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22nd Legislature, 4th Session
(January 14, 1948 au April 1, 1948)

Par Christian Blais

Le Québec de 1948, un tour d’horizon

L’heure est à la prospérité en 1948. Au Québec, l’agriculture continue de faire des progrès techniques et mécaniques – grâce aux tracteurs, à l’électricité et aux fertilisants chimiques –, mais ce secteur économique n’a plus l’importance qu’il avait autrefois; de plus, l’agriculture de subsistance cède rapidement le pas à la production spécialisée. Quant à l’activité industrielle, en constante expansion dans le domaine du textile et de l’exploitation des ressources naturelles, elle peut compter sur une main-d’œuvre abondante. Ces ouvriers et ces ouvrières, de plus en plus syndiqués, gagnent cependant des salaires relativement bas.

Tous ne profitent pas de la prospérité de la même façon. Le taux de chômage est peu élevé, il est vrai, mais les grèves demeurent un moyen de pression plutôt inefficace pour améliorer le sort des travailleurs. Le patronat, a priori, peut compter sur le gouvernement de la province pour mettre les ouvriers « à leur place »; et ce climat de « paix sociale », tant souhaité par le premier ministre Maurice Duplessis, a pour objectif d’attirer les investisseurs étrangers pour créer davantage d’emplois.

C’est dans un climat empreint de conservatisme économique et politique que le Québec poursuit sa marche vers la modernité. Le boom démographique d’après-guerre n’est pas étranger non plus à la transformation de la société québécoise. L’exode rural se poursuit et, depuis 1921, les Québécois vivent en majorité en ville. Le paysage urbain se transforme : on assiste au développement des banlieues et à l’essor de l’automobile. On assiste même à la disparition du tramway dans les rues de la capitale.

L’Église demeure une force importante au Québec, mais le pouvoir clérical ne peut en rien freiner cette volonté de changement qui s’exprime dans certains milieux. Plusieurs intellectuels questionnent les valeurs traditionnelles de la société québécoise. C’est dans ce contexte que le manifeste artistique Refus global est publié le 9 août 1948, ce qui amènera le ministre du Bien-être social et de la Jeunesse, Paul Sauvé, à suspendre Paul-Émile Borduas de son poste à l’École du meuble.

Le Québec vit un réveil culturel. C’est l’avènement d’une société de consommation, presque une société de loisirs. Si le cinéma américain demeure le divertissement par excellence (avec les acteurs Ronald Reagan, Shirley Temple et l’acteur québécois Glenn Ford, entre autres), en 1948, les cabarets font place à la chansonnette française avec Charles Trenet, Édith Piaf et les Compagnons de la chanson. À la radio, les chansons d’Alys Robi (qui est victime d’un grave accident de la route en 1948 alors qu’elle se rend à Hollywood) et de Fernand Robidoux partagent les ondes avec le radio-roman Un homme et son péché, diffusé depuis 1939. Dans les foyers, le mensuel le plus répandu est le Sélection du Reader’s Digest, dont l’édition en langue française fait son apparition en 1947; pour 10 ¢, on lit Les aventures étranges de l’agent IXE-13, l’as des espions canadiens – une série de récits de l’auteur Pierre Saurel qui connaissent aussi un franc succès. Puis, le 11 octobre 1948, le roman Les Plouffe, de Roger Lemelin, sort des presses et connaît un accueil chaleureux.

En ces années d’après-guerre, le temps est à la stabilité politique. Les Québécois, qui votaient majoritairement pour le Parti libéral à Ottawa depuis 1935, assistent à un changement de garde à la Chambre des communes. Le 20 janvier 1948, le premier ministre William Lyon Mackenzie King, à la tête du Parti libéral du Canada depuis 1919, annonce qu’il se retire de la vie politique. C’est Louis Saint-Laurent, ministre de la Justice et procureur général du Canada, qui lui succédera. Les conservateurs en font autant : le 2 octobre 1948, George Drew est choisi pour remplacer John Bracken à la tête de leur parti.

Sur la scène provinciale, les travaux de la 4e session de la 22e Législature se déroulent dans un climat préélectoral. Le 14 janvier 1948, lors de la première séance, le premier ministre Duplessis s’exprime ainsi: « J’espère que la session sera active, fructueuse et même combative, j’aime ça, car on sait que je ne déteste pas la lutte. Mais j’espère que la session sera aussi expéditive! » Car, de l’avis de Duplessis, les travaux de la Chambre sont toujours trop longs.

Au cours de cette session parlementaire, nombreux sont les points d’ordre soulevés par les députés de la droite et de la gauche. Tel que rapporté dans un éditorial du Soleil :

Personne ne peut assister aux débats de l’Assemblée législative, ou en lire un compte rendu complet et objectif, sans se scandaliser du nombre de « points d’ordre » que l’on soulève à tout propos et hors de propos pour empêcher ses adversaires de s’exprimer, les dérouter, leur faire prendre des tangentes, les forcer à s’écarter du sujet de la discussion et pouvoir en appeler avec un semblant de raison à l’Orateur1.

 

Si les joutes oratoires qui s’ensuivent ralentissent peut-être les travaux de la session, ces échanges permettent toutefois à certains députés d’exprimer leurs opinions avec verve et émotion. En retour – comme le mentionne un autre correspondant parlementaire –, par moments, au Salon vert, « on se serait cru dans une vaste classe de collège... quand le professeur n’y est pas2 ! »

Deux mois après la prorogation, le 9 juin 1948, Duplessis annoncera des élections pour le 28 juillet suivant3.

 

Les parlementaires

La répartition des sièges à l’Assemblée législative a quelque peu évolué depuis les élections générales de 19444; car les quatre élections complémentaires tenues dans les circonscriptions de Beauce (1945), Compton (1946), Bagot (1946) et Huntingdon (1947) avaient été des « écrasantes victoires pour les forces de l’Union nationale », note Duplessis. En 1948, la composition de la Chambre basse est la suivante : 52 unionistes, 33 libéraux, deux Bloc populaire, deux indépendants et un CCF, pour un total de 90 sièges5. Seul le siège de Montréal-Saint-Louis demeure vacant durant la session puisque le député libéral Maurice Hartt a démissionné, le 18 mars 1947, pour se faire élire comme député fédéral de Montréal-Cartier.

Après quatre années passées au pouvoir, ce sont les mêmes figures qui occupent les fonctions ministérielles. Il faut dire que les remaniements du cabinet ne font pas partie des traditions politiques unionistes. En 1948, on assiste tout de même au retour de deux ministres qui, pour des raisons de santé, n’avaient pu siéger depuis 1947 : sous les applaudissements de leurs collègues, les honorables John S. Bourque, ministre des Ressources hydrauliques, et Joseph-Henri-Albiny Paquette, ministre de la Santé, reviennent siéger au cours de la session6. Il y a aussi Maurice Tellier, Orateur suppléant de l’Assemblée législative, qui revient à son poste après avoir été malade7. Signalons enfin qu’il s’agit de la dernière session du ministre des Mines Jonathan Robinson. Ce dernier rendra l’âme le 11 octobre 1948. Robinson aura tout de même eu le temps de faire adopter son projet d’aménagement de l’Ungava.

Au Conseil législatif, l’Union nationale demeure minoritaire avec seulement six membres sur un total de 24. L’un d’eux, Pierre Bertrand, conseiller législatif de la division de La Salle, va mourir en fonction le 22 décembre 1948. Joseph-Théophile Larochelle, ministre sans portefeuille dans le cabinet Duplessis depuis 1944, démissionnera le 29 décembre 1948 et, le lendemain, sera nommé conseiller législatif de cette même division8. Fidèle à son habitude, au cours de la session de 1948, la Chambre haute travaille en étroite collaboration avec la Chambre basse. On retient aussi la venue du major Pierre Gelly qui vient remplacer Arthur Saint-Jacques comme gentilhomme huissier de la verge noire.

Dans le « Salon de la race », un seul nouveau député fait son entrée en 1948. Il s’agit de John Gillis Rennie, élu député de l’Union nationale dans Huntingdon à l’élection partielle du 23 juillet 1947. Il succède au député libéral Dennis James O’Connor décédé en fonction.

Dans les rangs des tiers partis, il ne reste plus que deux députés au Bloc populaire, c’est-à-dire Ovila Bergeron, représentant de Stanstead, et Albert Lemieux, représentant de Beauharnois9. C’est qu’au premier plan André Laurendeau démissionna comme chef de l’aile québécoise du Bloc populaire, le 6 juillet 1947, pour siéger comme député indépendant; ce qui ne l’empêche pas de prendre part à plusieurs débats et de signer des billets dans les principaux quotidiens. Bergeron annonce finalement, le 2 février 1948, qu’il siégera dorénavant comme indépendant10. D’ailleurs, aucun de ceux qui avaient été élus sous cette bannière en 1944 ne se représentera aux élections de 1948. Il reste enfin le « cécéfiste » David Côté pour représenter le comté de Rouyn-Noranda.

Quant à René Chaloult, il siège comme indépendant, bien que des membres de la Tribune de la presse le présentent à tort comme un membre du Parti nationaliste11. Il entretient une profonde rancœur envers le Parti libéral et contre le chef de l’opposition Adélard Godbout qui, dit-il, « manque de cran, d’épine dorsale12 ». Sentant venir les élections, Chaloult affirme qu’il « préfère l’Union nationale au Parti libéral » (31 mars)13. Aussi invite-t-il les électeurs des autres comtés que le sien à voter massivement pour Maurice Duplessis; en retour, l’Union nationale lui laissera le champ libre dans le comté de Québec aux élections de 1948.

Alexandre Taché demeure président de l’Assemblée législative. Il demeure toujours autant partial lorsque vient le temps de trancher un différend : en fait, durant sa carrière, il ne rendra jamais une seule décision à l’encontre des membres de l’Union nationale. Daniel Johnson résumera bien le propos, un jour, lorsqu’il dira que « pour le Président de la Chambre, la règle est la même que pour l’automobiliste : protéger sa droite14 ». Les présidents des comités pléniers font de même.

 

Le débat des chefs

Selon André Laurendeau, à l’ouverture de la session, « M. Duplessis s’est déclaré satisfait de son gouvernement, et M. Godbout, très peu satisfait de M. Duplessis; de part et d’autre, l’accent était sincère15 ». Il va sans dire, Maurice Duplessis et Joseph-Adélard Godbout ne partagent pas les mêmes idéaux; et, à l’approche des élections, les deux chefs attaquent et dénoncent les politiques adverses durant les débats de l’Assemblée législative.

