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Point de presse de M. Pascal Bérubé, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière de langue française

Version finale

Le jueves 26 mai 2022, 11 h 15

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures vingt et une minutes)

La Modératrice : Bonjour. Bienvenue à ce point de presse du Parti québécois. Nous avons, ce matin, M. Pascal Bérubé, notre porte-parole en matière de langue française. Il est accompagné des enseignants au collégial et membres du regroupement Pour le cégep français. Et prendront la parole, Mme Caroline Hébert et M. Nicolas Bourdon, après le député. La parole est à vous.

M. Bérubé : Bonjour. Aujourd'hui, je suis bien accompagné de professeurs du réseau collégial regroupés au sein du regroupement Pour le cégep français. Nous allons vous parler de l'application de la Charte de la langue française dans le réseau collégial. Ils ont fait un travail colossal d'éducation, de mobilisation. 34 syndicats de professeurs de cégeps francophones appuient cette démarche qui va dans le sens de ce qu'on a proposé. On aurait dû faire en sorte que la Charte de la langue française s'applique au réseau collégial, comme l'a dit Guy Rocher en commission parlementaire, comme de nombreux commentateurs spécialistes l'ont dit. C'est une occasion manquée.

Je vous en ai beaucoup parlé, mais ils seront beaucoup plus éloquents que moi pour vous en parler, pour vous dire comment ça se passe pour de vrai. Alors, il y a ici des professeurs de plusieurs collèges de plusieurs régions du Québec qui ne se connaissaient pas et qui se sont mobilisés autour d'une cause, qui est celle du français dans ce magnifique réseau qu'est le réseau collégial. Alors, je vais demander à deux de leurs représentants de s'adresser à vous. Ils ont une déclaration à faire. Alors, d'abord, Mme Caroline Hébert et ensuite M. Nicolas Bourdon. Et pour la période des questions par la suite, ils prendront des questions, et peut-être certains collègues, dépendamment des champs d'expertise. Alors, je laisse la tribune à Mme Caroline Hébert.

Mme Hébert (Caroline) : Bonjour. Alors, nous, professeurs membres du regroupement Pour le cégep français, prenons la parole afin de rappeler à l'État québécois la nécessité d'adopter des mesures efficaces pour que le français demeure la langue commune et le ciment de notre société. Nous remercions Pascal Bérubé de nous ouvrir les portes de l'Assemblée nationale et nous tendons la main à tous les partis politiques qui ont à cœur la protection de la langue française.

Nous sommes des professeurs de diverses tendances politiques réunis par notre amour de la langue française et par notre volonté commune de la défendre et de la valoriser. Nous sommes portés par l'élan de 34 assemblées syndicales de professeurs de cégep qui se sont prononcées en faveur de l'extension des clauses scolaires de la loi 101 au collégial. Les cégeps sont des catalyseurs sociaux et professionnels. Ce sont de véritables milieux de vie où une partie importante de la jeunesse québécoise prépare son avenir et, par le fait même, notre avenir collectif ainsi que celui de nos enfants.

Mais force est de constater que, dans les dernières décennies, certains cégeps sont devenus des pôles d'assimilation linguistique. La loi n° 96 ne permettra pas de prévenir l'anglicisation d'une partie importante des jeunes allophones et francophones. Rappelons d'ailleurs que ces derniers sont déjà les plus bilingues au Canada. Pour plusieurs d'entre eux, comme une étude récente de Statistique Canada l'a démontré, il ne s'agit pas tant d'acquérir l'anglais comme un outil que d'assimiler l'anglosphère. Ils poursuivront très majoritairement leurs études universitaires en anglais pour ensuite travailler en anglais. Comme contribuables, voulons-nous vraiment financer notre propre assimilation linguistique? Comme citoyens, y sommes-nous tenus?

