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22nd Legislature, 2nd Session
(February 13, 1946 au April 17, 1946)

Par Gilles Gallichan

Faits marquants de la session de 1946

Le 13 février 1946, le lieutenant-gouverneur, sir Eugène Fiset, ouvre la deuxième session du gouvernement unioniste de Maurice Duplessis. C’est aussi la première session ouverte depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La cérémonie parlementaire reprend, selon la tradition, les rites et procédures britanniques. L’atmosphère est plus optimiste et l’esprit, moins lourd qu’au cours des années de guerre, mais cette ouverture de session conserve encore, selon les observateurs, l’empreinte d’une certaine austérité militaire. De son côté, Hector Laferté, leader de l’opposition au Conseil et homme de convenances, remarque que le protocole a laissé à désirer au cours de cette séance1.

Pour sir Eugène, cette session marque le début d’un nouveau mandat au poste de lieutenant-gouverneur. À titre de soldat et d’ancien combattant, il incarne bien ces années où la vie militaire occupe toujours une place importante dans la vie nationale.

Une nouvelle session est à la fois une occasion de bilans et de projets. Celle de 1946 permet d’évaluer une première année d’après-guerre chargée d’événements majeurs pour l’histoire du monde, dont certains ont eu des échos au Canada et au Québec.

 

Bilan d’une première année d’après-guerre

La session précédente s’est terminée à Québec le 1er juin 1945 en pleine campagne électorale fédérale sur fond de divisions causées par l’application de la loi sur la conscription2. Les élections générales du 11 juin opposaient principalement les libéraux de William Lyon Mackenzie King, les progressistes-conservateurs de John Bracken, les candidats du C.C.F.de M. J. Coldwell et ceux du Bloc populaire de Maxime Raymond. Les libéraux ont conservé une mince majorité (125 sièges sur 245), grâce à l’appui marqué du Québec (53 des 65 circonscriptions). Défait dans son comté de Prince-Albert en Saskatchewan, le premier ministre King doit se présenter dans une partielle dans Glengarry (Ontario) pour aller siéger aux Communes.

La guerre mondiale s’achève enfin avec la capitulation du Japon (14 août) qui suit l’explosion des bombes atomiques sur Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août). Le Canada rapatrie les soldats qui ont servi en Europe, à partir de juillet 19453. Les hommes du Royal 22e Régiment arrivent à Québec le 1er octobre, suivi, le 30 décembre, du Régiment de la Chaudière, lequel, formés de Canadiens français, se sont brillamment illustrés dans la libération de l’Europe.

Avec la fin du conflit, une nouvelle ère commence dans les relations internationales. Le Canada et le Québec sont présents dans cette grande réorganisation du monde. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) voit le jour à Montréal le 15 août 1945 et la Food and Alimentation Organisation (FAO) est créée à Québec le 16 octobre suivant. Le maire de la capitale, Lucien Borne, souhaiterait même que sa ville devienne le siège permanent de la nouvelle Organisation des Nations unies (ONU) dont la charte est signée à San Francisco le 26 juin. Une demande formelle est déposée en ce sens pour faire de Québec une nouvelle Genève, mais on préférera, aux bords escarpés du Saint-Laurent à Québec, les rives plus douces de l’Hudson à New York4.

Le 1er août 1945, Harold Alexander de Tunis (1891-1969), héros britannique des deux guerres mondiales, est désigné gouverneur général du Canada. Il n’arrivera au pays qu’en avril 1946 pour prêter serment et occuper sa fonction. À l’Assemblée législative, le 13 avril, René Chaloult remarquera que la cérémonie, qui a eu lieu à Ottawa, s’est déroulée entièrement en anglais, au mépris d’une des deux langues officielles du Canada. Ce fait que la presse qualifiera de « déplorable incident » ne passe pas inaperçu. Chaloult va plus loin en regrettant également que le gouverneur général ne soit pas un Canadien. Une telle critique qui aurait pu choquer quelques années plus tôt semble à présent acceptable, même dans les milieux plus conservateurs au Canada anglais et, de fait, le vicomte Alexander de Tunis sera le dernier Britannique à occuper la fonction vice-royale au Canada.

Les mentalités ont évolué avec la guerre et la question de l’identité canadienne est moins perçue comme subversive contre l’Empire britannique. On parle de légiférer à Ottawa pour créer une citoyenneté canadienne5 et la question du drapeau, qui sera l’objet d’un chaud débat pendant 20 ans, est déjà à l’ordre du jour. Malgré les nuages d’une guerre froide qui viendra remplacer le conflit armé, l’heure est à l’optimisme au Canada. Le 1er janvier 1946, on a célébré partout avec allégresse le premier jour de l’An de paix depuis 19396. Dans leurs messages de début d'année, les chefs politiques québécois parlent d'optimisme, de justice et de paix7.

Certains observateurs attentifs réalisent que la guerre a provoqué une profonde secousse qui aura des impacts moraux, sociaux, idéologiques et économiques pour les Canadiens français8. La pensée intellectuelle au Québec fait des progrès, notamment au sein des mouvements de jeunesse, dans les collèges et les universités, comme à la faculté des sciences sociales de Laval où le père Georges-Henri Lévesque, o. p. éveille les consciences aux réalités du monde moderne.

L’année littéraire 1945-1946 est marquée par le succès des romans de Germaine Guèvremont, Le Survenant, et de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion9. Leur notoriété dépasse les frontières du Canada français et leur valeur est reconnue jusqu’en Europe. Après avoir reçu en 1946 le prix David au Québec, Guèvremont reçoit le prix Sully-Olivier de Serres, décerné par l’Académie française, et Bonheur d’occasion vaudra à Roy le prix Fémina en 1947. D’autres auteurs font leurs premiers pas littéraires à cette époque : Yves Thériault, Jean-Charles Falardeau, Marcel Trudel, Luc Lacourcière, Marcel Rioux, Guy Frégault et Roger Lemelin, pour ne nommer que ceux-là. Une nouvelle génération d’écrivains, d’artistes, d’universitaires et de journalistes émerge en ces années médianes de la décennie. Elle ne tardera pas à critiquer les cadres traditionnels de la société et à remettre en question certains dogmes de la vie nationale du Canada français. Ce qui semblait immuable et pérenne sera confronté à des réalités nouvelles et inédites, mais, pour l’heure, Maurice Duplessis incarne l’autorité, la stabilité et la continuité et, à première vue, rien ne semble encore devoir changer au pays du Québec.

 

La session

En février 1946 la répartition des sièges à l’Assemblée législative est la suivante : 49 Union nationale, 36 Parti libéral, 3 Bloc populaire, 1 CCF et 1 indépendant, pour un total de 90 sièges. L’Union nationale est cependant minoritaire au Conseil législatif, mais de l’avis de la presse, le gouvernement n’a pas à craindre un blocage de ses politiques à la Chambre haute. Louis Robillard, correspondant du Devoir, écrit à ce propos :

La surprise d’un échec ministériel pourrait venir du Conseil législatif où l’Union nationale accuse une minorité de 19 (sur 24 sièges). Mais les « Honorables Messieurs » voudront-ils se payer « le luxe » de renouveler souvent leur vote contre une grande mesure gouvernementale? Une opposition systématique de la Chambre haute allumerait un très grave conflit avec le pouvoir dont l’électorat finirait par être l’arbitre. La Chambre rouge ne voudra probablement pas courir à cette issue dangereuse10.

 

En 1946, Maurice Duplessis a déjà le parfait contrôle de la structure parlementaire et gouvernementale à Québec. Aucun de ses 13 ministres en titre, auxquels s’ajoutent sept ministres d’État (sans portefeuille), ne lui fait ombrage. Selon son habitude, c’est souvent le premier ministre qui défend en Chambre l’ensemble des projets de loi publics, ne laissant à ses ministres qu’un rôle secondaire.

