Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Travaux parlementaires > Journal des débats > Index du Journal des débats

Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


OUELLETTE Guy - Chomedey
Exploitation sexuelle - Personne mineure - Audition publique - CSESM-2: 27

Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des
Fascicule n°2, 5 novembre 2019, page -2147483648

[...]

ANQ.Vigie.Bll.Journal 256973 89 CSESM-191105 CSESM-191105 _csSade _csSade UA_DDD_JD s1079 2019-11-14T19:28:47Z _csSade 2019-11-22T18:59:47Z _csAdmin 2019-11-14 14:28:47 publie 0 2019-11-05T10:00:00 0001-01-01T00:00:00 9999-12-31T23:59:59.9999999 FRENCH None commissions/csesm-42-1/journal-debats/CSESM-191105 1 2019-11-05T10:00:00 Journal des débats - 42e législature, 1re sessionSéance de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs du mardi 5 novembre 2019 Journal des débats (Hansard) - 42nd Legislature, 1st SessionSitting of the Select committee on the sexual exploitation of minors on mardi 5 novembre 2019 false false CSESM-191105 2019-11-05T10:00:00 45 2 1 COM false 861 ANQ.Vigie.Bll.Commission CSESM Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs Select Committee on the Sexual Exploitation of Minors 41757 ANQ.Vigie.Bll.Mandat Consultations particulières et auditions publiques sur l’exploitation sexuelle des mineurs Consultations particulières et auditions publiques sur l’exploitation sexuelle des mineurs CSESM 2019-11-05T10:00:00 2

(Dix heures une minute)

Le Président (M. Lafrenière) :...la séance de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineursouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les personnesdans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones. Je necible personne, mais je passe en général.

La commission est réunie afin de procéderaux consultations particulières et auditions publiques de la Commissionspéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs.

Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?

La Secrétaire : Non, M.le Président. Il n'y a pas de remplacement.

Le Président (M. Lafrenière) :Parfait. Alors, ce matin, nous entendrons en audition conjointe le Service depolice de la ville de Québec et le Projet d'intervention prostitution de Québecet Alliance Jeunesse. Je vous rappelle que vous allez avoir 15 minuteschacun pour faire vos présentations, et, par la suite, ce sera une périoded'échange, et j'ai bien dit une période d'échange, avec les membres de la commission.C'est une commission non partisane. On est très heureux de vous avoir aujourd'hui.

Alors, je vais laisser commencer nos gensde la ville de Québec, faire leur présentation de 15 minutes, et, par lasuite, on aura nos deux projets pour leur présentation. Madame.

Mme Thériault (Nathalie) :Merci, M. le Président. Mmes et MM. les députés, bonjour. Merci de nousaccueillir ici aujourd'hui. C'est avec un immense plaisir que nous venons vousentretenir sur ce phénomène qui nous préoccupe tant depuis si longtemps. Je meprésente. Nathalie Thériault, capitaine au service de la ville de Québec et jetravaille au phénomène depuis près de 20 ans. À ma droite, unecollaboratrice, Nancy Delisle, chef de service de l'évaluation à la Directionde la protection de la jeunesse, CIUSSS de la Capitale-Nationale. À ma gauche,une autre collaboratrice très importante pour nous, Geneviève Quinty,directrice Projet intervention prostitution Québec.

La particularité des gens quim'accompagnent, c'est que Nancy Delisle est la coordonnatrice de la Tablerégionale de Québec sur l'exploitation et la prostitution juvénile, alors queMme Quinty et moi-même faisons partie des membres fondateurs de cette mêmetable il y a 15 ans.

Dans un premier temps, je vais quand mêmeélaborer sur ce que le service de police a fait depuis, peut-être, les débutsdes années 2000. Et, dans un deuxième temps, j'aimerais vous entretenir sur lacollaboration, la concertation qui a été mise en place depuis les années 2000,ce qui est extrêmement important pour la région de Québec.

Rappelons-nous, à l'aube des années 2000,le Service de police de la ville de Québec s'est retrouvé aux prises avec unphénomène émergent : la prostitution juvénile par les gangs de rue. Àl'époque, plusieurs petits réseaux s'installaient et recrutaient dans lesécoles, dans les centres d'achats, dans les centres jeunesse, dans lesspectacles et dans les hôtels. Le proxénétisme, tout comme le crime organisé,est un réseau structuré où les proxénètes travaillent en équipe afin detrafiquer des jeunes filles sur qui ils exercent de la violence psychologique,physique et sexuelle. Elles sont déprogrammées et leur façon de penser estremodelée à l'image de ce que les proxénètes ou la traite attendent d'elles,c'est-à-dire devenir des objets sexuels que l'on exploite selon l'offre et lademande.

Au SPVQ, des séances d'information sontoffertes. Je vais vous expliquer, en général, qu'est-ce qui a été mis en placedepuis les années 2000 pour que nos gens soient beaucoup plus outillés à mettrele filet de sécurité auprès de ces jeunes-là, parce que c'est une clientèletrès vulnérable, et on a développé des moyens puis des outils de façon à bienéquiper nos membres. Des séances d'information sont offertes et de la formationest diffusée à l'ensemble des effectifs, autant patrouilles qu'enquêtes, dansle but de les outiller afin de mieux intervenir auprès de ces jeunesvulnérables. Des séances d'information sont également offertes aux réseauxhôteliers, aux superviseurs de centres d'achats, aux étudiants en techniqued'intervention en délinquance et en techniques policières ainsi qu'auxétudiants au certificat en sexologie. On s'entend que c'est notre avenir, c'estles intervenants de demain. Donc, pour nous autres, c'est important d'aller del'avant dans ce sens-là.

L'unité intervention jeunesse etprévention est extrêmement importante, chez nous. Il y a trois sergents quis'occupent

Mme Thériault (Nathalie) : ...en techniques d'intervention en délinquance et en techniques policièresainsi qu'aux étudiants au certificat en sexologie. On s'entend que c'est notreavenir, c'est les intervenants de demain. Donc, pour nous autres, c'est importantd'aller de l'avant dans ce sens-là.

L'unité intervention jeunesse etprévention est extrêmement importante, chez nous. Il y a troissergents qui s'occupent >de cette unité-là, donc il y a sixpréventionnistes, 15 policiers dans les écoles puis 10 enquêteursjeunesse. Nos policiers dans les écoles ont des écoles secondaires attitréesdans lesquelles ils sont extrêmement impliqués au niveau des équipesmultidisciplinaires. Ce sont des pivots autant au niveau du phénomène de laprostitution juvénile, que de l'exploitation sexuelle, que pour d'autresphénomènes. Donc, ils sont partie prenante de la vie étudiante.

Ils font également des conférences. Justepour vous en donner une qui est quand même extrêmement importante en lien avec l'exploitationsexuelle, c'est Nul n'est censé ignorer la loi. Elle est présentée aux jeunesde secondaire III, IV et V afin d'aborder les sujets de pornographiejuvénile, du consentement sexuel et de l'exploitation sexuelle. Donc, il y a unvolet préventif, il y a un volet aussi répressif lorsque nos... je veux dire,on a des sujets qui sont mineurs, bien, les policiers d'école peuventintervenir.

Au niveau des 10 enquêteurs jeunesse,on en a deux dédiés à nos deux centres jeunesse de la région de Québec, donc,qui sont Le Gouvernail et le centre L'Escale. Ces enquêteurs-là ont comme, dansleur mandat... ça fait partie qu'ils doivent créer des liens, être à proximité.Ils sont disponibles pour nos centres jeunesse, ils font partie égalementprenante de la vie de ces centres jeunesse là. Donc, ils sont à proximité auniveau de l'échange d'information, la rapidité d'intervention puis ils sont enlien avec nos unités spécialisées en matière d'exploitation sexuelle. Il fautcomprendre que dans chacun... que ce soit au niveau scolaire ou au niveaucentre jeunesse, on a des bureaux dans lesquels on peut rencontrer des jeunes.Quand je vous dis qu'on fait partie de la vie active, on est extrêmementprésents.

On a deux patrouilleurs de la surveillancedu territoire I4, donc qui ont pour mission de créer des liens avec le réseau hôtelierainsi que les centres d'achats. Les policiers contactent les filles ou lesfemmes qui offrent des services d'escorte sur les réseaux sociaux. Par lasuite, ils se présentent en personne pour faire de la détection et del'intervention avec celles-ci. Les patrouilleurs font également de laprévention en leur expliquant les dangers de ce phénomène, en plus de se rendredisponibles si elles sont victimes de violence ou si elles sont exploitées afinde les diriger vers les ressources adéquates, que ce soit au niveaucommunautaire, que ce soit au niveau social ou que ce soit lorsqu'il y a unedénonciation dans un processus judiciaire. Leur objectif est d'établir un liende confiance avec de potentielles victimes. On s'entend par contre que, s'il ya une intervention immédiate à faire, ils vont intervenir, puis, à cemoment-là, il y a des enquêteurs qui vont rentrer pour venir les assister.

Un groupe de patrouilleurs, unité GRIPP...Unité GRIPP, c'est une équipe qui travaille en prévention et en interventiondans les bars et dans les bars de danseuses. Ils sont présents dans lesendroits névralgiques du recrutement et de l'exploitation. Ils assistentégalement les unités d'enquête spécialisées lors d'interventions plusspécifiques. Pendant l'été, c'est une équipe qui peut être augmentée jusqu'à20 personnes puis sinon, lors de l'année, bien, ils sont environ10 personnes. Donc, pour nous, les gens qui sont aux enquêtes peuventaussi utiliser cette unité-là pour se faire assister puis intervenir ou lorsqu'ona de l'information spontanée à l'effet qu'il peut y avoir une victime oupossibilité qu'il y ait des mineurs dans un bar ou peu importe, on peut leurdemander d'intervenir rapidement.

Depuis 2017, des enquêteurs... Jem'excuse. Un projet pilote en exploitation sexuelle sur les mineurs, unité ESM,a été mis en place en 2015 par le SPVQ à même nos effectifs. Son mandat est decontrer la cyberexploitation sexuelle, la pornographie juvénile, la traite etla prostitution juvénile. Elle vise à protéger les victimes, à prévenir lecrime, à procéder à l'arrestation et à la condamnation des suspects. Pour cefaire, les enquêteurs utilisent des outils de détection tels que l'infiltrationvirtuelle et procèdent à des opérations clients qui visent la répression deprédateurs qui tentent d'obtenir des services sexuels de personnes âgées demoins de 18 ans. Depuis 2017, des enquêteurs de cette même unité fontpartie de l'équipe intégrée à la lutte au proxénétisme.

Le deuxième volet dont je voulais vousparler, qui est extrêmement important, on parlait de... à l'aube desannées 2000, on a <déjà... on a >eu à travaillerplusieurs projets au niveau des enquêtes en prostitution juvénile, dont celuidont on a parlé pendant plusieurs années, dont on parle encore, le projetScorpion. Le projet Scorpion, c'est un projet qui, en 2002, a permis ledémantèlement d'un réseau de prostitution dans la région de Québec qui nous apermis de constater le phénomène émergent et de l'ampleur de celui-ci.

• (10 h 10) •

Juste pour vous faire un petit rappel, descentaines de jeunes filles, de parents, de ressources, d'intervenants ont étérencontrés à cette époque-là. On a pu dénombrer en tout 72 victimes. On aprocédé à 35 arrestations de clients et de proxénètes, dont34 condamnations ont eu lieu, et ce, pour un seul projet.

De ce

Mme Thériault (Nathalie) : ...des centaines de jeunes filles, de parents, de ressources, d'intervenantsont été rencontrés à cette époque-là. On a pu dénombrer en tout72 victimes. On a procédé à 35 arrestations de clients et deproxénètes, dont 34 condamnations ont eu lieu, et ce, pour un seul projet.

De ce >projet-là, la conclusionqui a été extrêmement importante, le constat important, c'est qu'un projet decette envergure-là ne peut s'accomplir par une seule organisation. L'enquêteScorpion a permis de comprendre l'importance du travail en partenariat avec lemilieu tout en respectant les rôles et mandats de chacun. Cela a amené unecollaboration innovatrice entre le SPVQ, le DPJ, les centres jeunesse deQuébec, universitaire, le milieu scolaire et plusieurs autres organismes de larégion et de la province. Déjà, à l'époque, on a travaillé en partenariat, encollaboration avec les différents corps de police, avec les différentsintervenants du milieu. C'est ce qui a permis de bien travailler ce dossier-là.Constat majeur, par contre, à la suite de ce projet fut le manque d'outils etde connaissances des intervenants pour aider les jeunes impliqués dans desactivités de prostitution. Dans les années subséquentes, différentes mesuresont été mises en place afin de pallier ce manque.

En 2005, un premier comité de travail aété composé de membres du Centre jeunesse de Québec, de l'organismecommunautaire Projet intervention prostitution Québec et du Centre de rechercheGiffard-Université Laval ainsi que du SPVQ.

Le but de ce premier comité là a été dedéfinir des zones de contribution et de collaboration entre les différentspartenaires. Quand on parle de respect, de mandat et des rôles de chacun, il a falluvraiment s'asseoir, se parler, puis se communiquer nos craintes, puis vraimentélaborer là-dessus, élaborer et diffuser un contenu de formation. C'étaitéminent. On ne peut pas bien répondre à nos jeunes vulnérables si nosintervenants ne sont pas bien outillés puis ne se connaissent pas bien.Explorer des avenues de recherche, adopter un plan d'action.

Le comité a produit une analyse descaractéristiques de la clientèle signalée en prostitution juvénile dans larégion de Québec. À l'automne 2005, il a mis en place un projet visant àformaliser les pratiques en matière de prostitution juvénile afin de rassemblerles notions théoriques dans le but de mieux saisir le phénomène.

À ce moment-là, on a regroupé desspécialistes terrain qui pouvaient partager leur expérience, leur vécu avec lesvictimes, ou avec les proxénètes, ou avec peu importe... On a regroupé cesgens-là. Parallèlement à ça, on a fait un sondage Web dans les milieux detoutes organisations confondues en février auprès des différents partenaires.Les résultats confirmaient les besoins de formation surtout en lien avec lesavoir et le savoir-faire, mais, pour certaines organisations, le savoir-êtreétait important à développer davantage.

La table régionale de Québec a mis...découlant de ces étapes et grâce à une subvention du ministère de la Sécuritépublique, un véritable groupe de concertation. La table régionale de Québec surl'exploitation sexuelle et la prostitution juvénile a été mise sur pied àl'hiver 2007 afin d'élaborer le guide. Ça a été comme le premier mandatqu'on s'est donné puis qui nous a permis d'avoir une vision commune, une façonde se rallier tout le monde malgré nos mandats puis nos rôles qui étaientdifférents.

Cette table regroupe des représentants dedivers milieux. Maintenant, on peut... juste pour vous les mentionner, on aencore l'Université Laval, on a encore PIPQ, Centre de santé et des servicessociaux de la Vieille-Capitale... commissions scolaires des Découvreurs, de laCapitale et des Premières-Seigneuries, Agence de la santé et des servicessociaux de la Capitale-Nationale, et chaque direction des organisationsreprésentées a signé une entente écrite qui assure la libération d'une personneet son engagement. Ça, ça été vraiment un élément majeur pour nous autres des'assurer d'avoir une signature de chacune de nos organisations. On a beaureprésenter notre organisation, mais quand on a l'appui de notre organisationsur ce genre de comité là ou sur ce genre de table là, ça fait la différence.Maintenant, on a aussi la Sûreté du Québec puis on a le DPCP, le Directeur despoursuites criminelles et pénales.

Pour les objectifs, je vais laisser maconsoeur Nancy Delisle continuer à vous entretenir.

Mme Delisle (Nancy) : Merci. L'objectifgénéral de la table régionale, c'est d'assurer un filet de sécurité au plan dela région de Québec en matière d'exploitation sexuelle, prostitution juvénile.

La table y arrive, par deux principauxmoyens à assurer son objectif. Le premier, c'est la coordination d'un systèmede pivots. Dans le fond, les pivots, c'est des sentinelles sur le terrain quifont partie de chacune de nos organisations. Et le deuxième moyen, c'est par laformation des pivots et des intervenants de nos organisations.

Le fonctionnement de la table, c'est sousla coordination de la protection de la jeunesse au CIUSSS de laCapitale-Nationale, et, dans chacun des organismes partenaires de la table, ily a un coordonnateur d'identifié. Le rôle de ce coordonnateur-là... Lescoordonnateurs se rencontrent, là, quelques fois par année pour échanger etremplir leurs

Mme Delisle (Nancy) : ...de la table, c'est sous la coordination de la protection de la jeunesse auCIUSS de la Capitale-Nationale, et, dans chacun des organismespartenaires de la table, il y a un coordonnateur d'identifié. Le rôle de cecoordonnateur-là... Les coordonnateurs se rencontrent, là, quelques fois parannée pour échanger et remplir leurs >mandats. Parmi leurs mandats, lepremier élément, c'est d'informer ces intervenants... une organisation dephénomènes émergents, là, dans notre région.

Ensuite de ça, c'est d'animer,sensibiliser, informer son système de pivot à l'intérieur de son organisation.Il doit s'assurer aussi qu'il y a des pivots présents, là, je dirais, auxendroits stratégiques, là, de son organisation, d'identifier les besoins deformation et de s'assurer, là, de la pérennité du système des pivots, là, àl'intérieur même de son établissement. Il sert aussi de facilitateur. Il aideles pivots à se réseauter. Il peut aussi des fois faciliter, là, l'accès àcertains services.

Au niveau des pivots, leur tâche, c'est deservir de sentinelle au niveau du terrain. Donc, c'est un peu les yeux sur leterrain et il peut informer son organisation ou le coordonnateur, si jamais ily a des phénomènes émergents. Le pivot, aussi, c'est un référent pour sescollègues. Donc, s'il y a un collègue qui est confronté à une situationd'exploitation sexuelle, il ne sait pas trop quoi faire, il peut allerconsulter le pivot de son organisation. On a un bottin des pivots qui permet,là, à toutes les organisations de savoir : Bon, bien, chez nous... surtoutdans des plus grosses organisations comme les écoles, la police, ça permetd'identifier rapidement c'est qui les pivots, là, et de se référer à cesgens-là au besoin.

L'autre volet qu'on a beaucoupdéveloppé... Je disais, on y arrive par deux moyens, c'est les pivots; l'autre,c'est la formation. Donc, on a développé trois volets de formation. Le premier,c'est une formation de deux jours qui s'appelle le guide de prévention etd'intervention en prostitution juvénile. Donc, c'est un peu des notions de baseau niveau de l'exploitation sexuelle. Et la deuxième journée, on parle beaucoupde partenariats.

Le deuxième volet qu'on a développé, c'estla cyberprédation, la cybermanipulation. C'est une formation d'une journée. Etle troisième volet qu'on déploie, à partir de janvier, qui se nomme vulnérabilitédes garçons, exercée ou subie, aussi une formation d'une journée. Cesformations-là, ce qui est intéressant... qui sont toujours données par desformateurs en dyade, donc soit quelqu'un de la protection de la jeunesse avec quelqu'unde la police, quelqu'un de la police avec quelqu'un du PIPQ. Et les groupesaussi sont mixtes, c'est-à-dire qu'on s'assure, dans chaque groupe, qu'il y ala présence de différents intervenants, soit des milieux policiers, des milieuxcommunautaires, des écoles, la protection de la jeunesse, des CSSS.

Donc, toute cette mixité-là nous permet d'avoirune vision commune de la problématique et nous permet aussi de créer, là,justement, le système de réseautage et ainsi notre filet de sécurité. On estallés aussi... on a déployé, depuis à peu près un an, cette formation-là, auniveau du provincial, là, suite à des subventions du ministère de la Sécuritépublique.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup, mesdames. J'invite maintenant la directrice générale, MmeGeneviève Quinty, du Projet intervention prostitution Québec, à commencer sonexposé. Vous avez 15 minutes.

Mme Quinty (Geneviève) :Merci. Je vais démarrer mon chronomètre, c'est important pour moi, le temps. Jesuis Geneviève Quinty, directrice du Projet intervention prostitution Québec.C'est vraiment un réel plaisir pour moi d'être ici avec vous ce matin. Je tiensà tous vous remercier. Pour moi et mon organisation, c'est vraiment une marquede reconnaissance de la part du milieu communautaire.

Vous avez entendu, hier, plusieurspartenaires de la recherche, d'autres corps policiers, des gens du CIUSSSaussi, centre jeunesse, qui vous ont entretenus beaucoup sur la réalité, sur lephénomène de l'exploitation sexuelle. Moi, ce matin, enfait, il fallait que je fasse des choix en 15 minutes. J'ai choisi de vousparler des actions qui sont réalisées par l'ensemble de mes collègues au PIPQ.Vous savez, nous sommes une organisation qui existe... On a fêté nos 35 anscette année, donc 35 ans en première ligne. À l'époque où l'organisme a été misau monde, plusieurs personnes trouvaient un peu que c'était une folie dedémarrer une organisation pour rejoindre les jeunes et les adultes ayant desactivités de prostitution ou victimes d'exploitation sexuelle, mais on apersévéré.

• (10 h 20) •

On est encore là aujourd'hui. Nous sommes20 individus dédiés complètement au phénomène, sept travailleurs de rue.J'ai une équipe de quatre personnes en prévention et j'ai tout un... troisintervenants, parce qu'on a un milieu de vie où on accueille les gens. En fait,c'est une extension de la rue, des gens peuvent venir prendre un café, il y atous les

Mme Quinty (Geneviève) : ...dédiés complètement au phénomène, sept travailleurs derue. J'ai une équipe de quatre personnes en prévention et j'ai tout un... trois intervenants, parce qu'on a un milieu de vie où on accueille les gens.En fait, c'est une extension de la rue, des gens peuvent venir prendre un café,il y a tous les >besoins primaires : distribution alimentaire, unvestiaire, une douche, produits d'hygiène, donc tout le nécessaire à la survie.

Je vais commencer par vous parler du voletprévention parce qu'on a toujours cru à la prévention. Travailler en amont, c'estaussi une clé. On touche trois niveaux de prévention : le niveau primaire,le niveau secondaire et le niveau tertiaire. Avec le développement... bon, oui,le développement du nouveau programme d'éducation à la sexualité, nous avonsadapté nos ateliers, parce qu'on rencontre autour de 3 000 jeunes parannée dans l'ensemble des écoles secondaires de la région de Québec et quelques-unessur la rive sud aussi, parfois on va dans Charlevoix. Mais, avec ce nouveauprogramme là, mes collègues ont ajusté, en fait, notre atelier de préventionpour qu'il corresponde aux objectifs du programme, aux niveaux d'âge aussi.Donc, on rencontre généralement les secondaires III, IV et V, bien qu'onvoudrait davantage rencontrer le secondaire II. On est en train detravailler, en ce moment, avec certains sexos ou les porteurs de dossiers descommissions scolaires du programme d'éducation à la sexualité pour êtrecapables, justement, aussi d'adapter nos ateliers en fonction des 13, 14 ans.

C'est important que ces ateliers-là soientdonnés par des personnes qui sont formées, qu'il y ait un niveau d'aisancequand même assez élevé. Bien, on sait que c'est un sujet tabou, c'est un sujetdélicat. Il faut savoir bien utiliser les mots. Donc, les gens qui travaillentchez nous sont formés. Il y en a qui ont une formation en sexo, d'autres sontéducateurs spécialisés. Et c'est arrivé et ça arrivera encore que, suite à nosateliers, qu'il y ait des dévoilements. Donc, il faut être capable après, quandon vit des dévoilements, d'accueillir les jeunes, les référer par la suite oules référer tout simplement à nos intervenants, à nos travailleurs de rue cheznous.

On a été financés par la Sécurité publiqueCanada. C'est un gros projet de cinq ans qui nous a permis de s'arrimer avecmes partenaires qui sont ici, à ma droite, donc le service de police de Québecainsi que... j'appelle encore ça le centre jeunesse, c'est plus simple pourmoi, le Centre jeunesse de Québec. Et, à l'intérieur de ce projet-là, il y a unvolet dédié à la prévention, où là on a voulu développer un programmespécifique aux jeunes qui... aux jeunes filles d'abord qui ont des facteurs derisque plus importants. Donc, on a ciblé davantage les filles qui sont encentre de réadaptation. Mais le constat qu'on avait aussi, c'était que laprévention... il a fallu réfléchir à différentes stratégies, parce que prendrel'exploitation sexuelle de front, les jeunes n'écoutent pas, ne se sentent pasconcernés, c'est loin d'eux autres. Donc, il a fallu prendre des portes d'enarrière, de côté, arriver avec des sujets... parce que les jeunes ont besoin deparler de sexualité puis ils ont le goût aussi d'en parler. Il faut simplementleur ouvrir la porte.

Et peut-être, Mme Lanctôt l'a soulevéhier, mais on travaille davantage avec les facteurs de protection. Donc, c'esttoute la construction identitaire des jeunes. C'est leur donner la possibilitéde développer leur jugement critique à travers des thèmes d'images de soi, àtravers des thèmes de comment je mets mes limites ou quelles sont mes limites.L'idée comme adulte, ce n'est pas tant de donner les bonnes réponses auxjeunes, mais c'est surtout de trouver les bonnes questions à leur poser pourles amener un petit peu loin.

Donc, ce projet-là, on l'a développé encollaboration avec les intervenants du centre jeunesse qui eux aussi détiennentune expertise qui est différente de la nôtre. Ils ont une vision centre deréadapt tandis que nous autres, on avait une vision comme plus communautairepuis on a cru bon de mettre des deux visions-là ensemble pour faire autrement.L'idée, c'est de faire autrement. Il faut être créatif. Et on est rendus ànotre troisième cohorte, donc il y a trois groupes de sept jeunes qui ont vécuces huit ateliers, et le nerf de la guerre, c'est toujours mesurer les impacts.C'est difficile de mesurer les impacts en prévention.

Par contre, prochainement... en tout casen voie de, ce programme-là devrait possiblement être évalué par la DEAU, le département — aide-moidonc un petit peu — des affaires universitaires. Merci. Donc, voilàpour la prévention. Ah! il me reste encore... Ah mon Dieu! Je n'ai presque pasfini de parler du travail de rue, et pourtant il me reste une minute. Et je nepeux pas passer à côté du travail de rue, mes travailleurs de l'ombre quej'appelle. La pratique du travail de rue a été mise de l'avant par le PIPQ

Mme Quinty (Geneviève) : Ah mon Dieu! Je n'ai presque pas fini de parler du travail de rue, et pourtantil me reste une minute. Et je ne peux pas passer à côté du travail de rue, mes travailleursde l'ombre que j'appelle. La pratique du travail de rue a été mise de l'avantpar le PIPQ >parce que... pour répondre, en fait, aux limites desservices publics. Donc, l'idée, c'est rejoindre ces jeunes-là dans les espacesnaturels, rejoindre des jeunes qui sont en rupture, parfois avec leurs famillesd'origine, parfois avec le réseau. Donc, cette pratique-là se veut d'abord êtreune pratique de relations, étant donné que ces jeunes-là ontdéveloppé une méfiance envers le système, envers les adultes en général. Donc,bâtir une relation avec ces jeunes-là, c'est extrêmement long. Et laparticularité du travail de rue nous permet de rester dans la vie de cesjeunes-là avant, en prévention, pendant leurs expériences d'exploitationsexuelle et après, quand ils ont atteint l'âge adulte aussi ou sont prêts àaller de l'avant, à se mobiliser pour justement sortir du milieu.

Le travail de rue, c'est d'abord une relationvolontaire, égalitaire. C'est d'abord s'inscrire dans le quotidien des jeunes,c'est d'abord une relation établie sur une réciprocité. C'est une approche quiest non directive, c'est une approche qui permet d'établir un certain filet desécurité pour nos fugueuses chroniques qui nous appellent, quand ces jeunes-làse retrouvent à l'extérieur du centre de réadapt, en fugue. Puison est présents dans les centres de réadapt. On a une alliance avec le centrejeunesse, à Québec, qui nous permet d'être présents dans les unités et d'offriraux jeunes, je vous dirais, un espace de confidence où iln'y a pas d'enjeu d'autorité, de relation d'autorité ou d'enjeu de gestion deplacement. Et ça, c'est important et ça nous permet aussi de maintenir avec cejeune-là un lien avec sa communauté.

L'approche du travail de rue, c'estaussi... Le travailleur de rue sert de pont entre les ressources et la rue. C'estaussi travailler dans l'entre-deux. En ce moment, l'équipe... en fait, on asuivi des formations non pas pour devenir des spécialistes en post-trauma, maispour être capable de soulager les symptômes reliés aux conséquences de l'exploitationsexuelle en attendant l'accès à des services spécialisés. Ici, j'ai une liste de recommandations, je pourrais vous la faire, mais,dans les recommandations de mon organisation, c'est de développer ou de rendreaccessible, parce qu'il y a des professionnels, déjà, qui se sont spécialisésen trauma sexuel, mais ça... c'est rendre ces ressources-là disponibles etaccessibles pour nos jeunes.

Je sais que c'est une commission surl'exploitation sexuelle des mineurs, mais je ne peux pas passer sous le silencela transition à la vie adulte. Ces jeunes-là demeurent... On poursuit l'accompagnementau-delà des 18 ans et on est en mesure d'observer les trous de services,peu ou pas de services pour ces jeunes-là. On travaille aussi avec le... Vousm'arrêtez, hein, si j'ai... Ah non! il me reste encore un petit peu de temps.

Le Président (M. Lafrenière) :Vous avez encore cinq minutes. Tout va bien.

• (10 h 30) •

Mme Quinty (Geneviève) : O.K.Merci. J'ai beaucoup à dire. On a développé... en fait, les travailleurs de rueparticulièrement ont développé des collaborations assez extraordinaires avec leSPVQ. Ils sont devenus assez complémentaires.

Vous savez, quand les jeunes décidentd'aller de l'avant ou de dénoncer leur proxénète, c'est énormément d'investissementhumain, en termes d'accompagnement, et pour nous, et pour les enquêteurs, etpour les intervenants qui les côtoient en centre jeunesse. C'est énormément detemps. Il y a un travailleur social du centre jeunesse qui me disait : Lesjeunes signalés en protection de la jeunesse en exploitent... c'est vrai qu'ilsreprésentent un faible pourcentage, mais, en termes d'accompagnement, ça représenteun 70 % de nos énergies.

Donc, ces jeunes-là sont accompagnés parnos enquêteurs, mais les travailleurs de rue sont là aussi lorsque les enquêteursne sont plus là, parce qu'ils rentrent à la maison, à un moment donné. Lorsqueles heures... les services traditionnels... d'ouverture des services, mettons,disons ça comme ça, ferment, donc... Les travailleurs de rue sont là le soir,sont là le matin, de bonne heure, sont là lorsque les jeunes font des crisesd'angoisse suite à un témoignage pendant la cour, pendant la journée. Donc,entre nous, j'appelle ça de la garde partagée. C'est qu'il y a des bouts quisont faits en centre jeunesse, des bouts qui sont faits par nos enquêteurs...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T10:30:00 2

Mme Quinty (Geneviève) :...le matin, de bonne heure, ils sont là lorsque les jeunes font des crisesd'angoisse suite à un témoignage pendant la cour, pendant la journée.

Donc, entre nous, j'appelle ça de la gardepartagée. C'est qu'il y a des bouts qui sont faits en centre jeunesse, desbouts qui sont faits par nos enquêteurs, des bouts qui sont faits par nousautres. On a développé des savoir-faire, à mon avis, assez efficaces dans larégion de Québec, et cette collaboration-là s'est construite avec les années.Nathalie le disait bien tantôt... capitaine Thériault, excusez-moi, qu'ila fallu qu'on se connaisse, qu'on se reconnaisse, qu'on dénoue des croyances,des mythes par rapport à nos pratiques, des préjugés — on en avaittous — pour, après ça, faire un pas de plus pour que cettecollaboration-là puisse dépasser les individus.

Au début, notre collaboration a reposéénormément sur nous autres, sur nos épaules. Aujourd'hui, on est capables des'engager dans des projets de cinq ans ensemble avec, oui, des lettresd'engagement, mais avec des ententes aussi de toutes les organisations où ilslibèrent des gens du centre jeunesse pour participer à notre projet, où desenquêteurs sont libérés aussi pour participer à notre projet. Et, à travers ceprojet-là... peut-être pour terminer, là, j'ai perdu le temps...

Une voix : ...

Mme Quinty (Geneviève) :Merci. On a mis sur pied un comité de dénonciation judiciaire, parce qu'on lesait que ces dossiers-là sont excessivement difficiles à mener à terme pourplein de raisons probablement qui vous ont été nommées depuis hier.

On a aussi, avec mes partenaires, évaluéle nombre d'adultes qui pouvaient passer dans la vie d'un jeune, du signalementjusqu'à la plainte, voire jusqu'à la sentence, quand ça va jusque-là, et on arecensé autour d'une vingtaine d'adultes qui passent dans la vie de cesjeunes-là. Donc, c'est beaucoup de monde, beaucoup... les jeunes se racontenténormément de fois. Il y a aussi... Ce que ça occasionne, c'est des ruptures delien dans leur trajectoire.

Donc, on s'est donné comme responsabilité,à travers ce comité-là, de revoir comment... On ne changera pas le système, onle sait, mais comment on peut adoucir le processus de dénonciation judiciaire,comment on peut l'humaniser davantage. Donc, on a eu un colloque la semainepassée, qu'on a organisé ici, à Québec, et il y a une volonté, il y a unevolonté régionale, mais il y a une volonté provinciale de mettre en commun lesexpertises d'autres projets à travers la province. Et ça, ça fait partie ausside nos recommandations, c'est qu'on puisse nous donner le support nécessaireafin qu'on puisse tous se parler.

Et ma dernière recommandation, le milieucommunautaire, 70 % de notre financement est par projets, ce qui — j'aiinventé un mot, là, hier — précarise nos ressources humaines. Etrendus où est-ce qu'on est rendus aujourd'hui... parce que, lorsque je suisrentrée, voilà 25 ans, on était six employés, nous sommes rendus 20,presque 22, on ne peut plus reculer. On ne peut plus retourner en arrière àêtre obligés de couper des ressources humaines. Et le financement à la base, àla mission, pour nous autres, c'est un incontournable pour qu'on puissecontinuer nos actions, pour nous sécuriser aussi à la base comme organismecommunautaire. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup de votre témoignage. Alors, nous allons passer maintenant à lapériode d'échange avec les membres de la commission. J'aimerais rappeler auxdéputés de faire des questions très courtes. J'ai déjà huit questionsd'enregistrées. Alors, on va débuter avec le député de Sainte-Rose.

M. Skeete : Merci, M. lePrésident. Mesdames, c'est touchant de vous entendre. Merci pour tout ce quevous faites pour le Québec.

Première question pour moi, elle s'adresseà SPVQ. Hier, on a parlé avec le service de police de Sherbrooke, et il y a euquestion du niveau 2 et qu'est-ce qu'on peut faire avec le proxénétismeavec un niveau 2. J'aimerais ça vous entendre. Vous, vous êtes unniveau 3, si je...

Mme Thériault (Nathalie) : Niveau 4.

M. Skeete : Niveau 4,pardon. Donc, est-ce que vous... Selon vous, est-ce que ça serait pertinent derevoir un peu les niveaux 2 de certaines municipalités dans le but de leurpermettre de faire un petit peu plus localement à ce niveau-là?

Mme Thériault (Nathalie) :Nous, déjà, en partenariat avec certains dossiers... parce qu'on s'entend, Rive-Nord,Rive-Sud, on est appelés à travailler avec Lévis, avec... qui souvent vont se référerà la Sûreté du Québec à ce moment-là. Je pense qu'il ne

M. Skeete : ...leurpermettre de faire un petit peu plus localement à ce niveau-là?

Mme Thériault (Nathalie) : Nous, déjà, en partenariat avec certains dossiers, parce qu'on s'entend,Rive-Nord, Rive-Sud, on est appelés à travailler avec Lévis, avec... quisouvent vont se référer à la Sûreté du Québec, à ce moment-là. Jepense qu'il ne >faut pas parler de niveaux, il faut plutôt parler de collaborationprovinciale. Je pense que l'EILP est un bel exemple. Il faut bonifier puisconsolider la capacité et la structure d'enquête de l'EILP dans notre région oudans les régions en général. Je pense que si on bonifie cette structure-là... C'estune belle structure qui a été mise en place en 2017. Bien, ça fait que ça,on... je pense que, si on renforcit ça, qu'on bonifie ça mais régionalement, jepense que déjà on va donner de meilleurs outils à l'ensemble des services depolice de la province de Québec.

M. Skeete : Merci. Et puis madeuxième question, rapidement... On entend très peu parler de la prostitutionjuvénile des garçons. Est-ce que, peut-être, Mme Quinty, vous pouvezm'éclaircir un petit peu sur votre expérience à ce niveau-là et... qu'enest-il?

Mme Quinty (Geneviève) :Effectivement, on en entend moins parler, et ça, depuis toujours. Sachez quedepuis 25 ans... Je vais commencer par dans mon temps. Quand j'étais travailleusede rue, la prostitution des garçons de rue était... en fait, existait dans larue, donc était plus visible dans les espaces publics. Avec l'arrivée desmédias sociaux, l'arrivée du Web, d'Internet, vraiment, les gars ont migré versdes plateformes, donc ce qui rend plus difficile pour nous autres aussid'entrer en contact, de les rejoindre. Première raison.

Deuxième raison, c'est sûr que les garçonssont moins enclins à se confier ou à se livrer. Et ça, on l'a constaté aussiavec les intervenants qui sont en centre de réadapt, les gars ne reviennent pasde fugue en disant : Moi, hier, j'ai fait un client pour manger. Parce queça implique du jugement, c'est stigmatisant, et ça implique aussi que lesrelations de prostitution masculine, c'est souvent d'homme à homme, donc, etles garçons qui ont des activités de prostitution juvénile ne sont pas tousd'orientation, non plus, homosexuelle. Ce qui fait que, pour nos hétéros, c'estencore plus difficile de se confier parce qu'on sait qu'il y a encore beaucoupd'homophobie. Donc, ça implique deux étiquettes, mais... Ça, on pourrapeut-être en reparler plus tard, mais on a une responsabilité d'aller sur lesréseaux sociaux aussi pour aller rejoindre ces jeunes-là.

