposition pour disperser les foules?

M. Legault : Bien, écoutez, il y a des gens qui nous demandaient de poser le geste qu'on pose aujourd'hui il y a quelques semaines. On a essayé d'abord de prendre le temps, puis la vice-première ministre le fait, de rencontrer les corps policiers. On sait que... on se souvient ce qui est arrivé avec les étudiants à Montréal. On veut aussi, on voulait être capables de reporter ce moment-là le plus longtemps possible. Mais actuellement la situation est vraiment critique, là. Il y a des vies qui sont en jeu, notre réseau de l'éducation est en péril, notre réseau de la santé est en péril. Donc là, on est rendus vraiment à l'étape de dire : Là, il faut faire quelque chose, il faut agir, et, s'il y a des gens qui ne comprennent pas, qui mettent la vie des autres en danger, bien là, ils vont comprendre.

M. Lacroix (Louis) : Mais je comprends bien que vous êtes prêts à assumer le recours, par exemple, à l'antiémeute ou à la...

M. Legault : Bien, ce n'est pas ce qu'on souhaite, là. Moi, ce que je souhaite...

M. Lacroix (Louis) : Non, je comprends, je comprends que ce n'est pas ce que vous souhaitez, ça, je ne pense pas qu'il n'y ait aucun... que même les policiers ne souhaitent ça non plus. Mais vous êtes prêts à assumer l'utilisation de ces moyens-là advenant la nécessité?

Mme Guilbault : Oui. Bien, il y a une gradation là comme ailleurs. En ce moment, ce qu'on annonce, c'est une question aussi de moyens. Il faut donner à nos policiers les moyens concrets d'intervenir dans les décrets. Et c'est ce qu'on fait aujourd'hui avec le port du masque obligatoire. Donc, ça, c'est une première étape qui, à notre sens, encore une fois, va atteindre un peu l'objectif de prévenir la contagion puis d'améliorer la situation par rapport à une manifestation où les gens ne sont pas à deux mètres, ne portent pas de masque, avec des affiches «calins gratuits» puis des choses comme ça. Là, on a une étape de plus qui est le port du masque obligatoire avec les constats portatifs qui viennent avec. Ça, c'est très important aussi. Donc, on pense que ça pourra en décourager une partie.

Tu sais, il y a des gens... Parce que, là, veux veux pas, avoir une contravention de 1 000 $, là, puis il y a des frais qui viennent avec ça, ça fait que ça finit par tourner autour de 1 500 $, 1 600 $. Quand même, ça pourrait décourager certains. Tu sais, ce n'est pas rien, là, 1 500 $ net. Donc, ça, ça pourrait en décourager certains. Mais, comme l'a dit le premier ministre, là, on ne peut plus tolérer, comme ça, qu'une minorité d'insouciants compromettent les efforts d'une majorité de gens.

Puis ultimement, si on devait recourir à d'autres moyens... On n'en est pas là. Pour l'instant, on franchit une première étape de mesures plus répressives pour encadrer... de mesures d'encadrement, j'appellerais ça de mesures d'encadrement des manifestations. Mais ultimement, s'il faut franchir d'autres étapes, bien, on avisera en temps et lieu. Puis, si on doit poser certaines actions, on le fera. Il y a, entre autres, la Santé publique qui dispose de certains pouvoirs aussi par rapport à tout ce qui peut présenter une menace pour la santé publique. Donc, on agira en temps et lieu. Mais aujourd'hui on franchit une première étape.

Le Modérateur : Claudie Côté,TVA Nouvelles.

Mme Côté-Chabot (Claudie) : Bonsoir. Avec les nouveaux moyens que vous donnez aux policiers, qu'est-ce que vous répondez à ceux qui craignent, justement, un abus ou un excès de zèle de leur part?

