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Verge noire

Terme(s) anglais :
Black Rod

Définition

Bâton d'ébène décoré porté par le gentilhomme huissier de la verge noire, messager du Conseil législatif auprès de l'Assemblée législative de 1792 à 1968. Il symbolise l'autorité de la Couronne et la dignité de son porteur.

La verge noire fabriquée en 1883 par Cyrille Duquet est conservée à l'Assemblée nationale du Québec.

En anglais, le terme Black Rod peut également renvoyer au gentilhomme huissier en tant que tel.

La verge noire au Parlement britannique

Si les origines du gentilhomme huissier à la verge noire remontent au milieu du XIVe siècle, c'est le Garter Statute de 1522 qui précise que l'une de ses tâches est de garder les portes du parlement.

Cette loi contient également la plus ancienne description de la verge noire elle-même : « it was carried in lieu of a mace, as a symbol of authority, empowering the usher to arrest those offending against the Statutes and Ordinances of the Order of the Garter ». Il y est également dit que la verge noire porte à l'une de ses extrémités un lion, symbole traditionnel de l'Angleterre1.

Jusqu'au XIXe siècle, la tradition veut que les gentilshommes huissiers sortants conservent la verge noire en usage durant leurs années de service2. L'actuelle verge noire a été fabriquée en 1883, mais son ornementation a été modifiée à plusieurs reprises depuis.

Faite d'ébène, elle mesure 1,37 mètre. À une extrémité se trouve un lion d'or tenant un bouclier, surmonté d'une couronne sur laquelle sont gravées les initiales « E vii R ». L'ensemble est entouré d'une jarretière sur laquelle est inscrite la devise de l'Ordre de la jarretière, Honi soit qui mal y pense. Au centre de la verge se trouve un globe d'or sur lequel sont gravées des feuilles de chêne.

À l'extrémité inférieure, elle est décorée d'un pommeau en or, au-dessous duquel a été ajoutée une pièce de monnaie, un souverain d'or, datant de 1904. Le côté visible de cette pièce montre saint George, le saint patron des chevaliers de l'Ordre de la jarretière, à cheval et terrassant un dragon3.

Au Parlement du Bas-Canada

La tradition du gentilhomme huissier de la verge noire se perpétue au Parlement du Bas-Canada. Dès le 24 décembre 1792, le Conseil législatif ordonne à l'artisan François Baillairgé de fabriquer « une verge Noire et un lion rampant au dessus, et la masse de M. Brassard pour le Conseil législatif4 ».

Au Parlement de la province du Canada

Une seconde verge est utilisée à partir de 1845, fabriquée à Montréal par la firme E. Chanteloupe. Il s'agit d'un bâton d'ébène et de vermeil mesurant environ un mètre, au pommeau décoré d'un lion couronné assis sur un piédestal décoré de feuilles d'érable. Vers le milieu se trouvent deux nœuds et un embout gravés de feuilles d'érable5.

En 1867, ce bâton devient celui du nouveau Parlement du Canada. Il est détruit en 1916 lors de l'incendie de l'édifice parlementaire6.

Au Parlement de Québec

En 1867, l'artiste Charles O. Zollikoffer réalise dans son atelier d'Ottawa une verge noire pour l'usage du nouveau Parlement de Québec. « Nothing very expensive is wanted », spécifie le télégramme envoyé à l'artisan. Celui-ci offre de fabriquer trois modèles de verge noire : en ébène (60 $), en cuivre (75 $) ou en argent doré (100 $), cette dernière option étant retenue7.

En avril 1883, la verge noire et la masse du Conseil législatif sont détruites durant l'incendie du parlement de la côte de la Montagne. L'artisan Cyrille Duquet en fabrique deux nouvelles quelques mois plus tard. La verge noire, faite d'ébène, est ornée d'un lion d'or à l'une de ses extrémités, en cela très semblable à la verge noire de Londres, et d'un pommeau décoré avec les armoiries du Québec à l'autre8. Cette verge subit des ajustements en 1889 et en 1902.

Elle est utilisée jusqu'à l'abolition du Conseil législatif en 1968, qui, du même coup, fait également disparaître la fonction de gentilhomme huissier de la verge noire.

En 1992, pendant la restauration de la verge noire, on découvre deux messages cachés sous le lion. Ils sont le fait d'Albert Cyrille Duquet, neveu du célèbre artisan, à l'occasion de restaurations de l'objet.

Le premier billet (15 mars 1889), adressé à « Monsieur l'Inconnu », établit que Duquet a pris 35 jours à restaurer la verge noire. Je souhaite épouser une « charmante enfant, en qui j'ai mis toute ma confiance et mon amour » avant mes 30 ans, ajoute-t-il. Il a alors 28 ans, mais la bien-aimée résiste à ses avances. Dans le second billet (10 février 1902), il annonce être l'époux de la jeune femme convoitée. Elle lui donne trois enfants. Il écrit qu'il est « aussi heureux qu'un homme peut désirer sur terre9 ».

La verge noire au Parlement du Canada

La firme britannique Garrad & Co., joailler officiel de la Couronne, est chargée, le 10 mars 1916, de fabriquer une nouvelle verge noire pour remplacer celle détruite dans l'incendie du parlement10.