Les grandes questions abordées dans le discours du trône annoncent les principaux débats à venir. La création d’un ministère de la Jeunesse a été révélée par le premier ministre à l’été 194511, elle sera présentée aux élus en 1946, ce qui provoquera un débat sur le financement de l’instruction publique au Québec. On parle aussi de Santé, de crédit agricole et de colonisation, des forêts et des ressources naturelles et, surtout, de la concession des mines de fer de la Côte-Nord à la compagnie Hollinger. Les politiques ouvrières et la voirie sont également deux incontournables sujets des législateurs québécois.

Le député Georges-Octave Poulin a été élu dans une partielle en Beauce, le 21 novembre 1945, sous la bannière de l’Union nationale, mais cette élection est contestée. Maurice Duplessis n’en a cure, heureux d’avoir repris cette circonscription qui avait élu Édouard Lacroix, du Bloc populaire, en 1944. C’est donc à ce nouveau député beauceron que l’on demande d’inaugurer les débats et de rendre son tribut d’hommages au gouvernement. (14 février) Mais on passe rapidement au menu législatif et, se voulant « efficace et expéditif », le premier ministre fait déposer dès les premiers jours de la session plusieurs projets de loi dans le but d’accélérer les travaux parlementaires. C’est une session menée à bonne cadence. Le Devoir saluera la célérité de Maurice Duplessis dans l’organisation du calendrier et du travail parlementaires. On considère qu’il y aurait lieu encore « de simplifier la procédure parlementaire inutilement longue et compliquée, héritage d’autres âges et d’autres mœurs12 ».

Au total, entre le 13 février et le 17 avril 1946, l’Assemblée a siégé 36 jours et tenu 58 séances, au cours desquelles elle a étudié 132 projets de loi et adopté 55 lois publiques et 65 lois privées.

 

Les principaux acteurs

Maurice Duplessis domine la scène. Les parlementaires souligneront son 56e anniversaire de naissance en avril. Il se présente toujours en champion de l’autonomie provinciale. En début d’année, il a rencontré ses partisans à Québec au Club Renaissance. Il veut, dit-il, défendre « les libertés et les prérogatives provinciales » contre les « centralisateurs et [l]es assimilateurs ». Il ne faut pas céder aux mirages des subventions fédérales qui affaibliraient l’État québécois. « Vous ne crucifierez pas la province de Québec, même sur une croix d’or », lance-t-il alors à l’adresse des autorités fédérales13.

À l’Assemblée, le premier ministre a développé des tactiques redoutables que sa majorité lui permet d’imposer au Parlement. Par exemple, dans les débats, il ne cesse de soulever des points d’ordre, dès que les députés s’éloignent un tant soit peu du sujet discuté ou de l’article de la loi à l’étude. Aussi, pour accélérer les travaux, il aime bien répéter que les débats sont une perte de temps et d’argent que l’opposition impose abusivement à la province, aux dépens des contribuables. (20 mars) Même dénoncées par l’opposition, ces stratégies partisanes demeurent des armes favorites pour le chef du gouvernement.

Adélard Godbout, chef de l’opposition, dirige une opposition expérimentée et compétente. Malgré ses revers électoraux, il demeure combatif et ramène souvent le débat à un niveau de haute courtoisie qui, dans le feu de l’action, n’est pas toujours à l’ordre du jour. Il n’oublie pas les cultivateurs du Québec, auxquels il souhaite un meilleur partage fiscal de l’entreprise familiale. Son nationalisme s’exprime dans un Canada qui est pour lui « la grande patrie », mais sa « petite patrie » québécoise est celle des origines, de la famille et de la foi. En janvier 1946, il réaffirme son appartenance au Canada français et regrette qu’un francophone se sente en pays hostile hors du Québec. Il souhaite un Canada bilingue14. Si, pour lui, la grandeur du Québec passe par le progrès du Canada, ce progrès n’est possible que par le « respect absolu du pacte confédératif » et il fait également profession d’autonomie. (19 février) Il se défend contre les attaques de Maurice Duplessis à propos de la fameuse entente fiscale de 1942 avec le gouvernement fédéral, que le premier ministre aime bien associer à une trahison nationale. Il doit aussi combattre les rumeurs, entretenues par ses adversaires, sur sa possible démission et celles voulant que certains libéraux, comme le conseiller législatif Philippe Brais, aspireraient à prendre son poste15. Malgré les attaques et les rumeurs, le chef libéral est assez confiant en 1946, il a refait alliance avec les libéraux d'Ottawa16 et estime qu'il pourrait peut-être reprendre bientôt le pouvoir.

André Laurendeau, chef du Bloc populaire, n’a qu’un quarteron de députés, mais apporte une dynamique intelligente aux travaux. Sa préparation intellectuelle et sa réflexion sur les problèmes du Québec lui permettent de prendre part à tous les grands débats de la session. À certains égards, on peut qualifier ses interventions de visionnaires.

René Chaloult, député indépendant de Québec, souffle à la fois les braises du conservatisme le plus traditionnel et aussi, parfois, sur celles d’idées novatrices qui annoncent les futures réformes de la Révolution tranquille. Il se réfère souvent aux doctrines sociales de l’Église et appelle de ses vœux un assainissement des mœurs électorales. (20 février) À coup sûr, ce député cherche toujours l’affirmation du Québec, le progrès de son économie et le développement de son État national. Pendant la session, il aborde de nouveau la question du drapeau à laquelle il accorde une grande importance symbolique.

Le président de l’Assemblée, Alexandre Taché, entièrement dévoué aux ordres du premier ministre, manque souvent l’occasion d’imposer la nécessaire distance qui doit séparer le pouvoir législatif du pouvoir exécutif. Ses décisions sont invariablement favorables au gouvernement et l’opposition les soumet régulièrement à la procédure d’appel pour bien marquer sa dissidence.

Par exemple, le 19 février, sur une question de règlement soulevée par le premier ministre, l’Orateur Taché, contre toute la tradition jurisprudentielle parlementaire, limite l’étendue des sujets qu’un député peut aborder dans le débat sur l’adresse en réponse au discours du trône. Des députés s’insurgent contre l’impuissance de l’opposition17 et des débats de procédure sont souvent animés. Le 28 mars, le député de Montréal-Mercier, Joseph-Achille Francoeur, frôle même l’expulsion de la Chambre.

Dans son journal, Hector Laferté parle en mars 1946 de « scènes tout à fait disgracieuses » et commente ainsi l’attitude de l’Orateur :

L’opposition est obligée d’en appeler fréquemment des décisions de l’Orateur Alex. Taché qui ne leur rend jamais justice et regarde Duplessis avant de rendre une décision et lui obéit comme un enfant docile à tel point que, de l’avis de tous les parlementaires bien pensants, il n’y a jamais eu sur le fauteuil un Orateur aussi partial et aussi partisan. C’est dégoûtant et c’est un nouveau coup porté à la démocratie et à nos institutions parlementaires18.

 

Les affaires constitutionnelles

L’après-guerre nécessite une clarification du partage des pouvoirs et de la fiscalité au Canada. Le gouvernement d’Ottawa met sur pied des programmes de politiques sociales (assurance-chômage, allocations familiales, assurance maladie), lesquels sont de juridiction provinciale. En conséquence, le gouvernement fédéral souhaiterait voir les provinces lui abandonner définitivement leurs droits à la perception fiscale. Maurice Duplessis, appuyé en cela par les partis d’opposition et l’opinion publique du Québec, refuse d’abandonner des droits reconnus par la Constitution de 1867 qui est selon lui « un pacte d’honneur ». Le Québec, considère-t-il, « le respecte et en exige le respect ». Il associe la centralisation à une forme de totalitarisme, laquelle « répugne profondément à la province de Québec » (13 février).