Mme Guilbault : On fait confiance à nos policiers, là, pour apprécier les situations puis intervenir selon, justement, la situation. On parle de constats pour le non-port du masque. Puis, quand je parlais de donner des outils de travail concrets puis clairs pour nos policiers, l'avantage, c'est que c'est très facile à identifier : une personne porte son masque ou non, là. Donc, il n'y a pas vraiment d'excuse possible, là, soit tu portes ton masque soit tu ne le portes pas. Donc, à partir du moment où tu ne le portes pas... Encore une fois, le policier va probablement faire une intervention préventive, rappeler à la personne qu'elle doit porter son masque. Si la personne met son masque, il y a fort à parier que ça va s'arrêter là, et elle va continuer son chemin. Mais, si elle refuse obstinément, si, bon, il y a une altercation, ou je ne sais trop, ou refuse de s'identifier, ou autres, bien là, à ce moment-là, on tombe dans l'intervention policière que j'appellerais standard, et les policiers sont tout à fait habitués de gérer ça.

Mme Côté-Chabot (Claudie) : M. Legault, vous avez parlé du réseau d'éducation qui est en péril. Pourquoi ne pas avoir resserré, là, les mesures dans les écoles en zones rouges, surtout qu'on sait qu'il y a beaucoup de cas dans les écoles en ce moment?

M. Legault : Bien, ce n'est pas exclu pour l'avenir, mais actuellement, bon, puis je laisserais peut-être le Dr Arruda compléter, ce n'est pas là qu'est... Je sais que j'ai entendu quelqu'un dire qu'il y avait beaucoup de transmission dans les écoles, là. Pas certain que c'est aussi clair que ça. Et, pour nous autres, c'est la dernière chose... en tout cas, pour moi, c'est la dernière chose que je veux faire de fermer les écoles. Déjà, on a à peu près 2 % des classes qui sont fermées au Québec. Bon, le bon côté, c'est qu'il y en a 98 % qui vont à l'école. Mais le nombre de classes fermées augmente à chaque jour. Donc, il y a des enfants, à chaque jour, de plus qui ne peuvent pas aller à l'école, puis ça, ça me fait mal au coeur de voir ça. Mais peut-être que vous pourriez parler des écoles?

M. Arruda (Horacio) : Bien, écoutez, on suit la situation de très près, là. Comme on l'a dit, là, la transmission, elle est très communautaire. Elle a pénétré différents milieux, les résidences de personnes âgées, les milieux scolaires. On voit, bien entendu, c'est normal avec ça, qu'il y a de la transmission. Il peut y avoir de la transmission au niveau scolaire, mais elle n'est pas majeure encore. Mais on surveille de très près la situation.

Et, quand on va voir, à un moment donné... Parce qu'il y a des avantages et inconvénients à intervenir, à empêcher les enfants d'aller à l'école, il ne faut pas l'oublier, là, ce que même certains pédiatres nous recommandaient antérieurement. Je pense que, là, la situation est assez complexe, hein? Les gens ont tendance à trouver... il y a une cause qui fait que ça augmente, je pense que c'est une série de facteurs, puis on essaie de frapper là où il y a probablement le plus de chances.

Mais on est en évaluation continue de la situation scolaire, on est en discussion avec le ministère de l'Éducation, puis, s'il y a des mesures supplémentaires à ajouter, on va le faire, mais toujours en balançant cet équilibre entre l'accès à l'éducation pour ceux qui en ont véritablement besoin, surtout, là. Parce que ce n'est pas tout le monde qui fonctionne bien en télétravail, en téléenseignement, ou autre, là, ça fait que... Puis c'est aussi un élément très protecteur, le milieu scolaire, pour plein d'autres facteurs que ceux-là.

Mais, bien entendu, les rassemblements, tu sais, les adolescents qui se retrouvent ensemble, là, il va falloir qu'on voie comment on peut gérer aussi la période pré, pendant l'école puis après l'école tout de suite.

Le Modérateur : Olivier Bossé, Le Soleil.

M. Bossé (Olivier) : Bonsoir. Mme Guilbault, est-ce que ces constats portatifs là s'appliquent à n'importe... les contraventions de n'importe quelle infraction ou c'est juste les règles de santé publique?

