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Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


POLO Saul - Laval-des-Rapides
Commission scolaire - Gouvernance - Projet de loi n° 40 - 5666-9

Assemblée
Fascicule n°86, 26 novembre 2019, pages 5666-5669

[...]

Alors, que fait le ministre, que fait le ministre dans son projet de loi pour vous démontrer que ce n'est pas plus de pouvoirs, mais c'est moins de pouvoirs? Le ministre... si je voulais être ironique, là, je dirais : Oui, oui, il en fait de la décentralisation en s'accordant des pouvoirs à lui, tu sais. Alors, c'est de la décentralisation centrée sur lui. Tu sais ce que je veux dire, ça ne se dit pas, là, mais il ne peut pas prétendre qu'il fait de la décentralisation dans les territoires locaux quand il s'octroie lui-même de nouveaux pouvoirs.

Par exemple, il peut exiger des regroupements de ressources et de services entre les fameux centres de services ou avec d'autres partenaires, dont les établissements privés d'éducation. Le ministre peut annuler toute décision d'une commission scolaire jusqu'au 1er mai 2020. Le ministre va jusqu'à se conférer, de façon exceptionnelle, des pouvoirs sans limites de réglementer, sans limites, des pouvoirs de réglementation sans limites. Ensuite, le ministre, il détermine les objectifs ou les cibles portant sur les l'administration, l'organisation, le fonctionnement de l'un ou de l'ensemble des centres de services scolaires. Il se donne le pouvoir d'obtenir plus aisément les résultats des épreuves aux... les résultats des élèves, pardon, aux épreuves qu'il impose au primaire et au secondaire. C'est fort, ça, Mme la Présidente. Le ministre se permet de communiquer directement avec les employés des centres de services scolaires et les parents du réseau scolaire. (Interruption) Pardon. Il se permet d'autoriser ou de refuser des travaux de construction, d'agrandissement, d'aménagement, de transformation, de remplacement ou de rénovations majeures d'immeubles demandés par les centres de services lorsque le coût total estimé du projet est supérieur aux montants qui sont déterminés par règlement. De plus, bien que les enseignants sont censés pouvoir choisir leur matériel scolaire, bien, le président du Conseil du trésor, vous le savez, il a déposé un projet de loi qui vise à regrouper les achats en éducation.

Donc, c'est de l'ajout de pouvoirs au sein du ministre, au sein de son cabinet, au sein de... entre ses propres mains. Alors, ce n'est pas, ce n'est pas de la décentralisation. C'est de la centralisation. C'est faire dire le contraire à un mot qui a une définition, sous couvert de décentralisation. Alors, Mme la Présidente, c'est de la centralisation que le ministre fait, et non pas de la décentralisation.

L'autre chose qui me préoccupe — je sais que le temps file — c'est le risque immense d'augmentation de la compétition entre les écoles sur un même territoire parce qu'on donne le pouvoir aux conseils d'établissement de pouvoir déterminer eux-mêmes des projets particuliers payants au détriment d'autres. Les conseils d'établissement pourront adopter des projets éducatifs et les définir eux-mêmes. Alors ça, ça amène plus de compétition. On a déjà un système d'éducation à trois vitesses : le privé, les projets particuliers et le public général. Alors, ça, on ajoute plus de compétition entre les écoles publiques.

Et voilà, Mme la Présidente, essentiellement, c'est... j'aurais pu en parler encore longtemps parce que ce qui me préoccupe, entre autres, c'est toute la question de la représentativité des gens comme moi qui n'ont pas d'enfant, mais qui sont quand même préoccupés par l'éducation. Alors, moi, présentement je peux voter pour des commissaires scolaires parce que je paie des taxes même si je n'ai pas d'enfant, mais la valeur de l'éducation me tient à coeur comme société. Alors là, on éloigne les gens comme moi, entre autres les retraités, les grands-papas, les grands-mamans qui n'ont pas nécessairement d'enfant, de pouvoir décisionnel comme si on disait : L'enjeu de l'éducation dans une société n'est qu'entre les mains des parents. Oui, bien sûr, mais pas qu'entre les mains des parents.