Pour défendre ses positions, Maurice Duplessis s’est allié au premier ministre ontarien, George Drew, qui refuse également un contrôle fédéral sur ses revenus. Le premier ministre libéral néo-écossais, Angus Macdonald, s’oppose aussi aux visées centralisatrices de Mackenzie King.

Une conférence fédérale-provinciale s’est tenue à Ottawa du 26 au 28 novembre 1945. Les provinces ont d’abord fait un front commun contre la volonté centralisatrice du gouvernement fédéral. La conférence a repris ses travaux du 26 janvier au 2 février 1946. La solidarité interprovinciale du début s’estompe alors, et certaines provinces, moins riches et moins populeuses, accueillent avec plus d’ouverture les généreuses promesses de subsides du gouvernement central. Le Québec, représenté par une nombreuse délégation de ministres et de fonctionnaires, exige des garanties et impose des balises à toute nouvelle entente fiscale. Une autre séance de cette conférence est prévue le 25 avril, après la session parlementaire québécoise.

À Québec, l’opposition s’inquiète d’un affaiblissement de la position du Québec et des provinces au cours de ces négociations. La grande discrétion du premier ministre sur la nature exacte des échanges et l’état du dossier en cours éveille certaines craintes même si Duplessis a promis de soumettre tout projet d’entente à l’Assemblée législative19.

André Laurendeau suit attentivement ce dossier qu’il juge vital pour l’avenir national. Le 31 mars, il prononce sur ce sujet une conférence à la salle Stanislas, avenue Laurier à Montréal,  et dont le texte sera publié sous forme de brochure20. Le 3 avril, à l’Assemblée législative, il propose une motion pour que le gouvernement reflète les justes aspirations du Québec lors de la reprise de la conférence constitutionnelle. En même temps, il demande la création d’une commission d’enquête sur les relations avec le gouvernement fédéral qui opposerait un contrepoids au rapport Rowell-Sirois qui est souvent cité pour justifier les empiétements du gouvernement fédéral sur les droits des provinces21. Au cours de ce débat et des suivants, Laurendeau de révèle un ardent défenseur des droits du Québec et critique vivement la politique de sape d’Ottawa, alors que l’autonomie fiscale des provinces est clairement reconnue par la constitution. (19 février et 11 avril) Il adhère à ce principe d’autonomie fiscale pour qu’on n’ait pas toujours à « aller quémander à Ottawa à propos de tout ». (28 février)

Dans cette bataille qu’il entend livrer contre Ottawa, le gouvernement se donne des instruments pour répondre au contrôle du gouvernement fédéral sur les médias. Il met sur pied un Office de publicité, dont le mandat sera général, mais qui pourra aussi répondre aux « séductions » centralisatrices d’Ottawa. (1er avril)

 

La question du drapeau canadien

Pendant la guerre, les soldats canadiens n’avaient pas de drapeau distinctif sur les champs de bataille européens et ont adopté par défaut le « red ensign » inspiré du drapeau de la marine marchande britannique. Le 8 novembre 1945, Mackenzie King décide de soumettre la question d’un drapeau particulier au Canada, réveillant un débat sensible, touchant l’identité des Canadas français et anglais. Le 24 novembre, le dossier est confié à un comité de la Chambre des communes. Ce débat sur le drapeau durera deux décennies et symbolisera aux yeux de plusieurs le lien historique du Canada avec la Grande-Bretagne et l’Union Jack, le drapeau du Royaume-Uni et de l’empire, flottant toujours officiellement au Canada et sur la tour centrale de l’hôtel du Parlement à Québec.

Le 27 février, l’Assemblée adopte à l’unanimité une motion du député René Chaloult qui demande à la Chambre des communes de choisir un drapeau « véritablement canadien », c’est-à-dire excluant « tout signe de servage envers une puissance étrangère ». C’est une « question brûlante », écrit L’Action catholique, et le journal écrit que le député a défendu sa motion avec modération, mais vigoureusement et « avec une éloquence indiscutable22 ».

 

L’agriculture et la colonisation

Les questions reliées à l’agriculture et à la colonisation sont plutôt secondaires au cours de cette session. On n’y accorde pas l’importance que ces thèmes ont pu connaître dans le passé. C’est à l’extérieur de l’enceinte parlementaire, en avril 1946, que le ministre de la Colonisation Jos.-D. Bégin fera une déclaration publique sur les orientations du gouvernement dans le domaine de la colonisation23. En Chambre, la question ne sera abordée qu’à l’étude des crédits.

 

L’hydroélectricité

Plusieurs questions liées à l’électricité reviennent à l’ordre du jour de cette session. Le 27 février, on débat des relations avec l’Ontario à propos des barrages et du potentiel hydroélectrique de l’Outaouais.

Le 5 mars, le gouvernement présente le projet de loi 5 pour aider à la formation de futurs ingénieurs en électricité sous le patronage d’Hydro-Québec. Mesure qui permettra d’étendre l’expertise dans ce domaine aux Québécois francophones et qui prépare l’immense chantier collectif qui se développera au Québec dans les années 1960 et 1970

L’électrification rurale, si chère à l’Union nationale, est brièvement discutée par une modification à la loi (bill 33), le 1er avril.  Avec le bill 48 sur le financement des commissions scolaires, les compagnies d’électricité devront soutenir à même leurs revenus une part du budget de l’éducation primaire.

 

Les richesses naturelles

Avec le projet de loi 20 sur la concession des territoires miniers de la Côte-Nord et du Nouveau-Québec, les députés ont conscience d’aborder la question la plus importante de cette session. (6 mars) Ce projet de loi fait suite à la loi de 1945 qui permettait au gouvernement d’accorder à une compagnie des droits et garanties de prospection et d’exploitation des ressources minières du Nouveau-Québec (Statuts de la province de Québec, 9 Geo. VI, chap. 55).

Les conditions très favorables faites à la compagnie Hollinger pour lui permettre de développer les gisements fer du Nord choquent les députés de l’opposition qui accusent le gouvernement de vendre les richesses naturelles du Québec pour un plat de lentilles. Le gouvernement reproche aux libéraux de n’avoir rien fait en 40 ans pour développer cette région qui sera enfin ouverte aux travailleurs grâce à une compagnie qui apportera la prospérité.

Le ministre des Mines, Jonathan Robinson, insiste sur la concurrence internationale qui oblige le Québec à être généreux envers la Hollinger s’il ne veut pas voir les capitaux d’exploitation lui échapper vers d’autres pays, notamment en Amérique du Sud, où de riches gisements ferreux ont été identifiés (12 mars). Plusieurs députés de l’opposition sont sceptiques sur la prétendue générosité de la compagnie. Le député socialiste (CCF) de Rouyn-Noranda, David Côté, fait un réquisitoire contre la compagnie minière responsable des misères du peuple : « Si la compagnie investit 200 millions, dit-il, c’est qu’elle est assurée d’en récolter 500 millions dans l’aventure. »

Le 29 mars, Adélard Godbout fait une critique approfondie du projet de loi qui accorde, à son avis, un monopole et des privilèges abusifs à une seule compagnie. Paul Sauvé, André Laurendeau et le premier ministre participent également à cet important débat.

De son côté, René Chaloult dénonce les abus du « cartel de l’aluminium », en particulier la compagnie Alcoa qui exploite, dit-il, la main d’œuvre québécoise et se donne bonne figure en finançant la construction d’églises. La compagnie cache ses coffres-forts derrière les autels et fait du clergé des complices de la dictature économique, déclare-t-il (9 avril).