Maurice Duplessis domine la scène politique. Âgé de 57 ans, le premier ministre répète son credo autonomiste. Il cherche à défendre les droits constitutionnels du Québec contre les volontés d’empiétements du gouvernement fédéral. À Ottawa, les libéraux au pouvoir continuaient, depuis les années 1930, à vouloir centraliser les finances publiques pour favoriser le développement économique et social de l’ensemble du Canada. C’est dans ce contexte que la commission royale sur les relations entre le dominion et les provinces (commission Rowell-Sirois) dépose son rapport en 1940.

En 1945-1946, les neuf provinces avaient été convoquées à une conférence fédérale-provinciale pour mettre en œuvre ce projet d’État-providence. En 1947, toutes les provinces, à l’exception du Québec et de l’Ontario, avaient accepté de signer une entente fiscale avec le fédéral. Duplessis, en vertu de la Constitution de 1867, refuse mordicus d’abandonner tout ce qui est de compétence provinciale. Dans les divers débats de l’Assemblée législative, Duplessis joue habilement la corde nationaliste et, sur cette question particulière, tente continuellement de pousser le chef de l’opposition dans ses derniers retranchements. (Voir les débats sur la loi concernant les relations provinciales-fédérales, bill 416.)

Joseph-Adélard Godbout, âgé de 55 ans, critique l’isolationnisme du premier ministre. Progressiste, le chef de l’opposition adhère à ce que propose le gouvernement fédéral, surtout en ce qui concerne les mesures sociales. Selon Godbout, il est clair que « le gouvernement actuel ne comprend rien aux problèmes sociaux et que ça n’intéresse pas le premier ministre » (24 février). En réponse au discours autonomiste de Duplessis, l’opposition lui demande quels sont les gestes concrets que l’Union nationale entend poser : pour les libéraux, le gouvernement « devrait agir et poser des gestes autonomistes, au lieu de se contenter de crier à l’autonomie » (20 février).

Avec la même rengaine, Duplessis rétorque que le Parti libéral provincial et son chef sont entièrement à la remorque du Parti libéral fédéral. Il appert en effet que les troupes de Godbout éprouvent alors de la difficulté à s’afficher comme une formation vouée d’abord aux intérêts du Québec.

 

Le discours du trône

« Voilà le rideau levé. La pièce commence aujourd’hui. » Ce sont les termes employés par André Laurendeau pour qualifier la cérémonie traditionnelle entourant l’ouverture de la session. Pendant que tonne une salve de 15 coups de canon sur les hauteurs du Cap-aux-Diamants et que l’arrivée du lieutenant-gouverneur Eugène Fiset est saluée par une garde d’honneur, le député de Montréal-Laurier questionne la pertinence de ces « friperies moyenâgeuses17 ».

Il s’agit du neuvième discours inaugural de Fiset. Comme le veut l’usage, le lieutenant-gouverneur commence par offrir ses meilleurs souhaits à la population pour la nouvelle année et offre ensuite ses vœux de bonheur à la princesse Elizabeth et au duc d’Édimbourg qui se sont mariés le 20 novembre 1947.

Sommairement, il annonce le programme législatif du gouvernement. Il fait état des menées communistes et des progrès « des idéologies malsaines » parmi plusieurs nations européennes. Dans la réponse au discours du trône, Duplessis reviendra sur le propos. Pour lui, « il n’y a pas à l’heure actuelle de danger plus grave dans le monde entier que celui du communisme. Les plus hautes autorités dans le monde proclament cette vérité, dit-il. Le communisme se répand par la force et doit être repoussé par la force. Le communisme, c’est l’athéisme, le nihilisme, les sans-Dieu, la trahison, le mensonge, l’hypocrisie, l’infamie... » (20 janvier).

Le lieutenant-gouverneur parle aussi d’agriculture pour vanter les mérites du crédit agricole et les saines retombées de l’électrification rurale. En matière économique, il insiste sur le développement minier du Nouveau-Québec.

Au cœur de ce discours inaugural, Fiset adopte le principe de la défense de l’autonomie provinciale. Le gouvernement, dit-il, « considère qu’il est juste, qu’il est indispensable que la province de Québec puisse exercer dans leur plénitude les droits, prérogatives et libertés qui nous appartiennent, qui sont nécessaires à notre avenir et qui nous sont, par surcroît, reconnus par notre Constitution ».

L’adresse en réponse au discours du trône est adoptée le 23 janvier. Duplessis aurait voulu passer plus rapidement à l’étude de la législation. Les discours sur l’adresse ne sont, soutient-il, qu’une simple formalité, « une perte de temps et une répétition d’arguments maintes fois employés » (20 janvier). « C’est la seule occasion qu’ont les députés de discuter la politique du gouvernement », rétorque l’opposition (22 janvier). À cet argument, Duplessis répond que « chaque journée perdue de la session coûte 6 000 $ à la province » et qu’il y a lieu d’épargner l’argent du peuple.

 

Les finances publiques

L’honorable Onésime Gagnon, trésorier de la province, lit son discours sur le budget le 27 février. Féru d’histoire, il ne manque pas de souligner le centième anniversaire de la reconnaissance officielle du français au Parlement de la province du Canada par l’abrogation de la clause 41 de l’Acte d’Union en 1848.

Cet exercice financier se termine, comme les deux précédents, par un surplus et par une diminution de la dette. Les revenus ordinaires du Québec totalisent 166 980 000 $ alors que les dépenses ordinaires sont chiffrées à 107 788 000 $. Puisque 16 180 000 $ iront au service de la dette publique, il reste un surplus global de 1 640 000 $.

Il s’agit d’un budget préélectoral. Les investissements en voirie sont en tête de liste avec 44 millions de dollars, soit 29,7 % de l’état provisoire des dépenses ordinaires18. Avec ses 16 millions de dollars, le Bien-être social et Jeunesse accaparent 11 % du budget. Les dépenses inhérentes à la santé représentent alors 9 % du budget et, respectivement, la colonisation, les travaux publics et l’instruction publique constituent moins de 8 % des dépenses de l’État. Et, l’agriculture – qui fait pourtant naître tant de discours chez l’Union nationale – correspond à 6,6  % des dépenses.

Pour finir, le gouvernement de l’Union nationale souscrit, sous forme de garantie de remboursement (bill 49), 4 000 000 $ à l’Université Laval, 2 800 000 $ à l’Université de Montréal et 1 000 000 $ à l’Université Bishop. Malgré certaines critiques de l’opposition, cette mesure est accueillie favorablement dans le public : on peut lire dans Le Soleil que « les octrois aux universités sont les meilleurs placements que l’honorable Maurice Duplessis a proposés depuis qu’il dirige les destinées du Canada français19 ». En même temps, le premier ministre continue de refuser les sommes d’argent que le gouvernement fédéral souhaite donner aux universités québécoises.

 

Les faits marquants de la session

Au total, 144 projets de loi sont présentés à l’Assemblée législative et, sur ce nombre, 128 sont sanctionnés par le lieutenant-gouverneur. Pendant cette session, Duplessis presse l’opposition, à maintes reprises, d’adopter les lois inscrites au Feuilleton. Lorsque les travaux ne se déroulent pas selon son gré, le premier ministre menace de siéger plusieurs séances par jour, du lundi au samedi de chaque semaine. Godbout trouve que Duplessis exagère :

Le premier ministre sait fort bien qu’aucun d’eux [les députés] ne pourrait vivre uniquement avec son indemnité parlementaire et tous ont des responsabilités, en dehors de la session. Ils sont obligés de s’occuper de leurs affaires professionnelles ou industrielles, dont ils ont surtout besoin pour vivre. Les députés ont le droit de savoir comment on entend disposer de leur temps. Ils doivent savoir à quel moment ils pourront quitter Québec en fin de semaine et réserver leurs billets sur les trains. (15 janvier)

Le député libéral de Québec-Centre, Joseph-William Morin, résume autrement la pensée de ses collègues en disant : « lorsque nous nous levons pour parler à cette Chambre, comme nous avons le droit légitime de le faire, le premier ministre nous menace de nous garder en retenue. Le premier ministre veut nous traiter comme des enfants d’école du cinquième rang, à qui on dit qu’ils n’auront pas d’images et de médailles s’ils n’agissent pas comme on leur dit et ne donnent pas satisfaction au maître » (4 février)20.

Quoi qu’il en soit, les libéraux continuent de questionner les projets de loi du gouvernement, car, souligne Godbout, « d’une façon générale, les lois de l’Union nationale ne sont bonnes que dans le titre » (24 février). Le titre des lois est ambitieux, note également Chaloult, ajoutant qu’il reste « indulgent à l’endroit du gouvernement qui donne des titres ronflants à ses lois à la veille des élections » (13 février).

 

Le fleurdelisé

Le 21 janvier 1948 est une date importante de l’histoire du Québec. Ce jour-là, Duplessis annonce aux députés qu’un arrêté ministériel a été proposé, en avant-midi, par Jean-Paul Beaulieu, ministre de l’Industrie et du Commerce. Cet arrêté, précise-t-il, a été adopté à l’unanimité par les membres du cabinet exécutif et sanctionné immédiatement par le lieutenant-gouverneur. À 15 h 10 exactement, Duplessis annonce :

En vertu de cet arrêté ministériel, un drapeau officiel est donné à notre province et, au moment même où je vous parle, ce drapeau, qui est en conformité avec nos traditions et nos aspirations, est déjà arboré sur la tour centrale du parlement. L’an dernier, la Législature a adopté à l’unanimité une motion demandant l’adoption d’un drapeau distinctif pour symboliser les aspirations de la province de Québec. Depuis, l’opinion publique a eu le temps de se manifester clairement et avec force. Nous avons reçu de toutes les parties de la province, un grand nombre de résolutions, de requêtes nous recommandant l’adoption du drapeau fleurdelisé21. C’est sur ces sollicitations de toutes sortes qu’est basé l’arrêté ministériel que nous avons adopté. Nous nous rendons avec une grande joie au désir de la population, et c’est le drapeau fleurdelisé que nous avons hissé sur la tour du parlement. Suivant les conseils des experts en art héraldique, nous avons cependant fait subir certaines modifications au dessin du drapeau. Nous avons fait redresser les fleurs de lis. Comme elles apparaissaient légèrement penchées aux quatre coins du drapeau, ordre a été donné pour qu’elles se dressent à l’avenir bien droites vers le ciel, afin de bien indiquer la valeur de nos traditions et la force de nos convictions.

