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21st Legislature, 4th Session
(February 23, 1943 au June 22, 1943)

Par Christian Blais

Le Québec, le Canada et le monde en 19431

La Seconde Guerre mondiale sert de trame de fond à l’histoire du Québec depuis 1939. Comme le dit le trésorier James Arthur Mathewson, dans un discours prononcé à l’Assemblée législative le 25 mars 1943: « Toutes les activités humaines dans cette province, ainsi que dans le monde civilisé tout entier, ont subi l’influence et ont été dominées par la guerre mondiale qui sévit actuellement sur quatre continents et les sept océans (sic). »

Jusqu’en 1942, l’Axe était demeuré victorieux sur tous les fronts. Parmi les faits d’armes de cette année, l’historiographie québécoise a retenu le raid de Dieppe, repoussé par les Allemands et faisant de nombreuses victimes dans les rangs de l’armée anglo-canadienne, le 19 août 1942. Cette même année, comme le rappelle le lieutenant-gouverneur Eugène Fiset dans son discours inaugural, « les ennemis de la civilisation [sont] venus porter leurs attaques jusque dans nos eaux territoriales ». En fait, de mai à octobre 1942, durant la bataille du Saint-Laurent, six sous-marins allemands viennent chasser dans le fleuve, coulant trois navires de guerre canadiens et 20 navires de convoi.

Pendant ce temps au Canada, l’heure est au rationnement : des quantités astronomiques de viandes, de miel, de confitures, etc., sont expédiées en Grande-Bretagne. On impose également des restrictions sur la vente d’alcool et sur la circulation automobile. En retour, les dépenses militaires, qui oscillent autour de quatre milliards de dollars par année, font rouler l’économie canadienne comme jamais. Les usines produisent et exportent des navires, des véhicules militaires, des pièces d’artillerie, des cartouches et des explosifs. En raison de la fabrication de bombardiers, l’industrie de l’aluminium est aussi en pleine expansion, tout comme la demande en électricité. C’est l’âge d’or pour les ouvriers et pour les syndicats.

Sur la scène fédérale, le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King conserve le pouvoir depuis 1935. Le 27 avril 1942, après la tenue d’un plébiscite, le premier ministre avait reçu de 80 % des Canadiens, contre 71 % des Québécois, la permission de revenir sur son engagement de ne jamais recourir à la conscription. En réaction à cette « promesse violée », Maxime Raymond, député indépendant de Beauharnois-Laprairie à la Chambre des communes, fonde le Bloc populaire canadien à l’automne de 1942.

En janvier 1943, au marché Saint-Jacques à Montréal, une foule immense vient entendre André Laurendeau, Philippe Hamel, Paul Gouin, René Chaloult et Maxime Raymond discourir contre les politiques de William Lyon Mackenzie King, d’Adélard Godbout et de Maurice Duplessis. La campagne du Bloc populaire demeure, à l’époque, le courant politique qui retient le plus l’attention dans la province de Québec.

Sur les champs de bataille, au printemps de 1943, on assiste à un renversement de l’équilibre des forces: après des années de conflit, les Alliés entrevoient une victoire prochaine contre les nazis. Cette année-là, les forces alliées commencent l’invasion de l’Afrique du Nord2 et entreprennent pareille action en Europe avec la prise de la Sicile; 1943, c’est aussi l’année où Paul Triquet, officier du Royal 22e Régiment, natif de Cabano, joue un rôle de premier plan dans la prise de Casa Berardi, en Italie, un acte qui lui vaudra plus tard la Croix de Victoria et le titre de Chevalier de la Légion d’honneur française.

Au Canada, pour donner un nouvel élan à l’effort de guerre, le gouvernement fédéral dispose de nombreux moyens. D’une part, la direction de l’information raffine son discours propagandiste pour faire accepter ses politiques auprès des Canadiens : étant donné qu’en 1943 les conscrits ont uniquement été envoyés au Labrador, à Terre-Neuve et en Alaska – et non sur le front –, la propagande de participation illimitée s’intensifie par le truchement de l’Office national du film et de Radio-Canada. D’autre part, à la suite de la commission royale sur les relations entre le dominion et les provinces (commission Rowell-Sirois, instituée en 1937 et dont le rapport fut déposé en 1940), les libéraux cherchent encore et toujours, par le biais de législations sociales et centralisatrices, à convertir l’administration fédérale au keynésianisme. Sur ces aspects, le premier ministre du Québec, Adélard Godbout, entend apporter sa collaboration.

Dans un autre registre, rappelons que Montréal, la métropole économique du Québec, est en tutelle depuis 1940. Pour assainir les finances publiques de la ville, la Commission municipale de Québec exercera, jusqu’en 1944, une étroite surveillance des autorités municipales montréalaises. Si la situation financière de Montréal est déficiente, il en va tout autrement pour sa vie culturelle. Le théâtre populaire, le burlesque, bat son plein au Théâtre national de Montréal, sous la direction de Rose Ouellette (La Poune). Gratien Gélinas, avec son personnage Fridolin créé en 1937, attire également les foules avec sa revue Fridolinons, présentée annuellement au Monument National entre 1938 et 1946.

Il y a aussi Jean Grimaldi et sa troupe qui entreprennent des tournées annuelles pour présenter leurs spectacles colorés, entremêlés d’humour, de sketches parfois improvisés, de chansons et de numéros de danse. Depuis les années 1930, ces comédies burlesques, méprisées par l’élite intellectuelle, feront connaître des comédiens tels que Juliette Petrie, Manda Parent, Olivier Guimond père et fils, Jeanne-D’Arc Charlebois, Paul Thériault, Paul Desmarteaux et Claude Blanchard. Signalons de même la fulgurante carrière de Roland Lebrun (le soldat Lebrun) qui, de 1942 à 1945, connaît un vif succès avec des complaintes telles que Lettre d’un soldat, Prière d’une maman et bien d’autres.

L’année 1943 correspond par ailleurs au début des cours au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec à Montréal; c’est l’année où André Mathieu compose son concerto de Québec; c’est l’année où le film de propagande missionnaire de l’abbé Jean-Marie Poitevin, À la croisée des chemins, est présenté dans les salles de cinéma du Québec; c’est l’année aussi où Félix Leclerc publie son conte Adagio. Quant au père dominicain Marcel-Marie Desmarais, écrivain et prédicateur, il rejoint toujours ses nombreux fidèles par ses populaires émissions de radio et ses publications religieuses.

Sur la scène littéraire au Québec, on assiste à la publication de nombreux classiques français. La France étant occupée, ses écrivains perdaient de facto la possibilité de faire valoir leurs droits d’auteurs : c’est ainsi, à titre d’exemples, que les aventures du gentleman-cambrioleur Arsène Lupin de Maurice Leblanc et les romans d’Antoine de Saint Exupéry sont mis sous presse par des éditeurs québécois.

Toujours en 1943 – quelques jours seulement après l’opération Pacifique, opération dans laquelle les Japonais sont repoussés par le régiment de Hull entre autres –, la capitale est l’hôte de la première Conférence de Québec3. Du 18 au 24 août, au Château Frontenac et à la Citadelle, le premier ministre britannique Winston Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt se rencontrent pour orchestrer la stratégie militaire alliée. Fait à noter, au cours de son séjour à Québec, Churchill sera accueilli à l’hôtel du Parlement par le premier ministre Godbout.

Bref, en 1943, la guerre et ses incidences trouvent écho sur le parquet du Salon vert. Avec justesse, un député anglophone, le trésorier Mathewson, souligne que : « Dans le monde tout entier, la nôtre est la seule libre Assemblée législative où le français est couramment parlé. Toutes les libres institutions ont été détruites dans les pays soumis à la domination germanique. » (25 mars)

 

Les parlementaires

Sur un total de 86 sièges à l’Assemblée législative, 78 députés sont présents lors la première séance de la 4e session de la 21e Législature. La composition de la Chambre est la suivante : 60 libéraux, 17 Union nationale et 1 indépendant. C’est René Chaloult, élu sous la bannière libérale aux élections générales de 1939, qui siège comme indépendant, bien que les journalistes de la tribune parlementaire le désignent comme un député du Bloc populaire.

Depuis la prorogation des Chambres en mai 1942, quatre députés sont décédés. À l’ouverture de la nouvelle session, des couronnes de fleurs ornent les pupitres de Henri-Pascal Panet, député libéral de Rouville, de Louis-Joseph Moreault, député libéral de Rimouski, de Louis-Joseph Thisdel, ministre sans portefeuille, et de Cléophas Bastien, ministre de la Colonisation. Au total, sept comtés demeurent vacants, tous du côté du gouvernement; cela, sans compter celui de Camillien Houde, député indépendant de Montréal-Sainte-Marie, qui est interné dans un camp en Ontario. Arrêté le 5 août 1940 en raison de son opposition à la conscription, Houde restera emprisonné jusqu’à sa libération le 16 août 1944. Comme quoi, en cette période de censure imposée par les autorités fédérales, tous les hommes politiques doivent éviter de tenir, dans leurs discours, des « propos défaitistes, nuire au recrutement et aux succès des forces de Sa Majesté4 ».

Le 5 novembre 1942, le premier ministre Godbout procède à un remaniement ministériel. D’abord, Pierre-Émile Côté, député de Bonaventure, ministre de la Chasse et de la Pêche et ministre des Terres et Forêts, est nommé juge à la Cour supérieure du district de Québec : le ministère des Terres et Forêts est attribué à Wilfrid Hamel et le ministère de la Chasse et de la Pêche, à Valmore Bienvenue. Cléophas Bastien reçoit la Colonisation mais, après son décès, ce ministère retourne entre les mains du premier ministre; Télesphore-Damien Bouchard, qui était à la fois ministre de la Voirie et ministre des Travaux publics, doit céder les Travaux publics à Georges-Étienne Dansereau. Enfin, Perreault Casgrain et Henri-René Renault deviennent ministres sans portefeuille. Au demeurant, durant la session, la maladie privera le Conseil exécutif du ministre de l’Industrie et du Commerce, Oscar Drouin, à compter du 14 avril 1943.