 

Le logement social

Au cours de la session, André Laurendeau insiste particulièrement sur la question du logement social qui affecte gravement une ville comme Montréal24 où les taudis et les appartements insalubres sont trop nombreux. (27 février) Le problème se pose à une vaste échelle et constitue un des défis de l’après-guerre25. De la même manière que le gouvernement a développé le crédit rural pour les agriculteurs, considère-t-il, il devrait aussi favoriser un crédit urbain en faveur des ouvriers. (5 mars) Mais le gouvernement préfère un développement à plus petite échelle et une aide d’accès à la propriété unifamiliale plutôt que de favoriser la construction de maisons d’appartements. Au nom de la liberté de la propriété, le gouvernement hésite aussi à réglementer les loyers et préfère une formule d’arbitrage pour une entente entre propriétaires et locataires. Cette question de l’habitation va demeurer un des problèmes sociaux importants du Québec des années quarante et des années cinquante, laissant subsister des « faubourgs de la misère » dans certains quartiers des grandes villes.

 

La famille, la jeunesse et l’éducation

Sur une demande de documents déposée par Valmore Bienvenue (Bellechasse), l’Assemblée discute les 3 et 9 avril des allocations familiales versées aux mères nécessiteuses. On se demande si le nouveau régime fédéral d’allocations ne pénalise pas ces dernières et par quels moyens elles peuvent retrouver le même niveau d’aide. La famille demeure toujours un sujet privilégié par la classe politique, mais cette année le gouvernement veut mettre l’accent sur la jeunesse.

On a réglé le versement des allocations directement aux mères de famille. Le statut de la femme mariée ne fait pas encore l’objet de débats au parlement, mais il est déjà lancé dans les milieux juridiques. L’avocat Jacques Perrault, proche du Bloc populaire d’André Laurendeau, en fait une conférence devant l’active Ligue pour les droits de la femme, en janvier 194626.

Remplissant la promesse faite en août 1945, Maurice Duplessis annonce la création d’un ministère de la Jeunesse qu’il adjoint au portefeuille du Bien-être social (5 mars). L’initiative inquiète le cardinal Villeneuve qui écrit au premier ministre dès janvier 1946 : « Inutile de vous dire […] ce que des successeurs moins bien intentionnés que vous pourraient faire d’un tel ministère27. » Le clergé est cependant rassuré par l’éventuelle nomination à ce ministère du député de Deux-Montagnes, Jean-Paul-M. Sauvé, qui est déjà perçu comme le dauphin du chef. Pour l’heure, l’initiative n’affecte pas les pouvoirs et attributions du Conseil de l’Instruction publique qui est dominé par le pouvoir épiscopal; et on se défend de vouloir créer un ministère de l’Instruction publique, tant honni par le clergé28. De sorte que plusieurs observateurs se questionnent sur la véritable nature de ce nouveau ministère29.

Le premier ministre fait une ample présentation de son projet de loi (5 mars) voyant la création de ce ministère comme une initiative majeure de son administration. Constatant l’augmentation des taux de natalité, il anticipe les questions scolaires, sociales et économiques qui vont bientôt se dessiner. Cette jeunesse montante pose un défi à un gouvernement traditionaliste et idéologiquement conservateur. Des mouvements catholiques, comme la JÉC, la JOC ou la JIC, portent déjà des ferments de changements et, avec la création de ce ministère, le gouvernement se veut à l’écoute des besoins et des intérêts des jeunes.

La jeunesse est un sujet particulièrement important aux yeux d’André Laurendeau qui lui consacre une longue intervention (12 mars). La question touche naturellement le dossier de l’éducation et Laurendeau insiste sur l’attribution de bourses aux étudiants moins fortunés (20 mars). On parle aussi du faible salaire des institutrices rurales, qui ne dépasse pas 600 $ annuellement. Leur droit à la syndicalisation, défendu par Laure Gaudrault, est abordé le 13 mars.

Le gouvernement présente un important projet de loi (bill 48) sur le financement des commissions scolaires, aussi appelé le « bill Côté » du nom de l’honorable Omer Côté, secrétaire provincial et parrain du bill. Le projet de loi s’appuie sur les conclusions d’un comité d’enquête sur la question, présidé par M. de la Bruère Fortier30. On cherche à assurer un revenu stable aux commissions scolaires déficitaires en mettant à contribution les revenus d’Hydro-Québec et des autres compagnies d’électricité. Les lumières artificielles, répétera le premier ministre, vont servir les lumières intellectuelles. L’opposition critique cette pratique. De sa retraite, l’ancien champion de la nationalisation des compagnies hydrolélectriques, le Dr Philippe Hamel, s’insurge contre l’option du gouvernement qui perpétue un mal par un mauvais expédient et refuse de voir la cause réelle des problèmes économiques et sociaux31

Le 13 avril, on parle de nouveau de la question des écoles juives et de leur intégration au réseau des écoles protestantes. 

 

Les relations Église-État

En 1946, l’Église catholique est encore un pouvoir qui compte dans les politiques gouvernementales. Le premier ministre se fait des plus courtois envers le nouvel évêque de Trois-Rivières, Mgr Maurice Roy, qui est le fils du juge Ferdinand Roy, un des juristes les plus respectés au Québec. On salue aussi la création de l’archidiocèse de Rimouski (19 février). Dans les faits, Maurice Duplessis, par de généreux subsides aux institutions scolaires ou sociales administrées par l’Église, cultive habilement une dépendance du clergé ’avérer électoralement utile32.

Le 9 avril, sur une motion du député de Montmorency, Jacques Dumoulin, l’Assemblée se prononce en faveur d’une représentation diplomatique entre le Canada et le Saint-Siège. Si l’Église catholique a déjà un délégué apostolique depuis la fin du XIXe siècle, le rétablissement du statut de l’État du Vatican depuis 1929 et l’autonomie diplomatique du Canada reconnue depuis le statut de Westminster en 1931 autorisent un échange d’ambassadeurs entre Ottawa et le Vatican et l’ouverture d’une nonciature au Canada. Le Québec étant la seule province majoritairement catholique au Canada, plusieurs souhaitent cette reconnaissance diplomatique33. On craint cependant qu’il y ait résistance dans certains milieux protestants au Canada plus hostiles à l’Église catholique34. Le vœu du Parlement québécois veut donc soutenir la volonté du gouvernement de permettre cet échange diplomatique.

Un épisode peu connu de l’histoire de l’Église québécoise s’est joué en 1946 au comité des bills privés de l’Assemblée législative le 9 avril. L’étude du bill 125 formant l’Association des infirmières de la province de Québec a mis en lumière des tensions qui commençaient alors à s’exprimer au sein du clergé. Cette nouvelle association ne distinguait pas les infirmières catholiques ou non catholiques ouvrant la porte à d’autres associations professionnelles non confessionnelles. Une majorité des évêques s’opposait à cette nouveauté, mais l’archevêque de Montréal, Joseph Charbonneau, l’acceptait. Les infirmières elles-mêmes, dont plusieurs étaient des religieuses hospitalières, étaient divisées. Celles de Montréal approuvaient la neutralité religieuse et celles de Québec s’y opposaient. Le ministre de la Santé et du Bien-être social, le DAlbiny Paquet, proposait de renvoyer le bill à la session suivante pour permettre d’étudier davantage la question et de poursuivre les réflexions; hypothèse qui déplaisait aux intéressées. Prudent en cette matière, Maurice Duplessis voyait cette affaire d’un œil de juriste. Une loi amendée en faveur de la séparation religieuse pourrait être contestée jusqu’en Cour suprême qui donnerait sans doute raison aux opposants, du moins le croyait-il. Constatant que l’épiscopat ne parlait pas d’une seule voix sur cette question, il était autorisé à laisser passer le bill tel quel.  Après des discussions animées au comité des bills privés, le bill 125 fut adopté sans difficulté à l’Assemblée législative. Le Conseil y ajouta plusieurs amendements, mais n’a pas remis en question le principe de neutralité. Cette affaire témoignait déjà d’un changement tant du côté de l’Église du Québec que de la société civile35.

