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Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


LÉVESQUE Sylvain - Chauveau
École prématernelle - Services de garde à la petite enfance - Impact - Interpellation - CRC-4: 10-1

Commission permanente des relations avec les citoyens
Fascicule n°4, 22 février 2019, pages 10-11

[...]

Donc, je pourrais vous parler du dossier de l'enfant. On travaille très fort pour s'assurer que le développement de nos enfants puisse être bien observé, bien documenté dans les services de garde. Et j'entends beaucoup parler de CPE ce matin, je pense que la réputation des CPE n'est pas à faire. On sait qu'ils offrent d'excellents services avec des éducatrices qui, je le répète, font un travail exceptionnel, ce sont des professionnelles. Mais on doit aussi parler des autres types de service de garde comme les garderies en milieu familial, comme les garderies privées, qu'elles soient subventionnées ou pas. Il faut comprendre que le réseau comprend plusieurs types de services de garde.

Donc, je pourrais vous parler du dossier de l'enfant, je le disais, qui va être instauré dans tous les types de services de garde éducatifs. Je peux aussi vous parler du programme éducatif, parce qu'offrir une place en service de garde éducatif, c'est une chose, mais encore faut-il toujours améliorer la qualité. On est actuellement en train de revoir le programme éducatif. Il y a de la formation qui va être offerte aux éducatrices pour s'assurer que tout ça atterrisse bien sur le terrain. Vous voyez qu'on continue d'investir. La volonté du gouvernement elle est très, très claire et puis, quand je dis que, là-dessus, on n'est pas négociables, bien, c'est effectivement ce qu'on a l'intention de faire.

Et j'ajouterais même que j'ai la prétention de dire... et c'est peut-être un peu ironique, mais qu'actuellement, au gouvernement, le ministère de l'Éducation et le ministère de la Famille travaillent en équipe, et je dirais qu'ils travaillent encore plus en équipe qu'au moment où, sous le précédent gouvernement, c'était le même ministre qui occupait les deux fonctions. Les ministères se parlent maintenant plus que jamais, donc je pense que c'est réjouissant. Et un des résultats de ça, c'est de faire en sorte que la formation soit vraiment arrimée avec le milieu de l'éducation, c'est-à-dire faisons des ponts, faisons des ponts au niveau non seulement du programme éducatif, faisons des ponts aussi pour s'assurer que la formation, autant des éducatrices que des futures enseignantes en prématernelle quatre ans, soit bien arrimée et qu'on s'assure qu'on n'échappe personne. Donc, le travail d'équipe, ça veut dire qu'on arrivera à des résultats concrets.

• (11 heures) •

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de Chauveau.

M. Lévesque (Chauveau) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Et je me permets également de saluer les collègues, ce matin, réunis pour cette interpellation et les gens, dans les tribunes, qui sont avec nous. C'est un privilège de pouvoir parler de l'enfance, parce que, lorsque j'étais chroniqueur au Journal de Québec, j'avais écrit un texte, à l'époque, qui s'appelait Un Québec qui se fout de ses enfants. C'était en lien avec la DPJ à ce moment-là, mais, quand même, c'est encore d'actualité. Il faut redevenir, comme l'écrivait à l'époque Camil Bouchard dans son rapport en 1991, fou de ses enfants.

Puis, quand je regarde ça, le bilan du Québec, malheureusement, n'est pas complètement rose. Quand on regarde certaines données statistiques, le taux de diplomation au Québec est à 74,7 % dans un récent rapport que j'ai vu, on est 11 points en arrière de l'Ontario. Quand je regarde, l'analphabétisme au Québec est très, très, très élevé : 19 % des gens sont considérés comme analphabètes et un autre 34 % des gens ont des grandes difficultés de lecture. Bien, pourquoi c'est comme ça, la situation au Québec? Évidemment, c'est plusieurs facteurs, plusieurs éléments, mais on pourrait penser que les problèmes débutent très tôt, très jeune, et c'est pour ça qu'il faut avoir de l'ambition et une vision, parce que la réussite de nos enfants, c'est important pour le futur. C'est des données comme ça qui font qu'aujourd'hui on doit s'en préoccuper et, évidemment, il faut dépister rapidement les retards de langage. Il faut être capable de s'attaquer aux troubles d'apprentissage. Un garçon sur trois et une fille sur cinq arrivent à l'école avec ces problèmes-là, il faut les dépister rapidement.

