Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Travaux parlementaires > Journal des débats > Index du Journal des débats

Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


PICARD Marilyne - Soulanges
Programme Éthique et culture religieuse - Abolition - Affaire inscrite (motion) - 905-6

Assemblée
Fascicule n°19, 27 février 2019, pages 905-906

[...]

Mme Christine Labrie

Mme Labrie : Merci, M. le Président. D'abord, je voudrais faire un constat. Le cours d'éthique et culture religieuse n'est pas parfait, ça a été mentionné souvent ici, mais est-ce que ça veut dire qu'il faut l'abolir? Certainement pas, comme on ne devrait pas non plus abolir la démocratie scolaire sous prétexte que la participation est trop faible.

Vous savez, M. le Président, moi, je pense qu'on peut améliorer ce qui fonctionne mal, et même que c'est notre mandat ici de chercher des solutions ensemble. Ma collègue, qui a elle-même enseigné le cours d'éthique et culture religieuse, a déjà démontré la pertinence des objectifs de la formation de ce cours, qui, je le rappelle, sont la reconnaissance de l'autre et la recherche du bien commun, ce qui correspond tout à fait aux valeurs québécoises et aux valeurs que devrait transmettre notre système d'éducation.

• (16 h 30) •

Moi, je veux répondre au député de Matane-Matapédia, qui a fait allusion au rapport du Conseil du statut de la femme. Le Conseil du statut de la femme a recommandé une réforme du contenu pour que la présentation des récits religieux soit accompagnée d'une mise en contexte critique, notamment en matière de sexisme. C'est une recommandation qui est très pertinente, et j'aimerais rappeler au député de Matane-Matapédia que, dans ce même rapport, le Conseil du statut de la femme dénonçait aussi des éléments sexistes dans le programme d'histoire. Est-ce que, selon lui, on devrait le retirer du programme? Je ne pense pas que c'est son intention, du moins je l'espère. Il faut plutôt prendre acte de ces critiques-là et voir comment on peut y remédier. Et, dans ce cas-ci, les critiques portaient sur du matériel pédagogique et non sur les objectifs du cours. C'est clairement la responsabilité du ministère de l'Éducation de s'assurer que le matériel pédagogique est adéquat et qu'il est constamment mis à jour, comme on le fait d'ailleurs pour le matériel utilisé en histoire et dans toutes les autres matières.

Par ailleurs, un des problèmes principaux avec ce cours est que trop peu d'enseignants sont formés pour le donner. Dans toute leur formation au baccalauréat en éducation au primaire, préscolaire, les enseignants ne reçoivent qu'un ou deux cours sur leur programme de quatre ans pour enseigner l'éthique et la culture religieuse. Et, pour le secondaire, le programme spécialisé n'est offert que dans quelques universités. Et les premiers diplômés sont sur le marché du travail depuis quelques années seulement, ils ne sont certainement pas assez nombreux pour répondre à la demande.

Donc, moi, j'ai une proposition à faire au ministre de l'Éducation, ce serait d'envisager que le programme spécialisé soit aussi offert ailleurs au Québec et qu'on y forme des enseignants qui pourraient enseigner à la fois au primaire et au secondaire pour que le cours soit toujours donné par des spécialistes. C'est ce qu'on fait déjà d'ailleurs pour l'anglais, la musique et l'éducation physique, par exemple, donc pourquoi pas pour l'éthique et la culture religieuse? Ça nous permettrait de nous assurer que le matériel choisi par les enseignants est adéquat et que le contenu est enseigné avec toutes les nuances nécessaires.

Vous savez, M. le Président, le cours d'éthique et de culture religieuse est un excellent véhicule pour aborder avec les élèves des enjeux comme l'égalité des sexes, qui inquiète mon collègue, et pour permettre aux élèves de développer leur esprit critique. Moi, je suis rassurée que le gouvernement ait annoncé son intention de l'améliorer et non de l'abolir. Et ma formation aurait voté en faveur des amendements qui ont été proposés si le Parti québécois avait accepté le dialogue. Je pense qu'on doit offrir, dès le primaire, un cours qui permet aux enfants d'apprendre à réfléchir de manière critique sur le monde dans lequel ils vivent. On a besoin d'un cours qui donne les outils aux jeunes pour apprendre à vivre ensemble, et je dirais même qu'on en a besoin plus que jamais. Je rappelle qu'on était unanimes, ce matin, à dénoncer le racisme ici. Et d'ailleurs le fait que très peu de personnes de cette Assemblée ont pu bénéficier de ce cours-là explique peut-être les difficultés qu'on a ici à faire fonctionner l'Assemblée nationale. Je ne vous cacherai pas que je suis très souvent déçue par les prises de position idéologiques qui vont à l'encontre du bien commun, et je pense à des exemples qui viennent de chaque côté de la Chambre. Des entraves au dialogue, on en voit très souvent ici. Merci.