Mais le règne social de l’Église demeure encore puissant. En 1946, la majorité du public considère encore naturel et légitime que le clergé soit présent dans les sphères d’activités publiques y compris la politique. Les autorités civiles voient le clergé comme un allié privilégié dans la lutte contre le communisme, on écoute aussi avec respect les directives morales de l’Église et on porte une attention particulière aux lettres et aux encycliques du pape36.

 

Les finances publiques

Pour livrer son discours sur le budget (28 mars), le trésorier de la province, Onésime Gagnon, revient à l’Assemblée après une longue convalescence, entouré de l’accueil sympathique des députés des deux côtés de la Chambre. Toujours féru d’histoire et de culture, il ne manque pas de souligner aux parlementaires réunis le centenaire de la session de 1846 qui a marqué l’obtention de l’autonomie budgétaire dans la colonie, prélude du gouvernement responsable (1848) qui a mis fin à la vieille querelle des subsides, laquelle avait tellement empoisonné la vie parlementaire du Bas-Canada avant 1837.

Pour 1946, le trésorier apporte de bonnes nouvelles aux députés : un surplus de 1 750 000 $ sur un budget global de 100 000 000 $. Les priorités budgétaires du gouvernement vont principalement aux routes, à l’électrification rurale et l’aide aux municipalités, à la réduction de la dette (pour une somme de 8 200 000 $), à un nouveau programme de colonisation pour aider les soldats démobilisés et à la fonction publique (classification des fonctionnaires). L’honorable Gagnon aborde aussi la question toujours litigieuse du Labrador et s’attaque à la tendance centralisatrice d’Ottawa dans le domaine fiscal qui mine, croit le ministre, la base même de la Confédération.

Le député de Notre-Dame-de-Grâce, James Arthur Mathewson, ancien titulaire libéral de ce poste, lui donne la réplique le 2 avril. Il profite de sa tribune pour faire une défense et illustration du droit de parole démocratique à l’Assemblée législative que le gouvernement unioniste bafoue trop souvent à son goût.

 

Le communisme et l’espionnage

Le 16 février 1946 éclate une histoire d’espionnage soviétique dans les services du gouvernement fédéral, qui annonce déjà le climat de la guerre froide. Il semble que la course aux secrets de fabrication des armes atomiques était au cœur de cette histoire37. L’affaire connaît des échos à Québec. Le 26 mars, le débat sur le projet de loi 25 offre l’occasion de parler des infiltrations communistes dans les syndicats ouvriers.

La menace d’un possible conflit avec l’URSS réveille encore des craintes à propos de la conscription. On redoute que le Canada, poussé par ses alliés, n’impose un service militaire obligatoire à tous les jeunes Canadiens pour les envoyer au loin sur d’éventuels théâtres de guerre. Le débat a lieu, mais Duplessis y met rapidement fin à la séance du 27 mars.

 

La guerre à la tuberculose

Le ministre de la Santé et du Bien-être social, Albiny Paquette, déclare la guerre à la tuberculose qui fait encore des ravages dans la province. Les Québécois sont trois fois plus touchés par cette maladie que leurs voisins ontariens. Le ministre évalue à 200 000 le nombre de victimes de ce fléau depuis 20 ans au Québec. Seules les populations noires des États-Unis dépassent ces lamentables statistiques. Le gouvernement entreprend donc une lutte à finir contre cette maladie (bill 31) que l’on appelle la « peste blanche ». On y investira des sommes considérables et le ministre parle d’une « croisade gigantesque » (28 mars). La loi est votée à l’Assemblée législative à l'unanimité le 1er avril.

 

Le travail

En 1946, les relations sont plutôt bonnes entre le mouvement syndical, notamment la CTCC, et le gouvernement québécois. Les jeunes leaders comme Gérard Picard, qui vient de succéder à Alfred Charpentier, et Jean Marchand appuient les positions autonomistes de Québec en matière de droit du travail38. Le débat de l'heure est la pertinence d'établir un code pancanadien du travail et les conséquences juridiques et politiques de cette hypothèse font alors l'objet de vives discussions39.

C'est pendant la session, en mars 1946, que l'Université Laval et la faculté des sciences sociales organisent au Château Frontenanc le premier congrès des relations industrielles auquel participe le ministre Antonio Barette40.

Mais certains conflits ouvriers pointent à l’horizon et le ministre du Travail, Antonio Barrette, aura de nombreux défis à relever.

 

La loi électorale

L’élection partielle de Beauce, le 21 novembre 1945, a mis en lumière les failles de la réforme de la loi électorale adoptée à la session 1945. Pour pallier ces problèmes, le chef de l’opposition, Adélard Godbout, dépose en mars un projet de loi (no 204) qui est appelé en deuxième lecture le 10 avril. Les amendements proposés visent à modifier le bulletin de vote pour éviter qu’un espace blanc suive le nom du candidat. L’électeur est porté à y faire sa croix au lieu de l’inscrire dans le carré, à droite du bulletin, destiné à cette fin. 

Les autres amendements visent à ne pas défranchiser l’électeur dont le bulletin n’aurait pas été paraphé par le scrutateur par mégarde et à punir plus sévèrement les cas de fraude en vue d’influencer le vote ou d’obtenir des souscriptions électorales. Le souvenir récent de l’élection de Beauce hante les interventions dans ce débat et les critiques libérales sur les manœuvres de l’Union nationale sont nombreuses. Le gouvernement refuse d’amender une loi adoptée à la session précédente et qui n’a pas encore eu le temps de faire ses preuves. Le premier ministre qui n’est pas avare de compliments sur les lois de son gouvernement déclare qu’on a mis dans la loi « la quintessence de ce qu’il y a de mieux dans toutes les lois électorales de tous les pays démocratiques et ce qui pouvait le mieux s’adapter aux besoins de la province » (10 avril). En conséquence, un amendement s’opposant au principe du bill est adopté par 47 voix contre 33, et la réforme de la loi électorale est renvoyée aux calendes grecques.

 

L’embellissement de la capitale

Le 13 mars, les députés discutent de l’embellissement de Québec et demandent que l’État favorise la ville. On souhaite notamment réinstaller le buste de Louis XIV à place Royale, un cadeau de la France, qui a été remisé car on prétendait qu’il nuisait à la circulation. Le gouvernement Duplessis fera peu d’améliorations dans la capitale et laisse tomber la Commission d’embellissement de Québec, créée par les libéraux d’Adélard Godbout en 194141. Le premier ministre fait parade en rencontrant le maire Lucien Borne en février et en assurant le public de son soutien à un comité municipal d’embellissement42. Le débat de mars réactualise ce dossier. René Chaloult, député de Québec, est particulièrement sensible à cette question et souhaite que l’on mette en valeur la capitale.

 

De choses et d’autres…

Parmi les mille et une autres choses qui ont retenu l’attention des législateurs québécois, on trouve la question du contrôle de la vente de la margarine dont la légalisation porterait, selon le député de Montmorency, « un coup mortel à l’industrie du beurre ». (11 avril)

Le gouvernement fait aussi la guerre aux jeux illégaux de hasard, aux « machines à sous » et autres « slot machines » (5 mars). L’opposition s’inquiète cependant que le gouvernement refuse d’inclure dans sa loi une clause visant à la destruction des appareils saisis par la police. Ils sont simplement confiés à la garde du procureur général. On craint un trafic parallèle sous la protection des « amis du pouvoir ». Les dangers liés aux jeux de hasard sont évoqués et le premier ministre songerait bien à créer une loterie provinciale sous sévère contrôle de l’État pour verser dans les coffres publics les revenus illicites qui font si bien vivre les milieux criminels. (26 février) Soulignons par ailleurs que le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau avait fait adopter une loi sur les loteries à la session de 1934.