Bien, c'est pour ça que moi, Mme la Présidente, je m'interroge un peu sur la virulence des oppositions sur ce projet de loi là de créer les maternelles quatre ans. Bien sûr, il y a des défis à réaliser, il faut le faire ensemble. Mais c'est un faux débat de mettre en opposition les CPE et les prématernelles, ma collègue de Bellechasse l'a très bien dit ce matin, c'est complémentaire. Pour moi, ce n'est pas un débat, ça, cet élément-là. Ça fait qu'il faut croire aussi à la capacité des parents de faire leurs propres choix. Parce que, les maternelles quatre ans, c'est vrai, les sondages le disent, comment voulez-vous qu'un parent évalue la qualité d'un service ou son appréciation d'un service qu'il n'a jamais utilisé? C'est bien évident, mais des experts nous le disent que c'est un très bon service qui sera complémentaire. Puis d'ailleurs je tiens à le dire, hein, les maternelles quatre ans ont été implantées, en partie par le gouvernement libéral qui nous a précédés, dans des milieux défavorisés. Donc, j'imagine qu'on a évalué que c'était bon pour une certaine clientèle. Pourquoi, dans d'autres milieux, ça ne serait pas bon? Mme la Présidente, si c'est bon pour minou, c'est bon pour pitou. Ça peut être bon dans différents milieux, et sachez que des gens défavorisés, même dans des quartiers dits favorisés, il y en a. Ne pensez pas que, parce qu'une région est plus fortunée, il y a des gens qui n'ont pas besoin d'un coup de pouce. Moi, ça, j'y crois.

Je regarde aussi la peur que les CPE peuvent avoir de perdre une certaine clientèle. Moi, les arguments, là... de voir qu'il y a 42 000 enfants dans la province qui sont inscrits sur les listes d'attente — c'est beaucoup d'enfants, ça, Mme la Présidente, 42 000 enfants — dont 18 000 sont des enfants de quatre ans, donc c'est sûr qu'il faut favoriser que ces enfants-là aient accès aux maternelles quatre ans, qu'ils puissent entrer en maternelle quatre ans s'ils le désirent. Mais en même temps, si on amène des enfants de quatre ans en maternelle, ça va libérer des places. Puis c'est ça, la beauté de la chose, c'est qu'en libérant des places on va réduire les listes d'attente, et l'ensemble des enfants du Québec pourront avoir accès aux services.

On ne remet pas du tout en question la qualité de services des CPE, des services de garde éducatifs, subventionnés ou non, des milieux familiaux, très bons services qui se donnent partout au Québec, mais la maternelle quatre ans va venir bonifier et être complémentaire à ce réseau-là. Il faut le voir le comme ça. C'est inadmissible qu'au Québec on ait autant de jeunes, autant d'enfants qui sont en attente d'un service et qui ne l'ont pas. Alors, je pense que le ministre est responsable. Et j'invite aussi les oppositions à regarder le budget futur, il y aura des investissements majeurs qui vont accompagner nos propositions pour l'agrandissement, construire de nouvelles écoles. Il y aura des opportunités aussi pour tenir compte de ces nouveaux besoins là.

En terminant, Mme la Présidente, je veux vous dire qu'on est un gouvernement proactif qui s'attaque aux problèmes, puis il faut tout de suite penser comment seront nos jeunes dans 20 ans, et c'est maintenant que cet avenir-là se prépare. Merci, Mme la Présidente.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Pour la quatrième série d'interventions, je redonne la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, je vous donne la parole.

Mme Maccarone : Merci encore, Mme la Présidente. Comme vous le savez, c'est d'ailleurs la raison de notre présence aujourd'hui, mais l'impact de la maternelle quatre ans pour tous sur le réseau des services de garde me préoccupe énormément, alors je vais me répéter un peu, si vous me permettez, Mme la Présidente. Puis ça préoccupe aussi beaucoup le ministre, il craint la fermeture des services de garde, il sait qu'il y aura des fermetures de services de garde. Et les premiers touchés seront les milieux familiaux, alors, si vous me permettez, j'aimerais parler un peu en leur nom. Les milieux familiaux, ces milliers de femmes qui vont être directement affectées, ce sont des entrepreneures, des femmes qui ont fait le choix de concilier le travail et la vie familiale. Mais le ministre dit de ne pas s'inquiéter, il va trouver des solutions. Mais quelles solutions? Aller travailler dans les services de garde ou dans le réseau de l'éducation pour combler les besoins? Dans le fond, le gouvernement présume sans même consulter les principales intéressées.

Cette semaine, nous avons eu droit à une étude d'impact du ministère de l'Éducation et non du ministère de la Famille, une étude qui a oublié d'évaluer l'impact sur les CPE, une étude qui ne tient pas compte des régions et qui ne parle pas des impacts financiers pour le gouvernement, des impacts pour le ministère de l'Éducation et pour le ministère de la Famille. Nous avons fait une demande à l'accès de l'information au ministère de la Famille pour avoir des données concrètes, des études, des analyses et, je répète, la réponse est étonnante, à ce moment-là aucun document n'a été repéré. Je vous le dis encore une fois, j'étais sous le choc.