Au Conseil législatif, sur un total de 24 membres, on dénombre 19 libéraux, 4 unionistes et 1 conservateur (Thomas Chapais). Hector Laferté demeure président du Conseil. Philippe Brais, leader du gouvernement à la Chambre haute, demeure ministre sans portefeuille dans le cabinet Godbout. Un ami du premier ministre, Cyrille Vaillancourt, fait son entrée au Conseil pour la division de La Durantaye, succédant à Alfred-Valère Roy, décédé en fonction5. Le conseiller Pamphile-Réal Du Tremblay, quant à lui, est nommé sénateur, mais décide de suivre le précédent de Thomas Chapais et de cumuler les deux fonctions. Dans son journal personnel, Hector Laferté écrit à ce sujet : « C’est un bien mauvais exemple, pour un millionnaire, que de vouloir ainsi accaparer les deux positions, alors que les sessions ont lieu en même temps à Ottawa et à Québec6. »

En la Chambre basse, l’ancien président Valmore Bienvenue ayant été nommé au cabinet ministériel, il fallait procéder à l’élection d’un nouvel orateur. Lors de la première séance du 23 février 1943, Cyrille Dumaine accède à la haute fonction alors que Charles Delagrave devient vice-président. Les journalistes ne peuvent s’empêcher de souligner que les deux hommes sont notaires de profession.

Une autre figure fait son entrée en Chambre : Antoine Lemieux devient, le 1er octobre 1942, greffier de l’Assemblée législative. « M. le greffier Lemieux n’est pas une figure nouvelle puisqu’il a été l’adjoint du regretté M. Geoffrion au cours de la dernière session », souligne le correspondant parlementaire du Canada7. Celui-ci succède à Louis-Philippe Geoffrion – décédé en fonction le 3 septembre – qui occupait ce poste depuis 40 ans.

 

Deux hommes, deux attitudes : Joseph-Adélard Godbout et Maurice Le Noblet Duplessis

En 1943, le premier ministre Adélard Godbout se targue toujours de donner à la province « une administration progressive mais prudente8 ». En Chambre, il lance des affirmations telles que : « Nous ne faisons pas des pas de géant mais nous allons de l’avant » (25 février) ou encore, « Je revendique avec calme, mais c’est fort le calme » (6 mai). Ses députés suivent l’exemple. Le ministre Wilfrid Hamel rapporte que « le gouvernement actuel procède avec sagesse. Nous ne faisons pas de grandes réalisations, dit-il, mais nous agissons. Nous n’agissons pas trop vite. Le gouvernement ne parle pas fort mais a des réalisations à son crédit » (7 avril).

Quand bien même, de l’avis du premier ministre, le gouvernement a « dirigé la province depuis trois ans pendant la période la plus bouleversée de son histoire. Et malgré cela, poursuit-il, je ne crois pas qu’aucun autre gouvernement ait pris des initiatives plus fécondes » (13 mai). Il est vrai que l’administration de Godbout se démarque par ses législations progressistes. Parmi ces actifs, il y a le droit de vote pour les femmes, en 1940, et l’admission des femmes à la pratique du droit, en 1941; il y a aussi une loi pour ouvrir une délégation du Québec à New York, en 19409.

En revanche, Godbout se révèle incapable de concilier sa vision progressiste avec la défense des droits du Québec. Certes, depuis son accession au pouvoir en 1939, il s’était installé un climat de bonne entente entre Québec et Ottawa. Pour Maurice Duplessis, qui sait faire preuve d’habileté lorsque vient le temps de faire vibrer la corde nationaliste canadienne-française, il apparaît clairement que les « ministres du cabinet et le gouvernement tout entier […] auraient besoin d’un tuteur, d’un curateur et d’un administrateur pour leur indiquer leurs devoirs et leur apprendre à revendiquer nos droits » (26 mai).

René Chaloult, lui aussi, est à même de constater que le premier ministre du Québec est plus souvent qu’autrement au diapason avec le premier ministre du Canada. Dans ses mémoires, il écrit : « À mesure que la propagande d’Ottawa s’organise et s’amplifie, Adélard Godbout hausse le ton de ses discours. Il commence à nous entretenir de l’Angleterre, gardienne et protectrice de nos droits, de croisade pour la chrétienté et la civilisation, de la défense des peuples minoritaires10 ». En dépit de ces critiques cependant, Godbout restait, selon Chaloult, « un orateur parlementaire aussi puissant que redoutable […] 11 ».

Godbout, sans jamais renier sa fierté d’être Canadien français, demeure attaché au Canada, sa patrie, « avec les institutions britanniques qui nous protègent, les seules au monde, ajoute-t-il, qui permettent au député de Lotbinière (M. Chaloult) de parler comme il parle depuis 40 mois de guerre ». Le premier ministre faisait indirectement référence au procès de Chaloult qui avait été accusé de s’être opposé publiquement à la conscription obligatoire pour le service outre-mer. Ce dernier avait été acquitté le 3 août 1942.

Toujours à propos de l’effort de guerre, Godbout considère maintenant que la conscription est nécessaire pour mener à la victoire des Alliés. Le 14 avril, le premier ministre affirme en ce sens que :

nous ne nous battons pas pour les Anglais ou pour les Français ni pour les Américains mais avec eux pour assurer la survie des choses que nous considérons comme essentielles. Nous nous battons pour nos enfants, pour la liberté de parole, de pensée, de religion, et pour les traditions familiales qui nous ont été transmises de génération en génération. Nous nous battons pour que la liberté continue de régner en ce pays, nous nous battons contre la barbarie et contre ses méthodes. Il faut soutenir notre effort de guerre et les Canadiens français ne se laisseront pas détourner de ce but qui est de sauvegarder la paix et la justice dans le monde entier, entre les nations et les individus.

 

Selon le premier ministre, il ne faut jamais oublier en toile de fond que (15 juin) :

nous appartenons à un pays où la majorité n’est pas de notre langue. Il nous faut penser aux nôtres qui vivent dans les autres provinces et qui souffrent cruellement des contre-coups des déclarations inconsidérées et irréfléchies de certains députés de cette Chambre et en particulier de celles du député de Lotbinière. Je suis même plus nationaliste que le député de Lotbinière en ce sens que je veux réellement le bien des miens au point de subir des attaques injustes dans certains milieux. Je suis nationaliste dans le sens que je veux préparer l’avenir des miens. Mais parce que nous aimons les nôtres, nous n’avons pas le droit de faire des injustices aux autres. Ce que nous réclamons pour les nôtres dans le reste du pays, il nous faut le donner d’abord en notre province à ceux qui ne sont pas de notre langue.

 

« Nous ne sommes plus maîtres chez nous. » Voilà comment le chef de l’opposition commente la politique du premier ministre. Il lui reproche surtout sa volte-face sur la question de la conscription et remet en cause l’entente fiscale permettant à Ottawa, depuis 1942, de percevoir l’impôt provincial sur le revenu des particuliers et des entreprises contre un versement annuel fixe. Il va plus loin (25 février) :

Si nous avons la conscription, c’est dû en grande partie au premier ministre, qui ne sait pas se tenir debout vis-à-vis d’Ottawa. […] Grâce à sa connivence explicite ou tacite, Ottawa a poursuivi son chemin vers la ruine de la province, vers la ruine de nos fruits les plus chers. Le gouvernement Godbout a laissé Ottawa spolier le Québec de ses droits et s’emparer du plus clair de ses revenus.

 

Duplessis veut bien croire en la sincérité du premier ministre lorsque celui-ci déclare aimer l’autonomie provinciale (14 avril) : « Il l’aime d’une façon frivole et volage, à la Carmen: "Si je t’aime, prends garde à toi" », précise-t-il avec ironie.

Déterminé comme jamais à reprendre le pouvoir, Duplessis est ni plus ni moins en train de préparer les élections, plus d’un an à l’avance. En avril 1943, il dira à la radio : « Nous payons de notre sang, de notre âme, de notre vie nationale, la défaite de l’Union nationale de 193912. » En Chambre, il critique ses adversaires et ne manque aucune occasion pour parler d’autonomie provinciale. Selon lui et pour une grande partie de l’électorat francophone, le premier ministre semble être à la remorque des volontés du gouvernement libéral fédéral, surtout à cause de son attitude devant le plébiscite de 194213. Chose certaine, comme le souligne si bien Paul Beaulieu, député de l’Union nationale dans Saint-Jean-Napierville : « Chaque fois que les hommes publics se permettent de discuter la conscription, ils soulèvent des tempêtes que l’on pourrait comparer au souffle puissant du nordet de chez nous. Le mot conscription, dont on a fait un épouvantail, lui-même est devenu plus dangereux qu’une tonne de dynamite. » (17 mars)

Les électeurs se souviennent encore que Godbout avait promis, lors de la campagne électorale de 1939, de remettre sa démission et de combattre son parti si la conscription était appliquée au Québec. De sorte qu’en 1943, la popularité personnelle de Godbout est à son plus bas. Des libéraux songeaient d’ailleurs à le remplacer. À brève échéance donc, bien que sept sièges étaient vacants à l’Assemblée législative, Godbout ne souhaite pas risquer de perdre encore du terrain en déclenchant des élections complémentaires.