Mme Guilbault : Les constats portatifs, ce sera pour les rassemblements dans les maisons privées, pour le non-port du masque dans les manifestations, pour aussi le non-port du masque dans les lieux publics fermés. Rappelez-vous, il y a trois semaines, un mois, là, on avait annoncé aussi le constat portatif pour les policiers, pour ceux qui refusent de porter le masque dans les lieux publics fermés. Et il existait aussi déjà le constat pour une infraction dont on entend moins parler, là, mais qui existe quand même, là, c'est pour une personne qui consommerait de l'alcool sans être assis dans un bar... sans être assise, plutôt, dans un bar, évidemment, en dehors des zones rouges, puisque les bars vont être fermés dans les zones rouges.

M. Bossé (Olivier) : Donc, ça ne permet pas aux policiers de vérifier les autres infractions à la maison?

Mme Guilbault : Pour les autres infractions, à la base, les policiers peuvent toujours utiliser le rapport d'infraction. Ça, c'est important de le rappeler, là. Pour toute infraction à la santé publique, un policier peut remettre un rapport d'infraction générale, incluant celle pour laquelle il y a un constat portatif. Donc, qui que ce soit qui commet quelque infraction que ce soit peut recevoir en tout temps un rapport d'infraction générale, et ça, c'est le DPCP qui va déterminer l'amende qui va être dessus. L'amende va être entre 1 000 $ et 6 000 $, donc ça peut être quand même salé. Mais, pour les quatre cas que je vous ai mentionnés, on dote nos policiers de l'outil supplémentaire, et un petit peu plus commode pour eux, et plus dissuasif pour la personne en infraction, que sont les constats portatifs.

M. Bossé (Olivier) : M. Legault, avec toutes les informations, les avertissements, les zones de couleur, est-ce qu'à partir de maintenant tout ce qui est rassemblement ou manifestation, pour vous, ça évoque une certaine confrontation par rapport au gouvernement et à la Santé publique?

M. Legault : Bien, dans la situation qu'on vit actuellement, là, avec le nombre de cas, l'augmentation du nombre d'hospitalisations, il faut tous, comme société, qu'on se dise : Il faut réduire nos contacts sociaux. Donc, effectivement, s'il y a 100 personnes pas de masque qui sont toutes un à côté des autres, bien là, il y a un risque pour la santé publique de notre société, donc, effectivement, il y a comme un non-respect des consignes du gouvernement.

Le Modérateur : Hugo Lavallée, Radio-Canada.

M. Lavallée (Hugo) : Oui, bonjour. Je veux être certain de bien comprendre les consignes qui vont être transmises aux policiers. Parce qu'on se souvient, il y a deux semaines, il y a eu cette grosse opération dans les bars et les restaurants durant une fin de semaine. J'ai ressorti les chiffres, là, vous aviez indiqué 1 500 avertissements, environ, puis moins d'une centaine de contraventions. Puis on a vu ce que ça a donné dans certains endroits, entre autres à Laval, où il y avait eu des avertissements; une fois les policiers partis, le rassemblement s'est poursuivi comme si de rien n'était. Pourquoi ne pas transmettre aux policiers des directives beaucoup plus claires, d'être justement proactifs, de distribuer des contraventions? Là, je comprends que le but, ce n'est pas de les multiplier non plus, mais est-ce qu'il va y avoir quand même une certaine poigne de leur part?

Mme Guilbault : Oui. Bien, il y a déjà beaucoup de visites et d'interventions de cette nature-là, proactives, qui se font. Et ça, je le dis souvent puis je vais le répéter, il ne faut pas réduire l'action policière au nombre de contraventions remises. C'est une action beaucoup plus large de prévention, de sensibilisation, de rappel des consignes. Je le disais tout à l'heure pour les partys privés, mais ça vaut pour les restaurants, ça vaut pour tout ce qu'on a encore le droit de faire. Si le policier arrive dans une situation où il y a une infraction, il va toujours commencer par demander à la personne… offrir une chance à la personne de se conformer. Si la personne le fait, bien, l'objectif est atteint parce que le risque de propagation est éliminé. La personne soit met son masque, se met à distance, retourne chez elle ou, en tout cas, adopte un comportement sécuritaire. Et là, évidemment, on va fermer plusieurs endroits dans les régions rouges. Donc, on va éliminer le problème à la source, si on veut, mais les policiers le font déjà.

