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Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


LÉVESQUE Sylvain - Chauveau
Entreprise fédérale - Charte de la langue française - Application - Affaire inscrite (motion) - 6808-10

Assemblée
Fascicule n°103, 19 février 2020, pages 6808-6810

[...]

Si on veut que les jeunes trouvent le français assez attrayant pour qu'il fasse concurrence à l'anglais à leurs yeux, au lieu de les critiquer, et de les condamner, puis de les faire se sentir mal, puis de leur dire : Quand tu parles cette langue-là, tu n'es pas correct, tu n'es pas bon, tu n'es pas beau, puis tasse-toi de là, peut-être qu'on devrait commencer, recommencer à se réconcilier avec la langue qu'on parle dans plusieurs générations, dans plusieurs milieux, une langue qu'on pourrait appeler la langue québécoise, et qui, oui, ne nous permet peut-être pas, la langue québécoise, de parler aussi facilement à des gens du Bénin ou de Paris, quoique Fred Pellerin, il se promène, il ne change pas sa langue du tout et se fait comprendre par les Français, bien, quand même, on est assez de locuteurs de ce français-là dans le monde pour dire que notre québécois est une langue à part entière. Il y a plus de gens qui parlent le québécois que de gens qui parlent le norvégien. On a le droit d'en être fiers. On le droit de dire : Cette langue-là a le droit de cité, puis on va arrêter de se dire qu'on n'est pas bons.

Alors, que ce soient les Denise Bombardier d'aujourd'hui ou les curés d'autrefois, beaucoup de gens qui ont beaucoup d'influence continuent quand même de perpétuer la honte et de tenter de gêner le monde de parler la langue qu'il parle. Il faut que je vous dise à quel point j'étais contente après que Gilles Duceppe soit sorti pendant la dernière campagne électorale pour accuser Manon Massé de mal parler, de constater que ça lui revenait un peu dans la face. Est-ce qu'on serait en train de recommencer à faire la paix avec qui nous sommes? Et je dis recommencer parce que ce que je raconte là, ça peut peut-être avoir l'air extraterrestre ou sorti de nulle part, mais ce n'est ni nouveau ni original dans l'histoire du Québec.

Gérald Godin parlait comme ça de l'époque de Parti pris, où, avec une gang d'amis, il a participé à faire émerger une révolution culturelle au Québec, une révolution sociale. Il disait : «Toutefois, la littérature[...], telle que conçue par nous avait un rôle éminent à jouer, non pas pour l'amélioration de la langue mais pour éclairer la situation réelle : d'une part, les gens du peuple québécois et, deuxièmement, la langue qu'ils parlaient.

«[...]Il s'agissait de montrer les choses telles qu'elles étaient, d'utiliser la langue telle qu'elle se parlait. Or, très rapidement, tous se sont rendu compte que cette langue-là ne se référait à aucune règle, à aucune grammaire, à aucune syntaxe, à aucune stylistique ou encore à aucune stylistique française — ce qui, entre nous, est un problème. Qu'elle était en quelque sorte un argot, une langue marginale et pourtant très vivante dont le français absolu ou le français international s'est nourri en France et se nourrit encore, mais qu'ici, pour certaines raisons qu'il serait trop long de définir, on continue de mépriser, [on continue] de vouloir jeter en prison. Un aspect important de cette attitude moraliste [est qu'elle] débouche nécessairement sur le paternalisme, d'une part, et surtout, ce qui est plus grave pour nous, sur la répression.» Il parle ici, bien sûr, de répression culturelle.

Il continue : «Donc, écrire cette langue était consciemment ou inconsciemment poser un geste politique. C'était brandir une pancarte, c'était faire du piquetage à la porte du Parlement, c'était rappeler à tous que nous étions humiliés et que bien parler eut été se maquiller. [...]Or, des gens se sont trouvés, qui ont voulu sauver la langue sans vouloir sauver [les gens qui la parlaient]. Ils ont voulu sauver la langue telle quelle. Toute seule. C'était bien mal connaître ce qu'est la vie même d'une langue. Si le Québec est sauvé, la langue sera sauvée et non pas le contraire.»