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci. Merci, Mme la députée.

Je cède la parole à Mme la députée de Soulanges, en vous rappelant qu'il reste 18 minutes au gouvernement.

Mme Marilyne Picard

Mme Picard : Merci beaucoup, M. le Président. Intervenir sur le sujet aujourd'hui, c'est pour moi une belle occasion de démontrer que le cours d'éthique et culture religieuse n'est pas qu'un cours de remplissage pour nos jeunes. Ce n'est pas non plus, comme certains le prétendent, un lieu où nos enfants sont endoctrinés.

Permettez-moi de revenir un instant sur le grand objectif poursuivi par ce cours : préparer nos enfants à vivre dans une société démocratique et diversifiée. En fait, c'est assez simple, on veut former des jeunes lucides et critiques. Dans notre société, vous le savez, l'immigration est très présente. Il est donc absolument nécessaire pour nos jeunes de connaître les grandes religions du monde et les gens qui les pratiquent.

Mais le cours d'éthique et culture religieuse, comme son nom le dit, ce n'est pas seulement un endroit où on parle de religions, c'est aussi un cours d'éthique, comme l'a mentionné la collègue. On y apprend donc à mieux vivre en société, à traiter les autres avec respect, à faire de meilleurs choix dans nos comportements, à acquérir des valeurs de partage et d'entraide. Tout cela n'a rien à voir avec les religions, ce sont des aspects de la vie en groupe qui sont valables dans tous les milieux et dans toutes les cultures.

Le cours d'éthique et culture religieuse, c'est tout ça, bien sûr, mais, pour moi, M. le Président, c'est encore plus que ça. Pour moi, c'est aussi une invitation pour les jeunes à développer leur acceptation de la différence pas seulement sur le plan des religions et de la culture, mais aussi sur les particularités de chacun d'entre nous : l'apparence physique, la façon de s'exprimer ou bien un handicap, par exemple. Grâce au cours d'éthique et culture religieuse, les jeunes apprennent que la différence peut être une richesse si on la regarde avec les yeux de l'acceptation, ils y développent leur jugement et leur sens critique, ils y apprennent que les différences d'une personne lui accordent de la valeur en tant qu'être humain. Quand on élargit ses horizons et qu'on apprend à connaître la diversité sous toutes ses formes, on ne peut pas faire autrement, on devient plus tolérant, et je suis parfaitement convaincue qu'un cours comme celui-là peut grandement aider en ce sens. On parle beaucoup d'intimidation, de la lutte contre l'intimidation. Voilà un cours qui ouvre les jeunes à se rendre compte que nous sommes tous différents, et heureusement que nous le sommes.

M. le Président, le programme d'éthique et culture religieuse n'est certainement pas parfait. Il faut quand même souligner l'importance de ce moment où nos enfants sont assis sur les bancs d'école et qu'ils peuvent parler de différences entre eux et avec leur enseignant ou enseignante, parce que c'est bien de ça qu'on parle actuellement, de la différence, à quel point, dans notre société pourtant moderne, nous avons encore de la difficulté à l'accepter.

Si on considère la définition même de l'identité, c'est l'ensemble des traits physiques, personnels et culturels qui font qu'une personne est ce qu'elle est, en d'autres termes, qui font qu'elle est différente d'une autre personne. Notre identité est déterminée en bonne partie par le type d'environnement dans lequel on grandit. Chaque être humain est capable d'apprendre n'importe quel langage ou se conformer à n'importe quel modèle culturel. Et c'est en grandissant qu'on prend racine dans la société, qu'on développe un ensemble de préférences, de croyances et de règles de conduite que nous partageons largement avec le groupe auquel on appartient.