Et ça m'amène à un autre point dont il n'a pas été question encore aujourd'hui, mais, dans ce plan d'action, si on veut, policier pour les nouvelles zones rouges qui nous attendent à partir de minuit ce soir, il y aura aussi, entre autres actions policières de nature plus préventive, justement, de visibilité, et tout ça, il y aura des opérations policières de visibilité dans les parcs urbains, aux abords des cours d'école. Il y a aussi des panneaux, là, donc des gros panneaux de sensibilisation qui pourraient être jumelés avec une présence policière aux abords des zones rouges pour que les gens constatent qu'ils entrent dans une zone rouge et comprennent que, là, on change un peu de paradigme. On arrive dans une zone rouge. Il y a des choses qui sont interdites, ça présente un danger supplémentaire. On ne devrait pas, théoriquement, entrer dans une zone rouge si on vient d'ailleurs, à moins d'avoir une bonne raison, là, de travail, humanitaire ou autre. Mais normalement on n'est pas supposé, là, passer d'une région à l'autre. C'est fortement déconseillé, à moins des raisons que j'ai évoquées.

Donc, on a aussi assuré une espèce de signal visuel, avec des panneaux, en collaboration avec le MTQ, qui pourraient être assortis d'une présence policière pour que les gens comprennent bien qu'on rentre en zone rouge. Et pour ce qui est des écoles, là, je veux aussi être très claire, là, il ne s'agit pas d'aller donner des contraventions aux adolescents dans les cours d'école, pas du tout, pas du tout. C'est une opération de communication à saveur communautaire, aller rappeler aux jeunes que c'est important de se distancer. Parce que, je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis passée devant une polyvalente cette semaine, par hasard, et il y avait beaucoup de jeunes qui étaient collés dans la cour d'école. Donc, c'est important de faire ces rappels-là à nos jeunes, de le faire directement sur le terrain dans un lien... vraiment, dans une interaction communautaire, là. Ce n'est pas du tout de la répression, puis il n'y a pas de sanctions qui viennent avec ça. C'est de sensibiliser les jeunes à l'importance de garder une distance entre eux. Et même chose dans les parcs, dans les endroits, là, communément fréquentés par les gens, les endroits qui seront encore ouverts dans les municipalités.

Donc, ça fait partie des actions policières tout aussi importantes, quant à moi, que le fait de donner des contraventions. Mais ceux qui s'obstinent puis qui ne veulent vraiment pas suivre les règles, bien, ils pourront recevoir, encore plus à partir de demain, des constats de 1 000 $, d'infraction de 1 000 $.

M. Lavallée (Hugo) : Une question pour le premier ministre, maintenant. Ça fait un an aujourd'hui qu'on a déposé le rapport Viens. Il y a plusieurs organismes qui représentent les Premières Nations, les partis d'opposition aussi, qui déplorent qu'il y a bien peu de choses qui aient été faites, depuis, ou enfin des choses significatives. On critique aussi la ministre des Affaires autochtones en disant qu'elle est peu présente, qu'elle a tardé à réagir aux événements de Joliette. Donc, comment se fait-il que ce soit si long de mettre en place les recommandations, d'une part? Et, d'autre part, est-ce que vous êtes satisfait de la réponse de Mme D'Amours à ce qui s'est passé à Joliette?

M. Legault : Oui, je suis satisfait. Écoutez, il y a un an, on a reçu effectivement ce rapport. Il y a eu beaucoup de travail qui a été fait parce qu'il y a beaucoup de ministères qui sont impliqués. Il y a eu des rencontres avec les Premières Nations, il y a eu des rencontres où moi, j'étais présent, des rencontres avec la ministre, des rencontres techniques. Évidemment, tout a été retardé, dans les sept derniers mois, à cause de la pandémie. Ça a été beaucoup plus difficile. Mais il y a ces deux rapports, ENFFADA et Viens, puis il y a aussi le groupe antiracisme, là, de Nadine Giraud et Lionel Carmant, qui va arriver avec des recommandations. Donc, ça chemine, et puis on est toujours déterminés à respecter les recommandations des deux rapports.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Merci. Je vais m'écarter quelques minutes de la tradition pour permettre à notre collègue de CTV de poser des questions puisque le bulletin de nouvelles de 18 heures s'en vient. Alors, Kelly Greig.

