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Édifice Pamphile-Le May

Terme(s) anglais :
Pamphile-Le May Building

Définition

Édifice construit du 28 septembre 1910 à 1914 par l'entrepreneur Joseph Gosselin selon les plans des architectes Jean-Omer Marchand et Georges-Émile Tanguay1.

Situé au nord de l'hôtel du Parlement, l'immeuble compte 5 niveaux et mesure 23,4 m de hauteur, 64,6 m de façade (côté sud) et environ 18,3 m de côté2. Sur le plan architectural, il s'inscrit dans la tradition Beaux-Arts.

Appelé d'abord « bibliothèque » ou encore « bâtisse de la bibliothèque », cet immeuble est désigné comme étant l'« édifice B » à partir de 19373. Le 13 août 1980, il est renommé «  Édifice Pamphile-Le May » en hommage à celui qui fut directeur de la Bibliothèque de la législature de 1867 à 18914. Ce nom est officialisé par la Commission de toponymie du Québec le 12 février 1998.

Occupé en 1914 par le département de la Voirie, l'édifice abrite principalement la Bibliothèque de la législature à partir de l'automne 1915. Depuis le 20 juin 1985, il fait partie du site historique national de l'Assemblée nationale en vertu de la Loi sur les biens culturels5.

Historique

L'histoire de l'édifice Pamphile-Le May est étroitement liée à celle de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale. En 1883, l'incendie du parlement de la côte de la Montagne cause la perte d'une grande partie de la collection de l'institution. Ce qui reste de la Bibliothèque est relogé au rez-de-chaussée de l'aile Grande Allée du nouvel hôtel du Parlement, mais l'espace y manque rapidement en raison des efforts du directeur Pamphile Le May pour reconstituer la collection.

Les députés sont bien au courant du problème : dès avril 1884, Jean Blanchet, secrétaire et registraire de la province, évoque la possibilité de construire dans la cour centrale du parlement un « édifice circulaire » comme celui de la Bibliothèque d'Ottawa « quand les besoins se feraient sentir »6. À partir de 1891, Le May et son successeur Narcisse-Eutrope Dionne appuient officiellement ce projet pour lequel Eugène-Étienne Taché prépare même des plans. L'année suivante, un comité mixte des deux Chambres recommande de lancer ce projet « le plus tôt possible7 ».

Le gouvernement choisit plutôt d'aménager une partie du dernier étage du parlement pour agrandir la Bibliothèque. Résultat, en quelques années, la moitié des livres se trouve dans la Bibliothèque, l'autre est dispersée à six endroits différents, du grenier au sous-sol de l'édifice. Pour Dionne, « cette anomalie regrettable » ne disparaîtra que lorsqu'un nouvel édifice aura été érigé : « Puisse l'aurore de ce jour tant désiré luire bientôt, conclut-il.8 »

En 1907, le député et architecte de profession Maurice Perrault propose à son tour d'élever la future bibliothèque dans la cour intérieure du parlement. William Alexander Weir, ministre des Travaux publics et du Travail, répond que le gouvernement proposera bientôt un projet à cet égard. Le nouvel édifice serait situé plutôt à l'ouest pour éviter de nuire « à l'éclairage » et à la « ventilation » du parlement9.

Telle est la situation en mars 1908 quand Le Canada dévoile que le premier ministre Lomer Gouin demandera bientôt 150 000 $ aux Chambres pour ériger un édifice possiblement situé au nord du parlement, dans la rue Sainte-Julie10. À ce moment, le problème particulier de la Bibliothèque coincide avec celui, plus global, du manque d'espace récurrent dans les édifices gouvernementaux en raison de l'accroissement de l'effectif de l'État.

La rumeur devient réalité en janvier 1910. Louis-Alexandre Taschereau, nouveau ministre des Travaux publics et du Travail, demande officiellement aux architectes Jean-Omer Marchand et Georges-Émile Tanguay de préparer des plans pour un édifice à l'épreuve du feu qui sera bel et bien construit au nord du parlement. Il comptera cinq niveaux avec ascenseur et sera relié à l'hôtel du Parlement par une passerelle à la hauteur du premier étage. Il abritera la Bibliothèque, la salle du Conseil exécutif, le département de l'Instruction publique et un musée11.

