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Point de presse de Mme Véronique Hivon, porte-parole du troisième groupe d’opposition pour la famille, et Mme Christine Labrie, porte-parole du deuxième groupe d’opposition pour la famille

Version finale

Le jueves 4 novembre 2021, 9 h 32

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Neuf heures trente-deux minutes)

La Modératrice : Bonjour. Bienvenue à ce point de presse conjoint de Québec solidaire et du Parti québécois. Ce matin, prendront la parole Mme Christine Labrie, porte-parole en matière de famille de Québec solidaire, Mme Véronique Hivon, porte-parole en matière de famille du Parti québécois. Elles seront suivies de Mme Lucie Longchamps, vice-présidente de la FSSS-CSN. La parole est à vous.

Mme Labrie : Bonjour. Donc, comme vous le savez, il y a un important mouvement de mobilisation au sein du milieu des services de garde éducatifs à l'enfance. Les milieux des CPE en font partie. Il y a d'ailleurs plusieurs grèves qui se déroulent en ce moment un peu partout au Québec, des manifestations qui sont en cours.

Parmi les revendications importantes des éducatrices, il y a notamment… des éducatrices et de l'ensemble des membres du personnel des CPE, il y a la question du rattrapage salarial qui est cruciale pour le développement et l'avenir du réseau, évidemment. On sent que le message n'a pas été suffisamment entendu de la part du gouvernement à cet égard-là. Et c'est très important que le gouvernement comprenne qu'il ne réussira pas à mettre en place son plan de développement de places sans faire le rattrapage salarial massif qui est demandé, un rattrapage qui doit concerner toutes les travailleuses et tous les travailleurs du réseau des CPE, pas seulement les éducatrices. Il y a aussi des travailleuses administratives, il y a aussi du personnel de cuisine, il y a aussi des éducatrices spécialisées qui doivent être concernés par ce rattrapage-là. Ce sont des personnes qui sont aussi importantes que les éducatrices dans les services qui sont offerts aux enfants.

Puis j'insiste particulièrement sur les éducatrices spécialisées parce qu'on dirait que le gouvernement n'a pas compris le message que ces personnes-là, elles offrent des services essentiels pour les enfants à besoins particuliers. Si on ne les inclut pas dans le rattrapage salarial, on met à risque les services offerts aux enfants à besoins particuliers, et ça, ça ajoute un fardeau de travail très important sur les éducatrices qui sont dans le réseau. Et elles nous le disent depuis longtemps, qu'elles ont besoin de ce soutien-là, les familles nous le font savoir aussi, qu'elles en ont besoin. Et, pour moi, il n'y a aucune raison qui justifierait que les éducatrices, les éducatrices spécialisées et tout le personnel du réseau des CPE soient moins bien rémunérés que dans le réseau de l'éducation. C'est là qu'on doit se rendre, on doit viser l'égalité entre ces différents réseaux là parce qu'au fond, les CPE, c'est le premier maillon du réseau de l'éducation qu'on a au Québec. Donc, c'est ce qu'on demande au gouvernement de comprendre aujourd'hui.

Mme Hivon : Bonjour. Alors, aujourd'hui, nous trois, on veut, ensemble, vraiment envoyer un message clair au gouvernement sur l'urgence de reconnaître enfin toute l'importance des travailleuses en CPE au Québec, toute l'urgence de réaliser la complexité de leurs tâches et l'ensemble de leurs compétences. Et on dirait que le gouvernement a beaucoup de mal à comprendre ça, parce qu'en juin dernier, déjà, on déposait une motion sur le rattrapage salarial massif qui était essentiel, et le gouvernement le rejetait, et, encore aujourd'hui, ça prend ce rattrapage salarial massif et ces conditions de travail qui respectent et qui prennent acte de la complexité, de l'alourdissement de la tâche des éducatrices, des travailleuses en CPE.

Or, on est loin du compte.  Quand j'entends une présidente du Conseil du trésor laisser entendre qu'elle offre 20 %, alors que c'est complètement à l'opposé de la réalité parce que ça s'appliquerait à une infime, infime partie des éducatrices et ça ne ferait qu'augmenter leur épuisement, alors qu'il y en a déjà des dizaines qui quittent par épuisement, par manque de soutien, alors, c'est vraiment une déconnexion avec la réalité quand on entend, en ce moment, ce qui est proposé.