Toute la société doit être préoccupée par l'éducation de ses enfants. Toute la société, et dans ce projet de loi, bien, moi, comme adulte qui n'a pas d'enfant mais qui est préoccupé par l'éducation au sens large, je perds de la représentativité. Alors, c'est majeur, et pourtant je paie des taxes, Mme la Présidente, des taxes scolaires.

Donc, voilà, c'est les premiers éléments que je voulais dire, et donc nous allons voter contre. Merci.

• (16 h 40) •

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Y a-t-il d'autres interventions? M. le député de Laval-des-Rapides.

M. Saul Polo

M. Polo : Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Tout comme mes collègues, je prends aujourd'hui la parole sur le projet de loi n° 40, un projet de loi qui m'interpelle au plus haut point, Mme la Présidente, étant un jeune parent d'un garçon de 11 ans qui fréquente l'école publique à Laval, cinquième année primaire.

Mme la Présidente, je me lève également aussi pour des collègues élus, élus au niveau scolaire, avec qui je collabore depuis les quatre, cinq dernières années. J'aimerais commencer par les nommer. Tout d'abord, Mmes Françoise Charbonneau et Roxane Borgès da Silva, également M. Anthony Hemond, des collègues commissaires scolaires avec qui j'ai eu l'occasion de collaborer sur divers dossiers. Des collègues commissaires scolaires élus de la commission scolaire de Laval, qui maintenant, depuis des mois, sont sous la menace de voir leurs responsabilités disparaître avec l'adoption de ce projet de loi là. Des collègues qui prennent très, très... qui donnent énormément d'importance à leurs responsabilités comme commissaires scolaires, qui prennent leurs responsabilités très à coeur, de pouvoir représenter l'intérêt des parents, l'intérêt des parents auprès de la commission scolaire, auprès du conseil des commissaires, qui, après leurs heures de travail dans leurs responsabilités respectives, et je sais que dans les trois cas ils ont des agendas très occupés, que ce soit au niveau professionnel, mais que ce soit au niveau personnel, pour eux, c'est important d'être présents aux différentes activités, d'être présents aux réunions des différents conseils d'établissement des écoles primaires qui sont sur leur circonscription.

J'aimerais vous dire, Mme la Présidente, moi, dans ma circonscription provinciale — parce que je comprends également qu'au niveau scolaire ce sont des circonscriptions, également — dans ma circonscription provinciale de Laval-des-Rapides, j'ai 11 écoles primaires, une école secondaire, un centre de formation professionnelle puis également une école alternative. Et, dans tous les cas, c'est des commissaires scolaires avec qui je collabore étroitement, des commissaires... notamment sur des enjeux... Et Laval-des-Rapides et Pont-Viau ont fait les manchettes, au cours des dernières années, Mme la Présidente, sur le plan de l'éducation, non pas nécessairement au même point que certaines écoles à Montréal, par exemple, des mises à jour de bâtiments, ou des rénovations de bâtiments, ou des fermetures d'école, mais plutôt en lien avec la surpopulation des écoles primaires.

Voyez-vous, à Laval, au cours des dernières années, nous vivons un phénomène, une croissance démographique assez importante, qui est près du double de la moyenne québécoise, Mme la Présidente, et tout cela a un impact. Tout cela a un impact sur le nombre d'inscriptions, le nombre d'élèves au niveau des écoles, et particulièrement dans des secteurs comme Laval-des-Rapides et Pont-Viau, des secteurs où il y a une densité de population assez importante. Et ça, ça s'est reflété et ça a été un enjeu sur lequel j'ai eu à porter ce message-là, notamment, parce que j'ai eu l'occasion d'échanger régulièrement avec les commissaires scolaires, également avec les directions scolaires, mais avec les commissaires scolaires. Un enjeu que j'ai porté notamment auprès de l'ancien ministre de l'Éducation, l'ancien député de Jean-Talon, M. Sébastien Proulx, pour lui faire comprendre que la problématique à Laval-des-Rapides et Pont-Viau était une problématique pas nécessairement de budget, était une problématique de terrains disponibles.