Le chef de l’opposition ne ménage pas les reproches sur cette question des élections. À la séance du 18 mars, il tient des propos très durs:

Seuls les pays dirigés par des Hitler, Mussolini et Staline ignorent cette pratique. Ils ne font pas d’élections; le gouvernement provincial actuel non plus. Pourtant, sous l’Union nationale, une loi a été passée obligeant le gouvernement à faire des élections dans les cinq mois lorsqu’un siège devient vacant pour une cause ou pour une autre. Jamais un siège n’est resté vacant sous l’Union nationale. Il fallait le régime actuel pour imiter Hitler dans ce qu’il y a de pire: le mépris de la démocratie. […] Les soldats canadiens se battent outre-mer pour la démocratie et le gouvernement de la province de Québec donne le spectacle d’une administration antidémocratique. Le gouvernement qui demande aux jeunes gens d’aller affronter les balles n’est même pas capable d’affronter les bulletins de vote. Vraiment, Hitler, qui ne fait pas d’élections, doit être fier d’avoir trouvé un imitateur dans la personne du premier ministre de cette province.

 

En guise de réponse, Godbout explique que si son gouvernement retarde les élections, c’est parce qu’il ne veut pas « jeter la population dans une campagne électorale à l’une des périodes les plus troublées de [son] histoire ».

Il va sans dire, Duplessis est en grande forme en 1943. Cette situation contraste avec la dernière session, alors qu’il avait été hospitalisé de mars à avril 1942. C’est après cette convalescence de quatre mois, dit-on, qu’il aurait pris la décision de renoncer définitivement à l’alcool14.

 

Le discours du trône

Le lieutenant-gouverneur Eugène Fiset lit le discours inaugural pour présenter le programme législatif de « son » gouvernement. Le cérémonial se déroule dans la plus pure tradition parlementaire britannique. Dans La Presse, on ne signale qu’un léger changement par rapport aux années antérieures : « Cette année, la garde d’honneur avait pris une forme particulière. Au lieu d’être formée d’officiers de la Garnison, elle était faite des membres du Quebec Arsenal Protective15. »

Hector Laferté, le président du Conseil législatif, collige ses souvenirs en cette journée du 23 février 1943 :

Lors du discours du trône, d’après le protocole, le premier ministre se met sur la deuxième marche du trône et ses collègues, un peu plus bas. Or, [Télésphore-Damien] Bouchard était à sa gauche, de l’autre côté et était sur le même pied d’égalité que le gouverneur, plus haut que le premier ministre. En voyant ce spectacle, Oscar Drouin, à côté de lui et pour suivre cet exemple sans doute, avait un pied près de Bouchard et un autre plus bas. Je me demandais si l’opposition ne s’emparerait pas de ce fait pour casser du sucre sur la tête du gouvernement et dire que Bouchard voulait avoir la place du premier ministre.

De plus, Paquin, [secrétaire] du gouverneur depuis plusieurs années, apporta le discours du trône au gouverneur avant la nomination de l’Orateur de la Chambre basse, alors que j’ai dû gesticuler et le faire reculer pour empêcher cette gaffe de se commettre16.

 

Tout de suite après l’élection du président de l’Assemblée législative, la députation se dirige au Salon rouge pour entendre le discours du trône. En inaugurant la nouvelle session, le lieutenant-gouverneur remercie d’abord la Providence d’avoir préservé la population du Québec contre les dévastations de la guerre. Sur une note positive, il croit que les Québécois peuvent « espérer qu’une paix juste et durable mettra bientôt fin au pire fléau que le monde ait connu ».

Plusieurs mesures du gouvernement sont proposées en prévision de l’après-guerre. « En prévision du retour à une vie économique normale » et « pour faire face aux problèmes d’après-guerre », le gouvernement entend créer un conseil d’orientation économique.

De même, « pour répondre au vœu du Conseil de l’instruction publique », les députés devront se prononcer sur l’opportunité de rendre la fréquentation scolaire obligatoire et gratuite. Le bien-être social et « la protection de la famille, fondement de la société chrétienne » font également partie des soucis du gouvernement : dans ce cadre, les députés devront étudier l’établissement d’un système provincial d’assurance-maladie.

Le discours d’ouverture fait aussi état d’un projet d’étatisation de forces hydrauliques, d’un vaste programme de colonisation, du retour des pêcheries des Îles-de-la-Madeleine à la juridiction provinciale et de la création d’une commission du service civil17.

Au Salon vert, après une dizaine de discours, l’adresse en réponse au discours du trône est adoptée le 3 mars. Le chef de l’opposition tire cette conclusion (25 février) : « Le discours du trône ne parle donc pas d’hier, presque pas d’aujourd’hui et un peu plus de demain, comme si le gouvernement était intéressé à faire oublier hier, à passer sous silence aujourd’hui et à tâcher de diriger les regards vers les problèmes à venir. »

 

Les finances publiques

L’honorable James Arthur Mathewson, trésorier de la province, lit son discours sur le budget le 25 mars. Au regret de tous, le premier ministre doit s’absenter ce jour-là. Il est au chevet de son père dont l’état de santé ne fait que se détériorer. Le lendemain, Eugène Godbout, qui fut député libéral dans Témiscouata de 1921 à 1923, meurt à l’âge de 86 ans.

Pour cette année financière, l’état des revenus ordinaires totalise une somme de plus de 90 000 000 $. On note un recul dans les revenus de la province. Les mesures imposées par les régisseurs fédéraux sur l’alcool et la circulation automobile ont entraîné une perte pour le Trésor18.

L’exercice financier de 1942-1943 se termine tout de même par un excédent de près de 8 000 000 $. Comme le souligne le trésorier : « Nous ne recherchons pas les gros surplus, car les gros surplus sont l’indice que les taxes sont trop élevées. Nous nous contentons d’un excédent raisonnable que nous appliquons à la réduction de la dette. »

Dans cette administration, le département du Trésor accapare 23 % du budget total. Le trésorier explique que l’augmentation des dépenses ordinaires dans ce département est liée à « des taux légèrement plus élevés sur les obligations à longue échéance, des allocations de vie chère et des pensions versées à un nombre supérieur de fonctionnaires. L’expansion des services sociaux, ajoute-t-il, a occasionné d’autres augmentations auxquelles il a nécessairement fallu faire face ».

Qui plus est, l’assiette fiscale de la province consacre 16 % de ses revenus à la Voirie, 10 % à l’Instruction publique, 7,6 % au Travail, 6,8 % à la Santé et Bien-Être Social et 6,8 % à l’Agriculture.

Paul Beaulieu, député de l’Union nationale, fait part de ses critiques. Selon ses calculs, le bilan total de l’administration ordinaire de la province se chiffrerait plutôt à un déficit de 82 680 000 $19.

 

Les faits marquants de la session

Les débats en Chambre sont souvent dirigés en réaction avec la politique fédérale. De l’avis du président Dumaine, « on parle plus souvent de questions fédérales que de questions provinciales » dans le Parlement de Québec (30 mars).

Le député René Chaloult n’est pas étranger à cette situation. Dans ses mémoires, il écrit : « Plus la situation se corsait en Europe, plus la propagande de participation illimitée s’intensifiait au Canada et plus je multipliais mes motions, mes plaidoyers contre la guerre, la circonscription20. » Au cours de la session de 1943, le député de Lotbinière inscrit six motions spéciales sur le feuilleton pour exprimer les regrets de la Législature contre certaines décisions prises par Ottawa.

Le chef de l’opposition partage cette ligne de pensée. Pour défendre les droits de l’Assemblée législative et les privilèges des députés, Duplessis croit également que « la liberté doit exister à l’Assemblée législative de discuter même les questions et les politiques fédérales » (13 mai).

Sinon, dans l’ensemble, les travaux de la Chambre permettent aux libéraux de mettre en lumière les mérites de leur administration et de rappeler les extravagances du précédent gouvernement de Duplessis. Ils insistent, entre autres choses, sur les millions consacrés au Jardin botanique de Montréal et à l’île Sainte-Hélène. Les unionistes, quant à eux, ne manquent pas de reprocher au premier ministre son zèle à soutenir l’effort de guerre, et ce, au sacrifice de l’autonomie provinciale.

Au-delà de ces débats d’idées, le gouvernement libéral fait adopter plusieurs lois progressistes en 1943. L’une d’elles, l’instruction obligatoire, est un fleuron qui fait la fierté des ministériels. Le premier ministre reçoit notamment les éloges du ministre Bouchard disant de lui qu’il « restera dans l’histoire comme le modèle des hommes publics qui ne craignent pas de prendre des attitudes fermes pour guider les populations vers le progrès » (4 mai).

Un total de 84 projets de loi sont présentés à l’Assemblée législative et, de ce nombre, 79 sont sanctionnés par le lieutenant-gouverneur.

 

La fréquentation scolaire obligatoire

La question de l’instruction obligatoire n’est pas nouvelle à l’Assemblée législative. En 1892, en 1901, en 1912 et en 1918-1919, des projets de loi en ce sens ont été défaits par les parlementaires. En 1943 cependant, le contexte est favorable à l’adoption d’une telle mesure. Non seulement le Québec est-il maintenant le seul État en Amérique du Nord a ne pas avoir de loi quant à l’obligation scolaire, mais en plus le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve a reconnu le bien fondé d’une pareille loi.

Le cabinet ministériel était déjà convaincu de la pertinence du projet de la fréquentation scolaire obligatoire et gratuite pour les enfants de 6 à 14 ans. Le secrétaire de la province, Hector Perrier, devait néanmoins rallier le caucus libéral à son projet. Plusieurs s’y opposaient, raconte Perrier. Mais l’assentiment des députés fut tout de même facile à obtenir21.