M. Skeete : Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de l'Acadie.

Mme St-Pierre :Merci. Merci, M. le Président. Merci pour ce que vous nous avez présenté cematin. Vraiment, ça donne confiance. On voit qu'il y a des choses qui se fontdepuis plusieurs années. On voit, depuis une vingtaine d'années, que vous êtes vraiment,vraiment actifs. Je me posais la question en vous entendant... l'opérationScorpion a eu un retentissement, ça a été un tremblement de terre dans la région.Il y a eu du travail qui a été fait, des ressources qui ont été mises en place.Moi, je me dis qu'il y a encore des cas de femmes, de filles et de garçons quifont de la prostitution.

Comment on peut vraiment arrêter ce phénomène-là?Et vous avez parlé très peu des clients. Et c'est généralisé, depuis hier, vousn'êtes pas les seuls... Hier, là, ça a été la même chose. Bon, je pense qu'onva avoir pas mal ce même phénomène là pendant... Et il faut qu'on trouve lemoyen de le responsabiliser et il faut qu'on trouve le moyen de leconscientiser. Est-ce que vous avez des interventions auprès de, entreguillemets, clients peut-être repentants ou clients qui sont potentiellement...de gens, d'hommes qui sont potentiellement des clients ou des portraits desclients? Et comment vous essayez d'entrer en contact... ou d'essayer deconvaincre que c'est vraiment terrible, ce qu'ils font? La question estpeut-être bien large, là, mais...

Mme Quinty (Geneviève) : Enfait, de notre côté, notre organisation, on a peu ou pas de contact avec lesclients, et c'est un choix aussi d'organisation. Il fallait faire des choix,donc on a ciblé...

Mme St-Pierre :...on doit dire «clients-abuseurs» parce que c'est le terme qu'on a choisi.Vous auriez dû me reprendre, M. le Président.

Mme Quinty (Geneviève) :Donc, mais je lisais, je sais qu'Edmonton... il y a eu des gens d'Edmonton quisont venus présenter hier un programme, puis on en parlait encore au bureau cematin. On se disait : Mon Dieu, ils sont en avantde nous autres. Offir aux clients... en fait, les clients arrêtés, je pensequ'ils ont accès, après ça... une obligation desuivre, en tout cas, ou de rencontrer des victimes aussi d'exploitationsexuelle, d'être présents lors d'une sensibilisation. Je me dis :Qu'est-ce qu'on attend ici pour le faire?

• (10 h 40) •

Mme Thériault (Nathalie) : Denotre côté, c'est sûr qu'il faut poursuivre les opérations clients. On

Mme Quinty (Geneviève) : ...rencontrer des victimes aussi d'exploitation sexuelle, d'être présents lorsd'une sensibilisation. Je me dis : Qu'est-ce qu'on attendici pour le faire?

Mme Thériault (Nathalie) : De notre côté, c'est sûr qu'il faut poursuivre les opérations clients. On >s'entendque c'est ça, les... Quand on parle d'outils, ou de moyens, ou de façons defaire, il faut continuer à le développer. On s'entend qu'aussi, lorsqu'on faitce genre d'opération là, bon, ça demande des stratégies particulières. Puistrès vite, dans le milieu, nous autres, on s'en est aperçu en faisant lesopérations clients, que très vite, bon, le mot se passe puis on... Tu sais, çase sait dans le milieu qu'on est en train de faire une opération clients. Çafait qu'il faut quand même... Je pense qu'il faut être mixte. Il faut êtrecapable de faire et de la répression, de la prévention, de l'accompagnement.Puis l'ensemble de ces éléments-là font qu'on a une meilleure intervention dansce milieu-là.

Nous aussi, on s'est penché dans la régionde Québec à se dire : Bien, allons plus loin que ça. Allons auprès de nosjeunes qui sont dans nos centres d'accueil, qui sont en réadapt... enréadaptation, excusez le terme terrain, et qui... Allons faire de la préventionsur les impacts, sur les conséquences. Ça fait que, d'abord, formons nos genssur tous ces impacts-là, formons... continuons à se développer. D'ailleurs,n'ayant pas la prétention d'avoir la science infuse dans la région de Québec,on s'associe à Bishop's avec un intervenant social de la région de Montréal,qui sont davantage spécialisés peut-être dans ce domaine-là, qui ont développécertains outils. Puis nous, on a développé un contenu de formation avec letroisième volet sur la vulnérabilité des garçons, mais on va se chercher desgens terrain qui travaillent déjà dans ce phénomène-là.

Ça fait qu'on va travailler déjà avec nosplus jeunes puis, pour nos plus vieux, bien, on va développer davantage deressources. Puis c'est sûr que c'est un voeu. Il faut que nos clients soientconscientisés sur les impacts puis les... Absolument.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci. Députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) :...un témoignage touchant ce matin. Ça ouvre la journée avecune réalité que, oui, on connaît, mais que, quand vous l'expliquez, c'estencore plus prenant. Merci beaucoup. Merci à mesdames aussi pour le travail quevous faites sur le terrain.

Deux questions rapides. Est-ce que vousfaites... Vous l'avez mentionné, Mme Quinty, mais est-ce que vous faitesde la veille sur les médias sociaux? Parce que vous avez, dans les dernièresannées, assisté justement à des vagues de... Ce n'est plus au même endroit quele recrutement se fait. Est-ce que vous faites des veilles de médias sociaux?Est-ce que ça fait partie de votre, j'imagine, de votre plan de match?

Mme Quinty (Geneviève) : Oui.Je vous disais tantôt qu'on a une responsabilité d'être présents sur les médiassociaux. Le ministère de la Sécurité publique nous a supportés et nous supporteencore. On a eu un premier projet, justement, de réflexion par rapport àcomment être présent dans les réseaux sociaux aussi comme intervenant. Donc, ily a beaucoup de questions à se poser parce qu'il y a des enjeux éthiques à êtreprésent dans le virtuel.

Et là le financement s'est poursuivi, eton a présentement deux intervenants qui sont en exploration sur le Web. Avant,le travail de rue, c'est encore le cas aujourd'hui, je vous disais tantôt qu'onrejoignait les jeunes dans les espaces publics, mais l'espace public, l'universWeb, c'en est devenu un. Et il y a des jeunes qui ne sortent plus physiquementdans les espaces publics, mais qui demeurent branchés.

Donc, on est à... Puis on a uneresponsabilité aussi de rester à l'affût de, tu sais, c'est quoi, la culture,les codes, les moeurs qui changent des jeunes aussi. Puis on est en mesure deles observer via toutes sortes d'applications, que je ne serais pas capable devous nommer aujourd'hui, parce que ce n'est vraiment pas ma tasse de thé, maisj'ai des collègues qui adorent ça passer des heures sur Internet. Mais il y ades... On offre nos services via des sites où est-ce qu'il y a des jeunesfemmes qui s'annoncent.

Donc, on est en train d'investirtranquillement, délicatement aussi, parce qu'il faut bien réfléchir auximpacts. On ne veut pas mettre les filles en danger non plus en textant des...Les écrits restent, hein? Il faut s'assurer que la personne à qui on texte estbien la fille qu'on a ciblée. Mais on est là. On est là.Les résultats vont venir peut-être un peu plus l'année prochaine parce qu'ondébute actuellement.

Mme Thériault (Nathalie) : Lavigie se fait également... On s'entend, bien, lorsque je parlais des projetsclients, quand je parlais du projet ...... Bon, bien, nos patrouilleurscommuniquent via les médias sociaux avec les jeunes filles. C'est la façon defaire. On a aussi la cyberinfiltration qui nous permet de rentrer en contactavec ces prédateurs sexuels là de façon... C'est une technique d'enquête quinous permet de... en tout cas, qui nous facilite la tâche de rentrer en

Mme Thériault (Nathalie) : ...nos patrouilleurs communiquent via les réseaux sociaux avec les jeunesfilles. C'est la façon de faire. On a aussi la cyberinfiltration qui nouspermet de rentrer en contact avec ces prédateurs sexuels là de façon... C'estune technique d'enquête qui nous permet de... en tout cas, qui nousfacilite la tâche de rentrer en >contact avec ces individus-là via...

On parlait tantôt des garçons, de la vulnérabilitédes garçons. Bien, on a eu à travailler sur des dossiers ou sur lesite Gay411, où les garçons s'en vont là pour prendre de l'informationtout simplement, puis se référer, puis être en contact avec des gens pourconverser ou peu importe, et puis, à ce moment-là, il y a un prédateur qui estlà puis qui les attend.

Donc, oui, on fait de la vigie puis, oui,on travaille ce genre de dossier là de cette façon-là.

Mme Lecours (Les Plaines) :Rapidement, parce que j'ai beaucoup de questions. Je suis sûre que mesquestions, les collègues vont les avoir. Si je peux me permettre, M. lePrésident, le guide de formation, est-ce que ce serait possible qu'il soitdéposé? Est-ce que je peux demander ça?

Mme Thériault (Nathalie) :Ça a été transféré déjà. Il y aura une possibilité de vous le retransférer.

Mme Lecours (Les Plaines) :Parfait. Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Féputé de Viau.

M. Benjamin : Merci, M.le Président. Bien, merci à vous. Donc, j'ai pu participer avec ma collègue ladéputée de Notre-Dame-de-Grâce à votre dernier colloque, et puis ça a été unmoment très édifiant en termes de bonnes pratiques que vous avez dans la régionde Québec.

Ma première question concerne... Dans ledocument déposé par le Projet intervention prostitution Québec, vous nousparlez de trous de services et vous nous parlez de trous de services notammentpar rapport aux jeunes filles qui... le passage à l'âge adulte, donc... Et,dans le document du Service de police de la ville de Québec, un des défis àrelever, c'est la création de lieux sécuritaires. J'aimerais vous entendre. Quelssont les défis par rapport à la prise en charge des victimes actuellement?

Mme Thériault (Nathalie) :Il faut penser que, dans ce milieu-là, on parle deviolence physique, psychologique et sexuelle. Donc, un peu... Moi, je croisque... ou, en tout cas, on pense au service de police puis quand on en discuteavec les différents partenaires avec qui on travaille, que ce serait importantde créer des lieux où ces victimes de traite ou de prostitution là auraient unlieu où on pourrait les accueillir, mais sans préjugés, avec des intervenants vraimentspécialisés dans le domaine.

On s'entend que laprostitution, l'étiquette de la prostitution, l'étiquette de l'escorte,l'étiquette de la travailleuse du sexe, ce n'est pas tous les milieux ou tous les intervenants qui sont à l'aise de travailler avec ça. Çaprend des gens dédiés, qui ont une formation spécifique puis qui ont un désirparticulier d'aider ces jeunes femmes là ou ces jeunes filles là. Je ne dis pasque, dans les centres actuels pour violence conjugale, que ce n'est pasadéquat. C'est particulier à ce phénomène-là. C'est facile pour les proxénètesd'aller les rechercher à nouveau, ou de les recruter à nouveau, ou d'obtenir...de continuer le contrôle sur ces jeunes femmes là, même si elles veulent s'ensortir, puis même si elles ont dénoncé, puis même si on a des conditions àfaire respecter. Il faut être en mesure de les sortir... Je vous parlais un peu,dans les débuts, de programmation. On les programme, on les déprogramme pouraprès ça les reprogrammer.

Mais là ça prend le traitement... Dans lesdéfis à relever, il faut miser davantage dans l'avenir sur le traitement de cesjeunes femmes là puis ces jeunes filles là. Il faut avoir du soutienthérapeutique, il faut avoir des outils, des moyens qui vont nous permettre nonseulement... pas juste d'intervenir, de faire de la prévention puis de lesaccompagner, mais de les traiter dans un avenir pas trop lointain pour être enmesure de les aider à se sortir de ce milieu-là.

M. Benjamin : L'autre questionque j'aurais, c'est au sujet du travail que vous faites en amont. Vous avezparlé tout à l'heure des interventions que vous faites notamment dans lesécoles, mais auprès des élèves de secondaire IV et de secondaire V. <Lorsque...>Les informations qu'on reçoit ici nous disent qu'il y a des enfants de12, 13 ans. Et pourquoi pas plus tôt, pourquoi pas des interventions plus tôt, notammenten secondaire I, II, III?

Mme Thériault (Nathalie) :III, IV, V. III, IV, V, c'est un peu les volets dont je vous ai parlé, mais déjàil y a de la prévention qui se fait par nos préventionnistes dans les écolesprimaires. C'est ajusté, c'est adaptable sur les choix, sur... <Ily a différents... >On a différentes conférences qui sont adaptées auxâges et aux milieux. Puis, de toute façon, en étant présents, dès qu'on est enmesure de détecter ou qu'on a des indices sur une jeune fille ou un jeunegarçon, il y a une intervention immédiate qui est capable... qui se fait, là,de façon spontanée. Mais il y a d'autres conférences qui se font, mais pas nécessairementavec les mêmes titres dont je vous mentionnais unpeu plus tôt.

• (10 h 50) •

Mme Quinty (Geneviève) :Je voudrais répondre à votre première question, d'abord, le trou de services.Il existe des programmes de transition à la vie adulte aux centres jeunesse.Par contre, ce n'est pas toutes les jeunes filles qui correspondent

Mme Thériault (Nathalie) : ...avec les mêmes titres dont je vous mentionnais un peu plus tôt.

Mme Quinty (Geneviève) : Je voudrais répondre à votre première question, d'abord, le trou de services.Il existe des programmes de transition à la vie adulte au centrejeunesse. Par contre, ce n'est pas toutes les jeunes filles qui correspondent >auxcritères pour faire partie de ces programmes-là, quand on pense à des jeunesfilles qui... les fugueuses chroniques, par exemple, et c'est là que souvent...

Ils atteignent l'âge adulte à 18 ans, maisils n'ont pas été préparés parce que trop à risque de se recommettre dans desactivités d'exploitation sexuelle ou de prostitution juvénile. Donc, souvent,ces jeunes-là passent par des mesures d'encadrementintensif à répétition pendant leur trajectoire en centre jeunesse parce qu'ilssont chronicisés.

Donc, c'est avec cette population-là quiest chronicisée qu'on doit être un peu plus créatif,essayer de trouver d'autres options pour justement faciliter ce passage-là.Parce que ce qui arrive quand ils sortent de centre jeunesse, c'est qu'ilsn'ont pas été préparés, pour plein de raisons, là, parce qu'ils n'ont pas étédisposés à le faire non plus. Et j'abonde dans le sensde Nathalie aussi, avoir un lieu qui peut accueillir ces filles-là, justement, pourdévelopper leur autonomie, etc., ça manque.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de Lotbinière-Frontenac.

Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :Bonjour. Tout à l'heure, vous avez parlé que vous aviez un manque d'outils. Jevois que vous avez travaillé fort puis vous avez maintenant plus de formation,un guide, une vision commune. Qu'est-ce qui vous manque pour bien faire votretravail?

Mme Quinty (Geneviève) : On aune belle liste d'épicerie. Non, non, non, vas-y...

Mme Thériault (Nathalie) :Des outils, les moyens, dans le fond... C'est un phénomène que... Tantôt, jevous parlais de bonifier et consolider la capacité d'une structure d'enquête dustyle... bien, comme une EILP, mais dans notre région, mais encore plus... C'estcomplexe, ce genre de dossier là. C'est complexe, ce genre d'enquête là.

Donc, c'est sûr que, quand on a une bonne structure régionale avec la couleur aussi régionale,parce que je pense que chacune... Si on regarde dans chacune de nos régions...Tantôt, on parlait des niveaux, mais je voudrais plus dire, chacune de nosrégions a sa couleur qui lui est propre. Même si le phénomène est répandu à lagrandeur du Québec, je pense que...

Entre autres, les outils, c'est les moyensfinanciers, c'est le facteur humain, le facteur logistique, tout ce qu'on peutavoir. On parlait de cyberinfiltration, bien, c'est sûr que, quand on a lacapacité d'un, deux, trois, si on augmente cette capacité-là en cyber, bien, onva être en mesure...

On le sait, tout ce qui est cybercriminalitéaugmente de façon fulgurante, que ce soit en pornographie juvénile, en leurreou dans le recrutement. Donc, on le sait que le pourcentage est quand mêmeélevé, peu importent les statistiques qu'on regarde. Ça fait que c'estavantageux de se développer davantage dans ces ressources-là. Donc, quand onparle de moyens, d'outils, bien, ça, c'en fait partie.

Mme Quinty (Geneviève) : Puisla force de la région de Québec, c'est notre concertation, notre partenariat,mais ce qui contribue à cette collaboration-là, c'est d'avoir une coordination.

Le programme Prévention jeunesse,actuellement, du ministère de la Sécurité publique, nous permet d'avoir unindividu qui met en lien l'ensemble des pivots scolaires, du centre jeunesse,du communautaire, du service de police. Toutes les informations convergent verscette même personne là. Ça facilite, mais tellement, la mobilisation puis ça lagarde en vie en plus.

Je vous parlais tantôt de... On estbeaucoup dans la consolidation. Je vous parlais de notre financement tantôt. Ilest le temps, c'est le moment, là, de consolider nos services, de sortir dufinancement par projets puis d'assurer une bonne base. On n'a pas à réinventerla roue, à mon avis. C'est vrai qu'on a beaucoup demoyens. On aimerait en avoir un peu plus aussi en termes de servicesspécialisés. L'accès aux services spécialisés, c'est...

Nos jeunes n'ont pas les moyens d'aller auprivé, d'aller rencontrer des sexologues, des psychologues ou, quand ils ontles moyens, c'est le délai d'attente, par moments, qui est... des fois, c'estun an, c'est deux ans. Mais on le sait, il faut saisir le momentum. Quand lesjeunes sont prêts à faire un pas en avant, c'est là qu'il faut y aller. On nepeut pas attendre. Il y a un momentum qu'il faut respecter.

Mme Thériault (Nathalie) : Jeveux juste... Par rapport aux outils, quelque chose qui est très, très, trèsimportant, c'est au niveau législatif. On s'est donné une ententemultisectorielle. On a eu l'opportunité, dans les débutsdes années 2000, de travailler avec l'entente multisectorielle qui avait étésignée et entendue par les différents ministères. C'est une très belle entente.

Il faut faire la même chose en matière dephénomènes. On le voit souvent, on est restreint avec les lois d'accès àl'information

Mme Thériault (Nathalie) : ...dans les débuts des années 2000, de travailler avec l'ententemultisectorielle qui avait été signée et entendue par les différents ministères.C'est une très belle entente.

Il faut faire la même chose enmatière de phénomènes. On le voit souvent, on est restreint avec leslois d'accès à l'information >où, selon nos organisations, ilfaut davantage développer en ce sens-là.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Député de Chomedey.

M. Ouellette : Merci. Il y abeaucoup de passion ce matin, depuis 10 heures, là. Ça se sent. Et vousavez la chance, et je parle un peu par expérience, mais vous avez la chanced'être à Québec, qui est un modèle dans beaucoup de domaines. Et je comprendsque vous n'avez pas tous les outils puis je comprends que vous n'avez pas toutle personnel puis tout ça, mais vous avez quelque chose d'extraordinaire quebeaucoup de régions aimeraient avoir, c'est la cohésion entre les services. Jene sais pas si ça s'est développé quand le service de police de Québec s'estretrouvé Gros-Jean comme devant, avec le projet Scorpion puis être obligé des'organiser puis de mobiliser le milieu, mais vous avez pu bien vieillir avecça et vous avez cette mobilisation du milieu qui fait l'envie de beaucoup degens. Donc, il reste à vous donner certaines affaires.

En parlant de vous donner certainesaffaires, j'aimerais ça que vous m'expliquez une chose. Vous me parlez desécurité publique depuis tout à l'heure, mais vous me dites que vous êtesfinancés par Ottawa, par Sécurité publique Canada. Bon, je comprends que laformation qui est donnée est financée par Sécurité publique Québec. Bon, jecomprends aussi que Sécurité publique Canada, dans cinq ans, oups, et voilà,donc vous allez retomber à six ou... Vous ne pouvez pas vous permettre, là,vous avez...

Mme Thériault (Nathalie) :Cinq personnes.

M. Ouellette : ...vous avezpris une erre d'aller et vous devez assurer une certaine pérennité, si on neveut pas, tout d'un coup, se retrouver avec rien. Je ne sais pas si vous avezfait certaines réflexions. C'est le temps d'en parler, là.

Mme Quinty (Geneviève) :Bien, on y a réfléchi, mais, en même temps, c'est la gestion du risque, ça. Derisquer, de créer un projet d'envergure comme celui-là, de cinq ans, de1,2 million, c'était un gros risque. On se disait, entre nous, on «thinkbig», on est rendu là. Ce projet-là va nous donner les moyens d'aller plus loindans nos collaborations avec nos partenaires aussi, parce qu'on avait unecertaine maturité de partenaire, on était rendu à une coche plus loin et ons'est dit : Bien, ça, c'est le nerf de la guerre au communautaire. Si onne prend pas de risque, on n'avance pas.

Donc, on a pris ce risque-là en sachanttrès bien que, dans trois ans, même deux ans et demi, on tire la plug, doncc'est cinq personnes qui partent. Mais là c'est mon travail. C'est mon travailaprès ça d'essayer de trouver d'autres sources, d'autres sources qui assurerontla pérennité, mais ce serait bien dommage de reculer, bien, bien, bien dommage.

Mais on parle de Sécurité publique Canada,mais Sécurité publique Québec aussi. Prévention jeunesse, on ne connaît pasl'avenir du programme aussi. Donc, on crée... tu sais, nos bailleurs de fondsnous demandent d'être innovants, on innove, mais c'est pour ça que je vous dis,on est rendu à une intersection où là je pense qu'il faut penser consolidation,tu sais, mais c'est la gestion du risque. Je n'ai rien à dire de plusintelligent que ça pour assurer la pérennité, mais on va y arriver. Je suis uneéternelle optimiste en le disant, mais, écoute, on sera entendus, puispeut-être le fédéral, lui aussi, porte un plan d'action sur la traite despersonnes. Donc, peut-être qu'il y aura cette volonté-là de poursuivre aussi.Donc, il faut avoir cet espoir-là aussi, sinon on n'avance pas.

M. Ouellette : C'est important qu'on vous entende parcequ'il faut la faire, cette fusion-là, nous autres, puis cet amalgame-là. Puisje disais hier, à partir du moment où il y une volonté politique qui part d'enhaut, c'est beaucoup plus facile après ça, d'en bas, de pouvoir vous donner lesoutils.

Et j'aimerais peut-être juste entendre MmeThériault, là, sur la cohésion, parce vous avez un modèle extraordinaire, vousfaites des jaloux. Je comprends qu'il vous manque des affaires, mais continuer dedévelopper cette cohésion-là, c'est quelque chose qui revient dans toutes nosdiscussions. Il y a des perles dans plusieurs régions, et, dans plusieursrégions, on réalise que ce qui manque, c'est la cohésion que vous avez àQuébec. Donc, il faudrait que ce soit un modèle exportable.

Mme Thériault (Nathalie) :C'est ce qu'on veut.

M. Ouellette : O.K. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Députée de Notre-Dame-de-Grâce, courte question.

• (11 heures) •

Mme Weil : Oui, merci.Alors, merci beaucoup de votre présence. J'étais à la formation, donc, il y aquelques semaines. On vous a entendues...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17873 ANQ.Vigie.Bll.Depute 1235 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17949 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17945 ANQ.Vigie.Bll.Depute 549 ANQ.Vigie.Bll.Depute 33 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T11:00:00 2

M. Ouellette : ...ilfaudrait que ça soit un modèle exportable.

Mme Thériault (Nathalie) :C'est ce qu'on veut.

M. Ouellette : O.K. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Courte question.

Mme Weil : Oui.Merci. Alors, merci beaucoup de votre présence. J'étais à la formation, donc, ily a quelques semaines. On vous a entendus. D'ailleurs, c'est Quinty... On avaitMme Quinn, hier, de l'Alberta.

Plusieurs questions pour vous tous. Bon, premièrement,vous avez, lors de votre présentation il y a quelques semaines, un peu parlé devotre parcours et votre évolution dans ce domaine. On était un peu, nous, enformation pour bien comprendre qui sont ces filles, les profils de ces filles,de quels milieux ils viennent, les parents, où sont les parents dans ceportrait, relation des parents. Vous avez même évoqué des jeunes garçons quiétaient peut-être des collègues de classe au primaire, qui soudainement sontdes abuseurs par rapport à ces mêmes filles avec qui ils sont allés à l'école,je pense que c'était en Beauce, etc.

Donc, ça, c'est bien important parce quenous... Oui, vous avez besoin de financement stable, on l'a bien entendu, puisc'est bien important. Je connais bien le milieu communautaire, et c'est sûr qu'onva faire des demandes pour tout l'argent et le financement possible pour tousles projets parce que c'est comme ça qu'on évolue. Et on apprend, comme société,les gouvernements apprennent aussi en même temps que vous, vous apprenez. Puisvous êtes les premiers à alimenter les gouvernements. Donc, on a bien entenduce message.

Mais il y a toute cette question deprévention, d'intervention. Et, si vous avez entendu Mme Quinn hier, ellea parlé d'empathie et la possibilité de travailler la mentalité de l'abuseur,donc, ce client-monstre, franchement, dans certains cas, pour utiliser un peules expressions de ma collègue hier en décrivant ces personnes. Mais ce quiétait intéressant, dans son intervention, c'est que, ah! il y a possibilité detravailler eux aussi.

Est-ce que vous... Mes questions, donc. Vousévoquez aussi accompagnement des parents, dans votre mémoire, parce qu'ils sont ébranlés, démunis, etc., donc parler de ça. Etvotre compréhension, premièrement : D'où viennent les filles qui seretrouvent à Québec? De quelles régions viennent-elles? Parce que, pour nous,de comprendre le grand portrait sur le territoire du Québec... Est-ce que c'estdes filles en mouvement, qui bougent? À Montréal, c'est le cas. Vous avezentendu qu'il y en a qui se retrouvent, évidemment, dans les provinces del'Ouest. Donc, vous, votre expérience, d'où viennent ces filles? Et votre pointsur comment on travaille.

Puis vous l'avez bien fait, il y a deuxsemaines, ça a été évoqué par deux universitaires, hier, il faut travailleravec cette femme, ne pas la juger, cette personne, cette victime, l'amener puisse rendre compte qu'il y aura des entrées, et des sorties, et des rentrées, etdes sorties, et de ne pas juger et préjuger. Donc, votre expérience un peu, parceque vous l'aviez évoqué il y a quelques semaines, mais aussi des questionsadditionnelles sur d'où viennent ces filles puis vosconstats par rapport à peut-être, aussi, l'évolution, parce qu'en 25 ansil y a beaucoup qui a changé, cette course contre la montre, contre le «darkweb», etc., course contre ces monstres, je dirais même, aussi. Comment vousvous adaptez? Puis voyez-vous ça comme un enjeu majeur pour les années à venir?C'est qu'on ne peut même pas deviner comment ça va évoluer. Donc, vos besoinsde formation, d'argent pour la formation aussi.

Le Président (M. Lafrenière) :Une minute...

Mme Weil : Donc, c'estun peu tout ça.

Le Président (M. Lafrenière) :Et tout ça en moins d'une minute, comme réponse.

Mme Thériault (Nathalie) :Si vous me donnez une heure pour répondre... C'est beaucoup de questions.

Mme Weil : ...çanous permet de savoir qu'est-ce qui nous préoccupe aussi. Je pense, c'estimportant de le savoir.

Mme Quinty (Geneviève) :Écoutez, c'est beaucoup de questions avec peu de temps. Je vais répondre pourles garçons parce qu'on m'a énormément posé de questions par rapport à notreambition, je dirais, d'accompagner les garçons. Le travail de rue nous amène àrencontrer ces garçons-là, parce que, généralement, on est en lien avec lesjeunes filles, mais avec tout son réseau naturel...

Une voix : ...

Mme Quinty (Geneviève) :Non, non, j'y arrive. Donc, être en contact avec ces jeunes filles là nous metinévitablement en contact avec ces gars-là qui, parfois, les abusent, ou c'estdes recruteurs, ou c'est des facilitateurs. Mais notre cible, ce qu'on cible,avec ces gars-là, c'est les plus jeunes, les 13, 14, 15, 16 ans, qui nesont pas cristallisés encore dans un mode de proxénétisme. C'est des gars quivivent encore de l'ambivalence. C'est des gars qui, une journée, ont le goût defaire de l'argent avec leurs blondes, puis, le lendemain, il a le goût des'inscrire au cégep.

Donc, on s'est dit : On a...L'exploitation sexuelle, c'est un système. Il y a trois acteurs. On a parlé duclient, tantôt, on parlé beaucoup des jeunes filles, des garçons, mais celuiqui l'organise, qui en profite, qui le gère, il faut... Pour avoir un impact,une plus grande portée sur nos jeunes filles,

Mme Quinty (Geneviève) : ... On a... L'exploitation sexuelle, c'est un système. Il y a troisacteurs. On a parlé du client, tantôt, on parlé beaucoup des jeunes filles, desgarçons, mais celui qui l'organise, qui en profite, qui le gère, il faut...Pour avoir un impact, une plus grande portée sur nos jeunes filles, >aussi,il faut répondre aux besoins de ces jeunes garçons là. M. Lafrenière me faitsigne de...

Le Président (M. Lafrenière) :J'ai la pire job, aujourd'hui, c'est de vous arrêter. On aurait voulu vousentendre pendant des heures. Merci beaucoup, mesdames. Merci. Au nom de la commission,je vous remercie pour votre témoignage aujourd'hui.

On suspend quelques instants, le temps delaisser place au prochain groupe. Merci.

(Suspension de la séance à 11 h 6)

(Reprise à 11 h 8)

Le Président (M. Lafrenière) :Je souhaite maintenant la bienvenue à Alliance Jeunesse. Je vous rappelle quevous disposez de 20 minutes pour faire votre exposé, puis nous allonsprocéder à une période d'échange de 25 minutes avec les membres de lacommission. Alors, je vous invite à vous présenter puis à commencer votreexposé.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Donc, bonjour. Mon nom est Véronique Duchesneau, je suis travailleuse de rueVIP pour Alliance Jeunesse, donc, le Volet Intervention Prostitution. Je vaisvous présenter aussi ma collègue, là, Lauryann, donc...

Mme Irazoqui (Lauryann) : Oui.Donc, bonjour, tout le monde. C'est vraiment un honneur d'être là aujourd'huiparmi vous pour vous présenter notre Volet Intervention Prostitution. Moi, rapidement,bien, mon nom, c'est Lauryann Irazoqui. La raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui,c'est parce que j'ai remplacé ma collègue Véronique pendant son congé dematernité dans les deux dernières années. Donc, je suis venue aujourd'hui, là,pour l'accompagner puis faire un peu de pouce avec elle, là, pour vousprésenter notre beau projet.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Donc, pour commencer, Alliance Jeunesse est un organisme communautaire qui estné en 1990, qui avait pour mission de soutenir les jeunes, là, les plusvulnérables, là, au niveau de la rue, donc, au niveau du secteur deChutes-Chaudière, Saint-Romuald, dans ce coin-là. Donc, on voulait...intervenir avec les jeunes du milieu, les accompagner pour améliorer leursconditions de vie puis répondre à leurs besoins.

Donc, suite à ça, il y a deux volets quise sont créés, le volet Hébergement, dans le fond, qui comporte 26 logementslocatifs pour les jeunes de 18 à 25 ans, ainsi qu'une flotte detravailleurs de rue, on est six, dont quatre au niveau de la jeunesse et unetravailleuse de rue de proximité, qui travaille auprès des familles, hein, lesenfants de zéro à cinq ans, et le Volet Intervention Prostitution, qui est moi,en fait. Donc, le travail VIP, c'est vraiment de promouvoir la santé physique,sexuelle, et la sécurité des utilisatrices du service.

• (11 h 10) •

Les origines de VIP. Donc, de 2009 à 2010,il y avait une augmentation au niveau des demandes d'aide, de la part despartenaires du milieu, au niveau de la prostitution et au niveau aussi desHARSAH, c'est les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Et,au même moment, il y a eu beaucoup de plaintes de citoyens par rapport auregroupement des HARSAH au niveau des Chutes-Chaudière. LaSécurité publique avait des demandes d'éloigner, là, les HARSAH de cesecteur-là qui était prisé par les familles aux Chutes-Chaudière. Et la santé

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) : ... avec d'autres hommes. Et, au même moment, il y a eu beaucoup deplaintes de citoyens par rapport au regroupement des HARSAH au niveau desChutes-Chaudière. Donc, de ça... La Sécurité publique avait des demandesd'éloigner, là, les HARSAH de ce secteur-là qui était prisé par les famillesaux Chutes-Chaudière. Et la santé >publique avait une demande dediminuer les... dans le fond, ils avaient peur au... à l'augmentation des ITSS.

Donc, cette inquiétude a mené à lacréation d'une table de concertation, dont faisait partie Alliance Jeunesse,pour vraiment agir à ce niveau-là. Alliance Jeunesse a mandaté un travailleurde rue qui allait auprès des HARSAH pour, dans le fond, faire de la préventionau niveau des ITSS, les affilier avec l'infirmière de rue et aussi fournir descondoms et du matériel d'injection.

En 2011-2015, le ministère de la Sécuritépublique a financé un travailleur de rue pour répondre aux besoins de lacommunauté. Donc, c'est un intervenant qui agissait au niveau de HARSAH maisaussi au niveau de la prostitution à Lévis. Et, de 2015 à 2020, donc, le projetsur lequel je suis présentement est financé par le ministère de la Justice, quia accepté de financer, dans le fond, pour les cinq ans, de 2015 à 2020.

Présentement, on est à la fin, là, dumandat. Donc, ça se termine le 31 mars 2020. On a demandé unereconduction du projet, mais, dans le cas où ce que ce ne serait pas fait,bien, on travaille, là, d'arrache-pied, là, pour ramasser, dans le fond, dessous, pour la pérennité du projet VIP. Donc, je laisse Lauryann expliquer leprojet.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Oui. Donc, je vais vous expliquer, en fait, c'est quoi, VIP, qu'est-ce qu'onfait concrètement, là, dans notre semaine, comme travail. Bien, premièrement,ce qu'il est important de savoir, pour le Volet Intervention Prostitution,c'est qu'on travaille avec une clientèle qui est majeure et qui se veutvolontaire de recevoir nos services d'intervention.

Notre objectif prioritaire, en fait, parrapport au Volet Intervention Prostitution, c'est vraiment de promouvoir lasanté et la sécurité sexuelle des travailleuses du sexe. Pour ce faire, onadopte une philosophie qui se veut style, bien, travailleur de rue, parce qu'enfait on est des travailleuses de rue. Donc, pour ce faire, on a une approche enréduction des méfaits. Ça, qu'est-ce que ça veut dire, c'est qu'on utilisebeaucoup la sensibilisation, la prévention, on fait beaucoup d'accompagnements.Quand je parle d'accompagnements, c'est des accompagnements dans toutes lessphères de la vie des travailleuses du sexe, donc toutes les sphèresbiopsychosociales. On peut accompagner quand ellespassent en cour, au palais de justice, on peut accompagner pour aller chercherde l'aide alimentaire, pour répondre aux besoins de base, on peut accompagnerpour aller prendre un café au Tim Hortons, parce qu'elles ont besoin d'écoute,elles ont besoin de parler. Donc, on a vraiment, là, unegrande latitude, là, pour ce qui est de nos interventions.

Évidemment, cette approche-là, ça nousamène à avoir une ouverture d'esprit incroyable et puis ça nous amène égalementà n'avoir aucun jugement envers les travailleuses du sexe et les gens qui sontvictimes d'exploitation sexuelle. Évidemment, notre approche ne vise pas àsortir, nécessairement, les jeunes femmes de ce milieu-là, mais à leur offrirdes filets de sécurité afin qu'elles puissent faire leur pratique de façonsécuritaire et dans le respect d'elles-mêmes, et qu'elles gardent quand même une certaine dignité à travers tout ça.Donc, nous, c'est vraiment de mettre, de bâtir des facteurs de protectionautour d'eux pour qu'ils soient en sécurité sexuelle et physique.

Évidemment, cette clientèle-là, c'est uneclientèle qui est très susceptible d'être désaffiliée du réseau de la santé.Généralement, ils n'iront pas nécessairement consulter pour faire les tests dedépistage, d'emblée, là, au CLSC, par peur soit du jugement... Parcequ'évidemment, là, les questions... bien, la question qu'elle se fait souventposer, c'est : Combien de partenaires sexuels as-tu eu lors du derniermois? Si elle en a eu 96, bien, peut-être qu'elle ne le dira pas. Donc, là, çavient un peu biaiser les résultats, là, des tests de dépistage, et tout ça.

Donc, c'est pour ça que ça, c'estvraiment, là, un pilier du projet Intervention Prostitution. On a uneinfirmière clinicienne qui nous accompagne, chaque semaine pour aller dans lesmilieux prostitutionnels. Quand je parle de milieux prostitutionnels, c'estvraiment les milieux où est-ce qu'on intervient directement avec la clientèle,avec les jeunes femmes en prostitution et en exploitation sexuelle. Donc, on sedéplace dans les salons de massage érotique, on se déplace dans les bars dedanseuses, on se déplace directement dans les chambres d'hôtel, entre deuxclients, rencontrer une escorte. On se déplace directement dans leursdomiciles. En fait, le but de ce programme-là, avec l'infirmière, c'estvraiment de les accompagner et d'essayer un peu, bien, en fait, d'améliorerl'accessibilité aux services de santé et de services sociaux, pour les jeunesfilles, en matière de prostitution et d'exploitation sexuelle.

Évidemment, tous les services qu'AllianceJeunesse offre sont gratuits, donc il n'y a aucuns frais qui sont rattachés àça, c'est tout le temps gratuit, que ce soit l'infirmière... Bien, j'ai oubliéde mentionner, aussi, mais on donne des quantités phénoménales de condoms àtoutes les travailleuses du sexe, et tout ça, c'est gratuitement. Donc, c'est vraiment,là, pour prioriser, là, leur santé et leur sécurité sexuelle.

Je pourrais dire également que VIP,maintenant, depuis quelques années, on est vraiment rendus reconnus et ancrésdans notre communauté et dans la réalité de la prostitution dans l'industrie dusexe. Ce que je veux dire par là, c'est que, maintenant, c'est rendu un réflexeque nos partenaires nous appellent pour nous référer, pour nous demanderconseil. Les filles, entre elles, ça se parle : Ah!

