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Définition

Employés qui, pendant les séances de l'Assemblée, répondent aux demandes de la présidence, des députés, de leurs attachés politiques ainsi que des secrétaires de commission.

Ils distribuent aux députés les documents déposés et les projets de loi présentés tant à l'Assemblée qu'en commission. Ils voient également à l'aménagement de la salle de l'Assemblée nationale et des salles de commission avant et après chaque séance.

Les pages donnent l'exemple quant au décorum à observer à l'Assemblée. Ils organisent et jouent un rôle dans le cérémonial quotidien d'entrée et de sortie entourant le président et les vice-présidents et, à certaines occasions, le lieutenant-gouverneur.

Historique

La fonction de page telle qu'elle est exercée aujourd'hui à l'Assemblée nationale du Québec ne tire pas son origine de la tradition anglaise, même si notre institution est un Parlement de type britannique. Il n'existe aucune trace documentée du travail de jeunes employés agissant comme pages, tant à la Chambre des communes de Westminster qu'à la Chambre des lords. On note cependant la présence de portiers qui assistent le sergent d'armes dans ses tâches, et dont les fonctions sont différentes de celles des pages québécois1.

L'absence de pages à Westminster s'explique notamment par la configuration particulière de la Chambre des communes britannique. Là-bas, les députés ne disposent pas de pupitres attitrés comme à Québec. Ils siègent plutôt sur de longues banquettes et sont rarement assis à la même place au fil des séances. Il serait donc fort difficile pour des pages de circuler entre les rangées ou de répondre à un député en particulier. En raison de ces contraintes, la distribution de documents se fait avant les séances, et non pendant, comme c'est souvent le cas à Québec2.

Aux États-Unis

Le rôle de page tel qu'il est connu au Parlement de Québec est d'inspiration américaine. La présence de pages au Congrès remonte à 1827, bien qu'il y ait eu, dès le premier Congrès continental de 1774, des messagers au service des délégués des colonies anglaises d'Amérique du Nord3. Lors du vingtième Congrès des États-Unis tenu en 1827, trois jeunes garçons, appelés runners, étaient au service des membres de la Chambre des représentants. Ce nombre augmente progressivement et, en 1925, une nouvelle loi rend désormais obligatoire la fréquentation scolaire pour tous les garçons de moins de 14 ans. Les pages fréquentent alors la Capitol Page School, située dans l'édifice Thomas Jefferson de la Bibliothèque du Congrès. Les filles sont engagées comme pages à partir de 1973, alors que le président Carl Albert nomme la première d'entre elles, Felda Looper.

Par la suite, ces jeunes, recrutés parmi des étudiants d'environ 16 ans, fréquentent l'école des pages et vivent dans des résidences situées près du Capitole. Mais, le 8 août 2011, le président de la Chambre des représentants, John Boehner, annonce l'abolition de cette fonction. Ce choix serait nécessaire en raison de mesures de compressions budgétaires. De plus, l'utilisation des technologies de l'information rendrait le travail des pages de moins en moins essentiel.

Au Québec

Chez nous, la fonction de page apparaît en 1841 lors de la première session du Parlement du Canada-Uni. Au départ, les fonctions et le salaire des pages diffèrent de ceux des messagers au service des parlementaires. De 1841 à 1867, le nombre de pages passe de trois à sept.

Après la Confédération, les pages sont présents à la fois au Parlement fédéral et dans les législatures provinciales. À Québec, ce sont de jeunes garçons recrutés dans des familles modestes de la région, à partir de l'âge de 11 ans. Les pages doivent rester de petite taille, sans quoi ils sont contraints de céder leur place à un jeune frère4. Selon la tradition, on compte toujours parmi eux un garçon d'origine irlandaise, afin de représenter la minorité anglophone. Les pages du Canada-Uni gagnent en moyenne 250 $ par année alors qu'à l'époque de la Confédération, le salaire diminue à un dollar par jour, en plus des pourboires reçus des députés.


Détail d'une photographie montrant les jeunes pages et l'orateur de la Chambre, Alexandre Taché, le 8 février 1951. Fonds Gilles Lesage, Assemblée nationale du Québec

À compter de 1962, l'âge minimal des pages est fixé à 16 ans. Ce nouveau critère découle de l'adoption, en juin 1961, d'une loi rendant la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'à l'âge de 15 ans5. Bien que cette initiative du ministre Paul Gérin-Lajoie empêche, en principe, l'emploi d'enfants durant les heures de classe, le Parlement met quelques années à s'y conformer.

Dans l'intervalle, les pages travaillant le soir en Chambre vont à l'école durant la journée. Par contre, ceux qui sont en service durant la journée sont contraints de « s'inscrire dans diverses institutions privées pour suivre des cours du soir, rapporte L'Action, ou bien négliger de se faire instruire6 ».

L'école des pages

Pour y remédier, l'école des pages de l'Assemblée nationale est fondée en 1966 et fonctionne brièvement jusqu'en 1968. Elle est inspirée de l'école des pages du Congrès américain et vise à respecter la loi sur la fréquentation scolaire obligatoire en vigueur.