Et, moi, je me sens complètement solidaire du mouvement aujourd'hui, de ce qui se passe aujourd'hui encore. Ce n'est pas de gaieté de coeur, je pense, que les travailleuses font la grève, c'est parce qu'elles portent une cause fondamentale pour l'avenir des services de garde. Et cette cause-là, elle est plus grande que celle des seules travailleuses, et je pense qu'il serait temps que le gouvernement le comprenne. C'est la cause de l'ensemble du Québec parce que c'est la cause de l'égalité hommes-femmes, de la conciliation famille-travail et de la présence des femmes sur le marché du travail et du développement économique du Québec.

Alors, aujourd'hui, on lui demande enfin d'être sérieux, de reconnaître l'urgence de la situation pour toute la société québécoise. Et, sur ce, je vais céder la parole à Mme Longchamps.

Mme Longchamps (Lucie) : Donc, bonjour. J'ai enlevé mon masque, ça sera plus convivial malgré les distances. Merci, Mme Hivon, merci, Mme Labrie, pour ce point de presse commun. Donc, moi, je suis de la Fédération de la santé et des services sociaux, c'est affilié à la CSN, et je représente, entre autres, les travailleuses et les travailleurs en centre de la petite enfance.

Il y a plusieurs éléments qui nous divisent présentement dans la négociation des centres de la petite enfance. Une négociation, c'est bien souvent un rapport de force, un rapport d'équilibre entre les travailleuses et l'employeur — dans ce cas-ci, entre les travailleuses et le gouvernement. Mais la négociation des travailleuses en CPE, elle ne devrait pas s'inscrire, à ce moment-ci, dans ce genre de négociation là, pas cette fois-ci. Toutes les travailleuses en CPE vous le diront. Allez sur les lignes de piquetage, les travailleuses en CPE, présentement, vont vous dire : C'est la négociation de la dernière chance, c'est la dernière fois qu'on négocie à cette hauteur-là. Puis on verra si on est reconnues, puis on verra si on est entendues, donc on verra si on restera.

On a pourtant, assurément, avec le gouvernement en place, des objectifs communs : la pérennité du réseau puis, souhaitons-le, la qualité. Il ne faut pas oublier de leur permettre aussi d'avoir le temps d'appliquer cette qualité-là et, assurément, le goût de rester à la profession. Il nous faut pour ça un règlement satisfaisant pour toutes les travailleuses et les travailleurs du réseau, pas un règlement obtenu à l'arraché parce qu'on va attendre qu'elles s'essoufflent en se disant : Elles vont se tanner, et on réglera après.

Moi, j'invite le gouvernement à ne pas aller dans cette voie-là. Je me permettrais de lui faire quelques rappels sur la dernière négociation des responsables de service de garde en milieu familial, qui sont aussi un maillon essentiel au réseau des services de garde au Québec. Ils ont fini leur négociation décembre 2020. Ils ont dû, après, réinjecter au mois de mars, après que l'on ait fait de nombreuses représentations auprès, entre autres, du ministre de la Famille pour lui expliquer le désespoir, la détresse et l'exode des responsables de service de garde... il a dû injecter, au printemps, 200 millions par des incitatifs financiers. Mais, une fois que la négociation est réglée, l'effet de ces 200 millions là n'a pas l'effet escompté. Elles continuent de quitter parce qu'elles sont blessées parce qu'elles ne se sont pas senties reconnues au moment approprié.

Donc, moi, j'invite le gouvernement à négocier dès maintenant, à déposer dès maintenant, et à ne pas attendre que la négociation soit terminée et d'arriver, encore une fois, avec des sommes par la suite pour les déposer dans le réseau. Ça n'aura aucun effet. Il a vu ce que ça avait fait avec les responsables de service de garde, donc on l'invite à ne pas faire ça cette fois-ci.

Moi, je pense que tout le monde en serait gagnant, au Québec, parce que le réseau des services de garde, comme le disent Mme Hivon et Mme Labrie, ça dépasse les travailleuses et les travailleurs en centre de la petite enfance. Les parents seraient gagnants, les travailleuses seraient gagnantes, les enfants, parce qu'il n'y aurait pas de bris de service, et assurément le ministre de la Famille, parce qu'il veut développer rapidement 37 000 places. La seule façon qu'il a pour y arriver, c'est d'avoir une négociation, qu'il reconnaisse enfin le travail qui y est fait, qu'il injecte les sommes, qu'il aille avec le rattrapage salarial qu'elles attendent depuis fort longtemps, qu'il rééquilibre les coupures des dernières années qu'elles ont subies sous le dernier gouvernement.