Rappelons également qu'il existe une disproportion majeure entre le nombre de places en anglais dans le réseau collégial et le poids démographique réel de la population anglophone. Par exemple, dans le secteur préuniversitaire, à Montréal, les cégeps anglophones diplôment 52 % des effectifs totaux, alors que la portion d'anglophones qui résident sur l'île de Montréal est de 17 %. Au cours des 30 dernières années, les cégeps anglophones de la métropole ont ainsi capté 95 % de la hausse totale des étudiants inscrits au collégial. Si cette hausse avait été partagée au prorata du poids démographique selon la langue maternelle, cela correspondrait à l'équivalent d'un gros cégep francophone de plus sur l'île de Montréal.

En plafonnant le nombre de places disponibles dans les cégeps de langue anglaise, le gouvernement de la CAQ contribue à alimenter le mythe de la supériorité des cégeps anglophones, puisque ces derniers devront resserrer encore davantage leurs critères de sélection. Les cégeps anglophones sélectionnaient déjà la crème, ils sélectionneront dorénavant la crème de la crème.

M. Bourdon (Nicolas) : Nous nous retrouvons donc devant un système à deux vitesses qui dévalorise les diplômes émis par les établissements francophones et qui accentue l'élitisation du réseau anglophone. Le gouvernement est en train de reproduire la même dynamique que celle qui prévaut aux niveaux primaire et secondaire entre les réseaux privés et publics, mais en fonction de la langue.

Les opposants à l'extension de la loi 101 au cégep invoquent systématiquement le libre choix pour justifier le fait que les contribuables québécois se retrouvent à financer l'affaiblissement de la langue française. En vérité, l'application de la loi 101 aux cégeps représenterait un retour à la normale puisqu'aucune nation n'est tenue d'offrir à un citoyen le droit à une éducation publique dans la langue de son choix. Ajoutons que ce choix n'a rien de libre puisqu'il est dicté par le marché du travail, renforçant d'autant l'injustice sociale. Dans les faits, seuls les élèves ayant une forte moyenne générale au secondaire ont réellement la liberté de fréquenter un cégep dans la langue de leur choix.

Comme ce fut le cas en 1977, l'extension de la loi 101 pourrait s'appliquer progressivement dans le respect des employés du réseau anglophone et des parcours scolaires déjà entamés. Nous ne remettons pas en cause l'existence des cégeps anglophones, mais plutôt leur droit à une expansion sans limites. N'oublions pas que les anglophones sont minoritaires depuis 25 ans dans les cégeps anglophones. L'un des artisans des cégeps et de la Révolution tranquille, M. Guy Rocher, affirmait récemment : «Nous n'avons pas créé le réseau des cégeps pour angliciser les francophones et les allophones.»

En 1977, les centrales syndicales ont rendu la loi 101 possible et ont contribué à son esprit foncièrement humaniste. En 2022, un vaste mouvement démocratique provenant de la base montre que l'anglicisation n'est pas une fatalité et qu'il y a une autre possibilité que la concurrence malsaine qui règne entre les cégeps. Nous tenons à dire à nos étudiants que nous refusons qu'on fasse de leurs cégeps francophones des établissements de seconds choix. Nous voulons rappeler que le français n'est pas seulement la langue de l'enfance et de l'adolescence apprise au primaire et au secondaire, mais aussi, grâce au cégep, le fondement d'une vie professionnelle et sociale pleine d'avenir, la langue du succès et de l'épanouissement.

Le regroupement Pour le cégep français considère que l'adoption du projet de loi n° 96 sans étendre les clauses scolaires de la Charte de la langue française au cégep constitue une grave erreur. C'est pérenniser un statu quo anormal et néfaste au français, et c'est refuser de saisir une opportunité historique, mais il ne s'agit en rien d'une défaite. Nous persistons dans notre volonté de défendre, de promouvoir et de valoriser le français. La solidarité syndicale dont nous faisons l'expérience depuis plus d'un an n'est que le début d'une lutte pour le français comme fondement du seul espace public majoritairement francophone en Amérique du Nord et comme contribution à la diversité culturelle mondiale. Merci.

La Modératrice : On va passer à la période de questions. On va y aller avec le micro 1. Période de questions. M. Bourassa.