 

Le chef de l’opposition se réjouit de cette nouvelle, mais émet certaines réserves quant aux modifications au dessin du drapeau.

René Chaloult, qui avait été prévenu de cette annonce un peu plus tôt en journée, est le seul député de l’opposition qui ait eu le temps de préparer un discours22. Il salue le premier ministre « qui vient de poser là un geste digne d’Honoré Mercier ». Depuis plusieurs années, Chaloult militait pour faire adopter ce drapeau. Il termine en disant : « Désormais, lorsque nous viendrons au parlement et que nous verrons notre drapeau flotter sur la tour centrale de la Législature, nous nous sentirons plus chez nous, nous nous sentirons encore plus fiers d’être Québécois. »

Les autres députés qui prennent la parole sont les représentants de Beauharnois, Albert Lemieux, de Montréal-Laurier, André Laurendeau, et de Montmorency, Jacques Dumoulin. Ceux-ci improvisent de brefs discours pour féliciter le premier ministre et pour inviter le gouvernement canadien à suivre l’exemple du Québec.

Plus tard au cours de la session, des députés ministériels félicitent Duplessis pour avoir donné un drapeau au Québec. En outre, l’honorable Beaulieu remercie le premier ministre de l’avoir choisi pour signer cet ordre en conseil. « C’est là, dit-il, un événement que je me rappellerai toute ma vie. » Il poursuit :

À la face de l’univers, la province de Québec affirme son autonomie, sa volonté de vivre comme elle l’entend, de vivre fidèle à son passé et de puiser dans ce passé l’inspiration qui lui permettra de bâtir sa patrie à la taille de son rêve et de ses aspirations. C’est le signe de ralliement de tout un peuple que l’on voit maintenant flotter au sommet des édifices du parlement qui abritent le seul gouvernement français et catholique de l’Amérique du Nord. Les découvreurs, les colonisateurs, les évangélisateurs ont vécu et sont morts pour que vive, un jour au cœur de tous les citoyens, cette union sacrée indispensable à la grandeur et à la force d’un peuple. Les étrangers qui ont voulu vivre au milieu de nous trouveront dans ce drapeau des raisons de fierté. Ils seront fiers d’appartenir à une race fidèle; ils seront fiers d’appartenir à une race d’hommes décidés à vivre sur un plan d’égalité avec tous les autres hommes et respectueux des droits de chacun.

Que l’on ne dise point que c’est là une attaque contre qui que ce soit. C’est, au contraire, un acte de solidarité nationale que nous venons de poser. Celui qui aime sa paroisse et sa ville, celui qui chérit sa province aimera encore mieux, comprendra encore mieux la grandeur et la noblesse de son pays, le Canada. Il ne peut aimer sa province, celui qui n’aime pas son pays. Et dans le même ordre d’idées, il ne peut aimer son pays, celui qui n’aime pas sa province. Et ce drapeau, c’est tout notre passé qu’il reflète. La croix évoque le geste de Cartier, le premier geste civilisé posé sur notre terre; le champ d’azur évoque l’écusson de Cartier, les drapeaux de Champlain et des ancêtres. Les fleurs de lis remémorent l’éclatante épopée canadienne. C’est toute la province qui est, aujourd’hui, dans la joie. C’est toute la province qui retrouve sa fierté. C’est toute la province qui tend la main à tout le Canada dans l’un des plus émouvants gestes d’union nationale que l’on n’ait jamais vu. (22 janvier)

 

À son tour, Onésime Gagnon, durant la lecture de son discours sur le budget, interprète à sa façon les symboles contenus dans le drapeau officiel du Québec :

La croix blanche de ce drapeau qui remonte à l’époque des croisades, alors que les rois de France et d’Angleterre la placèrent sur leur drapeau respectif, nous rappelle nos origines catholiques. Le champ d’azur, couleur du ciel et de nos montagnes à la fin d’un beau jour, nous incite à regarder vers les sommets, vers l’idéal, vers l’avenir. Il symbolise notre fidélité aux leçons héroïques de notre histoire, à nos traditions les plus chères aussi bien que notre désir d’accroître l’héritage matériel et spirituel légué par nos ancêtres et que nous voulons conserver avec une précieuse ferveur pour nos descendants.

Les fleurs de lis semées aux quatre coins du champ d’azur et qui illuminaient les drapeaux des rois de France et d’Angleterre, ces fleurs de lis chères à toutes les races qui habitent notre province et qui, au temps des peuples anciens, constituaient déjà l’émouvant symbole de la renaissance et de la survivance, signifient qu’au pays de Québec « où rien ne doit mourir et rien ne doit changer », les Canadiens de langue française veulent étayer la prospérité de la patrie sur la protection intégrale des droits des minorités et la coopération des deux grandes races qui veulent assurer sa grandeur. (27 février) 

 

Lors de l’adresse en réponse au discours du trône, Léon Casgrain, député de Rivière-du-Loup, prononce également des paroles bien senties sur l’adoption du drapeau (22 janvier).

 

La crise du logement

Dans les années 1940, il y a plusieurs taudis au Québec. Le surpeuplement dans les logements est causé alors par le nombre insuffisant d’appartements et leur coût trop élevé par rapport aux salaires des ouvriers23. Des familles s’entassent et des problèmes d’insalubrité en découlent, ce qui explique en partie pourquoi la tuberculose fait tant de ravages dans la province.

La situation préoccupante du logement est un thème récurrent de la 22e Législature. Durant cette 4e session, quatre projets de loi sont présentés pour tenter de résorber ce problème qui s’aggrave année après année. Il s’agit du bill 7 pour accorder « aux municipalités des pouvoirs spéciaux pour remédier à la crise du logement », du bill 8 « pour améliorer les conditions de l’habitation24 », du bill 9 pour instituer « une enquête sur le problème du logement » et du bill 21 « autorisant les compagnies à consentir des prêts d’habitation à leurs employés ».

En substance, le premier ministre croit qu’il ne faut aider que ceux qui sont intéressés à devenir propriétaires de maisons unifamiliales (bungalows). Proprement dit, le gouvernement n’a nullement l’intention de tout payer pour la construction de nouvelles maisons. Une telle mesure pourrait, selon lui, favoriser l’avènement d’un gouvernement socialiste au Québec. Laurent Barré, ministre des Affaires municipales, est du même avis (17 février) :

Il est faux de croire que, pour protéger la paix sociale, le gouvernement doit prêter 100 % pour qu’un individu se bâtisse et s’achète un ménage par-dessus le marché. Il est illusoire et c’est une grave erreur de faire croire aux ouvriers que le gouvernement, qu’il soit fédéral, provincial ou municipal, doit tout faire et tout payer pour eux et qu’eux n’ont rien à faire. Ce serait l’abîme. Le gouvernement serait impuissant à rencontrer ses obligations. Tout le monde doit contribuer à sa juste part de l’effort et des coûts pour que le tout soit un succès.

 

Pour Duplessis, « il ne faut pas oublier la nécessité de l’effort personnel. L’idéal, c’est de mettre en pratique la vieille théorie: Aide-toi et le Ciel t’aidera »!

Au dire de l’opposition, les mesures proposées par le gouvernement n’apporteront pas une solution définitive à la crise du logement. D’une part, les députés libéraux critiquent l’Union nationale pour avoir négligé cette question au cours des quatre dernières années et, d’autre part, ils déplorent que ces lois soient présentées à la veille des élections. Pour remédier à la crise du logement, les libéraux plaident plutôt en faveur d’un « crédit urbain » pour les ouvriers, un modèle calqué en somme sur celui du crédit agricole.

L’opposition doute de l’efficacité de ces quatre lois. On fait même de l’humour avec le propos. Alors que Duplessis reproche au député de Montmagny de manquer de gentilhommerie à son égard, il lui rappelle que lorsqu’on « habite une maison de verre, on ne jette pas de pierre dans la maison du voisin » (15 mars). Fernand Choquette lui répond : « Quant à ma prétendue maison de verre, ce n’est certes pas la loi du logement du gouvernement qui aurait pu me la construire! »

 

Dictaphone à l’Assemblée

Officiellement, c’est en 1963 qu’un système d’enregistrement est testé pour la première fois à l’Assemblée législative afin de produire, l’année suivante, un hansard, c’est-à-dire un journal des débats. Or, une rumeur circule dans l’hôtel du Parlement en 1948 : Duplessis aurait fait installer un dictaphone dans son pupitre pour enregistrer ses discours et ceux de ses collègues25.

Le 20 janvier, Godbout se lève sur une question de privilège. Il demande au premier ministre s’il a bel et bien l’intention de doter la Chambre d’un hansard. Il veut savoir également si la rumeur à propos du dictaphone est fondée. D’office, le chef de l’opposition est d’accord avec le principe de créer un journal officiel des débats mais, par souci de justice, il redoute que celui-ci soit contrôlé par l’organisateur en chef de l’Union nationale, l’honorable Joseph-Damase Bégin. Évasif, Duplessis refuse d’infirmer ou non la rumeur.

Godbout revient à la charge le 3 février. Il estime cette fois que la présence d’un dictaphone entrave « la liberté et l’égalité du droit de parole ». Il termine son exposé par une motion stipulant que « l’installation dans l’enceinte de l’Assemblée d’un dictaphone, contrôlé par un membre du gouvernement et réservé à l’usage exclusif d’un député, viole les droits de la Chambre prise comme corps, en plaçant les membres de celle-ci sur un pied d’inégalité ».

Duplessis s’amuse. Il réplique : « si je m’en tiens aux paroles du chef de l’opposition, on aurait placé un dictaphone dans mon pupitre pour enregistrer ce que je dis; je ne le sais pas, ce n’est pas moi qui l’ai mis là. » Rien donc pour satisfaire l’opposition. La suite du débat concerne la légitimité de la question de privilège soulevée par Godbout. Le premier ministre soulève un point d’ordre à ce propos, alléguant que celle-ci est irrégulière « parce qu’elle énonce des faits qui ne sont pas conformes à la vérité ».

Le président met fin à ce long débat en prenant le point d’ordre en délibéré. Il rendra sa décision lors de la séance du 11 février.