L’absence d’un journal des débats est toujours ressentie surtout par les députés de l’opposition. Le 6 mars, René Chaloult dépose une motion pour demander la mise sur pied d’un hansard provincial. Duplessis se dit ouvert à la suggestion et ne veut pas être accusé de limiter la portée des débats parlementaires. Il souligne cependant le coût et les difficultés associés à cette entreprise. Chaloult souhaiterait même une radiodiffusion des débats43. La motion est adoptée, mais, comme on le sait, le vœu de René Chaloult ne sera réalisé qu’en 1964 pour la parution d’un journal des débats et il faudra attendre l’année 1977 pour que le Conseil des ministres accepte le principe de la radio-télédiffusion des séances.

Selon le député de Rivière-du-Loup, Léon Casgrain, l’Union nationale oblige les hôteliers qui souhaitent obtenir un permis de vente d’alcool non seulement à verser une contribution dans les coffres du parti, mais encore à acheter un buste en plâtre de Duplessis. Au milieu des rires, une voix objecte : « C’est un beau buste! » (20 février)

En 1946, on pouvait entendre un député citer une phrase d’Oliver Cromwell dans un débat : le 27 février, William Morin, de Québec-Centre, cite la phrase attribuée au célèbre Protecteur anglais du XVIIe siècle : « Je préfère descendre au tombeau plutôt que de changer un mot à la loi. »

 

Les bons mots

Le 19 février, dans son discours sur l’adresse, le nouveau député de Beauce, G.-O. Poulin, se dit heureux que les électeurs aient délaissé l’esprit de parti pour le parti de l’esprit. Le surlendemain, M. Laurendeau en appelle à la courtoisie et au respect des autres pour que les « points d’ordre » ne deviennent pas des « points de désordre ». (21 février)

Le même jour, Wilfrid Hamel, député de Saint-Sauveur, dit qu’il appuie sa position sur le credo et l’acte de contrition, en ajoutant : « Je laisse l’acte d’humilité au député de Québec (M. Chaloult), je sais qu’il n’en abusera pas. » 

Le 12 mars, dans le débat sur les concessions minières de la Côte-Nord, le député d’Abitibi-Ouest, Henri Drouin, reproche au gouvernement de faire des choses « par en-dessous ». Le premier ministre réplique : « S’il n’y avait rien en dessous, nous ne donnerions pas de concessions. »

Le député de Napierville, H. Riendeau, soulève un point d’ordre parce que le député de Vaudreuil, A. Sabourin, a prononcé son nom, contrairement au règlement et il lui demande de retirer ses paroles. « Si le député a honte de son nom, je retire mes paroles », répond Sabourin.

Le 19 mars, le député Francoeur, de Montréal-Mercier, fait un lapsus, en parlant des « scieurs d’eau et des porteurs de bois ». Il s’en tire avec élégance en mettant les rieurs de son côté. Le lendemain, le député de Montmorency, J. Dumoulin, parle de « calendes plus ou moins grecques ».

Le 4 avril, Valmore Bienvenue, de Bellechasse, cite le célèbre Catéchisme des électeurs, publié par l’Union nationale pour les élections de 1936, qu’il appelle « les saintes écritures » du parti. Il parle aussi des manœuvres pour financer la caisse électorale par les fournisseurs d’alcool de la Commission les liqueurs. Le premier ministre lui dit de discuter ce point lorsqu’on étudiera les crédits. « Très bien, répond le député, ce n’était qu’un apéritif. »

Le 10 avril, on souligne un peu à l’avance l’anniversaire du premier ministre. Chacun lui fait un compliment d’usage et l’honorable Laurent Barré, ministre de l’Agriculture, déclare que le premier ministre « a peut-être quelques petits défauts », mais c’est pour mettre en relief ses éminentes qualités.

En réplique au chef de l’opposition, le premier ministre lance : « Votre [ancien] chef m’a déjà offert un portefeuille! (un ministère) ». Monsieur Godbout lui répond en souriant : « M. Taschereau était bien taquin ». (11 avril) Le même jour, le premier ministre interpelle le député de Montmorency qui fait une vive attaque contre le gouvernement : « L’honorable député n’a pas le droit de tourner le dos à l’Orateur en parlant ». M. Dumoulin répond : « Ce n’est pas à l’Orateur que je tourne le dos, c’est au premier ministre, parce que je ne veux pas voir sur sa figure les remords qui doivent l’assaillir en ce moment. »

Le 17 avril, le Conseil législatif ayant rejeté le bill 152 constituant en corporation les embaumeurs, Duplessis ne peut s’empêcher de lancer que c’est le bill qui est embaumé.

 

Critique des sources

Par Gilles Gallichan

Débats de la session de 1946

En début de session, les journalistes de la Tribune de la presse remercient les présidents de l’Assemblée législative et du Conseil législatif pour les améliorations effectuées en 1945 aux bureaux de la « Galerie de la presse », comme on l’appelle encore à l’époque. En annonçant l’élection de leur propre président de la Tribune, M. Louis Robillard, les journalistes remarquent que l’on n’a rien ménagé « pour assurer le confort des journalistes chargés de rapporter les débats de la Législature provinciale44 ».

Le Soleil s’affiche plus discrètement qu’autrefois comme l’organe du Parti libéral. Le quotidien ne reçoit plus les lucratifs contrats de fournitures, d’impression et de reliure de l’époque des gouvernements Gouin et Taschereau. Par exemple, au seul chapitre des dépenses de Législation en 1945-1946, Le Soleil reçoit 925 $, alors que L’Action catholique reçoit 10 260 $, à cette rubrique, en plus des 43 740 $ du budget de l’Imprimeur du roi45. Sous le règne de Duplessis, la prudence s’impose pour un journal de la capitale, surtout s’il est d’allégeance libérale. En 1946, son éditorialiste, Eugène L’Heureux, se montre en effet prudent et évite de prendre le premier ministre à rebrousse-poil et atténue ses critiques par quelques tournures et formules diplomatiques. Il qualifie, par exemple, Duplessis de « réaliste » et d’homme politique responsable, dont « les actes sont habituellement plus sérieux que ses discours ». Manifestement, il ne souhaite pas que son journal subisse les foudres du chef. Le correspondant du Soleil, Henri Dutil, est un journaliste chevronné et ses chroniques sont parmi les plus complètes des journaux de cette époque. Il est assisté par Raymond Dubé.

Le Canada conserve une attitude plus critique envers le gouvernement. Dans la métropole, on se permet des titres frondeurs et ironiques comme celui-ci à propos du discours du trône : « La session s’ouvre. Le plus neuf, à Québec, hier, se trouvait sur le dos des dames et non dans les projets de loi. » (14 février) Une petite chronique quotidienne des « Échos de la session » est une occasion de décocher quelques flèches à l’endroit du gouvernement. Le journaliste correspondant ne signe jamais ses textes.

The Montreal Gazette, journal de tradition conservatrice, est un allié du gouvernement unioniste, d’autant plus fidèle que le chroniqueur du journal, Abel Vineberg, est un ami personnel de Duplessis. À deux occasions, des députés de l’opposition font des mises au point sur des chroniques parues dans le journal The Gazette. Le 27 mars, c’est André Laurendeau qui corrige la chronique du journal anglophone de Montréal et le 10 avril, c’est James Arthur Mathewson qui fait de même sur une question de procédure.