Le 7 avril, le secrétaire présente le bill 21, sous les applaudissements des députés de la droite. Lors de la seconde lecture du projet de loi, Perrier cite de nombreuses statistiques pour justifier la pertinence de cette « législation historique ». Il montre que 75 % des élèves terminent leur scolarité à l’âge de 12 ou 13 ans. Il insiste également sur le fort taux d’absentéisme dans les écoles primaires. À la fin, il explique que le projet de loi sur la fréquentation scolaire obligatoire est présenté aussi « pour contrer la négligence de certains parents » et « pour éviter que les enfants ne deviennent des "parias" ».

Perrier démontre que l’instruction est un gage de succès dans la vie. Il termine son discours ainsi :

M. l’Orateur, le projet de loi que j’ai l’honneur de présenter constitue un grand pas en avant, une mesure efficace et féconde. Comme le disait Jules LeMaître: « Tout le monde concourt à faire l’histoire. Il importe donc pour chacun de nous, pour sa part infime, de la faire belle. » Nous écrivons dans les annales éducationnelles de notre province l’une des plus belles et des plus brillantes pages d’histoire. Je suis certain que chaque membre de la Chambre sera heureux d’y apposer sa signature. Nous sommes assurés que nous servons bien la province et que nous accomplissons en faveur des générations qui montent un acte de clairvoyance, de sagesse et de vrai patriotisme. (15 avril)

 

T.-D. Bouchard, ministre de la Voirie, ne tarit pas d’éloges à propos de cette mesure. Lui qui s’était fait le porte-parole de l’instruction obligatoire en 1918-1919, tient à remercier le Parti libéral et son chef. « Lorsqu’on fera l’histoire politique de notre province, dit-il, leurs noms resteront attachés à cette histoire parce que la loi que nous votons en ce moment constituera un des points tournants du progrès de notre peuple. » (4 mai)

Quant à l’enseignement de l’histoire – qui soulèvera encore les passions au XXIe siècle –, Thomas Guerin, député libéral dans Montréal-Sainte-Anne et historien, profite de son droit de parole pour faire une suggestion22:

Je me dois, M. l’Orateur, de mentionner une dernière chose: la nécessité de créer une histoire de ce dominion qui soit pertinente et impartiale. Nos histoires françaises, dit-il, ne nous parlent que de l’ancien régime et traitent avec légèreté l’histoire moderne du Canada. Les histoires anglaises ne donnent justice ni à Henri IV ni aux Louis. Les lys de France ne sont pas morts en 1763 et les feuilles d’érable bourgeonnaient longtemps avant Champlain et Montcalm. Ensemble elles doivent fleurir sur les pages de notre histoire. Et je suggère que le gouvernement fasse motion pour que le Parlement fédéral nomme un comité, composé des meilleurs historiens de toutes les provinces pour travailler ensemble et pour nous donner une histoire vraie, non biaisée, patriotique de notre pays. Ce n’est que lorsque nous aurons cela que nous pourrons sentir que nous avons un Canada qui sera un Canada pour nous tous. (29 avril)

 

De l’autre côté de la Chambre, la plupart des députés de l’Union nationale s’opposent au projet de loi23. Ils n’hésitent pas à citer les écrits de Thomas Chapais ou de sir Lomer Gouin qui s’étaient jadis prononcés contre ce projet. Les arguments de l’opposition reposent sur le fait qu’il y a quantité d’écoles qui ne sont pas à l’épreuve du feu ou qui ne répondent pas aux meilleures conditions d’hygiène. Duplessis n’est donc pas prêt, dit-il, « à appuyer une législation qui constitue un recul et ne fait qu’aggraver la situation des finances des villes et des municipalités scolaires, une loi qui embarrassera les parents, les enfants, les pauvres gens, les commissions scolaires et les écoles elles-mêmes » (6 mai).

Onésime Gagnon, député unioniste de Matane, se demande, avant d’adopter une telle législation, si tous les moyens de persuasion ont été épuisés pour convaincre les parents d’envoyer d’eux-mêmes leurs enfants à l’école (27 avril). Il cite Clémenceau : « L’État a trop d’enfants pour être un bon père de famille. » Quoi qu’il en soit, poursuit-il, « puisque la grande majorité de l’épiscopat ne s’oppose plus au principe de l’instruction obligatoire ou de la fréquentation obligatoire, je m’incline respectueusement, pourvu que la loi qui la consacre et la sanctionne lui permette d’atteindre sa fin qui est d’assurer au plus grand nombre le bienfait de l’instruction ». Cela dit, il suivra la ligne de parti lorsqu’il faudra voter sur la question.

Tous les arguments apportés par l’opposition ne sont, selon T.-D. Bouchard, que des raisons additionnelles en faveur de la loi :

Elle n’est pas applicable, ont-ils dit, parce qu’il y a des familles trop pauvres pour envoyer tous leurs enfants aux écoles, parce que nous n’avons pas suffisamment d’écoles pour recevoir tous ceux qui sont en âge de scolarité, parce que les écoles sont à de trop grandes distances, parce que les livres coûtent trop cher. Si cet état de choses existe, et il n’y a aucun doute qu’il existe, on admettra qu’il faut le faire disparaître dans tous ces aspects d’importance majeure. La loi d’obligation scolaire, comme le disait Mgr le cardinal, "nous fournira l’occasion d’étudier le mal plus à fond et d’intervenir par les moyens les mieux appropriés." (4 mai)

 

Le 6 mai, le projet de loi est adopté en troisième lecture et sanctionné le 26 mai 1943. D’autres projets de loi concernant l’instruction seront également étudiés au cours de la session : il s’agit du bill 17 (École de génie électrique), du bill 32 (modifiant la loi de l’instruction publique24) et du bill 57 (Loi de l’enseignement spécialisé).

 

Commission du service civil

Les libéraux, ayant été au pouvoir de 1897 à 1936, avaient placé une très forte majorité de partisans comme fonctionnaires au sein de l’administration publique. Or, les destitutions qui avaient suivi les élections de 1936 et celles de 1939 montraient l’urgence d’établir une commission du fonctionnarisme indépendante25. Godbout est d’ailleurs « prêt à admettre les erreurs du Parti libéral dans les congédiements et je suis sûr que le chef de l’opposition, sans les admettre, en regrette plusieurs de l’Union nationale […] » (20 mai).

Le projet de loi du gouvernement s’inspire largement de la Commission de la fonction publique instituée par le fédéral entre 1882 et 1918. De l’avis du premier ministre du Québec, les fonctionnaires qui bénéficieraient de la sécurité d’emploi fourniraient un meilleur rendement.

Pour Duplessis, il n’y a pas de doute qu’une réforme s’impose. Il s’oppose toutefois au projet du gouvernement. Ainsi, dit-il, « quand l’Union nationale reprendra le pouvoir, elle devra accepter les orgies de patronage qui auront été faites » (18 mai). Il s’y refuse. Il avertit le gouvernement qu’il fera rappeler cette loi, sitôt de retour au pouvoir. Ce sera chose faite en 194426.

La loi, sanctionnée le 22 juin, établit une commission composée de trois membres indépendants de la politique. En vue d’assurer l’impartialité du nouvel organisme, Godbout avait demandé, par deux fois, à Duplessis de désigner un des commissaires. Il s’y refusa27.

 

L’établissement d’une manufacture de sucre de betterave

Tout en continuant la politique du prêt agricole, du drainage des terres et d’octrois divers aux agriculteurs, les libéraux entendent créer une betteraverie à Saint-Hilaire, en Montérégie. Depuis 1940, le gouvernement avait investi plus d’un million de dollars dans ce projet. Hélas, l’outillage nécessaire au fonctionnement de la raffinerie, acheté au Wisconsin, restait entreposé dans un hangar.

Si le sucre se faisait rare en raison du rationnement, en contrepartie, la guerre provoquait en même temps une pénurie d’acier qui compromettait la construction de la raffinerie de Saint-Hilaire28. En 1943, le projet de loi du gouvernement a donc pour objectif de constituer une corporation de la couronne pour administrer cette betteraverie, avec le pouvoir d’emprunter jusqu’à deux millions de dollars.

L’opposition unioniste use de toutes les ressources du Règlement pour retarder son adoption (filibuster). Les 17 députés de l’Union nationale se lèveront à tour de rôle pour dénoncer le « scandale de Saint-Hilaire ». Les députés siègent ainsi: du vendredi 18 juin, de 11 heures du matin jusqu’à 10 h 57 le samedi 19 juin; trois minutes plus tard, on siège du samedi 19 juin de 11 heures du matin jusqu’à 12 h 05 le 20 juin. Puisque c’est un dimanche, Bouchard dit : « Il est minuit, M. l’Orateur, et la Chambre ne doit pas siéger le jour du Seigneur. »

Il faudra 40 heures de débat pour que le gouvernement fasse adopter le bill 54. Dans Le Droit, on rapporte que les membres de l’Union nationale ont lu à peu près tous les volumes qui leur sont tombés sous la main et que l’un d’eux a même apporté une bible en Chambre et en a lu un chapitre29.

 

Joseph-Mignault-Paul Sauvé

Le député unioniste de Deux-Montagnes ne vient siéger qu’une seule fois à la session de 1943. Le 9 juin, avant de partir pour son service outre-mer avec les Fusiliers Mont-Royal, Paul Sauvé fait une entrée remarquée au Salon vert. Le premier ministre lui rend un bel hommage :

La présence ici aujourd’hui du député de Deux-Montagnes (M. Sauvé) nous cause tellement de plaisir à tous, des deux côtés de l’Assemblée, que je crois de mon devoir de la signaler officiellement. Notre collègue fait honneur à la Législature dans la carrière militaire qu’il a choisie et où il s’est taillé une belle réputation. Il est déjà parvenu au grade de major et je ne doute pas que d’autres titres viendront bientôt reconnaître encore davantage ses qualités. Je lui souhaite une heureuse carrière et, à la veille de son départ, je lui offre nos meilleurs vœux de succès.