Mme Greig (Kelly) : Good afternoon. Thank you very much for doing this. I just want to understand the difference between the way warrants are handed out now... warrants and what police powers will be. So, what is the difference in the way... When police go to a house, they knock on the door, then, what happens?

M. Legault :O.K. First, I think that the rules are very clear. If you are on the street, if you're with many other people, you have to wear a mask. So, that's clear. It's easy for a police to see if somebody is wearing or not a mask. It's easier than to try to see are they at two meters, are they coming from the same house, or whatsoever. So, that's clear. Same thing in the red zones, with the houses, we say : You cannot have any guest. So, if somebody is getting out their house and... You just have to check if they have some paper showing that they stay at this address. If not, they don't respect the law.

And, with the warrant, we made sure that it will be done very fast. Because, of course, if the police is coming in front of a home, if it takes a day or two before getting the warrant, people won't be there anymore. So, it's important that the same night they get the warrant from a judge. So, that is the work that was put in place by Geneviève to make sure, with the Minister of Justice, with Simon Jolin-Barrette, with the police people also... to put all that together so it'll be very fast and easier to give a fine of $1,000.

Mme Greig (Kelly) : And for my second question, I'd like to ask about antimask demonstrations. We are expecting one in Montréal, tonight, for instance. I know you said you can give out fines. But can these people who partake in this be found criminally responsible at all? Is there any layer further to giving fines?

M. Legault : For now, we're only talking about a fine of $1,000. For now. But of course, right now, when we look at the situation with the very important increase in the number of cases and number of people in hospitals, we have to send a very clear message. We cannot ask something to all Quebeckers and have a minority spreading the virus. So, the message is clear, and for now it's a fine of $1,000.

Le Modérateur : Merci. Nous allons reprendre les questions en français avec Patrice Bergeron, de La presse canadienne.

M. Bergeron (Patrice) : Bonjour à vous trois. D'abord, concernant les rassemblements à domicile, qu'est-ce que vous estimez comme ce qui sera possible comme intervention? Est-ce que ce sera plus sur la base de dénonciations ou encore ce que vous avez demandé, par exemple, aux policiers de patrouiller plus souvent dans des quartiers pour surveiller les situations?

Mme Guilbault : Les deux sont possibles. Évidemment, quand il y a un signalement, là, le policier peut se rendre au domicile en question. Mais ça n'empêche pas que, dans le cadre d'une opération de visibilité, ou de patrouille de quartier, ou autres, si le policier a des soupçons qu'il y a une infraction qui est en train d'être commise, il y a des signaux, ou, tu sais, il y a énormément de gens, ou il y a des indices qui le portent à croire qu'il pourrait y avoir une infraction, il pourrait éventuellement cogner à la porte et puis valider la chose. Et là on tombe dans les deux cas de figure : soit il y a une collaboration spontanée ou soit la personne refuse, et là il doit obtenir un télémandat. Que ce soit un ou l'autre, ultimement, il va pouvoir vérifier si, oui ou non, il y a une infraction. S'il n'y en a pas, bien, ça s'arrête là, et, s'il y en a une, encore une fois, la gradation peut lui laisser une chance de se conformer, et, à défaut obstinément de se conformer... va donner le constat d'infraction de 1 000 $.

M. Bergeron (Patrice) : Et, M. le premier ministre, est-ce que vous estimez que vous avez un certain consensus social et que les Québécois vous suivent derrière ces mesures-là qui sont beaucoup plus strictes? Et, si vous estimez que oui, est-ce que vous fondez ce consentement-là, ce consensus-là sur des sondages?