Mme Irazoqui (Lauryann) : ... maintenant, depuis quelques années, on est vraiment rendus reconnuset ancrés dans notre communauté et dans la réalité de la prostitution dansl'industrie du sexe. Ce que je veux dire par là, c'est que, maintenant, c'estrendu un réflexe que nos partenaires nous appellent pour nous référer, pournous demander conseil. Les filles, entre elles, ça se parle : Ah! >Est-ceque tu connais Lauryann? Tu connais-tu Véronique, la travailleuse de rue?, ellepourrait te mettre en contact avec une infirmière. Donc, on est vraiment rendusà un stade où on est rendus la référence sur la rive sud de Québec pour ce quiest de la prostitution et de l'exploitation sexuelle.

Pour faire un peu de pouce là-dessus,bien, moi puis Véronique, on est bien fières de vous dire aujourd'hui, là, quele mois dernier on a remporté le prix Coup de coeur de la catégorieAmélioration de l'offre concertée avec la communauté, lors du Gala d'excellencedu CISSS—Chaudière-Appalaches. Donc, ça, ça a été une grande étape pour nous,là, d'avoir remporté ce prix-là. Et puis l'hiver dernier, en fait, moi puisVéronique, on avait également été convoquées comme conférencières, lors duColloque de la prévention de la criminalité, lors... bien, organisé, orchestrépar la sécurité publique. Et puis on se fait également, là, contacter pournotre expertise, par exemple, pour... la firme Mourani-Criminologie, elle afait appel à notre expertise, l'année dernière, pour faire une étude enrecherche, là, par rapport au besoin des logements aux femmes qui ont quittél'industrie du sexe. Donc, je pourrais dire en fait que VIP a vraimentdéveloppé une belle expertise, puis ça nous est reconnu.

Évidemment, expertise, oui, ça veut direqu'il y a de la prostitution à Lévis. Souvent, on se fait poser la question :Est-ce que ça existe vraiment à Lévis? Oui, c'est une réalité qui est bienprésente à Lévis. Puis la ville de Lévis est en constant développement. Donc,qui dit ville en développement dit demandes de la part... de services sexuelsdes clients, qui sont en augmentation, et, ceci dit, dit demandes de la partdes travailleuses du sexe et des filles victimes d'exploitation sexuelle, quiont besoin de plus de services de la part des intervenantes VIP. Donc,qu'est-ce que ça fait, ça? C'est qu'on est comme dans un continuum de services,mais... bien, malheureusement, tu peux dire ça comme ça, il y a seulement uneintervenante attitrée, là, au poste VIP, donc c'est difficile de répondre àtous les besoins qu'il y a présentement, là, sur le territoire.

Aussi... en tout cas, je vais vous dire,là, qu'Alliance Jeunesse on a été mandatés pour distribuer des trousses denaloxone. Ça, en fait, ça a comme objectif de réduire les risques de décès liésaux surdoses d'opioïdes. Parce que, je ne vous le cacherai pas, c'est trèsmalheureux de le dire, mais évidemment, quand on parle de prostitution, onparle de consommation, puis, bien, notre but, c'est vraiment d'y aller dans laréduction des méfaits, donc on distribue, là, un grand nombre de trousses denaloxone.

Dernière petite chose, en fait, là.Tantôt, j'ai entendu qu'on a parlé un peu de la Beauce. Parce que nous, on a euun VIP Beauce qui a été mis en place pendant trois ans. Ça, en fait, ça a étéune demande, là, de la santé publique de Chaudière-Appalaches, qui nous arecrutés pour offrir nos services VIP sur le territoire de la Beauce, maisayant comme principal objectif de faire une étude de besoins, en fait, pourtout ce qui est matière de prostitution, de HARSAH, hommes ayant relationssexuelles avec d'autres hommes, et tout ce qui est jeunes en difficulté. Donc,nous, on est allés directement à la rencontre de cette clientèle visée là parle biais de bars de danseuses, de parcs, les sites d'annonces Internet, oùest-ce que les femmes vont vendre des services sexuels. Donc, on a fait ça.

Pour conclure, qu'est-ce que VIP? Je penseque c'est vraiment important, pour moi, de vous le mentionner, VIP, c'est unservice... bien, en fait, c'est ce qui nous différencie beaucoup de d'autresservices, on est un service qui est personnalisé, qui est fait pour travailleravec l'humain, avec la personne. Donc, nous, on ne travaille pas avec latravailleuse du sexe ou on ne travaille pas avec la fille qui va être victimed'exploitation sexuelle, on va travailler avec l'humain qui est en arrière detout ça, l'humain qui a des besoins, qui a des sentiments, puis qui a besoind'avoir réponse à ceux-ci. Donc, comme ça le dit, c'est un service VIP qu'onoffre aux femmes dans l'industrie du sexe.

Donc, je vais laisser ma collègueVéronique poursuivre.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Donc, le projet, bien sûr, a eu des retombées, des impacts sur le territoire,là, durant les quatre dernières années — donc je vais vous en citerquelques-unes — dont la diminution des relations sexuelles à risqueset la diminution, par le fait même, des ITSS, des grossesses non désirées etdes avortements; la diminution du partage du matériel d'injection, parce qu'ondistribue aussi le matériel, là, aux UDI; la diminution des actes de violenceet des délits aussi à ce niveau-là; l'augmentation des connaissances parrapport à la loi C-36; l'augmentation de l'estime de soi et le respectd'elles-mêmes, donc, des facteurs de protection de la femme; la diminution descrises et désorganisation — donc, avant d'en arriver à commettre desactes irréparables, bien, des femmes souvent nous appellent, on désamorce lacrise, on les réfère aux bons endroits, donc ça diminue, là, l'impact au niveaudes crises; l'augmentation de l'accessibilité en hébergement, au niveau de lanourriture, au niveau de l'hygiène de vie, des besoins de base; et laréalisation de leurs projets de vie. Donc, elles ont maintenant un lendemain,ces femmes-là, elles se perçoivent, elles se projettent dans l'avenir.

• (11 h 20) •

Le projet VIP augmente les facteurs deprotection, diminue les facteurs de risque, donc on installe des filets desécurité. Je dis toujours qu'on est des généralistes. Donc, nous, on accueilleles besoins, souvent on en fait un bon bout parce qu'avant d'êtres capables dedéceler< vraiment...

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) : ... leurs projets de vie. Donc, elles ont maintenant un lendemain, cesfemmes-là, elles se perçoivent, elles se projettent dans l'avenir.

Le projet VIP augmente les facteurs deprotection, diminue les facteurs de risque, donc on installe des filets desécurité. Je dis toujours qu'on est des généralistes. Donc, nous, on accueilleles besoins, souvent on en fait un bon bout parce qu'avant d'êtres capables dedéceler >vraiment c'est quoi, le besoin prioritaire, on a à faire, là,un bout de chemin avec la personne. Puis, ensuite de ça, on réfère vers lesorganismes du milieu. Donc, on est au début de ce que Geneviève Quintya réalisé,là, au niveau de la Rive-Nord. On commence à s'arrimer et on s'organise, on semobilise, là, sur la Rive-Sud, là, au niveau de la prostitution, que ce soitmajeures comme mineures.

Au niveau des réflexions, bien, c'est sûrque nous, on est plus en prévention qu'en intervention, parce que je suis laseule à couvrir Chutes-Chaudières—Lévis, Desjardins, Lauzon aussi, donc c'estun grand territoire à faire seule. On est dans la réduction des méfaits, doncon pense aussi que... Dans le fond, on agit au niveau des adultes, mais on aquand même une conscience mineures. On sait que, si on agit au niveau de laprévention, au niveau mineures, bien, ça va peut-être avoir un impact, là,aussi au niveau majeures, là, à moyen court terme. Donc, c'est pas mal ça pournotre présentation. Je vais vous laisser...

Mme Irazoqui (Lauryann) : Moi,j'aurais un petit quelque chose à rajouter.

Le Président (M. Lafrenière) :Oui, allez-y.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Bien, en fait, là, oui, on dit qu'on travaille beaucoup, beaucoup avec lesadultes, mais je vous dirais qu'on a énormément de demandes de la part des établissementsscolaires par rapport à la prostitution juvénile et de l'exploitation sexuelle.Que ce soit aux centres de formation des adultes, dans les centres de formationprofessionnelle, les écoles secondaires, on a énormément de demandes puismalheureusement on n'a pas les ressources humaines et budgétaires pour répondreà ces demandes-là. Donc, on essaie de pallier du mieux qu'on peut en faisant dela prévention. On a monté des ateliers pour essayer de répondre le mieux qu'on peut,là, quand même, avec les ressources qu'on a, mais malheureusement c'est unbesoin qu'on n'a pas les moyens de répondre présentement, là, à l'heureactuelle. Donc, je pense que c'était important de le mentionner.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup pour votre exposé. Avant de passer à la période de questions, jevais avoir besoin d'un consentement pour ajouter trois minutes à cetteaudition.

Des voix : ...

Le Président (M. Lafrenière) :Consentement? Consentement. Alors, on va commencer avec une question par ladéputée de Lotbinière-Frontenac.

Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :Moi, je voulais savoir... Bien, vous en avez parlé à la fin de votreprésentation<... Vous... Votre>, votre clientèle, c'est plus desjeunes femmes adultes. C'est quoi, la proportion? Est-ce que vous en avez aussides mineures ou vous n'êtes pas du tout capables pour une raison budgétaire?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Je peux y aller. Dans le fond, c'est sûr que nous, là, levolet VIP est vraiment plus au niveau majeures. Comme je le disais tout àl'heure, on fait de la prévention, on fait des ateliers au niveau de toutes lesécoles secondaires du milieu, aussi au niveau des centres de formation pouradultes. Donc, on en côtoie, mais ce n'est pas nécessairement encore un réflexe,pour les jeunes filles, de venir demander de nos services, donc on est en trainjustement de concerter le milieu, les intervenants, les différents partenairesafin d'avoir cette courroie de transmission là entre les services ducommunautaire et l'institutionnel.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Puis je dois dire aussi que, tu sais, quand on s'en va, là, dans un salon demassage érotique, par exemple, bien on ne prend pas le temps de carter lesfemmes non plus.

(Interruption)

Une voix : ...commenton fait pour arrêter ça? Aïe! attends un peu, là.

Le Président (M. Lafrenière) :...on avait un suspect, nous autres, autour de la table, puis ce n'est pas luiaujourd'hui, donc on est correct.

Une voix : O.K. Excusez.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Donc, tu sais, peut-être qu'on en côtoie puis qu'on ne le sait pas. Parce que,des fois, c'est sûr que... Tu sais, c'est arrivé que, moi puis Véronique, ons'est dit : Elle a l'air jeune, mais, tu sais, en même temps, on ne lacarte pas. Elle nous dit qu'elle a 18 ans, tu sais, on n'est pas là... cen'est pas notre mandat d'aller valider l'âge qu'elles ont. Mais nous, on y vavraiment dans une optique qu'elles sont adultes puis consentantes de recevoirnos services. Je ne sais pas si ça a répondu...

Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :Bien, oui, là, mais... Bon. O.K. Puis je voulais savoir pourquoi avoir appelévotre programme VIP?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Bien ça, dans le fond, c'est un nom qui a été donné par Valérie L'Italien, uneinfirmière du milieu. Donc, quand on s'est posé la question, comment qu'onallait appeler ce programme-là, on a pensé que le VIP, comme «very importantperson» résonnait bien, puis ça rappelait, dans le fond, les trois mots du VoletIntervention Prostitution<, donc on...>. Comme Lauryann le disaittout à l'heure, on offre vraiment un service individualisé, personnalisé auxfemmes, puis elles sentent vraiment l'importance qu'elles ont dans notreintervention. C'est-à-dire qu'une femme, là, elle a l'impression que je n'en aipas d'autres qu'elle à traiter, alors que j'en ai plusieurs sur le territoire.Ça fait qu'elle se sent vraiment VIP, à ce moment-là, ça fait que les femmes sereconnaissent bien.

Le Président (M. Lafrenière) :Députée de l'Acadie.

Mme St-Pierre :Merci, M. le Président. Merci pour votre présentation et surtout merci pourvotre énergie. Vraiment, vous êtes très inspirantes. Et je vais juste partagerune petite anecdote avec vous. J'avais, à un moment donné, couvert, j'étais auxÉtats-Unis, une campagne de sensibilisation pour contrerles maladies transmises sexuellement et surtout le sida, et on était passé parle biais des coiffeurs et des coiffeuses pour distribuer des condoms. Alors, jeme disais peut-être que vous pourriez passer par ces réseaux-là parce qu'ondit... La théorie, derrière ça, c'était qu'un client se confie beaucoup plus à

Mme St-Pierre :... une campagne de sensibilisation pour faire... contrer les maladiestransmises sexuellement et surtout le sida, et on était passé par le biais descoiffeurs et des coiffeuses pour distribuer des condoms. Alors, je me disaispeut-être que vous pourriez passer par ces réseaux-là parce qu'on dit... Lathéorie, derrière ça, c'était qu'un client se confie beaucoup plus à >soncoiffeur, sa coiffeuse qu'à son psychologue. Alors, ça peut être intéressant dedonner votre numéro de téléphone un peu partout, puis vous allez peut-être enavoir.

Le Président (M. Lafrenière) :...débat, si ça ne vous dérange pas.

Mme St-Pierre :Pardon?

Le Président (M. Lafrenière) :Je vais m'exclure de cette catégorie.

Mme St-Pierre :Je ne voulais pas parler de vous, M. le Président. Mais, évidemment, ce n'estpas un sujet drôle, là, le sujet dont on parle aujourd'hui, mais je me dis :Il faut vraiment être capable de rejoindre le plus de monde possible. J'ai deuxquestions.

Est-ceque vous avez aussi des interventions — je comprends que vous êtesune petite équipe, pas beaucoup d'argent, puis ça, c'est le nerf de la guerre,vous avez bien fait de le souligner — auprèsdes parents? Ça, je pense qu'aussi il faut l'aborder. Si vous avez des idées ànous transmettre là-dessus.

Mais ma curiosité,c'est par rapport à vos présences dans les bars de danseuses puis les salons demassage. L'idée, c'est que c'est tenu pas mal par du monde du crime organisé,ces endroits-là. Un, est-ce que vous avez peur pour votre sécurité? Et, deux, comment on vous accueille? On vous laisse entrer? On vous laissefaire? On vous laisse parler aux filles?

Mme Irazoqui (Lauryann) :Mais, bien, en fait, on n'a pas du tout peur, là, de notre sécurité. En fait,on rentre... Puis, je vous dirais, tu sais, ce qui est vraiment beau, là, avecle travail de rue, c'est qu'on développe tellement des liens privilégiés avecces personnes-là, on sent tellement, là, qu'ils ont toute notre confiance.Donc, souvent on arrive puis, tu sais, on arrive avec plein de cafés duTim Hortons, ça fait que, là, les filles vont être contentes parce qu'onleur amène des beignes, des cafés.

L'approche qu'on va avoir, en fait, là, c'eston va être vraiment humains, humains, égalitaires. Donc, tu sais, on ne va paslà... puis, tu sais, ça, je pense que ça se ressent beaucoup, on ne va pas làpour les juger. On ne les juge pas. On les accepte telles qu'elles sont. Comme jevous disais, on n'est pas là pour les sortir. À la limite, on leur apportejuste du positif parce qu'on donne des condoms, on leur offre du soutien, onleur offre de l'écoute. Donc, elles se sentent mieux. Ça a un impact positifpour eux.

Mme St-Pierre :Mais ceux qui les contrôlent, ils ne sont quand même pas loin, là. Ils voientque vous êtes là.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Oui. Mais, pour ma part en tout cas, je n'ai jamais eu problème vis-à-vis çaparce que, bien, on ne s'en va pas là dans une approche de sortir les filles dece milieu-là. On s'en va les aider à le faire de façon sécuritaire. Souvent, ceque je m'étais déjà fait dire également, là, par des personnes qui contrôlentces réseaux-là, c'est que ça a du positif parce que les filles n'ont pas d'ITSS.Parce qu'il y a comme des sites Internet où que les clients peuvent notertoutes les filles, puis là, bien, ça fait que, mettons, un salon va dire quetoutes les filles sont... elles n'ont pas d'ITSS, elles sont propres, tout ça.Donc, ça a des impacts positifs pour leur milieu, en fait, si je peux dire çacomme ça.

Mme St-Pierre :Leur business.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Donc, c'est sûr que, si on arriverait en disant : On veut que tu te sortesde là, on ne veut plus que tu fasses ça, ce n'est pas bon pour toi, bien, ilsnous diraient : Toi, va-t'en, là. Mais on n'y va pas dans cetteapproche-là. Puis c'est ce qui fait que c'est gagnant, en fait, pour nous, d'yaller dans une approche de réduction des méfaits.

Mme St-Pierre :Et les parents? Est-ce que vous avez des recommandations à nous faire?

Mme Irazoqui (Lauryann) :Moi, je n'ai jamais... Je vais te laisser, Véronique, répondre.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :On n'est pas vraiment en lien avec les parents,là, au niveau de la prostitution adulte. On a des mamans qui sont dans leréseau. C'est sûr qu'on fait, tu sais, tout ce qui est, là, par rapport aux...voyons, aux compétences parentales par rapport à leur propre enfant. Mais, tusais, les mères de ces femmes-là, nous, on ne lescôtoie pas dans notre «day-to-day», là, dans notre travail, là.

Mme St-Pierre :Merci beaucoup.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Mais c'est sûr qu'il y a de l'accompagnement à faire au niveau des parents, là,par rapport à ce qui se passe, là, les modes d'entrée dans la prostitution,tout ce... au niveau de la prévention, là. C'est sûr que les parents doiventêtre mis au courant de certains modes d'entrée dans la prostitution pour voirvenir ça chez leurs jeunes, là, oui.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci. Député d'Ungava.

M. Lamothe : <...certain...>Bonjour.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Bonjour.

M. Lamothe : Club dedanseuses, vous rentrez là. Pas de trouble avecle «doorman»?

Mme Irazoqui (Lauryann) :Non. Si je peux donner l'exemple, là, en Beauce, c'est quelque chose... Enfait, on avait un mandat, c'était un cinq heures par semaine qu'on allait enBeauce puis c'était vraiment notre activité principale, c'était d'aller dansles bars de danseuses. Puis, tu sais, on arrive là, puis les barmans, lesbarmaids nous connaissent toutes, les danseuses nous connaissent. Ça fait qu'onrentre, puis, tu sais, on se fait accueillir : Aïe! salut, c'est lesfilles de VIP, puis : Venez vous asseoir, puis, tu sais : Qu'est-ceque je te sers aujourd'hui? Ça fait que, tu sais, c'est vraiment dans uneapproche «friendly», là, si je peux dire ça comme ça.

Tu sais, elles sont contentes de nousvoir. On leur apporte du soutien, de l'écoute. On amène des condoms, on offredes... On arrive avec une infirmière. L'infirmière peut passer les tests dedépistage directement dans l'isoloir, dans les bars de danseuses. Donc, on avraiment, comme je vous dis, une approche qui fait qu'on n'est pas une menace,si on veut, pour les «doormen» ou les gens qui contrôlent ces réseaux-là.

M. Lamothe : O.K.

Mme Irazoqui (Lauryann) : Jene sais pas si je réponds bien à votre question?

M. Lamothe : Oui, absolument.C'est juste que j'essaie de voir la dynamique puis... Mais c'est spécial.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Mais l'intervenante y est pour beaucoup aussi, là.

M. Lamothe : Pardon?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :L'intervenante y est pour beaucoup aussi. C'est-à-dire que, tu sais, on estouverts d'esprit, un petit peu excentriques, tu sais, on s'adapte très, trèsfacilement avec la dynamique du milieu. Ça fait que ça fait de nous, tu sais...

M. Lamothe : Oui, vous êtessûrement très bonnes.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :...des personnes, là... c'est ça, à part entière de l'équipe, finalement, là,oui.

M. Lamothe :O.K. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci. Député de Viau.

• (11 h 30) •

M. Benjamin : Merci, M. lePrésident. Donc, merci pour votre présentation. 635 personnes rencontrées, je trouve ça... c'est du monde, c'est beaucoup...

549 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 33 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17945 ANQ.Vigie.Bll.Depute 1235 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17901 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T11:30:00 2

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :...du milieu, ça fait que, ça fait de nous...

M. Lamothe : Oui, vous êtessûrement très bonne.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :...les personnes, là... c'est ça, à part entière de l'équipe finalement, là.Oui.

M. Lamothe : O.K. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci. Député de Viau.

M. Benjamin : Merci, M. lePrésident. Donc, merci pour votre présentation. 635 personnes rencontrées,je trouve ça... c'est du monde, c'est beaucoup, maisvous comprendrez, dans le cas du mandat de cette commission, je vais m'attarderen particulier à deux catégories de groupe d'âge. 1 % sont d'âge mineur,36 % sont âgées de 18 à 25 ans. Parlez-moiun peu de la trajectoire de ces personnes, particulièrement des personnes âgéesde 18 à 25 ans. Ce sont des personnes qui ont commencé alors qu'ellesétaient mineures majoritairement? C'est quoi le portrait de ces personnes-là?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Dans les deux dernières années, j'ai créé un formulaire, là, un questionnaireVIP que j'appelle, sur la Rive-Sud pour avoir une espèce de portrait de...plusieurs questions anonymes que les filles répondent. J'en ai recueilli, là, c'estça, une bonne cinquantaine, ça fait que j'ai quand même un bon échantillonnage,puis la plupart des femmes rentrent dans la prostitution par manque d'argent,des séparations, des problèmes ponctuels de la vie. Le 1 %, c'est des foisdes mineurs qu'on rencontre, qu'on se rend compte que, oui, il y a unevulnérabilité mais pas nécessairement cristallisée. Donc, oui, on lit ça dansnos stats mais ce n'est pas nécessairement les gens avec qui on intervient àtous les jours.

Puis, c'est ça, le passage de mineur àmajeur, c'est sûr que les jeunes filles, pour la plupart, ont commencé à l'âgemineur, donc c'est pour ça qu'on croit que la prévention est vraimentimportante, là, au niveau mineur pour enrayer, là, justement cettecontinuité-là. Mais, c'est ça, nous, c'est vraiment au niveau adulte, là, qu'oninteragit. Je ne sais pas si ça répond...

M. Benjamin : Absolument. J'aibien entendu le manque de ressources exprimées et notamment lorsqu'il s'agitd'intervenir dans les écoles, dans les centres. Mais vous avez quand même unecertaine expérience d'intervention dans les écoles, et vous intervenez à quelniveau dans les écoles? Secondaire II, secondaire III,secondaire IV, primaire? Et qu'est-ce que vous faites dans les écoles?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Présentement, on a un atelier de prévention. Ce n'est pas de la formation, c'estvraiment de la prévention qu'on anime. On est vraiment au début, là, de notreprocessus, donc on a eu une demande des écoles du milieu. Donc là, on commence,là, nos présentations d'ateliers, c'est vraiment au niveau, je vous dirais, de14-16 ans, là, la compréhension, là, de notre atelier. C'est sûr qu'il n'estpas nécessairement adapté encore pour très bas âge, on va y venir, mais, c'estça, le manque de ressources, comme on l'a dit, est criant. Donc, je ne peuxpas, moi, me positionner en tant qu'intervenante adulte et intervenantemineure. Donc, c'est sûr que, de préférence, ce serait d'avoir un intervenantmineur et une intervenante majeure, là, pour couvrir l'entièreté des besoins duterritoire.

M. Benjamin : Et dernièrequestion, M. le Président. Beaucoup d'intervenants avant vous nous ont parlé del'importance qu'il y ait ce travail de concertation qui soit fait entre lesdifférents intervenants, dont la police, qui joue un rôle névralgique,évidemment. Quelle est votre mode de collaboration avec la police?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Bien, moi, je dis toujours qu'où finit mon mandat, il y en a un autre quicommence. Donc, moi, j'ai mon mandat de travailleuse de rue. C'est sûr qu'onprend beaucoup de chaleur au niveau de la gestion du risque. Si une jeunefille, exemple, qui vient solliciter nos services, là, d'intervention VIP, onva regarder avec elle le niveau d'exploitation sexuelle, où est-ce qu'elle estrendue, parce qu'il y a quand même un continuum, là, au niveau del'exploitation. Mais dans la... tu sais, il y a quand même la Loi de laprotection de la jeunesse qui nous oblige à signaler, là, en casd'exploitation. Donc, c'est sûr que nous, si la situation devient extrême, c'estsûr que nous, même sans le consentement de la jeune fille, on va signaler, là.Mais ça, ça devient une courroie de transmission entre nous, la DPJ et leservice de police. On est à mettre en place, justement, là, des courroies detransmission à ce niveau-là, mais on est vraiment, là, au début, début, là, denotre...

Une voix : Puis tu asune table aussi...

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Puis on a aussi une table, là... Bien, ce n'est pas une table, dans le fond,c'est un comité de suivi, là, avec plusieurs personnes, là, qui justement, là,siègent : le service de police, le CISSS, plusieurs organismes du milieupour justement arrimer nos services puis essayer de soutenir ce beau monde là,là, dans leurs difficultés.

M. Benjamin : Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Député de Chomedey.

M. Ouellette : Merci.Bonjour, mesdames. Effectivement, on est dans un avant-midi d'énergie. J'ai vuça tantôt, et ça se continue très bien. J'ai trois petites questions. Vous avezréglé un problème en Beauce, mais il semblerait qu'il est réglé, là, parce quevous êtes allés trois ans avec un budget de santé publique. Et, depuis 2018,tout est réglé en Beauce, là?

Mme Irazoqui (Lauryann) :Non.

M. Ouellette : O.K. C'estbeau, parfait. Vous répondez effectivement à ma question.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Ce qu'on faisait, c'était une étude... Comment tu appelles ça encore?

Mme Irazoqui (Lauryann) : Uneétude de besoins. Ça fait que c'était vraiment, là, comme objectif, d'allerrecueillir des données pour voir c'est quoi les besoins actuels qui sontprésents sur le territoire de la Beauce. Donc, l'étude, elle a duré trois ans.Maintenant le trois ans est échu, puis la balle est dans leur camp. Donc, là,d'après moi, ils sont en évaluation, là, des rapports qu'on a rapportés parrapport à ça.

M. Ouellette : Est-ce que jeme trompe de penser, puisque vous avez du financement de cinq ans,

Mme Irazoqui (Lauryann) : ...de la Beauce. Donc, l'étude, elle a duré trois ans. Maintenant le trois ansest échu, puis la balle est dans leur camp. Donc, là, d'après moi, ils sont enévaluation, là, des rapports qu'on a rapportés par rapport à ça.

M. Ouellette : Est-ce que je me trompe de penser, puisque vous avez du financement decinq ans, >que c'est Sécurité publique Canada puis Justice Canada quivous a financé?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Présentement, c'est Justice Canada. Il y a eu la Sécurité publique, là, dansles années précédentes, qui se sont comme chevauchés. Donc, présentement, c'estle ministère de la Justice.

M. Ouellette : Donc, vousn'existez pas sur le «payroll» québécois, là. Vous faites une jobextraordinaire, mais vous ne nous coûtez pas une cenne? Si je comprends ça,là...

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Bien, on a quand même le municipal qui fournit, là. Tu sais, c'est un organismecommunautaire. Ça fait qu'on... c'est sûr qu'on relève de plusieursfinancements pour assurer la pérennité du service. Là, on est à lareconduction, là, de VIP, là, au niveau du ministère de la Justice. On a déposéle projet, là, à différents ministères. On est en attente, là, de réponses à ceniveau-là.

M. Ouellette : Est-ce quevous êtes... votre organisme, dans la région de Lévis, vous êtes tout seul àfaire ça?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Oui.

M. Ouellette : O.K. Donc, enBeauce, il n'y en a pas. Ça fait que donc...

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Il y a les infirmières de rue qui assurent un certain support, mais pas detravailleurs de rue ni d'intervenants parce que c'est des intervenants jeunesseau niveau de la Beauce. Donc, ça arrête à 18 ans. Puis, après ça, il n'y apas de suivi.

Mme Irazoqui (Lauryann) : Bien,en fait, en Beauce, il y a une intervenante qui est là à temps partiel pourcouvrir le grand, grand, grand territoire de la Beauce, donc...

M. Ouellette : Si lefinancement n'est pas reconduit en mars, avril, mai, donc dans quatre mois, cemonde-là va tout où? C'est Québec qui s'en vient prendre la relève ou on seretrouve avec un bris de service?

Mme Irazoqui (Lauryann) :Bris de service.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Bris de service dans l'optique où est ce que, bon, si ce n'est pas reconduit,oui, il pourrait y avoir un bris de service. Mais on travaille très, très, trèsfort, là, à aller chercher, là, les subventions nécessaires pour reconduire leprojet. Puis on s'arrime aussi avec les partenaires du milieu pour être capablede récupérer cette clientèle-là à différents niveaux, là, au niveau du CISSS,au niveau du service de police, au niveau du centre jeunesse, au niveau desdifférents partenaires aussi, le CAPJ, là, notamment, à Lévis. Donc, c'est sûrque c'est des organismes qui sont déjà en place, là, qui vont répondre à cettedemande-là.

Le Président (M. Lafrenière) :Le député d'Hochelaga-Maisonneuve, s'il vous plaît.

M. Leduc : ...M. le Président,bonjour à vous deux. Je veux vous dire que j'ai beaucoup de respect pour letravail des travailleuses de rue en général puis, visiblement, le vôtre aussiici aujourd'hui.

Trois petites questions. D'abord sur lestermes. Moi, je m'intéresse beaucoup aux mots qu'on choisit pour décrire lesréalités de la vie, puis vous avez utilisé autant le mot «travailleurs,travailleuses du sexe, personnes en situation de prostitution». Est-ce que,selon vous, si on est à 16 ou 17 ans, on peut être une travailleuse dusexe?

Mme Irazoqui (Lauryann) :Bien, moi, c'est sûr que... ça peut être vu différent d'une intervenante àl'autre, je vais parler pour moi. Moi, je pense qu'en bas de 18 ans,malheureusement, ce n'est pas possible d'être une travailleuse du sexe parcequ'on rentre directement dans l'exploitation sexuelle puis la prostitutionjuvénile. Donc, pour moi, en bas de 18 ans, ce n'est pas possibled'avoir... tu sais, de consciemment... je ne sais pas comment l'expliquer. Enfait, en bas de 18 ans, on ne peut pas être une travailleuse du sexe parchoix tandis que, rendu... en tant qu'adulte, je crois qu'il y a des femmes quisont capables de le faire dans le respect, dans la dignité, et qui sontcapables d'être bien dans ce travail-là. Mais, par contre, mineures, non. Non,mineures, c'est vraiment de l'exploitation sexuelle.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Il y a une notion de consentement aussi, là, qui est à prendre en compte.

M. Leduc : Parfait, c'est trèsclair. Merci beaucoup. Sur donc la question des mineurs justement, puisqu'onest là-dedans, on a parlé tantôt un peu des chiffres que vous mettez, à lapage 3, et là je réalise, avec les explications que vous donniez à macollègue tantôt, que c'est une autodéclaration par rapport à l'âge. Tu sais,quand vous dites : On a rencontré 1 % d'âge mineur, 36 % de18-25, 34 %... bon, etc., plus haut, plus haut, c'est une autodéclarationparce que vous dites : On ne les cartait pas. C'est ça que vous m'avez dittantôt.

Mme Irazoqui (Lauryann) :Oui, puis on y va aussi un peu à l'oeil : bon, O.K., elle a l'air d'êtredans la vingtaine... Tu sais, parce qu'on ne dire pas : O.K., bonjour,toi, c'est quoi, ton nom, tu as quel âge... Il faut que je rentre tout ça dansmes dossiers. On y va : O.K., elle, elle est dans la vingtaine, elle est dansla trentaine, dans la quarantaine, O.K., elle a la quarantaine passée. Donc, jedirais, c'est vraiment un approximatif, là, de ce qu'on peut évaluer.

M. Leduc : Parce que je suistrès surpris de voir ces chiffres-là, dans le sens où ce qu'on entend beaucoup,c'est que la demande, c'est pour les plus en plus jeunes, donc les mineurs. Çafait que de dire qu'il y en a 1 % de tout... que vous verrez beaucoup depersonnes, là, 635 personnes que vous avez rencontrées, 1 % d'âgemineur seulement, moi, je suis subjugué de voir ça, j'aurais pensé que çaaurait été l'inverse. Est-ce qu'on peut imaginer que, dans le 36 % des 18à 25, il y en a un méchant paquet, là-dedans, qui sont en réalité des mineurs.

• (11 h 40) •

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Bien, vu que nos milieux où est-ce qu'on fréquente... c'est les salons demassage, les bars, les domiciles, je veux dire, il faut quand même être adultepour avoir une maison ou un appartement. Donc, c'est sûr que nous, on se faitvoir dans les milieux où est-ce que la prostitution est là, et les tenanciers desalons, exemple, n'iront pas embaucher ou prendre des jeunes filles, là, entout cas, pas sur la rive sud, là, moi, je n'en ai jamais vu, ils ont quandmême une conscientisation. Puis les jeunes, bien, ils ne connaissent pasnécessairement encore le service parce qu'on ne promouvoit pas le servicenécessairement encore, là, dans les écoles et

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) : ... est là, et les tenanciers de salons, exemple, n'iront pas embaucherou prendre des jeunes filles, là, en tout cas, pas sur la rive sud, là, moi, jen'en ai jamais vu, ils ont quand même une conscientisation. Puis les jeunes,bien, ils ne connaissent pas nécessairement encore le service parce qu'on nepromouvoit pas le service nécessairement encore, là, dans les écoles et >les...Ils sont au courant par l'entremise des travailleurs de rue qui travaillentavec nous, mais ce n'est pas une grande majorité qui va venir nous voir. Donc,les chiffres que vous voyez, c'est vraiment parce que, nous, on se présentedans des milieux adultes. Ça fait que c'est pour ça qu'on a une clientèle, là,qui est majoritairement adulte, là, au niveau des chiffres.

M. Leduc : C'est très clair.Dernière petite question. Je trouve ça super le fun quand vous parlez deprojets de vie positifs. On parle de la sortie, dans le fond, de laprostitution. Moi, une de mes obsessions dans cette commission-là, c'est :Qu'est-ce qui favorise une sortie réussie à moyen, long terme? Puis l'aspect,souvent, socioéconomique, je trouve qu'on l'écarte. Parce qu'il y a beaucoup,souvent, de pauvreté ou de précarité économique quand on sort de laprostitution. Quelle est votre expérience, vous, des conditions, autant lesconditions sociales, les conditions économiques, qui favorisent une sortieréussie?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Bien, moi, je pense qu'autant que la personne va se retrouver dans un milieuprostitutionnel à cause d'éléments, justement, de la vie, santé mentale,consommation, faible niveau de scolarité, tu sais, vulnérabilité, autant qu'entravaillant sur ces aspects-là, la femme, par elle-même, va s'organiser, vaaugmenter ses facteurs de protection, diminuer ses facteurs de risque puis vaelle-même émerger, là, en actualisation. Au niveau de la pyramide de Maslow,là, les besoins de base vont être comblés, l'appartenance. On va désisoleraussi ces femmes-là en les impliquant dans différents organismes où est-cequ'il y a des ateliers, des cuisines communautaires, on va créer des nouveauxréseaux sociaux, ce qui fait que la femme va finir par émerger d'elle-même, là,de ce milieu-là. Puis d'ailleurs on a 37 femmes depuis les quatredernières années, là, qui se sont retirées dumilieu, là, carrément.

M. Leduc : Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. On va y aller avec deux dernières questions très, très courtes.Députée de Notre-Dame-de-Grâce.

Mme Weil : Oui. Vousavez déjà... Bonjour. Merci pour votre présentation, votre énergie, votredévouement, là, vraiment à une cause. Donc, vous avez parlé justement d'essayerd'amener le jeune à... l'informer, essentiellement, lorsque c'est un mineur oudans un cas extrême, et que, de toute façon, vous êtes obligés, en vertu de laloi, de faire le signalement. Donc, quelle est la clé du succès pour encouragerou vraiment persuader quelqu'un de faire cette déclaration?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :...travailleur de rue en soi.

Mme Weil : Et, deuxièmequestion, la prévention auprès des proxénètes. Qu'est-ce que vous faites?Comment vous agissez? Nous expliquer un peu en quelques secondes, j'imagine.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Donc, la première question. C'est sûr que par le travail de rue, les jeunes, tusais, ne nous perçoivent pas nécessairement comme des délateurs, parce qu'onn'a pas ce mandat-là. On a le mandat d'accueillir le jeune, de l'accompagner,de le soutenir, donc le jeune va vraiment avoir confiance en nous. Ça fait quec'est pour ça qu'on n'a pas nécessairement le piton, là, très rapide, là, surla dénonciation. On va y aller vraiment en cas de force majeure ou quand lachaleur est vraiment insoutenable par notre mandat et que c'est maintenantrendu à une autre personne, là, de continuer notre travail. Donc, à ceniveau-là, c'est... je pense que le travail de rue fait son oeuvre, là, avec lejeune.

Puis, au niveau des proxénètes, bien,nous, on n'est pas nécessairement en lien, on ne les voit pas. Oui, on croisedes fois les clients, mais ce n'est pas dans une optique d'intervention, onfait seulement les croiser.< Donc...>

Mme Weil : Mais vousmentionnez quand même... Bon, vous dites : «Les travailleurs de rue font égalementde la prévention auprès des proxénètes, des clients, des acteurs indirects del'exploitation. Encore une fois, notre organisme pense que, pour ces gens, plusces gens seront informés des dommages qu'ils causent chez leurs victimes et desconséquences judiciaires qu'ils encourent, moins ils seront portés à commettrece genre de délits.» On en a parlé hier, il y a un projet, donc, en Alberta, oùjustement ils travaillent cet... Donc, on dirait que, quand même, vous croisezces personnes ou c'est un souhait d'éventuellement aller dans cette direction?

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Oui. C'est un souhait d'aller dans cette direction-là. On en croise, on discuteavec eux, mais ce n'est pas nécessairement de l'intervention ciblée deréduction au niveau des proxénètes, là.