M. Bourassa (Simon) : Bonjour. Simon Bourassa, Noovo. La supériorité dont vous parlez, des cégeps anglophones au niveau, bon, pédagogique puis dans, on va dire, dans la croyance populaire, est-ce que ce n'est pas anecdotique? Parce qu'il y a quand même des cégeps... en fait, les cégeps francophones sont reconnus, le réseau collégial est quand même reconnu comme étant à succès au Québec, là.

M. Bourdon (Nicolas) : Bien, quand on regarde... On a beaucoup été aidés, notamment, par le livre de Frédéric Lacroix : Pourquoi la loi 101 est un échec. Mais quand on regarde, quand on s'intéresse vraiment aux forces des étudiants qui rentrent dans les cégeps anglophones, on retrouve des étudiants plus forts dans les cégeps anglais. Frédéric Lacroix a fait une étude. Il a pris les chiffres de 2017, des chiffres assez récents, puis là il regarde les cotes R des étudiants. Puis là il voit que les cégeps francophones ont beaucoup plus d'étudiants à faible cote R, donc c'est prouvé, c'est montré, et tandis que les cégeps francophones, eux... les cégeps anglophones, pardon, ont des étudiants avec de fortes cotes R, O.K.? Si, aussi, on prend les élèves avec des difficultés d'apprentissage, il y en a plus, en prorata, dans les cégeps francophones que dans les cégeps anglophones. Donc, le message qu'on veut transmettre, c'est qu'il y a une élitisation progressivement qui s'est instaurée. Tu sais, juste vous donner des faits frappants, là, Dawson refuse 70 % de ses demandes d'admission. Donc, il a l'embarras du choix. Donc, c'est des cégeps extrêmement populaires puis c'est des cégeps qui attirent des étudiants très forts. Donc, il y a vraiment un écrémage qui s'est fait, malheureusement.

M. Bourassa (Simon) : Puis en quoi, concrètement, l'application de la loi 101 aux cégeps viendrait inverser cette tendance-là?

M. Bourdon (Nicolas) : Bien, en quoi elle vient inverser, c'est qu'en fait, maintenant, les cégeps francophones retiennent enfin leurs étudiants allophones et francophones. Donc, tu sais, on retrouve nos forts, tu sais, nos forts allophones, nos étudiants forts allophones, on les a à Bois-de-Boulogne, à Rosemont, etc., puis nos forts francophones aussi, on les conserve, le cégep francophone conserve ses étudiants forts. Alors, oui, effectivement, la loi 101 mettrait un frein à cette dynamique malsaine d'éducation à deux vitesses.

M. Bérubé : Ça va, M. Bourassa?

M. Bourassa (Simon) : Oui, bien, sur l'aspect... Bien, voulez-vous ajouter quelque chose, M. Bérubé?

M. Bérubé : Dépendamment de votre question.

M. Bourassa (Simon) : Bien, c'était surtout peut-être pour M. Bourdon, par contre.

M. Bérubé : Allez-y.

M. Bourdon (Nicolas) : ...

M. Bourassa (Simon) : Oui, ou un de vos collègues. Sur l'aspect pédagogique, je comprends. Puis, sur l'aspect des conditions de travail, est-ce que c'est quelque chose que vous avez comme considération aussi? Est-ce que c'est... Et est-ce que les conditions de travail sont meilleures dans les cégeps anglophones?

M. Bourdon (Nicolas) : Non, non, je ne pense pas. Je ne pense pas que c'est... Non. Je pense, c'est égal, c'est les mêmes conditions de travail. C'est les mêmes conventions collectives, hein, qui s'appliquent dans les cégeps francophones que dans les cégeps anglophones. Mais il y a, par contre, quelque chose, je saisis la balle au bond, là, qui a rapport au travail des professeurs, c'est qu'on... Tu sais, quand on s'intéresse vraiment à une cause, on l'approfondit. Là, on arrive avec des statistiques assez frappantes, tu sais, qu'un cégep, comme ici, à Québec, le cégep St. Lawrence, bien, qu'est-ce que c'est, le cégep St. Lawrence, essentiellement? C'est des professeurs francophones qui enseignent en anglais à des francophones. Donc, on a pointé, on a souligné cette absurdité-là dans certains de nos textes comme regroupement, parce qu'on trouve ça ridicule. Alors, c'est des professeurs de langue maternelle française qui enseignent en anglais à des francophones. Donc, c'est un état colonisé, malheureusement. Donc, on veut mettre fin à ça aussi. J'ai peut-être des collègues qui voudraient rajouter quelque chose.