Et d'autres grands artistes ont aussi participé à cette libération. Michel Tremblay écrivait : «Pourquoi Saint-Exupéry avait-il le droit de contourner les règles si strictes de la langue française et pas moi? J'avais envie, moi aussi, de tout revirer à l'envers, [j'avais envie] de brasser la cage, de trouver une façon qui deviendrait la mienne de détourner tout en les utilisant les lois qu'on m'inculquait depuis 10 ans! Et dont je respectais l'utilité sans toutefois avoir envie de les appliquer à la lettre dans un incessant ronron de phrases bien faites mais plates comme un dimanche après-midi pluvieux!»

Il y a Jacques-Olivier Grandjouan qui a écrit : «Pour garder une langue pure, il n'y a qu'un seul moyen : la tuer et l'empailler. Seules sont pures les langues mortes.» Et, pour revenir à Anne-Marie Beaudoin-Bégin, elle écrit : «En dénonçant la langue des jeunes, nous les rabaissons.»

Je ne sais pas comment, politiquement, ça pourrait s'exprimer. Je ne sais pas comment ça pourrait pénétrer, cette pensée-là, plus profondément dans nos systèmes éducatif, culturel. Mais j'aimerais qu'on se souvienne, quand on parle de la protection du français au Québec, que protéger le français chez nous, ce n'est pas juste le protéger sur des pancartes, sur des devantures de magasin et dans la bouche des employés de la SAQ. Ce n'est pas juste le protéger dans la bouche des immigrants non plus. Protéger le français au Québec, c'est protéger avant tout le lien d'amitié, le lien d'amour, le lien d'attachement que les Québécois entretiennent avec leur langue. Si constamment on tape sur ce lien-là en mettant entre les Québécois et leur langue une honte, entre les jeunes et leur langue une envie de la laisser de côté puis d'aller vers quelque chose... vers une langue où ils ne se feront pas critiquer, on se tire dans le pied.

Alors, comment est-ce que ça peut s'exprimer politiquement? Ça serait à réfléchir ensemble, mais je pense que ça serait à réfléchir et je pense qu'on est rendus à une époque où il est grand temps qu'on le fasse, sinon, cette langue-là, l'amour que nous, on lui porte, il ne sera plus là dans 25 ans. Et, s'il n'y a plus d'amour pour la langue française au Québec, je ne donne pas cher du français. Merci.

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le député de Chauveau.

M. Sylvain Lévesque

M. Lévesque (Chauveau) : Merci beaucoup, M. le Président. Je suis très heureux aujourd'hui de pouvoir m'exprimer sur ce sujet très important, la défense de la langue française. Parce que, M. le Président, l'essence de mon implication en politique a beaucoup été liée au fait de défendre l'identité québécoise, notre identité, le peuple québécois, ses racines, ce qui est fort, et évidemment la langue.

Et je partage ce que la députée de Taschereau vient de dire, c'est essentiel, défendre cette langue-là. Et c'est une langue qui... malgré qu'on ne le souhaiterait pas, c'est quelque chose qui va toujours être menacé au Québec, ne serait-ce que par notre géographie, où est-ce qu'on est situés en cette Amérique, entourés de plus de 300 millions de population qui sont d'expression anglaise, pour la plupart.

Mais, M. le Président, ce n'est pas d'hier qu'on débat de langue ici, en cette Assemblée. Et d'ailleurs, M. le Président, je tiens à vous souligner, derrière vous, ce magnifique tableau. Quand une personne vient visiter l'Assemblée nationale, c'est assez frappant. Et ce tableau-là, qui a 227 ans maintenant... En fait, c'est un débat qui a eu lieu... Il n'a pas 227 ans. Ça nous représente une image d'il y a 227 ans. En 1793, ce débat-là... le tableau qui a été fait par Charles Huot s'intitule Le débat sur les langues. Donc, dans la première Assemblée législative du Québec... évidemment, à l'époque, on parlait du Bas-Canada, mais on a débattu sur quelle langue devrions-nous nous exprimer en ces murs. Et la décision a été rendue, le français et l'anglais étaient autorisés. Et, encore aujourd'hui, les deux langues en cette Assemblée sont autorisées, mais il y a eu quand même un cheminement historique tout au long de ça que j'ai le goût de vous parler.