En Chambre, Taschereau juge inutile de soumettre la future bibliothèque à un concours d'architecture, comme le suggère l'opposition, puisqu'elle sera construite « absolument dans le genre architectural des édifices parlementaires actuels »12. L'édifice s'inscrit dans le style Beaux-Arts, dérivé de l'enseignement de l'École des Beaux-Arts de Paris et adopté à l'époque dans l'architecture publique de différentes villes d'Amérique du Nord. Ce courant néoclassique est alors privilégié par Taschereau afin d'affirmer dans la capitale et la province une architecture institutionnelle portant le sceau de l'État13.

L'appel d'offre, qui se termine le 17 septembre 1910, spécifie que chaque soumission envoyée au bureau de Taschereau doit comprendre un chèque de 30 000 $ qui sera retenu si l'entrepreneur refusait « de remplir les engagements que comporte sa soumission ». Il est également mentionné que « le gouvernement ne s'engage pas à accepter la plus basse ni aucune des soumissions »14.

Des cinq entrepreneurs soumissionnaires en lice, Joseph Gosselin, de Lévis, obtient le contrat à la suite d'un rapport des architectes Georges-Émile Tanguay et Jean-Omer Marchand15. L'entente signée le 20 octobre 1910 devant le notaire Charles-Edmond Taschereau stipule que les travaux doivent être terminés pour le 20 janvier 191316.

La valeur initiale du contrat est de 329 000 $, soit la plus basse des cinq soumissions, selon L'Événement. En février 1911, le gouvernement estime que la construction coûtera environ 400 000 $ « à part l'ameublement ». Finalement, en 1921, le coût total s'élèvera à près de 957 000 $17.

Le début du chantier

Les travaux commencent le 28 septembre 1910 et, dès novembre, on décide de modifier les devis pour construire les murs de fondation en béton plutôt qu'en maçonnerie et ce, sans augmentation de coûts. En raison de la nature du sol, il est également jugé nécessaire de creuser à une plus grande profondeur pour asseoir adéquatement les fondations18.

Peu avant que la structure soit en place au printemps, Taschereau se dit convaincu que la future bibliothèque sera « la plus admirable au Canada ». Les mois qui suivent voient cependant le chantier connaître des retards19. Le ministre s'en plaint en juillet 1912 à l'entrepreneur Gosselin : « Je vous prie, en conséquence, d'y voir car je suis convaincu que vous ne pourrez pas [...] finir dans le délai stipulé dans le contrat.20 »

Les choses s'améliorent par la suite : en août, on accorde le contrat pour le système de chauffage et de ventilation21. Au cours de 1913, l'installation des fils électriques est chose faite22. Puis, à l'automne, l'extérieur de l'édifice est terminé. En novembre, les autorités jugent que « les travaux de la partie intérieure sont très avancés et seront achevés prochainement »23.

Durant l'hiver 1914, l'aménagement des rayons et des salles de lecture est en cours et l'on s'apprête à recouvrir les murs intérieurs de marbre provenant de Belgique24. C'est alors qu'éclate la Première Guerre mondiale, ce qui empêche l'approvisionnement en marbre et repousse l'achèvement de l'édifice. En janvier 1915, Le Devoir d'Henri Bourassa, un adversaire du gouvernement, dénonce ce retard en ces termes :

Le lambris en marbre de quelques colonnes excepté, tout le premier étage destiné à la bibliothèque même est à peu près dans le même état qu'il y a un an. Les étages supérieurs destinés aux départements ne sont pas complètement finis non plus. Il faudra un an encore au moins pour loger la bibliothèque. Et le tout coûtera? Au moins trois quarts de million. Le 30 juin dernier, on avait déjà payé 631 000 $. Les travaux ont été commencés il y a près de 5 ans25.

L'ouvrage avance malgré tout dans le reste de l'édifice. Fin décembre 1914, la soumission pour la pose des lustres et de l'éclairage est accordée et l'on fait preuve de créativité pour remédier à la pénurie de marbre26. En août 1915, Le Soleil observe en effet que :

Le marbre de Belgique qui avait servi à orner les boiseries, les colonnes et les escaliers du haut de la bâtisse a dû être remplacé par une imitation en bois qui est très heureusement réussie. Il faut même le savoir pour dire que c'est du bois. Les entrepreneurs avaient une bonne provision de marbre au début de la guerre, mais pas suffisante pour finir selon leurs plans l'intérieur de la bâtisse. [...] L'apparence que présentent les boiseries en bois imité est superbe et la différence entre le vrai marbre et le marbre imité est peu sensible27.