 

L’affaire des trésors polonais

Le gouvernement polonais, lors de l’invasion allemande de 1939, fait évacuer les richesses du palais royal de Wavel, à Cracovie. Cette collection – constituée de tapisseries, des joyaux de la couronne, des services de céramique et d’orfèvrerie, l’épée du couronnement des rois de Pologne et des manuscrits précieux – passe d’abord en Angleterre puis au Canada pour se retrouver, en partie, à l’Hôtel-Dieu de Québec.

Après la guerre, la Pologne se trouve dans la zone d’influence soviétique et le nouveau gouvernement souhaite récupérer ses biens nationaux. Le 21 février 1948, le chargé d’affaires de Pologne écrit à la supérieure de l’Hôtel-Dieu pour que les trésors lui soient livrés d’ici quatre jours, faute de quoi, il les fera saisir par la Gendarmerie royale du Canada26. Le 25 février, mère Saint-Henri s’adresse à Duplessis et lui demande de bien vouloir transférer ailleurs les 24 colis litigieux27.

Au cours de la séance du 4 mars, Chaloult soulève une question de privilège pour que le premier ministre fasse une déclaration à propos des trésors polonais qui ont été confiés au Musée de la province. Du même souffle, il désire savoir s’il est exact que la Gendarmerie patrouille dans le voisinage du musée provincial. « Voyez-vous ça, dit-il: les habits rouges sur les plaines d’Abraham! C’est pittoresque. » Il demande quelle sera l’attitude du gouvernement à cet égard.

Duplessis enchaîne en parlant des tentatives de la part d’Ottawa pour remplacer les corps de police de toutes les provinces par la police montée fédérale. « Je puis assurer l’honorable député de Québec et cette Chambre que tant que je serai premier ministre – et je le serai au moins un autre 25 ans – cela n’arrivera pas ici. Nous verrons, d’une façon convenable qui n’exclut pas l’énergie, à faire prévaloir les droits de la province à l’encontre des empiétements de la police montée et de ses supérieurs. »

L’affaire des trésors polonais rebondit de nouveau en Chambre lors de l’étude des crédits (22 et 23 mars). Cette fois, les députés de l’opposition cherchent à savoir si M. Walter Duchesnay, le garde du corps du premier ministre, et ses agents qui sont allés chercher la collection d’objets précieux ont bel et bien « violé » le cloître des religieuses de l’Hôtel-Dieu.

Cet épisode donne lieu à plusieurs débats animés à l’Assemblée législative28.

 

Le pouvoir du lieutenant-gouverneur

Un jugement du Conseil privé, rendu en 1892, reconnaît que la fonction de lieutenant-gouverneur n’est nullement subordonnée à celle du gouverneur général du Canada29. Or, l’affirmation du caractère exclusif du pouvoir du lieutenant-gouverneur dans les sphères provinciales est parfois remise en doute par les autorités fédérales.

Le 23 mars 1948, le député libéral de Lotbinière, Guy Roberge, est fier d’annoncer le jugement de la Cour suprême relativement aux attributions du lieutenant-gouverneur. Le plus haut tribunal canadien a tranché en faveur des héritiers de l’ancien lieutenant-gouverneur Henry George Carroll. Les juges ont décidé que le lieutenant-gouverneur d’une province est le représentant personnel de Sa Majesté et non un fonctionnaire fédéral. Cette décision, explique Roberge, implique que les provinces sont souveraines dans les limites de leur juridiction et qu’elles ne sont aucunement subordonnées au pouvoir central. Roberge en conclut qu’il s’agit, sur le plan judiciaire, d’une reconnaissance de l’autonomie provinciale.

 

Les bibliothèques au Québec

Deux députés du Parti libéral, attirent l’attention de la Chambre sur la piètre situation des bibliothèques au Québec.

De l’avis de Joseph-William Morin, il n’y a pas assez de bibliothèques dans la province (28 janvier). Il déplore également que les Québécois ne lisent pas suffisamment et il s’élève contre la vogue que connaît le Rider’s Digest. Il salue tout de même l’œuvre accomplie par l’Institut canadien dans la ville de Québec « pour répandre le culte des beaux livres et le goût de la culture », et ce, malgré des ressources fort limitées.

Morin demande que le gouvernement accorde des subventions spéciales aux hôpitaux de la province pour leur permettre d’organiser des bibliothèques. Il fait le constat que les personnes hospitalisées ne peuvent obtenir les livres qu’ils voudraient lire. « Ils devraient, dit-il, pouvoir se récréer et se confier à ce compagnon incontournable qu’est un livre. Bien des malades pourraient prendre à l’hôpital le goût de l’étude et de la culture si l’on mettait à leur disposition des livres utiles et bien faits. » Mais pour damer le pion à la motion de Morin, Germain Caron, député unioniste de Maskinongé, propose que la Chambre passe maintenant à un autre item de l’ordre du jour; cette procédure a pour effet de supprimer tout discours ultérieur sur cette question particulière.

Plus loin, Guy Roberge, député libéral dans Lotbinière, revient à la charge en présentant une autre motion recommandant « au gouvernement d’adopter une politique générale qui faciliterait l’établissement et le progrès de bibliothèques publiques, particulièrement dans les régions rurales » (10 mars). En guise d’arguments, il recourt aux statistiques fédérales de 1943 pour montrer qu’il y avait dans la province de Québec 11 bibliothèques publiques gratuites, contre 210 en Ontario et qu’il y avait en Ontario 245 bibliothèques publiques associées, contre 20 dans la province de Québec. Cette motion sera adoptée. Le Soleil conclut que « si M. Duplessis reste au pouvoir et donne suite, comme il paraît en avoir l’intention, à la motion de M. Roberge, il aura raison de se vanter d’une bonne œuvre30 ».

 

De choses et d’autres…

Des thèmes récurrents sont abordés durant la session. Les dangers du communisme et le fait que le gouvernement ne fasse jamais de soumissions pour les travaux publics sont de ceux-là. Sur ce dernier aspect, Wilfrid Hamel, député libéral de Saint-Sauveur, résume le régime de l’Union nationale dans une simple formule (11 mars): « Richesses dilapidées, amis gavés. » (Voir le débat sur le bill 10 sur l’amélioration des ponts publics.)

Les rumeurs voulant que Louis Saint-Laurent succède à William Lyon Mackenzie King, faisant de lui le deuxième Canadien français à devenir premier ministre du Canada, font également l’objet de discussions. C’est Chaloult qui exprime le plus de réserves à cet égard. De même, l’entrée prochaine de Terre-Neuve au sein de la confédération canadienne soulève quelques questions (20 et 22 janvier).

À propos de l’agriculture, le crédit agricole demeure une préoccupation du gouvernement avec l’injection d’une somme additionnelle de cinq millions de dollars (bill 2). Le drainage des terres obtient, quant à lui, un crédit additionnel de trois millions de dollars (bill 3). Dès qu’il est question d’agriculture, le premier ministre Duplessis en profite presque toujours pour égratigner, au passage, la betteraverie à sucre de Saint-Hilaire mise sur pied par le gouvernement de Godbout en 1943. Il n’est pas rare d’ailleurs que les députés de la droite terminent la séance en chantant avec entrain « Sans la betterave, tout ne nous servira de rien », modifiant ainsi le cantique Chrétien, travaille à ton salut.

Dans un autre registre, soulignons que la guerre froide amène Chaloult à s’interroger sur les véritables motifs d’un possible conflit avec l’U.R.S.S. Il affirme que les « Canadiens français n’entend[ent] pas participer à une croisade maudite pour sauver les puits de pétrole de l’Irak et de l’Iran, pour sauvegarder la domination anglaise dans le monde » (31 mars). Force est de constater que l’enjeu des guerres aux XXe et XXIe siècles est souvent le même.

La question des salaires des fonctionnaires est aussi l’objet de critique à la suite de la transformation de la Commission du service civil par le gouvernement de Duplessis en 1945 (11 février)31. De même, l’affaire Roncarelli ne fait pas encore grand bruit à la Chambre, mais un député aborde le sujet lors de la séance du 23 mars. C’est plutôt le commerce de frites et d’huile du directeur adjoint de la Sûreté provinciale à Montréal, Hilaire Beauregard, qui fait les choux gras du Parti libéral et fait mal paraître l’Union nationale (22 mars).

Pour terminer, au lendemain de la prorogation, André Laurendeau fait le bilan de sa dernière session à titre de député de l’Assemblée législative :

La session est morte un peu comme elle a vécu : turbulente, superficielle, débraillée, avec de courts incidents tragi-comiques. Puis tout s’est terminé par des chansons. […] L’atmosphère se détend, la bonne humeur revient. Chaque parti se retire, sûr de prendre le pouvoir aux prochaines élections. De la session, que reste-t-il? D’abord c’est avant tout, un drapeau provincial. C’est l’acte le plus significatif qu’ait posé le gouvernement, celui qui lui a valu d’ailleurs une approbation à peu près unanime.

La Législation proprement dite reste maigre. Énumérons de mémoire : l’aide généreuse aux Universités, l’enquête et l’arbitrage relatif à la Montreal Tramways, quatre lois très discutées sur le logement, des amendements mineurs à notre régime du travail : et c’est presque tout. L’autonomie a suscité beaucoup de discours, mais aucune action constructive. Nous avons voté le budget québécois le plus considérable de la Confédération, mais il importe peu d’initiatives nouvelles; pour une fois les libéraux l’ont examiné avec acharnement. […]

En somme, un bilan très pauvre. […] N’était le drapeau, je doute que l’histoire aurait grand-chose à en retenir32.

 

Faits cocasses, faits divers…

Une panne d’électricité

Au grand dam de plusieurs députés, les travaux parlementaires se poursuivent pendant la Semaine sainte, exception faite du Vendredi saint. Le samedi 27 mars, la nature se déchaîne à l’extérieur : c’est une journée de pluie et de verglas, un « véritable ouragan », note un journaliste de la Tribune de la presse. Les débats sur les crédits sont tout aussi orageux sur le parquet du Salon vert. En début d’après-midi, survient une panne d’électricité à l’hôtel du Parlement :

Le spectacle qu’offrait alors la chambre verte, toujours resplendissante de lumière, pendant les sessions, était pour le moins impressionnant. La lueur blafarde et vacillante des chandelles, allumées sur quelques pupitres, l’électricité qu’on sentait dans l’air, sans qu’il y en ait sur les fils, la nervosité grandissante sur le parquet comme dans les couloirs, tout cela avait quelque chose d’étrange et de tout à fait spécial. M. Godbout émit le voeu que Pâques soit véritablement un passage [des ténèbres à la lumière]. M. Duplessis agrémenta aussi ses souhaits de commentaires appropriés, pour la gauche, comme pour la droite. Et la Chambre s’ajourna alors, faute de lumière, à onze heures, lundi matin33.