Savoir que, depuis 400 ans, M. le Président, 400 ans, le français continue à résonner, continue à être présent ici, et malgré tout il y a eu de l'évolution, il y a eu du changement. La députée de Taschereau en a parlé tout à l'heure. Les jeunes parlent d'une manière, puis on a toujours tenté de reprocher aux plus jeunes de parler mal cette langue-là. Je me rappelle de Pierre Bourgault qui défendait le joual avec un verbe, ma foi... un bon français. Il le défendait. Bien, il ne faut pas être élitiste avec notre langue française, mais il faut la défendre parce que, malheureusement, le risque de la perdre est bien réel.

• (16 heures) •

Je vais vous donner quelques statistiques, comment on peut être privilégiés. Dans le monde, là, au total, dans le monde, nous sommes 300 millions de personnes qui parlons français. Au quotidien, c'est 235 millions qui l'utilisons. Au Canada, c'est 10,9 millions de personnes, et, au Québec, près de 7,8 millions d'individus connaissent le français, il y en a un peu moins qui l'utilisent au quotidien. C'est beaucoup de monde, mais en même temps on sent un recul au fil des ans.

Ce n'est pas pour rien, ce recul-là, M. le Président, que l'ensemble des gouvernements ont tenté, au fil des ans, d'encadrer, d'améliorer, de protéger la langue française. Et je vous fais quelques rappels historiques : en 1969, la loi 63, qui avait énoncé, à l'époque, l'obligation pour les enfants qui sont scolarisés en anglais d'acquérir une base en français; la loi 22, sous Robert Bourassa, où on a débattu de la langue officielle. Ça a créé pas mal de remous au sein du Parti libéral, mais quand même M. Bourassa était un grand nationaliste, qui a défendu le Québec, et il a obligé les immigrants à apprendre le français. Peut-être que c'est ce qui aura occasionné en partie sa défaite, en 1976, mais il avait eu le courage de le faire. La loi 101, Camille Laurin, on en a parlé, la Charte de la langue française, qu'il y a plusieurs éléments qui est la langue normale, habituelle au niveau du travail, des communications, du commerce, des affaires, l'enseignement obligatoire aux immigrants en français. C'est encore aujourd'hui les assises, je dirais, politiques et juridiques du Québec en matière de langue. Ça a été charcuté au fil des ans, beaucoup d'attaques frontales à la loi 101 au sein des tribunaux, mais cette langue-là... cette loi-cadre là en 1977 est encore citée et le sera, M. le Président, pour des dizaines, probablement des centaines d'années encore. Et j'en cite une dernière : la loi 86, la Loi sur les enseignes commerciales, encore Robert Bourassa, deuxième mandat de M. Bourassa, qui en a payé un prix très fort, l'obligation, M. le Président, de mettre en évidence la langue française au détriment de la langue anglaise lorsqu'il s'agit d'affichage commercial. Ça avait amené, si vous vous rappelez, historiquement, la création du Party Equality, qui avait fait élire plusieurs députés en cette enceinte en, quoi, 1989? C'est-u ça? 1994? Dans ces années-là. Il y avait eu pas mal d'élus du Party Equality. Il y avait eu un débat sur ça, et ça avait brassé pas mal. Alors, vous le voyez, M. le Président, la langue française a toujours été extrêmement importante en ces murs, et ce n'est pas d'hier qu'on en débat.

Cependant, la crainte, la peur qu'on peut avoir, c'est un recul de la langue elle-même, et le gouvernement du Québec doit absolument être exemplaire en cette matière pour éviter un recul. Il doit évidemment l'être dans ses pratiques, dans ses communications. On ne le répétera jamais assez, la langue française, c'est la langue officielle du Québec. Il n'y en a pas deux, M. le Président, et je vais le répéter à quelques reprises. Mais c'est souhaitable de parler plus d'une langue. Je vois mon collègue de la circonscription de Jacques-Cartier qui... puis c'est agréable de le voir, il parle les deux langues très bien, il s'exprime très bien dans les deux langues. Et j'ai cette chance-là, moi aussi, M. le Président, de pouvoir m'exprimer dans la langue de Shakespeare également. Même plus que ça, je suis en train d'apprendre l'espagnol, M. le Président. Une langue, deux langues, trois langues, c'est souhaitable. On en veut quatre, on en veut cinq. Ce n'est pas un problème, ça. Comme on dit, mettez-en, ce n'est pas de l'onguent. Des langues, c'est souhaitable. Mais, au Québec, en matière institutionnelle, il est primordial et essentiel que le gouvernement soit exemplaire dans ses communications.