M. Legault : Non, on n'a pas fait de sondage récemment. Mais, d'abord, ce qu'il est important de dire, là, c'est que la situation est critique. Donc, on ne fait pas ça pour le plaisir, là. La situation est critique, puis il y a une urgence de réduire les contacts. Et je pense que les Québécois comprennent ça, puis, à partir du moment où ils comprennent qu'il y a une urgence d'agir, moi, je suis confiant d'avoir l'appui de la majorité des Québécois.

Le Modérateur : François Carabin, Métro.

M. Carabin (François) : Bonjour à vous. D'abord, je commencerais... j'aimerais revenir sur la situation à Joliette. Il y a deux enquêtes qui ont été amorcées. Est-ce que vous considérez de demander une enquête policière?

M. Legault : Bien, pour l'instant, il y a une enquête du coroner puis il y a une enquête interne aussi. Donc, pour l'instant, il y a deux enquêtes. On n'exclut rien pour ce qui est des enquêtes policières.

M. Carabin (François) : Sinon, vous parlez souvent de votre groupe d'action sur le racisme — je ne me souviens plus des termes exacts. Ça a été lancé dans la foulée de l'affaire George Floyd, qui avait mené à des manifestations ici au Québec. Quelle place a été accordée à la réalité autochtone dans les discussions?

M. Legault : Bon, d'abord, la ministre des Affaires autochtones puis Denis Lamothe aussi, qui est notre député d'Ungava, qui a travaillé longtemps auprès des autochtones, sont membres du comité. Deuxièmement, il y a eu plusieurs rencontres de faites avec des groupes autochtones. Donc, c'est un enjeu important pour le comité. Puis moi, je m'attends à avoir des recommandations, dans les prochaines semaines, qui vont, entre autres, toucher les autochtones.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Marco Bélair-Cirino, du Devoir. M. Legault, vous en avez fait mention, là, dans votre remarque, au sujet des propos de Karl Weiss, que vous n'avez pas nommé, qui dit que la deuxième vague, au Québec, c'est l'école qui l'a déclenchée. Donc, vous regardez les quatre ou cinq dernières semaines, vous regardez où on était, en termes de nombre de cas, et vous verrez que ça correspond au retour à l'école. Donc, M. Weiss fait erreur selon vous?

M. Legault : Bien, je vais laisser l'expert répondre.

M. Arruda (Horacio) : Écoutez, Dr Weiss fait une supposition. Je vous dirais que la situation est beaucoup plus complexe qu'un seul facteur. C'est clair qu'avec augmentation de socialisation des enfants, ça devient un potentiel de transmission, mais la transmission était communautaire bien avant de rentrer au niveau scolaire.

Mais, de toute façon, c'est une coïncidence... pas une coïncidence, mais c'est un phénomène qui s'ajoute par-dessus d'autres phénomènes. On a vu qu'il y a eu des transmissions, dans les rassemblements privés, ce n'était pas à l'école non plus nécessairement. Je pense qu'il faut faire attention, puis j'ai beaucoup de respect pour le Dr Weiss, il faut faire attention à toujours identifier une seule cause dans un phénomène.

Mais, de toute façon, ce qui est important, c'est que nous… Il faut aussi comprendre que le besoin de scolarisation des enfants est aussi important que de prévenir la COVID-19 chez eux. Mais on ne veut pas non plus qu'il y ait un impact sur les adultes, plus tard, puis éventuellement pour les personnes âgées, d'où on met, à mon avis, nos éléments de protection un peu partout.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Merci. J'aimerais, Mme la vice-première ministre, en savoir davantage. Vous avez expliqué tantôt les modalités pour remettre, en fait, des constats portatifs, des constats d'infraction portatifs. Pour les télémandats, est-ce qu'un policier peut invoquer qu'il soupçonne une infraction à une règle de la Santé publique pour obtenir un télémandat, et rentrer chez quelqu'un, et ensuite faire un rapport d'infraction plus large s'il constate d'autres infractions qui n'ont rien à voir avec...