 

La séance se termina dans l’obscurité, mais aussi dans la gaieté, puisque les députés entonnèrent à mi-voix différentes chansons. Un groupe de députés libéraux entonnèrent, entre autres, La Marseillaise.

 

Les commissions

Le projet de loi 9 instituant une enquête sur le problème du logement soulève des interrogations du côté de la gauche. Le 26 février, lors de la deuxième lecture, Joseph-William Morin, avec ironie, s’exprime ainsi : « La meilleure façon de retarder la solution d’un problème, c’est de créer une commission. Si le bon Dieu avait créé une commission avant de créer le monde, il est probable que le monde ne serait pas encore créé. »

 

Duplessis, célibataire

Le statut civil du premier ministre fait l’objet de multiples blagues. Certaines sont de bon goût, d’autres non. On en dénombre plusieurs en 1948. Par exemple, le 24 février, Joseph-Émile Dubreuil, député de Montréal-Jeanne-Mance, se vante qu’il a pu se marier, au moins. « Il se trouve des femmes qui sont prêtes à tous les sacrifices », de rétorquer Duplessis avec son sens de la répartie légendaire.

Le chef de l’opposition se met lui aussi de la partie. À la dernière séance du 1er avril, pendant l’adoption des crédits du Conseil exécutif :

M. Godbout (L’Islet): Je n’ai pas d’objection à voter sans discussion tous les subsides du département que dirige le premier ministre si seulement il accepte notre condition. Je voudrais que le premier ministre se soumette, d’ici la prochaine session, au contrôle d’une excellente épouse qui pourrait lui dompter le caractère.

(Rires)

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Ça m’étonne que quand j’imite M. King, le chef de l’opposition n’aime pas cela.

(Rires)

J’avais déjà songé à convoler, mais certaines épouses que les membres de l’opposition connaissent bien, ont tellement à se plaindre que les autres sont découragées. Bien des femmes désireraient cette solution, mais je n’ai pas encore fait mon choix.

M. Choquette (Montmagny): Si le premier ministre demandait des soumissions, il aurait peut-être une chance.

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Si le député de Montmagny en avait demandé, il n’y aurait pas eu de soumissionnaire.

 

La résolution est alors adoptée.

 

Jeux de mots

M. Godbout (L’Islet): Où on en est rendu avec les recherches entreprises au temps de l’honorable Auger dans la baie de Gaspé pour retrouver des trésors.

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Nous poursuivons des recherches très dispendieuses dans tous les musées de la province afin de retrouver les promesses anticonscriptionnistes du Parti libéral.

M. Godbout (L’Islet): Il faudrait agrandir les musées pour y placer toutes les promesses non remplies de l’Union nationale.

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): On ne trouve que des promesses libérales aux musées. C’est pourquoi le gardien d’un musée est toujours un conservateur.

 

En marge des débats parlementaires

Au cours de la session de 1948, René Chaloult se montre souvent incisif envers Godbout. Il n’en demeure pas moins que le député de Québec respecte l’intelligence, l’éloquence et l’affabilité du député de L’Islet. Dans son livre Mémoires politiques, publié en 1969, Chaloult parle de sa relation avec le chef de l’opposition :

Enfin voici une anecdote tragi-comique. À la fin de la session de 1948, un peu avant trois heures de l’après-midi, j’attendais en Chambre l’entrée du premier ministre en causant avec des collègues. Adélard Godbout se présente et m’aperçoit soudain. Il me lance un regard furibond et se précipite vers moi avec des gestes colériques et menaçants. « Vous n’êtes qu’un ingrat », commence-t-il. Très surpris et constatant l’agitation extrême du chef de l’opposition, André Laurendeau, George Marler et Louis-Philippe Lizotte, avec lesquels je m’entretenais, s’éloignèrent par discrétion. Godbout continue et je résume : Vous me devez personnellement votre élection de 193934, (en 1944 j’avais été élu contre les deux partis) et c’est ainsi que vous me traitez… Tous les jours on me reproche mes complaisances envers vous… Vous ne comprenez donc pas combien je souffre, même physiquement, à cause de vous? Vous êtes un sans-cœur… J’en passe, des meilleures ou des pires! Plus il parle plus il se déchaîne. Je l’écoute d’abord puis je tente de l’apaiser. J’avais compris qu’il éprouvait depuis des années le besoin de se soulager. J’admets l’efficacité de son support dans Lotbinière, ajoutant qu’à cette époque il m’avait manifesté beaucoup de loyauté; qu’il s’était montré un véritable gentilhomme, suivant son expression préférée. Avec calme, je tâche de le raisonner, de lui expliquer que ni le sentiment ni l’intérêt ne sauraient me dicter mes attitudes politiques, que bien naïvement peut-être, je persistais à croire aux engagements électoraux. Je termine : « Pourquoi nous quereller ainsi? » Il s’adoucit, son ton baissa et il finit par m’avouer : « Je comprends votre point de vue. » Le premier ministre rentrait ainsi que le Président de la Chambre. La séance allait débuter. Il me quitta avec son sourire charmeur. C’est la dernière fois que je lui parlai. Sa vie parlementaire allait se terminer avec la session35.

 

Critique des sources

Par Christian Blais

Les membres de la Tribune de la presse à Québec en 194836

Le 14 janvier 1948, Abel Vineberg, du journal The Gazette est élu président de la Tribune de la presse. Les présidents d’honneur de la « Galerie » sont l’honorable Alphonse Raymond, président du Conseil législatif, et l’honorable Alexandre Taché, président de l’Assemblée législative37.

Les 19 autres membres de la Tribune sont : E. Bantley, du Montreal Herald; Maurice Bernier, du Montréal-Matin; Paul Bouchard, de La Nation; Edmond Chassé, du Canada; Ewart E. Donovan et Jack Dunn, du Quebec Chronicle Telegraph; Henri Dutil, du Soleil; Fernand Gagnon, du Nouvelliste; Amédée Gaudreault, de La Tribune; Marcel Inkel, de L’Événement-Journal; Arthur-W. Langlais, de La Presse; Pierre Laporte et Marcel Thivierge, du Devoir; Joseph Lavergne38 et Dostaler O’Leary, de La Patrie; Charles-Eugène Pelletier, du Droit; Henri St-Pierre, du Montreal Daily Star; Jacques Verrault et Calixte Dumas, de L’Action Catholique39.

À cela s’ajoute les chroniques publiées périodiquement dans Le Nouvelliste, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, Le Clairon, La Voix de l’Est, La Terre de chez nous, Le Bien Public, L’Écho de Frontenac, Le Canadien de Thetford, L’Écho du Saint-Maurice, L’Autorité, Le Peuple, Le Courrier de Montmagny, Le Bien Public, L’Homme libre, La Chronique de Magog, Le Progrès du Golfe, le Joliette Journal, L’Écho du Nord, L’Étoile du Nord, L’Avenir du Nord, Le Progrès du Saguenay, le Sherbrooke Daily Record, Le Temps, Le Guide, La Voix de Shawinigan, L’Étoile du Lac, le Dorchester, Le Canadien libéral, The Standard, et La Parole40.

Fait à noter, en 1948, le conseil des courriéristes parlementaires refuse de prendre une décision quant à donner ou non à Pierre Gélinas, rédacteur du journal communiste Combat, le privilège d’obtenir un siège dans la « Galerie ». Ce fut au président Alexandre Taché de trancher. Pour refuser une place à Gélinas, Taché n’eut « qu’à appliquer la règle générale qui veut que seuls les quotidiens aient des représentants dans la tribune des journalistes, bien que l’on permette parfois, à des hebdomadaires, d’obtenir un siège dans la deuxième galerie41 ».

Le manque d’espace est un autre argument pour refuser des places aux journalistes des hebdomadaires. « Tout cela remet en lumière la nécessité absolue d’agrandir, un jour ou l’autre, l’espace réservé aux journalistes qui suivent les séances de l’Assemblée législative », de préciser Le Soleil42. Le quotidien ne peut prédire toutefois si un journal communiste comme le Combat pourrait, un jour sous d’autres auspices, obtenir la permission de faire partie de la Tribune de la presse. Toujours est-il que le 16 février 1948, les locaux du journal le Combat seront fermés et mis sous scellés en vertu de la loi du cadenas.

 

Les sources par elles-mêmes

« La Tribune de la presse est l’oxygène des parlements modernes », écrit André Laurendeau dans Le Devoir. Le député en vient à cette réflexion lorsque la Chambre s’ajourne, le 6 février 1948, afin de permettre aux courriéristes parlementaires d’assister à un dîner en leur honneur. Il écrit : « Que trente députés, cinq ministres ou le chef même du gouvernement (admirez la judicieuse progression) doivent s’absenter, la Chambre peut siéger quand même. Mais que les journalistes manquent: alors rien ne va plus, on ajourne. Sans la presse, pas de session, sans galerie, pas de discours43. »

La réalisation des chroniques parlementaires est un travail de longue haleine. Dans L’Événement-Journal du 14 janvier 1948, on signale que ce journal « et son confrère Le Soleil » publieront des comptes rendus aussi complets et aussi objectifs que possible des délibérations de l’Assemblée législative :

Cela demande beaucoup de temps et de travail de la part des journalistes chargés de renseigner le public, et une dépense très appréciable de la part des journaux. Le citoyen qui entend exercer son droit de vote aux prochaines élections, et en attendant son droit de critique, doit d’abord se renseigner sur la politique, et il n’a pour cela qu’un moyen à sa disposition, à moins d’assister à toutes les séances de la Chambre, c’est de lire les comptes rendus. Comment savoir ce qui se passe, comment ensuite voter intelligemment, si l’on ne fait que jeter un rapide coup d’œil sur les titres et les sous-titres des journaux? Aussi recommandons-nous très vivement à tous de suivre de près les débats de l’Assemblée législative. D’autant plus que personne ne peut échapper aux conséquences des actes, c’est-à-dire des votes, des représentants du peuple44.