De septembre à novembre 1915, on transfère les livres du parlement vers le nouvel édifice. Durant cette opération, il n'y a plus de prêts de volumes aux parlementaires et aux employés pour éviter d'en perdre28. À partir du 12 janvier 1916, on installe dans le hall la verrière intitulée Je puise mais n'épuise, réalisée par Guido Nincheri pour la maison Henri Perdriaux, de Montréal, et inspirée d'une toile de Charles Huot29. La bibliothèque n'est cependant ouverte au public qu'à la mi-mars, fin de la session parlementaire30.

Pour Le Soleil, la bibliothèque est « moderne, très élégante » et « construite suivant les dernières inventions ». Pourvue grâce au nouvel édifice de « toutes les facilités dont puisse être dotée une bibliothèque », l'institution pourra se développer sans s'inquiéter de l'espace « puisqu'elle en a suffisamment et même amplement pour répondre aux besoins et aux nécessités qui pourront survenir d'ici à un grand nombre d'années »31.

Ce n'est qu'en 1921 que la pose du marbre est complétée dans tout l'édifice32.

L'occupation de l'édifice

Bien que l'édifice ne soit pas terminé, il est occupé dès 1914 par l'installation temporaire à l'étage des fonctionnaires du nouveau département de la Voirie33. L'année suivante, le rez-de-chaussée revient à la Bibliothèque, le premier étage aux bureaux du Conseil exécutif tandis que les deux autres niveaux sont occupés au Conseil de l'instruction publique.

À partir des années 1930, quatre problèmes récurrents sont mentionnés dans les rapports des directeurs : le chauffage mal calibré, les nombreux soucis causés par le sous-sol de l'édifice, l'exiguïté de la salle de lecture et l'éclairage insuffisant et coûteux34.

Si les pièces situées aux coins de l'édifice sont « froides comme des glacières » durant l'hiver, l'atmosphère change dès les premiers jours du printemps alors qu'il fait très chaud dans le corps central de l'édifice35. Les employés devraient avoir un système de contrôle du chauffage sur l'étage, se plaint le directeur Georges-Émile Marquis. Ouvrir les fenêtres permettrait d'y remédier, mais cette solution simple en apparence créée des conflits entre les hommes « bien vêtus », qui « étouffent de chaleur », et les femmes, « qui portent des vêtements plus légers ». Celles-ci « s'empressent de fermer les fenêtres dès qu'on veut les ouvrir, en déclarant qu'on les fait geler et qu'elles peuvent contracter leur coup de mort »36.

La « réserve des journaux » située au sous-sol fait, quant à elle, l'objet de préoccupations grandissantes dès 1931 en raison des risques d'incendie qu'elle représente37. D'autres ministères disputent à la Bibliothèque la moitié de l'espace disponible où ils stockent leurs documents. Marquis et son successeur Jean-Charles Bonenfant ne cesseront de demander aux autorités de disposer de l'entièreté du sous-sol pour leur institution38.

Autre aspect, la ventilation déficiente et la chaleur étouffante qui règne dans l'édifice sont des nuisances pour les employés. En 1940, Marquis, ironique, réclame l'aménagement de toilettes et d'une « pièce spéciale » pour que « des êtres humains puissent l'habiter en tout temps »39. Onze ans plus tard, il revient à la charge en disant que le surplus de chaleur et d'humidité devrait être diffusé de façon « plus hygiénique » vers le rez-de-chaussée. Son successeur Bonenfant juge que les employés y travaillent dans une «  atmosphère épouvantable » et qu'« il n'y a guère d'issue » pour eux en cas d'incendie. Ce climat nuit également à la conservation des documents40.

Des travaux mineurs sont effectués sur l'édifice en 1953 et en 1954. On repeint d'abord pour la première fois la bibliothèque depuis son ouverture, un « système d'avertisseur automatique » est installé au sous-sol ainsi qu'un monte-charge41. Le manque d'espace grandissant est atténué par réaménagement et l'ajout de rayons. Battant le fer pendant qu'il est chaud, Bonenfant estime que tous les problèmes de la Bibliothèque seraient réglés pour 25 ans si elle disposait de tout le sous-sol, que l'édifice était climatisé et bien protégé contre le feu42.

