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21st Legislature, 2nd Session
(January 7, 1941 au May 17, 1941)

Par Gilles Gallichan1

Un monde en guerre

Dès l'été 1940, la situation mondiale évolue de façon dramatique. Envahie en six semaines par les armées hitlériennes, la France se résigne à l'occupation de la plus grande partie de son territoire. Le 22 juin 1940, est signé un armistice entre la France et l'Allemagne, dans la clairière de Rethondes, reconnaissant une certaine autonomie au gouvernement de Pétain sur le reste du territoire dit « zone libre ». Après la chute de la France, devant l’invasion allemande, la Grande-Bretagne reste le dernier rempart européen contre le nazisme. Hitler espère faire fléchir le gouvernement de Winston Churchill et signer avec lui une paix de compromis pour éviter à son pays un assaut qu’il brandit comme une menace.

Churchill, qui a jaugé le redoutable personnage, ne cède pas et fait face à la tempête qui s’abat sur l’Angleterre à partir du mois d’août 1940 (opération Otarie). La bataille d’Angleterre fait rage par d’incessants bombardements qui ne brisent pas cependant le moral inflexible des Britanniques. En France, l’État français, gouverné par le maréchal Philippe Pétain, remplace la IIIe République qui se saborde le 11 juillet 1940. La devise Travail, Famille, Patrie remplace la trinité républicaine Liberté, Égalité, Fraternité. Le 24 octobre 1940, a lieu à Montoire-sur-le-Loir la rencontre entre Pétain et Hitler, laquelle devait poser les bases de la collaboration entre le nouveau gouvernement installé à Vichy et l’occupant allemand.

À Londres, Charles de Gaulle rassemble les premières phalanges de la France libre pour continuer le combat. Le 1er août 1940, il adresse aux Canadiens français un appel semblable à celui lancé vers la France le 18 juin précédent2. Le débat partageant les opinions entre les « deux Frances » traverse l’Atlantique. Comme les Français métropolitains, les Québécois seront divisés et parfois déchirés entre devoir et loyauté, entre résignation et résistance3.

 

La guerre vue du Québec

Au Canada anglais, la guerre et le capital de sympathie envers la Grande-Bretagne assiégée donnent un nouveau souffle au vieil impérialisme toujours bien vivace dans certaines régions et dont se méfient tant les nationalistes canadiens-français. Pour ne pas réveiller les démons de la crise de la conscription de 1917, le Parti libéral s’est présenté comme le rempart qui protégerait les Canadiens d’un service militaire outremer, obligatoire pour tous les hommes adultes pouvant porter les armes. Sur la foi de promesses solennelles, le Québec a porté les libéraux au pouvoir à Québec en octobre 1939 et a soutenu le gouvernement élections fédérales de mars 19404.

Toutefois, cet engagement n’empêche pas le gouvernement fédéral de soutenir une vaste campagne de propagande en faveur de la participation à la guerre tant au Québec que dans tout le Canada. Aux États-Unis, Franklin Delano Roosevelt obtient un troisième mandat à la présidence. Il observe l’opinion publique de son pays qui est sympathique à la cause britannique, mais qui refuse encore un engagement militaire en Europe. Par le système du prêt-bail, l’Amérique soutient l’effort militaire anglais sans se lancer dans la bataille. À l’automne de 1940, on crée néanmoins une commission militaire canado-américaine pour surveiller et pour protéger les frontières, ce qui place les états-majors des États-Unis dans un état de vigilance et d’alerte5.

À cause de la guerre et de l’invasion allemande en Europe, le Québec devient, en 1940-1941, un important pôle de l’édition francophone. Le blocus européen qu’impose la guerre devient un stimulant majeur pour la production locale de livres, de manuels, de brochures et d’affiches. De plus, les règles de la propriété littéraire étant suspendues en temps de guerre, les œuvres d’auteurs français peuvent être rééditées au Québec pour le marché américain. Grâce à la guerre, des maisons d’édition prennent leur envol, dont Fides, Les Éditions de l’Arbre, Bernard Valiquette, pour ne nommer que celles-là. Des auteurs québécois profitent de cette conjoncture : Rodolphe Dubé (François Hertel), André Laurendeau, Damase Potvin, Édouard Montpetit, Séraphin Marion, Léo-Pol Desrosiers et son épouse Michelle Le Normand sont à présent accessibles pour un plus vaste lectorat. De son côté, Robert Rumilly commence la parution de sa monumentale Histoire de la province de Québec qui comptera 41 tomes. On publie de nombreux essais en droit, en agriculture, en sciences naturelles, en histoire, en sciences sociales. La religion demeure un secteur privilégié et soutenu par l’Église, avec de nombreux livres de dévotion, d’hagiographie et de théologie6.

La radio, malgré la censure officielle, joue un rôle important pour la circulation des nouvelles. En 1941, le journaliste Louis Francoeur est écouté quotidiennement par tous ceux qui ont accès à un poste de radio et qui captent l’émission La Situation ce soir sur les ondes de Radio-Canada. Le 18 février 1941, l’émission de Francoeur est diffusée exceptionnellement en direct depuis le Café du Parlement7 à l’occasion du dîner annuel des courriéristes parlementaires8. Grâce à la radio, la guerre, apparemment lointaine, entre chaque jour dans les foyers. Les chroniques de Francoeur sont publiées également en brochures par Radio-Canada, jusqu’à sa mort accidentelle survenue en juin 1941. À Québec, sur les ondes de CHRC, un chansonnier en uniforme, Roland Lebrun, popularise ses ballades nostalgiques, évoquant avec simplicité l’émotion du soldat qui doit partir au loin. Pour les Québécois, il deviendra le soldat Lebrun et sa voix restera associée aux années de la guerre.

L’Église catholique, depuis le grand rassemblement du Sacré-Cœur à Québec, le 31 mai 1940, fait son « service militaire » et soutient les discours favorables à l’effort de guerre. Les autorités ecclésiastiques demandent aux catholiques de souscrire à l’emprunt de guerre en achetant des « Obligations de la Victoire »9. Le dimanche 9 février 1941, une messe votive pour le temps de guerre est célébrée en grande pompe à l’église Notre-Dame de Montréal par l’archevêque de Québec, le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve. Le lieutenant-gouverneur, Sir Eugène Fiset, y assiste avec les membres du gouvernement et plusieurs dignitaires canadiens, dont le ministre fédéral Ernest Lapointe. Le faste militaire et liturgique de la cérémonie en choque certains. L’historien Lionel Groulx parle même de « mascarade religieuse10 ».

Le zèle du cardinal Villeneuve en faveur de la guerre le pousse encore plus loin. Il se fait photographier au volant d’un char d’assaut, pour encourager l’enrôlement des soldats. Le 18 avril 1941, devant l’Empire Club de Toronto, il déclare son indéfectible loyalisme envers le roi George VI et envers « le vaste Empire dont nous sommes fiers et heureux de faire partie11 ». L’engagement du cardinal archevêque dans l’effort de guerre laisse perplexes plusieurs observateurs. Certains croient qu’il s’inscrit dans la tradition loyaliste des Briand et des Plessis qui ont négocié, aux XVIIIe et XIXe siècles, les droits de l’Église en se soumettant aux ordres de la couronne. D’autres, qui ont connu de près le père Rodrigue Villeneuve avant son accession au cardinalat, ne partagent pas cette idée. Dans ses mémoires, Lionel Groulx, qui l’a bien connu, croit plutôt que, d’une part, son voyage en Europe, à la veille de la guerre en 1939, lui a révélé l’ampleur de la menace nazie et que, d’autre part, il n’était pas insensible aux honneurs et à l’ivresse du pouvoir12. L’Église québécoise connaissait à l’époque un apogée de son autorité morale. La guerre offrait au cardinal Villeneuve une exceptionnelle occasion de paraître aux premières loges de l’actualité, de souder les liens du trône et de l’autel, d’opposer la croix romaine à la croix gammée, et de monter sur les pavois militaires avec les couleurs d’une Église triomphante.

 

La guerre et « la France libre d’Amérique »

Sur la question de la participation du Canada à la guerre, on signale, le 26 février 1941, la visite à l’hôtel du Parlement de Sir Howard d’Egville, secrétaire général de l’Association parlementaire de l’Empire britannique. Il est accueilli par l'Orateur de l’Assemblée législative, Bernard Bissonnette, et par celui du Conseil législatif, Hector Laferté. Devant le premier ministre, les membres du Cabinet et les parlementaires réunis, il rappelle que la Grande-Bretagne apparaît comme le dernier rempart des libertés parlementaires et démocratiques au monde. Il proclame que la marine anglaise constitue toujours une défense ferme et solide, et il déclare que le Québec est devenu « la France libre d’Amérique », cherchant à stimuler l’esprit combattant des Canadiens français13. La confiance que ce haut personnage place dans la Marine royale arrive à point nommé car, quelques jours plus tard, la terrible bataille de l’Atlantique débute entre les sous-marins allemands et les convois de ravitaillement en route vers l’Angleterre14. Au printemps 1941, l’enjeu de la guerre se joue essentiellement sur mer et dans les airs.

La guerre fait tourner l’économie canadienne et québécoise à plein régime pour la fabrication d’armes, de munitions, de véhicules, de pièces de rechange et pour la production de vivres et de ravitaillement. La construction navale prend aussi un essor inégalé, car il faut des convois de barges et de navires pour transporter ces biens en Angleterre. Si l’Ontario voit son industrie sidérurgique se développer à grand rythme, au Québec, c’est l’aluminium qui progresse du côté d’Arvida et du Saguenay. La guerre sous-marine dans l’Atlantique Nord occasionne de lourdes pertes de navires qu’il faut constamment remplacer. C’est là un triste constat de la logique humaine : la guerre qui dévaste l’Europe est en voie de balayer, en Amérique, les derniers relents de la crise économique des années 1930.

 

Les élections partielles du 19 novembre 1940

À l’automne de 1940, le premier ministre Adélard Godbout doit émettre deux brefs d’élections partielles dans les circonscriptions de Terrebonne et de Mégantic. Terrebonne est sans représentant depuis la démission d’Athanase David, le 14 février 1940, désigné pour occuper le siège de Sorel au Sénat canadien. La circonscription de Mégantic, dans l’Estrie, est vacante depuis le 3 octobre 1940 à la suite de la démission du député libéral Louis Houde, nommé juge à la Cour des jeunes délinquants à Québec.