 

Le même jour, L’Action catholique publie qu’il entend suivre les débats « avec une attention spéciale, avec impartialité et en toute objectivité ». Le rédacteur en chef du quotidien, Louis-Philippe Roy, explique ensuite la procédure qui sera suivie :

Nous entendons accorder la même mesure de justice à tous les partis, les traiter avec équité et ayant comme souci principal de renseigner nos lecteurs sans chercher à les influencer en faveur de tel homme ou de tel groupe. Il ne faudrait pas en conclure que, chaque jour, chaque parti aura nécessairement le même nombre de colonnes et que chaque orateur pourra compter sur un compte rendu de même longueur. Il peut arriver des circonstances où la droite ministérielle ait plus d’espace et que le lendemain ce soit l’inverse. Si, un jour, notre courriériste doit résumer cinq discours des députés de l’Union nationale contre deux du Parti libéral, il est probable que l’espace consacré aux premiers sera plus considérable que celui consacré aux autres. Mais, un autre jour, le contraire pourra se produire. Dans l’ensemble, et compte tenu des circonstances particulières, nous traiterons les partis de la même façon, leur accordant la même hospitalité.

Est-il besoin de préciser que tout journal accorde plus d’importance aux discours des chefs? Ainsi un simple député ne peut tout de même pas prétendre avoir droit au même nombre de colonnes que les honorables Duplessis et Godbout. Un simple député doit admettre que les déclarations des ministres, ou bien encore de députés qui sont chefs de ce groupe, ont droit à plus d’attention. Cependant, si un membre de la Législature, fut-il simple député, présente un jour une étude particulièrement fouillée sur un problème spécial, nous devrons évidemment en tenir compte. […]

Quant aux textes mêmes des discours, nous ne pouvons songer à les publier gratuitement sauf s’il s’agit du premier ministre, du chef de l’opposition, ou d’un discours spécial, tel le discours du Budget. Si un orateur tient absolument à la reproduction intégrale de son discours, nous nous rendrons à son désir moyennant paiement. Le taux est d’ailleurs le même pour tous les députés, qu’ils siègent à droite à gauche ou au centre.

Que nos lecteurs soient assurés d’une chose : nos comptes rendus seront le reflet fidèle, objectif de ce qui se passera en Chambre, la rédaction se réservant le droit d’apprécier elle-même les déclarations importantes des députés ou les projets de loi soumis à l’Assemblée législative45.

 

L’Action catholique était l’organe officieux de l’archevêché de Québec et la rivalité était féroce entre ce journal, d’une part, et Le Soleil et L’Événement-Journal, d’autre part46. Il n’en demeure par moins que la méthodologie appliquée par les courriéristes parlementaires pour couvrir les débats demeure sensiblement la même.

 

La critique des sources47

Règle générale, les courriéristes parlementaires rapportent les propos des députés en toute honnêteté. S’il arrive que certains passages divergent quelque peu d’un quotidien à l’autre, il faut souvent mettre au banc des accusés la piètre acoustique de l’Assemblée législative.

À titre d’exemple, une phrase du député André Laurendeau est rapportée différemment dans L’Action catholique et dans Le Devoir du 22 janvier 1948. Dans le premier journal, on fait dire au député : « Je me réjouis d’apprendre que Québec, État autonome, aura désormais son drapeau », alors que dans le second, il est écrit : « Québec étant autonome, se devait d’avoir son drapeau. »

Le Quebec Chronicle du jeudi 5 février 1948 fait également état d’un problème semblable. On peut y lire que : « Members of the Press Gallery at the far end of the room, in the midst of the noisy controversy, were divided as to the Speaker’s declaration. Some thought Mr Tache said "I recall to order Mr Leon Casgrain, the member for Riviere-du-Loup". Others understood the Speaker to say "I name Mr Leon Casgrain, the member for Riviere-du-Loup". The uncertainty about the exact words lasted until the House ajourned. The Speaker, seen after sitting, confirmed the report that he actually had named Mr. Casgrain ".

À d’autres occasions, ce sont les courriéristes qui – inconsciemment ou non – choisissent un synonyme plutôt qu’un autre. Ainsi, lors de l’adoption du drapeau officiel du Québec, Chaloult termine son discours en disant : « …nous nous sentirons encore plus fiers d’être Québécois ». Selon La Patrie du 22 janvier 1948, Chaloult aurait plutôt dit: « ... d’être Canadiens français, et de la province de Québec. » D’après Le Soleil du même jour, Chaloult a dit: « ...nous serons plus fiers d’être Canadiens français. » Il nous est bien sûr impossible de savoir quelle version est la bonne. Nous devons nous rallier avec la majorité des courriéristes; mais, en fin de document, des notes sont là pour mettre toutes les versions à la disposition des chercheurs.

Exceptionnellement, il arrive que des députés soulèvent des questions de privilège pour corriger les comptes rendus qui ont été publiés. C’est ce que fait le premier ministre à la séance du 29 mars 1948 :

Je n’ai pas l’habitude de me plaindre des comptes rendus des journaux. J’ai beaucoup d’autres choses à faire et d’ailleurs ce n’est pas dans ma nature. Mais les tactiques déloyales employées par M. Henri Saint-Pierre, dans le Montreal Daily Star, ne peuvent être passées sous silence. Bien que le Montreal Star soit un journal à tendances libérales, ce n’est pas lui que je tiens responsable. Je le considère plutôt comme une victime du zèle partisan de son correspondant à Québec. M. Saint-Pierre a prétendu que le coût des travaux exécutés sur la route de Chicoutimi avait été estimé à $3,000,000 par les ingénieurs. Or, à plusieurs reprises, car le débat sur l’item en discussion a débuté il y a cinq ou six jours, le ministre de la Voirie (l’honorable M. Talbot) et des membres de la droite ont démontré clairement que les estimés préliminaires et forcément approximatifs des ingénieurs ne s’élevaient pas à $3,000,000 mais à plus de $6,500,000. Le chiffre cité par M. Saint-Pierre ne représente donc pas 50 pour cent du montant réel des estimées. Il ne peut être inspiré par la bonne foi ou le souci de la vérité. Le procédé de M. Saint-Pierre n’est certainement pas honnête ni à son honneur. Encore une fois, ce n’est pas le journal lui-même que je blâme. Il n’est probablement pas responsable des fantaisies partisanes de M. Saint-Pierre. Il en est plutôt victime.

 

En bien des circonstances cependant, les parlementaires critiquent plutôt la ligne éditoriale des principaux quotidiens. En Chambre, Duplessis ne se gêne pas pour dire que Le Devoir « fausse les faits » (12 mars) ou encore qu’il a publié « une fausseté, comme c’est son habitude depuis quelques mois » (23 mars)48.

D’autres fois, les députés insistent pour souligner à grands traits les allégeances partisanes de certains journaux, tel que l’illustre ce passage de la séance du 30 mars :

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Le Temps n’est pas mon journal et il est libre de publier ce qu’il veut. Mais il est beaucoup plus propre que la saleté qu’on appelle le Canadien libéral.

M. Francoeur (Montréal-Mercier): Le Temps est un journal du premier ministre tout comme le Moraliste.

 

En marge enfin, prenons un cas particulier : celui de Pierre Laporte, journaliste et correspondant parlementaire au Devoir pendant 16 années. Au cours de sa riche carrière, les contacts répétés qu’il a eus avec le premier ministre lui ont permis d’accumuler de nombreuses anecdotes et de colliger un grand nombre de ses déclarations. Dans Le vrai visage de Duplessis, qu’il publie aux Éditions de l’Homme en 1960, il rédige les impressions que lui a laissées Maurice Duplessis. À l’occasion, il fait référence à la session de 1948. Certains passages qu’il reproduit dans son livre ne se retrouvent dans aucune chronique parlementaire. Ainsi, dans le chapitre 6, intitulé « Maurice Duplessis et ses ministres », il rapporte quelques anecdotes pour monter l’ascendance de Duplessis sur ses ministres. Il écrit :

En 1948, feu monsieur Joseph Francoeur, libéral, représentait le comté de Montréal-Laurier. Il n’était pas, loin de là, un foudre d’éloquence, mais il avait la manie d’interrompre les orateurs adverses. Pendant un discours de monsieur Paul Beaulieu, il s’écria soudain :

« Parlez-nous du Pingouin! »

Le Pingouin, apparemment, c’était un club de nuit situé dans le comté du ministre.

M. Beaulieu répondit : « Oui, monsieur, je vais vous en parler du Pingouin. »

M. Duplessis : « Parle pas de ça, Paul! »

Le ministre a brusquement changé de sujet comme si jamais personne, ni monsieur Francoeur, ni lui-même n’avait prononcé le nom Pingouin49.

 

Dans un cas comme celui-ci, il y avait assez d’éléments d’information pour situer ces échanges dans les débats reconstitués. En revanche, Laporte relate un autre épisode qu’il ne nous a pas été possible de situer nulle part. Le voici :

Monsieur Duplessis faisait du chantage avec l’ajournement du vendredi. […] Les députés avaient hâte de rentrer chez eux. Ils se pliaient parfois aux exigences du premier ministre. Un jour en 1948, – sous monsieur Godbout, – les libéraux avaient capitulé honteusement. Devant le chantage de monsieur Duplessis, – qui voulait forcer l’adoption d’un projet de loi en troisième lecture, – monsieur Godbout s’était écrié : « Jamais! Nous siégerons cet après-midi, ce soir, demain et dimanche s’il le faut ! » Les députés libéraux avaient acclamé leur chef. Quelques minutes plus tard, après d’étranges conciliabules derrière le trône du président, le chef de l’opposition revenait sur sa décision et acceptait de voter le projet de loi en troisième lecture. Les libéraux avaient perdu l’honneur… mais non leur train50!