Ce n'est qu'en 1965 que des transformations majeures sont effectuées sur l'immeuble. Des travaux de creusage au sous-sol permettent enfin de réunir les collections de journaux et de périodiques et d'aménager une salle de lecture. On perce un nouvel escalier et les lustres de bronze font place à l'éclairage au néon plus performant. Ces transformations causent de nombreux désagréments : « les forages et les dynamitages provoquaient la chute des livres et des tableaux, les vitres volaient en éclats et les inscriptions "Silence" semblaient particulièrement dérisoires »43. À la fin de ces travaux en 1968, une salle de conférence de presse est aménagée à l'étage44.

À la même époque, la modernisation du Parlement québécois fait naître de nouveaux besoins auxquels doit répondre la Bibliothèque. En conséquence, le développement considérable qu'elle connaît fait éclater le cadre de la bibliothèque parlementaire traditionnelle. En 1974, une étude confronte les défis de l'essor de l'institution aux problèmes insolubles causés par la conception générale de l'édifice. Celui-ci, « construit dans l'optique du monument national », a été conçu pour abriter 200 000 volumes gérés par 8 à 10 employés. En 1974, la collection compte près de 520 000 ouvrages et 50 personnes y travaillent 45

Pour y remédier, l'idée d'attribuer tout l'édifice à la Bibliothèque est d'abord rejetée pour plusieurs raisons. Les bureaux des étages supérieurs ne peuvent faire office de réserve parce que « seule la structure du rez-de-chaussée a été calculée pour répondre aux surcharges qui correspondent à des espaces de rangement »46. Il est proposé de construire un plancher supplémentaire au niveau des mezzanines pour accroître la superficie intérieure, mais cela détruirait « le caractère prestigieux, monumental, et tout l'intérêt architectural qui en fait un lieu digne d'être visité  . De toute manière, le président Jean-Noël Lavoie ne veut pas déménager de l'édifice, lui qui en occupe le premier étage avec les vice-présidents47.

Reloger la Bibliothèque dans l'édifice E voisin (aujourd'hui l'édifice André-Laurendeau) n'est pas une solution, car cet immeuble imposerait des contraintes semblables à celles du B48. Depuis plus de 15 ans, juge-t-on, ces contraintes freinent le développement de l'institution et en font une « organisation non structurée et partiellement inefficace »49. Non, l'option la plus avantageuse serait sans contredit de construire un nouveau bâtiment moderne dans l'actuel parc de la Francophonie - communément appelé le « pigeonnier » 50.

La rénovation de l'édifice

Si ce rapport n'est suivi d'aucune décision, c'est que ses conclusions s'ajoutent aux préoccupations immédiates des autorités quant à la détérioration généralisée des cinq édifices parlementaires. L'Assemblée nationale et le ministère des Travaux publics et de l'Approvisionnement entreprennent une profonde réflexion sur leur état, leur entretien et leur utilisation future.

À l'automne 1976, un plan directeur d'entretien et de restauration en trois phases est adopté51. Échelonné sur 25 ans, ce programme évalue les besoins à venir de l'Assemblée nationale en locaux administratifs. Il marque le début d'un réaménagement majeur pour rassembler ses services le plus près possible du parlement52.

Au cours de ce processus (13 août 1980), l'édifice B est renommé « édifice Pamphile-Le May » tandis que les édifices A, C et E deviennent respectivement l'hôtel du Parlement, l'édifice Honoré-Mercier et l'édifice André-Laurendeau.

Du point de vue de la restauration, la priorité va à l'hôtel du Parlement, à son restaurant ainsi qu'à l'édifice D auxquels près de 52 millions de dollars sont consacrés de 1977 à 199253.

Quelques travaux sont néanmoins réalisés sur l'édifice Pamphile-Le May : réfection de la toiture (1975)54, aménagement de la nouvelle direction de la télédiffusion des débats (1978-1979), construction d'une chaufferie souterraine (1982-1983), étanchéisation et consolidation de la maçonnerie (1985-1986)55, etc.

Dans l'attente de la rénovation complète de l'édifice, un autre rapport (1984) vient répéter que la Bibliothèque est logée dans des locaux « désuets, vétustes et non fonctionnels »56. Par manque d'espace, plus de la moitié de ses services sont d'ailleurs installés dans l'édifice D en 198557.