Voyez-vous, Mme la Présidente, en plein milieu de ma circonscription, au sud de ma circonscription, j'ai un grand parc, qui aujourd'hui s'appelle le parc Bernard-Landry, le grand parc des Prairies à l'époque. Ce grand parc là était un terrain qui était possédé par la commission scolaire — Mme la Présidente, si je peux attirer votre attention — ce grand terrain, madame, ce grand parc était de possession de la commission scolaire. Et, à travers les années, à travers notamment... dû à des échanges de terrain avec la commission scolaire, avec la ville de Laval, le grand terrain est devenu le parc des Prairies, maintenant le parc Bernard-Landry.

Mais cette convention d'échange de terrain avec la ville de Laval a permis notamment à la ville d'offrir, en échange, pour des terrains de dimension similaire, des espaces où la commission scolaire pouvait construire des nouvelles écoles. Le problème, ce n'est pas la quantité de terrains qui a permis de faire des échanges avec la ville de Laval. Le problème, c'est qu'à Laval-des-Rapides, étant un secteur très densément peuplé, construit, c'est le manque de terrains qui a été une problématique pour pouvoir construire de nouvelles écoles.

Dans le cas du secteur Pont-Viau, ça a été peut-être moins problématique parce qu'une ancienne école alternative a pu déménager dans un édifice racheté par la commission scolaire qui appartenait autrefois à Revenu Québec, et donc cette bâtisse-là a été reconvertie dans une école primaire. Mais, dans le secteur de Laval-des-Rapides, ça a été un enjeu, un enjeu auquel le commissaire scolaire a participé, aux différentes consultations, aux différents échanges, aux différents questionnements, je dirais même aux différentes rencontres qu'il y a eu entre la ville, les citoyens, les parents, la commission scolaire, les élus également. Pourquoi? Parce qu'à la fin de la journée on a été mis devant un défi ou, à vrai dire, un questionnement qui n'est pas facile à résoudre, Mme la Présidente, un questionnement qui est de nous mettre devant, si on peut dire, un dilemme. Nous avons la population, les parents, les différents résidents. Les citoyens ont été mis devant un dilemme et devaient choisir. Pourquoi? Parce que là où il y a un besoin, notamment... où il y avait un besoin de construire une école, il y avait également un grand parc, grand parc qui appartenait ou qui appartient... qui appartenait à la ville de Laval et qui était le terrain de jeu de prédilection des résidents de Laval-des-Rapides, si on peut dire, le parc de Cluny, pour être plus précis.

Et donc, si je recule en arrière, Mme la Présidente, il y a de cela trois ans, 2016‑2017, ça a été un débat assez chaud, assez costaud, si on peut dire, à Laval-des-Rapides. Pourquoi? Parce que d'un côté on voyait les parents qui avaient déjà leurs enfants dans des écoles surpopulées... surpeuplées, si on peut dire, surpeuplées, pour le dire plus précisément, de Laval-des-Rapides, que ce soit l'école Arc-en-Ciel, que ce soit Sainte-Marguerite, Marcel-Vaillancourt, et autres, et, de l'autre côté, des parents qui venaient nous voir, qui venaient nous voir à mon bureau de comté, qui allaient voir leur commissaire scolaire, qui allaient plaider auprès de la ville de Laval, lancer des pétitions, des lettres ouvertes en leur disant : Écoutez, il faut qu'on fasse de quoi.

• (16 h 50) •

Je m'en rappelle très bien, des parents du CI de l'école Sainte-Marguerite qui m'ont invité à aller visiter leur belle école et qui m'ont dit : M. Polo, regardez. La palestre, qui était considérée comme un deuxième sous-sol, avait été subdivisée... qui était considérée comme un deuxième petit gymnase mais dans un demi-sous-sol, qui était subdivisée pour convertir une partie de ce gymnase-là dans une classe de musique. La bibliothèque avait disparu dans cette école-là. Chaque espace qui pouvait être utilisé avait été utilisé. Et là on annonçait... Et souvenez-vous, 2015‑2016, c'est aussi l'arrivée massive de réfugiés syriens. Un grand nombre de ces familles-là se sont établies à Laval, notamment au sud de Laval, donc Chomedey, Laval-des-Rapides, Pont-Viau, des secteurs où on a vu, justement, la commission scolaire a vu une augmentation importante d'inscriptions des jeunes qui, justement, dû et grâce à la loi 101, ont le privilège de fréquenter des écoles francophones.