Ces élections partielles offrent une arène où s’affrontent libéraux et unionistes et elles préfigurent certains débats de la session à venir. Dans Terrebonne, le nouveau secrétaire provincial, Hector Perrier, un progressiste de la vieille école libérale, s’oppose au notaire Joseph-Léonard Blanchard et, dans Mégantic, l’homme d’affaires et ancien maire de Thetford Mines, Tancrède Labbé, se présente pour l’Union nationale contre le candidat libéral Joseph-Alphonse Olivier.

Le premier ministre se rend lui-même à Saint-Jérôme, le 3 novembre 1940, pour ouvrir la campagne de son ministre15. Hector Perrier envisage une réforme du système d’éducation. Le gouvernement veut un « enseignement réaliste et pratique », selon l’expression du premier ministre16. On parle d’instruction obligatoire, d’enseignement des arts, d’un programme élargi pour l’enseignement de l’anglais. On n’ose pas encore discuter ouvertement du rétablissement d’un ministère de l’Instruction publique, mais certains soupçonnent le ministre d’y songer. Dans les rangs nationalistes, on voit même dans sa politique une sournoise opération d’assimilation des francophones.

À l’appui de son candidat, Maurice Duplessis donne la réplique au premier ministre à Sainte-Thérèse deux jours plus tard, et pousse l’assaut jusqu’à Saint-Jérôme. Il attaque Perrier et son chef sur la question de l’éducation17, mais aussi sur le dossier des finances publiques, sur celui de la conscription et du crédit de la province18. Il se rend ensuite à Plessisville pour soutenir Tancrède Labbé19 et, dans un discours radiodiffusé le 16 novembre 1940, il fait le procès de l’administration Godbout20.

Du côté du gouvernement, Perrier répond à la radio au chef de l’opposition, le premier ministre inaugure une école de tissage du lin à Plessisville, et les libéraux soulignent avec faste le premier anniversaire de leur arrivée au pouvoir dans un banquet au Club de réforme de Montréal, le 26 octobre 1940. Au fil d'arrivée, le Parti libéral conserve facilement Terrebonne, mais perd le comté de Mégantic, lequel passe aux mains de l'opposition unioniste21.

 

Les élections municipales

Après les partielles, ce sont les élections municipales qui retiennent l’attention. Dans la capitale, le maire Lucien Borne est réélu sans opposition pour un second mandat. À Montréal, la ville est sous tutelle depuis six mois et le député et maire Camillien Houde, arrêté en août pour son opposition à l’inscription obligatoire de tous les adultes résidant au Canada, en vertu de la « Loi sur la mobilisation des ressources nationales », se trouve toujours interné dans un camp de prisonniers en Ontario. Il est du coup disqualifié pour les élections municipales qui se tiennent le 9 décembre 1940. La politique ayant horreur du vide, on compte bientôt huit candidatures sur la ligne de départ.

Léonard Trépanier se présente comme un candidat « houdiste » et obtient l’appui de Georgianna Falardeau-Houde, l’épouse de Camillien Houde, mais c’est Adhémar Raynault qui est élu avec un programme centriste prônant la bonne volonté et la collaboration avec les gouvernements supérieurs.

 

L’ouverture de la session

Le temps de guerre impose une certaine réserve au faste habituel des débuts de session. Pour cette ouverture du mardi 7 janvier 1941, on limite le nombre des invités, on renonce à la traditionnelle grande réception et au dîner d’État à Spencer Wood, pour s’en tenir aux strictes « exigences du protocole22 ». Le soleil de janvier est présent ce jour-là, mais un vent glacial souffle sur la capitale québécoise. Les dames affichent des toilettes sobres, mais d’une élégance remarquée. Malgré la guerre, l’ouverture de la session demeure toujours dans la capitale une occasion de sociabilité mondaine23. Le lieutenant-gouverneur, Sir Eugène Fiset, a laissé aux écuries ses équipages et son landau et arrive à l’hôtel du Parlement en automobile. Il a aussi laissé dans sa garde-robe son grand costume d'apparat qu'il troque pour son uniforme de major général de l'armée.

On fait une rapide revue militaire et Sir Eugène est accueilli par le premier ministre et les membres de son cabinet qui l’escortent jusqu’au Salon rouge. Québec accueille à cette occasion deux invités de marque : le premier ministre du Luxembourg, Pierre Dupong, et son ministre de la Justice, Victor Bodson, tous deux exilés par l’occupation nazie du Grand-Duché.

Bernard Bissonnette occupe toujours le trône de l'Orateur de l’Assemblée législative et Hector Laferté, celui de l'Orateur du Conseil législatif. À la reprise des travaux parlementaires, la répartition des 86 sièges est la suivante : l’Assemblée compte 68 députés libéraux, 16 unionistes, un indépendant, et un siège demeure vacant, celui de Saint-Jean-Napierville. Les nouveaux élus, Hector Perrier et Tancrède Labbé, sont invités à occuper leur siège, mais quatre places restent vides. Outre Camillien Houde (Montréal-Sainte-Marie), retenu en Ontario pour internement militaire, et le Dr Alexis Bouthillier (Saint-Jean-Napierville), décédé le 4 décembre 1940 dans un accident d'automobile, sont également absents deux députés de l’opposition qui se sont portés volontaires sous les drapeaux : John Bourque (Sherbrooke) et Paul Sauvé (Deux-Montagnes). Quelques jours plus tard, la mort frappera le député libéral de Huntingdon, James W. Ross, qui décédera tragiquement, le 16 janvier 1941, dans l’incendie de sa résidence. Les absences et les arrivées modifient l’ordre des places, et le diagramme de l’Assemblée change sensiblement. Une dizaine de députés sont déplacés au début de la session de 194124.

À la Chambre haute, trois sièges sont vacants. John H. Kelly (division de Grandville) est devenu haut-commissaire du Canada en République d’Irlande le 29 décembre 1939. Frank Carrel (division du Golfe), ancien éditeur, journaliste et auteur de Québec, est décédé le 30 juillet 1940, et Gordon Wallace Scott (division de Victoria), ancien trésorier de la province, a perdu la vie dans la bataille de l’Atlantique, le 14 décembre 1940, dans le torpillage du paquebot britannique Western Prince.

 

Le discours du trône

Les observateurs s’attendent à une session brève d’au plus six semaines. L’éditorialiste de La Presse considère que « nous sommes en guerre et l’heure est plutôt à l’action qu’à la discussion25 ». La session durera néanmoins jusqu’en mai.

Dans le discours du trône, qui n’est pas retransmis à la radio, Sir Eugène Fiset évoque « les malheurs de la France qui nous touchent si profondément » et rappelle aussi que l’Empire britannique est devenu « le dernier rempart des libertés humaines ». Le Canada et le Québec résistent de concert avec la Grande-Bretagne et le lieutenant-gouverneur insiste sur « le nombre sans cesse croissant de nos volontaires ». Il salue le courage du roi George VI et de la reine Elizabeth qui sont demeurés dans leur capitale, à Londres, pilonnée sous les bombes allemandes. Il souligne l’arrivée du seizième gouverneur général du Canada, Alexander Cambridge, comte d’Athlone, qui a succédé à lord Tweedsmuir, décédé en fonction.

Le discours demeure sommaire et général. Le menu législatif de la session se présente autour du thème principal de l’économie et des impôts; les citoyens devront aussi participer à l’effort de ces temps difficiles. Quant à la question constitutionnelle, elle sera débattue à l’occasion d’une conférence fédérale-provinciale très prochaine. Une autre priorité du gouvernement est la santé publique et le bien-être social. Le temps de guerre est propice à des épidémies de toutes sortes et il faut prendre des mesures d’hygiène publique, en particulier la lutte contre la tuberculose.

Pour le reste, le gouvernement veut déjà préparer les conditions d’un après-guerre que l’on souhaite prochain. On veut préparer la jeunesse par l’éducation, améliorer le sort des agriculteurs, en particulier par le drainage des terres, et favoriser l’établissement de nouveaux colons. On se penchera aussi sur la voirie, car de bonnes routes invitent à la reprise du tourisme et du développement régional; mais, en temps de guerre, elles répondent d’abord à des impératifs stratégiques et militaires. Les autres dossiers législatifs rapidement évoqués par le discours du trône sont la forêt, si importante pour l’industrie du bois et le développement économique, la loi des cités et villes, la Commission des liqueurs, la fonction publique et les pêcheries.

Le représentant de Montmagny, M. Fernand Choquette, est chargé de présenter l’adresse de l’Assemblée en réponse au discours du trône, alors que le député de Pontiac, M. Edward Charles Lawn, en est le secondeur. (8 janvier 1941) Choquette évoque à son tour la guerre, soulignant que le Québec « fait noblement sa part en hommes et en sacrifices ». Il insiste sur la défense du français dans l’enseignement supérieur à l’heure où la France « ploie sous le joug ennemi ».

Après cet exercice d’éloquence parlementaire, on attend la réplique de l’opposition qui ne vient pas. Duplessis refuse le débat sur l’adresse, préférant discuter rapidement le rapport de la commission d’enquête sur les relations entre le dominion et les provinces, connu sous le nom de rapport Rowell-Sirois, et estimant plus urgent d'analyser les projets de loi du gouvernement. Ce faisant, il prive le premier ministre du plaisir de lui répondre et peut s’honorer de ne pas alourdir les séances de débats inutiles en ces temps difficiles. La réponse au discours du trône est donc votée séance tenante.

 

La Constitution, l’autonomie et le rapport Rowell-Sirois

S’il escamote le débat sur le discours du trône, Duplessis n’entend pas donner carte blanche au gouvernement sur la question constitutionnelle. Depuis huit mois, on scrute et on critique le rapport Rowell-Sirois. Maurice Duplessis, qui plaide toujours pour l’autonomie de la province et la défense de ses droits, considère le rapport comme une manœuvre de centralisation du gouvernement fédéral.

Le 7 janvier 1941, le Club Renaissance de Québec, cénacle de l’Union nationale, offre un banquet au chef de l’opposition. Celui-ci en profite pour ouvrir les hostilités sur ce chapitre à propos de l’assurance-chômage. Il accuse de légèreté l’attitude du premier ministre, qui accepte des amendements constitutionnels par simple échange de lettres avec son vis-à-vis fédéral, et il lui reproche de céder au fédéral la compétence du Québec, notamment en cette matière d’assurance-chômage26.