L'école ouvre ses portes le 1er mars 1966 sous la responsabilité du sergent d'armes Jean-Marc Roberge et est située au dernier étage de l'hôtel du Parlement. Six professeurs enseignent selon un horaire adapté aux travaux de la Chambre. Des heures de cours sont reprises pendant les vacances de Noël et de Pâques ainsi qu'après la fin de la session parlementaire. L'école respecte essentiellement le programme du ministère de l'Éducation. On aménage à cet effet un laboratoire de sciences, et les pages ont accès à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Toutefois, dès 1968, l'école des pages n'arrive plus à satisfaire aux exigences du ministère de l'Éducation en raison du choix trop restreint de cours offerts au deuxième cycle du secondaire. En effet, le nombre limité d'élèves rend difficile l'embauche d'enseignants supplémentaires. Les pages d'âge scolaire sont donc contraints de poursuivre leurs études à l'extérieur du parlement et fréquentent désormais l'école secondaire Joseph-François-Perrault7.

La fin d'une époque

En 1972, la fonction évolue sensiblement en raison de la décision du président de l'Assemblée nationale, Jean-Noël Lavoie, d'imposer de nouveaux critères : les pages devront dorénavant être âgés de 18 à 21 ans, détenir une huitième année et mesurer au moins cinq pieds et sept pouces. L'époque des « petits pages » est révolue, et la fonction est réservée à de jeunes adultes qui pourront un jour occuper le poste de gardien-constable ou d'huissier8.

En 1976, les pages deviennent des employés permanents de la fonction publique québécoise et sont réunis au corps de messagers. Cette intégration à la fonction publique signifie la fin de la discrimination en permettant désormais l'embauche de jeunes femmes. L'Assemblée nationale n'est pas une pionnière en ce domaine, puisque des femmes pages sont déjà à l'emploi du Sénat canadien et de certaines assemblées législatives provinciales. Le service de pages de la Chambre des communes est mixte à compter de 1978, soit sept ans après celui du Sénat9.

Aux Communes, les pages sont aujourd'hui des étudiants universitaires. Dans les autres législatures provinciales, ce sont également des étudiants de grades différents. À partir de septembre 2009, l'Assemblée nationale du Québec ouvre la fonction de page à des étudiants de l'Université Laval, qui occupent cet emploi à temps partiel tout en poursuivant leurs études. Ils doivent en outre rédiger un travail de recherche sur un sujet en lien avec le parlementarisme québécois.

Les pages aujourd'hui

Lorsque des enfants étaient pages, les services rendus aux parlementaires étaient particulièrement diversifiés et répondaient à des demandes plus personnelles. Par exemple, à l'époque du premier ministre Maurice Duplessis, il n'était pas rare que ce dernier fasse appel aux pages afin qu'ils lui achètent des cigarettes à la tabagie, ou encore qu'ils lui apportent son chapeau et sa canne10. Certains députés demandaient aux pages de sortir de l'hôtel du Parlement, pour leur procurer des revues et des journaux. Les jeunes pages étaient également chargés de distribuer les cartes d'admission aux citoyens désireux d'assister aux séances de l'Assemblée législative. Ces services rendus leur valaient souvent un généreux pourboire.


L'équipe des pages de la cuvée 2010-2011 en compagnie de leurs superviseurs. Photo Christian Chevalier, Assemblée nationale du Québec

Depuis 1976, le travail des pages se concentre sur les services de première ligne offerts aux députés dans l'exercice de leur rôle de législateur. Ces tâches très variées touchent autant le travail en Chambre qu'en commission parlementaire. Les pages distribuent des documents, transmettent des messages entre parlementaires et assurent le traitement des documents déposés en Chambre. Ils agissent également à titre de messagers entre les députés et leur personnel politique puisque celui-ci n'a pas accès à la Chambre pendant les séances. Les pages accomplissent, de plus, un travail de nature logistique en préparant les salles avant l'arrivée des députés et en étant présents durant les travaux parlementaires.

Pour citer cet article

« Page », Encyclopédie du parlementarisme québécois (en ligne), Assemblée nationale du Québec, 15 janvier 2015.

Faites-nous part de vos commentaires à : encyclopedie@assnat.qc.ca

Pour en savoir plus

Caron, Marie-Hélène. « Les pages à l'Assemblée nationale : d'hier à aujourd'hui », Bulletin de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, vol. 40, no 2, 2011, p. 8-10.

Notes

1 

Marc-André Bédard, « Les pages à l'Assemblée nationale : origine et évolution de la fonction », Bulletin de la Bibliothèque de la Législature, vol. 10, no 1, juillet 1980, p. 12.

2 

Ibid., p. 14.

3 

Bill Text, 112th Congress (2011-2012), H. Res.397.IH. Reestablishing the House of Representatives Page Program.

4 

Yves Gagnon, « Quand j'étais page », Bulletin de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale, vol. 29, nos 1-2, mars 2000, p. 13.

5 

M.-A. Bédard, op. cit., p. 22.

6 

« L'État s'occupera d'instruire les pages », L'Action, 25 janvier 1966, p. 11.

7 

M.-A. Bédard, op. cit., p. 27.

8 

Ibid., p. 28.

9 

Gary Levy, « Le recrutement des pages au sein des Parlements fédéral et provinciaux », Revue de la région canadienne, Association parlementaire du Commonwealth, vol. 2, no 2, juin 1979, p. 33.

10 

Y. Gagnon, op. cit., p. 13.