Mme Weil : Mais c'estintéressant quand même parce que, nous, c'est quelque chose qu'on veutregarder, les mesures de prévention, puis, après cette présentation qu'on a eued'un groupe en Alberta, à Edmonton, qui ont eu du succès avec ça, c'est sûrque, je pense, cette commission est intéressée aussi par ces genres de mesuresde prévention, oui, et de dévolution, si on veut. Alors, si vous aussi, voustrouvez que l'idée peut être intéressante, c'est intéressant.

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) :Puis, comme le disait tout à l'heure Geneviève Quinty, c'est sûr que les milieuxcriminalisés, cristallisés... Tu sais, il ne faut pas être utopique, là. Moi, c'estça, je n'atteindrai peut-être pas ce niveau-là, mais c'est sûr qu'en agissantau niveau des mineurs, qui sont des fois ambivalents, c'est là, je pense, qu'onpeut avoir du succès, oui, exactement.

Le Président (M. Lafrenière) :Dernière question rapide. Députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) :Bien, écoutez, merci beaucoup, monsieur. La plupart des questions ont étéposées. C'était surtout, là, le... qu'est-ce qui se passe avec le <1 %...

Mme Duchesneau-Couillard (Véronique) : ... peut-être pas ce niveau-là, mais c'est sûr qu'en agissant au niveaudes mineurs, qui sont des fois ambivalents, c'est là, je pense, qu'on peutavoir du... succès, oui, exactement.

Le Président (M. Lafrenière) : Dernière question rapide. Députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) : Bien, écoutez, merci beaucoup, monsieur. La plupart des questions ontété posées. C'était surtout, là, le... qu'est-ce qui se passe avec le >1 %,étant donné l'objectif et la mission de cette commission spéciale. Parailleurs, je tiens à vous féliciter parce que le travail que vous faites estimportant. Vous en avez mentionné les résultats. Et peut-être un petit commentaire.Justement, dans le continuum de services, ce que vous... les questions que vousposez, les... vous avez dit que vous aviez un questionnaire, et tout ça. Çapeut servir, ça aussi, pour, justement, les organismes qui gravitent autour etque vous essayez aussi de mettre en lien. Donc, je pense que ça aussi, c'esttrès important. Alors, voilà. Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) :Mesdames, merci beaucoup. Au nom de la commission, merci pour votreprésentation.

Nous allons suspendre les travaux de lacommission. Nous serons de retour jusqu'après les affaires courantes. Merci.

(Suspension de la séance à 11 h 46)

17901 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute 549 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17935 ANQ.Vigie.Bll.Depute 33 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17949 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T15:30:00 2

(Reprise à 15 h 35)

Le Président (M. Lafrenière) :La Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs reprend sestravaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloiréteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.

Nous poursuivons les consultationsparticulières et auditions publiques de la Commission spéciale surl'exploitation sexuelle des mineurs. Cet après-midi, nous entendrons, enaudition conjointe, le Regroupement québécois des centres d'aide et de la luttecontre les agressions à caractère sexuel, les CALACS, et la Direction généralede l'indemnisation des victimes d'actes criminels. Nous entendrons égalementMme Rose Dufour et M. Daniel Loiseau.

Alors, je vais vous souhaiter labienvenue. Je vais vous rappeler les règles d'usage. Vous allez avoir chacun15 minutes de présentation. Et par la suite ce sera une période d'échangede 30 minutes avec les membres de la commission. J'ai bien dit une périoded'échange. Alors, ça se veut très agréable, ensemble. Je vais donc commencerpar les CALACS en vous disant que vous avez 15 minutes. Alors, je vousdemanderais de vous présenter et de débuter votre exposé.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Merci. Bonjour. Je m'appelle Maude Dessureault Pelletier. Je suis intervenantedans un CALACS, le CALACS Saguenay, qui s'appelle La Maison ISA. Je suisintervenante au niveau de l'exploitation sexuelle, donc, auprès des victimes.Avant de travailler dans les CALACS, j'ai travaillé pendant une dizained'années dans les maisons d'hébergement, donc, encore là, au niveau desviolences faites aux femmes et auprès des femmes en difficulté. Aujourd'hui,dans La Maison ISA, je suis chargée de projet pour le développement desservices pour les femmes et les filles qui ont vécu en lien avec laprostitution sur le territoire du Saguenay.

Le constat qu'on a fait, au CALACS deSaguenay, c'est que les femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitutionsont extrêmement marginalisées et ont des conditions de vie difficiles. Ellesvivent avec tellement de traumatismes qui sont compliqués, et parfois il estdifficile de les aider dans les dispositions actuelles.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Bonjour. Moi, c'est Marie-Michèle Whitlock. Je représente aujourd'hui leregroupement des CALACS, mais je travaille au CALACS-Agression Estrie, doncsitué à Sherbrooke. Ça fait une dizaine d'années, en fait précisément 13 ans,que je travaille auprès des filles et des femmes qui sont dans l'exploitationsexuelle, dans la prostitution, soit en tant que travailleuse de rue pendant septans, et sinon auprès des CALACS, donc, dans deux régions différentes.

Le constat qu'on apporte, en fait, aussi,en fait, personnellement, dans ma pratique, autant dans le travail de rue qu'auniveau des CALACS, c'est que, quand on a un passage dans l'exploitationsexuelle souvent à l'adolescence, ça peut se rendre jusqu'à l'itinérance auniveau de l'âge adulte, une des conséquences qu'on peut constater sur leterrain.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Je me permets de vous présenter un petit peu le Regroupement québécois desCALACS. Je vais aller très vite. Mais je veux que vous sachiez que leRegroupement québécois des CALACS existe depuis 40 ans. Il y a des CALACS danspresque toutes les régions du Québec. Les CALACS, c'est des organismes qui ont développéune expertise au niveau des violences sexuelles, violences sexuelles incluantl'exploitation sexuelle et toutes les formes d'agressions à caractère sexuel.On agit auprès des 14 ans et plus. On agit en prévention, en intervention, maisaussi en matière de lutte, donc, au niveau des revendications.

Le constat que les CALACS font au sujet del'exploitation sexuelle, c'est que <ça occasionne... >laprostitution occasionne les mêmes conséquences chez les femmes et les fillesque d'autres formes de violences sexuelles comme les agressions sexuelles àrépétition ou l'inceste. Il y a peu de choses qui sont faites spécifiquement auQuébec pour les femmes qui souhaitent quitter la prostitution. Puis une des causes de ça, c'est qu'il n'y a pas de reconnaissancecomme quoi la prostitution adulte est aussi une forme de violence sexuelle puisqu'il y a une différence marquée entre les mineurs et les majeurs dans lapensée populaire.

On va commencer par une petite définitionpour avoir une base commune. C'est une définitionqui nous vient du Secrétariat à la condition féminine : «À travers sesmultiples manifestations, l'exploitation sexuelle implique généralement unesituation, un contexte ou une relation où un individu profite de l'état devulnérabilité ou de dépendance d'une personne ou de l'existence d'une inégalitédes rapports de force dans le but d'utiliser le corps de cette personne à desfins d'ordre sexuel, en vue d'en tirer un avantage. Il peut s'agir d'unavantage pécuniaire, social ou personnel tel que la gratification sexuelle outoute autre forme de mise à profit.»

• (15 h 40) •

Donc, ce que je veux que vous reteniezpour bien comprendre le reste de la présentation. Dans cette définition-là, onretrouve les concepts d'état de vulnérabilité, donc quelqu'un qui profite del'état de vulnérabilité d'une autre personne. On a le concept de dépendance àune autre

Mme Dessureault Pelletier (Maude) : ...ce que je veux que vous reteniez pour bien comprendre le reste de laprésentation. Dans cette définition-là, on retrouve les concepts d'état devulnérabilité, donc quelqu'un qui profite de l'état de vulnérabilitéd'une autre personne. On a le concept de dépendance à une autre >personne.On a le concept d'existence d'inégalités entre les rapports de force puis celuioù il y a une personne qui utilise le corps d'une autre personne pour arriver àses propres fins.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Dans le concret, en fait, on inclut tout ce qui est les danseuses nues, que çasoit dans un bar ou que ça soit dans des partys privés. On inclut, en fait,tout échange sexuel pour d'autres services, donc de l'hébergement en situationde fugue, par exemple, mais aussi autres services en fin de mois quand unefemme adulte n'arrive pas. On inclut aussi toutes les femmes qui peuvent senommer escortes, qu'elles soient dans des agences ou qu'elles soient ditesautonomes, massages érotiques, pornographie, prostitution de rue. Dans toutesces formes d'exploitation sexuelle, on retrouve des jeunes filles mineures,entre autres.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :On est ici aujourd'hui, on va en profiter, on a votre attention pour vousapporter un petit peu une vision sociale de l'exploitation sexuelle. Donc,plutôt que vous parler de, spécifiquement, qu'est-ce qu'on fait auprès desvictimes, on va tenter de vous expliquer pourquoi, à notre avis,l'exploitation  sexuelle des filles mineures n'est pas un phénomène qui prend finle jour de leurs 18 ans. On va en profiter pour vous expliquer, vous démontrerpourquoi on considère que la prostitution s'inscrit comme une forme de violencecommise à l'endroit des femmes et des filles. Puis on va aussi vous démontrerquelques actions gouvernementales qui seraient nécessaires pour offrir unprojet de société qui permet aux femmes et aux filles de ne pas être happées dansl'industrie du sexe.

Donc, on commence avec le premier point.L'exploitation sexuelle des filles n'est pas un phénomène qui prend fin à leurpassage à la majorité. Donc, est-ce que vous étiez au courant que l'âge moyend'entrée dans la prostitution, au Québec, est de 14 ans? On ne connaît pasl'âge de sortie de la prostitution, mais il se situe bien au-delà de l'âge dela majorité. Donc, pourquoi considérer qu'il y a une différence à partir dumoment où ces filles-là sont majeures? 80 % des femmes sont rentrées dansla prostitution en étant mineures. Puis, dans la majorité des cas, ces jeunesfilles chercheront de l'aide une fois adultes pour se sortir de l'industrie dusexe et travailler sur les conséquences de leur passage dans l'industrie dusexe. Présentement, nous n'avons pas le filet social pour les aider à lamajorité.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :On a peu de difficultés à reconnaître socialement qu'une jeune fille mineure ouune personne, en fait, qui est contrainte par un proxénète, soit par la force,par des violences physiques, sexuelles, sous contrôle, fait partie del'exploitation sexuelle. Par contre, on a un problème lorsqu'on parle d'unefemme adulte qui serait contrainte par des contraintes sociales, soitéconomiques, aussi sexistes, d'inégalité. Donc, lesfemmes les plus vulnérables, en fait, peuvent se retrouver aussi dans ce mêmemilieu. On aimerait bien se faire accroire qu'il y a une ligne très claire, enfait, entre l'exploitation sexuelle et la prostitution dite volontaire,consentante, mais, malheureusement, sur le terrain, la zone est beaucoup plusgrise. Les jeunes filles mineures côtoient les femmes adultes. Et les mêmesprocessus, en fait, de recrutement, au niveau du leurre, de l'entrée dans laprostitution... sont les mêmes que ça soit à l'âge adulte ou à l'âge mineur.

On trouve aussi que, puisque, socialement,on banalise la pornographie, l'hypersexualisation, l'industrie du sexe dans sonensemble, ceci facilite, en fait, le travail, entre guillemets, des proxénètes.Les recruteurs ont la vie de plus en plus facile puisque ce milieu est vraimentbanalisé auprès de la population générale.

Mme Dessureault Pelletier(Maude) : On est rendus à notre deuxième point. Donc, on va tenter de vous démontrer pourquoi on inscrit la prostitution comme uneforme de violence commise à l'endroit des femmes et des filles.

Je commence par vous dire que neufpersonnes sur 10 quitteraient la prostitution si elles le pouvaient. Ça vientdu Conseil du statut de la femme, en 2012. Dans la grande

Mme Dessureault Pelletier(Maude) : ...je vais vous démontrer pourquoi on ainscrit la prostitution comme une forme de violence commise à l'endroit desfemmes et des filles.

Je commence par vous dire que neufpersonnes sur 10 quitteraient la prostitution si elles le pouvaient. Ça vientdu Conseil du statut de la femme, en 2012. Dans la grande >majorité descas, la prostitution est un acte de survie. Le taux de mortalité des femmesdans la prostitution est de 40 fois supérieur à celui des femmes dans lapopulation générale.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Une fois que tu as vécu de la violence sexuelle, que ça soit dans l'enfance, àl'adolescence... On sait que les femmes adultes qui se retrouvent dans laprostitution ont majoritairement vécu ces violences-là. C'est devenu comme plusfacile de retourner, en fait, dans ce milieu-là. Les facteurs sociaux, dont lapauvreté, mais les violences... On voit une continuité, en fait, dans la vie decertaines femmes, où est-ce qu'elles vivent des violences avant d'être dans cemilieu-là, elles vivent des violences pendant dans ce milieu-là. Et parfois lesconséquences sociales peuvent être aussi très, très violentes. Donc, il y avraiment un continuum pour les CALACS. De la prostitution, de l'exploitationsexuelle, ça s'inclut dans un continuum de violences faites aux femmes, autantdans leur vie privée que publique.

Lorsqu'on fait une distinction claire,comme, présentement, la société québécoise peut faire, entre la prostitutionadulte et la prostitution juvénile, l'exploitation sexuelle des mineures, onpense que ça fait un frein, en fait, à la lutte contre la traite des personneset de l'exploitation sexuelle en général. On pense que ça peut entravercertaines initiatives ou la proactivité de certains corps policiers ou même desgouvernements.

Un des premiers facteurs de risque à seretrouver dans la prostitution ou dans l'exploitation sexuelle, pour nous,c'est tout simplement d'être une femme. Bien sûr qu'il y a plus de vulnérabilitéà l'adolescence comme pour plein d'autres problématiques, mais, pour nous, lefait d'être une femme, on a une chance dans notre vie de peut-être être vendue.Au Québec, on sait que c'est les femmes qui représentent une majorité depersonnes dans la prostitution. Certains chiffres peuvent parler de 90 %.Quand on regarde du côté des clients, c'est, en fait, une grosse majoritéd'hommes. On parle de 99 % des acheteurs d'actes... voyons, de servicessexuels sont des hommes. On peut tout de suite constater, en fait, qu'il y aune inégalité entre les sexes dans cette problématique sociale là.

Cette industrie exploite la misère, lavulnérabilité des personnes et de certains groupes sociaux. On peut penser auxfemmes autochtones, qui sont quatre fois plus représentées dans laprostitution. La pauvreté, la violence, les inégalités entre les sexes, je l'aidéjà dit, constituent des préalables, en fait, à se retrouver dans cemilieu-là. Même si parfois certaines femmes adultes pourront nommer ou dirontqu'elles ont choisi ce métier ou consenti à être dans ce milieu, lorsqu'ellessortent, c'est à ce moment-là qu'elles nous nomment qu'elles ont eul'impression d'être violées à répétition et d'être brisées. C'est à cemoment-là qu'elles réalisent que les relations sexuelles dites consentantesétaient, en fait, des agressions sexuelles. Les relations sexuelles n'étaientpas consentantes parce que, pour nous, pour consentir à une relation sexuelle,il faut faire un choix libre, éclairé, enthousiaste et partagé des individusqui pratiquent la relation sexuelle. Dans le cas de l'exploitation sexuelle oude la prostitution, il n'y a pas de consentement. La prostitution, les femmesdisent plutôt oui à l'argent, le service ou même sont obligées d'y être.

Les conséquences, ça a été nommé tantôt,sont très semblables à tous les types d'agression sexuelle qu'on peut nommer.Et une qu'on retrouve, où est-ce que les CALACS travaillent systématiquementavec les femmes qu'on rencontre, c'est la honte et la culpabilité. Socialement,on repose souvent la responsabilité sur les femmes, en fait, d'avoir vécu desviolences sexuelles, mais particulièrement aux femmes qui sont dans laprostitution parce qu'elles se sont mis, entre guillemets, les deux pieds dansle pétrin.

• (15 h 50) •

Si on regarde dans des situations defugue, malheureusement, il y a encore beaucoup d'interventions qui sont faitesauprès des jeunes filles au niveau de leur changement de comportement, leurapprendre à faire des bons choix pour ne pas se retrouver en danger dans cemilieu. C'est très

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :...les deux pieds dans le pétrin.

Si on regarde dans des situationsde fugue, malheureusement, il y a encore beaucoup d' interventionsqui sont faites auprès des jeunes filles au niveau de leur changement decomportement, leur apprendre à faire des bons choix pour ne pas se retrouver endanger dans ce milieu. C'est très >délicat, la façon de travailler cettenotion, en fait, cette honte puis cette culpabilité-là. Mais, quand on parle dela prostitution, les femmes adultes qui s'y retrouvent, qui sont là, ne voientmême pas, en fait, une possibilité de demander de l'aide parce que, dans lefond, elles l'ont bien choisi. Les CALACS travaillent au quotidien, en fait, àtenter de dénouer cette honte et cette culpabilité qu'elles portent en elles.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Le troisième point, on va y aller rondement...

Le Président (M. Lafrenière) :Je suis désolé, mesdames. Il vous restait environ cinq secondes. Je crois qu'onva être capables de revenir à vous dans la période de questions. Ça va?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :D'accord.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Merci pour votre écoute.

Le Président (M. Lafrenière) :J'invite maintenant la Direction générale de l'indemnisation des victimesd'actes criminels, l'IVAC, à se présenter puis à commencer leur exposé.

M. Rodrigue (Jean) : Bonjour.Alors, je me présente, Jean Rodrigue. Je suis directeur général par intérim àla Direction générale de l'IVAC. Et je suis accompagné aujourd'hui de MeCatherine Geoffroy, de la Direction des affaires juridiques.

Je veux vous remercier de nous donnerl'opportunité de venir parler de la Direction générale de l'IVAC et de vousparler des services qui peuvent être offerts aux personnes mineures. Laprésentation va se dérouler en trois parties : d'abord, une présentationgénérale, par la suite Me Geoffroy va vous entretenir du cadre dans lequel nousévoluons, et enfin une partie propre aux victimes mineures.

Le mandat de la Direction générale del'IVAC consiste à indemniser les personnes victimes d'actes criminels. Il estimportant ici de souligner que la Direction générale de l'IVAC applique lanotion de victime en vertu des critères prévus à la Loi sur l'IVAC ainsi quedes orientations du ministère de la Justice. Ceci n'enlève en rien, bienentendu, le caractère victimisant des crimes qui ne sont pas couverts par cetteloi ni le caractère malheureux des circonstances que peut vivre toute personnevictime d'un événement tragique. Nous tenions à le préciser. Donc, notre mandat :indemniser les personnes victimes d'actes criminels, leur offrir des servicesde réadaptation afin d'atténuer les conséquences de l'événement traumatique etles accompagner dans leur démarche de rétablissement.

La Direction générale de l'IVAC, en 2018,au 31 décembre 2018, c'est 8 969 demandes reçues. 80 % desdemandes qui sont traitées sont acceptées. 16 571 dossiers dans lesquelsdes prestations ont été versées, pour une somme approximative de 121 millionsde dollars. Au 30 septembre 2019, nous constations une augmentationdes demandes de 3,5 %. La Direction générale de l'IVAC a un statutparticulier. Le régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels relève duministère de la Justice du Québec, et celui-ci a confié à la commission desnormes, de l'équité, santé et sécurité du travail la gestion administrative dece régime.

Chacun a des rôles et des responsabilitésbien définis. Le ministère de la Justice est responsable de l'exécution de laloi, également responsable de l'analyse, du développement et de l'évolution durégime de l'IVAC. De son côté, la Direction générale de l'IVAC détient unmandat de gestion administrative, comme je viens de vous le mentionner,détermine l'admissibilité des demandes en vertu des critères prévus à la loi,rend des décisions concernant les services et les indemnités, le cas échéant,bien entendu, et répond de ses activités au ministre de la Justice et lui faitrapport de l'application de la loi.

Avant de passer au cadre légal,permettez-moi de vous expliquer très brièvement le cheminement et le traitementd'une demande de prestations. Bien entendu, il faut remplir une demande deprestations à l'aide d'un formulaire et joindre tout document utile pourappuyer la demande de prestations. Cette demande sera analysée et pourra soitêtre acceptée ou refusée. Dans l'éventualité où elle est refusée, la personnevictime pourrait toujours demander une révision de cette décision au Bureau dela révision administrative.

Lorsque la demande de prestations estacceptée, ce qui est le cas dans plus de 80 % des demandes traitées, alorsla personne victime est prise en charge par la Direction générale de l'IVAC. Unplan d'intervention sera mis en place. Régulièrement, on s'assure qu'il esttoujours adapté pour favoriser le rétablissement de la personne victime.Lorsque les blessures se stabilisent, alors il sera temps d'évaluer lesséquelles permanentes et les limitations fonctionnelles qui pourraient donnerdroit à la personne victime à de la réadaptation soit sociale et/ouprofessionnelle.

Je passe maintenant la parole à Me Geoffroy,qui va vous expliquer le cadre légal sur lequel nous nous appuyons pour rendrenos

M. Rodrigue (Jean) : ...quipourraient donner droit à la personne victime à de la réadaptation soitsociale et/ou professionnelle.

Je passe maintenant la parole àMe Geoffroy, qui va vous expliquer le cadre légal sur lequel nous nousappuyons pour rendre nos >décisions.

Mme Geoffroy (Catherine) :Bonjour. Il me fait également plaisir d'être ici avec vous aujourd'hui, là,pour vous parler du cadre légal dans lequel oeuvre laDirection générale de l'IVAC.Par cadre légal, là... vous le savez, ce n'est pas toujours simple. Donc, jevais vraiment tenter de vous résumer, en fait, là, le cadre légal le plus simplementpossible.

La Direction générale de l'IVAC appliquela Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels, qui est en vigueurdepuis 1972. C'est cette loi qui va établir, là, comme je viens de vous lementionner, les critères qui servent à l'analyse de l'admissibilité d'une demandede prestations. La Loi sur l'IVAC réfère à la Loi sur les accidents du travail,qui est en vigueur depuis 1931, pour tout ce qui est des indemnités, del'assistance médicale et de la réadaptation qui peuvent être offertes auxvictimes.

Comme je viens de le mentionner, c'est vraimentla Loi sur l'IVAC qui détermine les critères analysés pour l'analyse d'une demande de prestations. Ce sont auxarticles 3 et 11 de la loi qu'on prévoit ces critères. Il y a quatrecritères essentiels qui doivent être analysés, soit la territorialité... Ondoit vérifier si l'acte criminel figure à l'annexe de la loi. Il doit y avoirune preuve objective de blessure. Et la loi prévoit également un délai danslequel la victime doit présenter sa demande de prestations. Donc, je vaisprendre le temps de vous expliquer un peu plus en détail chacun des critères.

Comme je viens de vous le mentionner, lepremier critère, c'est la territorialité. Donc, le crime doit avoir été commisau Québec. Si on a une personne, touriste ou un étudiant étranger, au Québec,qui est victime d'un crime, cette personne-là pourra bénéficier des avantagesprévus par la loi. Par contre, une Québécoise ou un Québécois victime d'uncrime à l'étranger ne pourrait bénéficier du régime prévu, là, par la Loi surl'IVAC.

Maintenant, je vais passer au deuxièmecritère. Donc, la victime doit avoir été victime d'un crime qui se retrouve àl'annexe de la loi. Ce sont tous des crimes contre la personne et non contredes biens. On vous a soumis une... Notre présentation, je ne sais pas si vousl'avez entre les mains, mais sinon je vais vous inviter... Si vous l'avez, enfait, je vous invite à consulter la page 12, sinon vous pourrez laconsulter ultérieurement. On a reproduit, en fait, la liste des crimes qui estprévue par la Loi sur l'IVAC. Cette liste-là a été modifiée pour la dernièrefois en 1985. Je vais faire la lecture avec vous de certains crimes qui s'yretrouvent... dans lequel, dans un contexte, là, d'exploitation sexuelle, enfait, un agent à l'admissibilité, là, en fait,pourrait considérer que le crime a été commis.

Donc, on a, par exemple, le crime derapport sexuel avec une personne de sexe féminin âgée de moins de 14 ansou de moins de 16 ans. Je veux vraiment prendre le temps de préciser qu'ona reproduit l'annexe telle qu'elle est rédigée actuellement. On réfère, dans laliste, à l'article 153 du Code criminel. Et aujourd'hui l'article 153est... en fait, le titre, c'est «Exploitation sexuelle». Mais, dans l'annexe dela Loi sur l'IVAC, c'est encore écrit, là : «Rapports sexuels avec une personnede sexe féminin âgée de moins de 14 ans ou de moins de 16 ans.» Donc,on y retrouve aussi l'inceste, tentative de meurtre, le fait de causerintentionnellement des lésions corporelles, voies de fait, agression armée ou inflictionde lésions corporelles, voies de fait graves, toute forme d'agression sexuelle,enlèvement et séquestration illégale.

Donc, j'attire votre attention sur le faitque les formes d'exploitation sexuelle telles que le proxénétisme, la traite depersonnes, la pornographie juvénile et le leurre informatique ne figurent pas àl'annexe de la loi. Par contre, je veux quand même prendre le temps de préciserqu'un agent à l'admissibilité qui reçoit une demande de prestations va prendrele temps d'analyser les circonstances dans lesquelles le crime a été commis.Donc, si, par exemple, on a une personne qui a rempli une demande de prestationsqui nous dit avoir été victime de traite de personnes, mais qui aurait aussivécu un enlèvement, par exemple, ou des voies de fait, bien, la Directiongénérale de l'IVAC pourra accepter la demande de prestations, mais devrapréciser, en fait, dans le dossier, sous quel crime, là, le dossier a étéaccepté.

• (16 heures) •

Donc, je vais passer maintenant autroisième critère, soit la preuve objective de blessure. Donc, il doit y avoirla présence d'une preuve objective de blessure soit physique ou psychologique.La personne victime doit fournir un document attestant de la blessure physiqueou psychologique, là, qui a été rédigé par un professionnel de la santé. Cequ'il faut comprendre, c'est que ce qui est indemnisé, c'est une blessure etnon un crime. C'est la raison pour laquelle on demande à ce qu'il y ait unepreuve de blessure qui soit déposée, là, dès l'admissibilité...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T16:00:00 2

Mme Geoffroy (Catherine) :...doit fournir un document attestant de la blessure physique ou psychologique,là, qui a été rédigé par un professionnel de la santé. Ce qu'il faut comprendre,c'est que ce qui est indemnisé, c'est une blessure et non un crime. C'est laraison pour laquelle on demande à ce qu'il y ait une preuve de blessure quisoit déposée, là, dès l'admissibilité.

Maintenant, je vais passer au derniercritère, soit le délai pour présenter une demande de prestations, parce que,oui, la loi prévoit un délai. Depuis le 23 mai 2013, ce délai est de deux ansde la survenance du préjudice. Ce qu'il faut comprendre, c'est que, pour lesmineurs, on ne peut pas leur imposer le délai, ce qui fait en sorte que ledélai pour présenter leur demande va commencer à courir à compter de leurmajorité. Par contre, pour différentes raisons, il est bien évident qu'unepersonne pourrait déposer sa demande dans le délai, ce qui fait en sorte que laloi a prévu qu'une victime peut démontrer, par des motifs raisonnables, qu'ellen'a pas renoncé à se prévaloir de la loi.

Donc, encore une fois, je vais illustrerpar un exemple. Une victime, là, qui serait sous l'emprise d'un proxénètependant plusieurs années et qui déposerait sa demande une fois qu'elle estdéfaite de son emprise, soit, par exemple, 15 ans plus tard, et qui déposeraitune demande à la direction de l'IVAC, bien, sa demande serait considérée commeétant hors délai. Par contre, les agents à l'admissibilité vont prendre letemps d'examiner les circonstances et pourquoi, en fait, la personne n'a pasdéposé sa demande dans le délai, et la personne pourra à ce moment-là êtrerelevée de son défaut, et la demande pourra être acceptée.

M. Rodrigue (Jean) : Troisièmepartie maintenant de notre présentation. Nous allons vous parler spécifiquementdes personnes victimes mineures.

Quelques statistiques. En 2018, unpourcentage de près de 21 % des personnes indemnisées à la Direction généralede l'IVAC avaient moins de 18 ans. 58,7 % des délits perpétrés auprès despersonnes mineures sont des crimes à caractère sexuel.

Depuis le 31 juillet 2017, et ce, suite audépôt du rapport du Protecteur du citoyen sur l'administration du régime, dépôtqui a été fait en 2016, les demandes de prestations dont la personne victimeest mineure sont présentées à l'aide d'un formulaire distinct, différent decelui des personnes victimes majeures. Un guide explicatif a également étédéveloppé pour faciliter la compréhension de ce formulaire.

Depuis le 1er juin 2017, les personnesmineures victimes d'agression à caractère sexuel sont également exemptées del'obligation de fournir une preuve objective de blessure au moment de déposerleur demande de prestations. La présomption qu'il y a une blessure suffit. Lespersonnes victimes mineures ne sont pas soumises non plus à un délai pourdéposer une demande de prestations, comme l'expliquait Me Geoffroy. La Directiongénérale de l'IVAC a également mis en place une équipe particulière pourtraiter ces dossiers.

Mme Geoffroy (Catherine) :Maintenant, pour ce qui est des prestations offertes aux victimes, comme jevous l'ai mentionné, c'est ce qui est prévu par la Loi sur les accidents dutravail, sachez qu'une personne victime mineure bénéficie exactement des mêmesavantages qu'une personne majeure. La particularité, c'est qu'il y auraitcertaines indemnités qui pourraient être versées aux parents qui accompagnentleur enfant dans certains traitements. Par exemple, là, il pourrait y avoir desfrais de déplacement qui sont payés au parent qui accompagne son enfant à uneséance de consultation psychologique, par exemple.

Il y a également des mesures deréadaptation sociale et professionnelle. Par mesures de réadaptation sociale,je vous donne quelques exemples, là. Il peut y avoir des services depsychothérapie ou de psychoéducation qui peuvent être offerts. Il peut y avoirde l'accompagnement parental, de l'aide psychothérapeutique aux proches desvictimes, de l'accompagnement scolaire, comme de l'aide aux devoirs, dututorat, des mesures de protection. Il pourrait y avoir l'installation d'unsystème d'alarme. Il pourrait y avoir le paiement de cours d'autodéfense. Et,dans le cas de certaines blessures physiques, il pourrait y avoir des fraisd'adaptation du domicile ou du véhicule, là, qui pourraient être égalementoctroyés. Dans le cas où on serait face à une personne mineure en emploi, lesmesures de réadaptation professionnelle pourraient également, là, s'appliquer àelle.

M. Rodrigue (Jean) : En résuméet en terminant, oui, la Direction générale de l'IVAC est soumise àl'application de la Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels. Lesformes d'exploitation sexuelle telles que le proxénétisme, la traite depersonnes, la pornographie juvénile, le leurre informatique ne figurent pas àl'annexe de la loi. Soyez assurés que chaque demande de prestations reçue auservice de l'accès au régime fait l'objet d'une analyse approfondie pourdéterminer la possibilité d'accepter la demande en vertu des critères prévus àla Loi sur l'IVAC. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Je vous remercie beaucoup. Nous allons maintenant passer à la période d'échangeavec les membres de la commission pour une période de 30 minutes en commençantpar la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster : Excellenteprésentation. Ma question s'adressera à mesdames du Regroupement québécois des

Le Président (M. Lafrenière) : Je vous remercie beaucoup. Nous allons maintenant passer àla période d'échange avec les membres de la commission pour une période de 30minutes en commençant par la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster : Excellenteprésentation. Ma question s'adressera à mesdames du Regroupement québécoisdes >CALACS. Vous êtes sur le terrain. Ce que j'entends dans votremessage, ce qui semble assez clair, c'est que là où la différence, dans laperception populaire, elle est très marquée, entre les mineurs et les majeurs.Donc, c'est comme si, à 18 ans, on traçait socialement une ligne sur laperception qu'on a de l'exploitation sexuelle versus la prostitution. Ce quej'en entends, c'est qu'au niveau de la vulnérabilité, de l'inégalité desrapports de force, il n'y a pas vraiment de ligne marquée à l'âge de 18 ans,c'est qu'on continue avec des problématiques qui se ressemblent. Ce qui faitque vous nous dites : Rendus à l'âge adulte, on n'a pas... Ce que j'aientendu, c'est : On n'a pas les moyens autant de les aider. Qu'est-ce quivous manque, là, au niveau des moyens pour pouvoir dire : On amélioreconsidérablement l'aide qu'on peut apporter à cette transition entre lesmineurs et les majeurs?

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Bien, <il y a peu... >en fait, il y a très, très peud'organismes qui travaillent spécifiquement auprès de ces filles-là et de cesfemmes-là. Et, dans une perspective de sortie, on peut parler d'hébergement, enfait, que ça soit de l'hébergement d'urgence, mais aussi de l'hébergement àplus long terme. Ça a été mentionné ce matin, là, je pense, par ma collègueGeneviève. On peut parler aussi... Ça existe dans certains autres pays, mais onparle beaucoup des conséquences psychologiques. Clairement, il faut s'yattarder, reconstruire la personne, tout ça. Mais il y a des conséquencesfinancières aussi. Souvent, ces femmes-là vont sortir avec des dettes, vontsortir plus pauvres qu'elles sont entrées dans ce milieu-là, et l'aide socialeest malheureusement insuffisante, et la pauvreté fait souvent qu'elles retournentdans le milieu.

Donc, il existe des programmes subventionnésde sortie à la prostitution. Donc, on aide financièrement ces femmes. On leurdonne des outils et des moyens pour qu'elles puissent réellement avoir unealternative et non y retourner lorsqu'elles sont prises à la gorgefinancièrement. On peut penser à des services de toxicomanie spécialisés. Il ya très peu, en fait, de services de toxicomanie non mixtes destinés aux femmes,premièrement, au Québec, deuxièmement, très peu de services de toxicomanie quivont être à l'aise de travailler, entre autres, avec ces femmes-là, mais avecle trauma aussi de ces femmes-là, donc des services où est-ce qu'ils serontspécialisés, à l'aise de travailler avec des femmes qui vivent des chocspost-traumatiques et qui ont un problème de consommation, parce qu'on sait quec'est une réalité aussi sur le terrain. Plusieurs développent des problèmes deconsommation d'alcool ou de drogues pendant le moment qu'elles sont dans cemilieu-là.

Il faut penser... En fait, à chaque foisqu'on pense... Il faut réfléchir sur toutes les facettes, en fait, de la vied'une personne, et les besoins sont nombreux. Je pense que vous allezrencontrer des survivantes. Elles sont mieux placées que moi pour détaillertous ces besoins-là. Mais sachez qu'il n'y a pas... Je pense qu'il y en a cinq,six, organismes spécialisés qui travaillent auprès de ces filles-là et de cesfemmes-là, et même ces organismes-là, certains ne sont pas financés de façonrécurrente. Donc, on en a parlé ce matin, c'est des projets, parfois desservices qui se coupent. Des fois, c'est des projets pilotes qui existentpendant trois ans. Woups! Après, ça n'existe plus. Bien, les personnes qui enécopent le plus, bien, c'est celles qui reçoivent des services, et ça ne lessoutient pas, en fait.

Mme Foster : Donc, si jecomprends bien, le financement à la mission n'est pas suffisant pour cesquelques organismes-là qui s'attaquent à cette problématique-là.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Entre autres.

Mme Foster : Entre autres?

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Oui.

• (16 h 10) •

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Si je peux me permettre de rajouter... Il y a aussi tout ce qui vient après l'industriedu sexe, donc qu'est-ce qu'elles vont faire, qu'est-ce qu'elles veulent faire,ces femmes-là. Donc, il y a tous les enjeux de formation et d'employabilité,mais, spécifiquement, pour ces femmes-là, des enjeux de sécurité et deprotection, donc comment les protéger, comment les protéger des réseaux deproxénètes, des gangs de rue, comment les sortir de ces milieux-là, alors quec'est leur port d'attache, leur milieu d'appartenance.

Il y a tous les services au niveaujudiciaire qui doivent être repensés pour accueillir ces personnes-là parcequ'elles ont des besoins particuliers. Quand elles arrivent, elles demandentparfois plus qu'une... On appelle ça les bonnes victimes ou les mauvaisesvictimes, là. Mais, au niveau judiciaire, ce n'est pas particulièrement desbonnes victimes, hein? Ce n'est pas des enquêtes faciles à mener. Ce n'est pasdes situations faciles à entendre, comprendre.

Puis il y a aussi tous les enjeuxd'indemnisation. Donc, ces femmes-là vont se présenter avec, oui, des besoinsau niveau des conséquences sur lesquelles, par exemple, les CALACS onttravaillé : les traumas, la honte, la culpabilité. Mais il y a aussiparfois des enjeux extrêmement

Mme Dessureault Pelletier (Maude) : ...ce n'est pas des situations faciles à entendre, comprendre.

Puis il y a aussi tous lesenjeux d'indemnisation. Donc, ces femmes-là vont se présenter avec, oui, desbesoins au niveau des conséquences sur lesquelles par exemple les CALACSvont travailler : les traumas, la honte, la culpabilité. Mais il ya aussi parfois des enjeux extrêmement >pointus au niveau de lasexualité. Donc, ils ont besoin de voir des sexologues. Ils ont besoin de voirdes psychologues. Parfois, ils sont polytraumatisés.

Donc, il y a vraiment plusieurs enjeux auniveau de la création de services spécifiques.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Prochaine question, la députée d'Acadie.

Mme St-Pierre :Merci, M. le Président. Alors, merci d'être venues nous éclairer pendant cettecommission. C'est fort intéressant.

Moi, j'aimerais qu'on fasse... Dans mesquestions, c'est surtout sur la question d'indemnisation... J'ai comme comprisqu'à l'IVAC le terme «proxénète» n'a pas l'air à être intégré dans lapossibilité d'être indemnisé, et il faut que ce soit le ou la fonctionnaire quiregarde le dossier puis qui décide que, peut-être, il y a eu quelque chose decriminel pour que la personne puisse être indemnisée. C'est un peu le constat.Je ne sais pas si j'ai bien compris, mais ça semble être ça. Je vous ai écoutéesdire qu'il n'y a pas de filet social pour les aider. Donc, c'est du côté desCALACS.