Le lendemain, à l’Assemblée, il demande que la correspondance échangée depuis 1937, entre le gouvernement du Québec et celui d’Ottawa sur cette question, soit déposée devant la Chambre. Il en profite pour développer son point de vue bien ancré dans l’idée du « pacte » confédéral de 1867. Aucun gouvernement, quel qu’il soit, dit-il, n’a le droit de modifier la Constitution sans le consentement de toutes les parties contractantes. Il s’inquiète surtout de l’autonomie fiscale et financière du Québec et de son droit d’emprunter à l’étranger, et il s’insurge contre la volonté centralisatrice que sous-tend le rapport. Pour lui, la centralisation est « la sœur jumelle de l’assimilation » et tout amendement constitutionnel constituerait un pas vers l’union législative. « Notre province, déclare-t-il, n’endurera pas de chaînes, même si elles sont dorées. » (8 janvier 1941)

Adélard Godbout rassure le chef de l’opposition qui, selon lui, enfonce des portes ouvertes. Il lui rappelle que, comme chef de l’opposition entre 1933 et 1935, il n’a pas eu tant de scrupules envers les empiètements centralisateurs du gouvernement conservateur de R. B. Bennett, notamment dans le domaine des assurances. Entre 1936 et 1939, au lieu de boycotter la Commission royale Rowell-Sirois, comme il l’a fait, en tant que premier ministre, « il aurait dû faire valoir son opinion quand on la lui demandait »27. Il déclare : « Nous irons à Ottawa dans un esprit canadien, acceptant l’entraide et la coopération. » (8 janvier 1941)28

Le gouvernement se défend de trahir les intérêts supérieurs de la patrie, et on affirme, dans les rangs ministériels, que la pleine autonomie provinciale est la meilleure garantie de l’unité nationale. La session s’ajourne du 8 au 28 janvier 1941, pour permettre au premier ministre et à une délégation québécoise de participer à la conférence fédérale-provinciale sur les problèmes constitutionnels, dans la foulée du rapport Rowell-Sirois, laquelle se déroulera les 14 et 15 janvier 1941. Les représentants du Québec sont nombreux à cette conférence : on compte 15 délégués, dont neuf parlementaires membres du Cabinet, et six conseillers choisis parmi les plus hauts fonctionnaires de la province, tels Victor Doré, surintendant de l’Instruction publique, Louis-Philippe Pigeon, éminent juriste et greffier en loi de l’Assemblée, et Léopold Désilets, assistant du procureur général29.

La conférence est qualifiée d’échec. Dès le départ, le premier ministre de l’Ontario, Mitchell Frederick Hepburn, refuse de prendre le rapport Rowell-Sirois comme base de discussion30. L’Alberta et la Colombie-Britannique manifestent aussi de sérieuses réserves sur les conclusions du rapport. Le premier ministre du Québec ne brille pas de manière spectaculaire à cette conférence, se plaçant plutôt dans une position attentiste. L’impossibilité de trouver un consensus parmi les provinces et le contexte difficile de la guerre incitent Mackenzie King et Ernest Lapointe à repousser le règlement du dossier constitutionnel après la guerre et à négocier des ententes temporaires avec les provinces pour la durée du conflit. Le ministre des Finances, James Lorimer Isley, avertit les premiers ministres que le gouvernement fédéral devra demander aux provinces de consentir de « grands sacrifices » pour l’effort de guerre du Canada.

Dès le 15 janvier 1941, Maurice Duplessis rencontre la presse pour dénoncer de nouveau l’esprit et les conclusions du rapport Rowell-Sirois. Il considère que la centralisation fédérale conduit à l’assimilation pour les Canadiens français et au totalitarisme pour tous les Canadiens31. À la reprise de la session, il dénonce une fois de plus la volonté de centralisation d’Ottawa. Le parfum de la question constitutionnelle flottera sur les débats de la session de 1941. On en discute même au Conseil législatif où le canonique historien Thomas Chapais fait un discours dans lequel il expose sa conception de la Constitution de 1867 qu’il considère comme un traité entre les deux Canadas32.

Pendant toute la session, le gouvernement se défend de brader les droits du Québec et l’autonomie provinciale. Quant à l’assurance-chômage, les Pères de la Confédération ne pouvaient prévoir l’ampleur d’une crise comme celle de 1930, déclare T.-D. Bouchard. (28 janvier 1941) Le gouvernement fédéral se devait d’assumer sa part de responsabilités et de venir en aide aux gouvernements provinciaux et municipaux du pays, écrasés par les besoins des chômeurs.

Pour René Chaloult, élu en 1939 avec la cohorte libérale, le premier bilan constitutionnel de son chef est décevant. Avant la conférence d’Ottawa, il a écrit au premier ministre pour le soutenir et l’encourager dans la cause de l’autonomie et celui-ci lui a aussitôt répondu qu’il défendrait toujours « chaque parcelle de nos droits ». Pourtant, le député de Lotbinière croit que, malgré ses bonnes intentions, le premier ministre n’en a pas été « un fidèle gardien ». Pendant la session de 1941, Chaloult demeure solidaire du Parti libéral, mais prend peu à peu ses distances33.

 

La canalisation du Saint-Laurent et l’hydroélectricité

Depuis vingt ans, tant au Canada qu’aux États-Unis, on parle d’un important projet de canalisation du haut Saint-Laurent pour ouvrir les Grands Lacs à la navigation océanique. La guerre accélère la planification de ce projet, et Mackenzie King profite de la conjoncture pour attirer au Canada des capitaux américains favorables à cette idée. On estime le projet à 350 000 000 $ sur un calendrier de sept ou huit ans. Les coûts seraient partagés entre le Canada et les États-Unis, en tenant compte de travaux déjà réalisés du côté canadien et qui deviendraient une partie intégrante de la voie maritime du Saint-Laurent.

Cette idée ambitieuse ne fait pas l’unanimité et certains croient qu’elle annonce le déclin du port de Montréal et, en général, des ports du Saint-Laurent. On craint également pour le potentiel de développement hydroélectrique du fleuve, pour le commerce fluvial et pour la pêche. Ce chantier majeur mobilisera des travailleurs pendant des années, détournera des ressources qui pourraient être consacrées à l’effort de guerre et, par conséquent, pourrait nuire à la victoire, tout en ruinant l’économie du Québec. À l’Assemblée législative, Maurice Duplessis qualifie ce projet de « crime national » et de « suicide », reprenant des termes naguère utilisés par le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau. (28 janvier 1941)

Le 28 janvier 1941, l’opposition fait une demande de documents pour le dépôt de toute correspondance relative à ce sujet, depuis 1930 jusqu’à 194134. Elle devra s’armer de patience et d’obstination, car, malgré ses efforts presque quotidiens en ce sens, le gouvernement ajourne le débat et repousse jusqu’au 20 mars 1941 et le débat et le vote sur cette motion.

L’opposition revient sur la question à une douzaine de reprises, exigeant un débat sur ce dossier qu’elle juge urgent et crucial pour l’avenir. Godbout diffère ce sujet pour ne pas compromettre et embarrasser les négociations en cours entre Ottawa et Washington. Il croit qu’un échec du projet pourrait indisposer les Américains et compromettre l’aide que les États-Unis apportent à la Grande-Bretagne. Argument spécieux pour Duplessis, qui croit que le gouvernement ne cherche qu’à gagner du temps pour écarter les élus québécois des discussions, pendant que des décisions se prennent sur des enjeux cruciaux pour l’avenir du Québec.

Le débat mobilise plusieurs heures du temps de la Chambre, en mars et en avril, et permet enfin l’expression de toutes les opinions, des espoirs et des inquiétudes. Plusieurs députés prennent la parole, détaillant le pour et le contre du projet. Une crainte est présente dans bien des esprits, voulant que le Saint-Laurent, avec son potentiel et ses ressources, soit livré aux États-Unis pour un plat de lentilles dont les Québécois feraient même les frais. Pour eux, canalisation rime avec aliénation : paysages détruits, tourisme menacé, chemins de fer ruinés, environnement perturbé par des inondations et des détournements de cours d’eau. Montréal sera supplantée par Toronto comme centre économique. Le corridor laurentien deviendra, comme Panama ou Suez, une simple zone d’influence à la merci de la puissance américaine et des grands capitalistes.

On rappelle qu’en 1928, le premier ministre Taschereau avait opposé un farouche refus à un tel projet, conscient des risques économiques pour la province; et, à présent, déclare le chef de l’opposition, Ottawa négocie en secret, prend des engagements avec les États-Unis sans même consulter les deux provinces concernées.

D’autres croient au contraire que le projet de canalisation est une occasion inespérée de développement économique, de lutte au chômage, d’avantages industriels, de relations nationales et internationales. C’est une clé de progrès pour le Québec. Si la guerre dure, le Saint-Laurent pourra devenir le lien vital vers la Grande-Bretagne et contribuer à la victoire. Si la guerre se termine, le Saint-Laurent sera un formidable chantier d’après-guerre.

Le premier ministre, quant à lui, estime que l’opinion publique est favorable à la canalisation et que celle-ci sera une manne pour l’économie du Québec. Quant à la question hydroélectrique, Godbout considère que l’on peut en même temps canaliser et exploiter l’énergie du Saint-Laurent. Cette conviction le pousse à considérer la possibilité d’amorcer la nationalisation de l’électricité en achetant, par exemple, la compagnie Beauharnois Light, Heat and Power. « L’étatisation de l’électricité devient pour nous une chose nécessaire », déclare le premier ministre. Duplessis crie au sophisme et ne comprend pas qu’on n’ait pas un sou pour aider les chômeurs, mais qu’on trouve des millions pour la canalisation. (2 avril 1941)

La loi que le gouvernement présente en fin de session sur la question de la canalisation du Saint-Laurent (bill 73) fait l’objet d’une farouche opposition. On invoque toutes les procédures dilatoires et même la première lecture du projet de loi est adoptée sur division. Le gouvernement présente aussi une loi sur l’expropriation de la Beauharnois (bill 49), qui soulève un des plus longs débats de la session. La séance du 14 mai 1941 dure toute la nuit et se termine le matin suivant à 7 h 25. Duplessis y voit un « scheme » qui fera du Québec une zone de transit économique pendant que les décisions se prendront ailleurs. On se soumet aux dictats d’Ottawa, proclame l’opposition : Lapointe décide et Godbout obéit, accusations qui font bondir le premier ministre.