Et ça, voyez-vous, tous ces dossiers-là ont été portés, Mme la Présidente, par les différentes commissions scolaires. On a pu s'asseoir ensemble, échanger, voir qu'est-ce qui se faisait à l'intérieur même de la commission scolaire, à l'intérieur même des paliers, si on peut dire, des paliers pas juste administratifs, mais également politiques de la commission scolaire, quels étaient les échanges, quelles étaient les communications, les discussions qui se faisaient également avec la ville de Laval pour trouver une solution et, bien sûr, quel était le message que je pouvais porter ici, auprès de l'ancien ministre de l'Éducation, auprès du gouvernement pour prioriser pas seulement le transfert d'argent... Parce que l'argent, si on parle de l'année 2016‑2017‑2018, n'était plus vraiment un enjeu, c'était une intervention ou, à tout le moins, une façon d'assouplir les règles pour permettre, dans des régions très densément peuplées, où il y a de moins en moins de terrains disponibles pour la construction de nouvelles écoles, comme Montréal, comme Laval, comme Gatineau également, de mémoire, permettre, justement, à ces commissions scolaires d'avoir un peu plus de souplesse dans la façon non seulement que le budget est reçu et utilisé, mais est-ce qu'on peut également parler d'un budget supplémentaire pour l'achat de terrain. Mais ça, Mme la Présidente, le ou les partenaires avec qui j'ai collaboré, notamment, pour l'école qui aujourd'hui est anciennement... ou communément appelée l'école de Cluny, c'est grâce au travail des commissions scolaires, c'est grâce à ce palier démocratique.

Quand je vous parle de cette nouvelle école qui a ouvert, il n'y a même pas trois mois, fin août, début septembre, bien, elle a vu le jour, mais elle a vu le jour suite, justement, à des consultations, à une écoute, à des échanges qui ont été faits avec le commissaire scolaire, avec la commission scolaire, avec le conseil des commissaires, avec la population en général. Il y a eu des séances d'information, des séances d'échange, des séances de cocréation organisée avec les citoyens les plus concernés, les voisins du parc de Cluny, qui avaient exprimé à l'époque leur crainte de voir, justement, des centaines de jeunes quitter l'école, le bruit, etc. Et on peut comprendre. Sans nécessairement prendre parti, on peut comprendre leurs appréhensions. Et ça, ça a été un des dossiers sur lesquels j'ai le plus travaillé. Là, on parle 2017... 2016, 2017, 2018, Mme la Présidente.

Je vais vous parler d'un autre projet sur lequel je collabore, notamment, avec M. Hemond, avec Mme Lortie, qui est la présidente de la commission scolaire de Laval, qui est la vice-présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec. C'est le projet d'un grand centre sportif, le projet d'un grand centre sportif sur les terrains de l'école Mont-de-La Salle, qui est une école secondaire voisine du grand parc Bernard-Landry. Ce projet-là, Mme la Présidente, c'est un projet sur lequel on collabore avec le commissaire scolaire, avec la direction de l'école, avec la direction de la commission scolaire, avec, bien sûr, la présidence de la commission scolaire, avec l'élu local, le conseiller municipal, également, du secteur. C'est un projet sur lequel j'ai eu l'occasion d'échanger notamment avec la candidate et aujourd'hui nouvelle élue au fédéral de la circonscription de Vimy. Mais ça, Mme la Présidente, c'est grâce, justement, à la relation, au travail effectué, à l'écoute, c'est grâce à ce palier démocratique qui existe, qui permet, justement, aux parents de véhiculer leurs attentes, leurs besoins, leurs craintes à travers leurs commissions scolaires. Et ça, Mme la Présidente, aujourd'hui, à travers le projet de loi n° 40, c'est en voie de disparaître.