The Montreal Star, naguère journal impérialiste et peu sympathique aux Canadiens francophones, se montre indulgent pour Duplessis, mais surtout pour son conservatisme social. Malgré son autonomisme, le premier ministre rassure par son discours traditionaliste et paternaliste. Pour les milieux anglophones les plus conservateurs de la métropole, le régime de l’Union nationale représente le parfait compromis entre le loyalisme envers les institutions qui traduit un respect de l’ordre établi et l’expression tolérable d’un certain nationalisme canadien-français. Le Star est représenté à Québec par Henri St-Pierre.

L’Événement-Journal est la propriété de Jacob Nicol, conseiller législatif et ancien organisateur du Parti libéral. L’éditorialiste est Eugène L’Heureux, le même qui signe ses chroniques au Soleil. À l’occasion, au détour d’une phrase de son article, on peut sentir un brin de critique, comme lorsqu’il écrit que « l’opposition a fait une lutte tenace et héroïque parfois dans la défense des intérêts supérieurs de la province » et que « l’Union nationale a manœuvré avec aisance pour imposer ses décisions et sa législation46 ». Le journal est néanmoins assez favorable à Duplessis. D’ailleurs, en Chambre, le 11 avril,  le chef de l’opposition, Adélard Godbout, rectifie un article paru dans L’Événement. Le journal qui, on peut le rappeler, a un ancien fonds de commerce du côté des conservateurs, compte deux journalistes à la Tribune de la presse : Edmond Chassé et Maurice Bernier. Ce dernier est élu vice-président de la Tribune pour l’année 1946. Jeune encore, Bernier compte pourtant plusieurs années d’expérience de journalisme parlementaire et apprend son métier d’un mentor qui, pour sa part, compte plus de trente ans d’observation, de description et d’analyse de la scène parlementaire québécoise. 

La Presse demeure toujours le patrimoine de la famille Berthiaume-Du Tremblay. Le journal montréalais se proclame toujours fièrement  « le plus grand quotidien français d’Amérique ». La Presse se dit indépendante des partis, mais penche toujours habilement du côté de celui qui est au pouvoir ou, du moins, évite de heurter de front le pouvoir en place. En 1946, le journal commente peu la scène politique québécoise. Il faut dire que les scènes municipale et fédérale ainsi que l’actualité mondiale offrent suffisamment de thèmes au Bureau de la rédaction. Lorsque se présentent des questions importantes pour le Québec, on joue sur un prudent registre développé en demi-teintes. En pareils cas, la neutralité bienveillante est toujours de bon aloi : « on regrette », « on souhaite », « on se réjouit », bref on ne déclare rien qui puisse porter ombrage au pouvoir ni qui puisse se mettre l’opposition à dos. Ainsi, pour La Presse, la session de 1946 a été « brève, mais fructueuse » et « remplie de mesures importantes » et cette efficacité du Parlement québécois devrait inspirer nos voisins47. C’est Arthur-W. Langlais qui rédige les chroniques de La Presse à Québec.

Par sa filiation à l’ancienne Gazette de Québec, The Quebec Chronicle Telegraph se targue d’être le plus ancien journal du pays. Le principal quotidien anglophone de la capitale est surtout né, 20 ans plus tôt, de la fusion d’un journal conservateur, The Morning Chronicle et de son ancien vis-à-vis libéral, The Quebec Telegraph. Depuis ce temps, pour ne pas heurter une partie de son lectorat, le Chronicle Telegraph se tient en marge des débats partisans. Il affiche une stricte neutralité et ne cherche, écrit-il, qu’à défendre les intérêts de la minorité anglophone de la capitale. Mais sa neutralité cache plutôt mal une certaine sympathie envers l’Union nationale, laquelle, en 1944, avait eu l’heureuse idée de  présenter un candidat anglophone dans Québec-Ouest. Pour la session de 1946, le journal souligne que le gouvernement unioniste a gagné en force et en prestige depuis qu’il est au pouvoir48. Le premier ministre a montré de la fermeté dans ses rapports avec le gouvernement fédéral et la session reçoit à sa clôture les compliments de la rédaction pour son heureux bilan49. Les journalistes de ce quotidien sont Jack Dunn et Jean-Marc Denault.

Comme on l’a vu, L’Action catholique reçoit sa large part de la manne ministérielle. Le journal catholique de la capitale jouit des bonnes grâces de l’Union nationale et sait rendre poliment quelques actions de grâce envers la majorité. On qualifie de « remarquables » des discours de députés ministériels et on souligne leur zèle à défendre les intérêts de leur comté. Outre les résumés de séance de son correspondant, Calixte Dumas, le journal accepte de publier, mais à la charge d’un député, le texte intégral ou un résumé substantiel de son discours. René Chaloult se prévaut à l’occasion de ce service. L’Action a un second représentant à la Tribune : Jacques Verrault.

En 1946, Le Devoir n’est pas encore un journal d’opposition au gouvernement unioniste. Il suit avec attention les politiques de Maurice Duplessis, mais donne encore « la chance au coureur » et attend de juger l’arbre à ses fruits. Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer des critiques, comme à propos du silence du premier ministre sur les négociations constitutionnelles de la conférence sur la fiscalité et les droits des provinces à Ottawa. Son correspondant, Louis Robillard, est élu président de la Tribune de la presse pour l’année 194650.  Le secrétaire de la Tribune est Guy Gagnon qui y est accrédité pour l’agence de la Presse canadienne.

La Patrie est représentée par Joseph Lavergne. Ses chroniques sont succinctes mais  fiables et bien rédigées. Le journal porte cependant une attention plus soutenue à la politique internationale et à la « menace communiste » qu’à l’actualité nationale. Les commentaires éditoriaux sont favorables au gouvernement; la session est qualifiée de « prometteuse » à son ouverture et de « fructueuse » à sa prorogation. 

Il semble que ni Le Nouvelliste (Trois-Rivières) ni La Tribune (Sherbrooke), deux importants journaux régionaux, n’aient délégué de journaliste à Québec en 1946.

Le Droit d’Ottawa, représenté par Charles-Eugène Pelletier, est le seul journal publié hors Québec et ayant un représentant accrédité à la Tribune parlementaire de Québec. Il est vrai que Le Droit est le plus important journal francophone de l’Ontario et qu’il est lu non seulement du lectorat francophone de la capitale fédérale, mais aussi de Hull, de Gatineau et de l’Outaouais québécois. L’éditorialiste, Camille L’Heureux, commente rarement les législations québécoises. Les sujets qui retiennent son attention sont la question de l’autonomie provinciale et celle du logement social qui se pose également à Ottawa. Il salue aussi la création du ministère de la Jeunesse dans la province de Québec. Son leitmotiv demeure la défense de la langue française et de ses droits au Canada.

Le journalisme parlementaire s’affranchit lentement de la tutelle des partis politiques au Québec. Du côté fédéral, l’arrivée de journalistes étrangers qui viennent observer la politique canadienne à Ottawa est en voie de modifier les pratiques de la profession51.

À Québec, Maurice Duplessis a repris d’anciennes et toujours efficaces tactiques pour domestiquer la presse, dont les représentants – il faut le dire – ne gagnent que des salaires médiocres. C’est le premier ministre qui accorde les contrats d’impressions de l’État selon la sympathie qui est reconnue aux propriétaires, ce qui maintient les uns dans la reconnaissance et les autres dans l’espérance et presque tous dans la dépendance. De leur côté, les journalistes de la Tribune de la presse reçoivent, occasionnellement, sous enveloppes plus ou moins épaisses, quelque viatique qui propage grâce et indulgence dans les pages des reportages à venir.