 

Duplessis et Mathewson présentent également de bons vœux. Le trésorier lui assure de pouvoir emporter « dans son voyage les souhaits, les pensées et les prières de tous ses collègues ».

Sauvé est touché. « À la veille de quitter la Chambre pour un voyage comme celui que je vais entreprendre, dit-il, je suis heureux de constater que j’y compte des deux côtés des amitiés précieuses. » Il profite de l’occasion pour adresser des remerciements à ses électeurs de Deux-Montagnes.

Durant sa carrière militaire, Sauvé participera au débarquement en Normandie à titre de commandant en second en 1944. La même année, il sera promu lieutenant-colonel et commandant des Fusiliers Mont-Royal. Il sera décoré de la croix de guerre française et de la médaille d’efficacité pour service rendu.

Soulignons la présence d’autres députés « en uniforme au Parlement de Québec ». Lucien Plamondon, député libéral de Porneuf, s’était enrôlé volontairement comme simple soldat; Joseph-Achille Francoeur, député libéral de Montréal-Mercier, fut sergent de réserve dans le régiment de Maisonneuve; et Claude Jodoin, député libéral de Montréal-Saint-Jacques, fut capitaine de réserve dans le 2e bataillon des Fusiliers Mont-Royal30.

 

Le travail des femmes

Avec le conflit mondial, les femmes avaient été invitées à intégrer le marché du travail dans les manufactures de guerre. « Aujourd’hui, la place de la femme n’est plus à son foyer », peut-on entendre alors sur les ondes de la radio de Radio-Canada.

Ce « grand problème social » est abordé par les parlementaires. Le 31 mars, Joseph-Achille Francoeur, député libéral dans Montréal-Mercier, propose une motion recommandant au gouvernement fédéral de diriger, pour aider davantage l’effort de guerre, le travail féminin « vers le travail de la ferme où la main-d’œuvre manque actuellement de bras pour la production agricole. Ce qui aurait aussi pour effet de conserver, à nos jeunes personnes de sexe féminin, leur santé et leur avenir31 ».

Le 7 avril, les parlementaires poursuivent l’étude de la motion. Joseph-Henri-Albiny Paquette, député unioniste dans Labelle, s’inquiète du fait qu’on est « en train ainsi de détruire la famille, de saboter ce que nous avons de plus précieux: le foyer canadien ». Il croit que la femme souffre de cette situation qui, dit-il, « l’intoxique, compromet sa santé et sa fécondité ». Il poursuit :

Elles ne pourront jamais fonder de foyers et succéder à nos mères d’aujourd’hui. […] Au point de vue social, la situation est aussi extrêmement pénible. Les enfants souffrent de l’absence de leurs mères. Ils sont souvent laissés au foyer, sans soins maternels et sans surveillance adéquate. Dans la plupart des cas, ils développent des anémies. Il y a bien les garderies où on dit qu’ils sont gardés, mais les jeunes enfants, qui y sont placés sous la surveillance de gardes dévouées manquent de l’amour et des soins maternels continuels indispensables à leur âge. Dans les autres cas, les enfants font l’école buissonnière. […] Il n’est pas étonnant de constater que la criminalité juvénile augmente, dans les mêmes proportions effarantes, du reste, que la maternité illégitime. Et la natalité diminue.

La majorité de nos femmes sont sobres, mais la proportion grandit aussi des femmes et des jeunes filles qui, victimes des circonstances, prennent l’habitude des liqueurs alcooliques. Le gouvernement devrait s’occuper activement de cette question. De plus, le travail de la femme hors de son foyer crée chez elle un désir d’émancipation. Elle acquiert des habitudes de luxe qui cadrent mal avec celles du foyer, généralement. Elle perd le goût de vivre au foyer. Le manque de cohésion dans le travail féminin détruit l’esprit religieux, la foi!

 

Edgar Rochette, ministre du Travail, intervient dans le débat. Il fait d’abord état d’une conférence des ministres du Travail de toutes les provinces à Ottawa, les 8 et 9 février 1943, pour discuter la question du travail des femmes la nuit dans les usines. Il a lui-même, dit-il, visité un arsenal du gouvernement fédéral, à Valcartier : « J’ai été agréablement surpris de voir toutes les mesures prises pour la protection des travailleuses contre les accidents physiques et les accidents mortels ». Paquette lui rétorque alors qu’il y a « plus de péchés mortels que d’accidents mortels »!

Le 10 juin, Chaloult intervient dans le débat en parlant du programme du Bloc populaire canadien. Le député n’accepte pas de voir des femmes « conscrits » à travailler dans les usines de guerre :

On dit: rien n’importe, sauf la victoire. Je crois qu’il y a bien des choses qui importent encore plus, et l’une d’elles, c’est la conservation de la famille. Il faut garder intacte la cellule fondamentale de notre société, la famille. Pour les Canadiens français, la préservation de l’intégrité du foyer et de la famille est vitale et importe plus que la victoire militaire car la famille forme notre rempart et notre élément primordial de survivance ethnique.

 

Chaloult énumère les inconvénients du travail féminin à l’usine de guerre. Selon les médecins, explique-t-il, les femmes sont exposées à des dangers physiques et moraux, aux brûlures, à la désorganisation du système nerveux, à l’infécondité, aux maladies de cœur, aux chocs nerveux, à la hausse des avortements et à la syphilis qui « a augmenté dans une proportion de 10 % depuis l’ouverture des usines de guerre ». Il plaide que « la place de la femme est au foyer, dans sa maison où elle doit jouer son rôle d’épouse et de mère. Elle est faite pour élever une famille et être reine du foyer ».

Francoeur profite de son droit de réplique pour faire retirer sa motion. Duplessis avait pourtant consenti à son adoption sur division, mais Francoeur aurait souhaité qu’elle fût adoptée à l’unanimité. Il se félicite toutefois d’avoir accompli son devoir « en permettant à l’opinion publique de connaître les sentiments de plusieurs membres de la Chambre sur ce grave problème ».

 

Conseil d’orientation économique

La loi instituant un conseil d’orientation économique est adoptée le 13 mai et sanctionnée le 22 juin 1943. En prévision de la fin du conflit mondial, Godbout tente de placer le gouvernement québécois à l’heure de l’État-providence en créant un programme d’utilisation de la main-d’œuvre32. Le conseil d’orientation économique sera chargé de faire le bilan des ressources de la province dans les secteurs agricole, forestier, industriel, minéral, etc. Jules-André Brillant, président de cet organisme jusqu’en 1946, devra proposer des mesures pour assurer l’utilisation la plus profitable des richesses du Québec. Les débats sur ce projet de loi permettent à Godbout et Duplessis d’échanger sur l’avenir économique des Canadiens français et sur l’autonomie provinciale33.

 

Assurance-maladie et allocations familiales

À Ottawa, à la suite du rapport de la commission Rowell-Sirois déposé en 1940, le gouvernement libéral entendait centraliser les finances publiques afin de favoriser le développement économique et social de l’ensemble du Canada. Au Québec, depuis 1939, la question de la sécurité sociale est également l’une des préoccupations du gouvernement Godbout. Car, selon le premier ministre, « il y a de l’inquiétude parmi le peuple à l’heure actuelle au sujet de l’avenir. Une inquiétude d’autant plus grande qu’on ne sait pas quelle sera la situation après la guerre, lorsque tous les salaires actuels viendront à manquer à la fois. […] Si on veut prévenir la misère après le conflit, il faut être prêt avec des lois sociales […] » (15 juin). Dans les circonstances, les parlementaires étudient le bill 45 concernant le paiement d’allocations familiales en vertu de conventions collectives de travail et le bill 51 instituant une commission d’assurance-maladie.

En 1943, le gouvernement fédéral entend établir un système complet d’allocations familiales. Étant de juridiction provinciale, il semble que Godbout ait ainsi voulu damer le pion au fédéral en proposant une loi similaire. Duplessis parle plutôt de demi-mesure.

Le gouvernement du Québec souhaite aussi mettre sur pied un régime d’assurance-maladie. Aux Communes, le ministère des Pensions et de la Santé nationale faisait de même en déposant un programme d’assurance sociale. Cependant, la loi du gouvernement Godbout n’est qu’une ébauche de projet : une commission sera mandatée pour étudier la question de l’assurance-maladie afin de présenter une loi d’assurance-maladie à la session de 194434.

 

De choses et d’autres…

Durant la session de 1943, les parlementaires traitent de la grève de la Compagnie des tramways de Montréal et de la grève de la compagnie Price Brothers à Kénogami, Jonquière et Riverbend (15 avril). On fait état d’un nouvel accord avec le fédéral, rendant à la province de Québec l’administration des pêcheries des Îles-de-la-Madeleine35. Il y a en outre Hormidas Langlais, député de l’Union nationale des Îles-de-la-Madeleine, qui demande la rétrocession du Labrador, en échange de l’appui et des cadeaux prodigués à l’Angleterre et à Terre-Neuve. René Chaloult, quant à lui, dénonce l’absence de Canadiens français au Conseil national du travail à Ottawa. Les députés votent également la loi pour l’embellissement de la ville de Québec (bill 24), une loi relative au parc national de la Gaspésie (bill 5), une loi instituant un Conseil supérieur du travail (bill 44) et une loi modifiant la loi abolissant les rentes seigneuriales (bill 59).