La loi prévoit une expropriation facultative qui pourrait se faire de gré à gré. On veut éviter des ventes à des valeurs exorbitantes, et le gouvernement se réserve le droit d’exploiter des zones concédées, mais non utilisées par la Beauharnois. Le gouvernement veut créer une concurrence d’État, comme en Ontario, et favoriser l’électrification rurale. D’après le premier ministre, lequel fait sur le sujet un important discours, cette intervention de la province est un premier pas vers une nationalisation et une contribution à l’effort de guerre du Québec. Pour Duplessis, ce n’est qu’un projet ruineux. (14 mai 1941)

Une autre loi est votée pour donner à la Commission des eaux courantes les pouvoirs nécessaires pour établir une entreprise hydroélectrique appartenant à l’État (bill 71). Ces lois de 1941 préludent à la politique de nationalisation du gouvernement Godbout, laquelle se réalisera trois ans plus tard avec la création d’Hydro-Québec35.

 

L’agriculture, les pêcheries et les forêts

Le duel qui oppose toujours libéraux et unionistes porte sur l’avenir du crédit agricole que l’Union nationale considère comme sa grande « œuvre nationale », une « œuvre de rédemption agricole » (Antonio Élie, 5 février 1941). Le premier ministre répond qu’il poursuit le travail d’Alexandre Taschereau, calomnié par l’opposition. Pour lui, c’est le gouvernement Duplessis qui, par sa gestion inconsidérée, a hypothéqué l’avenir des cultivateurs. Par les bills 40 et 41, le gouvernement veut réformer le prêt aux cultivateurs et créer un office du crédit agricole.

Les tourbières, le prix du beurre et du fromage, l’élevage du porc et l’exploitation des forêts font tour à tour l’objet de débats orageux. Le 11 février 1941, le salaire des bûcherons soulève un long débat ponctué de points d’ordre, de claquements de bureaux et autres signes d’agitation générale. En avril, le ministre des Terres et Forêts, de la Chasse et des Pêcheries, Pierre-Émile Côté, veut encourager les compagnies forestières à engager davantage d’ingénieurs et à investir dans le reboisement. Il souhaite harmoniser les secteurs agricole et forestier (bill 34). L’opposition ne favorise pas les « cadeaux » trop généreux envers des compagnies déjà privilégiées par le système de concessions du Québec. Mais le gouvernement est d’ores et déjà conscient des dangers d’épuisement de la ressource et de la ruine du secteur forestier, de l’impact environnemental d’une exploitation non contrôlée de la forêt et des risques d’inondations dans les régions rasées. On parle même de réglementer la coupe d’arbres de Noël non cultivés, qui impose une ponction trop sévère aux jeunes arbres résineux des forêts.

Le gouvernement et l’opposition croisent le fer à propos de la question du drainage des terres agricoles. Duplessis n’aime pas les recours à des commissions créées par le gouvernement. Il y voit une menace à l’autonomie des municipalités et un frein au droit de recours aux tribunaux. Les politiques gouvernementales rencontrent aussi une vive opposition au Conseil législatif36. (29 janvier 1941)

Le premier ministre et ministre de l’Agriculture répond que des actions générales et des politiques s’imposent dans ce domaine; d’autant plus que le drainage des terres dépasse le domaine privé et la responsabilité des municipalités lorsque des inondations, provoquées par un mauvais écoulement des eaux, bloquent des routes et isolent des régions. (29 janvier 1941)

À la toute fin de la session, Godbout présente une loi sur un sujet qui lui tient à cœur : la culture de la betterave à sucre (bill 78). Il y voit une option intéressante pour les cultivateurs québécois et il acquiert aux États-Unis de la machinerie spécialisée dans le raffinage de ce sucre. Duplessis n’y croit guère et n’y perçoit pas une voie d’avenir pour l’agriculture du Québec. Il critique donc et s’oppose à cette politique.

Le dossier des pêcheries n’est pas absent des cartables du gouvernement. Le 22 février 1941, le ministre du Travail, des Mines et des Pêcheries maritimes, Edgar Rochette, préside une conférence des producteurs de poisson de la Gaspésie. On croit que la guerre sera une occasion de commercialisation et d’exportation du poisson. Lors de l’étude des crédits, le ministre des Affaires municipales, de l’Industrie et du Commerce, Oscar Drouin, défend les postes d’agents généraux du Québec, à Ottawa et à New York, notamment pour leur action commerciale dans le domaine de mise en marché des pêcheries du Québec. (6 mai 1941)

Pour finir, à l’occasion d’un remaniement ministériel, quelques jours avant la fin de la session, le 13 mai 1941, le ministère des Terres et Forêts est séparé de celui de la Chasse et des Pêcheries, lequel devient le ministère de la Chasse et de la Pêche. On crée alors le ministère des Mines et des Pêcheries maritimes. Pierre-Émile Côté cumule les portefeuilles des Terres et Forêts ainsi que de la Chasse et de la Pêche, alors qu'Edgar Rochette reçoit celui des Mines et des Pêcheries.

 

L’éducation

Sans être en tête des priorités législatives de la session de 1941, le dossier de l’éducation est néanmoins bien présent à l’Assemblée. Le 28 janvier 1941, à la reprise des travaux, on revient encore une fois sur la question du salaire des institutrices soulevée par le député unioniste de Labelle et ancien secrétaire de la province, le Dr Albiny Paquette. Le Québec, dit-il, détient le record des plus bas salaires versés aux enseignantes au Canada. On les paie 40 % de moins qu’en Ontario; certaines ne reçoivent que 300 $ par année.

Hector Perrier reconnaît les efforts du gouvernement précédent dans ce domaine, mais critique les stratégies passéistes de l’Union nationale. (4 février 1941) Le ministre, souhaitant une politique plus globale de l’instruction publique, prépare le dossier de l’instruction obligatoire et la réforme des programmes. Il souhaite augmenter l’enseignement de l’anglais et espère un manuel d’histoire unique dans tout le Canada.

L’Université de Montréal attend toujours son déménagement dans l’édifice du mont Royal et végète au centre-ville dans un état de sous-financement. Le gouvernement en tient l’opposition responsable en raison de sa négligence au moment où elle détenait le pouvoir. (11 février 1941) Godbout maintient sa promesse de parachever le projet du nouvel édifice au cours de son mandat. Le gouvernement adopte le bill 51 pour régler le dossier de l’Université, mais Duplessis y voit une manœuvre ayant pour but de noyauter le conseil d’administration à des fins partisanes. Entre autres dispositions, en échange de subsides salutaires, cette loi remet au gouvernement les terrains et les vieux immeubles de l’Université au centre-ville. Ce site deviendra, 30 ans plus tard, le chantier de construction de l’UQAM, entre les rues Saint-Denis et Saint-Hubert.

L’opposition surveille les velléités du gouvernement libéral de s’immiscer dans le domaine de l’éducation, chasse gardée de l’Église et des parents. Ainsi, le bill constituant en corporation le collège d’Amos suscite des craintes de l’opposition qui y voit une manœuvre étatique de contrôle. « Le bill a reçu la bénédiction de Mgr Joseph-Aldée Desmarais », répond le premier ministre pour rassurer les âmes inquiètes. (12 février 1941)

Néanmoins, les déclarations de Perrier et du premier ministre sur une éducation « réaliste et pratique » exigent quelques précisions. Le 19 mars 1941, le député libéral René Chaloult (Lotbinière) lance un débat et expose ses propres idées sur la question. Il se prononce sur la nécessité d’introduire dans les programmes scolaires l’éducation physique, l’hygiène, les principes de salubrité et de saine alimentation, et qu’ils soient enseignés par des professionnels. Il faut donc investir dans les gymnases et des piscines. Il souhaite des programmes économiques et techniques, une valorisation de l’enseignement agricole moderne et, surtout, une amélioration de l’enseignement du français. Chaloult diffère d’opinion avec le ministre sur la notion de « bilinguisme intégral » qui devrait prévaloir dans l’instruction publique au Québec. Il croit que l’anglais devrait demeurer matière de langue seconde et être enseigné après l’âge de 10 à 12 ans. Il cite même à sa cause le journaliste et romancier Jean-Charles Harvey, pour qui le bilinguisme généralisé et imposé au Québec est « un de ces malheurs nécessaires que nous devons porter comme un cilice et non comme une décoration ».

Faite de réflexions pertinentes et bien documentées, la pensée politique de Chaloult demeure conservatrice et toujours à la recherche de l’homme providentiel pour le Canada français. Il ne cache pas son admiration pour le maréchal Pétain qui, à un sombre moment de l’histoire, cherche à relever par une austère révolution nationale la France écrasée en 1940. (19 mars 1941)

Le débat se poursuit sur la question de l’instruction obligatoire, sur l’uniformité des manuels, sur la pédagogie, sur la qualité du français, à l’école comme dans les médias, sur le port d’uniformes dans les institutions scolaires. (2 avril 1941) Perrier cite des chiffres éloquents sur la fréquentation scolaire (23-24 avril 1941) et sur la nécessité d’une réforme. Il souhaite une modernisation du cours primaire intégrant des cours de langue anglaise mieux enseignée. Cette connaissance ne sera pas un pas vers l’assimilation, mais une arme de défense et de conquête. Il veut, dit-il, « réveiller les consciences endormies ».

Il ne s’inquiète pas de l’inscription de nombreux enfants francophones aux écoles publiques anglophones. Il rêve d’un Canada bilingue et de manuels d’histoire partagés par les élèves francophones et anglophones. Le discours du ministre a de quoi inquiéter des nationalistes, et pas uniquement les plus conservateurs. On se demande si la guerre ne servira pas de prétexte à dénationaliser les Canadiens français en modernisant ses programmes d’éducation37.

D’autre part, le gouvernement acquiert le collège de Victoriaville dans le but d’en faire éventuellement une école d’aviation civile. L’enseignement professionnel et technique, exigé par l’industrie de guerre, est aussi une de ses priorités. Il veut former des milliers d’ouvriers spécialisés pour répondre aux besoins actuels et à venir. Il présente à cette fin le bill 67, le 8 mai 1941. Le débat qui s'ensuit offre l'un des meilleurs échanges de la session entre le premier ministre et le chef de l’opposition.