D'ailleurs, un rapport du Conseil supérieur de la langue française, qui est paru récemment, en septembre 2019, nous fait état de plusieurs situations préoccupantes. Cette enquête-là a été réalisée en 2018. Je vais vous citer quelques cas ici, je vais la citer aux mots, M. le Président : «Dans le cas des systèmes téléphoniques interactifs de réponse vocale, alors que l'article 12 de la politique linguistique gouvernementale précise que le message d'accueil en français doit être énoncé au complet avant que ne soit donné l'accès à un message dans une autre langue, la recension nous a permis de constater que près de 40 % des systèmes automatisés ne s'y conforment pas.»

On parle également, à l'intérieur de ce rapport-là, M. le Président, du bilinguisme institutionnel : «[Certaines] institutions publiques interagissent en anglais avec près de 75 % des immigrants qui sont non francophones et installés [au Québec].» Ça, c'est un problème majeur, M. le Président. Je comprends qu'on veut accommoder, on veut aider, mais c'est important, notamment dans les communications écrites, que l'on puisse communiquer avec nos personnes immigrantes dans notre langue, notre langue officielle.

Il y a un élément, M. le Président, qui me... Je n'aime pas trop faire de partisanerie, j'espère que ce ne sera pas trop vu comme ça, mais il y a un élément que je suis déçu des 15 dernières années du gouvernement libéral, c'est sur les aspects identitaires, qui sont pour la majeure partie, disons-le comme ça, là, comme étant les assises de notre société québécoise. J'ai parlé, évidemment, des assises de laïcité notamment mais aussi des assises linguistiques. Je trouve que le Parti libéral a laissé aller la situation, au fil des ans, ne s'est pas battu avec acharnement pour protéger la langue française, au cours des dernières années, parce que les rapports nous le disent, M. le Président : de 2001 à 2016, il y a eu une baisse constante en pourcentage du nombre de personnes qui s'expriment en français au Québec. Et ça, malgré le fait qu'on choisit davantage nos immigrants, qu'on choisit davantage en fonction des profils linguistiques, cette baisse-là s'est poursuivie. Comment se fait-il?

Alors, moi, je trouve qu'il y a eu un transfert. Malheureusement, les immigrants, en arrivant au Québec, ont davantage intérêt à choisir l'anglais que le français. Et ça a été toléré. Sur l'île de Montréal, la proportion d'individus de langue maternelle française est descendue sous la barre du 50 %. C'est dramatique. Et on sait que celle des individus qui parlent principalement le français à la maison est rendue maintenant autour de 52 %. Ça, c'est une statistique de 2011, c'est la plus récente statistique qu'on a. On observe, en plus de ça, M. le Président, un déclin important dans l'utilisation du français dans la sphère publique, dans les milieux de travail. Donc, le nombre de personnes qui, en 1997, utilisaient uniquement le français dans le cadre de leur travail, on était à 62,5 %, c'était déjà dramatique. On parle de 15 ans plus tard. Où est-ce qu'on en est? Ça a descendu à 43,7 %. Et ça continue à s'amplifier, M. le Président. Si on n'agit pas, ça va se poursuivre, cette descente-là.

Et là on pense que c'est acquis, on pense que c'est sûr que ça va durer. Malheureusement, l'histoire nous démontre dans bien des endroits dans le monde que, si on ne fait rien, entourés par cette mer... Je ne leur en veux pas, aux autres endroits, aux États-Unis, au Canada anglais. On est entourés par ces personnes-là, qui sont fières de leur langue, et c'est tant mieux. Mais nous, si on ne résiste pas et on ne met pas des assises importantes, on risque d'y perdre.