La Seconde Guerre mondiale oriente naturellement les débats parlementaires. Hitler est servi à toutes les sauces : Duplessis compare souvent Godbout au dictateur. « Le chef de l’opposition prétend que la province a un dictateur à sa tête et deux minutes plus tard, il prétendra que nous manquons de caractère », lui répondra le premier ministre (18 mars).

Enfin, sur l’ensemble des travaux de la session de 1943, l’historien Robert Rumilly fait ces commentaires dans son Histoire de la province de Québec :

L’instruction publique et la raffinerie de Saint-Hilaire ont fourni les points saillants de la session, à part les motions et les débats concernant les questions fédérales. La Chambre n’a pas nationalisé d’entreprises hydroélectriques. Elle a voté la création d’une commission du service civil, d’une commission d’assurance-maladie et d’un conseil d’orientation économique. Elle a reconnu le principe des allocations familiales. Mais les suites pratiques de ces votes restent incertaines36.

 

On verra plus tard Duplessis abolir la plupart de ces commissions à son retour au pouvoir en 1944.

 

Faits divers, faits cocasses…

La guerre de 1914-1918

Avec une grande franchise, le premier ministre et le chef de l’opposition expliquent pourquoi ils n’ont pas participé à la Guerre de 1914-1918 :

L’honorable M. Godbout (L’Islet): Je veux profiter de cette occasion pour réfuter des insinuations au sujet de ma conduite durant la première Grande Guerre et qui ne font pas honneur à ceux qui les colportent. Je n’étais pas dans les services armés et ne pouvais physiquement pas être soldat. Voilà la vérité. D’aucuns ont rapporté que j’étais entré au Séminaire de Rimouski pour me préparer à la prêtrise et éviter d’être conscrit. C’est faux.

Oui, c’est une lâcheté de prendre la soutane dans les circonstances dont on parle. J’ai pris la soutane avant la guerre et j’en suis sorti durant la guerre. Je suis entré au Grand Séminaire de Rimouski en septembre 1913. Il n’y avait pas de guerre à ce moment-là et ce n’est évidemment pas la guerre qui a été la cause de ma décision. Je suis sorti du Séminaire en août 1915, en pleine guerre, soit bien longtemps avant les événements auxquels le chef de l’opposition veut faire allusion et dont a parlé une sale presse. Je suis sorti du Grand Séminaire à la suite d’un accident à une jambe qui me rendait inapte au service militaire, même si j’en avais eu le plus ardent désir. Cette blessure fut guérie après plusieurs mois de soins. Je nie absolument les insinuations qu’on a faites à ce sujet. Elles sont fausses et malicieuses.

[…]

M. Duplessis (Trois-Rivières): J’ai cru préférable durant la première Grande Guerre de 1914 de rester chez moi; je faisais mon devoir en protégeant gratuitement les conscrits de chez nous qui étaient pourchassés par les deux gouvernements, le rouge et le bleu, pour entrer dans l’armée. Je faisais mon devoir à l’intérieur, comme je le fais encore maintenant. Je n’ai pas changé d’avis à ce sujet. Cela prend autant de courage de rester chez soi pour défendre les autres que de conseiller aux gens de s’enrôler et de ne pas aller à la guerre. Mon devoir était de rester chez moi et j’y suis resté. Je n’ai pas honte de ce que j’ai fait. (22 juin)

 

L’esprit de parti

Certains députés de l’opposition dénoncent ouvertement l’esprit de parti qui prime de plus en plus dans le système parlementaire britannique. Dans la campagne du Bloc populaire canadien, Chaloult, au marché Saint-Jacques, avait promis : « Nous allons vous libérer. Dans moins de dix ans, Québec sera débarrassé de l’esprit de parti; Québec sera redevenu indépendant, politiquement et économiquement37. » En Chambre, Camille-Eugène Pouliot, député de l’Union nationale dans Gaspé-Sud, tient des propos similaires :

Il a suffi de trois années, dit-il, pour que la province de Québec, jadis si fière, soit à la remorque du gouvernement central. Le gouvernement provincial devrait apporter certaines modifications à notre système parlementaire. N’est-il pas temps de faire disparaître les mouvements manifestement opposés et restreindre la multiplication des partis? Pourquoi faut-il voir blanc ou noir, selon que l’on siège à droite ou à gauche de la Chambre?

Pourquoi pas rendre le vote des députés secret lorsqu’ils se prononcent sur une question, ce qui permettrait à chacun de formuler son opinion sans trop d’esprit de parti? Il ne faut pas faire croire à la population que dans l’étude et dans la discussion de toute mesure législative seule l’opinion électorale peut avoir le dernier mot. (8 avril) 

 

Les élections à date fixe

À la séance du 20 mai, Chaloult fait des promesses quant aux élections à date fixe:

On parle d’élections. Le premier ministre nous a laissé entendre qu’il y en aura prochainement. À la bonne heure! Tout en sera heureux. Mais il me paraît étrange que des élections soient décrétées d’après le bon vouloir d’un premier ministre et du gouvernement au moment où il croit que c’est l’intérêt de son parti de le faire. C’est arbitraire et antidémocratique. Le fait de toujours choisir la date qui convient le mieux à un parti, c’est contraire aux intérêts du peuple.

De plus, il y a un grave inconvénient à toujours laisser entendre qu’il y aura des élections, puis à en retarder la date. Cela cause du trouble au sein de la population. Il n’y a pas moyen de préparer convenablement des élections lorsque des rumeurs d’élections naissent et meurent à tout moment. Il vaut mieux faire des élections à date fixe. Lorsque le Bloc populaire sera au pouvoir, et ça ne saurait tarder, il proposera une loi pour la mise en vigueur des élections à date fixe, car l’incertitude et les bruits au sujet des élections paralysent les affaires. Et les élections n’auront pas lieu avant ni après cette date.

 

Anniversaire de Maurice Duplessis

Lorsque les parlementaires soulignent l’anniversaire du chef de l’opposition, le député Chaloult est absent. Godbout profite de l’occasion pour jouer un tour à son ministre, l’honorable Hector Perrier :

L’honorable M. Godbout (L’Islet): Comme le député de Lotbinière (M. Chaloult), représentant du Bloc populaire, l’autre groupe d’opposition, n’est pas présent, il serait peut-être bon (en se tournant vers le député de Terrebonne, l’honorable M. Perrier) que quelqu’un parle au nom de ce parti politique pour présenter des vœux au chef de l’opposition.

(Rires)

J’invite donc le député de Terrebonne (l’honorable M. Perrier), vu qu’il appartient généralement au secrétaire de la province de se charger des missions diplomatiques et qu’il a le talent pour ces choses délicates, à présenter les vœux du Bloc populaire au chef de l’opposition.

L’honorable M. Perrier: Je ne peux me dérober à l’aimable invitation de mon chef.

Je suis heureux d’avoir l’occasion probablement unique dans ma vie de représenter officiellement le Bloc Populaire pour offrir des souhaits au chef de l’opposition. Je ne doute pas qu’avec la gentilhommerie qui le caractérise, si le député de Lotbinière (M. Chaloult) eût été présent, il se serait fait un devoir de participer à cette manifestation. […]

 

Une ambiance bon enfant

L’honorable Hamel: L’opposition veut profiter de mon entrée récente aux Terres et Forêts pour m’embarrasser. Si elle nous menace de nous faire veiller tard, c’est très bien, j’en suis! Pour employer une expression populaire, je dirai que je ne suis pas un "casseux" de veillées.

(Rires)

[…]

M. Duplessis (Trois-Rivières): C’est un plaisir pour nous de veiller sur les intérêts de la province et de surveiller le gouvernement. (11 mars )

 

Un député prévoyant 

En 1943, le gouvernement du Québec signe une convention avec le gouvernement de l’Ontario afin d’étatiser des forces hydrauliques sur la rivière Outaouais, d’une puissance approximative de 400 000 chevaux-vapeur. Dans cette convention, il y a échange de pouvoir hydraulique entre les deux provinces pour une période de 999 ans. Le député J.-Paul Beaulieu, de l’Union nationale s’en inquiète (16 mars ):

M. Beaulieu (Saint-Jean-Napierville): […] Le contrat est pour 999 ans. Qu’arrivera-t-il en l’an 2942, alors que le contrat expirera?

Les députés de la droite: Adopté! Adopté!

 

Critique des sources

Par Christian Blais

Les membres de la Tribune de la presse à Québec en 194338

En 1943, les correspondants parlementaires rompent avec la tradition voulant qu’un nouveau président soit élu chaque année. Pour lui témoigner « leur plus haute estime », ils réélisent Joseph Lavergne de La Patrie comme président de la Tribune39. Les présidents d’honneur de la « Galerie » sont l’honorable Hector Laferté, président du Conseil législatif, et l’honorable Cyrille Dumaine, président de l’Assemblée législative.

Les autres membres connus de la Tribune de la presse sont : Maurice Bernier, de L’Événement-Journal; Calixte Dumas, de L’Action catholique; Henri Dutil, du Soleil; Damase Potvin (secrétaire-trésorier de la Tribune), de La Presse; Louis Robillard, du Devoir; Henri St-Pierre (vice-président de la Tribune), du Montreal Daily Star et Abel Vineberg, de la Gazette40.

À cela s’ajoutent les chroniques publiées périodiquement dans Le Canada, Le Droit, La Tribune, le Quebec Chronicle-Telegraph, le Sherbrooke Daily Record, Le Montréal-Matin, La Terre de chez nous, La Gazette du Nord, La Voix des Bois Francs, The Canadian Labour Press, The Standard, Le Nouvelliste, L’Éclaireur, Le Guide, L’Avenir du Nord, Le Canada-Français et le Franco-Canadien, The Standard, le Dorchester et L’Éclaireur. Signalons, entre autres, que le journaliste Lévis Lorrain, dans Le Guide, publie des discours complets de Duplessis alors que ceux-ci avaient seulement été résumés dans les grands quotidiens41.