Alors, moi, ça m'amène à la questionsuivante. Est-ce qu'il devrait, selon vous, y avoir un fonds spécial dédié, quiserait peut-être administré par l'IVAC, pour accompagner ces femmes-là dansleur sortie de l'enfer? Et j'ai l'impression... C'est beau, remplir unformulaire, puis rencontrer un fonctionnaire, puis de décider... C'est le fonctionnairequi décide si ça marche ou pas avec une indemnisation. Mais ça m'apparaît, pourune victime, assez compliqué, et ça devrait peut-être être plus simple que ça.Puis je ne vous reproche rien, là, je regarde juste comment ça se présente, puisavec votre expérience. Alors, je vous laisse la parole, l'une ou l'autre, puisje vais avoir une autre question après.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Je vais commencer par la partie du financement. Le financement, actuellement...Vous avez vu, avec Mme Quinty, ce matin, au niveau du PIPQ... vous a parlé dufinancement des organismes. Donc, les organismes, présentement, sontsubventionnés en partie par du financement récurrent, qui n'est déjà pas assezpour répondre à la mission de base, mais le reste du financement, on va lechercher en projet. On a l'habitude de dire, dans les organismescommunautaires, qu'on passe la moitié de notre année à remplir des demandespour financer l'autre moitié de l'année, O.K.? Donc, on est toujours à larecherche de financement dans les organismes.

Je vais vous parler de la situationspécifique des CALACS. Les CALACS, on est spécialisés, comme je vous l'ai dit,au niveau des violences sexuelles. On manque de personnel pour répondre à notrefonctionnement de base qui est d'aider les victimes d'agressions à caractèresexuel. Quand on parle de victimes d'exploitation sexuelle, qui sont des casencore plus longs, plus complexes, on est un peu démunis, O.K.? Donc, on est àpenser comment les aider mieux, plus. Mais actuellement il n'y a pas definancement récurrent en exploitation sexuelle au Québec, et ça, ça en prend.

Mme St-Pierre :Alors, c'est pour ça que ma question était sur la création d'un fonds spécialpour... On l'entend bien, puis je ne veux pas être brutale, là, le fait quevous manquez d'argent, puis c'est sur des projets, puis que vous passez sixmois par année à remplir des formulaires, Ça devrait être corrigé, cettesituation-là. Mais, nous, notre commission porte sur l'exploitation sexuelledes mineurs. Puis j'ai beaucoup de respect pour ce que vous faites parce que jevous ai suivies longtemps, mais, dans notre mandat, dans le dossier sur lequelon travaille... Je reviens à votre phrase : Il n'y a pas de filet social pour les aider.J'aimerais juste savoir si vous pouvez réagir à ce que je propose comme...

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :La façon de le gérer, je dois admettre que je ne m'y connais pas. Par contre,il est clair que la pauvreté de ces femmes-là les ramène, en fait... Et onparle des mineures. Les jeunes filles qui sortent du centre jeunesse à 18 ansavec aucun moyen feront peut-être, entre guillemets, le choix pas éclairéd'aller dans la prostitution pour payer justement leur appartement, etc. Donc,oui, un programme de sortie — et de soutien — de cesfemmes-là de la prostitution qui soit financé, qui pense à l'aspect économiqueet aussi aux autres besoins, d'hébergement, etc., c'est clair que c'estpertinent puis que ça va aider, en fait, à avoir une réelle alternative, enfait. Là, de la façon que ce soit géré...

Mme St-Pierre :Je reviens à ce que vous avez dit sur l'indemnisation et le fait que lesproxénètes ne sont pas dans l'idée d'une indemnisation pour une victime qui estvictime d'un proxénète. C'est normal?

Mme Geoffroy (Catherine) :Bien, c'est sûr que ça amène une situation un

Mme St-Pierre :... l'indemnisation et le fait que les proxénètes ne sont pas dans l'idéed'une indemnisation pour une victime qui est victime d'un proxénète.C'est normal?

Mme Geoffroy (Catherine) : Bien, c'est sûr que ça amène un peu une situation un >peuabsurde, là, comme vous venez de le mentionner. On n'a pas abordé lespartenaires. Par contre, il faut comprendre que les CALACS... Il y a aussi lesCAVAC qui sont partout à travers le Québec, qui vont accompagner aussi lespersonnes victimes, là, pour compléter le formulairede demande d'indemnisation. Donc, oui, il y a les agents qui vont prendre letemps de communiquer, là, avec les victimes pour comprendre le contexte. Il y aaussi les partenaires à l'extérieur qui sont outillés pour accompagner ou pour aiderces victimes-là. Mais c'est certain qu'actuellement, comme le régimefonctionne, on y va avec la liste des...

Mme St-Pierre :Si on voulait corriger la situation, il faudrait un changement législatif ou unchangement réglementaire? Enlevons l'idée du fonds, là, spécial, là, maismettons que vous avez devant vous une victime de proxénète puis... Pour qu'elleentre dans le... Pour que le carré rentre dans le rond, comme je disais souventdans mon ancienne fonction, là, est-ce que vous avez... ça prendrait unchangement législatif?

Mme Geoffroy (Catherine) :Bien, c'est sûr qu'actuellement, de la façon dont la direction applique lecadre légal, ils sont contraints de suivre la liste des crimes qui se trouventà l'annexe de la loi. Donc, c'est sûr que, oui, si ce que vous dites,c'est : Comment on pourrait faire pour ajouter le crime de proxénétisme?,bien, il faudrait effectivement, là, que l'annexe de la loi...

Une voix : ...

Mme Geoffroy (Catherine) : C'estça, il faudrait que ce soit concret à l'annexe de la loi, oui.

Mme St-Pierre :Très, très courte question, M. le Président, c'est la question des autochtones.Vous avez dit qu'elles sont quatre fois plus représentées. Donc, dans tout leportrait des mineures exploitées sexuellement, on trouve quatre fois plusd'autochtones?

Mme Dessureault Pelletier(Maude) : Mineures, majeures confondues. Ces chiffres-là, c'estconfondues, oui, effectivement.

Mme St-Pierre : O.K.Donc, pour 100 personnes, 100 femmes ou garçons — incluons femmeset garçons — vous allez avoir... bien, mettons 25, vous allez avoir75 ou... enfin, 100 femmes, 100 personnes qui sont des PremièresNations?

Mme Dessureault Pelletier(Maude) : Oui.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Si vous regardez, bien, juste à Montréal, en fait, il y a une surreprésentationdes femmes autochtones dans la prostitution de rue. Si on regarde à Vancouver,je pense qu'on parle de 80 % des femmes autochtones qui sont dans laprostitution. Puis là on parle spécifiquement d'elles, mais on pourrait parleraussi, là, des femmes réfugiées, de communautés culturelles, etc., parce quec'est un système qui est hyperraciste, sexiste et colonialiste.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Prochaine question, le député d'Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : Quelques petitesquestions.

D'abord saluer le travail que vous faites.Merci de votre présentation.

Ensuite, je suis content que vous abordiez,mes collègues du RQCALACS, la question de la pauvreté. Moi, c'est une de mesobsessions, dans le cadre de cette commission-là, sur la sortie réussie àmoyen, long terme. Puis on dirait que c'est toujours l'angle mort, cettequestion de la pauvreté. On parlait tantôt de programmes d'aide. Pouvez-vous m'en dire davantage sur ce que vous avez commeréflexion par rapport à ça?

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Bien, en fait, ce qu'on remarque, c'est que, comme ma collègue a dit, là, lamajorité des femmes ont commencé à l'âge mineur. Elles ont été soitrecrutées... Bon, peu importe la façon d'y entrer, pour la grande majorité, çase passe autour de 14 ans. Parfois, il y a un arrêt, que ça soit un arrêtd'agir par les centres jeunesse, tout ça, et, rendues à l'âge adulte, c'estmajoritairement la pauvreté qui ramène les femmes dans le milieu. C'est lefacteur de maintien des femmes dans le milieu de la prostitution, et c'est lefacteur de retour, en fait, et, malheureusement, c'est parce que l'argent estrapide. Il n'est pas facile, il est rapide.

Donc, il y a l'illusion, puis ça, c'estune conséquence aussi au niveau de la gestion financière, d'avoir de l'argent rapidement et pouvoir s'en mettre decôté. Mais finalement la réalité, c'est qu'elles ont différents problèmes deconsommation, puis l'argent va être rapidement dépensé, puis c'est un cerclevicieux. Lorsqu'elles sortent du milieu, bien là elles sortent, comme jedisais, d'autant plus pauvres, donc, soit parce qu'elles ont été aussi victimesde fraude... Souvent, on peut revoir, là, des jeunes filles, là, où est-cequ'il y a un proxénète autour d'elles, tout va être au nom de la jeune fille :la voiture, les cartes de crédit.

Donc là, elle va sortir du milieu avec unedette. Ce n'est pas rare qu'on voie des dettes à l'aide sociale aussi, oùest-ce que des femmes ont déposé de l'argent dans leur compte d'aide socialequi vient, en fait, de la prostitution, qui vient du fait que... excusez-moi,j'étais pour dire pimpée, là... qui est recrutée, et là l'aide sociale va luicouper... Moi, j'accompagne une femme présentement qui a son chèque de700 $. En fait, elle a 450 $ parce qu'elle a une dette qu'elle doit, quiest due, en fait, par le fait qu'elle a été recrutée et qu'elle est dans laprostitution.

• (16 h 20) •

Donc, si on fait un programme, de un, jepense qu'il faut

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :... qui est recrutée, et là l'aide sociale va lui couper... Moi,j'accompagne une femme présentement qui a son chèque de 700 $. En fait,elle a 450 $ parce qu'elle a une dette qu'elle doit, qui est due, en fait,par le fait qu'elle a été recrutée et qu'elle est dans la prostitution.

Donc, si on fait un programme, d'un, jepense qu'il faut >lutter contre la pauvreté des femmes en général. Et,si on fait des programmes spécifiques qui bonifient, qui soutiennent réellement,parce que l'aide sociale est insuffisante pour tout le monde, bien, ça vaclairement aider. Ça va être un des soutiens, un des filets, une des mailles dufilet social pour ces femmes-là.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Dans le cadre d'une recherche à laquelle j'ai participé, on avait interrogé lesfemmes. Les femmes nous avaient amené toutes sortes de stratégies qui étaient quandmême intéressantes, puis je peux vous les proposer. Vous verrez si c'estpertinent.

Elles avaient parlé de faire un fondsspécial pour aider les femmes à la sortie de prostitution, donc leur octroyerun montant d'argent. Elles ont parlé d'un supplément à l'aide sociale lors dela sortie de prostitution. Et elles ont parlé aussi d'hébergement de deuxièmeétape. Donc, évidemment, là, quand on parle de pauvreté, on parle aussi, auniveau de l'itinérance, au niveau des difficultés à se trouver du logement, donc,d'ouvrir des maisons d'hébergement spécifiquement pour ces femmes-là, pourqu'elles puissent avoir accès à un logement, le temps de recevoir des soinspour traiter leurs traumatismes, se sortir complètement... aller chercher desformations, retourner à l'emploi, donc vraiment avoir quelque chose quistabilise la sortie de prostitution au niveau de l'hébergement et de l'argent.

M. Leduc : Vous me donnezplein de belles idées pour aller voir notre collègue Jean Boulet, le ministrede l'Emploi et de la Solidarité sociale. On prend des notes.

Peut-être une dernière question, si vouspermettez, M. le Président, par rapport... oui, très rapidement, toujours à mescollègues de RQCALACS. On parle beaucoup ici de vouloir casser la demande à lasource pour qu'un jour vous n'ayez plus besoin de travailler, en fait, dans cedomaine-là. On peut rêver. Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour casser lademande?

Mme Dessureault Pelletier(Maude) : On a toutes sortes d'idées en matière de prévention. Enfait, on voulait aussi saluer, là, le gouvernement, qui a réinstauré les coursd'éducation à la sexualité dans les écoles. Donc, évidemment, on part del'éducation. On parle de l'éducation, des rapports égalitaires, duconsentement, des limites, des relations saines. Mais ça va aussi beaucoup plusloin que ça. Je vais laisser ma collègue continuer.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Il faut y aller sur tous les fronts. Donc, clairement, si on parle d'investirdans la sortie, il faut aussi s'attaquer à la demande parce que, s'il n'y a pasde demande, il n'y a pas de proxénètes, il n'y a pas de femmes dans laprostitution. Je pense qu'il faut se doter de la vision commune, premièrement,et destiner une campagne directement aux garçons et aux hommes, qui lessensibiliseraient sur : Acheter du sexe, ce n'est pas cool, en fait, c'estnon. C'est inacceptable. C'est une relation inégalitaire. C'est une relation depouvoir. Ce n'est pas parce que tu as de l'argent que tu peux décider d'avoirdes relations sexuelles avec une population plus vulnérable.

Entre autres, je pense que c'estnécessaire, au Québec, d'appliquer la loi. En fait, on a une loi, présentement,quand même, qui criminalise l'achat de services sexuels. Elle est peuappliquée, on va dire. C'est aussi une option. Je sais que vous avez beaucoupdiscuté, entre autres, là, de l'éducation des clients. Ça peut être aussi uneavenue. En fait, toutes ces avenues sont saluées. Nous, ce qu'on dit, c'est :Il ne faut pas simplement s'attaquer à la demande. Il faut tout faire,malheureusement, pour que les femmes puissent sortir, mais clairement que lademande, il faut s'y attarder dans la prévention puis aussi dans l'applicationde la loi.

Le Président (M. Lafrenière) :On a trois questions à essayer de répondre en 10 minutes. Le député deChomedey.

M. Ouellette : En 10... Oui,c'est bon, juste deux petites questions.

Rupture de service, pour moi, c'est bienimportant, puis je pense que, pour tous les membres de la commission... Vousavez du financement récurrent qui vient du provincial ou du fédéral?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :On a un financement récurrent qui vient du PSOC, provincial, oui.

M. Ouellette : C'estprovincial?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Oui. Donc, les CALACS, c'est par le provincial.

M. Ouellette : Donc, c'estparce que vous avez fait référence à Mme Quinty, qui est venue ce matin, queson financement vient de Sécurité publique Canada. Donc, ça, c'est en projet?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Oui. Bien, Sécurité publique, je pense que ça parlait d'un financement parprojets. Comme nous, on a un financement par projets de Condition féminineCanada. Mais c'est trois ans. Là, il reste un an. Dans un an, on n'a plus rien.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :De notre côté, c'est effectivement le ministère de la Sécurité publique, quitermine cette année, en fait.< Et ça sera le...>

M. Ouellette : Fédéral ouprovincial?

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Provincial. Et ça sera le poste Exploitation sexuelle qui sera coupé si la subventionn'est pas renouvelée.

M. Ouellette : Mon autrequestion va être pour l'IVAC. Votre vision des crimes admissibles, elle date de1985. Vous expliquez ça comment? Et, vous savez, on est des législateurs, c'esttrès facile... On a un projet de loi, là, un omnibus, là, le projet de loin° 32, qui parle des mesures d'adaptabilité. On pourrait facilementdéposer un amendement, si tout le monde, la machine est d'accord, pourl'actualiser parce qu'il n'y a

M. Ouellette : ...de1985. Vous expliquez ça comment? Et, vous savez, on est des législateurs, c'esttrès facile... On a un projet de loi, là, un omnibus, là, le projetde loi n° 32, qui parle des mesures d'adaptabilité. On pourrait facilementdéposer un amendement, si tout le monde, la machine est d'accord, pourl'actualiser parce qu'il n'y a >rien de plus bébête que quelque chosequi n'est pas écrit dans une loi quand il arrive la question de dire : Tues admissible ou pas? Moi, je ne le sais pas, là, mais ça adonne que quelqu'unqui a une ouverture d'esprit puis qui regarde : Oui, ce n'est pas là, mais,c'est vrai, ça fait 20 ans que ça n'a pas été adapté... Mais l'autre, vousne pourrez pas lui dire qu'il ne fait pas sa job. Ce n'est pas écrit. Çapourrait facilement être réglé, les crimes admissibles.

Je vous le donne de même. On va enreparler entre nous autres, c'est sûr. Mais je pense que les contacts devraientêtre faits à la Justice pour qu'on puisse au moins l'adapter à la réalitéd'aujourd'hui, là, pour aider vos fonctionnaires qui ont à... Vos employés quiont à décider, là, mettez-leur pas tout ça sur le dos. On pourrait la prendre,celle-là.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. La députée de Gaspé.

Mme Perry Mélançon : Merci, M.le Président. C'est vraiment intéressant de vous recevoir puis d'entendre vosréalités. Je connais un peu certaines réalités du CALACS qui est le plus prèsde chez moi, en Gaspésie.

Donc, j'aurais aimé ça vous entendresimplement. Vous avez brièvement parlé que vous étiez en faveur de la sensibilisationdans les écoles. Je pense que vous aimeriez un peu prendre, je crois, en chargece dossier-là. Donc, est-ce que vous seriez outillés présentement? Est-ce quec'est dans vos intérêts de le faire, donner des cours d'éducation sexuelle danscertaines régions? Je vois déjà un peu de doutes.

Et, bien, enfait, deuxième question, je vais tout de suite vous la mentionner, c'est desavoir... Bon, il y a les jeunes garçons aussi qui sont aux prises des foisavec des problèmes d'exploitation sexuelle. Ça, ça pourrait mettre en périlvotre financement, si je comprends bien, si vous décidez de venir en aide à cesjeunes garçons-là. Donc, est-ce que le gouvernement devrait se pencher surélargir vos services et offrir de l'aide aussi aux jeunes garçons victimesd'exploitation sexuelle?

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Bien, j'espère que ça ne mettra pas en péril notre financement.

Mme Perry Mélançon : Parce queça l'est, au niveau des hommes, pour certains CALACS, donc.

Mme Whitlock (Marie-Michèle) :Mais en fait les CALACS qui... On a besoin de services non mixtes, en fait,autant dans l'intervention, pour la sécurité des femmes, particulièrement en violencesexuelle puis en exploitation sexuelle, mais aussi au niveau de l'organisation.C'est une philosophie puis c'est de l'intervention féministe, tout ça. Il y ades services aux hommes qui vont être desservis par les CAVAC, entre autres, etautres services.

Au niveau de la prévention, on estclairement intéressées à être des partenaires. Puis, si on parle d'exploitationsexuelle, c'est très peu abordé, quand même, dans les écoles secondaires. Puisnous, on aimerait qu'il y ait aussi, là, des campagnes destinées commedirectement aux garçons et aux hommes. On doit être partenaires. Puis je penseque c'est à discuter, la façon qu'on va collaborer, parce que ça reste un coursà l'éducation à la sexualité du ministère de l'Éducation. Je n'ai pas l'impressionque c'est aux organismes communautaires à aller donner complètement ce cours-là.Mais par contre on sait qu'on a une expertise qui peut être partagée dedifférentes façons.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Donc, il y a différents enjeux, là. On est déjà dans lesécoles avec le programme Empreinte. Donc, partout à travers la province, dans trois niveaux scolaires, en secondaire II, III, IV, V, on va traiter des questions deconsentement, de relations égalitaires, relations saines, hypersexualisation, etj'en oublie, là. Donc, on est déjà dans les écoles. Mais ce que ça demande enmatière de mobilisation de personnel, de financement... Parce qu'on n'est paspayés par le ministère de l'Éducation. On autofinance notre propre présencedans les écoles. Donc, <il y a... >tu sais, je veux dire, ily a quelque chose là, O.K.? On a la compétence pour le faire, mais en ce momentc'est difficilement admissible au déploiement partout, là.

Mme Perry Mélançon : Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. La députée de Roberval, il reste deux questions, cinq minutes.

Mme Guillemette : Merci, M. lePrésident. Donc, ma question irait à Mme Dessureault Pelletier. Vous êtes à LaMaison ISA, au Saguenay. Est-ce que vous avez une clientèle autochtone, quivient peut-être plus de Mashteuiatsh ou Obedjiwan, ou s'il n'y en a pas?

• (16 h 30) •

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Bien oui, il y a une clientèle autochtone. On a des liens très forts, nous,avec le Centre d'amitié autochtone du Saguenay. On a aussi une intervenantepivot là-bas, qui est une autochtone. Donc, quand on...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17861 ANQ.Vigie.Bll.Depute 1235 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17935 ANQ.Vigie.Bll.Depute 549 ANQ.Vigie.Bll.Depute 18217 ANQ.Vigie.Bll.Depute 18247 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T16:30:00 2

Mme Guillemette : ...qui vient peut-êtreplus de Mashteuiatsh ou Obedjiwan, ou s'il n'y en a pas?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) : Bien, oui, il y a une clientèle autochtone. On a desliens très forts, nous, avec le Centre d'amitié autochtone du Saguenay. On aaussi une intervenante pivot là-bas, qui est une autochtone. Donc, quand on ades situations particulières, on réfère vers cette intervenante-là parce qu'ilsont vraiment des façons d'intervenir lorsqu'ils... culturellementtraditionnelles. Donc, on fait appel à l'expertise du centre d'amitiéautochtone pour... Puis on a aussi reçu des formations, tout ça. Mais on seréfère à eux lorsqu'il y a lieu, oui.

Mme Guillemette : O.K.,parfait. C'était ça, ma prochaine question, c'est : Est-ce quel'intervention est adaptée à leurs besoins? Mais là oui.

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Il y a du travail à faire. Je ne vous mentirai pas, il y a du travail à faire.

Mme Guillemette : Avec laculture autochtone et...

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Bien, oui. Oui, oui. C'est ça, et c'est difficile de les garder dans lesservices, pour différentes raisons, que nos services ne sont peut-être pas toutà fait adaptés.

Mme Guillemette : Adaptés àleurs besoins puis à leurs réalités?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Puis ça, ce n'est pas juste dans La Maison ISA. C'est partout, là, oui.

Mme Guillemette : O.K. Unedernière question. Vous avez parlé que ce serait bien d'avoir des lieuxd'hébergement, des maisons.<, des...> Comment est-ce qu'onpourrait structurer ça pour ne pas stigmatiser davantage ces personnes-là?Est-ce que vous avez une idée?

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Bien, encore une fois, je vais faire appel à une recherche qui a questionné lesfemmes à ce sujet-là. Les femmes ont le souhait d'être entre elles, O.K.? Ellesveulent être avec d'autres femmes qui ont le même vécu. Elles veulent être avecjuste des femmes, puis il y a des raisons bien simples pour ça. C'est que,quand elles sont placées avec des hommes, des fois, elles se font demander pourdes services sexuels. Donc, elles veulent des services qui sont juste pourelles. Des maisons d'hébergement dans lesquelles il y a des femmes, il y a desenfants, parfois, elles ne se sentent pas bien dans ces hébergements-là.

Aussi, il y a des contraintes au niveau,par exemple, de la consommation. Donc, quand une femme se présente dans un service,qu'elle est en consommation, qu'elle veut recevoir de l'aide, bien, danscertains services, elle ne sera pas admise. Donc, il faut repenser nos servicessi on veut en offrir à ces femmes-là, à ces filles-là. Il faut repenser nosservices.

Mme Guillemette : Parfait,merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Député de Viau.

M. Benjamin : Merci, M. lePrésident. Donc, merci à vous, donc, pour tout ce que vous faites pour lesfemmes, pour les victimes. J'avais plein de questions, mais il y en a une quim'interpelle. Je reviens encore, c'est... Ma collègue la députée del'Acadie — et le député de Chomedey — l'a abordée. Moi, jen'ose pas le croire. Et je comprends que les victimes de traite ne sont pasadmissibles aux indemnités de l'IVAC, c'est bien ça?< Et...>

Mme Geoffroy (Catherine) :C'est-à-dire qu'on va regarder, comme je vous disais, le contexte. C'est-à-direque... Évidemment qu'il y a d'autres crimes. Normalement, ils vivent deplusieurs crimes. Il y a plusieurs événements qui se déroulent. On ne parle pasjuste de traite de personnes. Puis on va faire tout ce qui est en notrepossible pour accepter la personne victime, pour pouvoir mettre en place lessoins puis les indemnités, là. Mais c'est sûr que la loi, telle qu'elle estrédigée actuellement, fait référence aux crimes qui sont à l'annexe de la loi.

M. Rodrigue (Jean) : Dans lecas d'une personne qui ferait une réclamation pour la traite de personnes,l'agent d'indemnisation va discuter avec la personne, et rarement ce crime-làva arriver seul. Alors, s'il y a eu une agression sexuelle, alors là, nousallons pouvoir accepter cette réclamation.

M. Benjamin : Il y a un desaspects, M. le Président, que je trouve notamment préoccupant. Donc, parrapport à cet aspect-là, c'est tout l'enjeu de la territorialité, lorsqu'on connaît...et que, souvent, les victimes dont il est question dans le cadre de cettecommission-là, ce sont souvent des filles qui sont appelées à être déplacéesdans d'autres provinces. Moi, je trouve ça très préoccupant etje pense que, vite, il faudra que nous nous penchions sur cet enjeu-là, pourmoi, qui est fondamental, donc, si on veut vraiment... et d'autant plus que,depuis hier, donc, on a eu des présentations, on nous parle de l'importance,entre autres, d'assurer un continuum de services, de penser à la reconstructionde ces personnes. Moi, je pense que la reconstruction commence par cettereconnaissance, je crois, que ce sont des véritables victimes, notamment lespersonnes victimes de la traite. Merci, merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Au nom de la commission... Oui, vous aviez une dernière...

Mme Dessureault Pelletier (Maude) :Oui, une dernière petite intervention. Je voulais juste vous signaler qu'on varemettre, là, le Regroupement québécois des CALACS, et plus particulièrement LaMaison ISA, deux mémoires. Vous en avez peut-être un déjà en main, qui est surle traitement des victimes d'exploitation, par l'IVAC. Le deuxième, il va venirtrès bientôt. Ça va être sur les besoins en matière de services pour les femmesqui ont un vécu en lien avec la prostitution. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Encore une fois, merci beaucoup. Au nom de la commission, merci à vous pourvotre contribution à nos travaux.

Je suspends quelques instants, le temps delaisser la chance à nos prochains invités de s'installer. Merci.

<(Suspension de la séance à16 h 35)

Mme Dessureault Pelletier (Maude) : ... il va venir très bientôt. Ça va être sur les besoins en matière deservices pour les femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitution. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) : Encore une fois, merci beaucoup. Au nom de la commission, merci à vouspour votre contribution à nos travaux.

Je suspends quelques instants, le tempsde laisser la chance à nos prochains invités de s'installer. Merci.

> (Suspension de la séance à16 h 35)

(Reprise à 16 h 37)

Le Président (M. Lafrenière) :Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite maintenant la bienvenue àMme Rose Dufour. Je vous rappelle que vous disposez de 20 minutespour faire votre exposé, puis nous procédons à une période d'échange avec lesmembres de la commission pour une durée de 25 minutes. Je vous remercie devotre présence, et vous pouvez commencer, Mme Dufour. Merci beaucoup d'êtrelà.

Mme Dufour (Rose) : Bonjour,M. le Président, Mmes, MM. les commissaires. Je suis chercheure. D'abordinfirmière, je suis devenue anthropologue suite à d'une expérience decoopération internationale. J'ai fait toute ma carrière en santé publique. Maplus grande préoccupation, pendant toute cette carrière-là, c'était dedécouvrir, de développer un modèle d'intervention qui donne les clés del'autonomie, du pouvoir aux personnes qui ont perdu le pouvoir sur leur vie.C'est dit vite un peu, là, mais voilà. J'ai rassemblé pour vous les résultatsde mes recherches des 19 dernières années avec des femmes qui en sontvenues à se prostituer. En principe, je devrais être à la retraite depuis 1996,mais j'ai préféré continuer. Alors, voilà.

Je vais faire ma présentation en troistemps. D'abord, l'état des lieux. Deuxièmement, j'ai répondu aux questions...enfin, j'ai tenté de répondre aux questions qui étaient formulées dans ledocument de consultation, et puis, après, bien sûr, il y aura l'échange. Alors,je compte mon temps.

L'état des lieux. Concernant ce que jesais sur l'exploitation sexuelle des mineurs, première chose que j'ai à dire,c'est, sur cet état des lieux, la prostitution est devenue industrie du sexe,des industries — au pluriel — qui impliquent des agencesd'escorte, de la prostitution de rue, de luxe, salon de massage érotique, barde danseuses nues, pornographie, cybersexe, Web Women, téléphonesobscènes, tourisme sexuel, «Sugar Baby» et «Sugar Daddy», traite internationaledes femmes, etc.

• (16 h 40) •

La prostitution d'aujourd'hui estincomparable à celle d'hier. Elle n'a rien à voir avec le passé. Et c'est uneobservation d'une très grande importance parce que la prostitution existedepuis très longtemps, c'est Solon, un législateur athénien, qui a introduitl'argent dans les relations

Mme Dufour (Rose) : ... n'a rien à voir avec le passé. Et c'est une observation d'une très grandeimportance parce que la prostitution existe depuis très longtemps, c'est Solon,un législateur athénien qui a introduit l'argent dans les relations >sexuelles600 ans avant Jésus-Christ. Ça veut dire que ça fait longtemps que laprostitution existe. Elle n'avait pas la forme d'aujourd'hui, bien sûr, ce quifait que tout le monde pense connaître la prostitution, et c'est une erreurtrès grave qui fait partie du problème dont on va discuter aujourd'hui. Il nousfaut absolument dire et faire connaître à tout le monde que le phénomène aveclequel nous nous battons est un phénomène social nouveau que nous devonsapprendre à observer, à connaître et à documenter.

Maintenant, quelles sont ces femmes avecqui j'ai eu à travailler, ces filles? Ces filles et femmes, femmes et fillesqui sont le personnage central de la prostitution, de l'exploitation sexuelleparce que, quel que soit l'âge de la prostitution, il y a exploitationsexuelle, même si la femme est consentante puisque sa raison d'être là, c'esttoujours la pauvreté. Mais je vais me concentrer sur les mineures. Tous lesréflecteurs sont orientés sur la femme alors qu'elle n'a rien à voir avec toutce phénomène-là, elle n'est que la marchandise. La prostitution est occasionnéepar les hommes consommateurs de prostitution. C'est eux autres, le personnagecentral, et vous voyez que les réflecteurs sont détournés du côté des femmesalors que le personnage central, celui qui produit la prostitution, c'est leconsommateur de prostitution.

En ce qui concerne les filles mineures maintenant,bien sûr qu'elles ne sont pas le personnage central, mais elles sont victimesd'hébéphilie lorsqu'elles sont exploitées sexuellement. Je vais vous expliquerpourquoi je pense ça. J'estime que c'est environ 60 % des femmes avec quij'ai travaillé, dans les 19 dernières années, qui ont commencé à êtreexploitées sexuellement et, dans certains cas, même à se prostituer alorsqu'elles étaient mineures. Le Conseil du statut de la femme avance 80 %,je crois qu'elles sont plus proches de la vérité que moi.

En résumé, qui sont ces adolescentes? Cesadolescentes, pour moi, sont en survie, elles sont allées dans la rue ou unéquivalent, soulignons-le à double trait, mais la rue est aussi venue à leurrencontre. Elles sont attendues, rapidement repérées et cueillies par desprédateurs, des proxénètes, des pimps, des gangs de rue, des criminels et, dansle cas des mineures, ce qu'il faut dire, c'est que ces hommes consommateurs depetites filles ou d'adolescentes sont des hébéphiles, c'est-à-dire des hommesqui ont une attraction sexuelle pour des filles prépubères et des jeunes pubères,qui profitent de leur détresse pour les exploiter sexuellement plutôt que leurvenir en aide, comme le réclamerait leur situation. Bien sûr, ces adolescentesne sont pas des prostituées. Bien sûr, la désignation de prostitution juvéniledéplace sur elles la responsabilité, qui est celle de leurs assaillants et deleurs agresseurs. Votre commission l'a bien reconnu en évitant d'utiliserl'expression «prostitution juvénile».

J'attire votre attention sur ce faitd'hébéphilie pour des jeunes adolescentes entre 12, 15 et 16 ans parce que,le DSM, qui est le Diagnostic and Statistical Manual ofMental Disorders, le manuel psychiatrique qui fait autorité dans le domaine desdiagnostics de la santé mentale, qui reconnaît la pédophilie, qui fait autoritépour le comportement sexuel avec des enfants, lors de sa révision, du DSM-IV,pour accepter le DSM-V en 2013, il y a une équipe de psychiatres canadiens quia suggéré l'introduction d'une distinction entre pédophilie et hébéphilie, etc'est d'une très grande importance. Donc, le terme est maintenant inclus dansle DSM-V. Il nous faut mettre l'accent sur ce fait d'hébéphilie, qui est unepathologie sexuelle, et, vraiment, dans le travail que je fais présentement, jevois combien cette hébéphilie est omniprésente et il faut la dire pour ladéclarer, pour la dénoncer.

Maintenant, les filles avec qui j'aitravaillé, qui sont-elles, ces mineures qui sont dans la rue? Ce ne sont passeulement des fugueuses. Contrairement à l'image qu'on en envoie dans lesvidéos ou dans les scénarios, à la télévision, dans les discours officiels,elles ne sont pas nécessairement des

Mme Dufour (Rose) : ... avecqui j'ai travaillé, qui sont-elles, ces mineures qui sont dans la rue? Ce nesont pas seulement des fugueuses. Contrairement à l'image qu'on en envoie dansles vidéos ou dans les scénarios, à la télévision, dans les discours officiels,elles ne sont pas nécessairement des >fugueuses, pas d'après mesrésultats de données de terrain, en tous les cas, parce qu'il n'y a pasd'histoire heureuse qui conduit à la rue, mais il y a une histoire qui yconduit. Alors, la recherche à laquelle, moi... que j'ai menée, il y a troisdynamiques principales qui conduisent à la rue.

La première, et je vais peut-être vousétonner, mais c'est vraiment la réalité — et j'ai écrit un livrelà-dessus et qui s'appelle Je vous salue Marie, je vous ai apporté lespublications que j'ai faites — la première, c'estdes parents indignes. Ça existe, des parents qui mettent leurs enfants dans larue, et des filles. Débrouille-toi, arrange-toi pour revenir toute seule, etc.Ces enfants-là ne sont pas protégés. Donc, des filles qui sont mises à la rue.

La deuxième dynamique, c'est des fillesqui vont décider de partir. C'est vrai pour les garçons aussi, là. Et lesfilles vont décider de partir à cause de ce qui se passe à la maison, des abussexuels, de la violence, de tout ce qui se passe. Elle va partir pour sauver savie, sa santé mentale. Ça existe.

Il y a la catégorie de celles qui veulenttriper. Mais celle-là, après un jour, deux jours, normalement, elles reviennentà la maison les pattes aux fesses, parce qu'elles découvrent qu'est-ce qui sepasse, en réalité, dans la rue, parce que la nuit, dans les heures tardives etdans la nuit, la rue, c'est la place de la police et des gangs de rue et de lacriminalité.

Donc, je veux attirer l'attention sur lefait que ce ne sont pas juste des fugueuses. «Fugeuses» veut dire qu'ellesquittent un milieu qui serait bon, alors que ce n'est absolument pas le cas.Alors, ces jeunes filles, au plan familial, ce que j'ai observé, c'est que,dans tous les cas pratiquement, elles fuyaient une situation qui étaitinsupportable, un danger qui existait à l'intérieur de la maison où, là, ellesétaient. Alors, j'ai examiné où résidaient-elles au moment où elles sont parties pour s'en aller dans la rue, et j'ai réaliséqu'elles ne résidaient plus chez leurs parents, que la plupart fuyaient un lieuinstitutionnel, comme un centre d'accueil, un foyer de groupe, un appartementsupervisé, dans un cas une résidence étudiante. Elles ne fuyaient pas unchez-soi, elles fuyaient un lieu symbolique d'internement en périoded'adolescence.

Il y a plus à dire, hein, c'est écritailleurs, mais ce qui est intéressant à retenir, ce sont que toutes avaient unerelation problématique et difficile avec leur mère. C'est fondamental. Et cesont les dimensions relationnelles, le manque de soutien, le manque desentiment d'appartenance, le manque d'émulation, qui sont en cause et qui ontun poids suffisamment lourd pour faire changer la trajectoire de leurs vies,alors qu'elles se retrouvent dans la rue, et qu'elles ne sont pas prêtes àassumer les responsabilités qui incombent à un adulte. Puis elles sontsous-scolarisées, carencées sur le plan affectif, donc, ça se manifeste parénormément de dépendance affective, etc. Dans la majorité des cas, la pauvretéest multiple, elle est loin d'être seulement matérielle. Elle est éducative,elle est au plan des carences affectives. Au plan relationnel, elles ne serontpas en relation avec personne, elles n'ont pas de réseau, etc. Toutes lesdimensions de la pauvreté sont présentes dans leur cas.

Je veux enlever cette image que toutes lesfilles qui se retrouvent dans la rue... ou que le danger existe pour toutes lesfilles. Alors, je vais vous expliquer mon point de vue, qui n'est pas celui-là.Parce qu'il y a à la fois leurs histoires personnelles, qui précèdent, mais ily a aussi les systèmes sociaux producteurs de prostitution. Et j'ai découvertqu'il existait six systèmes sociaux producteurs, et j'en ai rajouté un dernierqui, lui, est extrêmement parlant, vous allez voir. Je ne pourrai pasdévelopper, mais c'est très bien décrit dans cet ouvrage et dans un dernier quiest sorti en 2018.

• (16 h 50) •

D'abord, le système des incestespédophiles, agressions sexuelles et tous les gestes de pédophilie qui existentà l'intérieur de la famille, et c'est absolument bouleversant. C'est 85 %des femmes avec qui j'ai travaillé dans les 19 dernièresannées. Et on savait déjà, dans la littérature, que le plus grand nombre desfemmes dans la prostitution avait été sexuellement abusé, mais on savait quetoutes les filles abusées ne vont pas nécessairement se prostituer. Et

Mme Dufour (Rose) : ... avec qui j'ai travaillé dans les dernières... 19 dernières années. Et onsavait déjà, dans la littérature, que le plus grand nombre des femmes dans laprostitution avait été sexuellement abusé, mais on savait que toutes les fillesabusées ne vont pas nécessairement se prostituer. Et >la question àlaquelle j'ai tenté de répondre, c'est : Qu'est-ce qui joue dans un cas etdans l'autre? Et c'est en analysant de façon très approfondie les parcours devie, l'histoire personnelle de ces femmes qui avaient débuté dans laprostitution alors qu'elles étaient mineures que j'ai découvert ces systèmesproducteurs de prostitution. 85 % ont eu, donc, des incestes, agressionssexuelles et toute forme de pédophilie. Évidemment, jeunesse, fugue, pauvreté, parceque se retrouver dans la rue, adolescente, c'est se mettre en danger.