• (16 h 10) •

Et on doit travailler très fort sur le bilinguisme institutionnel, ne pas le permettre, M. le Président. Individuellement, aucun problème, je vous l'ai dit tout à l'heure. D'ailleurs, même moi, dans mon cas, je vous ai parlé de mes langues personnelles. Bien, dans quelques mois, là, mon épouse va venir vivre au Québec, personne d'expression espagnole, va devoir apprendre le français. Ça va être sa priorité numéro un en arrivant au Québec, l'apprentissage de la langue française. Alors, je vais mettre toutes les énergies pour l'appuyer dans cette démarche-là, mais elle, elle va devoir se faire aider. D'ailleurs, je suis très, très fier de ce que mon collègue ministre responsable de l'Immigration et des politiques pour la langue française a fait, d'investir 70,3 millions supplémentaires pour la francisation des immigrants. Alors, si on veut aider nos personnes... En fait, l'enjeu de la langue française, M. le Président, il y a beaucoup de liens avec les personnes immigrantes. Quand elles arrivent ici, on doit leur donner tous les outils possibles pour apprendre cette langue, de faire le choix du français et non choisir, je dirais peut-être, la facilité, l'anglais, parce qu'évidemment, quand tu es entouré de 300 millions, c'est pas mal plus le fun de parler anglais que de parler français. C'est peut-être un choix trop facile. On doit résister, on doit se battre, M. le Président, et on ne doit surtout pas baisser les bras.

Et je termine en vous donnant une citation de Félix Leclerc, qui disait : «Ce n'est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne des vieilles pommes.» Alors, le français, M. le Président, ce n'est pas une vieille pomme, c'est loin d'être ringard, il faut continuer à se battre pour qu'il fleurisse. Merci beaucoup.

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, M. le député. Je reconnais maintenant M. le député de Jacques-Cartier. Il reste 13 min 20 s à votre groupe.

M. Gregory Kelley

M. Kelley : Merci beaucoup, M. le Président. Je veux juste commencer par saluer le discours de ma collègue d'Acadie, je pense que c'était bien factuel, elle a bien résumé la situation, puis aussi la députée de Taschereau, qui a parlé d'un sujet qui est très important pour moi, c'est la qualité de la langue française ici, au Québec.

Il y a 125 députés ici, à l'Assemblée nationale, et un rôle majeur, c'est de toujours essayer de mieux comprendre nos concitoyens. Nous avons vraiment un privilège de siéger ici et de parler avec des Québécois de tous les coins du Québec chaque semaine. Ce n'est pas toujours comme ça pour tout le monde, c'est rare, mais c'est une partie de notre démarche, de toujours essayer de marcher dans les souliers de quelqu'un d'autre.

Je suis un anglophone, puis, la perception de l'histoire des francophones québécois, c'est sûr que c'est différent pour moi. Mais, si je suis dans les souliers de mes collègues francophones, c'est sûr que, de bien comprendre notre histoire, ma langue maternelle, ce n'est pas menacé ici, au Québec. Pour mes collègues francophones, leur histoire est un petit peu coupée avec la Conquête. Pour nous, les personnes qui ont des racines avec le Royaume-Uni, c'est sûr qu'on a gardé le lien avec la monarchie depuis plusieurs années. Ce n'est pas la réalité pour les francophones du Québec dans leur histoire, c'est une histoire qui a été coupée court. Le rapport de Durham n'a pas visé l'assimilation des anglophones, ça visait des francophones. La crise de conscription pendant la Première Guerre mondiale et la deuxième, c'est sûr que les anglophones regardent toute cette histoire, et je parle des anglophones dans le reste du Canada, avec une différente perception que mes collègues francophones. La dominance pendant des années de premier ministre Duplessis par des patrons anglophones, pas nécessairement des anglophones du Québec ni du Canada mais un petit peu d'Amérique du Nord, c'était une réalité, c'est une partie de l'histoire.

Et, pour ces raisons-là, je comprends pourquoi, à un certain moment, quelqu'un comme René Lévesque, l'ancien premier ministre, a décidé de poser un projet de loi qui était une charte de la langue française. Ce n'était pas juste pour la protection de la langue, mais c'était aussi un signe que des choses ici, au Québec, ont changé et que des francophones ont pris leur propre place au sein de la province.

Mais il y a toute une histoire autour de ça, aussi, du compromis qui a été fait pendant toutes ces années-là, parce que ce n'est pas juste une histoire des anglophones contre les francophones. Il y a toujours des personnes... c'est D'Arcy McGee, des politiciens, le gouverneur James Murray, qui ont lutté pour les droits des francophones, qui ont essayé de trouver des terrains d'entente.

[...]
 

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