 

Études de cas : regard critique sur quelques quotidiens42

Les chroniqueurs parlementaires font preuve de neutralité dans leurs comptes rendus des débats. Durant la session parlementaire de 1943, seul René Chaloult revient sur le travail du correspondant du Canada pour relever une légère imprécision. Lors de la séance du 8 avril, il fait cette remarque :

Un journal de Montréal, Le Canada, m’a fait dire hier que j’étais en faveur de la nationalisation de toutes les industries, sauf peut-être celle de la forêt. Mais je n’ai pas tant généralisé et je n’ai parlé que d’un certain nombre d’industries. Il aurait fallu dire que je me suis prononcé pour la nationalisation de plusieurs industries basiques. Autrement, ce serait du socialisme.

 

Le Canada du 9 avril 1943 revient sur le propos pour donner les précisions suivantes:

Avant de parler mardi, le député de Lotbinière avait fait remettre aux journalistes un plan de son discours, écrit de sa main et dans lequel on pouvait lire ce qui suit: « M. Chaloult préconise la nationalisation de tous les pouvoirs hydroélectriques, des mines, des banques, des engrais chimiques et cœtera caetera (ce qui veut dire "et tout le reste"). »

Dans son discours même, il a déclaré: « Dans les autres pays, la nationalisation devrait être l’exception, mais dans la province de Québec, elle devrait être la règle. »

Le député de Lotbinière a cependant fait une exception en déclarant plus tard: « Je ne suis pas pour la nationalisation de l’industrie de la forêt. »

La conclusion s’imposait que M. Chaloult voulait tout nationaliser, sauf l’industrie forestière. Mais il n’a mentionné que cette dernière comme exception. Les autres étaient comprises dans ces mots de son plan: « Et le reste. »

C’est ce que toute la Chambre a compris et c’est ce que Le Canada a publié. Mais M. Chaloult a voulu se corriger.

 

Il n’en demeure pas moins que les parlementaires ont confiance en la valeur des comptes rendus que publient les membres de la Tribune de la presse. Le premier ministre Godbout, lors d’une fête donnée en l’honneur des journalistes, saisit d’ailleurs l’occasion « pour rendre hommage à l’honnêteté de la presse de la province de Québec43 ».

Le trésorier de la province, Mathewson, ajoute aussi un commentaire qui permet de mieux saisir la portée de certains échanges entre les députés et qui, dans les comptes rendus des débats, prêtent parfois à une mauvaise interprétation. S’adressant au chef de l’opposition, Duplessis, Mathewson fait ce commentaire à la séance du 30 avril :

Je crois que le chef de l’opposition a prononcé des paroles qui dépassent sa pensée. Je sais qu’il le fait plutôt pour me taquiner. Personnellement, il est gentil. Sous prétexte de faire des plaisanteries, quelquefois l’honorable chef de l’opposition dit des choses qui ne devraient pas être dites en cette Chambre. Il dit cela avec sourire et bonhomie. Mais le sourire et la bonhomie ne se traduisent pas sur les journaux. On n’y voit que des paroles froides.

 

À l’occasion toutefois – dans les préambules qui donnent en substance le contenu des séances –, des journalistes expliquent le climat dans lequel se sont déroulés les débats. Par exemple, on peut lire dans Le Droit que « c’est dans une atmosphère particulièrement orageuse » que l’Assemblée législative a fait son travail à la séance du 11 mars44. Le même jour, La Patrie en fait autant en indiquant qu’il y eut, en Chambre, « une discussion fort animée et prit parfois l’allure des débats d’antan, au temps des hon. Taschereau et Duplessis45 ».

Dans un autre registre, bien que Le Devoir affiche un ton neutre dans ses comptes rendus, ce quotidien se démarque toutefois par sa volonté de faire « l’éducation du peuple ». En fait, Pierre Vigeant, journaliste du Devoir en 1943, dans un article intitulé « La préparation à la carrière politique ou parlementaire », décrit comment il voit le métier de parlementaire. À la une de l’édition du 3 mars 1943, Vigeant se penche sur la question de la procédure parlementaire. La carrière parlementaire exige une préparation, explique-t-il. Le député « devrait se familiariser avec le droit constitutionnel, l’histoire, l’économie politique ». Il termine ainsi :

Ce n’est pas tout d’avoir de bonnes idées : il faut trouver le moyen de les exprimer. Ceux qui ne maîtrisent pas la procédure s’exposent à demeurer parmi les backbenchers qui doivent se contenter du discours traditionnel pendant le débat sur l’adresse ou le budget que personne n’écoute et que l’on cite ensuite aux électeurs à même le Hansard pour montrer ce que l’on a dit « sur le parquet de la Chambre ». Il est préférable d’apprendre la procédure dans les manuels que de se la faire enseigner à ses dépens par les adversaires au cours de débats importants où l’on s’enferre et l’on se fait proprement rabrouer46.

 

Le 5 mars, Vigeant insiste cette fois sur l’éloquence parlementaire. Car « les électeurs exigent de la tenue de la part de leurs représentants ». Il s’explique ainsi :

Ces préceptes d’éloquence parlementaire, d’inspiration anglaise, sont aussi de nature à épargner bien des imprudences et des erreurs aux orateurs. Il ne faut jamais brûler ses ponts en politique : c’est une règle de prudence élémentaire. Il n’y a pas de risque à dénoncer, même violemment, les idées, les mesures, les décisions d’un adversaire; il est beaucoup moins sage de s’en prendre à sa personne, de tenter de le discréditer. Politics make strange bedfellows. […] Il est facile de justifier une alliance avec celui dont on a simplement combattu la politique lorsqu’une nouvelle question fournit un terrain d’entente; il est beaucoup moins facile d’expliquer un rapprochement avec celui que l’on traitait encore hier de traître, de voleur et de vendu47.

 

Au passage, Vigeant fait un pied de nez au Parti libéral ainsi qu’à l’Union nationale. Il écrit qu’en cette période de bouleversement « les cadres des vieux partis volent en éclats et que l’on s’achemine vers un nouvel équilibre des forces politiques48 ». Avec de tels commentaires, on comprend mieux pourquoi l’historien Robert Rumilly associe Le Devoir au mouvement du Bloc populaire canadien49.

 

Des indices sur le travail des chroniqueurs parlementaires

À l’occasion, les membres de la Tribune de la presse donnent quelques indices sur la pratique de leur métier. Par exemple, dans un préambule du Soleil, on peut lire : « Voici un résumé aussi exact que possible des discours des deux chefs de partis50. » Dans L’Événement, on lit : « Voici la substance des quatre discours de la journée51. » Dans Le Nouvelliste, il est écrit : « Voici un résumé des séances d’hier52 » ou encore « Voici de courts résumés des discours prononcés, hier, par M. Émile Boucher et Albiny Paquette pendant le débat sur la conscription pour service outre-mer53. » Même chose dans L’Action catholique – alors que l’opposition parle 40 heures sur l’établissement d’une manufacture de sucre de betterave à Saint-Hilaire –, le courriériste écrit : « Voici le compte rendu des principaux incidents de la journée de samedi54. » Enfin, parfois ce sont des incidents hors de contrôle qui ont pour conséquence de modifier un compte rendu; c’est ainsi que Le Devoir rapporte que : « Le retard du courrier postal du C.P.R. de Québec, occasionné par le déraillement d’un convoi de marchandises, nous contraint à abréger aujourd’hui le compte rendu de la session provinciale55. »

Les termes employés, c’est-à-dire « résumé », « courts résumés », « la substance » et « principaux incidents » nous permettent de mieux comprendre le travail des courriéristes. Si l’objectif premier demeure de rapporter mot à mot les propos des députés, les circonstances amènent parfois les journalistes à abréger les discours. Notamment, lorsque les discours des députés prennent des proportions considérables, il va de soi que les journaux ne disposent pas de l’espace alloué pour publier les débats dans leur intégralité. Mais tout porte à croire que les chroniqueurs parlementaires exercent leur métier avec minutie.

 

La ligne éditoriale

Durant la session de 1943, la ligne éditoriale partisane des principaux quotidiens ne transparaît pour ainsi dire jamais dans les chroniques parlementaires. Les titres et les sous-titres qui accompagnent les comptes rendus ne sont pas non plus ponctués de propos partisans.

Le Soleil fait parfois figure d’exception. Dès l’ouverture de la session, le journal du 24 février 1943 rapporte en gros titre que « Le gouvernement Godbout protège la famille québécoise ». Le 26 février, le titre du compte rendu est « M. Godbout défend avec éloquence la province de Québec » et poursuit en parlant de « l’œuvre libérale » en sous-titre. Le 10 mars, sous le titre « Godbout n’a cédé aucun droit de la province de Québec », Henri Dutil parle, en introduction, « d’envolée oratoire » du premier ministre « suivie d’une ovation ». Comme dernier exemple, Le Soleil titre avec « Godbout lance une bombe dans le champ de l’Opposition », le 21 juin. Si l’allégeance libérale du Soleil n’est un secret pour personne, le journal offre cependant un compte rendu comparable à celui des autres quotidiens.