Il présente également un projet de loi (bill 74) pour augmenter les pouvoirs du surintendant de l’Instruction publique du côté des écoles spécialisées, comme les Hautes Études commerciales, l’École du meuble ou les écoles des arts et métiers. Le gouvernement Godbout, même s’il s’en défend, fait bel et bien un petit pas vers une plus grande responsabilité de l’État dans le domaine de l’éducation.

 

La culture

Un débat sur la question linguistique affleure l’actualité au début de 1941. Certains propos de Godbout, à Toronto en janvier, ont eu des échos non souhaités en Ontario lorsque l’ancien juge en chef de la province, Sir William Mullock, s’est félicité qu’avec Adélard Godbout et Jean-Charles Harvey la province de Québec serait bientôt entièrement anglicisée. Le premier ministre doit rectifier le tir et, pressé par les journalistes, il déclare que le Québec doit conserver son caractère français, sa langue et sa culture qui représentent un « appoint » important pour tout le Canada38. Dans l’immédiat, l’affaire ne soulève pas d’autre polémique et on accepte les professions de foi du premier ministre et du gouvernement.

La guerre perturbe plusieurs secteurs de la vie culturelle. Le gouvernement doit modifier la « Loi pour favoriser le développement de l'art musical », mieux connue sous l'appellation de « Prix d’Europe » qui, depuis 1911, permettait à des musiciens québécois d’aller étudier en Europe sous la direction d’un maître ou dans un grand conservatoire. Le risque pour la sécurité des voyageurs étant trop grand, même à destination de l’Angleterre, le gagnant du concours sera autorisé à poursuivre ses études musicales dans tout pays étranger, et ce, tant que la situation internationale ne permettra pas d'aller étudier en Europe39.

D’ailleurs, pendant la guerre, plusieurs boursiers québécois iront fréquenter des universités américaines, à défaut de celles d’Europe, pour leurs études supérieures. Ce changement de pôle culturel aura des répercussions notables et orientera la pensée de ceux qui occuperont des postes de planification au Québec dans les années 1950 et 1960, tel Guy Frégault, futur sous-ministre des Affaires culturelles.

Le dossier du règlement des biens des Sulpiciens soulève plusieurs débats. Antonio Talbot (Chicoutimi) ne veut pas voir les libéraux saboter « l’œuvre de l’Union nationale » et que l’esprit des Sulpiciens de Montréal soit remplacé « par celui de Jean-Charles Harvey » (4 février 1941), ce dernier étant associé à l’aile anticléricale et libre pensante du Parti libéral.

Au cours de la session, la présentation du projet de loi 15 permettra au gouvernement d’acquérir la bibliothèque Saint-Sulpice, fermée depuis 1931, laquelle renferme l'une des plus intéressantes collections documentaires de la francophonie nord-américaine. (19 février 1941) Duplessis croit que le gouvernement sous-estime la valeur de cette bibliothèque et qu’il dépouille le Séminaire. Ce legs, hérité des Sulpiciens, appartiendra désormais à l’État québécois et l’édifice de la rue Saint-Denis sera rouvert au public en 1944. La bibliothèque Saint-Sulpice deviendra, en 1967, le socle de la Bibliothèque nationale du Québec40.

 

Le budget de 1941 et les finances publiques

L’économie du Québec sort de la longue crise économique grâce à la guerre et à l’activité qu’elle génère. Il est triste, dira le trésorier Mathewson, que la prospérité qui gagne le pays serve ainsi à la destruction dans les pays d’Europe. En janvier, le gouvernement québécois émet de nouvelles obligations pour un total de 15 millions de dollars41.

Au Parlement, les ministériels évoquent souvent la gestion financière, désastreuse à leurs yeux, du gouvernement de l’Union nationale. Duplessis reprend toujours l’antienne de ses réalisations et l’assainissement des usages de l’ancien gouvernement Taschereau. Même le bill sur l’abolition des rentes seigneuriales sert de prétexte à des considérations sur les mérites comparés des finances publiques sous l’Union nationale et sous les libéraux. (26 février 1941)

Le 12 mars 1941, le trésorier Mathewson présente le bill 18 visant à inscrire les dépenses statutaires dans les crédits, de façon à ce qu’elles soient votées par les élus, assurant ainsi un meilleur contrôle du Parlement sur le budget. Le débat soulève une rétrospective des pratiques financières et budgétaires du Québec dans la décennie précédente, les deux partis s’accusant mutuellement de mauvaise gestion. Le ministre des Finances Mathewson et T.-D. Bouchard, du côté ministériel, ainsi que le chef de l'opposition Duplessis, et Gagnon, du côté oppositionniste, offrent à ce chapitre un intéressant spectacle parlementaire. Le débat se poursuit sur d’autres aspects de la loi. (15 avril 1941)

Le 18 mars 1941, le trésorier prononce le discours sur le budget. On remarque son souci de prononcer son discours en français et en anglais, malgré la difficulté qu'implique le fait de parler de comptabilité et de finances dans une langue autre que la sienne42. Il faut dire que Mathewson, vétéran de la Grande Guerre, était un francophile qui a fait une partie de ses études en France. Son français était, dit-on, excellent. Le ministre est fier d’annoncer un surplus de 3 576 000 $ pour l’exercice financier en cours, réduit à neuf mois, par l’ajustement de la nouvelle année budgétaire, débutant désormais le 1er avril et se terminant le 31 mars, au lieu du 30 juin précédemment.

Le gouvernement se félicite d’avoir ramené la province à « vivre selon ses revenus » et à remplir ses obligations courantes sans recours à des emprunts sur des marchés étrangers. Grâce à ce bilan, il compte réduire la dette de quatre millions de dollars. De plus, si les prévisions du trésorier se réalisent, il espère réaliser un surplus de 13,3 millions de dollars en 1941-1942. Cet équilibre des finances est atteint sans recours à de nouvelles taxes ou impôts, insiste-t-on.

Toujours prompts à féliciter le gouvernement, Le Soleil et La Presse saluent la sage administration du trésorier et considèrent qu’au milieu des inquiétantes nouvelles de la guerre l’exposé budgétaire « est un rayon de soleil au milieu des ténèbres43 ». Même The Montreal Daily Star se dit agréablement surpris de la réussite financière du gouvernement qui a hérité d’une situation difficile44. Les journaux de l’opposition sont moins enthousiastes. L’Illustration nouvelle, considérant les sommes investies, notamment dans la voirie, fait un autre bilan et conclut plutôt à un déficit de 20 millions de dollars.

Le 3 avril 1941, Onésime Gagnon répond au ministre dans un long discours de deux heures trente minutes. Il salue la courtoisie du trésorier et également son respect pour la langue française qui trouve maintenant sa place dans le budget. Mais il accuse le gouvernement de maquiller la vérité, de profiter de l’ajustement du début de l’année fiscale au 1er avril pour cacher les déficits, les emprunts et les nouvelles taxes. Il conteste l’exactitude des chiffres du ministre, affirmant que le gouvernement cache des sommes liées à la dette directe et à la dette consolidée, laquelle serait en réalité augmentée de 52 millions de dollars. Il revient sur les années de crise, sur l’impact de la commission Rowell-Sirois et fait l’apologie du gouvernement de l’Union nationale. Attaque qui manque d’honnêteté, réplique Cléophas Bastien, qui considère les unionistes comme les champions du maquillage budgétaire et le discours du député de Matane, comme une logorrhée d’hérésies financières et de contre-vérités.

Le débat plus intensif sur le budget a lieu entre le 18 et le 23 avril 1941 et se termine par une motion de non-confiance, présentée par Antonio Barrette, laquelle est évidemment rejetée.

 

La santé et le bien-être social

À la séance du 4 mars 1941, Godbout annonce la création d’un ministère associant la Santé et le Bien-être social. Henri Groulx en sera assermenté comme premier titulaire le 13 mai 1941. Le gouvernement développe ainsi son rôle dans les politiques sociales et de santé publique. Les leçons de la grande crise sont désormais acquises. À court terme, le chômage et la misère généralisée se résorbent et le gouvernement peut annoncer qu’il met fin à la politique de secours directs, un expédient mis en place en 1931 pour soutenir les plus miséreux. Rappelons qu’à l’époque, le Québec est toujours responsable des pensions de vieillesse, des pensions aux aveugles et aux mères nécessiteuses, et le gouvernement entend poursuivre ces politiques d’aide sociale45.

Dans le domaine de la santé, on poursuit toujours la lutte contre la tuberculose46 et on s’attaque à d’autres maladies contagieuses. Parmi les nouvelles mesures de santé publique figure le bill 17 pour prévenir les maladies vénériennes. En temps de guerre, à cause de la présence de soldats dans les villes, la fréquence de ces maladies augmente au point de faire craindre des épidémies.

Le sujet apparaît délicat à des hommes pour qui les infections transmises sexuellement sont encore des « maladies honteuses ». Une partie du débat porte sur la confidentialité et sur la déclaration obligatoire de ces maladies, au même titre que d'autres maladies contagieuses, telle la tuberculose, pour laquelle la déclaration obligatoire est pourtant déjà en vigueur.

 

Le droit des femmes

Après avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1940, le gouvernement québécois fait un nouveau pas en faveur du féminisme, en 1941, en présentant un projet de loi pour permettre l’admission de femmes au Barreau (bill 38). La question est débattue depuis déjà 25 ans, alors que le député Lucien Cannon présentait le bill 177, premier projet de loi à cette fin, le 9 février 1916.

Plusieurs projets de loi en ce sens avaient été précédemment présentés et parfois battus par une seule voix de majorité. Le temps était désormais venu de reconnaître ce droit. L’opposition offre un dernier baroud d’honneur au nom du conservatisme, et on chipote sur des détails. Duplessis invoque l’opposition de certains barreaux locaux et la loi est finalement sanctionnée le 29 avril 194147.

On apprend au cours de la session que la fonction publique québécoise offre un nombre significatif d’emplois aux femmes, même s’il s’agit le plus souvent de postes subalternes et de soutien. En 1941, 1 800 femmes travaillent comme fonctionnaires, souvent comme secrétaires.  Le procureur général est celui qui en embauche le plus avec 514, suivi du ministère du Travail avec 300, et de celui de la Santé avec 27948.