La Modératrice : Rapidement.

M. Vallée (Jean-François) : Alors, oui, Jean-François Vallée, Bas-Saint-Laurent. Alors, j'ai une collègue, ici, qui est peut-être un peu... qui hésitait à venir parler, qui enseigne au cégep de Rosemont et qui me racontait qu'en sciences humaines et en arts, lettres et communication, ils ont de la misère à maintenir une centaine d'étudiants par année, même de la ville de Rosemont, parce qu'ils préfèrent... parce qu'ils pourraient aller à pied au cégep, mais ils préfèrent prendre le métro ou leur voiture pour aller au bout de la ligne bleue et aller à Vanier qui fait le plein. Eux, ils sont en surplus puis ils n'ont même pas besoin de faire de recrutement. Donc, ça, c'est des exemples très concrets. Je ne sais pas si elle voulait en témoigner, parce que je ne vis pas cette situation-là. Mais des exemples comme ça, c'est surtout à Montréal puis dans la couronne, mais il y a aussi des cégeps des régions qui perdent leur élite au profit des cégeps anglais de Montréal.

M. Bérubé : Je pense qu'Antoine, tu es un peu pressé.

La Modératrice : Oui, on va passer au micro 2, puis ensuite on reviendra au micro 1, au besoin.

M. Bérubé : On y reviendra, on y reviendra, Simon.

M. Robitaille (Antoine) : Vous avez évoqué la solidarité syndicale. Comment expliquez-vous que Québec solidaire, qui est pourtant proche des syndicats, en tout cas, ils le prétendent, ne soit pas, comment dire, plus attentif à votre mouvement? Je ne sais pas qui veut répondre.

M. Coulombe (Gabriel) : Bien, oui, Gabriel Coulombe, enseignant en économie. Évidemment, on aurait souhaité très, très, très fortement que Québec solidaire se joigne au mouvement et appuie l'extension de la loi 101 au collégial, parce que, bien, on sait de source sûre qu'il y a quand même un certain nombre de députés au sein de la députation solidaire qui sont en faveur de cette mesure-là. Ce qu'on comprend, c'est qu'ils... Il y a la position des grandes centrales syndicales qui, eux, parmi leurs membres, il faut comprendre, comptent un certain nombre, là, de cégeps anglophones. C'est difficile pour tout le monde d'imaginer, là, qu'ils puissent vouloir se joindre au mouvement. Mais évidemment dans une perspective de protection de la langue française... Et aussi, il ne faut pas oublier que l'extension de la loi 101 au collégial, c'est également un combat pour la mixité et la justice sociale, parce que, ce qu'on constate, c'est que, oui, c'est les meilleurs qui s'en vont dans les cégeps anglophones, systématiquement, mais c'est des gens qui proviennent aussi, souvent, de milieux socioéconomiques aisés, des parents qui ont eux-mêmes fait leurs études. Donc, le combat pour la langue française, oui, c'est pour le français, mais ça en est aussi un pour la mixité, la justice sociale, puis c'est en ce sens-là que, Québec solidaire, on croit qu'ils devraient se sentir davantage interpellés.

M. Robitaille (Antoine) : Avez-vous fait des représentations auprès des députés ou du parti Québec solidaire?

M. Coulombe (Gabriel) : Des initiatives individuelles ont été prises, pas en tant que regroupement directement, mais, oui, il y en a qui ont été approchés, et ce que ce qu'on constate c'est justement que ça...