Le nouveau bâton est offert le 21 juin 1918 au premier ministre Robert Borden alors en visite à Westminster, par Lord Finlay, le Lord Chancellor, et par J. W. Lowther, président de la Chambre des communes. Ce présent a été payé par la section britannique de l'Association parlementaire de l'Empire (aujourd'hui l'Association parlementaire du Commonwealth) grâce aux dons de 91 lords et de 140 députés11.

Pratiquement identique à celui de la Chambre des lords, ce bâton d'ébène mesure environ 0,91 mètre. Il est orné des décorations symboliques d'usage :

La tête du Bâton est ornée d'un lion en or 18 carats, emblème de la royauté anglaise. Il tient un bouclier surmonté d'une couronne et portant le monogramme du roi George V, le roi du Canada au temps de la fabrication du Bâton noir. Le bouclier est lui-même entouré d'une jarretière ou d'un ruban portant la devise de l'Ordre : « Honi soit qui mal y pense ». Le lion repose sur une base sphérique en or, gravée de feuilles d'érable. La sphère se prolonge à la base par une gaine tubulaire, elle aussi en or, qui enserre et retient l'extrémité du bâton en bois. Au milieu du Bâton, une autre sphère en argent doré, au motif de feuilles d'érable ciselées, se prolonge de part et d'autre par une gaine tubulaire entourant le Bâton. Celui-ci se termine à la base encore par une gaine et une sphère en argent doré, gravée de feuilles d'érable12.

Un souverain d'or est enchâssé dans cette verge comme c'est l'usage en Grande-Bretagne. Datée de 1904, cette pièce de monnaie souligne l'année de l'entrée en fonction de John Ernest Chambers, qui était gentilhomme huissier à l'époque de l'incendie de 191613.

En mars 1967, la verge noire se brise en deux en tombant du pupitre du gentilhomme huissier C.-R . Lamoureux. On recolle les morceaux et on attend le nouveau bâton commandé au ministère des Travaux publics. On conserve les ornements d'or, on remplace la verge d'ébène par un bâton en bouleau jaune peint en noir14.

En 1976, le sénateur néo-écossais Henry Davies Hicks, ébéniste à ses heures, obtient de fabriquer une nouvelle verge noire dans son atelier. Avec son gendre W. Randall Maggs, Hicks utilise du palissandre du Brésil (du bois de rose noir) et crée un bâton légèrement plus long que le précédent. À l'été 1977, on y fixe les ornements d'or et on l'utilise pour la première fois en octobre suivant lors de la clôture de la session15.

Mentionnons enfin que sur l'épinglette d'identification des sénateurs est représentée l'extrémité supérieure de la verge noire, sur laquelle on voit le lion tenant le bouclier16.

Pour citer cet article

 « Verge noire », Encyclopédie du parlementarisme québécois (en ligne), Assemblée nationale du Québec, 26 septembre 2013.

Faites-nous part de vos commentaires à : encyclopedie@assnat.qc.ca

Pour en savoir plus

Bond, Maurice et David Beamish. The Gentleman usher of the Black Rod, Londres, House of Lords Information Office, 1976, 22 p.

Deschênes, Gaston. « Masses et verges noires dans l'histoire du Québec », Bulletin de la Bibliothèque de la Législature, vol. 9, nos 3-4, décembre 1979, p. 51-58.

Notes

1 

Maurice Bond et David Beamish, The Gentleman Usher of the Black Rod, Londres, House of Lords Information Office, 1976, p. 15.

2 

Loc. cit.

3 

Loc. cit.

4 

Journaux du Conseil législatif du Bas-Canada, séance du 24 décembre 1792, p. 61-63; Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), P398, Journal de François Baillargé, 19 décembre 1792.

5 

Corinna A. W. Pike et Christopher McCreery, Canadian Symbols of Authority, Toronto, Dundurn, 2011, p. 32. Selon les auteurs, cette ornementation de la verge correspond aux principes généraux énoncés en 1672 par Elias Ashmole dans son ouvrage The Institution, Laws and Ceremonies of the Most Noble Order of the Garter.

6 

Bureau de l'huissier du bâton noir, Le bâton noir, 11 juillet 2012.

7 

BAnQ, E25, Fonds du ministère des Travaux publics, Registre des lettres envoyées, nos 279, 335 et 336.

8 

Collection Assemblée nationale du Québec, Bordereau d'inventaire de l'Assemblée nationale du Québec, « 100833 : Verge noire du gentilhomme huissier de Duquet, Cyrille, 1883 - bois, ébène; métal, or - 73,5 Ht x 6,5 La x 5 Pr cm ».

9 

« Une histoire d'amour cachée dans le décorum parlementaire », La Presse, 14 février 2008, p. A20; « Le secret de la verge noire », Le Soleil, 2 juin 1992, p. A1.

10 

Association canadienne des ex-parlementaires, Notes d'allocution: Réception pour l'Association canadienne des ex-parlementaires, 12 mai 2008.

11 

C. A. W. Pike et C. McCreery, op. cit., p. 33-34.

12 

Bureau de l'huissier du bâton noir, op. cit., p. 2.

13 

La tradition britannique veut que l'huissier sortant reçoive le souverain d'or enchâssé à son entrée en fonction, qui est remplacé par celui du nouveau détenteur. Cet usage n'est pas observé au Canada puisque le souverain de 1904 est toujours sur la verge fabriquée en 1918. Bureau de l'huissier du bâton noir, loc. cit.

14 

Loc. cit.

15 

Loc. cit.

16 

C. A. W. Pike et C. McCreery, op. cit., p. 33.