La propriété, la gestion et le statut patrimonial de l'édifice

Depuis 1867, le ministère des Travaux publics administre et entretient le parc immobilier du gouvernement du Québec tandis que la Couronne en est le propriétaire. Un changement majeur survient en 1984 avec la création de la Société immobilière du Québec (SIQ). Celle-ci devient propriétaire et gestionnaire des biens meubles et immeubles du domaine public.

Sur ce plan, trois exceptions figurent dans la loi constitutive de la SIQ : l'hôtel du Parlement ainsi que les édifices Pamphile-Le May et Honoré-Mercier sont gérés par la Société, mais demeurent propriétés de la Couronne. Le gouvernement en confie graduellement la gestion et l'entretien à l'Assemblée nationale, dévolution pleinement complétée en 198758.

Pour l'Assemblée nationale, le fait de gérer les édifices qu'elle occupe est bien plus avantageux que de dépendre du ministère des Travaux publics ou de la SIQ. Du seul point de vue de l'entretien, elle peut planifier et coordonner efficacement ses propres chantiers en fonction de ses besoins et de ses activités. Déjà, en 1940, le directeur Georges-Émile Marquis, mécontent d'attendre après les Travaux publics, résumait bien la situation : « nous avons affaire à Pierre, Jean, Jacques, et sommes laissés au caprice ou à la mauvaise humeur de certains chefs qui n'ont aucun intérêt dans l'administration de la Bibliothèque »59.

Ce changement survient alors que l'édifice Pamphile-Le May est déclaré site historique national le 20 juin 1985 (Loi sur les biens culturels) avec l'ensemble qu'il constitue, soit l'hôtel du Parlement, l'édifice Honoré-Mercier et leur terrain60. Ce statut confie des pouvoirs, des rôles et des obligations à l'Assemblée nationale afin de protéger et de mettre en valeur ce patrimoine.

Toutefois, et malgré la protection de forces policières inhérente à ce périmètre, des émeutiers font voler en éclat plusieurs fenêtres de l'hôtel du Parlement et jettent la statue de Louis Jolliet au bas de son socle durant la nuit du 23 au 24 juin 1996. L'édifice Pamphile-Le May subit plus de dommages : des fenêtres sont fracassées et des individus entrés par effraction allument de petits incendies, vite maîtrisés par les agents de sécurité. Une personne est arrêtée sur les lieux, et le coût des dégâts s'élèvera à plusieurs dizaines de milliers de dollars61.

Finalement, c'est en 1999 que commence la rénovation complète de l'édifice Pamphile-Le May. Terminés en 2003, ces travaux d'une valeur de 9,8 millions de dollars rendent l'immeuble conforme aux normes du Code du bâtiment62. Ils règlent aussi d'anciens problèmes récurrents : le bâtiment au complet est doté d'un système de détection et d'extinction automatique des incendies. On refait entièrement le système de chauffage et celui de climatisation, qui permet d'aérer l'édifice tout en calibrant l'atmosphère convenablement pour une bibliothèque. Enfin, les locaux de cette dernière sont rafraîchis, des bureaux d'angles sont construits à la hauteur des mezzanines et le sous-sol fait l'objet d'un réaménagement majeur63.

Pour suivre l'évolution des technologies de l'information et de la communication, les réseaux électrique, téléphonique et informatique sont refaits, tout comme l'éclairage intérieur et extérieur. De plus, tous ces travaux sont réalisés de manière à préserver les caractéristiques architecturales et patrimoniales de l'édifice Pamphile-Le May64.

Pour citer cet article

« Édifice Pamphile-Le May », Encyclopédie du parlementarisme québécois (en ligne), Assemblée nationale du Québec, 3 décembre 2015.

Faites-nous part de vos commentaires à : encyclopedie@assnat.qc.ca

Notes

1 

Nous considérons que la construction d'un édifice parlementaire commence dès les premiers travaux sur le site (arpentage, démolition, etc.). L'autre jalon essentiel est la date d'occupation par les fonctionnaires. Un immeuble peut être habité sans qu'il ne soit achevé. Il n'existe d'ailleurs pas de critères clairs pour déterminer la fin exacte d'un chantier.

2 

Assemblée nationale, Direction de la gestion immobilière et des ressources matérielles, juin 2014; « Au palais législatif », Le Soleil, 29 septembre 1910, p. 1.