Mme Guilbault : Oui. Bien, pour l'obtention du télémandat, on l'obtient d'un juge, là, donc c'est au juge de déterminer si, oui ou non, il va accorder le télémandat en question. Et là, bien, il faut voir, là, les modalités qui sont prévues dans le... Que ce soit un mandat ou un télémandat, en fait, la différence, un mandat, tu l'obtiens en personne, dans le bureau du juge, et le télémandat, tu peux l'obtenir à distance. Que ce soit un ou l'autre, ça vient avec des modalités. Alors là, il faut voir ce qui sera prévu dans le mandat accordé par le juge.

Le Modérateur : Merci. Les questions en anglais. Raquel Fletcher, Global.

Mme Fletcher (Raquel) : Good evening. My first question is… Kelly mentioned the antimask demonstrations that are currently taking place right now as you announce these new strict measures and how you're going to enforce them. So, my question is : Do you have any concern about whether or not there will be an even larger backlash, that people are just fed up, and the more strict you get, the more pushback you'll have? Is there any concern? And even, you know, if you're not too concerned about that, what exactly will you do if there is pushback?

M. Legault : OK. First, there's a difference, before midnight, after midnight. So, the rule regarding wearing of a mask during a manifestation is after midnight. But, before midnight, Montréal, for example, is in an orange zone, OK? They will go to a red zone starting at midnight. In an orange zone, you cannot be more than 25 people together. So, some rules can be applied. Of course, it will be easier for police officers after midnight because it's quite easy to see if somebody is wearing a mask or not. Regarding the number of people, it depends how close they are from one another, so it's tougher. And, like Geneviève said, the first step is really to try to convince them to spread, to not stick together. First, they cannot be more than 25, and, after midnight, they cannot be all together, except if they stay in the same house.

Mme Fletcher (Raquel) : My second question. Premier, if you want to answer, I hope that you answer, but I think it's more directed towards Dr. Arruda. Because yesterday, you spoke about how the data is imperfect, and I'm just wondering : What kind of assurances can you give Quebeckers for… you know, to, I guess, psychologically say to them : You know, OK, 28 days, we're going to really focus on lowering, you know, our number of social contacts, and, at the end of those 28 days, we're going to see an improvement and we can even celebrate Christmas with our families? What does the data tell us to… Where will we be, at the end of the 28 days, according to that data or in your projections?

M. Arruda (Horacio) : In fact, it's a very good question, but a difficult question to answer. But I think we are trying to adjust, I would say, the measures to the epidemiology we are observing. I think the things are not going to be all solved in 28 days, but we will probably see something going down. And now we will look at what could be repeated or not repeated, depending on what's going to be the observations.

But, I think, if the Quebeckers respect… and even if we are trying to make sure that… for protecting our health care system, for protecting the elderly and protecting schools too, we are adjusting, I would say, some constraints. We don't like it, but we are trying to do our best to make sure that we're going to see at least a stabilization, lowering of the cases day by day.

It's clear that the impact of today is going to be appearing 14 days from now and, even more, I would say 28 days. But I think we will see what is going to happen in the next days. It's early, too early actually to say the impact, but I will, as every day, be anxious to see the numbers every evening.

Le Modérateur : Cathy Senay, CBC.

Mme Senay (Cathy) : Good evening. One clarification first of all. The masks will be mandatory in protests, in red zones, because that was announced on Monday like this, or all protests across Québec?

Mme Guilbault : They will be mandatory in all zones, in protests.

Mme Senay (Cathy) : I'm just a bit confused about this rule of… If I'm living a red zone, which is the case, and I'm going in a restaurant in an orange zone, how would you know? I'm not going to have, like, a tag that I'm a red zone person. So police officers won't be able to give me a ticket.

M. Legault : OK. First, they can ask for your identity papers and see where do you live. The police people can do that. But we have to understand that that won't be the first priority of police officers. The first priority right now is to make sure that all efforts necessary are done in red zones. So that's where we'll put emphasis. But you can have a ticket if you're in a restaurant in an orange zone and you live in a red zone. So the rule is clear. It won't be the top priority of police officers to put that in place. We're not asking owners of restaurants also to start working on that, because today we had some restaurant owners saying : Hey, I'm receiving a lot of requests for reservations next weekend and I know it's people from Montréal, so what do I do? So, please, they have to tell to people that it doesn't respect the law.