Si le gouvernement Godbout accorde des droits professionnels aux femmes en leur permettant l’accès au Barreau, le ministre Oscar Drouin parraine de son côté un bill amendant la loi des cités et villes, lequel, en voulant corriger une injustice faite aux femmes mariées, complique en fait leur participation aux élections municipales. Selon ce projet de loi, si une femme mariée en communauté de biens est propriétaire, mais que son mari ne l’est pas, c’est son mari qui a le droit de voter et d’être éligible. Si les deux époux sont propriétaires en titre, les deux votent et sont éligibles. Si la femme propriétaire est mariée en séparation de biens, c’est elle qui vote, mais c’est uniquement son mari qui peut être éligible.

Ces distinctions byzantines ne tiennent pas la route et même Duplessis, peu suspect de féminisme, trouve cette loi tout à fait illogique. (6 mars 1941)

 

Affaires municipales et Montréal sous tutelle

Le gouvernement doit intervenir contre un fléau, que l’on dit répandu, de la fraude et de la corruption au sein des administrations municipales en présentant le bill 16, sanctionné le 27 mars 1941. Le ministre Oscar Drouin parraine également une loi pour la conversion des anciennes rentes seigneuriales en taxes municipales, le bill 14, faisant ainsi disparaître un des derniers vestiges du régime aboli en 1854 et qui remontait aux premières heures de la colonie française (20 mars 1941)49.

La ville de Montréal, mise sous tutelle une première fois de 1918 à 1921, et à nouveau en 1940, revient souvent à l’avant-scène de l’actualité. L’opposition s’inquiète de la question des transports en commun et des tramways. On craint que les impératifs financiers et la quête des dividendes ne l’emportent sur l’intérêt public. (5 février 1941) Les modifications à la charte de Montréal (bill 100) font l’objet de longs débats au comité permanent des bills privés en général et en Chambre, et sont soumises à de multiples amendements du Conseil législatif, majeurs à un point tel que l'Assemblée doive se former en comité plénier pour étudier seulement ces amendements qui modifient en profondeur le projet de loi initial. (24 avril 1941)

 

Des routes et des autoroutes

On assiste à une croissance du parc automobile au Québec. Entre 1930 et 1941, le nombre d’immatriculations de véhicules automobiles au Québec est passé de 178 548 à 232 149. Ce nombre ira en augmentant au cours des années suivantes, pour atteindre le million à la fin des années 195050. En avril 1941, une des questions d’actualité demeure la montée très rapide des tarifs d’assurance automobile. Plusieurs réclament une commission d’enquête pour faire le point sur les primes d’assurance que l’on juge abusives et sur l’opportunité pour le gouvernement de réglementer ce secteur. (29 avril

La guerre change les priorités dans les dossiers de la voirie. Les projets plus considérables et les planifications routières à long terme sont différés après la guerre. À quelques heures de la prorogation, le 16 mai 1941, le ministre de la Voirie, T.-D. Bouchard, promet de faire des améliorations à la route du parc des Laurentides entre Stoneham et Hébertville, qui est quasi impraticable, sur une distance de 80 km (50 milles). Cette route, jugée essentielle pour relier Québec à la région du Saguenay, a été commencée en 1928, mais les ressources budgétaires ont manqué pour la compléter. Là encore, ce sont les impératifs de la guerre qui accéléreront les choses. Le Saguenay, producteur d’aluminium et poste militaire51 stratégique, doit être accessible en toute saison et ce chantier de la route sera très actif au cours des années suivantes.

 

Fonction publique

Godbout tente de maintenir de bonnes relations avec les employés du gouvernement, tout en sachant que l’état des finances ne lui permet que bien peu de manœuvres quant aux salaires et conditions de travail de ses fonctionnaires. Lors d’une rencontre de courtoisie avec des délégués en début de session, il souhaite une plus grande efficacité de la fonction publique, tout en expliquant qu’elle ne doit pas devenir une charge trop lourde pour le contribuable52.

 

Le Règlement de la Chambre et la refonte des Statuts

Louis-Philippe Geoffrion, greffier de l’Assemblée législative, a refondu le Règlement qui devient une véritable somme de la jurisprudence parlementaire québécoise, appuyée sur les précédents britanniques et canadiens. Le Règlement s’enrichit de 200 nouveaux articles53.

Cette refonte du Règlement est soumise aux députés à partir de la reprise des travaux, le 28 janvier 1941. Deux jours plus tard, un comité spécial de quinze membres est formé, dont font partie MM. Bouchard et Duplessis, les leaders parlementaires du gouvernement et de l’opposition.

L’adoption d’une section du Règlement, en cours de session, provoque des remous. Bouchard impose d’adopter en priorité le chapitre XVII du nouveau Règlement sur les crédits provisoires, lequel permet de voter une partie du budget avant le 31 mars 1941, pour éviter que l’administration se trouve paralysée par la fin de l’année budgétaire. Duplessis proteste disant qu’on assassine le droit de parole et la liberté de la Chambre. Il fait une charge furieuse contre le gouvernement qu’il compare aux pires dictatures. L’échange est vif avec Bouchard qui rappelle à Duplessis le bâillon qu’il a lui-même imposé à la Chambre en 1939. Duplessis réplique en rappelant un épisode où il avait patiemment laissé le député de Saint-Hyacinthe lire pendant des heures la lettre qu’un colon mécontent avait rédigée sur un rouleau de papier peint, de 37 pieds de long par 4 pouces de large. Ce débat sur la liberté de parole prend des proportions inattendues, l’opposition revenant maintes fois sur le sujet, et le président du comité plénier doit intervenir pour calmer le jeu et refuser les nombreuses demandes de renvoi. (11, 18, 19 et 25 février 1941)

À la fin des travaux du comité spécial, le document est présenté à l’Assemblée à la séance du 7 mai 1941 et est discuté le lendemain. La Chambre propose quelques amendements mineurs. Le député de Gaspé-Sud, Camille Pouliot, aurait aimé que seuls les députés ayant assisté à un débat puissent avoir droit de voter. On s’attarde aux règles entourant les questions et réponses. On rend hommage au greffier L.-P. Geoffrion, qui signe la version finale, mais aussi à l'Orateur Bernard Bissonnette, à T.-D. Bouchard et à Louis-Philippe Pigeon qui ont contribué à sa rédaction. Le Règlement Geoffrion de 1941 restera en vigueur pendant plus d’un quart de siècle, jusqu’à l’abolition du Conseil législatif et jusqu'à la réforme du Règlement sous la présidence de Jean-Noël Lavoie, au début des années 1970.

Le 26 février 1941, le procureur général présente le bill 23 qui modifie le mandat de la commission de refonte des Statuts, laquelle s’apprête à déposer son rapport. Le gouvernement québécois procédera en cours d’année, avec l’Imprimeur du Roi, à l’édition des nouveaux Statuts refondus de la province, les premiers depuis 1925, témoignant des changements législatifs survenus depuis 16 ans. On attendra ensuite jusqu’en 1964 la prochaine refonte des lois.

 

La loi électorale

Le projet de loi 63 touche les élections pour l’Assemblée législative au chapitre des délais pour les décrets (brefs d’élection), pour favoriser le vote des militaires et pour procéder à de futures élections pendant la guerre. Pour Duplessis qui avait critiqué la loi de 1940, laquelle visait à suspendre les élections pour la durée de la guerre, l’occasion est belle pour s’indigner des virages du gouvernement. C’est l’occasion d’un retour sur la campagne électorale de 1939. (13 mai 1941)

 

L’alcool et la tempérance

Le 1er mai 1941, le procureur général présente le projet de loi 56 qui veut favoriser la tempérance. La loi limite et impose de sévères conditions à l’obtention de permis de vente d’alcool. La consommation en est interdite le dimanche et, en semaine, il faut commander un repas pour avoir droit à un verre d’alcool. Le premier ministre en fait un enjeu moral, économique et social pour protéger la jeunesse et la population en général. Il veut même protéger la vie intellectuelle du Québec : « On sait, dit-il, les belles intelligences qui ont disparu dans les abus de l’alcoolisme. » La tolérance doit céder la place à la tempérance, mais il comprend que la prohibition stricte est inutile, voire désastreuse.

Pour les députés de l’opposition, la loi actuelle est suffisante, mais on ne la respecte pas.  La nouvelle législation ne le sera pas davantage. On refuse de donner trop de pouvoirs à la Commission des liqueurs et on se méfie d’éventuelles interférences politiques dans ce dossier. Pour ces raisons, l’opposition considère que rien ne presse et qu’il faudrait conserver la loi actuelle pendant un an, afin de parfaire l'étude de la nouvelle loi.

Pour le gouvernement, la réforme de la loi de 1921 s’impose et, contrairement à ce que croit aussi l’opposition, le but de cette nouvelle législation n’est pas de garnir les coffres de l’État par de nouvelles taxes, mais d’encourager la population à la tempérance54. Le premier ministre en fait une priorité de son mandat, dût-il placer des policiers dans chaque établissement, affirme-t-il. Les hôteliers et les restaurateurs sont cependant inquiets des conséquences de cette politique sur l’industrie touristique de la province55.

 

De choses et d’autres

Un des angles d’attaque du chef de l’opposition est une critique des travaux parlementaires. Pour Maurice Duplessis, les travaux de la Chambre manquent d’efficacité et le gouvernement ne sait pas traiter les affaires. L’Assemblée ne siège pas assez et, selon lui, les ministres étirent inutilement les séances. Le gouvernement cherche à remplacer la législation par des discours, dit-il. (4 février 1941) Le 30 janvier 1941, Onésime Gagnon (Matane) critique la qualité du français dans la rédaction des projets de loi et fait allusion à l’anglophilie que l’on prête à Adélard Godbout. Duplessis se permet une critique semblable à propos du français déficient du bill 17 pour prévenir les maladies vénériennes. Il met en cause Me Louis-Philippe Pigeon dont il reconnaît le « cerveau légal », mais dont il met en doute les qualités de rédacteur juridique.

En 1941, le gouvernement québécois décide d’investir un capital de 100 000 $ dans l’embellissement de sa capitale (bill 65). On s’inspire de l’exemple d’Ottawa, choyée par le gouvernement fédéral, et on prend conscience que le statut de capitale fait perdre des revenus à la ville. Duplessis accepte le principe, mais considère que Québec est déjà une belle ville et qu’il s’agit de lui conserver son cachet. Au cours du débat, Gagnon mentionne un nom, celui de l’architecte urbaniste français Jacques Gréber, qui est venu à Québec en 1936. Après la guerre, Gréber sera en effet consulté sur le futur visage de Québec. (7 mai 1941)

Le samedi 17 mai 1941, après 80 séances qui se sont déroulées sur 54 jours de session, le Parlement québécois de 1941 est prorogé, après avoir adopté 122 lois. La session est la plus longue depuis la Confédération, remarque-t-on dans la presse, à l'exception de la session 1935 comportant 117 séances réparties sur 78 jours de session.