Malgré les liens partisans qui unissent les partis politiques aux journaux, il arrive que les courriéristes saluent l’éloquence des députés qui siègent sous une bannière « adverse ». C’est le cas avec l’édition de L’Action catholique du 4 mars 1943. Ce journal conservateur et nationaliste complimente prudemment le discours de René Chaloult : « Le député de Lotbinière n’a pas été moins éloquent qu’au cours de la session précédente. Même phrase élégante, même voix claironnante et même crânerie. Il ne pouvait s’attendre à recueillir des applaudissements, mais il a forcé la Chambre à l’écouter dans un impressionnant silence. »

Bref, lorsque l’on s’en tient seulement aux comptes rendus des courriéristes, il apparaît que les discours des parlementaires ont été rapportés ou résumés avec souci et honnêteté. Sans le travail des membres de la Tribune de la presse, la mémoire politique du Québec n’aurait pas été la même.

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale, Québec, Publications du Québec, 2008, 692 p.; Jean-Marie Lebel, Québec 1608-2008 : Les chroniques de la capitale, Québec, PUL, 2008; Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal Express, 1989, tome 2; Jean-Guy Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, Québec (Ph. D. histoire, Université Laval), 1977, 2 tomes; Jean-Guy Genest, Godbout, Sillery, Septentrion, 1996, 385 p; Conrad Black, Maurice Duplessis, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1999, 547 p.; Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, Montréal, Fides, 1973, 2 tomes; Notices en langue française du Canadian Catalogue of Books 1921-1949, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec, 1975, Bulletin bibliographique de la Société des Écrivains canadiens, Montréal, Éditions de la Société des Écrivains canadiens, 1943, 108 p.; 263 p.; Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, http://www.bilan.usherbrooke.ca; Michael L. Hadley, opérations des sous-marins allemands, http://www.thecanadianencyclopedia.com/

2. Le lieutenant-gouverneur, lors de la prorogation de la session, dira : « La grande victoire que les Alliés ont remportée en Afrique du Nord nous permet d’espérer que nous verrons bientôt la fin de la terrible guerre qui, depuis plus de trois ans, dévaste le monde et endeuille les foyers. Je prie la Providence de hâter la victoire de nos armes et de répandre ses bienfaits sur notre province et notre pays. »

3. Les Canadiens forment autour de 20 % des forces armées alliées qui participent à cette opération dans les Aléoutiennes. Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, http://www.bilan.usherbrooke.ca

4. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…,  p. 146.

5. Selon Hector Laferté, le nouveau conseiller législatif Vaillancourt fait une impression qui sort réellement de l’ordinaire en proposant l’Adresse. « Il a parlé comme un vieux parlementaire, avec beaucoup d’aisance et comme s’il siégeait depuis très longtemps. Nous avons décidé, poursuit Laferté, de faire relier son discours en brochure et de le distribuer. C’est réellement une grosse acquisition pour le Conseil. » Hector Laferté, Derrière le trône : Mémoires d’un parlementaire québécois, 1936-1958, Sillery, Septentrion, 1998, p. 217.

6. H. Laferté, Derrière le trône…, p. 212-213.

7. « Échos de la session provinciale », Le Canada, 24 février 1943, p. 12.

8. Le Devoir du 26 février 1943, cité par J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout…, p. 477 .

9. C. Blais, G. Gallichan, F. Lemieux et J. Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale, p. 444.

10. René Chaloult, Mémoires politiques, Montréal, Éditions du Jour, 1969, p. 131.

11. R. Chaloult, Mémoires politiques, p. 134.

12. Deux hommes, deux attitudes; Pendant que l’Hon. Maurice Duplessis et ses vaillants députés de l’Union nationale luttent dans l’intérêt du peuple, le gouvernement Godbout-Bouchard travaillent [sic] servilement dans l’intérêt du parti "rouge à Québec, rouge à Ottawa", Québec, s.n., 1944, p. 1.

13. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…,  p. 154 et 164.

14. Selon L’Action catholique du 11 mars 1942, page 3, M. Duplessis a été hospitalisé à l’hôpital Saint-Sacrement de Québec à partir de la fin de décembre 1941 pour subir une intervention chirurgicale. Il aurait quitté en mars cette institution pour terminer sa convalescence dans le sud des États-Unis. Quant à la nature de l’intervention, Robert Rumilly écrit que Duplessis souffrait d’une hernie étranglée et resta hospitalisé jusqu’au 22 avril 1942 en raison d’une pneumonie, après quoi il reprit pour de bon ses activités politiques. Antonio Barrette et Conrad Black ajoutent d’autres détails pertinents. Durant ce séjour à l’hôpital, Duplessis, menacé d’aggraver le diabète dont il souffrait, décida de suivre l’avis des médecins et de réduire sa grande consommation d’alcool. À la fin de 1942, il cessa complètement de boire et soigna son diabète quotidiennement grâce à l’injection d’insuline. Pour en savoir plus, voir : Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps. Tome 1 (1890-1944), Montréal, Fides, 1973, Coll. « Vies canadiennes », p. 606-610 et 619-620; Conrad Black, Duplessis. L’ascension, vol. 1, Montréal, Éditions de l’Homme, 1976, p. 426; Antonio Barrette, Mémoires, Montréal, Beauchemin, 1966, p. 375.

15. « Ouverture d’une 4e session à Québec », La Presse, 24 février 1943, p. 27.

16. H. Laferté, Derrière le trône…, p. 218.

17. En 1922, le gouvernement fédéral transféra l’administration des pêcherie au Québec, à l’exception des Île-de-la-Madeleine.

18. Godbout et Mathewson assistent à une conférence des premiers ministres, convoquée par Mackenzie King, à Ottawa, pour rechercher des compensations. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec : La guerre de 1939-1945, Montréal, Fides, 1969, p. 116.

19. Ibid., p. 141.

20. R. Chaloult, Mémoires politiques, p. 136-137.

21. Hector Perrier, entrevue, été 1967, dans J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, p. 495.

22. Un débat similaire se déroule le 3 et 11 mai 1944.

23. Camille Pouliot de l’Union nationale vote avec les ministériels sur le principe de la loi en deuxième lecture.

24. Cette loi de l’instruction publique améliorait, entre autres, le régime de pension des enseignants retraités. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, p. 488.

25. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, p. 520.

26. Hector Laferté fait ce commentaire : « Il est aussi question de former une Commission du Service civil, donnant la pension à 65 ans. Alors pourquoi nous nommer des vieux comme Séguin qui a 70 ans et [J. Ernest] Guertin qui en a 72? », H. Laferté, Derrière le trône…, p. 213.

27. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, p. 521.

28. La construction ne devait être achevée qu’en octobre 1944.

29. Le Droit du 19 juin 1943, p. 7.

30. « 2 députés en uniforme au parlement de Québec », La Presse, 23 février 1943, p. 11; « Échos de la Session Provinciale », Le Canada, 10 mars 1943, p. 12. Claude Jodoin fut lieutenant de réserve, selon cette source.

31. Il y avait eu une motion semblable à la session de 1942.

32. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…,  p. 153; J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, p. 522.

33. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 183.

34. Pour de plus amples détails sur l’assurance-maladie et les allocations familiales, voir : R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 185-186; J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, p. 508-509; P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…,  p. 153.

35. Pour plus de détails, voir : R.Rumilly, Maurice Duplessis…, p. 626.

36. Ibid., p. 189.

37. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 115

38. Voir : Jocelyn Saint-Pierre, Histoire de la tribune de la presse à Québec, 1871-1959, Montréal, VLB éditeur, 2007, 315 p.

39. « M. J. Lavergne réélu président de la Galerie de la presse à Québec », Le Canada, 24 février 1942, p. 12.

40. Jocelyn Saint-Pierre, Les membres de la tribune de la presse : liste chronologique, 1871-1989, Québec, Bibliothèque de l’Assemblée nationale, 1990, Bibliographie et documentation, no 34.

41. Le Guide du 10 mars, du 17 mars et du 24 mars 1943.

42. Sur la méthodologie relative à la reconstitution des débats, voir : Gilles Gallichan, « Le Parlement "rapaillé". La méthodologie de la reconstitution des débats », Les Cahiers des Dix, no 58 (2004), p. 275-296.

43. « Sur la colline parlementaire », L’Événement, 3 mars 1943.

44. « Echec des ministériels sur l’accord hydro-électrique Ontario-Québec », Le Droit, 12 mars 1943, p. 1.

45. « Débat autour de l’accord sur les forces hydrauliques », La Patrie, 12 mars 1943, p. 4.

46. Pierre Vigeant, « La préparation à la carrière politique ou parlementaire. I. Sport de millionnaire, métier de gueux ou profession utile- La procédure et la tactique parlementaire », Le Devoir, 3 mars 1943, p. 1.

47. Pierre Vigeant, « La préparation à la carrière politique ou parlementaire. II. L’éloquence parlementaire – la spécialisation – Études politiques et travail d’équipe  », Le Devoir, 5 mars 1943, p. 1. Notons que les textes de ces articles ont été retranscrits par Gilles Gallichan dans le Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, no 30, vol. 3-4-, décembre 2001, p. 3-6.

48. Ibid.

49. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, p. 130.

50. « M. Godbout défend avec éloquence la province de Québec », Le Soleil, 26 février 1943, p. 3.

51. « La session provinciale », L’Événement, 19 mars 1943, p. 3.

52. « La séance d’hier à la Chambre fut animée d’un piquant débat », Le Nouvelliste, 24 mars 1943, p. 12.

53. « À l’Assemblée Législative », Le Nouvelliste, 18 mars 1943, p. 1.

54. « L’opposition a parlé sans interruption durant 40 heures », L’Action catholique, 21 juin 1943, p. 3. Il en est de même dans " Débat orageux autour de l’industrie de la betterave à sucre dans la province ", La Patrie, 19 juin 1943, p. 21, où il est écrit : « Nous donnons ici un résumé du débat des séances de l’après-midi et de la soirée. »

55. « MM. Robidoux et Guérin prononcent leur discours sur l’adoption de l’adresse », Le Devoir, 25 février 1943, p. 3.