Donc, moi, je vous disais que, si on met ça en place, bien, ça donnerait de l'espoir au réseau, ça amènerait assurément de nouvelles femmes et de nouveaux hommes dans ce réseau-là à venir à la profession, à s'inscrire au collégial, parce que présentement il y a aussi les cohortes qui se désertent. Donc, tout ça ensemble, je pense que ça pourrait nous permettre de rendre ce réseau-là pérenne et de faire en sorte qu'on ne soit pas encore dans cette situation-là en 2021 quand on est enviés partout dans le monde. Voilà. Merci.

La Modératrice : On va prendre les questions. Une question, une sous-question, s'il vous plaît.

Mme Lajoie (Geneviève) : Oui. Vous pouvez rester là, Mme Longchamps. C'est ça. J'aimerais savoir... Vous avez dit : C'est la négociation de la dernière chance. Je veux savoir ce que vous voulez dire par là.

Mme Longchamps (Lucie) : C'est la négociation de la dernière chance parce qu'au cours des dernières années elles ont eu une surcharge de travail, vous le savez, on l'a largement publicisé, on en a largement parlé, autant par le dossier de l'enfant, autant aussi par, maintenant, l'importance que tout le monde comprend... qu'elles font au quotidien. Elles ne se voient pas reconnues pour ce qu'elles font, elles n'ont pas le temps pour faire tout ce qu'on leur demande, elles n'ont pas le salaire approprié. On le sait, présentement, que le salaire qu'elles gagnent n'est pas au même échelon qu'une autre technicienne qui travaille en service de garde scolaire.

Et ce qu'elles nous disent, ces femmes-là, c'est que si, cette fois-ci, après toutes les coupures que l'on a eues lors des dernières négociations — on a perdu des congés fériés, on a perdu des vacances, on a perdu des avantages — si, cette fois-ci, on ne rééquilibre pas : Moi, je m'en vais. Moi, je m'en vais faire autre chose. Moi, je… Puis présentement on le sait, hein, de l'offre d'emploi, il y en a partout. Donc, c'est pour ça qu'elles nomment ça comme la négociation de la dernière chance.

Et, vous savez, j'ai eu une rencontre hier, en fin de journée, avec ce qu'on appelle le comité de négociation et le comité de mobilisation nationale, qui ont fait le tour des lignes de piquetage. Les femmes sont déterminées. Les femmes sont mobilisées. Et je dis les femmes parce que… il y a quelques hommes, et je m'excuse auprès de ces messieurs, mais c'est une profession majoritairement féminine. Si, cette fois-ci on ne règle pas, moi, je m'en vais.

Mme Lajoie (Geneviève) : Donc, vous vous attendez à un exode massif, si jamais la négociation ne donne pas ce que vous souhaitez.

Mme Longchamps (Lucie) : Malheureusement, c'est ce qu'elles nous disent. Puis on a fait un sondage, un petit sondage maison, j'en conviens, mais plus de la moitié d'entre elles nous préviennent que, d'ici deux ans, si les choses ne changent pas, elles quitteront la profession.

Mme Lajoie (Geneviève) : Qu'est-ce qui achoppe, actuellement, à la table de négociations?

Mme Longchamps (Lucie) : Majoritairement, ce sont les salaires qui ne sont pas encore en équilibre avec la technicienne qui a le même D.E.C., et qui travaille au niveau scolaire, et les conditions de travail, la surcharge. On leur propose des lettres d'entente pour aider, entre autres, aux enfants à besoins particuliers, mais les effets de cette lettre d'entente là seront quand, en deux ans?

C'est maintenant qu'elles ont besoin. Elles ne peuvent pas attendre que les travaux d'une lettre d'entente débutent et que ces travaux-là, par la suite, soient vus, ou entendus, ou qu'on mette en place des choses, il faut le faire dès maintenant. Elles n'en peuvent plus, c'est maintenant qu'elles n'en peuvent plus. Ces tout-petits-là, il n'y a pas de raison de les faire attendre si longtemps. Les enfants dont on parle, si on attend deux ans, les enfants de deux ans en auront quatre ans... auront quatre ans, et on se demandera après pourquoi ces enfants-là n'ont pas atteint le plein potentiel. Bien, c'est parce qu'ils n'auront pas eu les services auxquels ils ont le droit.

Journaliste : Là, les prochaines étapes, là, de vos moyens de pression, là, vous étiez en grève de trois jours cette semaine, si je ne m'abuse, dans votre cas, qu'est-ce qui s'en vient? Parce que, là, je comprends que ce n'est pas réglé, là. Qu'est-ce qui s'en vient?