3 

Rapport général du ministre des Travaux publics de la province de Québec pour l'année finissant le 30 juin 1937, Québec, p. 6-7.

4 

Décret 2477-80, 13 août 1980. Pendant longtemps, on utilise le terme « Bibliothèque de la Législature » parce qu'elle devait servir aux deux Chambres, et non seulement à l'Assemblée.

5 

Devenue la Loi sur le patrimoine culturel en 2012, RLRQ, c. P-9.002

6 

Alphonse Desjardins, Débats de la législature de la province de Québec, Québec, L.-J. Demers & Frères, 1884, p. 636.

7 

Journaux de l'Assemblée législative de la province de Québec, vol. XXVI, Québec, Léger Brousseau, 1892, p. 212; Luc Noppen, « Une architecture d'État. L'époque de Louis-Alexandre Taschereau », Cap-aux-Diamants, vol. 3, no 3, hiver 1988, p. 25.

8 

Narcisse-Eutrope Dionne, Rapport du bibliothécaire, reproduit dans « Bibliothèque du parlement », L'Action sociale, 30 avril 1908.

9 

Débats de l'Assemblée législative, 19 février 1907. C'est plutôt le restaurant Le Parlementaire qui sera construit dans la cour intérieure du parlement à partir de 1911.

10 

« La bibliothèque », Le Canada, 7 mars 1908, p. 11.

11 

L.-A. Taschereau à J.-O. Marchand, 27 janvier 1910, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Fonds Ministère des Travaux publics (FMTP), Registre des lettres envoyées, p. 573 ; « Au palais législatif », Le Soleil, 29 septembre 1910, p. 1. En Chambre, Taschereau en fait l'annonce le 17 mars 1910 et présente les plans le 31 mai suivant lors d'un vote de 75 000 $ pour ce projet.

12 

Débats de l'Assemblée législative, 31 mai 1910.

13 

L. Noppen, op. cit., p. 23-26.

14 

La semaine commerciale, 2 septembre 1910, p. 17 et 20.

15 

Arrêté en conseil concernant le contrat pour la construction d'une nouvelle bibliothèque annexée à la Bâtisse du Parlement, no 759-1910, 23 septembre 1910. Trois jours avant cette date, L'Événement annonce que Gosselin a été choisi par le gouvernement. « La bibliothèque du Palais législatif », L'Événement, 20 septembre 1910, p. 8.

16 

Rapport général du ministre des Travaux publics et du Travail de la province de Québec pour l'année finissant le 30 juin 1911, Québec, Louis-V. Filteau, 1911, p. 139-140.

17 

« La bibliothèque du Palais législatif », L'Événement, 20 septembre 1910, p. 8; Journaux de l'Assemblée législative, 15 février 1911, p. 237. Le calcul du montant total provient des Comptes publics de 1911 à 1921.

18 

« Au palais législatif », Le Soleil, 29 septembre 1910, p. 1 ; L.-A. Taschereau à G.-É. Tanguay, 17 novembre 1910, Assemblée nationale du Québec (ANQ), Fonds Assemblée nationale (FAN), dossier 177207.

19 

« La nouvelle aile de l'édifice parlementaire », Le Soleil, 24 juin 1911, p. 16; Débats de l'Assemblée législative, 12 janvier 1911.

20 

L.-A. Taschereau à J. Gosselin, 2 juillet 1912, BAnQ, FMTP, Registre des lettres envoyées, p. 948.

21 

Contrat et devis. Chauffage et ventilation de la nouvelle bibliothèque du parlement de Québec, p. 1, ANQ, FAN, dossier 177198.

22 

A. Gagnon à J. Gosselin, 17 décembre 1912. ANQ, FAN, dossier 177207.

23 

« Le rapport du ministère de l'hon. Taschereau », Le Soleil, 11 novembre 1913, p. 10.

24 

G.-É. Tanguay, « Palais législatif. Bibliothèque. Annexe », ANQ, FAN, dossier 177201; L.-A. Taschereau à J. Gosselin, 7 janvier 1914, BAnQ, FMTP, Registre des lettres envoyées, p. 641.

25 

Le Devoir, 23 janvier 1915, p. 1.

26 

A. Gagnon à MM. Goulet et Bélanger, 28 décembre 1914, BAnQ, FMTP, Registre des lettres envoyées, p. 764.

27 

« L'aile nouvelle au parlement », Le Soleil, 20 août 1915, p. 10.