M. Bérubé : Peut-être ajouter que c'est aussi, disons-le, c'est gênant, mais c'est gênant pour le gouvernement. Écoutez, une des antennes collégiales, à l'Assomption, c'est dans la circonscription du premier ministre du Québec. Mme Van Dun représente les professeurs de ce collège. Dans tous les collèges de députés de la CAQ, leurs professeurs leur ont dit : Il faut aller de l'avant. Aucun n'a écouté. Aucun. Alors, à la fois toutes les formations politiques qui ont refusé cette mesure, la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire, ont tort. Et il y a même un sondage qui a été fait qui donnait une majorité de Québécois en faveur de cette mesure-là. Et avec tous les experts, avec Guy Rocher, avec Christian Dufour, avec toute cette mobilisation, c'est le français qui perd, mais ça se poursuit parce qu'on va continuer la mobilisation. Et le Mouvement Québec français a annoncé hier que, de toutes ses forces, il allait maintenant plaider pour une vraie loi sur la langue. Il pourra compter sur nous en ce sens.

M. Robitaille (Antoine) : La loi crée un poste de commissaire à la langue française. Lui, il sera nommé par l'Assemblée nationale.

M. Bérubé : Sur recommandation du gouvernement.

M. Robitaille (Antoine) : Oui, mais, je veux dire... Est-ce qu'il pourra prendre position, lui, éventuellement, face à l'évolution des choses, pour la loi 101 au cégep? Et est-ce que vous allez faire des représentations auprès de l'éventuel commissaire pour que ça se fasse?

M. Bérubé : Je pense qu'il va agir en fonction de la loi, et il est rare qu'il y ait des recommandations de création d'institutions. On le voit dans les différents rapports qui nous sont présentés. Donc, il aurait été beaucoup plus simple d'adopter la loi et de s'assurer que les collèges respectent la loi. Et je le dis à nouveau, quand le gouvernement dit : On plafonne les inscriptions, en fait, il consacre qu'on accorde le double de places que ce que représente vraiment la communauté anglophone au Québec. Alors, c'est ce qu'il vient faire, c'est très grave. Alors, ce n'est pas pour rien qu'on a voté contre ce projet de loi là. Ça vous va, M. Robitaille? M. Bourassa.

La Modératrice : Est ce qu'il y a d'autres questions?

M. Bourassa (Simon) : Une petite dernière pour vous, M. Bérubé. Où est-ce qu'on échoue dans l'apprentissage et la valorisation de la langue française pour que l'attrait pour les cégeps anglophones pour les francophones soit aussi important? Puis ce n'est pas nouveau, là, quand j'étais au cégep, à Québec, St. Lawrence, c'était la fin du monde, là, aussi.

M. Bérubé : L'objectif, c'est que le français apparaisse comme une langue de prestige, une langue d'avancement, la langue de la promotion, une langue universelle également, qui est parlée par des centaines de millions de locuteurs dans le monde et des centaines de millions qui l'apprennent comme langue secondaire. C'est une des grandes langues mondiales, le français. Et, au Québec, compte tenu de notre situation, entourés d'un océan d'anglophones, de locuteurs anglophones, bien, évidemment qu'il y a une tendance qui tend à démontrer que, pour se tourner vers l'universel, il faut parler anglais. On encourage l'apprentissage de l'anglais, mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit ici. L'État québécois finance, dans le réseau collégial, sa propre assimilation. C'est aussi simple que ça.

À l'université, c'est autre chose, il y a une indépendance à laquelle on ne touche pas. On a un débat là-dessus, présentement, sur le projet de loi n° 32, si je ne me trompe pas. Mais au collégial, c'est le prolongement du primaire et du secondaire, et là c'est activité libre pour tout le monde. Toute l'énergie qu'on a consentie pour faire en sorte que les nouveaux arrivants, les allophones soient éduqués en français, socialisent en français au primaire puis au secondaire, on leur dit : À partir de maintenant, c'est votre choix. À Dawson, ils sont 41 % d'allophones. C'est plus important que le nombre d'ayants droit anglophones. Et le nombre de francophones est élevé aussi. Alors, soit on accepte ça, et là le déclin se poursuit, soit qu'on prend une autre direction, celle qu'on proposait, puis là on inverse ces tendances.