Mme Longchamps (Lucie) : Demain, il y a un conseil fédéral d'une négociation sectorielle, donc c'est un conseil où on reçoit tous les délégués des syndicats, où on aura à discuter de l'état de la négociation. Puis, vous savez, présentement, ils sont à la table des négociations sur la rue Fullum à Montréal. Le comité de négociation est entré ce matin à 9 heures. Donc, demain, on aura l'état de la situation, et les délégués des syndicats vont prendre les moyens nécessaires pour la faire débloquer, cette négociation-là. Ils ont un mandat de 10 jours. Donc, là, on en a fait six, ils en ont quatre encore en poche.

Mme Lajoie (Geneviève) : Et puis à ceux qui disent que vous prenez en otage les enfants, vous leur répondez quoi?

Mme Longchamps (Lucie) : Je leur réponds que c'est quelques jours, puis on est tout à fait sympathisants avec les parents qui ont à trouver un plan B, un plan A puis peut-être même un plan C. Par contre, on leur dit que cette négociation-là et cette grève-là... nous, ce que l'on veut, c'est la pérennité du réseau, on veut que les bris de service cessent et que, si on ne fait pas la grève quelques jours, bien, ça sera peut-être pour toujours que ce réseau-là n'existera plus dans l'état actuel et dans le souhait que l'on a pour ce réseau-là.

Donc, oui, c'est peut-être, pour certains parents, un certain frais à payer en aménagement d'horaire, en demandant à quelqu'un de la famille de venir prendre soin de son tout-petit pendant cette journée-là, mais on pense que tout le monde en sera gagnant, entre autres, les parents du Québec.

M. Bourassa (Simon) : Au-delà des salaires et les conditions, vous faites comment pour revaloriser ce métier-là, qui visiblement ne l'est pas, là? Même dans l'opinion publique, c'est peu ou pas valorisé, le métier d'éducatrice en CPE.

Mme Longchamps (Lucie) : Présentement, vous avez raison, on est un peu comme dans une roue qui tourne, on est un peu dans une tempête. Comme le salaire n'est pas au rendez-vous, comme les conditions de travail se sont détériorées au fil des années, bien, la profession est devenue pas attractive. Ceux qui s'inscrivent au collégial, rapidement, ils ne sont pas fous, ils le voient bien, le salaire qu'ils gagnent et la charge de travail qui leur sera demandée. Et après quelques semaines, quand on peut faire le changement, bien, ils se disent : Moi, je ferais mieux de m'en aller ailleurs.

Donc, je pense qu'en premier il faut donner du salaire. Il faut améliorer les conditions. Il faut peut-être aussi, également, leur promettre une place sur les conseils d'administration. Ces femmes-là se sont vu évincer des conseils d'administration des centres de la petite enfance en leur disant à tout moment qu'elles étaient en conflit d'intérêts. Elles ont une voix à porter et elles ont assurément des solutions pour que les centres de la petite enfance fonctionnent mieux. Parce qu'on l'a dit, puis Mme Vachon le disait ce matin, qui est la représentante du secteur, dans une petite vidéo, un CPE, autrefois, on disait que c'était un petit village pour élever un enfant. Un centre de la petite enfance, c'est un peu la même chose. Tous les paramètres à l'intérieur sont importants. Puis, si on veut valoriser cette profession-là, bien, il faut que tout le monde soit au rendez-vous.

M. Bourassa (Simon) : Pourquoi les administrateurs de CPE gagnent aussi cher par rapport aux éducateurs et aux éducatrices?

Mme Longchamps (Lucie) : Ça, il faudrait le demander au ministre. Moi, je ne... Ça, je ne peux pas... je ne pourrais pas vous répondre. Par contre, ce que je peux vous dire, c'est qu'au cours des dernières années il y a eu énormément de coupures budgétaires. Ils ont fait des remaniements d'horaire, des remaniements au niveau de la cuisine, des remaniements au niveau d'où sera faite cette cuisine-là. Il y a eu des coupures au niveau des services rendus aux enfants, mais je ne suis pas certaine qu'il y a eu des coupures au niveau de l'administration, des directions de CPE. Mais ça, je pense que vous devriez le demander à M. Lacombe.

La Modératrice : Merci beaucoup. Bonne journée.

Mme Longchamps (Lucie) : Merci.

(Fin à 9 h 47)

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