 

Les bons mots de la session

Les répliques vives et parfois impitoyables furent nombreuses au cours de cette session. Celles du chef de l’opposition n’étaient pas toujours inédites, Maurice Duplessis aimant bien réutiliser ses classiques au besoin. Ainsi, au premier ministre qui dit douter de sa sincérité, il réplique : « Il faut avoir soi-même de mauvaises intentions pour en prêter aux autres. » (13 février 1941) À l’Orateur qui le rappelle à l’ordre au moment où il va prendre la parole, il déclare : « Je reconnais à l’Orateur beaucoup de talents, mais je ne lui en reconnais pas encore assez pour prévoir ce que je vais dire. »

Le chef de l’opposition se fait aussi servir quelques répliques. Le 9 janvier 1941, il déclare : « On dit que le trésorier travaille 17 heures par jour pour taxer… », ce à quoi le ministre répond : « Il faut bien payer vos dettes! » Le 4 février 1941, Duplessis monte le ton dans un débat à propos des permis de pêche. Narquois, le ministre Côté lance : « Je ne veux pas que le chef de l’opposition prenne la mouche. »

Le chef de l’opposition aime bien citer des phrases de Wilfrid Laurier à la défense de l’autonomie provinciale. Léon Casgrain (Kamouraska-Rivière-du-Loup) lui dit : « Vous l’aimez donc bien Sir Wilfrid Laurier. Vous en parlez plus souvent depuis qu’il est mort. Vous ne l’avez pas toujours aimé comme ça! », ce à quoi Duplessis répond : « C’est parce qu’il a grandi depuis qu’il est mort. » (28 janvier 1941)

À Duplessis qui lui demande de parler plus fort, le ministre Perrier répond : « Le chef de l’opposition est devenu sourd à subir les éclats de sa propre voix. » (19 février 1941) On connaît le penchant de Maurice Duplessis pour les calembours et les jeux de mots. Le 6 mars 1941, il critique les ministres qui se font photographier dans leurs publications ministérielles. Les ministres font imprimer leurs portraits aux frais du gouvernement, « c’est loin de créer une bonne impression », ajoute-t-il.

Le chef de l’opposition n’est pas seulement taquiné sur son ouïe, mais sur son nez déjà légendaire. Le 3 avril 1941, le député de Berthier, Cléophas Bastien, le qualifie de « Cyrano de Trois-Rivières ».

Dans un autre ordre d'idées, voici un échange survenu le 25 mars 1941, entre Albiny Paquette, ancien ministre de Duplessis, et Léon Casgrain :

M. Paquette (Labelle): Les premiers ministres ne tiennent pas leurs promesses même quand ils ont l’air de les tenir.

M. Casgrain (Kamouraska-Rivière-du-Loup): Parlez-vous par expérience?

 

En écoutant le secrétaire provincial, le chef de l’opposition se demande où va le Parti libéral : « Le secrétaire de la province parle du régime libéral comme s’il était descendu du ciel. Si le Parti libéral est descendu du ciel, c’est pour aller ailleurs. » (30 avril 1941) Il commente aussi le fait que le gouvernement entend soutenir l’Université de Montréal en lui accordant des subsides par versements sur plusieurs années : « Le gouvernement actuel est un gouvernement de versements, et il sera renversé un jour. » (1er mai 1941)

À l’étude des crédits de la radiodiffusion, on parle de la disparition de L’Heure provinciale , émission que le gouvernement Duplessis a supprimée en prenant le pouvoir, ainsi que de la censure de Radio-Canada pendant la campagne électorale de 1939. Perrier déclare : « Le chef de l’opposition dit qu’il ne prépare jamais de textes [de discours], ça paraît. » (2 mai 1941)

Le 13 février 1941, on discute d’un pont en Abitibi et le député libéral de la circonscription, Félix Allard, suggère de lui donner le nom de pont Bouchard, en l’honneur du ministre de la Voirie. Onésime Gagnon trouve l’idée excellente, vu que ce sera un pont à péage. L’intéressé s’empresse de refuser cet honneur empoisonné et déclare : « Quand on procède à un baptême et que l’intéressé a 59 ans, il doit être consulté! Il a le privilège de donner son opinion sur son baptême. Je ne suis pas pressé de donner mon nom à cette masse de pierre et d’acier. Quand on me canonisera, j’espère que ce sera après ma mort! »

À la séance du 6 mai 1941, le ministre des Terres et Forêts (Pierre-Émile Côté) révèle publiquement que l’Union nationale, au pouvoir, versait des pensions aux aveugles à des amis du régime qui étaient parfaitement voyants. « Pas étonnant, répond Duplessis, nous avons ouvert les yeux à bien des gens. » À cette même séance, il semble que le chef de l’opposition, particulièrement en forme, fit rire la Chambre de bon cœur en brossant des portraits humoristiques de chacun des ministres. Malheureusement, les journalistes ont su apprécier le spectacle, mais sans en faire profiter la postérité.

 

Critique des sources

Par Gilles Gallichan

Portrait de la Tribune de la presse en 1941

Le premier jour de la session, les journalistes de la Tribune de la presse élisent leurs représentants. Campbell Carroll, de The Gazette est élu président en remplacement de Guy Jasmin, du Canada. On salue le travail de Damase Potvin, journaliste de La Presse, reconduit à son poste de secrétaire-trésorier. Potvin couvre sa 30e session parlementaire à Québec.

Maurice Bernier, qui représente L’Événement-Journal et The Montreal Daily Star, ainsi que Maurice Dubrièle sont absents pour cause de maladie, du moins au début de la session. Les autres membres connus de la Tribune de la presse en 1941 sont : Edmond Chassé, de L’Événement-Journal et du Canada; Alexis Gagnon, du Devoir; Henri Saint-Pierre, de The Montreal Daily Star, Abel Vineberg, de The Gazette; Calixte Dumas, de L’Action catholique; Joseph Lavergne, de La Patrie; et Jean-Marc Denault, du Soleil.

Les journaux ne perdent pas leurs colorations politiques et les commentaires sont sans nuances. Le Soleil, du 26 février 1941, souligne les talents oratoires du premier ministre et n’hésite pas à parler du meilleur discours de sa carrière. Autre exemple, pour le quotidien de la capitale, les réponses de M. Bouchard au chef de l’opposition sont « vigoureuses56 » et la session de 1941 « compte parmi les plus utiles de l’histoire parlementaire du Canada français57 ». Les titres du Canada, organe libéral de la métropole, sont plus flagrants encore, opposant, par exemple, « les gros mots » de Duplessis à « l’attitude conciliante et digne » de Godbout58. La politique éditoriale de L’Événement-Journal salue le gouvernement qui propose à la population « des lois sages et efficaces qui lui assureront son bien-être et sa sécurité dans les jours tragiques que la guerre réserve à l’année qui commence59 ».

La Presse de Montréal est favorable au gouvernement, mais, voulant toujours se donner une image d’objectivité, lève aussi son chapeau pour « le travail de vigilance et de bonne volonté » accompli par les députés de l’opposition60. La presse anglophone du Québec se dit rassurée par les propos conciliants du premier ministre et son enthousiasme à vouloir travailler à l’effort de guerre. ’est notamment l’opinion qu’exprime le conservateur Montreal Daily Star au début de la session61.

Dans l’opposition, l’Union nationale ne sous-estime pas la puissance de la presse. L’Illustration nouvelle, qui deviendra plus tard le Montréal-Matin, est manifestement favorable à l’opposition et, sans être autant partisan, Le Nouvelliste de Trois-Rivières accorde une bonne visibilité aux déclarations du député local, Maurice Duplessis. En novembre 1940, l’Union nationale fonde un hebdomadaire, Le Temps, pour se donner une voix partisane et autorisée. Dans Le Temps, les discours de Duplessis sont toujours « grands et éloquents », les lois libérales toujours « timides ou néfastes ». En 1941, le journal n’a pas encore de représentant à Québec et réédite des extraits de chroniques parlementaires publiées dans les grands quotidiens, en général Le Devoir.

L’Union nationale soutient aussi d’autres feuilles qu’elle juge utiles à l’action politique. Cette presse partisane soulève des réactions. À la séance du 13 mars 1941, le procureur général, Wilfrid Girouard, dénonce L’Éclair, un hebdomadaire politique publié à Québec et proche de l’opposition. Son rédacteur, Albert Plouffe, « déshonore la profession de journaliste », déclare le ministre, et « il rapporte des rumeurs douteuses ».

Si les grands titres portent souvent la signature éditoriale des journaux, la fiabilité globale des sources journalistiques pour le reportage des débats parlementaires demeure bonne. Il survient toutefois des divergences. Par exemple, dans le discours du député Cléophas Bastien (Berthier), le 3 avril 1941, les sources divergent dans les chiffres cités.

La presse demeure assurément un ingrédient actif de la vie parlementaire, car si les députés critiquent parfois ce qu’ils lisent dans les journaux, ils s’en prévalent aussi parfois, comme le député de Montmorency, Jacques Dumoulin, qui invoque l’opinion de L’Action catholique à l’appui de ses positions sur la canalisation du Saint-Laurent, lors de son intervention à la séance du 20 mars 1941.

À la séance du 8 mai 1941, François Leduc (Laval) rectifie les termes d’un éditorial paru dans The Gazette, mais à propos d’un discours prononcé à la Chambre des communes d’Ottawa par Maxime Raymond. Le chef de l’opposition proteste et l’Orateur considère la mise au point du député hors d’ordre.

À propos des réactions du pouvoir politique face à la presse, signalons la contre-attaque à la séance du 6 mai 1941, du premier ministre Godbout sur un article du célèbre magazine américain Life paru la veille. L’article affirme que le Canada français constitue une véritable cinquième colonne qui sape l’effort de guerre du Canada et que le Québec est en faveur d’une victoire de l’Axe. Life a manifestement puisé ses informations dans les milieux canadiens-anglais les plus hostiles au Québec sans vérifier les faits. Godbout déplore cet exemple de désinformation et de manque de rigueur journalistique provenant d’un périodique pourtant réputé. Quelques jours plus tard, il émet un communiqué destiné au prestigieux New York Times, rappelant la loyauté des Canadiens français, leur réaction contre l’hitlérisme et « les formes de tyrannie qui fleurissent dans les pays totalitaires », et donnant la mesure de la contribution des Québécois à l’effort de guerre canadien62.