L’historien Jean-Guy Genest porte un dur jugement sur la complaisance de la presse à cette époque : « Duplessis, écrit-il, sut mettre la presse à son service. Faveurs à certains journalistes, contrats d’imprimerie ou de publicité aux éditeurs de journaux assouplirent la vigilance de la presse, qui bien souvent, sembla perdre tout esprit critique et oublier son rôle de sentinelle de la démocratie52. »

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Hector Laferté, Derrière le trône. Mémoire d’un parlementaire québécois 1936-1958, Sillery, Éditions du Septentrion, 1998, p. 272-274.

2. Jean-Guy Genest, Godbout, Sillery, Éditions du Septentrion, 1996, p.

3. Le 30 juillet, le Stratheden jette l’ancre à Québec avec à son bord 4 000 soldats, plusieurs autres arrivent ainsi au cours de la saison maritime et, le 7 décembre, au port de New York, c’est 12 000 soldats canadiens qui arrivent à bord du Queen Elizabeth.

4. C’est le célèbre John Rockefeller qui a offert les terrains où fut construit le siège général des Nations-unies.

5. « M. Maxime Raymond et la citoyenneté canadienne », Le Devoir, 10 avril 1946, p. 7.

6. « Les Canadiens ont fêté le jour de l’An de façon très bruyante », Le Soleil, 3 janvier 1946, p. 18.

7. « Duplessis demande aux peuples de s’unir », Le Soleil, 3 janvier 1946, p. 3; « Souhaits de l’hon. A. Godbout à la population de Québec », Le Soleil, 3 janvier 1946, p. 3, 7.

8.  Marcel Rioux, « État et nation », L’Action nationale, vol. XXVII, no 1, janvier 1946, p. 6-18.

9. Le premier est paru en avril 1945 et le second, en juin de la même année.

10. L. Robillard, « D’une session à l’autre », Le Devoir, 12 février 1946, p. 1.

11. L’annonce en fut faite au Congrès de la Fédération des chambres de commerce des jeunes, tenu à Granby en août 1945. « M. Duplessis annonce la création d’un ministère de la Jeunesse », Le Devoir, 27 août 1945, p. 8.

12. L. Robillard, « Brièveté le la session provinciale », Le Devoir, 23avril 1946, p. 1.

13. Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, tome II (1944-1956), Montréal, Fides, 1978, p. 112.

14. « La réforme de la constitution et la langue française », Le Devoir, 17 janvier 1946, p. 1.

15.  J.-G. Genest, op. cit., p. 296-297.

16Ibid., p. 291-296.

17. Le 2 avril, le député de Notre-Dame-de-Grâce, James A. Mathewson, fait une belle défense du droit de parole à l’Assemblée comme première expression de la démocratie.

18. H. Laferté, op. cit. p. 279-280.

19Ibid., p. 117; « Les délibérations gouvernementales sont entourées d’un secret rigoureux », Le Devoir, 31 janvier 1946, p. 3.

20. André Laurendeau, La centralisation et la guerre, Montréal, Bloc populaire, 1946, 26 p.; Le Devoir, 1er avril 1946, p. 2, 10.

21. Cette idée sera reprise plus tard par le gouvernement Duplessis et donnera naissance à la commission Tremblay en 1953.

22. C. Dumas, « Il nous faut un drapeau véritablement canadien », L’Action catholique, 28 février 1946, p. 18.

23. « La politique de colonisation du gouvernement provincial », Le Devoir, 15 avril 1946, p. 6.

24. « Les problèmes du logement ouvrier à Montréal », Le Devoir, 29 janvier 1946, p. 4; « Le logement : problème urgent qui relève du provincial », Le Devoir, 1er février 1946, p. 10; « La crise des loyers s’ajoute à celles du logement et du bâtiment », Le Devoir, 8 février 1946, p. 1; « La question du logement », Le , 8 février 1946, p. 8. 

25. « Le problème du logement s’aggrave au Canada », Le Soleil, 12 février 1946, p. 1.

26. Jacques Perrault, « Le code civil et la femme mariée dans la province de Québec », Le Devoir, 28 janvier 1946, p. 5; 29 janvier 1946, p. 5.

27. Lettre de J.-M. cardinal Villeneuve à M. Duplessis, 18 janvier 1946, citée par Conrad Black, Duplessis, tome 2, Le pouvoir, Montréal, Les Éditions de l’homme, 1977, p. 25.

28. À propos du bill 48 sur le financement des commissions scolaires, le chef de l’opposition n’hésitera pas à dire que le gouvernement cherche « sournoisement »  à créer un ministère de l’Instruction publique (15 avril), conscient de la charge explosive qu’une telle initiative pourrait encore avoir au sein du clergé catholique.

29. Joseph Massicot, « Pourquoi un ministère de la Jeunesse? », Le Devoir, 22 janvier 1946, p. 2.

30. « Duplessis va régler le plus vite possible la question scolaire », Le Soleil, 4 janvier 1946, p. 9; voir aussi les articles d’Eugène L’Heureux parus également dans Le Soleil :  « Bon point de départ », 31 janvier 1946, p. 4; « Le point de vue du contribuable », 1er février 1946, p. 4; « Le Conseil de l’Instruction publique et la commission Fortier », 2 février 1946, p. 4; « Les dettes des commissions scolaires », 6 février 1946, p. 4.

31. Philippe. Hamel, « Un trust exploiteur du peuple va financer notre éducation », Le Devoir, 16 avril 1946, p. 7.

32.  J.-G. Genest, op. cit. p. 300.

33. Joseph Ledit,  « Le Canada et le Saint-Siège », Relations, no 63, mars 1946, p. 88-90.

34. Cette résistance se manifestera jusqu’en 1969, lorsque le Canada nommera un premier ambassadeur auprès du Saint-Siège.

35.  « Le bill des infirmières est de nouveau discuté », L’Action catholique, 9 avril 1946, p. 9; « Le bill des gardes-malades adopté avec amendement », L’Action catholique, 10 avril 1946, p. 2; « Quebec may be first province to recognize nurse profession », The Quebec Chronicle Telegraph, 18 mars 1946, p. 3; « Quebec leads with nurses’ bill », The Montreal Gazette, 20 avril 1946, p. 8.

36. « Le clergé et la politique », Le Soleil, 20 mars 1946, p. 4.

37Le Devoir, 19 février 1946, p. 1; 20 février 1946, p. 3.

38. R. Rumilly, Maurice Duplessis…, p. 114.

39. Eugène L’Heureux, « Le code "national" du travail », Le Soleil, 9 janvier 1946, p. 4.

40. Eugène L’Heureux, « Le congrès des relations industrielles », Le Soleil, 15 mars 1946, p. 4.

41. Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale, Québec, Publications du Québec, 2008, p. 444-445.

42. « La Ville de Québec aura bientôt son comité d’embellissement », Le Soleil, 8 février 1946, p. 9.

43Le Devoir, 13 février 1946, p. 3.

44L’Événement-Journal, 14 février 1946, p. 3.

45. Québec, prov., Comptes publics, 1945-1946, [Québec, 1946], p. C-9, 7; C-15, 8.

46.  « La plus courte session », L’Événement-Journal, 19 avril 1946, p. 3.

47La Presse, 18 avril 1946, p. 6.

48The Quebec Chronicle Telegraph, 13 février 1946, p. 4.

49Ibid., 18 avril 1946, p. 4.

50. « Élections chez les courriéristes parlementaires », L’Action catholique, 14 février 1946, p. 3.

51. « M. F.[Fulgence] Charpentier fait l’éloge des membres de la Galerie de la presse », Le Droit, 21 février 1946, p. 5.

52. J.-G. Genest, Godbout, Sillery, Éditions du Septentrion, 1996, p. 302.