28 

« La bibliothèque du parlement », Le Soleil, 9 septembre 1915, p. 8; L.-A. Taschereau à C.-F. Delâge, 5 novembre 1915, BAnQ, FMTP, Registre des lettres reçues, p. 171, lettre reçue #3182. Dans son édition du 12 janvier 1916, p. 8, Le Soleil mentionne plutôt que le transfert de livres a lieu du 1er juillet au 8 novembre 1915.

29 

A. Gagnon à Henri Perdriau, 29 juillet 1914, ANQ, FAN, dossier 177205; « La bibliothèque de la législature », Le Devoir, 12 janvier 1916, p. 6. Pour en savoir plus sur cette verrière, voir Ginette Laroche, « Je puis mais n'épuise », Continuité, hiver 1990, p. 33-35.

30 

« La bibliothèque de la législature », Le Soleil, 12 janvier 1916, p. 8.

31 

« Bibliothèque des plus modernes », Le Soleil, 6 octobre 1915, p. 8.

32 

Rapport général du Ministre des Travaux Publics et du Travail de la province de Québec pour l'année finissant le 30 juin 1922, Québec, Ls-A. Proulx, 1922, p. 2.

33 

« La première séance de la session », Le Soleil, 8 janvier 1915, p. 3.

34 

G.-É. Marquis à Ivan-E. Vallée, 14 février 1936, ANQ, Fonds Georges-Émile Marquis (FGÉM); Rapport du conservateur de la Bibliothèque de la Législature de Québec, janvier à décembre 1935, Québec, Rédempti Paradis, 1935, p. 5; G.-É. Marquis, La Bibliothèque de la législature. Son passé, son présent, son avenir, Québec, 1946, p. 28.

35 

G.-É. Marquis à I.-E. Vallée, 19 janvier 1935, ANQ, FGÉM.

36 

G.-É. Marquis à M. le sous-ministre, 23 avril 1951, ANQ, FGÉM. Les archives font état de ce problème jusque dans les années 1980 en raison de l'absence d'un système de climatisation efficace. ANQ, FAN, dossier 17684. Toujours en raison de ce problème, deux pigeons s'introduisent en 1992 dans la Bibliothèque. « Pigeons bibliophiles », Première lecture, vol. 1, no 6, août 1992, p. 8.

37 

René Garneau, Projet de réorganisation de la Bibliothèque, mars 1940, p. 3-4, ANQ, FGEM.

38 

Rapport général du Ministre des Travaux publics et du Travail de la province de Québec pour l'année finissant le 30 juin 1916, Québec, E.-E. Cinq-Mars, 1916, p. 2; G.-É. Marquis à J.-N. Francœur, 9 novembre 1934 et 28 avril 1938, ANQ, FGÉM; Lorenzo Pouliot à Alexandre Taché, 2 mars 1946, ANQ, FAN, dossier 170198; J.-C. Bonenfant à Maurice Tellier, 2 mai 1960, p. 1, ANQ, Fonds Jean-Charles Bonenfant (FJCB), dossier 280496.

39 

G.-É. Marquis à Ivan.-E. Vallée, 7 octobre 1940, ANQ, FGÉM.

40 

J.-C. Bonenfant, Rapport du bibliothécaire de la législature pour la période du 1er janvier au 31 décembre 1953, et J.-C. Bonenfant à Richard Hyde, 15 avril 1964, ANQ, FJCB, dossiers 280481 et 280494.

41 

J.-C. Bonenfant, Rapport du bibliothécaire de la législature pour la période du 1er janvier au 31 décembre 1954, et J.-C. Bonenfant à Alexandre Taché, 7 septembre 1955, ANQ, FJCB, dossiers 280482 et 280497.

42 

J.-C. Bonenfant, Rapport du bibliothécaire... au 31 décembre 1953, op. cit.

43 

Gilles Gallichan, « Les 70 ans de l'édifice Pamphile Lemay », Cap-aux-Diamants, vol. 1, n2, été 1985, p. 40.

44 

J.-C. Bonenfant, Rapport du bibliothécaire de la législature pour la période du 15 février 1968 au 15 février 1969, p. 2-3, ANQ, FJCB, dossier 280490.