On ne parle pas d'un petit projet, Mme la Présidente, on parle de l'engagement principal du gouvernement, tellement majeur que le premier ministre est prêt à démissionner s'il ne fait pas de la maternelle quatre ans pour tous dans le prochain mandat. Ce n'est pas rien, c'est un projet de 700 millions de dollars, et ça, c'est sans compter les infrastructures. On n'a rien entre les mains, pas de chiffres, pas d'estimation, pas d'analyse, pas de plan. Ils ont une belle page blanche devant eux. Comment le gouvernement peut justifier un investissement aussi important basé sur rien? Comment le gouvernement peut regarder les contribuables dans les yeux et leur dire de leur faire confiance? J'ai beau y réfléchir, mais je me dis que c'est totalement impossible, ils doivent avoir quelque chose. Alors, je demande au ministre aujourd'hui : Pouvez-vous déposer ici, en Chambre, les données et les analyses d'impact de la maternelle quatre ans sur le réseau des services de garde pour que les Québécois puissent réaliser que la maternelle quatre ans aura comme impact sur le réseau des services de garde dont ils sont si fiers et dont vous êtes le responsable?

• (11 h 10) •

Le ministre n'a pas d'étude d'impact, pas d'analyse, et devant la grogne de son réseau, il fait une annonce pour calmer son réseau. Il a fait son annonce de mercredi pour rassurer son réseau, mais, si le ministre les avait écoutés, il aurait compris que c'est la maternelle quatre ans, le problème. Ils sont ici aujourd'hui parce qu'ils ne sont pas rassurés; moi non plus. Vous annoncez des places alors que vous ne connaissez pas les besoins. Votre ministère a fait l'analyse de besoins et des projections pour 2020‑2021 pas plus tard qu'en 2018. Vous mettez de côté ces analyses parce que vous savez très bien qu'elles ne justifient pas votre annonce de mercredi. Le réseau des services de garde n'a pas besoin de 13 500 places de plus. C'était une annonce prématurée et précipitée, et ça, le ministre le sait très bien.

Revenons à l'annonce de mercredi. En campagne électorale, son gouvernement a estimé que la maternelle quatre ans allait débloquer 50 000 places dans le réseau. Hier, il a annoncé 13 500 places, on va détailler son annonce : 2 500 nouvelles places principalement pour les poupons et pour répondre aux besoins des parents-étudiants, il veut remettre au jeu 11 000 places non réalisées et il veut que le milieu familial comble les 8 000 places actuellement inoccupées. Quand je fais le calcul, 2 500 plus 11 000, ça donne 21 500 places additionnelles. À ça, on rajoute 50 000 places qui se sont libérées suite à la maternelle quatre ans, ça donne 71 500 places. Le ministre dit qu'il y a actuellement 42 000 noms sur la liste d'attente. Alors, si je calcule bien, il y aura 29 500 places de libres dans le réseau des services de garde à la fin de leur mandat. Mercredi, le ministre dénonçait des places vides, mais, quand il aura terminé son mandat, il laisserait 30 000 places de vides. Je ne comprends pas de logique. Est-ce que ça, c'est de la bonne gestion des fonds? Je vais laisser le ministre répondre. Merci.

La Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole au ministre de la Famille.

M. Lacombe : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Beaucoup de choses dans cette intervention. D'abord, peut-être quelques précisions. On parle beaucoup de l'analyse d'impact réglementaire, l'AIR, et ma collègue députée de Westmount—Saint-Louis dit qu'on n'a pas d'analyse, au ministère de la Famille, que c'est une analyse du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. Je veux juste lui souligner que... peut-être qu'elle n'était pas au courant, mais c'est le ministère qui dépose le projet de loi qui produit l'analyse. Le projet de loi des prématernelles quatre ans étant déposé par le ministère de l'Éducation, c'est le ministère de l'Éducation qui a déposé cette analyse, à laquelle, par ailleurs, le ministère de la Famille, évidemment, bien évidemment, a contribué. On travaille en équipe non seulement au niveau des cabinets ministériels, mais aussi au niveau des ministères. Les fonctionnaires travaillent ensemble. Évidemment qu'on a toute une mine d'or de données, au ministère de la Famille, qui sont très utiles au ministère de l'Éducation pour comprendre quels seront les impacts et on travaille ensemble. Donc, je peux vous dire que ça porte la signature aussi, cette analyse, du ministère de la Famille.

[...]
 

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