Et c'est en voie aussi... ce que ça va créer, Mme la Présidente, ça va créer, si on peut dire, deux classes de citoyens, Mme la Présidente. Parce que, voyez-vous, vous avez les citoyens comme moi, qui payons des taxes scolaires à la commission scolaire de Laval, qui... Aujourd'hui, nous n'aurons plus la possibilité d'exiger d'avoir une voie démocratique élue, élue démocratiquement, comme droit de payeur de taxes, d'avoir cette représentation-là. Et, de l'autre côté, les concitoyens de langue anglaise, qui ont des privilèges historiques reconnus, eux, ont, auront et conserveront ce droit-là. Ça, Mme la Présidente, c'est un principe fondamental qu'à toute taxation il doit y avoir un droit de représentation. Et ce n'est pas un privilège qu'on consent à une communauté traditionnelle du Québec. Non, c'est un privilège qu'on devrait consentir et préserver pour l'ensemble des Québécois. Et ce n'est pas, comme le fait ce gouvernement-là, ce n'est pas de se dire : Bien, parce qu'on ne veut pas lancer un grand débat juridique à la Cour suprême, etc., bien on va laisser la communauté traditionnelle anglophone de côté puis on va juste s'attaquer à la communauté francophone. Non, Mme la Présidente. Ça, c'est traiter les Québécois de façon égale, pleine et entière, d'offrir les mêmes droits à l'ensemble des Québécois, peu importe qu'ils soient de descendance anglophone, de descendance francophone ou, peu importe, allophone, c'est leur garantir ce même droit là.

Vous savez, un autre élément qui moi, m'inquiète, Mme la Présidente... Moi, j'ai 11 écoles primaires francophones. Sur les 11 écoles primaires francophones, la totalité de ces écoles-là sont classées soit 9 ou 10 sur l'indice de défavorisation. Sur cet indice de défavorisation, Mme la Présidente, ça veut dire que, et je vous le dis avec fierté, le revenu médian pour un couple, pour une famille à Laval-des-Rapides, est sous 50 000 $ par année. C'est une des circonscriptions les plus pauvres à Laval, sinon... avec Chomedey, c'est l'une des plus pauvres.

Moi, ce qui m'inquiète, Mme la Présidente, c'est que je sais que Françoise Charbonneau, que Roxane Borgès Da Silva, qu'Anthony Hemond, lorsqu'ils siègent à leur conseil des commissaires, ils défendent d'égale façon, ou sinon même de façon plus virulente, les besoins, les attentes, les projets des écoles de Laval-des-Rapides. Ils défendent, ils représentent les intérêts des parents de Laval-des-Rapides et Pont-Viau parce qu'ils savent que, si un dollar de plus peut être ajouté à des écoles primaires de Laval-des-Rapides et Pont-Viau, ça va faire une énorme différence, parce que les besoins sont grands, parce que nous avons une grande... nous avons des secteurs de pauvreté endémique. Nous avons des secteurs où les immigrants de première génération arrivent, s'y installent et, des fois, déménagent d'un appartement à l'autre, à l'autre, à l'autre, parce que, des fois, les revenus ne sont pas là, des fois ils ont une incapacité à payer, etc. Mais ceci dit, lorsqu'ils vont déposer leurs enfants à l'école, ils savent qu'ils ont tout autant droit, sinon plus de droit d'avoir une éducation qui permettra à leurs enfants de progresser sur le plan social, d'avoir cette mobilité sociale.