 

Les pools et la reconstitution des débats

Dans son Histoire de la Tribune de la presse à Québec, 1871-1959, l’historien Jocelyn Saint-Pierre explique en détail la méthode employée par les courriéristes parlementaires pour rédiger leurs comptes rendus. Il montre qu’à la fin de 1949, les journalistes avaient formé deux pools distincts pour noter, à tour de rôle, les paroles prononcées par les députés en Chambre51. Amédée Gaudreault, dans son livre Trente ans de journalisme parle, pour la même époque, de cette cordiale rivalité qu’il y avait entre les deux équipes:

Le duo [Calixte] Dumas-[Charles-Eugène]Pelletier ne créa jamais de problème à Duplessis, chaperonné par [Jacques] Verreault mais donnant du compte rendu correct. Mais de critique, point. Il arrivait que le "pool" de Dumas ait de meilleurs "bouts" que celui de Dutil, ceci résultant évidemment du fait qu’un confrère "en devoir" avait trop résumé ou avait été distrait durant un débat ou un discours en Chambre, tandis que le texte de "l’autre" avait été plus fidèle et complet. Une rivalité amicale et stimulante existait entre les deux clans et il arrivait même d’aller chez l’autre pour vérifier ou compléter un passage. Les textes de Dumas et Pelletier en étaient donc de qualité mais il faut se souvenir qu’à cette époque, sauf pour les journaux de parti comme "Le Canada" et "Montréal-Matin", ou encore exceptionnellement comme "Le Devoir", les reportages sur les débats parlementaires n’avaient pas encore le caractère analytique ou même éditorialiste qu’on leur trouve souvent et sans étonnement aujourd’hui52.

 

Malgré la présence de pools, la reconstitution des débats de 1948 se fait systématiquement avec tous les journaux publiés à travers le Québec. De sorte que les débats reconstitués sont un amalgame de toutes les chroniques parlementaires publiées à l’époque. En voici un exemple, extrait de la séance du 21 janvier 1948 :

En vertu [L’Action catholique, p. 1] de cet arrêté ministériel, un drapeau officiel est [Montréal-Matin, p. 3] donné à notre province [L’Action catholique, p. 1] et au moment même où [Montréal-Matin, p. 3] je vous parle [La Patrie, p. 4], ce drapeau, [L’Action catholique, p. 1] qui est en conformité avec nos traditions et nos aspirations, [Le Devoir, p. 12] est déjà arboré sur la tour [L’Action catholique, p. 1] centrale [La Presse, p. 7] du parlement. (Applaudissements prolongés de la droite) [L’Action catholique, p. 1] L’an dernier, la législature a adopté à l’unanimité une motion [L’Action catholique, p. 1] demandant [La Patrie, p. 4] l’adoption d’un [L’Événement, p. 1] drapeau distinctif pour symboliser les aspirations de la province de Québec. [L’Action catholique, p. 1] Depuis, [L’Action catholique, p. 1] l’opinion publique a eu le temps de se manifester clairement [Montréal-Matin, p. 3] et avec force. [L’Événement, p. 1] Nous avons reçu [L’Action catholique, p. 1] de toutes les parties de la province, [L’Événement, p. 1] un grand nombre [L’Action catholique, p. 1]de résolutions, [L’Événement, p. 1] de requêtes [L’Action catholique, p. 1] nous recommandant [La Patrie, p. 4] l’adoption du [L’Événement, p. 1] drapeau fleurdelisé. [La Patrie, p. 4] C’est sur ces sollicitations [Montréal-Matin, p. 3] de toutes sortes [L’Événement, p. 1] qu’est basé l’arrêté ministériel que nous avons adopté. [Montréal-Matin, p. 3] Nous nous rendons avec une grande joie au désir de la population, [Le Devoir, p. 12] et c’est [La Patrie, p. 4] le drapeau fleurdelisé [L’Action catholique, p. 1] que nous avons hissé sur la tour du parlement. [Montréal-Matin, p. 3]

 

La ligne éditoriale des principaux quotidiens

D’ordinaire, la ligne éditoriale partisane ne transparaît pas trop dans les chroniques parlementaires. Les titres et les sous-titres de même que les premiers paragraphes des comptes rendus (un préambule personnalisé qui donne en substance le contenu des séances) permettent parfois de reconnaître l’allégeance des grands quotidiens. En revanche, le texte des débats n’est pas ponctué de propos partisans pour autant.

Le Montréal-Matin est un organe de l’Union nationale qui, pour la première fois lors de la session de 1948, compte un correspondant parlementaire. Ce quotidien souligne avantageusement les réalisations du gouvernement de Duplessis et ne manque pas de présenter l’opposition libérale sous un jour défavorable. Dans les comptes rendus de ce journal, la différence de traitement se manifeste surtout dans les commentaires que l’on glisse, en incise, avant ou après les interventions des députés ministériels pour relever leurs arguments. Quant aux députés de l’opposition, les commentaires cherchent à les présenter sous un angle défavorable, souligner l’ambiguïté d’une remarque ou ce qui semble être des contradictions. De sorte qu’on commente le discours prononcé par Duplessis en disant qu’« il était à son mieux et a eu recours avec le plus grand succès à toutes ses ressources oratoires ». Par comparaison, on écrit que Godbout, « a prononcé un discours plutôt faible, sûrement moins agressif que ses précédents dans les mêmes circonstances53 ». Il n’en demeure pas moins que les comptes rendus de ce journal, une fois épuré de ses commentaires, demeure une source fiable et crédible.

Le Canada demeure un journal de tendance libérale. C’est dans ce quotidien que le lecteur est le plus en mesure de sentir l’ambiance qui régnait sur le parquet de l’Assemblée législative durant les débats. Edmond Chassé, le correspondant du Canada à la Tribune de la presse, ne manque pas de noter les rires, les applaudissements, les chahuts, les exclamations à haute voix, les bruits et même les silences des parlementaires. Toutes les interruptions que lancent les députés – sans se lever – sont relevées et, pareillement, les exclamations du public venu assister aux séances dans les tribunes.

Le Soleil et L’Événement-Journal sont également d’allégeance libérale. Ces deux quotidiens appartiennent au même propriétaire depuis 1936. Il était cependant entendu, note Gaudreault, « que L’Événement ne devait pas porter ombrage au grand journal de la famille, Le Soleil, qui avait droit aux plus longs comptes rendus et, à l’occasion, aux primeurs54 ».

L’Action catholique fut longtemps le quotidien préféré des régions rurales. Très conservateur, la ligne éditoriale de ce journal rejoint les idées de l’Union nationale.

La Presse et La Patrie appartiennent au même propriétaire depuis 1933. Souvent, La Presse est plutôt favorable au Parti libéral et La Patrie, un journal de tendance conservatrice, prétend afficher une certaine neutralité politique.

Le Montreal Daily Star est un journal monarchiste lié au milieu de la finance. J. W. McConnel, son propriétaire, est un ami intime du premier ministre et, après 1944, ce journal adhère au conservatisme économique qui caractérise le gouvernement Duplessis. Le premier ministre, qui se fait l’apôtre du laisser-faire économique, s’attire également les bonnes grâces de la Gazette. Ce journal, qui approuvera notamment l’adoption du fleurdelisé, va d’ailleurs prendre clairement position en faveur de Duplessis lors des élections générales de 194855.

Le Devoir se présente toujours comme un journal indépendant. D’allégeance nationaliste, ce quotidien, sous la plume d’André Laurendeau, reconnaît à Duplessis le mérite de défendre l’État provincial. Il lui reproche en même temps son conservatisme social. Mais, lors des élections de 1948, parce que Le Devoir est outragé par « la capitulation sans condition » du Parti libéral du Québec face au gouvernement fédéral, ce journal va donner son appui « à la résistance même imparfaite » de l’Union nationale56.

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. « Un début de session », Le Soleil du 14 janvier 1948, p. 4.

2. « Le rideau se lève », Le Devoir du 5 février 1948, p. 2.

3. Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale, Québec, Publications du Québec, 2008, 692 p.; John A. Dickinson et Brian Young, Brève histoire socio-économique du Québec, Sillery, Septentrion, 2003, 452 p; Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal Express, 1989, tome 2; Conrad Black, Maurice Duplessis, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1999, 547 p.; Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, Montréal, Fides, 1973, 2 tomes; Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, http://www.bilan.usherbrooke.ca.

4. L’Union nationale avait été portée au pouvoir en 1944, avec 38 % du vote contre 39,4 % chez les libéraux, le reste ayant été récolté par les tiers partis.

5. Lors des élections qui s’étaient déroulées le 8 août 1944, même s’il n’avait pas remporté la majorités des voix, sur un total de 91 sièges, l’Union nationale comptait 48 députés, le Parti libéral 37, députés, le Bloc populaire quatre députés, un député indépendant et un seul député pour le Cooperative Commonwealth Federation.

6. Bourque revient le 15 janvier et Paquette, le 10 mars. Le 29 mars, Godbout, par gentillesse pour le ministre de la Santé, consent d’ailleurs à voter les crédits de la santé sans discussion.

7. Il revient le 9 mars.

8. En 1948, les autres conseillers législatifs d’allégeance unionistes sont : Joseph-Olier Renaud fils, Gérald Martineau, Jean-Louis Baribeau, George Buchanan Foster et Édouard Asselin.

9. Il ne faut pas compter Édouard Lacroix qui n’a jamais siégé à l’Assemblée législative.

10. Le Soleil du 3 février 1948, p 9, rapporte qu’Ovila Bergeron « a annoncé à Magog, le 2 février 1948, sa démission du Bloc populaire et de ses fonctions de directeur national du même parti ».

11. De grands événements sont survenus dans le monde, signale Chaloult le 20 janvier 1948. « L’Inde, le Pakistan et la Birmanie se sont séparés de l’Empire. Ces pays, signale-t-il, se sont hâtés de se choisir des drapeaux distinctifs. Un mineur qui devient majeur dans la famille des nations, c’est un progrès pour l’humanité. N’est-il pas d’ailleurs prouvé que le démembrement d’un empire est toujours favorable à la civilisation? »

12. Le 31 mars, Chaloult se vide le cœur. Lui qui avait été élu sous la bannière libérale en 1939, explique les raison de sa rupture avec ce parti : « Ce sont les libéraux qui ont changé en juin 1940. Le Parti libéral avait promis solennellement un effort de guerre libre et modéré. En juin 1940 on eut la mobilisation. J’ai inscrit une motion demandant qu’on s’en tienne à l’effort libre et modéré, mais le Parti libéral a voté contre pendant que les libéraux d’Ottawa poussaient à l’effort total, absolu et non-libre. Ce fut un reniement flagrant de l’engagement formel pris. J’avais à choisir entre la loyauté envers le parti. Je n’ai pas hésité. J’ai opté pour le peuple. C’est vrai que le chef de l’opposition, alors premier ministre, a été loyal et même chic envers moi. Mais je n’ai fait que mon devoir. »

13. Le 11 mars, Chaloult dit : « Il est révélateur que les centralisateurs, les communistes, les anticléricaux, les athées, les témoins de Jéhovah préfèrent donner leur appui au Parti libéral et combattre l’Union nationale. Aux prochaines élections, le peuple aura à choisir entre l’Union nationale et le Parti libéral. Entre ces deux partis, le choix sera facile et il n’y a pas l’ombre d’une hésitation. Comment pourrait-on hésiter entre un parti comme l’Union nationale qui défend l’autonomie et toutes nos traditions à laquelle on n’a rien à reprocher à ce sujet et le Parti libéral qui a cédé en 1942 une partie des droits de la province, qui préconise la centralisation et qui "irrepentant" se déclare prêt tous les jours à de nouvelles concessions? Dans les circonstances actuelles, c’est le devoir de tout bon catholique et de tout bon Canadien français, d’appuyer la politique autonomiste du premier ministre et pour ma part je demande au peuple de la province de voter pour l’Union nationale. »

14. Pierre Laporte, Le vrai visage de Duplessis, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1960, p. 56.

15. « Un début de session », Le Devoir du 15 janvier 1948, p.1.