La nature humaine a horreur du vide. Aucune personne ne peut vivre sans groupe de référence. Nous imitons ceux que nous admirons, et c'est à force d'être stimulés dans nos interactions quotidiennes que nous adoptons des coutumes qui finissent par nous rassembler. C'est pourquoi il est important d'apprendre à nos enfants, sur les bancs d'école, que leur groupe de référence est une construction. Et cette construction, bien que solide, doit être totalement flexible pour accepter ceux qui ne sont pas tout à fait pareils ou ceux même carrément très différents dans leur environnement. Je dis «accepter», mais ce qu'il faut surtout, c'est penser à les intégrer complètement.

Je vous dis tout cela, M. le Président, parce que j'ai vécu, et je vis encore actuellement, et je vivrai peut-être encore longtemps cet énorme défi que représente l'acceptation des différences. Je milite pour qu'on accueille la différence à bras ouverts tous autant que nous sommes, et j'inclus les membres de l'Assemblée nationale ainsi que l'ensemble des citoyens qui nous écoutent. Ceci fait partie de mon ADN, et c'est pourquoi je vous parle depuis cette banquette du salon bleu. C'est avec la volonté d'améliorer le sort de mes enfants, de tous nos enfants, M. le Président, que je me suis lancée en politique pour défendre les positions de la Coalition avenir Québec. Je veux faire la différence pour ma petite fille, Dylane, mais aussi pour tous les autres petits et petites Dylane du Québec qui sont différents. Les enfants sont les plus curieux et sans filtre. J'entends souvent quelqu'un me dire : Pourquoi elle a un fauteuil? Pourquoi elle ne parle pas? Pourquoi elle ne mange pas? Il est important de répondre aux curiosités des enfants. Et je peux aussi vous dire que mon fils de neuf ans est arrivé à l'école un jour en me disant : Maman, j'ai appris c'était quoi, Hanoukka, aujourd'hui. J'étais contente qu'il ait cette connaissance, et je lui n'aurais peut-être pas appris à la maison.

Faire la différence pour qu'on accepte la différence, faire la différence pour qu'on intègre la différence, faire la différence pour qu'on l'aime, cette différence, parce que l'acceptation des différences, M. le Président, c'est beaucoup plus que la tolérance, c'est beaucoup plus que la simple connaissance des différences, c'est vivre ensemble en harmonie et avec respect, empathie.

Sans rentrer dans les débats sémantiques, je peux faire une différence entre ce qu'on appelle le vivre-ensemble et vivre ensemble, sans trait d'union, les deux mots, «vivre» et «ensemble». On partage tous un quartier, une ville, une province, un pays et une toute petite planète bleue. On doit s'accepter, sans égard à notre apparence, notre origine ou nos croyances. C'est pourquoi je crois en cette initiative pour nos enfants qui prend la forme, actuellement, d'un programme d'éthique et culture religieuse. Et, pour moi, ce n'est ni le nom du programme ni son contenu à la virgule près qui m'importe. Ce qui compte vraiment, M. le Président, c'est d'en parler, de la différence, à l'école, certainement, et à la maison, assurément. Merci.

• (16 h 40) •

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, Mme la députée.

Un autre intervenant? M. le député de Vachon.

M. Ian Lafrenière

M. Lafrenière : Merci, M. le Président. Alors, je suis très heureux de me lever dans cette Chambre, ici, aujourd'hui, pour la première fois, afin de prendre part à un débat, d'autant plus que le sujet d'aujourd'hui n'est pas de moindre importance pour notre société. Au contraire, c'est un sujet qui m'interpelle beaucoup. En effet, la proposition de notre collègue de Matane, le chef de la deuxième opposition, qui propose d'abolir le cours d'éthique et de culture religieuse, bien, ça mérite une franche réflexion, une franche discussion. Certains peuvent se demander — puis j'en suis, en passant, M. le Président : Est-ce que le contenu est à jour? Est-ce que le contenu est adéquat? Donc, a priori, je suis d'accord avec le collègue de Matane, on doit revoir le contenu. C'est une question qui est pertinente, et je suis content de pouvoir en discuter devant vous aujourd'hui, M. le Président.

Je vais l'aborder, cette discussion-là, aujourd'hui, M. le Président, en prenant en compte mes expériences personnelles et professionnelles, mon expérience comme policier, comme communicateur, où j'ai passé une vingtaine d'années à travailler pour le Service de police de la ville de Montréal, donc sur l'île de Montréal, une île qui compte plus de 80 communautés culturelles, mon expérience comme formateur pour l'UNESCO, les Nations unies, mais surtout mon expérience comme député pour la merveilleuse circonscription de Vachon et aussi mon expérience en tant que papa de

[...]
 

En Complément