Moi, ce qui m'inquiète au niveau du projet de loi n° 40, c'est que cette représentation géographique de l'ensemble du territoire ne sera pas préservée. Vous pourriez, dans le cas comme Laval, une population... de 450 000 de population, avoir une concentration de représentation de certains quartiers et une sous-représentation d'autres quartiers. Ça pourrait être de façon accidentelle, ça pourrait être de façon... par pure coïncidence, mais il y a ce risque-là, Mme la Présidente. Alors, si demain ou si à partir du mois de mars ou du mois de juin 2020, les commissaires scolaires disparaissent, comment les parents de ma circonscription, qui ont d'énormes besoins, qui ont d'énormes attentes, qui voient justement que, oui, peut-être qu'il y a eu un certain allégement de la surpopulation des écoles qui s'est vécu grâce aux deux nouvelles écoles primaires, qui s'est vécu au cours des deux dernières années, oui... mais les besoins sont là. Les besoins sont là pour des maternelles quatre ans, les besoins sont là pour des agrandissements de terrain, pour des rénovations d'école. Les besoins sont là pour la construction d'une nouvelle école secondaire, les besoins sont là pour la construction de grands centres sportifs. Les besoins sont là, et nous le savons, Mme la Présidente. Ce n'est pas juste des paroles. L'éducation est le principal vecteur de mobilité sociale.

• (17 heures) •

Alors, aujourd'hui, avec ce projet de loi, Mme la Présidente, avec le projet de loi n° 40, le ministre, le gouvernement ne font que foncer tête baissée, avec l'unique intérêt de cocher une case dans leurs objectifs, dans leur liste d'accomplissements, sans tenir compte de ce que les parents, les différents acteurs, les différents collaborateurs du milieu de l'éducation leur disent. Ils ne font qu'uniquement foncer tête baissée. Pourquoi? Pour des objectifs purement idéologiques, Mme la Présidente.

Alors, moi, avant de terminer aujourd'hui, je souhaitais me lever, parler des différents projets que nous avons réussi à faire avancer, Mme la Présidente, mais surtout et avant tout de souligner la contribution, le travail, rendre hommage aux commissaires scolaires, rendre hommage à notre présidente de commission scolaire, Mme Lortie, qui a toujours pris le temps de répondre à nos questions, de prendre le téléphone et de toujours être à nos côtés afin de donner, de justement défendre ce droit démocratique que plus de 9 800 personnes ont utilisé la dernière fois à la ville de Laval lorsqu'ils ont eu l'occasion d'avoir des élections scolaires. Alors, aujourd'hui, je me prononce contre le projet de loi n° 40, et je défends le travail des commissions scolaires et de la démocratie scolaire.

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, nous poursuivons avec Mme la députée de Vaudreuil.

Mme Marie-Claude Nichols

Mme Nichols : Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour, après mes collègues, de me prononcer sur le projet de loi n° 40, qui, disons-le... la première phrase qui me vient à l'esprit quand on parle du projet de loi n° 40, c'est : un projet de loi qui divise. C'est un projet de loi qui divise, puis on n'a pas besoin d'étudier en profondeur le projet de loi pour s'en rendre compte. Je vous dirais que, d'emblée, à la surface, tout simplement en regardant, ça nous saute aux yeux. Ça nous saute aux yeux que c'est un projet de loi qui divise, entre autres entre les anglophones et les francophones. Je sais que je ne suis pas la première à le porter à votre attention, Mme la Présidente, je sais que j'ai des collègues qui l'ont aussi porté à votre attention avant moi, mais je le réitère parce que, selon moi, c'est une grande injustice qu'on est en train de faire dans notre société, une grande injustice pour le Québec. Une grande injustice parce que, d'un côté, on va mettre les francophones qui n'auront pas le droit de vote, on va leur enlever une certaine démocratie, alors que, pour les anglophones, on va leur laisser, eux, la possibilité de faire un «school board», on va leur laisser la possibilité d'un droit de vote. Moi, je trouve ça terrible. On est en 2019, on s'en va vers 2020, on travaille... je pense que tous les élus, on essaie toujours d'amener un certain consensus dans la population, on essaie toujours de... on amène toujours comme mot d'ordre aux gens qu'il faut faire preuve de neutralité, de s'accepter les uns les autres, et je trouve qu'avec un projet de loi de la sorte, bien, on vient de dire... on vient, encore une fois, là, diviser les francophones, les anglophones, alors que c'est loin d'être souhaitable dans notre milieu.