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Ce texte a été repris d’une ébauche rédigée par l’auteur de la reconstitution de la session de 1941, M. Daniel Machabée.

2.  On trouve le texte de cet appel aux Canadiens français dans La France n’a pas perdu la guerre. Discours et messages de Charles de Gaulle, New York, Didier [1944], p. 17-18.

3. Sur les Québécois et la guerre, voir : Éric Amyot, Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français 1940-1945, Montréal, Fides, 1999; Gilles Gallichan, « Le bouleversement intime. Le Québec et la France vaincue de juin 1940 », Les Cahiers des Dix, no 59 (2005), p. 239-283.

4. Voir l’introduction de la session de 1940.

5. Il s’agit d’un premier jalon de ce qui deviendra plus tard le traité de défense de l’Atlantique Nord. Selon les mémoires d’Hector Laferté, l’absence de Canadiens français au sein de cette commission militaire bilatérale aurait soulevé l’indignation d’Ernest Lapointe qui aurait menacé de démissionner de son poste si on ne donnait pas justice aux francophones dans cette organisation. Hector Laferté, Derrière le trône, mémoires d’un parlementaire québécois 1936-1958, Sillery, Septentrion, 1998, p. 179-180.

6.   Sur cette question, voir : Jacques Michon, 1940-1948, les éditeurs québécois et l’effort de guerre, Montréal, BAnQ, 2009, 180 p.; Jacques Michon (dir.), Histoire de l’édition littéraire au Québec, vol. 2, Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Fides, 2004, p. 13-53.

7. L'actuel restaurant Le Parlementaire, qui porta le nom de Café du Parlement jusqu'en 1972.

8. « Le dîner des journalistes », Le Soleil, 18 février 1941, p. 3.

9. « L’appel du cardinal Villeneuve », Le Devoir, 17 septembre 1940, p. 8.

10. L. Groulx, Mes mémoires, tome 4, Montréal, Fides, 1974, p. 231.

11.  Discours du cardinal J.-M.-R. Villeneuve à Toronto le 18 avril 1941, cité dans : Lionel Groulx, Mes mémoires, p. 221.

12 .  L. Groulx, Mes mémoires, p. 222. Il manque encore à l’heure actuelle une étude approfondie sur le personnage que fut le cardinal Villeneuve et sur son influence sur la société québécoise et canadienne dans les années 1930 et 1940.

13. « Il faudra des années pour détruire la marine anglaise », Le Soleil, 27 février, 1941, p. 3; Gary Levy, « Beauchesne, d’Egville et l’Association parlementaire de l’Empire », Revue parlementaire canadienne, vol. 9, no 4, hiver 1986-1987, p. 18-21; pour le détail des discussions qui se sont tenues autour de la visite de Sir Howard d’Egville à Québec, voir : H. Laferté, Derrière le trône, p. 186-189. On y apprend qu’en cas d’invasion de l’Angleterre par les nazis le gouvernement impérial britannique aurait pu envisager de se replier en territoire canadien.

14. Le Soleil, 6 mars 1941, p. 14.

15. « M. Godbout ouvre la campagne électorale de M. Perrier à Saint-Jérôme », Le Devoir, 4 novembre 1940, p. 8.

16. Selon Robert Rumilly, il faudrait attribuer cette expression à T.-D. Bouchard qui l’aurait utilisée le premier dans un discours à Saint-Hyacinthe le 13 octobre 1940. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, tome XXXVIII, La guerre de 1939-1945, Ernest Lapointe, Montréal, Fides, 1968, p. 236-237.

17. Duplessis voit dans les réformes de Perrier en éducation, un plan visant à l’assimilation des francophones. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 237-239.

18. « M. Duplessis à Ste-Thérèse », Le Devoir, 6 novembre 1940, p. 2; « M. Duplessis à Terrebonne et à Saint-Jérôme », Le Devoir, 11 novembre 1940, p. 8.

19. « Dans Mégantic. M. Duplessis à Plessisville », Le Devoir, 15 novembre 1940, p. 2.

20. « M. Maurice Duplessis dénonce l’administration Godbout », Le Devoir, 18 novembre 1940, p. 6.

21. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 240-244.

22. « La 2ème session de la Législature provinciale s’ouvrira mardi prochain à Québec », Le Soleil, 4 janvier 1941, p. 3.

23. « Événement mondain au parlement », Le Soleil, 8 janvier 1941, p. 7; la sourdine imposée par la guerre à l’éclat traditionnel de l’ouverture de la session a indisposé certains membres des deux Chambres, voir : H. Laferté, Derrière le trône, p. 181.

24. « La 2ème session de la Législature … », loc cit., p. 4; « Le diagramme de l’Assemblée législative », Le Devoir, 4 janvier 1941, p. 3.

25. « La session provinciale », La Presse, 7 janvier 1941, p. 6.

26. « L’assurance chômage et M. Duplessis », Le Soleil, 8 janvier 1941, p. 8.

27. Les libéraux ont souvent reproché à Duplessis, alors premier ministre, de ne pas s’être présenté lui-même devant la commission. Celui-ci a toujours répondu que les commissaires ont pu prendre note des objections du Québec dans le mémoire de la province qui fut présenté à la commission par l’avocat Émery Beaulieu. Voir la séance du 28 janvier 1941.

28. « M. Godbout et la conférence d’Ottawa », Le Canada, 9 janvier 1941, p. 2.

29. « Une conférence historique à Ottawa », Le Soleil, 13 janvier 1941, p. 1; dans son édition du lendemain, Le Soleil a publié les photos de tous les membres de la délégation québécoise, 14 janvier 1941, p. 3.

30. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 288.

31. « L’attitude de M. Duplessis », La Presse, 16 janvier 1941, p. 10.

32. « Intéressant débat sur le rapport de la Commission Sirois au Conseil législatif », Le Soleil, 9 janvier 1941, p. 3.

33. René Chaloult, Mémoires politiques, Montréal, Éditions du Jour, 1969, p. 121-124.

34. La motion avait été inscrite au Feuilleton, le 4 janvier 1941, avant même l’ouverture de la session.

35. « L’Hydro de Québec », L’Événement-Journal, 16 mai 1941, p. 1.

36. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, tome XXXIX, La guerre de 1939-1945, Le plébiscite, Montréal, Fides, 1969, p 14.

37.  Ce sont des réflexions que se fait André Laurendeau dans un essai publié à cette époque. A. Laurendeau, Alerte aux Canadiens français!, Montréal, Éditions de l’Action nationale, 1940, 28 p.

38. « Québec doit rester province française », La Presse, 21 janvier 1941, p. 11; « Godbout et Mathewson dénoncent la lutte des colonards; la culture canadienne-française est un appoint pour le pays », Le Soleil, 21 janvier 1941, p. 3.

39. « Le Prix d’Europe changera de nom », L’Action catholique, 29 janvier 1941, p. 1.

40. Le débat sur cette loi (6 mai 1941) est l’occasion de saluer la mémoire du cofondateur de la BSS et ancien journaliste à la Tribune de la presse de Québec, Ægidius Fauteux, décédé en avril 1941. On souhaite que son successeur soit d’un aussi haut calibre. Une rumeur court autour du nom de Jean Bruchési. Le poste sera finalement offert à Jean-Marie Nadeau.

41.  La Presse 16 janvier 1941, p. 11.

42. « M. Mathewson », Le Soleil, 19 mars 1941, p. 22.

43. « Le budget provincial », Le Soleil, 18 mars 1941, p. 6.

44. « Good News for Quebec », The Montreal Daily Star, 19 mars 1941, p. 10.

45. « Il n’est pas question de discontinuer le paiement des pensions de vieillesse », Le Soleil, 29 mars 1941, p. 3.

46.  « Lutte contre la tuberculose », Le Devoir, 23 octobre 1940, p. 1.

47. Gilles Gallichan, Les Québécoises et le barreau. L’histoire d’une difficile conquête 1914-1941, Sillery, Septentrion, 1999, p. 99-119.

48. « Filles, femmes mariées ou veuves à l’emploi du gouvernement », Le Devoir, 19 mars 1941, p. 2.

49. Ce n’est qu’en 1950 que la dernière seigneurie, celle de Mingan, disparaîtra. En 1965, on versera à la Caisse de dépôt et placement du Québec les sommes résiduelles prévues à l’origine pour le rachat des droits seigneuriaux.

50. Données de Statistiques Canada, citées dans Bilan du siècle en ligne, www. bilan.usherbrooke.ca.

51.  La base militaire aérienne de Bagotville sera ouverte en 1942 pour l’entraînement des pilotes.

52.  « Bon renom du service civil de notre province », La Presse, 11 janvier 1941, p. 51.

53. « Nouveau code de procédure parlementaire », La Presse, 29 janvier 1941, p. 12; « Refonte du Règlement », La Patrie, 29 janvier 1941, p. 6. Les archives de l’Assemblée nationale conservent un exemplaire du Règlement de 1915 annoté de la main de L.-P. Geoffrion et dans lequel il a colligé des notes qui lui ont servi à réaliser cette refonte.

54. L’Événement-Journal, 5 mai 1941, p. 4.

55. L’Événement-Journal, 21 avril 1941, p. 4; « Qui ne dit mot consent », Le Soleil, 3 mai 1941, p. 4.

56. Le Soleil, 29 janvier 1941, p. 3.

57. « La session de Québec », Le Soleil, 14 avril 1941, p. 4.

58. Le Canada, 29 janvier 1941, p. 1.

59. « À l’aurore d’une active session », L’Événement-Journal, 8 janvier 1941, p. 4.

60.  « Vacances parlementaires », La Presse, 20 mai 1941, p. 6.

61. « Work for the Legislature », The Montreal Daily Star, 8 janvier 1941, p. 10; « Quebec Second War Session Under Way », The Quebec Chronicle-Telegraph, 8 janvier 1941, p. 4.

62. « La loyauté des Canadiens français ne s’est pas démentie, dit Godbout », Le Droit, 17 mai 1941, p. 1. Le 7 avril, le premier ministre avait prononcé une conférence devant le Club canadien à l’hôtel Windsor, à Montréal, sur l’unité canadienne et sur la participation des Canadiens français à l’effort de guerre.