Le troisième, c'est avoir une mère quielle-même se prostituait. Toutes les femmes, on le sait, comment le modèle denotre mère est un modèle prégnant. Et justement, hier soir, à RDI, aux nouvelleshier soir où je vous ai entendu, il y a une jeune femme qui était là. Puis elleraconte sa difficulté et, à un moment donné, tout de suite, elle l'a énoncé,mais ne se rendait pas compte, mais moi j'ai tout de suite réalisé qu'est-cequi l'avait amenée là : sa mère s'était prostituée, puis elle avait étéabusée sexuellement. Puis il me manquait tout le reste de l'histoire, mais jesens que j'aurais pu être capable d'identifier probablement trois, quatre, peut-êtrecinq systèmes producteurs de prostitution : avoir un conjoint qui estgigolo, ou proxénète, parce que s'il se fait vivre par elle, parce qu'elles semettent en relation avec des gars qui n'ont pas d'allure, qui sontirresponsables, qui sont dangereux à cause de la carence affective; évidemment,la toxicomanie, l'alcoolisme qui est... conduit, peut conduire directement...ou autre forme de dépendance, et la très grande proximité de la prostitution. Jevais y revenir. Ces systèmes ne sont pas mutuellement exclusifs, ilss'additionnent au fur et à mesure de la durée... Ce n'est pas vrai, je ne vousai rien dit.

Quatre des systèmes dont je vous ai parlélogent dans la famille, ce qui est absolument épouvantable — je viensde les nommer, pédophile, inceste, jeunesse, fugue, pauvreté — parceque si elles se retrouvent dans la rue alors qu'elles sont adolescentes, c'estque ça ne va pas dans la famille. Mère prostituée, conjoint gigolo, on en aquatre, ce qui prouve que la famille peut être non pas protectrice de sesenfants, mais agressante pour ses propres enfants, destructrices pour sespropres enfants. Dans mon texte, j'ai un meilleur mot que ça, mais là, il memanque, là.

Nos valeurs sociales aussi, nos valeurssociales, la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui est une société «open»,je vais le résumer comme ça, où il n'y a plus de limite, où on est dans laconsommation de tout et où le sexe est extrêmement valorisé. Nos adolescentesd'aujourd'hui... parce que je n'aurai pas le temps de vous parler du septièmesystème producteur de prostitution, qui lui est complètement nouveau, qui estque les jeunes filles, jeunes, là, que nos adolescentes, contrairement à lagénération précédente, sont totalement différentes au plan des comportements.Elles sont... elles apparaissent plus désensibilisées. Elles apparaissent plus«open», plus ouvertes. On ne parle plus de prostitution. On parle de travail dusexe. On ne sait plus ce que c'est, la prostitution. C'est le travail du sexe.

Le seul endroit où la prostitution estreconnue, c'est dans la prostitution de rue. Mais la confusion est extrême,parce que même la relation sexuelle, pour être reconnue comme relationsexuelle, doit être une pénétration. On l'a vu avec les  auditions XXX àQuébec, qui se sont passées sous haute surveillance policière, alors que ce quise passait dans la limousine blanche qui était face justement au club qui avaitorganisé ça... les hommes payaient 20 $ pour se faire masturber. Maistoutes les femmes, tous les adultes que nous sommes ici aujourd'hui, noussavons fort bien qu'on peut avoir une relation sexuelle sans qu'il y aitpénétration. La pornographie<, c'est non... > — puis jene pourrai pas vous l'expliquer — la pornographie c'est non seulementde la prostitution filmée, mais c'est aussi du proxénétisme. Et il y a unsociologue — je vous donne la référence dans le mémoire — quien fait la démonstration. Nous avons vraiment nos classes à faire pour semettre à jour sur ce qui est la réalité de la prostitution. Nous avonsl'impression de tout connaître, alors que c'est l'inverse qui existe.

Quelle est la situation concernant lesjeunes dans la rue? J'ai oublié de vous dire quelque chose d'extrêmementimportant. Depuis un an, je

Mme Dufour (Rose) : ... semettre à jour sur ce qui est la réalité de la prostitution. Nous avonsl'impression de tout connaître, alors que c'est l'inverse qui existe.

Quelle est la situation concernant lesjeunes dans la rue? J'ai oublié de vous dire quelque chose d'extrêmementimportant. Depuis un an, je >travaille avec une jeune femme qui a connule centre jeunesse et la prostitution juvénile. Vous l'avez vue dans ledocument que j'ai déposé. Et vraiment ses connaissances de la prostitutionjuvénile ont fait beaucoup, beaucoup avancer mes connaissances, et nous travaillonstrès fort depuis un an. Et elle contribue à ce mémoire.

Quelle est la situation au moment où onveut les aider? Alors, vous allez voir que la situation est extrêmement grave.Nous voulons les aider. Nous les considérons, ces jeunes adolescentes, en situationd'exploitation sexuelle — mais, dans ce cas-ci, je préfère dire deprostitution parce qu'elles sont vendues. Elles sont faites prostituées parleur proxénète. On ne peut pas exclure totalement le mot «prostitution». Ilfaut aussi pouvoir convenir de son usage pour expliquer la situation. Nousvoulons les extraire, nous voulons les faire sortir. Mais quelle est lasituation quand on entre en contact avec elles? Un, mais elles sont dans letravail du sexe, elles ne sont pas dans la prostitution. C'est une autreculture que la nôtre, là. Là, je parle des adolescentes d'aujourd'hui. Elles neveulent pas sortir. Elles ont enfin une solution à toutes leurs misères, letravail du sexe, puis en plus elles sont en amour. Elles sont carencées au planaffectif. Je suis désolée de faire des démonstrations si courtes, mais je nepeux pas faire toutes les démonstrations... J'ai fini, hein? Ça n'a pas de bonsens. Alors...

Mais je vous ai, je pense, lancé des idéesque je sais qu'elles sont probablement bousculantes. Mais la recherche permetd'avoir accès à des connaissances qu'on n'aurait pas autrement. C'est à çaqu'elle sert, la science.

Maintenant, le président m'a fait signe. Jene sais pas si vous voulez continuer comme ça ou aller vers l'intervention.J'ai pris toutes les questions qui étaient posées puis j'ai essayé de voircomment je pouvais y répondre. Alors, je ne sais pas quoi faire. Je réponds àvos questions? Je ne sais pas trop.

Le Président (M. Lafrenière) :On va partir avec une période d'échange, Mme Dufour. Merci beaucoup,beaucoup pour votre présentation. On va débuter, donc, une période d'échange de25 minutes avec nos collègues en débutant par la députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) :Merci, M. le Président. Bienvenue, Mme Dufour. Vraiment intéressant. Vosrecherches sont éclairantes à plusieurs niveaux, suscitent beaucoup, beaucoupde questions. Vers la fin, vous avez vraiment parlé de prostitution juvénile,notre commission s'appelle «l'exploitation sexuelle des mineurs». Est-ce quevous êtes d'accord qu'il y a quand même une différence? Parce que le phénomènede désensibilisation est important aussi.

Mme Dufour (Rose) : Oui,oui. Je suis la première à dire qu'on ne doit pas parler de prostitutionjuvénile. Mais on se retrouve aussi dans un paradoxe parce que la jeune fillequi est très pauvre, qui est dans la misère, qui est taponnée par son pèredepuis des années... Parce qu'il y a des situations absolument tragiques. Danscet ouvrage, il y a 20 histoires de femmes qui en sont venues à seprostituer, dont presque la moitié a été abusée sexuellement. Oui, c'est clairque je suis d'accord avec le fait qu'on parle d'exploitation sexuelle. Comme jele disais au début, toutes les femmes dans la prostitution sont exploitées. Iln'y en a aucune qui le fait pour le plaisir, là. C'est faux de croire ça, là.

Maintenant, en même temps, je me retrouvedans un certain paradoxe parce qu'en même temps elles sont dans le travail dusexe. Ça, on ne peut pas utiliser juste ça. Elles sont vendues. Être vendues,c'est donner accès à leur corps et à leur sexe pour de l'argent. Ça fait qu'ilfaut... C'est compliqué puis je ne suis pas capable de résoudre entièrement leproblème, mais je suis entièrement d'accord et très heureuse que la commissions'appelle comme ça. Mais je veux qu'on reste l'esprit ouvert parce que si on semet juste à parler d'exploitation sexuelle, on va niveler le problème qui doitêtre dénoncé. Mais je ne suis pas sûre de bien le présenter.

Mme Lecours (Les Plaines) :Non, je comprends votre point de vue, mais vous avez dit aussi, au tout début,que la prostitution, ça existe depuis 600 ans avant Jésus-Christ. La traiteaussi. La traite... Et c'est une forme de traite quand on parle d'adolescentes,il y a une notion de consentement, et tout, puis de désensibilisation surtout.

Mme Dufour (Rose) : Oui,oui. Oui.

• (17 heures) •

Mme Lecours (Les Plaines) :J'aimerais ça... Rapidement, puis, après ça, je vais laisser la parole à mescollègues, reparlez-nous de la pathologie de l'ébéphilie...

18247 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17949 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T17:30:00 2

M. Loiseau (Daniel) :...en lien avec le proxénétisme ou la traite de personnes. Par la suite, ilsdoivent gérer une chaîne de possession des «exhibits», fournir ceux-ci pourexpertise à la section des crimes technologiques, accompagnés d'une ordonnancejudiciaire. Une fois l'expertise complétée, l'inspecteur doit en fairel'analyse appropriée au dossier et soumettre son rapport au procureur de lacouronne. L'enquêteur utilise également la section cyberenquête dans ce genrede crimes afin de fournir des éléments de preuve supplémentaires sur DVD, quidevra être analysée par la suite. Cette nouvelle technologie a pour effet derendre le processus de divulgation de nos dossiers de plus en plus lourds etfastidieux pour les enquêteurs qui doivent assumer de nombreuses tâchessupplémentaires. Les enquêteurs doivent aussi effectuer de nombreuses tâches administratives.L'ajout de personnel de soutien administratif leur permettrait de se consacrerentièrement à leur travail d'enquête.

De plus, suite à la diffusion del'émission Fugueuse, une vague de dénonciations a déferlé sur l'équiped'exploitation sexuelle du SPVM. La population est de plus en plusconscientisée à ce phénomène et réagit au moindre soupçon. Malgré la mise enoeuvre d'une nouvelle escouade provinciale, l'Équipe intégrée de la luttecontre le proxénétisme, EILP, en avril 2017, qui totalise, avec l'équipede Montréal, 25 enquêteurs, ceux-ci sont tellement surchargés queplusieurs d'entre eux ont dû être placés en arrêt de travail. La présence desintervenantes du CAVAC dans les bureaux de la section exploitation sexuelle estun atout indispensable et innovateur qui démarque le SPMV des autres corps depolice canadiens et qui favorise la réussite de nos dossiers. Par contre, lemanque de ressources, seulement deux intervenantes à temps partiel, estnettement insuffisant pour combler les besoins de 25 enquêteurs.

Les victimes mineures se retrouvent seuleset sans ressources une fois sorties du centre jeunesse. Elles vont se retrouver,jusqu'à l'âge de 18 ans, dans des appartements supervisés et après ellessont laissées elles-mêmes. Le système ne permet pas à ces filles d'avoir unendroit approprié pour qu'elles puissent graduellement retrouver une vienormale après avoir eu les interventions nécessaires à leur réhabilitation. Deplus, elles ont accès seulement à des centres destinés à des femmes victimes deviolence qui ne les acceptent que pour quelques jours, en général trois joursseulement, et doivent quitter par la suite. Comble de malheur, les victimes deproxénétisme se font refuser l'accès à ces centres d'aide puisque leur dossierest relié à un proxénète et par peur de représailles... Ce manque de ressourcesest une entrave qui a des graves conséquences pour les victimes qui se sententdélaissées par le système en attendant de compléter le processus judiciairecomme victimes d'un proxénète. Par conséquent, des centres d'hébergementdestinés à ce type de victimes seraient un atout majeur pour assurer leursécurité et favoriser leur réhabilitation.

De plus, les victimes de proxénétisme nesont toujours pas admissibles auprès de l'indemnisation des victimes d'actescriminels, l'IVAC, et ne peuvent par conséquent avoir accès à ces ressources.Ce refus de la part de l'IVAC a des conséquences dévastatrices sur les victimeset les dossiers en cours. Les victimes se sentent délaissées, découragées, cequi a pour effet qu'elles veulent tout abandonner. Les intervenantes du CAVACont ainsi une double tâche soit de faire en sorte que nos victimesn'abandonnent pas après le premier refus. Elles doivent travailler doublementpour garder la confiance de la jeune victime qui a été fortement ébranlée. Ilserait plus qu'urgent que l'IVAC reconnaisse les crimes reliés au proxénétismeet la traite de personnes. Voilà.

Le Président(M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Merci de votre présentation.Nous allons maintenant passer à la période d'échange avec les membres de lacommission. Première question, députée de Notre-Dame-de-Grâce.

Mme Weil : Oui,bonjour. Merci pour votre participation. Vous avez entendu, vous étiez dans lasalle, donc Mme Dufour. Concernant Rose Dufour, qui était ici avantque vous étiez ici, concernant sa déception, plus que déception, par rapport àl'intervention des policiers parce qu'on a parlé beaucoup de prostitution engénéral, donc adulte, comme faisant partie d'un fléau plus large qu'évidemmentl'exploitation sexuelle des mineures qui est notre mandat. Donc, il y a deuxinterventions aujourd'hui. On parle de cette question en voulant dire :Attention, là, c'est un mal global et qu'il faut s'attaquer à ça.

Est-ce que vous, vous savez uneexplication pour voir... bien, pour nous dire pourquoi est-ce que les policierssont débordés? Ils mettent l'accent sur ce qui... c'est-à-dire le plus urgent,qui est peut-être les mineures

Mme Weil : Est-ceque vous, vous avez une explication pour voir... bien, pour nous dire pourquoi est-ce que les policiers sont débordés? Ils mettent l'accent sur cequi... c'est-à-dire le plus urgent, qui est peut-être les mineurs>ou... Alors, les mots ont été forts, qui ont été utilisés. Je n'ose pasme prononcer... on a eu beaucoup d'échanges avec des policiers passionnés parl'aide et d'apporter secours à toute personne, mais il y a peut-être une autreexplication. Alors, juste voir votre commentaire là-dessus.

M. Loiseau (Daniel) : Bien,moi, comme enquêteur, comme ex-enquêteur, je peux vous dire que le système, ilfonctionne. J'ai arrêté et j'ai traduit en justice plusieurs proxénètes dansmes 20 années de carrière.

Il s'agit que la victime nous fasseconfiance, fasse confiance au système, de les approcher avec empathie, humainement et de leur dire qu'il ne leur arrivera rien, parce que cesfilles-là sont terrorisées, et de réussir à ce qu'elles fassent confiance au système.Et puis nous, comme enquêteurs ou avec les organismes qui nous aident, surtoutle CAVAC, on va les amener jusqu'à la fin, et puis on va être capable de serendre jusqu'à la fin des procédures, et puis de faire en sorte que cettefille-là, en cours de route, puisse avoir les soins nécessaires, avoir l'aidenécessaire. Et puis, par la suite, si jamais elle a l'intention de vouloirraconter son histoire, qui était autrement mauvaise, pour pouvoir aider d'autresfilles en faisant partie du projet des Survivantes, bien, on leur fait l'offre.Et puis si elles veulent continuer à pouvoir raconter leur histoire pourpouvoir aider d'autres à ne tomber dans le piège, bien, ces filles-là, sur unebase volontaire, vont pouvoir faire partie de cette...

Mme Weil : Elle aprésenté des statistiques qui semblaient indiquer que oui, en fait, il y a peud'interventions au niveau des prostituéesadultes. Je ne sais pas si les données sontvalidées, etc., ou si vous avez des données qui peuvent refléter qu'il y apeut-être un enjeu à cet égard. Ce n'est pas notre mandat, mais je pense quec'est relié à toute cette grande question qu'on touche depuis quelques jours,sur comment travailler sur tout le monde, là, toute la société en général, desinterventions précoces, prévention, programmes de prévention, etc. Votreexpérience dans le domaine, et des programmes, peut-être, que vous connaissez,que pensez-vous de cette voie-là, c'est-à-dire l'expérience à Edmonton? Je nesais pas si vous avez suivi l'intervention hier. Donc, ils ont un programmepour les hommes, qui... les john school, ça s'appelle.

M. Loiseau (Daniel) : Oui, jesuis au courant de... J'ai vu, oui.

Mme Weil : Vous étiezau courant de ça, et qui donnent des résultats intéressants, très intéressants.Donc, que finalement, parce qu'on... c'est tellement gros, le problème, surtout avec les médias sociaux, vous le soulignez, que ça devientpresque impossible. On court après cette problématique, et c'est tellement groset complexe, mais que si on travaille en prévention, mais aussi enréadaptation, hein, dans un sens, dans les deux bouts, bien, on pourrait aumoins réduire, peut-être, la fréquence, éventuellement.

• (17 h 40) •

M. Loiseau (Daniel) : C'estsûr. Je suis au courant que Montréal a fait des opérations clients. Je n'ai pasles statistiques exactement par rapport à ça, là, mais c'est sûr que j'aiparticipé à certaines opérations de clients. Mais c'estsûr que les enquêteurs de Montréal, là, la priorité, c'est de faire desdossiers d'arrestation par rapport à des proxénètes. Et, comme je vous aimentionné dans ma présentation, depuis Fugueuse, ily a énormément de dossiers.

Malgré le fait qu'il y a 25 enquêteurs, àMontréal, qui travaillent ces dossiers-là en amont, avec priorité les mineurs,les enquêteurs ne fournissent pas. La divulgation à la cour, maintenant, esttrès... ça se fait pratiquement sur DVD, maintenant. L'analyse descellulaires... Je vous donne un exemple, dans un des derniers dossiers que j'aieus, une fois que l'analyse du cellulaire... c'est-à-dire, une fois quel'expertise du cellulaire est revenue sur mon bureau, j'avais 26 000conversations à analyser, qui m'ont prises une semaine et demie à analyser et,après ça, faire un rapport pour retourner ça au procureur.

C'est des charges de travail énormes, quipourraient être traitées avec des gens, en ayant un soutien civil ou un soutiensupplémentaire pour aider ces enquêteurs-là à traiter, parce qu'aujourd'hui, en2019‑2020, c'est ce genre d'expertise là qu'on

M. Loiseau (Daniel) : C'est des charges de travail énormes qui pourraient être traitées avec desgens, en ayant un soutien civil ou un soutien supplémentaire pour aider cesenquêteurs-là à traiter, parce qu'aujourd'hui, en 2019‑2020, c'est cegenre d'expertise là qu'on >a de besoin à la cour.

Mme Weil : Très bien.C'est une bonne recommandation. Excellent. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de Lotbinière-Frontenac.

Mme Lecours(Lotbinière-Frontenac) : Bonjour. Il y a une loi qui criminalisel'achat de services sexuels puis il y a deux groupes aujourd'hui qui sont venusnous dire que la loi n'est pas appliquée. Moi, j'aimeraisconnaître votre avis là-dessus puis savoir pour quelle raison ce n'est pasappliqué.

M. Loiseau (Daniel) : Vousparlez de laquelle des lois, exactement, là?

Mme Lecours(Lotbinière-Frontenac) : Bien, c'est la loi... bien, en tout cas, toutà l'heure, les CALACS puis Mme Rose Dufour aussi disaient que la loin'était pas appliquée par la police. Je n'ai pas le...

M. Loiseau (Daniel) : LeC-36. Juste me dire, c'est quoi le...

Mme Lecours(Lotbinière-Frontenac) : Bien, on nous a dit, c'est la loi quicriminalise l'achat de services sexuels.

M. Loiseau (Daniel) : Bien,on a porté des accusations, dans différents dossiers à Montréal, par rapport àça, là. Peut-être qu'à Québec c'est différent, mais, à Montréal, il y aplusieurs dossiers qui ont été faits. L'achat de services sexuels, c'est la loiqui a rapport avec les clients. Donc, ce qui a été fait par rapport aux clientsà Montréal, bien, c'est cette loi-là qui est appliquée, l'achat de servicessexuels. Les clients paient pour obtenir des services sexuels puis, si c'est enrapport avec une mineure, à ce moment-là, c'estcriminalisé.

Le Président (M. Lafrenière) :...si je peux me permettre, ce qui a été mentionné tantôt par des groupes,c'est qu'il n'y a pas beaucoup d'opérations clients puis il n'y a pas beaucoupd'arrestations de clients. On aimerait entendre votre point de vue là-dessus, lorsqu'onparle d'adultes majeurs.

M. Loiseau (Daniel) : Comme ex-enquêteur, ce n'est pas moi qui décide de qui qui fait lesopérations clients ou qui qui n'en fait pas, là. Moi, comme je vous dis, il y aénormément de dossiers par rapport à des mineurs, par rapport à des dossiersd'enquêtes, par rapport à des proxénètes. Donc, la priorité du SPVM, c'est çaet c'est la plupart de ces dossiers-là qui génèrent... qui grugent le tempsqu'on a pour pouvoir travailler ces dossiers-là.

Un enquêteur du SPVM peuttraiter 10, 12 dossiers par année. Des fois, c'est des dossiers quipeuvent durer une semaine, deux semaines, un mois, trois mois, six mois. Desfois, les enquêteurs vont gérer trois, quatre dossiers en même temps, apporterune expertise dans un centre... aux crimes technologiques puis recevoir cesinformations-là un mois plus tard, il faut se rembarquer dans ce dossier-là.Revenir dans un dossier, c'est... Gérer toute cette façon de faire là ou decanaliser tous ces éléments-là dans chacun des dossiers, ça devient un beaupuzzle.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci. Député de Chomedey.

M. Ouellette : Je vous ledisais d'entrée de jeu, là, mais hors micro, tantôt, passer 20 ans dansune équipe comme ça, mon commentaire a été : Vous avez pris votre retraiteau mois de mai, la décontamination n'est sûrement pas finie, parce que vousêtes en commission, vous venez nous parler de votre passion, puis venir aider àce qu'on puisse cheminer, puis nous faire profiter de votre expérience.

Il y a deux choses sur lesquelles je mesuis attardé un peu plus. Il y a eu la formation d'une équipe intégrée de luttecontre le proxénétisme, puis c'est sûr qu'après Fugueuse il y a eu uneaugmentation de signalements puis etc. Et vous nous mentionnez que, même s'il ya 25 enquêteurs, il n'y a pas assez de monde et que probablement la naturedu travail fait en sorte que ça tombe au combat, là, ou qu'ils sont surchargés.On aura l'opportunité de rencontrer les gens de l'équipe intégrée, dans lesprochains jours, mais je pense que c'est important qu'on ait votre son decloche, parce qu'hier les gens de Sherbrooke sont venus nous indiquer aussique, dans leur milieu, à cause de leur niveau de service... vous n'avez pas ceproblème-là à Montréal, mais, à cause de leur niveau de service, ils nepouvaient pas intervenir dans tous les genres de situations, entre autres dansle proxénétisme, et on se posait la question s'il ne fallait pas le regarder.

On a reçu tantôt les gens de l'IVAC, bon,qui sont venus nous parler que les infractions ne correspondaient pas, maisqu'il ne semble pas y avoir de dossier qui était

M. Ouellette : ...entre autres, dans le proxénétisme, et on se posait la question s'ilne fallait pas le regarder.

On a reçu tantôt les gens del'IVAC, bon, qui sont venus nous parler que les infractions ne correspondaientpas, mais qu'il ne semble pas y avoir de dossier qui était >refusé. Jeprésume que, si vous nous en parlez dans votre mémoire, c'est que c'est à votreconnaissance personnelle qu'il y a des victimes qui n'ont pas été reconnues parl'IVAC parce que les infractions ne sont pas dans la liste des infractionscouvertes par la Loi de l'IVAC. Est-ce que je me trompe?

M. Loiseau (Daniel) : Oui,c'est exact. En fait, au départ, ils sont refusés, sauf que, par la suite, les intervenantesdu CAVAC qui gèrent le dossier avec nous vont refaire une nouvelle demande,vont y aller obliquement en déposant une nouvelledemande avec d'autres genres d'accusations qui sont reliées avec lesaccusations de proxénétisme pour finalement que le dossier soit accepté.

Mais imaginez-vous dans la tête d'unejeune qui a 15, 16 ans, et qui fait sa demande à l'IVAC pour essayerd'être indemnisée, et puis qui a besoin d'avoir les services d'un psychologueou peu importe, et puis la première démarche qu'elle a pour se reconstruire,elle se fait refuser déjà, tout de suite, en partant. Ça fait que, des fois, çaa des effets dévastateurs pour l'enquêteur ou bien le dossier comme tel. Lafille, elle essaie de remonter une côte, puis la première chose qu'on lui dit,c'est un refus. Alors, il y a ça qui est aberrant.

Il y a aussi le fait que la même fille quiest fugueuse, exemple, et qui part de Montréal, puis qui est amenée à Toronto,puis que finalement elle réalise, rendue à Toronto, qu'elle se fait pimper,puis là il y a des enquêteurs de Toronto qui vont procéder à l'arrestation deson pimp, cette fille-là de 15 ans, bien, elle va revenir à Montréal à unmoment donné, elle va avoir de l'aide immédiate à Toronto, puis finalement,rendue à Montréal, bien, qui qui va l'aider? Personne. Personne ne va l'aider,rendue à Montréal, parce qu'il n'y a pas de suivi qui s'est fait. Pourtant,elle est partie d'ici puis elle est allée à Toronto, elle est allée à Ottawa,elle est allée à Calgary, puis les proxénètes ont pris soin de la déplacer, dela cacher, de l'éloigner de sa famille. Et une fois rendue ici, à Montréal,bien, il n'y a pas personne qui s'en occupe de cette fille-là.

M. Ouellette : Et jecomprends aussi, et ce sera mon dernier commentaire, M. le Président, jecomprends aussi que le fait de ne pas être actualisée... puis je mentionnais auprésident de l'IVAC tantôt que leur loi n'a pas été revue, c'est-à-dire que lesinfractions n'ont pas été revues depuis 1985. Ça fait en sorte qu'on n'a pas leportrait juste de la situation. Je comprends de vos explications que leproxénétisme, ça peut finir avec des voies de faits graves ou ça peut finiravec un autre genre de violence, là, qui va... Quand on voudra faire un étatdes lieux, on n'aura pas l'heure juste.

M. Loiseau (Daniel) : C'estsûr. Bien, en fait, nous, à Montréal, on a la chance d'avoir, suite... avecl'escouade EILP, on a la chance d'avoir deux filles du CAVAC avec nous, quisont à temps partiel, malheureusement. Ça en prendrait quatre à temps plein,mais ces filles-là... Ce qui est vraiment magique, c'est que moi, avant, quandj'ai commencé à faire des dossiers de proxénétisme, bien, on donnait un numérode téléphone avec un nom puis on disait à la victime : Tu appelleras cettefille-là, elle travaille avec nous, elle va pouvoir t'aider dans toutes lesdémarches que tu vas pouvoir faire, puis il va falloir que tu te rendes aupalais de justice pour aller la rencontrer au bureau du CAVAC.

Maintenant, le fait d'avoir ces deux personnes-làà même nos bureaux, on est en mesure de pouvoir céduler une entrevue vidéo aveccette jeune-là et puis, avant même de faire l'entrevue vidéo, on est capable dela présenter à une fille du CAVAC qui va la rencontrer puis qui va luiexpliquer tous les services qu'elle va pouvoir faire puis qu'elle va pouvoirlui offrir, éventuellement, selon les besoins qu'elle va avoir et lecheminement qu'elle veut faire. Puis après, bien, on va procéder à l'entrevuevidéo avec la jeune, et puis les procédures vont s'ensuivre, et puis lesdeux... le CAVAC va continuer à avoir le... va apporter l'aide nécessaire à lajeune pour qu'elle puisse avancer dans ses démarchesde réhabilitation <à même... >pendant que le dossier est en trainde se corroborer ou... L'enquêteur doit valider l'information, valider la déclarationde la jeune. Donc, pendant que nous, on fait ça, bien, il y a quelqu'un d'autrequi s'occupe de... Ça fait que le fait d'avoir ces gens-là dans nos bureaux,directement sur place, bien ça, c'est magique.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de l'Acadie.

• (17 h 50) •

Mme St-Pierre :Merci. Merci beaucoup, M. le Président. Tout d'abord, je veux vous remercierd'être avec nous aujourd'hui. Puis comme l'a dit mon collègue, vous êtes à laretraite,

M. Loiseau (Daniel) : ...le fait d'avoir ces gens-là dans nos bureaux, directement sur place,bien, ça, c'est magique.

Le Président(M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Députée del'Acadie.

Mme St-Pierre :Merci. Merci beaucoup, M. le Président. Tout d'abord, jeveux vous remercier d'être avec nous aujourd'hui. Puis comme l'a dit mon collègue, vous êtes à la retraite, >mais vous ne le serez pas longtemps.Ça a été très émouvant de lire l'article à votre sujet l'autre jour dans LaPresseet de voir que les filles sont allées vous remercier lors de cette petiteréception en votre honneur. J'ai trouvé la lecture du texte... C'était trèsintéressant, puis je pense que vous avez fait un super bon travail.

J'aimerais vous entendre encore sur la questiondes indemnisations. Moi, j'ai été tout à l'heure, là... Je l'avais lu puis làje viens de le réentendre. C'est vraiment, je pense, urgent de faire en sorteque la loi puisse permettre une indemnisation de ces... Ce n'est pas considérécomme un acte criminel d'avoir été victime d'un proxénète. Il faut qu'il y aiteu autre chose, s'être fait battre, violer, c'est... Et je pense que ça, c'est vraimentimportant. Il y a ça sur lequel je voudrais vous entendre, mais aussi sur votreapproche. Parce que, dans l'article, vous dites : Il faut toujours être encontact avec cette personne-là puis lui dire : Il faut que tu me fassesconfiance, de ne pas lâcher, tout ça. Puis ce n'est pas l'image qu'on a souventdu policier, qui est un policier très humain.

Et comment vous en êtes... Je voudrais vous entendre un peu sur votre vie, comment vous enêtes venu à vous intéresser à ces questions-là. Est-ce qu'il s'est passé quelquechose chez vous qui a dit : Bien, moi, c'est ça que je veux faire ou...

M. Loiseau (Daniel) :Non. En fait, bien, à un moment donné, je me suis placé dans la position de cesfilles-là puis je me suis dit : Bien, si c'étaient mes propres filles?Alors, c'est comme ça que j'ai approché ces jeunes victimes là, que je lesai... Je leur ai dit que leur histoire qui n'était pas bonne à raconterpourrait éventuellement... Quelqu'un pourrait les entendre, et quelqu'un auraità prendre des décisions avec cette histoire-là qui était mauvaise, et que je neles laisserai pas tomber, et que je vais être avec eux autres jusqu'à la fin.

Alors, quand on fait une prérencontre pourfaire en sorte que ces filles-là te fassent confiance, on les rencontrehumainement. Bien, moi, je les rencontre humainement puis je les approche decette façon-là, puis c'est peut-être pour ça que j'ai réussi à convaincre plusieursfilles. L'article de LaPresse, c'est une histoire parmitant d'autres. L'article est sorti là parce que la fille est rendue là dans soncheminement, mais il y en a plein d'autres belles histoires comme ça. Puis leprivilège qu'on a d'avoir fait des dossiers comme ça, c'est de pouvoir voir àtravers l'équipe des Survivantes. C'est des filles qui ont été des anciennesvictimes dans mes dossiers à moi ou dans d'autres enquêteurs. Et puis depouvoir les revoir puis de voir qu'ils s'en sortent, alors, c'est ça, le prix àgagner de tout ça et d'être fier de faire cette job-là.

Mme St-Pierre :Puis la question du client abuseur, je pense qu'il faut qu'on s'y attarde. Est-ceque vous auriez recommandations... >une recommandationà nous faire pour faire en sorte qu'on soit encore plus agressifs vis-à-vis lesclients abuseurs? Ça n'a peut-être pas été votre champ d'expertise, mais cesfilles-là ont quand même eu des clients, là, puis les clients, c'est M. et MmeTout-le-monde... pas monsieur et madame, M. Tout-le-monde, là,M. Bien-ordinaire, là.

M. Loiseau (Daniel) :Bien, écoutez, ça demeure au service de police de décider combien d'opérationsclients ils peuvent faire par année. Encore là, une opération client, çanécessite une journée complète avec des préparations antérieures pour pouvoirpréparer ça. Donc, une équipe qui sort sur la route pour aller faire uneopération client, procéder à des arrestations, pendant cette journée-là, bien,ils ne sont pas en train de travailler sur les dossiers de proxénètes, detraite de personnes. Donc, tu sais, ça demeure au service de police de décidercombien d'opérations clients ils font par année.

Mme St-Pierre :Dernière question très... Je veux laisser la place aux autres aussi. Tout àl'heure, les CAVAC nous ont parlé, puis je ne veux pas faire de profilage, là,mais il faut qu'on regarde ce phénomène, qu'il y a quatre fois plus de femmesautochtones chez les victimes de proxénétisme. Est-ce que c'est ce que vousconstatez aussi, vous avez constaté

Mme St-Pierre :Je veux laisser la place aux autres aussi. Tout à l'heure, les CAVACnous ont parlé , puis je ne veux pas faire de profilage, là, mais ilfaut qu'on regarde ce phénomène, qu'il y a quatre fois plus de femmesautochtones chez les victimes de proxénétisme. Est-ce que c'est ce que vousconstatez aussi, vous avez constaté >dans votre travail aussi? Et, sivous avez travaillé avec des femmes autochtones, est-ce que votre approcheétait différente ou si c'est la même : c'est un être humain, puis vousentrez en contact de la même manière, puis vous faites le suivi de la mêmemanière?

M. Loiseau(Daniel) : Moi, personnellement, j'ai eu affaire avec, une fois, unefemme autochtone, mais ça fait quand même plusieurs années. Je sais qu'ellefait partie du programme des Survivantes aujourd'hui. Mais de là à dire qu'il ya quatre fois plus d'autochtones présentement comme victimes, moi, de notrecôté ou, en tout cas, de la réalité que j'ai vécue, je nesuis prêt à dire ça, là.

Le Président(M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député de Sainte-Rose.

M.Skeete : Merci beaucoup, M. le Président. Je voudrais vous remercierd'être ici, M. Loiseau. J'avais également une question sur l'indemnisation.Elle a été en partie répondue, mais, vous, vous voyez ça comment, uneindemnisation idéale? Ça serait de reconnaître d'être... une fois qu'on estdéclaré victime d'un proxénète, qu'on soit éligible avec un montant puis que çasoit, ça, réglé d'emblée. C'est ça?

M. Loiseau(Daniel) : Bien, je ne vois pas un montant, là. Je veux dire,peut-être... Je sais que dans d'autres provinces j'ai déjà eu vent qu'il y ades montants d'argent qui sont alloués à des victimes d'exploitation sexuelle.En Ontario, j'ai déjà eu vent de ça, ça fait plusieurs années.

Moi, je penseque c'est tout simplement, là, que la victime puisse avoir de l'aide nécessaireou que son dossier soit accepté d'emblée. C'est ce qui m'a... Des fois, quandtu as une victime devant toi puis que la fille, elle a le choix d'être considérée comme une victime de violence conjugale ou elle a lechoix de nous dire toute son histoire au complet pour être victime, finalement,de traite des personne, proxénétisme, séquestration, voies de fait graves, etj'en passe, bien, si nous, comme enquêteurs, on met dans la tête de la victimeque d'avoir toutes ces accusations-là, ça va être encore beaucoup plus undossier étoffé, et on va pouvoir aller à la cour avec quelque chose de vraimenttrès gros plutôt qu'elle soit juste rencontrée comme violence conjugale...

Alors, si je luidis que les gens vont l'épauler, les gens du CAVAC vont l'aider ou elle va êtreéventuellement indemnisée par l'IVAC, puis finalement sa première constatation,une fois qu'on a avancé là-dedans puis qu'elle a pris la décision dans sa têtede nous faire confiance puis d'aller de l'avant, la première constatation,c'est que l'IVAC n'indemnise pas la traite de personne ni le proxénétisme,alors elle est complètement défaite. J'ai eu personnellement plusieurs dossierscomme ça où la victime a été déboussolée, parce que moi, je venais de lui direque c'était beaucoup plus important de porter des accusations puis d'avoir untout dans toute son histoire que d'avoir juste la violence conjugale.

M.Skeete : Je dois vous dire puis je rappelle à mes collègues qu'on aentendu toute cette histoire-là par notre survivante, que ça l'a presqueachevée qu'elle s'est fait refuser l'indemnisation. Mais, écoutez, mercibeaucoup pour votre belle carrière, merci beaucoup pour tout ce que vous avezfait.

M. Loiseau(Daniel) : Merci.

Le Président(M. Lafrenière) : Dernière question en deux minutes pour le député deViau.

M.Benjamin : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. Lessard, mercipour votre présentation. Donc, vous avez été un témoin, un acteur mêmeprivilégié de cette scène-là, de cette réalité-là. Vous avez innové dans votrepratique. Il y a plusieurs corps policiers qu'on a reçus jusqu'à présent, doncque ce soit Québec, Sherbrooke, Laval, qui font les choses intéressantes, quinous ont parlé de leurs pratiques intéressantes, et j'aimerais peut-être vousentendre. Et dans votre mémoire, vous nous parlez notamment de cette réaliténotamment en parlant de l'escouade... l'Équipe intégrée de lutte contre leproxénétisme, où il y a déjà une surcharge de travail, de plusieurs placés enarrêt de travail, etc.

Quelle serait votre vision pour une plus grande efficience desdifférents corps policiers au niveau de la lutte, justement, contrel'exploitation sexuelle des mineurs?