45 

Étude concernant le réaménagement de la Bibliothèque de la Législature, tome 1, Québec, ministère des Travaux Publics et de l'Approvisionnement, janvier 1974, p. 25-27. De 1975 à 1977, tous les employés de la Bibliothèque sont logés dans le même édifice, mais l'expansion des effectifs oblige d'en installer dans d'autres immeubles. Jocelyn Saint-Pierre, « La Bibliothèque de l'Assemblée nationale et la quête séculaire d'espace », Bulletin de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, vol. 31, nos 1-2, mars 2002, p. 20-21.

46 

Étude concernant..., op. cit., t. 2, p. 12. À ce moment, la réserve de la Bibliothèque située au 4e étage de l'hôtel du Parlement pose problème, ses 100 000 documents constituant une surcharge excessive pour la structure de l'édifice. Voir Étude concernant..., op. cit., t. 1, p. 30.

47 

Étude concernant ..., op. cit., t. 2, p. 18, 20, 27, 34.

48 

Ibid., p. 44-48.

49 

Étude concernant..., op. cit., t. 1, p. 28.

50 

Étude concernant..., op. cit., t. 2, p. 50-51. En août 1977, un nouveau rapport écarte définitivement ce projet. Dorval & Fortin, Rapport sur l'implantation de la bibliothèque de la législature, Québec, 22 août 1977, ANQ, FAN, dossier 193777.

51 

Dorval & Fortin, Plan directeur de réaménagement, 29 novembre 1976, p.1, ANQ, FAN, dossier 192797.

52 

Ministère des Travaux publics et de l'Approvisionnement, Rénovation et restauration des anciens édifices de la colline parlementaire. Résumé de l'état du dossier en mai 1982, Direction générale de la gestion immobilière, 30 mai 1982, p. 4.

53 

Cécilia Tremblay, Mémoire concernant le financement des travaux requis pour assurer la protection, la conservation et la pérennité des édifices de l'Assemblée nationale, Québec, Assemblée nationale, 2 juin 1998, p. 1-2, ANQ, FAN, dossier 83136.

54 

Restauration, Rénovation Édifices A, B, C, D, E. Colline Parlementaire Qué, Québec, mai 1975, p. 5, 11, 15. ANQ, FAN, dossier 192786.

55 

Marc Bouchard, Plan directeur d'immobilisation et d'entretien, 1996, p. 7, ANQ, FAN, dossier 83136; Cécilia Tremblay, Mémoire concernant le financement des travaux requis pour assurer la protection, la conservation et la pérennité des édifices de l'Assemblée nationale, Québec, Assemblée nationale, 2 juin 1998, p. 1-2, ANQ, FAN, dossier 83136.

56 

Philippe Sauvageau, Rapport préliminaire concernant le réaménagement de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec, Québec, février 1984, p. 2-3 et 6-7.

57 

Sur la dispersion des services de la Bibliothèque de 1977 à 2002, voir J. Saint-Pierre, op. cit., p. 21-22.

58 

L.Q. 1983, c. 40, art. 26; Claude Trottier et Claude Rioux, Historique de la gestion des édifices parlementaires, Québec, Assemblée nationale, 29 octobre 2001, p. 1. Pour assumer ces responsabilités, l'Assemblée crée la Direction de la gestion immobilière, unité spécialisée dans la gestion des immeubles et responsable de leur rénovation, mise aux normes, entretien et restauration.

59 

G.-É. Marquis à Hector Laferté, 14 mai 1940, ANQ, FGÉM.

60 

L.Q. 1985, c. 24, art. 127. Le terrain est décrit à l'Annexe I. Le 19 octobre 2012, l'édifice est déclaré site patrimonial national en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

61 

ANQ, FAN, dossier 212611; Gaston Bernier, « L'émeute de la fête nationale », Bulletin de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, vol. 25, nos 2-3, août 1996, p. 2-4.

62 

Assemblée nationale, Historique des travaux majeurs, ANQ, FAN, dossier 142634.

63 

L'aménagement de bureaux d'angles avait été demandé pour la première fois en 1948. G.-É. Marquis à L. Fontaine, 5 juillet 1948, ANQ, FGÉM.

64 

Guy L. Huot, Mémoire concernant la mise aux normes et la rénovation sectorielle de l'édifice Pamphile-Le May Étape V, 4 décembre 2001, ANQ, FAN, dossier 96761.