Mme Senay (Cathy) : OK. Going back to Joyce Echaquan's death. You remember, Premier Legault, the Viens Commission gave you clear recommendations on how to deal with this kind of systemic racism or discrimination in the hospitals. There were lots of indigenous people that shared those memories in the last few hours with Mrs. Echaquan's death. People want change now, really. I mean, they want justice for Joyce's death. So why are you waiting for taking actions?

M. Legault : Yes. It's not that easy. We first need to have an agreement with the First Nations because they don't want us to apply recommendations without their consent. So it wasn't easy, in the last seven months, to keep on having those meetings, but we really want to apply recommendations with the consent of the First Nations. So we're working on that. And, of course, training of people working in the health care and the education system is very important.

Le Modérateur : Philip Authier, The Gazette.

M. Authier (Philip) : Good day. Premier, there's a lot of people that are quite shocked and outraged about what happened to Joyce Echaquan. What message do you have for them? They say they are being poorly treated in the health care system. Is there a message that you would have to reassure them?

M. Legault : The message is clear : It's totally unacceptable. That's why, so far, at least one nurse has been fired, we have inquiries and we want to take actions. I think that the group of Mrs. Girault and Dr Carmant, they will table some concrete recommendations, in the next few weeks, and I intend to apply those recommendations.

M. Authier (Philip) : Has anyone in the Government, a minister or anyone, reached out to the family? We see them on TV, in distress. Have you phoned them yourself?

M. Legault : Yes, Sylvie D'Amours has tried to reach the family. Unfortunately, she wasn't able to get any answer.

M. Authier (Philip) : And some «précisions pour Mme Guilbault» about parks. Can two people meet in a park in the red zones now? Because you're saying there are no more «rassemblements» in parks.

Mme Guilbault : Yes, in the red zones, outdoor gatherings will be forbidden. But you can go… If you're in the same bubble or if you live in the same house, if you're in the same family, you can go... Like, I can go to the park with my daughter and play in the games, but I have to stay two meters from people who surround me. And, if there are too many people in a too close place, too little place, I discourage people to go because it is important to stay at two meters, minimum two meters from people who surround you and to remain with the people who are in the same bubble as you.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Je vais vous demander de répéter en français. Donc, est-ce qu'il y a une interdiction de rassemblement, par exemple deux personnes dans un parc, ou c'est une recommandation?

Mme Guilbault : Dans les zones rouges, les rassemblements intérieurs sont interdits, donc on ne peut pas se rassembler. Dans les parcs, par contre, quand on est dans la même bulle, quand on vit dans la même résidence, on peut se rendre dans un parc ou dans un endroit extérieur pour prendre l'air, pour jouer dans les jeux avec ses enfants en restant à deux mètres de toute autre personne ou groupe qui ferait la même chose au même moment dans le parc en question. Puis, si on arrive à un endroit où on voit qu'il y a déjà pas mal trop de monde, puis que le deux mètres est plus ou moins respecté, puis que ce n'est pas réaliste de pouvoir le faire de manière sécuritaire, bien, autant que possible, on s'abstient.

Le Modérateur : La tribune de la presse a reçu plusieurs questions de journalistes qui ne sont pas affectés à la couverture parlementaire. Puisque le temps le permet, je vous en pose une qui nous a été transmise par François Gariépy de Radio X. La question s'adresse à la ministre de la Sécurité publique. Considérant le niveau d'alerte rouge annoncé lundi, excluez-vous totalement l'apport ou l'aide des Forces armées canadiennes dans les hôpitaux et CHSLD québécois?

Mme Guilbault : Pour l'instant, on n'est pas là du tout. On a obtenu récemment la prolongation du mandat de la Croix-Rouge jusqu'à la fin du mois d'octobre. Donc, on a des gens de la Croix-Rouge qui nous aident dans certaines résidences actuellement. Mais on demeure en communication avec nos partenaires du ministère de la Santé s'il devait y avoir d'autres besoins. Mais, pour le moment, pas du tout.

Le Modérateur : C'est ce qui met fin au point de presse. Merci beaucoup. Bonne soirée.

(Fin à 17 h 59)

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