• (18 heures) •

M. Loiseau(Daniel) : Je vous dirais que c'est sûr qu'un peu plus d'enquêteurspourraient aider la situation, des employés de soutien qui permettraient à cesenquêteurs-là, justement, de pouvoir faire les expertises qui sont de plus enplus exigeantes pour la divulgation de ces dossiers-là en 2019 et 2020...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 33 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17945 ANQ.Vigie.Bll.Depute 549 ANQ.Vigie.Bll.Depute 1235 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17873 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T18:00:00 2

M. Loiseau (Daniel) : ...lasituation, des employés de soutien qui permettraient à ces enquêteurs-là,justement, de pouvoir faire les expertises qui sont de plus en plus exigeantespour la divulgation de ces dossiers-là, en 2019 et 2020.

Je vous dirais aussi... j'ai perdu monfil, là. La formation avec le programme des Survivantes, comme j'ai parlé... Moi,personnellement, j'ai donné quelques formations par rapport à ça. Donc, il y a deplus en plus de policiers, de plus en plus d'intervenants qui interagissent àtravers cette formation-là. Donc, je sais qu'il s'en est donné au SPVM, desformations en rapport avec ce programme-là, où est-ce qu'il y a le volet des Survivantes,il y a un volet enquête puis il y a une survivante qui vient à la fin pourfaire sa présentation. Bien, ça ouvre les idées de beaucoup de personnes, lefait de comprendre, le fait de sensibiliser ces gens-là au phénomène.

Et puis ça fait en sorte que les policierssur la route, qui sont les premiers intervenants lors d'appels... des fois, çane rentre pas nécessairement un appel au 9-1-1 que la fille, elle a été victimede proxénétisme. La fille, elle a appelé le 9-1-1 parce qu'elle vient de subir des voies de fait, elle se fait harceler, ellereçoit des menaces. Tu sais, c'est tout le temps d'autres accusations, mais lespoliciers, s'ils sont le moindrement un peu plus allumés sur comment décoder cegenre de victime là, comment les approcher, les approcher plus humainement, lesapprocher avec de l'empathie, être capables de détecter les signes, bien, cespoliciers-là vont être capable de prendre ces filles-là puis de les amener versles enquêteurs pour faire un dossier de proxénétisme au lieu de faire undossier de voie de fait, violence conjugale ou différents dossiers. Puis éventuellementça peut devenir un dossier de proxénétisme,mais les premiers intervenants, c'est les policiers qui répondent aux appels 9-1-1,qui sont sur les lieux.

M. Benjamin : Merci beaucoup,inspecteur Loiseau.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Merci de votre contribution à nos travaux.

La commission suspend ses travaux jusqu'à19 h 30. Merci.

(Suspension de la séance à 18 h 2)

17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T19:30:00 2

(Reprise à 19 h 32)

Le Président (M. Lafrenière) :Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission spéciale sur l'exploitationsexuelle des mineurs reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnesdans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareilsélectroniques.

Nous poursuivons les consultationsparticulières et auditions publiques de la Commission spéciale surl'exploitation sexuelle des mineurs. Ce soir, nous entendrons M. MichelDorais et la Direction de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale.

Alors, M. Dorais, je vous laissefaire votre exposé pendant 20 minutes. Parceque, là, je me rends compte que j'ai présenté deux groupes, mais c'est vous queje présente seul, alors je vous laisse nous parler pendant 20 minutes. Etpar la suite il y aura une période d'échange avec les membres de la commissionpendant 25 minutes. M. Dorais, merci d'être là.

M. Dorais (Michel) :Merci. Alors, M. le Président, Mme la vice-présidente, membres de lacommission, je suis honoré d'être parmi vous. J'avoue que j'ai écouté... Bien,j'ai surtout lu ce matin ce que vous avez fait hier. J'ai lu, trèsattentivement, et relu votre document de consultation, et c'est bien partiparce que je pense que les enjeux sont bien cernés, et il était temps que ça sefasse aussi. Alors, ça, c'est la bonne nouvelle dans ce sujet très dramatiqueet terrible dont on va quand même parler.

Alors, ça fait 40 ans que jetravaille là-dessus. Alors, je vais vous donner un peu des idées qui me sontvenues en tête à travers le travail que j'ai fait. Moi, j'ai travaillé unedouzaine d'années, surtout en protection de la jeunesse, à partir desannées 70 — ça ne me rajeunit pas — mais ensuite commechercheur, comme professeur et aussi comme directeur scientifique pour desprogrammes en prévention. J'ai travaillé, depuis une bonne quinzaine d'années,beaucoup avec le Centre jeunesse de Québec pour développer des programmes deformation en prévention pour les intervenants et les intervenantes. J'enparlerai un petit peu plus tout à l'heure.

Alors, comme il me semble que les enjeuxsont très bien cernés déjà, je vais parler surtout de l'action à faire, surtoutde prévention, d'autant que c'est un peu ma spécialité. J'enseigne un cours,notamment, qui s'appelle Prévention, à l'Université Laval. Alors, jerappellerais qu'il y a trois types de prévention. Et on verra qu'en ce qui nousconcerne les trois sont très, très importants pour prévenir les dégâts que fontl'exploitation sexuelle et la prostitution chez les jeunes.

Alors, la première forme, évidemment, c'estla prévention primaire, c'est d'agir avant que le problème n'arrive. Et ça, c'estbien important parce que, si on peut faire en sorte qu'il y ait le moins dejeunes filles et de jeunes hommes possible qui tombent dans ce filet-là, mieuxça sera.

Le deuxième type de prévention, c'est laprévention secondaire, c'est d'intervenir le plus rapidement possible avant quela situation se détériore. C'est pour ça qu'il faut former, comme on le faitnotamment au Centre jeunesse de Québec, mais je laisserai les gens du centrejeunesse en parler peut-être plus que moi, pour être capable de

M. Dorais (Michel) : ... type de prévention, c'est la prévention secondaire, c'estd'intervenir le plus rapidement possible avant que la situation se détériore.C'est pour ça qu'il faut former, comme on le fait notamment au Centre jeunessede Québec, mais je laisserai les gens du centre jeunesse en parler peut-êtreplus que moi, pour être capable de >détecter les signes avant-coureursou les premiers signes qu'un garçon ou qu'une fille est aux prises avec del'exploitation sexuelle. Dans les filles... surtout comme victimes, parfoisaussi comme complices, comme proxénètes. Et, pour les gars, ça peut être vraimentles deux parce qu'il y a aussi des garçons mineurs, hein, qui se retrouventcomme proxénètes. Il faut bien le dire.

Enfin, la prévention tertiaire, c'est defaire en sorte qu'il n'y ait pas de récidive. Donc, que les victimes s'ensortent, développent leur résilience, leur capacité d'agir sur leur propre vie,c'est très important parce qu'il y a une perte, hein, de contrôle de leur vie,chez les victimes. Et, d'autre part, bien, chez les auteurs d'exploitation,mineurs ou majeurs, qu'il y ait de la désistance, c'est-à-dire arrêt d'agir, etune certaine réhabilitation, il faut évidemment le souhaiter. On est dans unesociété qui croit en la réhabilitation. Et surtout quand ce sont des jeunes quisont impliqués, je crois qu'il y a plus d'espoir encore.

Alors, évidemment, tous les jeunes sont àrisque. Il n'y a pas de... Je crois que des gens l'ont dit hier, et c'est vrai,et on le verra tout à l'heure, il y a des facteurs de vulnérabilité qui sontdifférents selon les classes sociales, évidemment, selon les âges, mais...Comme l'exploitation sexuelle, c'est d'abord et avant tout un abus de pouvoir.Tous les jeunes peuvent être victimes d'abus de pouvoir de la part d'autresjeunes, en général un peu plus vieux, ou d'adultes. C'est la raison pourlaquelle il nous faut impérativement faire l'impossible pour renforcer tous lesfacteurs de protection qui vont faire en sorte que le moins de jeunes possible,et, idéalement, zéro jeune, tomberont dans ces filets-là et de minimiser lesfacteurs de vulnérabilité, dont je parlerai à l'instant.

J'aimerais dire cependant avant... saluerle fait que l'éducation sexuelle revient dans nos écoles cette année. C'est uneexcellente nouvelle parce que plus les jeunes sont informés, moins ils sontvulnérables. Les auteurs d'exploitation sexuelle tablent beaucoup surl'ignorance, sur la crédulité des jeunes, et plus on leur parlera de lasexualité de façon positive — et parfois négative parce qu'il y a desdangers, bien sûr, il y a les deux, on le sait, nous — bien, plus ilsseront armés et mieux armés pour affronter les gens qui essaient de lesentraîner dans des pistes, là, qui ne sont pas... qui vont leur portergravement préjudice. Je pense que toutes les victimes...

Vous savez, moi, quandj'étais travailleur social, mais aussi comme chercheur, j'en ai interviewé beaucoup,beaucoup, beaucoup, de victimes. Je n'ai jamais vu une victime qui n'avait pasde séquelles. Ça n'existe pas. Les séquelles sont variables, bien sûr, mais ily en a toujours parce qu'être exploité sexuellement, ça s'apparente beaucoup àdu viol — c'est souvent du viol, d'ailleurs — à del'agression sexuelle. Et souvent c'est des agressions à répétition. Alors,évidemment, ça laisse des traces terribles. Il faudra travailler là-dessus.

On pourra se demander comment se fait-ilqu'autant de jeunes se retrouvent piégés. Je veux dire, ça fait 40 ans que jetravaille là-dessus, ça n'a pas beaucoup changé. J'écoutais... Bon, quelqu'un adit hier : Le Québec, plaque tournante... bien, je disais ça il y a 40ans. Ça n'a pas changé parce que les caractéristiques culturelles du Québecsont encore les mêmes. Bon, c'est encore la même chose. Quand je travaillaispour la DPJ, bon, au tout début des années 80, onretrouvait des filles, là, dans les provinces de l'Ouest, et puis... Donc, cen'est pas nouveau, alors, mais on commence à connaître le profil.

Évidemment, qu'est-ce qui fait que desjeunes sont plus vulnérables que d'autres? Bien, on le sait, dans certains cas,il y a la pauvreté, le désoeuvrement des jeunes qui sont très vulnérables parcequ'ils ne voient pas de possibilité de... Comment dirais-je? Ça va mal àl'école. Dans la famille, parfois, il peut y avoir de la négligence, parfoisdes abus aussi, soit physiques ou sexuels, alors des jeunes qui sontdésoeuvrés, on pourrait dire ça comme ça, et qui vont être plus facilemententraînables, si j'ose dire, par des gens qui peuvent leur raconter toutessortes d'histoires en disant : Bien, viens, ta vie va être plus belle situ me suis.

• (19 h 40) •

Aussi, la faible estime de soi, ça, c'estassez terrible à dire. Vous savez, j'ai écrit un ouvrage. J'ai fait unerecherche sur les filles dans la prostitution et j'ai fait un ouvrage aussi, àpeu près

M. Dorais (Michel) : ... peuvent leur raconter toutes sortes d'histoires en disant :Bien, viens, ta vie va être plus belle si tu me suis.

Aussi, la faible estime de soi,ça, c'est assez terrible à dire. Vous savez, j'ai écrit un ouvrage... J'ai faitune recherche sur les filles dans la prostitution et j'ai fait un ouvrageaussi, à peu près >dans les mêmes années, sur les jeunes garçons dans la prostitution, et beaucoup de filles seprostituent par amour, aucun garçon ne se prostitue par amour. Dans un Québecqui se veut égalitaire, c'est questionnant. C'est questionnant. Comment sefait-il qu'encore aujourd'hui, là, en 2019, il y a des jeunes filles quipensent que c'est un signe d'amour si le petit ami proxénète — ellene l'appelle pas comme ça, mais c'est ce qu'il est en réalité — luidit : Bien, tu vas m'aider à gagner de l'argent, tu vas faire ça pour moi?Comment ça se fait... autant de jeunes filles disent oui, alors qu'il n'y a jamaisde jeunes filles qui demandent ça et même d'autres garçons qui demandent ça à d'autresgarçons? Ça parle beaucoup de la condition des jeunes filles et ça veut dire qu'ily a encore de l'éducation, notamment l'éducation sexuelle, je le répète, àfaire de ce côté-là parce qu'il y a un problème d'estime de soi. Penser que quelqu'unpeut nous demander de se prostituer par amour, c'est questionnant. <Ça nedevrait pas... On devrait tout de suite... >Les jeunes devraient toutde suite réagir en disant : Ça n'a pas de sens.

Évidemment, beaucoup de jeunes aussi déjà... >sont déjà poqués, comme on dit en bon québécois. Jepense aux jeunes, bien, qu'on retrouve, oui, à la DPJ, des jeunes qui ont déjàvécu toutes sortes de problèmes dans leur famille. Alors, c'est des jeunes quisont plus susceptibles d'être entraînés parce qu'effectivement présentant déjàbeaucoup de vulnérabilités. Et, même, j'irais plus loin que ça, beaucoup dejeunes ont déjà des caractéristiques de sexualité traumatique oupost-traumatique qu'ils ont vécue déjà dans l'enfance ou au début del'adolescence. Alors, ils ont déjà des scénarios de vie et certains réflexes,je dirais, qui font en sorte que les agresseurs, les prédateurs, enfin,appelons-les comme vous voulez, vont avoir plus de facilité à les manipulerparce que ces jeunes-là ont déjà vécu ces choses-là, ont déjà été agressés, ontdéjà été victimes de prédation sexuelle, de manipulation à des fins d'agressionsexuelle.

Alors, évidemment, il y a plein d'autresgroupes vulnérables. Il y aura des spécialistes qui vont en parleront. Jetenais à nommer ceux-là parce que c'est des groupes que j'ai beaucouprencontrés dans mon travail soit comme intervenant soit comme chercheur.

Il y a aussi une catégorie dont on neparle peut-être pas assez. J'en parlais dans mon ouvrage, ma recherche sur lesjeunes filles sous influence des gangs de rue, des jeunes filles qui pensentque ça va être une belle aventure parce que les gangs de rue font beaucoupaccroire que c'est quelque chose qui peut être positif. Évidemment, on le sait,nous, que ça ne l'est pas. Mais il y a encore des jeunes qui pensent qued'entrer dans la prostitution, par exemple, ça peut être une aventureintéressante, qu'ils vont rencontrer du monde, faire de l'argent, tout ça. Onsait bien qu'au bout de la ligne ce n'est n'est pas ce qui va arriver, mais ily a encore des jeunes qui le croient.

Alors, il y a plusieurs pistes qui seprésentent à vous si on veut faire de la prévention pour ces jeunes-là,notamment, et j'aimerais en parler de quelques-unes.

D'abord, la législation. Évidemment, il ya des lois. Il y a des lois. On sait que beaucoup de crimes dont on parle, dontvous avez parlé hier, dont on parle aujourd'hui, sont déjà punis par la loi. C'estimportant. On n'améliorera jamais assez ces choses-là. Cela dit, il y a desgens, il y a des auteurs d'agression, d'abus, de prédation sexuelle qui sontplus ou moins imperméables à ça. Il y a des recherches quimontrent — ça va plus loin — qu'il y a des gens qui vontmême érotiser l'interdit, que l'interdit par les lois, <ça rend lachose... >ça peut rendre la chose, pour certaines personnes, hélas! plusrecherchée encore. Alors, c'est pour ça que la législation, c'est bien, mais çane suffit pas pour tout le monde. Il faut aller plus loin que ça.

Il faut évidemment des changements organisationnels.Pensez à tout le contrôle de l'accès à la pornographie, et tout ça, où il y ades modèles qui ne sont pas toujours très plaisants là-dedans, bien, ça peutêtre une bonne chose aussi. Ça, c'est l'organisation de la société, hein? Ondit : Bien, la pornographie, ça existe, oui, pour les adultes consentants,pleinement consentants, soit comme consommateurs soit comme acteurs ou actriceslà-dedans. Alors, il faut veiller à ça parce que les messages qui sontvéhiculés dans ce matériel-là, disons que... encouragent beaucoup des chosescomme la prédation et l'exploitation sexuelle.

Alors, le partenariat, la concertationentre les intervenants, c'est très, très, très important. J'ai eu la chance dele

M. Dorais (Michel) : ...là-dedans. Alors, il faut veiller à ça parce que les messages quisont véhiculés dans ce matériel-là, disons que... encouragent beaucoupdes choses comme la prédation et l'exploitation sexuelle.

Alors, le partenariat, la concertationentre les intervenants, c'est très, très, très important. J'ai eu lachance de le >vivre avec les gens de la protection de la jeunesse dansla région de Québec, les policiers autant que les gens de la DPJ, tout ça. Etc'est important parce que, quand on se parle entre nous et qu'on surveille uncoin de la ville ou qu'on surveille certaines activités, tout ça, aussitôtqu'il y a une petite manifestation, une petite cloche qui sonne, là, onintervient très rapidement.

Moi, j'avoue que j'ai un respect immensepour les gens de la table de concertation de Québec sur l'exploitation sexuelleet la prostitution juvénile parce que c'est des gens qui se réunissent trèssouvent en dehors de leurs heures de travail, quand ils n'ont pas le temps,pour échanger de l'information, développer des meilleures interventions. Moi,j'ai travaillé avec eux pour développer, par exemple, des meilleurs programmesen formation. Et il y a beaucoup de choses à gagner là-dedans parce que lecrime organisé, notamment, qui exploite beaucoup les jeunes filles, tablebeaucoup sur l'ignorance non seulement des filles, mais aussi des intervenants,des intervenantes. C'est pour ça qu'aussi les intervenants, les intervenantes,on doit être outillés, on doit être bien armés. On doit comprendre ce qui sepasse et intervenir le plus rapidement possible. Mais, pour ce faire, il fautse parler entre nous.

Alors, il faut développer desconnaissances, des habiletés nouvelles et chez les intervenants, et chez lesjeunes, et aussi chez les prédateurs, parce que pensez bien que les prédateurs,là, commencent leur carrière très, très tôt. Il est très rare que les auteursd'agression, d'exploitation sexuelle vont commencer très âgés. Ça commence àl'adolescence. Alors, c'est pour ça qu'il faut intervenir très, très vite, autout début de la vie adulte. Il faut intervenir. Il faut que ces hommes-là... Jedis les hommes, il y a des femmes, je le sais, mais c'est surtout des hommes entrès grande majorité... doivent apprendre à gérer leur sexualité et la gérerautrement.

Vous savez, toute cette idée qu'on voitbeaucoup, c'est pour ça que l'éducation sexuelle est tellement importante, dans les médias sociaux, dans certains ouvrages, et toutça, que la sexualité, c'est plus fort que soi, là, d'abord, ce n'est pas vrai.Chacun, chacune doit gérer sa sexualité. Et, quand je faisais de laconsultation, ça, c'est un discours que vous entendez beaucoup chez lesprédateurs, qui vont vous dire... c'était plus fort qu'eux autres, et tout ça.La sexualité n'est jamais plus forte que soi. Chacun, chacune doit apprendre, jeuneou adulte, et plus vite on l'apprend, mieux c'est. Mais les prédateurs, jeunesou moins jeunes, qui ont commencé doivent apprendre ça.

Et aussi, bien, les intervenants, je le disaisà l'instant, doivent être bien formés pour mieux agir quand des jeunes sont endanger, pour mieux prévenir et aussi pour mieux aider les jeunes ou moinsjeunes prédateurs parce que, là aussi, il y a de l'intervention à faire. Aucentre jeunesse, on a écrit trois guides de prévention, dont vous trouverez lestitres, là, parce que le temps passe. Il me reste trois ou quatre minutes et jeveux les utiliser à bon escient en parlant aussi des campagnes de prévention. C'esttrès important parce qu'on ne sait pas d'avance qui va être prédateur, ouagresseur, ou auteur d'exploitation. Alors, il faut s'adresser à la société engénéral, notamment, et en particulier, je dirais, à la population masculineparce que c'est de ce côté-là que viennent les prédateurs... et qui nousrappelle que l'éducation sexuelle, ça doit se faire à tous les âges de la vie parceque c'est un processus continu. Et, si on veut que les gens apprennent à gérerleur sexualité dans le respect d'eux-mêmes, des autres et des lois, bien, ilfaut des messages qui le rappellent, notamment par des campagnes sociétales.Alors, il y a un petit schéma qui est dans les dernières pages dans mon petittexte de ce soir.

• (19 h 50) •

Et j'aimerais terminer enfaisant deux constatations. La première, c'est qu'il faut développer desalternatives. Vous savez, la nature a horreur du vide. Les jeunes qui sontattirés par la prostitution, par toutes sortes de façons d'être exploités,pensant qu'ils vont y trouver leur compte, on a besoin de leur proposer autrechose. C'est qu'ils pensent trouver des solutions là, mais il n'y a pas desolution là. Mais il y a des solutions ailleurs.

C'est la même chose pour les prédateurs.Comment se fait-il que des jeunes ou moins jeunes se tournent vers des mineurspour satisfaire leur sexualité? Bien, quand je faisais de la consultation, lesgens disaient : Oui, mais les gens vont vous dire qu'ils ont droit à leursexualité. Ils ont droit à une sexualité qui respecte les autres. C'estimportant. Oui, tout le monde a droit à sa sexualité, mais une sexualité quin'abuse personne, qui n'agresse personne. C'est pour ça que je parle de gestionde la sexualité à tous les âges de la vie. C'est très important. Et c'est pourça qu'il faut

M. Dorais (Michel) : ...les gens vont vous dire qu'ils ont droit à leur sexualité. Ils ont droit à unesexualité qui respecte les autres. C'est important. Oui, tout le monde a droità sa sexualité, mais une sexualité qui n'abuse personne, qui n'agressepersonne. C'est pour ça que je parle de gestion de la sexualité à tous les âgesde la vie. C'est très important. Et c'est pour ça qu'il faut >penser àdonner et à redonner, surtout aux victimes qui le sont déjà, du pouvoir sur leurvie. Ça, c'est important. Je sais qu'hier des gens l'ont dit et ont insistélà-dessus. C'est essentiel, il faut absolument que, lorsqu'une fille ou un garsveut sortir de la prostitution, tout de suite, on sache à qui demander del'aide, qu'il y ait une main tendue, et, très souvent, parce que... Vous savez,le petit moment, là, où le déclic se fait, de dire : Woups! Là, dans quoije suis embarqué?, c'est le temps de demander l'aide, là. Il faut que l'aide,là, soit là, et qu'on n'ait pas besoin de la chercher.

Il faut aussi que les prédateurspotentiels, ou qui existent déjà, ou virtuels puissent savoir où demander del'aide. Il y a beaucoup de gars qui sont mal pris et qui auraient besoin d'êtreaidés justement avant de tomber dans la prédation activement. Alors, il fautpenser des deux côtés parce que la prévention ne saurait reposer que sur lesfrêles épaules des victimes. Les dégâts se font par les prédateurs. Alors, laprévention, on doit penser à eux autres aussi. On doit penser qu'on aimeraittellement avoir une société qui n'ait pas de prédation sexuelle. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup, M. Dorais. On va maintenant passer à la période d'échangeavec les membres de la commission pour 25 minutes en débutant avec ladéputée de l'Acadie.

Mme St-Pierre : Merci,M. le Président. Merci beaucoup. C'est vraiment éclairant et c'est trèsintéressant parce que vous m'aidez, je dois le dire, dans mon travail dedéputée. J'ai une circonscription où il y a beaucoup de communautés culturelles,et plusieurs sont très réfractaires aux cours d'éducation sexuelle, et je cherchesouvent des arguments. Et, même, dans une visite dans une école, à un momentdonné, c'est les enfants... évidemment, les parents avaient dit aux enfants :Pose-lui la question que... pourquoi les cours d'éducation sexuelle? Et jeparlais du respect de l'autre. Mais là vous venez de me donner un argumentvraiment, vraiment important pour expliquer qu'on peut, par ces coursd'éducation sexuelle, prévenir l'exploitation des mineures, et ça, c'est...Merci. Merci de me donner cet outil-là parce qu'à un moment donné on n'a plusd'arguments face à ça. Alors, merci de me donner ça.

Je voulais vous poser la question... On aparlé de l'IVAC aujourd'hui, et je pense qu'il faut continuer à en parler parcequ'il y a quelque chose d'absolument incroyable, de voir qu'on ne peut pas sedéclarer victime si on a affaire à un proxénète. Donc, vous nous dites quel'IVAC n'offre pas de soutien aux victimes, vous le dites vous aussi. Est-ceque vous nous faites la recommandation qu'il serait urgent d'avoir unchangement législatif et peut-être même ne pas attendre la fin de notre mandat?

M. Dorais (Michel) : Ah! oui,oui, absolument.

Mme St-Pierre :Parlez-nous de ça. Comment vous l'avez vécu et comment vous l'avez vu? Ça fait40 ans que vous êtes dans ce domaine et que vous avez observé des choses.

M. Dorais (Michel) : Oui. Lesvictimes souffrent. Et c'est sûr que ça coûte de l'argent, aider les victimes,mais c'est de l'argent bien placé parce qu'on sauve des vies. Une vie n'a pasde prix. Et parfois d'avoir quelques consultations, d'avoir ne serait-ce que...Vous savez, quand une jeune personne se présente à l'IVAC et puis qu'on luiferme la porte, on est en train de lui dire que ce tu as vécu, ce n'est pasgrave, c'est banal. On s'en fiche un peu. Moi, j'en ai vu, des gens qui se sontfait claquer la porte comme ça, là, et ça les a... C'est comme une deuxièmeagression. Comme société, on devrait s'assurer que les mesures... C'est unebonne mesure, l'IVAC, là. Je ne suis pas en train de dire ce n'est pas unebonne... C'est une bonne mesure.

Mme St-Pierre :Moi aussi, je trouve que c'est un bon programme.

M. Dorais (Michel) : Mais ilfaudrait s'assurer que, quand on développe une mesure comme ça, que c'est unemesure où on va recevoir les gens avec empathie, où on va traiter les genshumainement et on va faire tout non pas pour leur fermer la porte parce qu'ilfaut économiser de l'argent parce qu'on économise de l'argent sur le dos de laqualité de vie minimale de gens qui ont souffert le martyre, qui ont été violésà répétition, et tout ça. Et ça n'a pas de sens, leur envoyer le message quec'est comme si de rien n'était : Oublie ça, on tourne la page. Je ne vousdis pas que ça a été pensé méchamment, et tout ça, mais il faut changer ça et,je suis d'accord avec vous, urgemment parce que le message qu'on envoie est unmessage incohérent et qui manque beaucoup, beaucoup d'empathie, pour dire lemoins.

Mme St-Pierre :Alors, on va retenir le message. Vous avez dit : Québec, plaque tournante...Il y a 40 ans, au début de votre travail, au début de votre profession,vous

M. Dorais (Michel) : ...qu'on envoie est un message incohérent et qui manque beaucoup,beaucoup d'empathie, pour dire le moins.

Mme St-Pierre : Alors, on va retenir le message. Vous avez dit : Québec, plaquetournante... Il y a 40 ans, au début de votre travail, au début de votreprofession, vous >constatiez ça aussi. C'est quoi, l'attirance d'allervers l'Ouest du Canada et de se dire quoi, la vie va être meilleure là-bas, jevais être mieux payée là-bas, ou si c'est forcé par le proxénète, de les amenerlà-bas?

M. Dorais (Michel) : ...parceque, surtout, c'est pour les jeunes filles, que la fille perde ses repères surle plan linguistique, tout d'abord. En particulier, à Québec, hein, les fillessont censées être moins bilingues qu'à Montréal.

Mme St-Pierre :Donc, ça, c'est classique, là.

M. Dorais (Michel) : Lafamille est loin. Donc, rejoindre les amis, la famille, c'est plus compliqué, plusloin. Elles sont plus... pour demander de l'aide parce qu'à un moment donné presquetoutes les filles dans cette situation-là, à un moment donné, vont dire :Aïe! Là, j'ai besoin d'aide, ça n'a pas de bon sens. Mais, si elles sont à1 000, 2 000 kilomètres, c'est pas mal plus compliqué soit auCanada anglais, ou aux États-Unis, ou même ailleurs. Alors, c'est pour ça qu'onles envoie loin. Et effectivement la barrière linguistique accentue cettedifficulté pour elles de pouvoir s'en sortir, effectivement.

Mme St-Pierre :Une dernière courte question. Vous avez parlé de la relation du garçon parrapport... à sa relation avec son client abuseur, la relation de la fille avecson proxénète ou le garçon avec son proxénète. Dans ce que vous avez vu dans lepassé, c'est quoi, la différence entre legarçon puis la fille? La fille, ce qu'on comprend, c'est qu'elle est en amourpar dessus la tête avec son proxénète. Le garçon, lui, c'est quoi, c'est unerelation d'affaires?

M. Dorais (Michel) :Oui. Les garçons sont moins organisés par le crime organisé, petit ou grand,là, par les gangs de rue, notamment. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais c'estbeaucoup moins courant. La prostitution organisée des garçons, c'est plutôtchez les très jeunes. On parle vraiment de prostitution de nature pédophile,là, hein? Quand je dis très jeune, là, c'est 14 ans et moins, là...

Mme St-Pierre :Jeune.

M. Dorais (Michel) :...alors qu'à partir de 14 ans les gars ont tendance à être plus ou moinsautonomes. Ils peuvent être un petit groupe de jeunes, là, qui s'échangent desclients, tout ça, mais, traditionnellement, il y a moins de mainmise par lesgangs de rue ou le crime organisé. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas, maison a moins observé d'organisation systématique. Et c'est pour ça que les garsne peuvent pas forcément s'en sortir...

Mme St-Pierre :Plus facilement.

M. Dorais (Michel) : ...plusfacilement, cela dit, parce que la dépendance peut être pas par amour, maispeut être à la drogue, aux drogues dures, tout ça. Vous savez, la dépendance,oui, il y a l'amour, mais il y a la drogue. Il y a des liens, toutes sortes deliens qui peuvent être pas sexuels, mais affectifs. Il y a des gars, moi, quim'ont dit que le milieu de la prostitution, c'était leur deuxième familletellement que ça allait mal dans leur famille. Ils savaient que ce n'était pasune bonne place pour eux autres, mais ils disaient : C'est encore mieuxque chez nous, c'était pire.

Alors donc, il y a bien des motifs. Maisla carrière des gars, en moyenne, tend à être moins longue que celle des jeunesfilles. Mais ça tend à changer aussi parce que, justement, avec les nouvellestechnologies, et tout ça, on voit qu'il y a des gars maintenant quis'annoncent, et tout ça, là, parce que presque tous les jeunes commencentmineurs, hein? C'est très rare, les gens dans la prostitution adulte qui ontcommencé adulte. Je ne dis pas que ça n'existe pas, mais ce n'est pas lamajorité. La majorité ont commencé mineurs, alors, et ça serait mieux de les ensortir à ce moment-là, et puis même qu'ils ne tombent pas à ce moment-là.

Mais, oui, il y a des profils différents.C'est pour ça qu'au centre jeunesse on a fait deux formations différentes, unepour les filles et une pour les garçons, sans compter que les garçons, unecertaine proportion, pas tous, heureusement, mais une petite portion de ceuxqui ont déjà été exploités, en vieillissant, vont comme adopter comme stratégiede sortie, là, de devenir exploiteurs à leur tour, de devenir proxénètes. Il ya des filles qui le font aussi, pour s'en sortir, vont comme inverser lamédaille, si j'ose dire, et vont devenir proxénètes. C'est des choses qu'onpeut voir.

Mme St-Pierre :Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci. La députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster : Merci pourvotre présentation. C'est fort intéressant, fort instructif. J'aurai deuxquestions qui concerneront les hommes, principalement. Je pense que souvent onparle... bon, comment prévenir chez la femme, chez la jeune femme, bon, commentfaire la prévention dans les écoles, s'assurer qu'elles ne tombent pas dans lesréseaux, et tout ça. Ça, c'est une chose. Moi, ce qui m'intéresse davantage,parce que vous êtes en criminologie, je veux...

M. Dorais (Michel) : Entravail social.

Mme Foster : Oui, travailsocial, mais vous êtes aussi dans l'école de criminologie, O.K.?

M. Dorais (Michel) : Unpeu, mais plus en travail social.

• (20 heures) •

Mme Foster : Mais, quandmême, vous baignez dedans. À l'université, vous devez baigner dedans un peu.Peu importe, service social ou...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 1235 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17861 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T20:00:00 2

Mme Foster : ...dans lesécoles, s'assurer qu'elles ne tombent pas dans les réseaux, et tout ça. Ça, c'estune chose. Moi, ce qui m'intéresse davantage, parce que vous êtes en criminologie,je veux...

M. Dorais (Michel) : Entravail social.

Mme Foster : Oui, travailsocial. Bien, vous êtes aussi dans l'école de criminologie. O.K. Mais quandmême.

M. Dorais (Michel) : Un peu,mais plus en travail social.

Mme Foster : C'est ça, vousbaignez dedans. À l'université, vous devez baigner dedans un peu. Peu importe,service social ou crimino, je pense qu'on peut aussi aborder la question. Moi,je l'aborderai sous deux angles.    Premièrement, il y a des gens qui sont venusnous dire, ici, dans cette commission : Il faut changer les mentalitésparce que, si on ne change pas les mentalités complètement, on n'y arriverapas, on n'y arrivera pas sans les hommes. Il faut qu'il y ait un changement dementalité également qui s'opère chez les hommes dans la façon de voir lamasculinité. Vous avez parlé également des cours d'éducation sexuelle, qui font certainement une partie, là, de la solution.

On a vu à Edmonton, entre autres, il y aune campagne... il y avait des campagnes de publicités-chocs, là, un peupartout dans les métros, peu importe, les aéroports, ils disaient : Et sic'était ta fille? ou, tu sais, de dénoncer un John, là, c'est-à-dire un hommequi a recours à des services. Est-ce que vous pensez que ça pourrait être unevoie à adopter que de faire... de ce type de campagne-choc là?

M. Dorais (Michel) : Biensûr. On a failli en avoir une dans la ville de Québec il y a quelques années.Ça ne s'est pas fait parce qu'on n'a pas trouvé de financement. Mais, bien sûr,il faut faire des choses comme ça et il faut s'adresser à tous les hommes et leplus tôt possible. Parce que le pli, si j'oserais dire, le mauvais pli, là,peut être pris très, très tôt, comme, j'ai dit. Les gars qui vont devenirprédateurs ou exploiteurs, là, ils vont commencer très jeunes. Et c'est pour çaqu'il faut s'adresser à tout le monde mais surtout aux jeunes.

Et pensez, l'éducation sexuelle, c'estimportant, mais de cinq à 15 heures par années, là, vous ne changerez pasdes mentalités avec ça. C'est un point de départ, c'est une façon de commencerà en parler, bien sûr. Mais il faut faire plus que ça. Moi, je pense que oui,assurément, il faut des campagnes sociétales, c'est très, très important. Parceque la campagne sociétale aussi mobilise une société dans son entièreté, donnele message : Regardez, nous autres, comme société québécoise, là, cettechose-là, on pense que c'est important, puis on a un message collectif, puis onpense qu'il faut tous lancer ce message-là.

Parce qu'il y a beaucoup de complicité dusilence, hein, autour de l'exploitation sexuelle, hein? Je sais qu'il y a desgens qui ont parlé, bon, des motels, de toutes sortes d'endroits, et tout ça.Il faudrait être plus vigilant quand on est témoin. Il y a plein de gens quihésitent, ils disent : Ce n'est pas de mes affaires, et tout ça. Bien, non.Non. C'est de tes affaires. Tous les jeunes Québécois sont nos enfants, alorsil faut les défendre et les protéger comme nos enfants. Et, oui, il faut lancerça, mais il faut des messages-chocs comme... Il faut toutes sortes de messages.Je pense qu'une campagne ne changera pas à elle seule les mentalités.

Mais, vous savez, moi, j'enseigne laprévention, et on dit toujours que, si vous avez plusieurs véhicules, plusieursfaçons d'atteindre les gens... Parce qu'il y a des choses qui vont marcher,chez certains segments de la population, qui ne marcheront pas chez d'autres,et puis, si vous visez les jeunes, il y a certains types de messages qui vontmarcher qui ne sont pas les mêmes avec les adultes. Mais il y a des gens quisont spécialisés là-dedans, mais... Et, oui, assurément, il faut allernotamment de ce côté-là. Ce n'est pas la solution, mais c'est un morceau de lasolution. C'est pour ça que je tenais à en parler.

Mme Foster : Prochainequestion, sur les proxénètes. Je lis dans votre mémoire : «Plusieursjeunes quittent les gangs de rue et la prostitution lorsqu'ils se rendentcompte que ce qui semblait être une solution est devenu un problème. Que cesoit du côté des proxénètes ou des victimes, la motivation à demander ou àaccepter de l'aide provient presque toujours d'unrelatif constat d'échec.» Donc, un jeune qui était devenu proxénète pour sesentir «king», bien, il se rend compte, après avoir été arrêté, qu'il est pluscontraint que jamais. J'aime beaucoup l'exemple. Mais dans vos recherches,est-ce que vous avez exploré ça, les motivations des proxénètes...

M. Dorais (Michel) : Bien,oui.

Mme Foster : Parce qu'on aparlé du client abuseur, mais...

M. Dorais (Michel) : C'estdifficile rencontrer des proxénètes. Quand j'avais fait mon enquête sur lesjeunes filles, j'avais mis des messages... enfin, on cherchait surtout desparents et des jeunes filles, mais on a trouvé deux proxénètes qui ontaccepté... repentis, je pense, qui ne l'étaient plus à ce moment-là, mais quiavaient été proxénètes et qui ont accepté de... Je ne les ai pas vus enpersonne, ça a été une fois au téléphone, une fois par... Et puis ça semblaitcrédible, là, ce n'était pas des gens qui me faisaient marcher. Et puis, bien,oui, eux autres... Bien, il y a des prises de conscience et puis, oui, les...Personne n'est condamné à être proxénète, pas plus que victime. Alors, il y ades prises de conscience qui doivent se prendre, et c'est pour ça qu'il faut, àun moment donné, brasser les choses pour qu'il y ait des...