16. Duplessis n’y va pas de main morte dans son discours du 11 mars : « Le régime unitaire et la centralisation conduit au bolchevisme, au fascisme, à l’autocratie, à la dictature, la tyrannie. Qu’on parcoure l’histoire du monde et on en arrivera toujours à la conclusion que les régimes dictatoriaux et les tyrannies ont pu se former à la faveur de la centralisation administrative. Qu’on étudie la situation de tous les pays moins grands que le Canada, et où les problèmes sont moins nombreux, et l’on verra que partout où il y a union législative, c’est la bureaucratie qui règne et non la démocratie. Et dans un pays aussi vaste que le Canada, est-il possible qu’un seul homme ait suffisamment d’intelligence pour étudier tous les problèmes, qu’un gouvernement unique puisse régler tous les problèmes compliqués par les divergences de races et de religions? Notre pays est trop vaste et les problèmes y sont trop différents pour que tout puisse être réglé d’Ottawa par ces centralisateurs saouls de pouvoir qui veulent tout contrôler au Canada. […] Rappelons-nous d’ailleurs que les Législatures ne sont pas nées de la volonté d’Ottawa, mais que c’est Ottawa qui tient son existence de la volonté des gouvernements provinciaux, il est l’enfant des Législatures. Les quatre provinces pionnières ne se sont pas unies pour s’affaiblir, ni pour se faire dévorer ou assimiler. »

17 . Ibid. Sur la cérémonie d’ouverture, voir : Frédéric Lemieux, Christian Blais et Pierre Hamelin, L’histoire du Québec à travers ses lieutenants-gouverneurs, Québec, Les Publications du Québec, 2005, p. 353-356.

18. « L’année précédant une élection, les dépenses de voirie atteignent un niveau record pour retomber ensuite à un niveau plus modeste pendant les trois premières années du mandat suivant. Le manège se répète en 1948, 1952 et 1956. Par ailleurs, les travaux de voirie sont un canal privilégié pour l’exercice du patronage. » Linteau, Durocher, Robert et Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 275.

19. « De bons placements », Le Soleil du 16 mars 1948, p. 4.

20. Le 15 janvier 1948, Godbout donne d’autres arguments : « Le premier ministre sait fort bien qu’aucun d’eux (les députés) ne pourrait vivre uniquement avec son indemnité parlementaire et tous ont des responsabilités, en dehors de la session. Ils sont obligés de s’occuper de leurs affaires professionnelles ou industrielles, dont ils ont surtout besoin pour vivre. Les députés ont le droit de savoir comment on entend disposer de leur temps. Ils doivent savoir à quel moment ils pourront quitter Québec en fin de semaine et réserver leurs billets sur les trains. »

21. Il semble qu’une pression de plus en plus vive s’exerçait sur le premier ministre et le gouvernement au moment de l’adoption du drapeau. Dans "Jeunesse, autonomie, fleurdelysé", L’Action catholique, 20 janvier 1948, p. 1, on peut lire : "Jamais nous n’aurions osé espérer que le mouvement de pétitions en faveur d’un drapeau provincial et du fleurdelysé aurait pris une telle envergure aussi rapidement. Si le chef du gouvernement, le chef de l’opposition et les députés ont reçu autant de résolutions, de requêtes, de lettres et de messages télégraphiques que nous en avons reçu au journal, nous aurons certainement notre drapeau. [...] Hé bien! je crois que l’opinion publique est en train de s’exprimer, et bellement. Les sections de la St-Jean-Baptiste de plusieurs diocèses, les cercles Lacordaire et Ste-Jeanne d’Arc, des conseils municipaux urbains et ruraux, des commissions scolaires, des cercles de fermières, des cercles d’U.C.C, des sections de l’Union des électeurs, des Ligues du Sacré-Coeur, des Caisses Populaires, des ligues de citoyens, un grand nombre de mouvements spécialisés d’Action catholique [...] des Guides, des Scouts, la Fédération Générale des Étudiants de Laval, des syndicats professionnels, plusieurs institutions d’enseignement, autres groupements sportifs, sociaux, patriotiques dont les Jeunesses Laurentiennes, et nombre d’autres ont donné dans la campagne avec entrain, sans parler des milliers et des milliers de personnes agissant individuellement."

22. Duplessis aurait téléphoné à Chaloult pour lui annoncer sa décision . Il aurait terminé en disant : « Pas un mot à Godbout et à Laurendeau, je veux voir la tête qu’ils vont faire. » R. Rumilly, Maurice Duplessis…, p. 211.

23. C. Blais, G. Gallichan, F. Lemieux et J. Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale…, p. 445.

24. Pour en savoir plus, voir : R. Rumilly, Maurice Duplessis…, p. 214.

25. Frédéric Roussel Beaulieu, « Une tentative d’enregistrement des débats à l’Assemblée législative en 1948? », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, vol. 34, nos 1-2, mai 2005, p. 11-16.

26. R. Rumilly, Maurice Duplessis…p. 216-217.

27. « M. Duplessis poursuit sa polémique au sujet des trésors de la Pologne », Le Soleil du 11 mars 1948, p. 15.

28. Voir : Le retour des trésors polonais, Québec, Musée du Québec, 2001, 103 p.

29. F. Lemieux, C. Blais et P. Hamelin, L’histoire du Québec…, p. 45-47.

30. « À propos de bibliothèques », Le Soleil du 13 mars 1948, p. 4.

31. Chaloult tient ces propos : « Paraît-il, des ministres, des députés, des curés interviendraient pour faire placer un homme qui n’a pas réussi à se placer ailleurs. Il y a trop de recommandations politiques. Les bons employés souffrent du fait que la province doit payer tous ces gens. Il ne faut pas oublier que le gouvernement ce n’est pas un hôpital ni une Saint-Vincent-de-Paul. Les incompétents nuisent aux compétents. On ne peut héberger les premiers au détriment des seconds. […]On dit aussi qu’il y a des sténodactylos dont le charme et la grâce tiennent lieu de compétence. »

32. « Bilan », Le Devoir du 2 avril 1948, p. 1.

33. L’Action catholique du 29 mars 1948, p. 3 et 8.

34. Chaloult avait été élu député libéral dans Lotbinière en 1939.

35. René Chaloult, Mémoires politiques, Montréal, Éditions du Jour, 1969, p. 142-143.

36. Voir Jocelyn Saint-Pierre, Histoire de la Tribune de la presse à Québec, 1871-1959, Montréal, VLB éditeur, 2007, 315 p.

37. « Abel Vineberg élu président », L’Événement du 15 janvier 1948, p. 3.

38. Joseph Lavergne meurt le 24 mars 1948.

39. Jocelyn Saint-Pierre, Les membres de la Tribune de la presse : liste chronologique, 1871-1989, Québec, Bibliothèque de l’Assemblée nationale, 1990, Bibliographie et documentation, no 34.

40. Pour la reconstitution des débats de 1948, des échanges originaux ont été retracés dans Le Nouvelliste, La Tribune et Sherbrooke Daily Record surtout, mais aussi dans l’Étoile du Nord, Le Temps, la Gazette de Valleyfield, le Dorchester, L’Autorité, Le Messager, L’Écho de Frontenac, La voix de l’Est et Le Clairon.

41. « Le cas de Pierre Gélinas », Le Soleil du 6 avril 1948, p. 3.

42. Ibid.

43. Le Devoir, 6 février 1948, p. 1.

44. « Attention! », L’Événement-Journal du 14 janvier 1948, p. 1.

45. « L’Action et la session provinciale », L’Action catholique du 14 janvier 1948, p. 1.

46. Jean-Paul Desbiens, Comme un vendeur : journal : années 2002-2003, Sillery, Septentrion, 2004, p. 193.

47. Sur la méthodologie relative à la reconstitution des débats, voir : Gilles Gallichan, « Le Parlement "rapaillé". La méthodologie de la reconstitution des débats », Les Cahiers des Dix, no 58 (2004), p. 275-296.

48. Malgré tout, Le Devoir appuya Duplessis aux élections générales de 1948. C. Black, Maurice Duplessis…, p. 277.

49. P. Laporte, Le vrai visage…, p. 66.

50. Ibid., p. 63.

51 J. Saint-Pierre, Histoire de la Tribune…, p. 95-101.

52. Amédée Gaudreault, Trente ans de journalisme. Souvenirs, portraits et anecdotes, Montréal, Éditions du Méridien, 1991, p. 51-52.

53. Montréal-Matin du 21 janvier 1949, p. 2 et 3.

54. A. Gaudreault, Trente ans de journalisme…, p. 50.

55. Alain-G. Gagnon et Louiselle Lévesque, « Le Devoir et la Gazette face aux gouvernements Duplessis », dans Alain-G Gagnon et Michel Sarra-Bournet (dir.), Duplessis : entre la Grande Noirceur et la société libérale, Montréal, Édition Québec Amérique, 1996, p. 71.

56. R. Rumilly, Maurice Duplessis…, p. 227; Gérard Filion, « Pour qui voterons-nous? », Le Devoir du 14 juillet 1948, cité par A-G. Gagnon et L. Lévesque,  Le Devoir et la Gazette…, p. 72-73.