On vient aussi diviser, on fait... on vient établir comme trois vitesses dans notre système de l'éducation, c'est-à-dire qu'on vient faire... on a déjà... on vient faire... Quand je dis trois vitesses, là, c'est qu'on va venir établir, vraiment de façon très distincte, les écoles privées, les écoles publiques avec des programmes particuliers, et on va faire aussi les écoles, on va les appeler ordinaires, et ça m'inquiète de savoir qu'on va avoir des écoles ordinaires. Et qu'est-ce qu'elles vont être, ces écoles ordinaires là? Bien, permettez-moi, une fois de plus, de vous partager mon inquiétude. Est-ce que ça va devenir les écoles où ça sera peut-être le moins intéressant pour les parents de choisir cette école-là pour leurs enfants? Bien, peut-être. Alors, quand je vous dis que c'est un projet de loi qui divise, ça divise aussi, encore là, ça crée des strates dans la population, et je trouve que ça vient créer, encore, une compétition très malsaine, une compétition malsaine.

Puis je pense à la génération qui s'en vient. Moi, je pense à mes enfants qui sont un petit peu plus grands, qui auront sûrement, dans les prochaines années, des enfants eux aussi, puis ils auront un choix à faire pour leur école, et je ne sais pas comment je vais arriver à leur expliquer que le Québec a choisi ça pour eux. En fait, je vous le dis d'emblée, je ne serai pas de celles qui voteront pour offrir ça à nos enfants, à nos enfants qui s'en viennent, aux futures générations.

Je suis inquiète. Je suis inquiète parce qu'on abolit les commissions scolaires. On abolit les commissions scolaires, mais est-ce qu'on les abolit pour les bonnes raisons? Ça, c'est la question, c'est la question principale. On dit souvent que l'on n'est pas fier du taux de participation, que les gens ne participent pas assez aux élections scolaires, le taux n'est pas significatif. Puis ça, je vous dirais, Mme la Présidente, qu'on l'entend partout, que ça soit un comté libéral, un comté péquiste, un comté caquiste. La population au Québec est d'accord avec ça pour dire que : Écoutez, il y a des présidents scolaires qui sont élus avec un taux de participation de 5 %, 7 %, 11 %. C'est vrai que ce n'est pas significatif. Mais est-ce que d'abolir les commissions scolaires vient régler la problématique? Sincèrement, je vous soumets que non. Je vous soumets que ce n'est pas la solution. Pourquoi on ne se permettrait pas plutôt de moderniser nos commissions scolaires?

On va se dire les vraies choses, nos commissions scolaires ont des bons et des moins bons côtés. Puis c'est vrai. Puis on est souvent porté, comme citoyen ou comme peuple, à toujours nommer les moins bons côtés de la chose, toujours à faire référence aux éléments plus ridicules. Puis ça, je dirais qu'on le fait souvent par instinct.

Je vais donner un exemple. On dit souvent : Bien oui, ils font des rencontres de clowns ou ils vont dans des meetings, dans des superbeaux endroits, pour parler de quoi? Mais je pense qu'il ne faut pas juste regarder ça. Je pense qu'il faut regarder qu'il y en a qui font vraiment du bon travail. Et il faut arrêter de catégoriser, ou de faire sortir ça, ou de donner cette justification-là pour abolir les commissions scolaires. Encore là, je pense qu'on n'est pas sur la bonne voie. Il y a des choses qui fonctionnent très bien, et c'est ça qu'on devrait mettre de l'avant. Ce qui fonctionne moins bien, bien, qu'on apporte les corrections, tu sais, qu'on trouve la force... et non pas la lâcheté d'abolir, mais qu'on trouve plutôt la force pour apporter les modifications positives qui s'imposent.

Est-ce que c'est nécessaire d'abolir une structure? C'est comme si, en proposant l'abolition des commissions scolaires, bien, la CAQ a choisi d'investir son temps puis son énergie dans un brassage de structures, alors que, comme je le disais précédemment, on pourrait choisir d'investir notre temps puis notre énergie à apporter des solutions positives,

[...]
 

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