Quand M. Legault m'a dit... en commission parlementaire sur les crédits concernant la communauté anglophone, il me dit : Vous voulez faire fermer les cégeps anglophones. Vous avez eu la démonstration, là, où on fragilise des collèges, c'est dans le réseau francophone, puis pas seulement dans des régions comme comme Matane avec son cégep, il y a des cégeps montréalais, présentement, où on m'a raconté tout à l'heure que l'effectif passait, dans certains départements, de 15 à six, par exemple, ou à quatre. Ça, c'est réel. Quelles seront les perspectives pour les professeurs au collégial, dans les prochaines années, pour recruter, pour en faire une belle carrière stimulante? On va leur dire : Allez dans le réseau anglophone. Soyez des francophones qui vont aller dans le réseau anglophone enseigner à des francophones. Mais c'est fou raide. Pourquoi on accepte ça au Québec?

Alors, ces personnes ne l'acceptent pas. Nous ne l'acceptons pas. Et, en ce sens, je suis obligé de dire que ce projet de loi est une faillite, nommément, uniquement pour cet enjeu-là, et on ne pouvait pas voter pour. Et chaque heure qui passe me conforte à l'idée que ce n'est pas un enjeu politique, c'est un enjeu... c'est la langue, c'est ça qui devrait être en dessus de tout. Et on est passés à côté d'une solution qui était vraiment applicable facilement, facilement compréhensible. Et ce gouvernement n'est pas le gouvernement du français. Et ça, c'est moi qui le dis, on est passés à côté de quelque chose de fantastique qui aurait permis de rétablir un équilibre, une normalité. Avez-vous d'autres questions?

La Modératrice : Un petit ajout, en terminant.

M. Bourdon (Nicolas) : Je veux juste rajouter quelque chose à votre question, en complémentaire. C'est qu'on se pose la question, on se dit : Si on applique la loi 101, bon, ça va avoir des conséquences sur les cégeps anglais, c'est vrai, mais je trouve qu'actuellement on ne se préoccupe pas assez des milliers de places vacantes dans les cégeps de région. Tu sais, on n'a pas ça dans la mire, on n'a pas ça dans le radar. Il y a des places vacantes dans les cégeps de région, elles ne sont pas comblées, puis les cégeps de région ont de la difficulté à s'en tirer avec ça. Donc, on pense beaucoup, on se fait dire par nos adversaires : Mais ça va être très chaotique si on applique la loi 101 dans les cégeps anglais. Nous, on pense qu'on peut le faire progressivement. Tu sais, on n'a pas besoin de faire ça en une année, on peut étendre ça sur cinq ans. Guy Rocher, le sociologue Guy Rocher, nous suggérait de... avait cette idée-là d'étaler la loi 101, l'application de la loi 101 aux cégeps sur cinq ans. Donc, il n'y a pas de raison de croire que ça va créer des centaines de milliers de pertes d'emploi. Par contre, on revient avec ce message-là, on a des problèmes dans les cégeps de région. Il n'y a pas assez d'étudiants, puis ils sont capables d'en accueillir.

M. Bérubé : Tout à fait. Vous savez — puis je termine là-dessus — le gouvernement du Québec a annoncé une mesure que je trouve intéressante sur la régionalisation des étudiants internationaux, qui font en sorte que le taux de scolarité va être le même que les étudiants qui sont déjà ici. C'est une mesure qui est favorable pour un cégep comme le cégep de Matane ou un cégep en région. Mais c'est aussi important, ce que proposent les professeurs, ici réunis, de collège. Je veux dire, on fait des efforts importants et souhaitables pour avoir une clientèle internationale qualifiée, qu'on souhaite avoir, mais on souhaite aussi avoir les meilleurs étudiants francophones dans les cégeps francophones. Alors, il y a une logique à suivre. Et cette mesure-là est certainement applicable, et je regrette que le gouvernement soit passé à côté. Et je vous remercie d'avoir été là.

La Modératrice : Merci beaucoup.

M. Bérubé : Merci.

La Modératrice : Bonne fin de journée.

(Fin à 11 h 44)

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