Parce qu'effectivement la prostitution,puisqu'on parle de ça, c'est toujours vu, autant par les victimes qui vont selaisser entraîner, comme une solution, en disant : Bien oui, je vais fairede l'argent. Si sa petite amie est proxénète : Il va m'aimer plus, etc., jevais vivre une belle aventure, etc. On sait que ce n'est pas ça. Mais

M. Dorais (Michel) : ... Parce qu'effectivement la prostitution, puisqu'on parle de ça, c'esttoujours vu, autant par les victimes qui vont se laisser entraîner, comme unesolution, en disant : Bien oui, je vais faire de l'argent. Si sa petiteamie est proxénète : Il va m'aimer plus, etc., je vais vivre une belleaventure, etc. On sait que ce n'est pas ça. Mais >avant qu'ilss'aperçoivent que ce n'est pas ça, ça peut prendre des mois, des semaines etparfois des années et puis d'avoir été détruit, pendant ce temps-là, alors... Maisc'est pour ça que, quand le déclic va se faire, et il finit très souvent par sefaire, il faut qu'on sache à quelle porte cogner, il faut qu'il y ait une mainsecourable. Si on a coupé tous les ponts avec sa famille, avec lesintervenants, les intervenantes, tout ça, il n'y a plus rien à faire.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de Gaspé.

Mme Perry Mélançon : Merci, M.le Président. Tout ça est très intéressant. Vous parlez beaucoup de s'attaquerau problème en amont, de la prévention, sensibilisation. On voit que vous êtesvraiment un expert en la matière. Bref, c'est très intéressant.

Vous avez quand même dit quelque chose,par rapport aux jeunes filles, qui m'a marqué : Ça comble un vide. Dans lefond, elles font ça parce qu'il faut... bien, pour s'occuper, pour certainesd'entre elles, et vous avez dit qu'il fallait trouver des solutions ailleurs,leur proposer autre chose. Vous avez juste effleuré rapidement le sujet.

M. Dorais (Michel) : Oui,oui, oui. Parce que les gens qui sortent de ce milieu-là ont beaucoup souffert,mais ils vont presque toujours vous dire qu'il y avait quelque chose qui lesretenait. Alors, cette chose-là qui les retenait, il ne faut pas que... commentje dirais, que ce crochet-là les raccroche encore, hein? Ça peut être unsemblant d'amour, ça peut être de l'argent, de la fausse valorisation, maisquand même. Alors, c'est pour ça qu'il faut, tu sais, un retour... il faut desprojets de vie, tu sais?

Il y a des jeunes, moi, qui m'ont dit :Écoute, je ne sais rien faire d'autre que ça. Bien oui, mais il faut que tu lesraccroches quelque part. L'école, le travail, écoute, ça peut être, je ne saispas... Des fois, c'est des petites choses, hein, apprendre la musique... Quandj'étais intervenant social, mon patron me disait : Il me semble que, danston équipe, on dépense beaucoup. Bien, j'ai dit : Oui, parce que siacheter une guitare ça peut faire qu'on peut sauver la vie de quelqu'un, ça luidonne une raison de vivre. Vous savez, trouver quelque chose qui te rattache àla vie, qui donne un sens à ta vie, ça peut être un projet, mais ça peut êtred'apprendre quelque chose, de découvrir quelque chose. Ça peut être, oui,d'écrire, de faire de la peinture, de faire de la boxe, apprendre la guitare,tout ça.

On oublie trop souvent, dans... Moi, je ne parle pas contre les centres jeunesse, loin de là, là,j'ai travaillé là et avec eux autres, mais on oublie souvent que les jeunes quiont des problèmes, c'est aussi du vrai monde. Il ne faut pas seulementtravailler sur le problème, il faut travailler sur des projets positifs, deschoses qui vont permettre de développer, de construire leur résilience, leurcapacité d'agir, d'avoir du pouvoir et d'avoir le sentiment d'avoir du pouvoirsur leur vie. Et ça, c'est très important. Alors, c'est pour ça qu'il fautdévelopper des alternatives positives, des projets pour les jeunes.

Et ça, je trouve qu'on l'oublie tropsouvent. On dit : Ah! ils sont poqués, on va... Oui, c'est vrai, il fautguérir leurs blessures. Mais, guérir la blessure... Et c'est ça, le concept derésilience, hein? C'est que, pour guérir tes blessures, il faut que tu aies deschoses, aussi, positives dans ta vie. Ce n'est pas nier le passé, au contraire,tu es condamné à vivre avec, de toute façon. Mais c'est d'aller vers l'avant,de dire : Bien oui, je vaux quelque chose, moi, je suis capable de fairequelque chose, je suis capable d'être valorisé pour autre chose que du sexe,ou... bon. C'est très important, ça, et les jeunes nous le disent. Peut-êtrepas de la façon dont je vous le dis, mais ça revient pas mal à ça.

Mme Perry Mélançon : Oui, puisil y en a même... bien, il y en plusieurs, même, qui décident de se consacrer àcette cause-là, dont le programme Les Survivantes.

M. Dorais (Michel) :Absolument. Absolument. Oui, oui, oui.

Mme Perry Mélançon : C'est desgens qui ont décidé de prendre la cause puis c'est un peu comme ça qu'ils s'en sontsortis, donc.

M. Dorais (Michel) : Quideviennent... Et c'est un beau modèle de résilience, ça, de réussir à s'ensortir et d'être à ce point... d'être capable d'aider d'autres par la suite.

Mme Perry Mélançon : Donc, unprogramme comme ça devrait...

M. Dorais (Michel) : Bon,tout le monde n'est pas appelé à ça, mais l'important, c'est d'avoir desprojets, des projets. Il faut investir dans ces jeunes-là, qui ont de lavaleur. Parce qu'on a essayé de les détruire en leur disant qu'ils ne valaientrien d'autre que du sexe, et ça n'a pas de sens. Il faut, comme société, êtrecapables de leur dire : Tu as de la valeur. Mais il faut développer leurs talents, il faut trouver leur...

Moi, je disais toujours... je raconte çadans un de mes ouvrages, je leur demandais : As-tu un rêve? Et il y aplusieurs jeunes qui m'ont dit : Tu sais, quand on a vécu ce que j'aivécu, des rêves, on n'en a plus, on n'en a pas. Et des fois, là, ça me prenaitdes semaines, des mois : Non, tu vas me trouver un rêve mais un rêve quetu avais quand tu étais petite, quand tu étais petit. Ils finissent toujourspar vous en trouver un. Bien, ce rêve-là, là, arrangez-vous qu'il s'accrocheaprès.

 • (20 h 10) •

J'avais un jeune homme — c'estune histoire vraie — qui avait dit : Moi, je rêverais de fairedu cheval, tout ça. Trouver un cheval, là, quand vous êtes à la DPJ, ce n'estpas facile. Mais savez-vous qu'on en a trouvé un et que le jeune homme, unpetit bout de temps après, il a été faire de

M. Dorais (Michel) : ... Bien, ce rêve-là, là, arrangez-vous qu'il s'accroche après.

J'avais un jeunehomme — c'est une histoire vraie — qui avait dit :Moi, je rêverais de faire du cheval, tout ça. Trouver un cheval, là, quand vousêtes à la DPJV, ce n'est pas facile. Mais savez-vous qu'on en a trouvé un etque le jeune homme, un petit bout de temps après, il a été faire de >l'équitation?Et ce petit gars-là qui ne disait pas un mot, pas un mot, qui ne voulait riensavoir des intervenants, en revenant, il a fait quelque chose et puis il s'enest bien sorti, je dois dire.

Il faut les raccrocher à des chosespositives pour leur montrer que cette société-là, ce n'est pas seulement desexploiteurs. Il y a du monde, oui, qui vont croire en eux, qui vont leur donnerla possibilité, comme on veut tous faire, là, de se développer, de développernos talents, de réaliser nos rêves. Puis le rêve, là, ce n'est pas des affairesdémesurées. C'est des tout petits rêves. Mais il faut les aider à les réaliser.Parce que ce qu'ils ont vécu dans la prédation sexuelle a tué leur personne eta tué leur rêve. Il faut aider à ressusciter ça. C'est la seule façon deressusciter la vie en eux, hélas. Bien, hélas... Et, en même temps, c'est unebonne nouvelle parce que c'est un beau défi pour des intervenants et desintervenantes.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. On va tenter un défi de répondre à deux questions en sixminutes qui nous restent. Députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) :Merci beaucoup, M. le Président. Je vais aller rapidement parce que de toutefaçon les principales questions que j'avais en tête ont été répondues. Onparlait de plaque tournante, j'avais cette question-là. L'IVAC aussi.

Vous avez dit plusieurs vérités, plusieurspistes de solution aussi. J'oserais même dire que c'était rafraîchissant. Merci,c'était rafraîchissant. Ça donne de l'espoir à tout le moins.

Je vais m'arrêter rapidement à cemoment-là sur une des... quand vous parlez des mesures et des changementsorganisationnels. Parlez-nous-en juste un petit peu plus. <Est-cequ'il y a... >Tu sais, on parle de pédophilie pour les jeunes, on parlepour les adultes, à ce moment-là, plus de prostitution, et tout ça, mais, entreles deux, on a cette partie-là qu'on veut...

M. Dorais (Michel) : Oùil y a une grande vulnérabilité.

Mme Lecours (Les Plaines) : Oui.

M. Dorais (Michel) : Onle sait qu'entre les jeunes qui sortent, là, des centres jeunesse... Tu sais,notre système, là, il y a un système pour aider les moins de 18, les plus que18. Mais, quand tu es proche de 18 et un peu après, là, tu es comme dans leslimbes. Et il y a beaucoup de jeunes qui tombent dans toutes sortes demauvaises mains à ce moment-là parce qu'ils ne savent plus trop quoi faire deleur vie et qu'ils sont complètement désoeuvrés et désespérés. Ça ne devraitpas arriver, ça.

Il faut s'assurer qu'il y ait unecontinuité dans l'offre de services parce que, justement, il faut lesaccompagner. Ces jeunes-là qui ont été amochés et parfois même, j'oserais dire,quasi détruits dans l'exploitation sexuelle, dans la prostitution, ont besoinde tuteurs de résilience, qu'on appelle dans notre jargon, de gens pour lesaccompagner, les soutenir, tout ça. Il a besoin de continuité. Tu sais, moi,j'ai vu des jeunes qui avaient changé d'intervenant social 30 fois. C'estsûr que c'est difficile. Ces jeunes-là ont besoin de rencontrer des êtreshumains en qui ils ont confiance.

Puis, vous savez, là, ils ont perduconfiance en l'humanité tout entière. Alors, qu'ils vous fassent confiance àvous, là, ce n'est pas évident. Ça prend du temps, des semaines, voire desmois. Si tu changes d'intervenante, d'intervenant, à ce moment-là, ça n'a pasde sens. Ils ont et elles ont besoin impérativement d'une grande continuitédans les services puis pas juste dans les services, parce que c'est plus qu'unservice, dans les relations humaines significatives qu'ils et qu'elles ont. Ça,c'est très important parce que, justement, elles ont été exploitées dans unmilieu où il n'y avait aucune humanité.

Alors, on a besoin, comme alternative — jeparlais d'alternatives tantôt — d'avoir un milieu, justement, qui sedémarque par ce surplus d'humanité là. C'est un défi, mais il faut le relever. Parceque ceux qui s'en sortent, ce qu'ils et qu'elles nous racontent, c'est que ça aété ça, en général, c'est un intervenant, une intervenante... Ils vont dire :Oui, cette policière-là, là, ayoye! elle m'a tellement aidé, j'avais tellementconfiance en elle, ou : Mon travailleur social, c'est... enfin, je mesentais compris. Il y a toujours une personne qui va être un tuteur derésilience, comme ça, qu'il va dire : Oui, cette personne-là, elle m'adonné espoir en l'humanité. Mais encore faut-il qu'il y en ait un, qu'il y enait une. C'est important.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Député d'Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : Merci. Ça vaêtre une seule question assez rapide. Merci pour votre présentation. Unepersonne qui vous a précédé aujourd'hui, là, Mme Rose Dufour, que vousconnaissez peut-être, du moins de réputation, a fait un plaidoyer assez fortcontre l'utilisation du terme «travail du sexe». Elle dit qu'elle devenaitviolente quand elle entendait ce terme-là. Moi, je suis assez proche du milieucommunautaire, entre autres, dans mon quartier ou ailleurs au Québec, puis jeconstate de plus en plus l'utilisation de ces termes-là dans le milieucommunautaire, puis une personne me disait l'autre jour que ça venait peut-êtredes écoles de travail social, des formations. Est-ce que c'est quelque choseque vous constatez chez vos étudiantes, vos étudiants?

M. Dorais (Michel) :«Travail du sexe» n'est pas utilisé pour les mineurs, en aucun cas, parce queje    

M. Leduc : ... entreautres, dans mon quartier ou ailleurs au Québec, puis je constate de plus enplus l'utilisation de ces termes-là dans le milieu communautaire, puis unepersonne me disait l'autre jour que ça venait peut-être des écoles de travailsocial, des formations. Est-ce que c'est quelque chose que vous constatez chezvos étudiantes, vos étudiants?

M. Dorais (Michel) : «Travail du sexe» n'est pas utilisé pour les mineurs, en aucun cas, parce queje >pense qu'il faut bannir ce terme-là, quand on parle de mineurs,absolument.

M. Leduc : Tout le monde estd'accord là-dessus.

M. Dorais (Michel) : En toutcas, moi, je ne l'utilise jamais quand je parle de mineurs. Cela dit, le débatse fait chez les gens, chez les adultes. C'est moitié-moitié, hein, il y a despersonnes, hommes et femmes, adultes, je le précise, qui revendiquent le terme «travailleur»,«travailleuse du sexe», et puis, bien, qu'est-ce que vous voulez... et puis ily en a qui disent non. Vous savez, quand on est chercheur... Moi, j'écoute toutle monde et je donne crédit également à tout le monde. Si quelqu'un me dit :Je veux que tu m'appelles travailleuse du sexe, je respecte ce qu'elle medemande. Si quelqu'un me dit : Je veux que tu m'appelles prostituée, ouvictime, ou tout ça, je... La seule façon d'avoir le respect des gens, c'est deles respecter, et je pense que... Qu'est-ce que vous voulez, moi, j'ai monopinion, mais je respecte les droits de s'autodéterminer, quand ils sontadultes, et de porter l'étiquette qu'ils ou qu'elles veulent bien, sans porterun jugement. J'ai le mien, mais je respecte leurs points de vue. Mais on peutfaire des débats théoriques, tout ça, mais, puisqu'on parle des jeunes, jepense qu'on ne devrait jamais utiliser «travail du sexe» pour parler desjeunes, en aucun cas.

M. Leduc : Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup, M. Dorais. Merci pour votre participation à notre commission. Mercià votre aide pour nos travaux.

Je vais suspendre quelques instants, letemps de permettre au prochain organisme de prendre place. Merci beaucoup.

(Suspension de la séance à 20 h 17)

(Reprise à 20 h 18)

Le Président (M. Lafrenière) :Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite maintenant la bienvenue audirecteur de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale. Je vousrappelle que vous disposez de 20 minutes pour faire votre exposé, et parla suite il y a une période d'échange de 25 minutes avec les membres de lacommission. Alors, je vous demande de vous présenter et de nous faire votreexposé.

M. Corriveau (Patrick) :Merci. Bonsoir. Je me présente, Patrick Corriveau, directeur de la protectionde la jeunesse pour la région de la Capitale-Nationale, Charlevoix et Portneuf.Je souhaite prendre le temps de vous remercier de nous permettre de venir vousprésenter certaines réflexions et recommandations. C'est en toute humilité quenous le faisons, et, considérant les délais alloués, nous nous concentreronssur certains éléments, uniquement.

Je suis accompagné, à ma droite, de MmeNancy Delisle, gestionnaire en protection de la jeunesse et membre de la tablerégionale sur l'exploitation sexuelle, et, à ma gauche, de Mme JessicaGauthier, agente de liaison à l'équipe dédiée fugues et aux problématiquesconcomitantes et une partenaire importante à divers travaux sur l'exploitationsexuelle.

D'abord, je souligne l'audace et lecourage de la commission de s'adresser et de s'attaquer à la problématique del'exploitation sexuelle. C'est un phénomène social inquiétant aux multiplesfacettes et d'une complexité, d'autant plus à l'ère des médias sociaux. C'estaussi un message social très fort que vous envoyez, et je vous en salue.

• (20 h 20) •

Avant de devenir DPJ, j'aiété éducateur auprès des jeunes en réadaptation. J'ai aussi évalué, comme intervenantsocial, des signalements à l'évaluation. J'ai été gestionnaire et adjoint. J'aila mission de la protection tatouée, tout comme tout le personnel qui œuvre enprotection de la jeunesse ont à cœur la situation des enfants. Et, comme lesmembres de la commission, nous sommes très préoccupés par la

M. Corriveau (Patrick) : ... des signalements à l'évaluation. J'ai été gestionnaire et adjoint.J'ai la mission de la protection tatouée, tout comme tout le personnel quiœuvre en protection de la jeunesse ont à cœur la situation des enfants. Et,comme les membres de la commission, nous sommes très préoccupés par la >problématique,par nos victimes et tout comme nous sommes préoccupés pour les adolescents, lesadolescentes qui privilégient la voie de la délinquance, de la criminalité pourdevenir, par exemple, proxénètes.       Vous savez, comme DPJ de ma région et envertu de Loi de la protection de la jeunesse, je suis personnellementresponsable et imputable des décisions prises et du plan de protection d'unenfant. J'ai donc dans mon rôle la responsabilité et le devoir de poser unregard bienveillant et d'être attentif aux besoins et aux droits de chacun desenfants de mon territoire. Je veux ce qu'il y a de mieux pour les enfants de marégion. Malheureusement, je suis au quotidien un témoin des séquelles laisséespar l'exploitation sexuelle et des impacts humains, considérant que laprotection de la jeunesse œuvre auprès de chacun de ces jeunes filles et de cesjeunes garçons.

Dans le contexte, j'en profite pourrappeler l'obligation de faire un signalement dans ces situations afin qu'onpuisse tisser un filet de sécurité autour de ces enfants et de s'assurer qu'ily aura une prise en charge à leur égard. Encore aujourd'hui, il y a uneméconnaissance de cette responsabilité individuelle d'obliger de faire unsignalement dans ce type de situation, que ce soit de la part des citoyens oude la part des professionnels.

Comme les différents acteurs vous l'ont mentionnédepuis hier, dans le cadre de leurs présentations, vous savez qu'une proportionimportante de nos jeunes hébergés sont victimes d'exploitation sexuelle. Nous,à Québec, on a fait le choix de confier la gestion des centres de réadaptationet de les mettre sous la gouverne du DPJ, considérant que ce sont les jeunesles plus vulnérables de notre région. Ce sont des adolescents et desadolescentes qui traînent un lourd passé, et nous avons voulu que le DPJdemeure en proximité de ces jeunes.

Vous comprendrez que, de cette façon-là,je m'assure personnellement d'entendre parler régulièrement de ces jeunesfilles et de ces jeunes garçons, que ce soit de la part des coordonnateurs descentres de réadaptation, des gestionnaires ou des intervenantes. Je demeure entout temps en proximité. C'est donc important de permettre aux organisationscette souplesse-là tout en tenant compte des disparités et des réalités desdifférentes régions.     Malheureusement, lorsque le DPJ intervient, il estsouvent tard. Je profite de la tribune pour rappeler, réitérer, surtout dans lecontexte qu'on vit actuellement en protection de la jeunesse, que la protectiondes enfants, c'est une responsabilité collective.

Vous avez certainement pu constater, lorsde notre dernier bilan, une hausse importante, au plan provincial, dessignalements. Québec n'échappe pas à cette réalité. Dans la dernière année, c'estplus de 10 000 signalements traités, 4 000 signalementsretenus pour des fins d'évaluation et 2 000 suivis d'enfants en protectionde la jeunesse au niveau de l'application des mesures. La problématique del'exploitation sexuelle n'échappe pas à cette tendance.

Si on veut renverser la vapeur et avoirdes impacts positifs sur la problématique, il faut intervenir davantage en amontet collectivement. C'est important de se rappeler que la responsabilitépremière incombe d'abord aux parents. Ensuite vient l'entourage, le milieuscolaire, les différents professionnels, les citoyens, voire même l'agent, à laréception d'un hôtel, qui observe qu'un homme de 55 ans vient louer unechambre à l'heure avec une jeune fille de 15, 16 ans. Bref, c'est uneresponsabilité collective où tout le monde a un rôle à jouer, et c'estimportant de se le rappeler.

Ça met aussi à l'avant-plan toute l'importancede la sensibilisation, la prévention et l'éducation qui doit se faire dans desateliers formels dans les divers milieux où les jeunes évoluent, pour permettrede mieux les outiller. C'est important aussi de ne pas oublier nos parents, quiont eux aussi besoin d'être outillés.

Avant de laisser la parole à mescollègues, je me permets de vous mentionner ma satisfaction à l'égard desrécentes modifications à la Loi de la protection de la jeunesse, qui est venueconfirmer notre pratique clinique qui avait cours en affirmant que l'exploitation sexuelle s'avère un abus sexuel. Etça, ça change toute la perspective de notre intervention et la façon dont ondoit percevoir ces jeunes filles et ces jeunes garçons. Évidemment, cette visiondoit être appliquée uniformément à tous les niveaux d'intervention, que ce soitdes intervenants jusqu'à la magistrature.

Un enjeu important demeure et vous a éténommé, au cours des deux derniers jours, soit l'échange et le partaged'information dans le respect des différentes lois, dans le respect

M. Corriveau (Patrick) : Évidemment, cette vision doit être appliquée uniformément à tous lesniveaux d'intervention, que ce soit des intervenants jusqu'à la magistrature.

Un enjeu important demeure et vous aété nommé, au cours des deux derniers jours, soit l'échange et le partaged'information dans le respect des différentes lois, dans le respect >desdroits des personnes, le respect de la confidentialité, du secretprofessionnel. C'est un enjeu complexe qui mériterait d'être adapté en fonctiondes nouvelles réalités. Il s'avère important d'être en mesure de pouvoirs'échanger de l'information nécessaire et pertinente en toute légitimité, et ce,pour assurer une meilleure protection des enfants.

Je laisse maintenant la parole à macollègue, Nancy Delisle.

Mme Delisle (Nancy) : Merci.Je vais vous parler, dans les prochaines minutes, de la façon dont on a actualisél'intervention dans les dossiers d'exploitation sexuelle au niveau de notredirection. J'aimerais peut-être, juste avant, attirer votre attention sur unaspect.

On sait, hein, l'intervention dans laproblématique d'exploitation sexuelle, c'est complexe pour différentes raisons,mais entre autres, aussi, compte tenu du nombre d'acteurs impliqués dans cessituations-là.

Si on prend l'exemple d'une jeune fillesuivie à l'application des mesures pour tout trouble de comportement, quihabite chez ses parents, qui aurait une problématique de toxicomanie, parexemple, qui fugue une fin de semaine, qui est retrouvée dans un motel par lespoliciers, en présence d'adultes liés à l'exploitation sexuelle, qui a vécupeut-être, dans la fin de semaine, plusieurs agressions multiples, et quiaurait été droguée, à partir de ce moment-là va venir s'ajouter, en plus del'intervenant de l'application des mesures, un intervenant à l'évaluation, un <éducateurdu centre... un >et des éducateurs du centre de réadaptation, lespoliciers qui ont fait l'intervention, peut-être un enquêteur aussi au niveaude la fugue, au niveau police de jeunesse. Probablement aussi qu'il y aura unetrousse médicolégale, donc on parle, à ce moment-là, une infirmière, untravailleur social, un médecin. S'ajoutera aussi un enquêteur, dans le cadre del'entente multisectorielle, un avocat au niveau du Tribunal de la jeunesse, leDPCP, puisque, possiblement, il va vouloir la rencontrer, voir si ça peutdonner lieu à des poursuites criminelles. Et très souvent, aussi, peut-être unintervenant du CAVAC, on va peut-être la mettre en lien avec un travailleur derue. Et on rajoute à ça aussi... souvent, on le sait, la problématique estassociée à d'autres problématiques concomitantes, donc peut-être quelqu'un entoxico, peut-être quelqu'un en santé mentale. Donc, bref, en l'espace d'à peuprès trois mois, 12, 15, 20 nouveaux intervenants à l'entour d'elle, cequi est énorme. Par contre, le rôle de chacune de ces personnes-là me semble unincontournable important, aussi, pour venir en aide à la jeune.

À partir du moment où on fait ceconstat-là, on n'a pas le choix de se dire que la concertation est importante.Pour être en mesure de se concerter, un ensemble de professionnels comme ça, ilfaut développer notre vision commune. Puis je pense que la façon d'arriver àdévelopper notre vision commune, c'est par la formation.

On a fait l'expérience de ça à Québec,déjà, depuis plusieurs années, et ça nous a donné le gain, aussi, de venirpositionner, chez tous ces partenaires-là, l'exploitation sexuelle comme uneagression sexuelle et non pas comme du trouble de comportement. Ça permetaussi, de par la formation, de clarifier les rôles de chacun. Ça fait que,quand, tout le monde, on a une vision commune, on a la même formation, on achacun... on connaît bien nos rôles, là, je pense que ça devient... c'est lesfacteurs, là, intéressants pour être capable de faire un bon partenariat.

À Québec, j'en ai parlé un petit peu cematin, on a la chance d'avoir un filet de sécurité via les travaux de la tablerégionale, avec plus de 1 000 intervenants de formés au cours desdernières années, un système de pivots qui est fonctionnel. Mais on fait destravaux, aussi, déjà, depuis un bout de temps, au sein même de notre direction,pour se structurer de façon efficace, à la différence des autres dossiers quisont signalés à la protection de la jeunesse, qui sont dirigés dans lesdifférentes équipes évaluation en fonction du code de priorité ou duterritoire. C'est vrai pour la plupart des dossiers sauf, entre autres, auniveau de l'exploitation sexuelle. Ces dossiers-là, peu importe le territoireet le code de priorité, sont tous assignés au même chef de service, et, danschacune nos équipes évaluation, on a un ou deux intervenants qui sont cibléspour évaluer ces situations-là.

On a aussi nos pivots qui sont très actifset on a un seul coordonnateur clinique qui est identifié pour discutercliniquement des stratégies d'intervention et outiller les intervenants. Et,quand vient le temps de prendre des décisions, les intervenants, qui sont dansdifférentes équipes, ne se réfèrent pas à leurs chefs, mais au chef évaluation porteur de ces dossiers-là.

C'est assez simple, je dirais, commestructure, mais on a fait des gains intéressants, des gains en termes d'expertisepour les intervenants, en termes de développement professionnel, mais aussi desgains, à savoir, est-ce qu'il y a des phénomènes émergents sur notreterritoire, puis qu'est-ce qui se passe sur notre territoire.

• (20 h 30) •

On a développé aussi ce qu'on a appelé descellules d'expertise, je dirais plus des cellules d'évaluation et de gestion durisque, en lien à la problématique de l'exploitation sexuelle. On fait cesrencontres-là entre intervenants, lorsqu'il y a des situations qui sontsignalées qui concernent trois, quatre jeunes et plus. On s'assoit, l'ensembledes intervenants qui sont impliqués au cours de...

17861 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 18217 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17949 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17935 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T20:30:00 2

Mme Delisle (Nancy) :...d'expertise, je dirais plus des cellules d'évaluation et de gestion durisque en lien à la problématique de l'exploitation sexuelle. On fait cesrencontres-là entre intervenants lorsqu'il y a des situations qui sontsignalées, qui concernent trois, quatre jeunes et plus. On s'assoit, l'ensembledes intervenants qui sont impliqués auprès deces jeunes-là, on s'assoit ensemble pendant une heure, une heure et demie detemps. Donc, on a l'intervenant de l'évaluation, l'intervenant de l'applicationdes mesures, l'éducateur en centre de réadaptation, le chef d'unité du centrede réadaptation, l'intervenant du RTS, et on met en commun l'ensemble desinformations par rapport à la situation qui est signalée. Ça, c'est la premièrepartie de la rencontre, et la deuxième partie de la rencontre, en petitescellules, les intervenants qui interviennent auprès d'un même jeune font un peule plan de match. Ce qu'on s'est rendu compte, c'est que c'était gagnant. On aun topo beaucoup plus clair et des stratégies beaucoup plus efficaces pourintervenir.

On a commencé à utiliser différemment, jedirais, nos leviers, quand on prend des mesures de protection pour les enfantsau niveau de la protection de la jeunesse. Souvent, on pense à des mesures deplacement. On va utiliser aussi souvent, exemple, dans des cas de violenceconjugale où le conjoint est violent, on peut se présenter au Tribunal de lajeunesse et demander ce qu'on appelle un interdit de contact entre le conjointet les enfants. On a commencé à utiliser ça aussi dans certains de nos dossiersau niveau de l'exploitation sexuelle chez certains jeunes qui n'étaient pasnécessairement encore très ancrés dans l'engrenage, mais qui commençaient às'en approcher de trop près ou même s'en était approché... plus qu'approché,là. Et ça, ça permet, quand on va demander un interdit de contact avec leprésumé agresseur, au niveau du Tribunal de la jeunesse, bien, ça nous permetde faire un peu une barrière temporaire, d'éloigner la jeune juste assez de sonmilieu pour, nous, commencer à faire des interventions, commencer à faire de lasensibilisation et sans, je dirais, l'aura du présumé agresseur, là, qui peutcontinuer quand même à influencer, là, malgré que la jeune soit en centre deréadaptation ou encore dans son milieu. Donc, ça a été un gain intéressant.

À Québec, on a la chance d'avoir unpartenariat fort, on a la chance d'être réseauté, d'être formé, mais je pensequ'aussi on a deux beaux leviers dans la région pour pouvoir continuer deréfléchir... bien, on réfléchit actuellement à comment on pourrait utiliser cesleviers-là au niveau de l'exploitation sexuelle. Le premier levier, c'est leSIAM, qui est ouvert depuis un an, qui sont les services intégrés en abus etmaltraitance. Dans le fond, ça s'adresse aux jeunes qui sont signalés àdirection de la protection de la jeunesse pour abus sexuel, abus physique,négligence grave et pour lesquels on va déclencher une ententemultisectorielle. Donc, tous les services, tous les professionnels, on est aumême endroit. On parle des intervenants à l'évaluation, des intervenants àl'application des mesures, la police, les procureurs, le médical, un médecin,une infirmière. On a un intervenant du CLSC, un intervenant de Viol-secours, leCAVAC et aussi des chercheurs associés. On sait que l'application de l'ententemultisectorielle dans les cas d'exploitation sexuelle, je vais utiliser le mot«atypiques», elle s'applique différemment que nos jeunes victimes d'agressionsexuelle intrafamiliale. Donc, on est un peu actuellement à réfléchir et à voircomment on pourrait utiliser la structure du SIAM, les services du SIAM pouraider, dans le fond, là, ces jeunes-là.

Le deuxième levier dont on dispose, bien,c'est au niveau de la direction de la protection de la jeunesse, c'est de fairepartie d'un grand CIUSSS. Faire partie d'un grand CIUSSS, ça veut dire qu'on aaccès à une offre de service qui est globale. Quand on regarde l'ensemble desservices qu'ils ont besoin, ces jeunes-là, on parle de service, bon, oui,psychosociaux, mais de services de santé, de services de santé sexuelle, desanté mentale. On a des préoccupations par rapport au passage à l'âge adulte etaussi aux adultes et on a beaucoup de services dans un grand CIUSSS qui sont enmesure de répondre. Donc, on est en train de réfléchir et de se questionner àvoir comment on pourrait mieux s'arrimer pour pouvoir, là, en faire bonifierles victimes de l'exploitation sexuelle.

En terminant, suite à notre colloque enexploitation sexuelle qui a eu lieu, là, il y a de ça une semaine et demie,deux semaines, on a réalisé qu'on avait besoin de se concerter, pas juste auniveau régional, mais au niveau provincial. Il y a plein de belles initiativesà travers le Québec, il y a eu plein de beaux projets développés. Donc, jepense qu'on doit se donner les moyens de se réseauter au niveau de la provinceet de faire bénéficier à tous et chacun, là, ces belles initiatives là.

Mme Gauthier (Jessica) : Bonjour.Vous voyez qu'on est très mobilisés à Québec, on est tous très animés par laproblématique. On prend ça vraiment au sérieux. En même temps, les causesmultifactorielles, les nombreux impacts, ça provoque des conséquences trèsimportantes auprès de ces victimes-là. Elles traînent souvent un lourd passéderrière elles. Leur identité est complètement fragilisée. Souvent, le cumul deces situations-là qui caractérisent ces jeunes-là, ça vient rapidement à boutdes ressources qui sont disponibles autour d'elles, les conséquences

Mme Gauthier (Jessica) : ...conséquences très importantes auprès de ces victimes-là. Elles traînentsouvent un lourd passé derrière elles. Leur identité est complètementfragilisée. Souvent, le cumul de ces situations-là qui caractérisent cesjeunes-là, ça vient rapidement à bout des ressources qui sontdisponibles autour d'elles, les conséquences >aussi qui sont importantesauprès d'elles génèrent quand même des importants besoins, et on voitapparaître des traumas qui sont plus complexes que la majorité de bien des situations.

Afin d'aider les victimes à s'extirper del'engrenage de l'exploitation, le traitement individuel des traumas, c'est unepriorité pour nous autres à Québec. De fait, bien, le défi, c'est la mise enplace de services spécialisés intégrés comme, par exemple, la sexologie.Prioriser la formation de ressources spécialisées en traumas complexes, maissurtout liés à l'exploitation sexuelle, c'est nécessaire pour nous. On le voitauprès de ces jeunes-là. En même temps, le défi aussi, c'est de pouvoir rendreaccessibles ces services-là dans le délai requis, dans le sens que, quand lajeune ouvre sur la situation ou nomme son besoin ouvertement, elle ne peut pasattendre pendant de nombreuses semaines. C'est là qu'elle est prête à dévoilerpuis à s'investir dans une démarche thérapeutique. Donc, d'avoir à notre disponibilité,de façon rapide et efficace, l'ensemble des services, c'est quelque chose qu'oncontinue de travailler fort pour pouvoir arrimer le tout, mais c'est encore unenjeu qu'on vit aujourd'hui.

Après ça, aussi, le traitement visant le développementdans sa globalité, qui est centré sur les forces, les capacités des jeunes,c'est déjà quelque chose qu'on utilise car depuis plusieurs années, dans noscentres de réadaptation, on a implanté l'approche motivationnelle. Mais parailleurs ça serait pertinent de combiner le modèle ARC — vous en avezentendu parler avec les précédentes présentations — parce que nous,on considère que c'est un ajustement à la pratique qui est extrêmementprometteur dans la façon et ça s'arrime bien déjà avec notre modèled'intervention. Ça fait qu'on considère que c'est aussi une priorité.

En plus, que l'intervention soitpsychoéducative, psychosociale, thérapeutique, voire même juridique quand il ya des dénonciations, on sait que ça commence souvent à l'âge... àl'adolescence, mais ça traverse, hein, le passage à la vie adulte. Vous en avezaussi entendu beaucoup parler. Ces enfants-là portent sur leurs épaules lefardeau d'expériences négatives du passé. Souvent, ils ont vécu deshébergements en centre de réadaptation, ça ajoute un poids à leurs difficultés.Ils ont un profil complexe : toxicomanie, délits, problèmes de santémentale. En plus, souvent, ils ont l'absence momentanée de soutien de leursproches parfois aussi, ils font face souvent à un manque d'autonomie, ils ontdes défis d'insertion sociale et professionnelle. Ça les confronte et souvent çacrée obstacle au passage à la vie adulte. Donc, souvent, ça devient synonymed'une précarité. Quand ils arrivent de façon autonome, ils deviennent encoreune fois des proies faciles. Donc, il n'y a pas beaucoup de choses présentementqui les préparent à ce que cette belle transition là se fasse de façonoptimale.

Une des priorités du DPJ, grâce justementà cette réorganisation-là des services, grâce au fait qu'on est CIUSSS, on està regarder, justement, l'arrimage d'une trajectoire d'intervention qui permetaux victimes, plusieurs mois avant l'atteinte de la majorité, de créer unealliance thérapeutique avec un intervenant qui va être en mesure d'être lepoint d'ancrage, le filet de sécurité, un accompagnateur stable mais qui estnon lié par un mandat d'autorité, comme nous, en protection de la jeunesse,pour offrir le soutien nécessaire, que ça soit pour l'accompagnement auquotidien, pour les soins de santé, mais aussi pour le logement, l'aidealimentaire. D'apprendre à faire son épicerie, c'est quelque chose. Donc, defaciliter... c'est toutes des choses qui nous apparaissent très judicieuses etimportantes aussi.

On veut aussi rappeler l'importance debonifier et de revoir le modèle initial du programme Qualification jeunesse,qu'on appelle PQJ, qui a été implanté il y a quelques années. De revoir lescritères d'accès, l'âge et tout ça, ce sont des choses qu'on est à regarder età mettre en place aussi.

Je vois que le temps passe excessivementvite.

Le Président (M. Lafrenière) :Oui. Je suis désolé, je vais vous demander de conclure, s'il vous plaît. Maison va continuer en questions, en échange avec vous.

Mme Gauthier (Jessica) : Jevais donc, là... Je passerai sur le point, hein... Les réseaux sociaux, on saitque c'est un fléau, on sait qu'il y a un impact. C'est, pour nous, une despriorités. On en fait mention, là, dans le dépôt du rapport.

• (20 h 40) •

Je veux simplement finaliser, donc, par lerôle de nos adolescents, nos possibles proxénètes en devenir. Les garçons quirecrutent les filles, pour un gang ou non, traversent les phases d'engagementqui peuvent être mises en parallèle à ce que vivent nos filles présentement.Nos garçons, incluant ceux qui sont hébergés, qui sont à la recherched'appartenance, d'identité, de sécurité, de pouvoir, de liberté, de plaisir,mais qui sont aussi eux-mêmes fragilisés par leur propre vulnérabilité, ce sontde très beaux appâts pour nos proxénètes. Eux aussi sont graduellementdésensibilisés. Eux aussi, on les amène à ne voir que les avantages qui sontliés au plaisir et à faire de l'argent. Donc, on les ancre de plus en plus dansles délits, dans les fraudes, dans tous les délits,donc, pour les plonger aussi dans le milieu, pour les amener à ne voir que lecôté positif.

Donc, c'est important pour nous de savoirque, oui, ces garçons-là, souvent adolescents, commencent entremetteurs, maisqu'initialement, pour nous, ils commencent victimes. Puis nous, il fauts'attarder à cette situation-là de cette façon-là pour nous aussi. Donc, eux aussidoivent être sensibilisés. Eux aussi, on doit détecter leur vulnérabilité,mettre en place... À l'hiver 2020, on commencera notre

Mme Gauthier (Jessica) :...pour nous de savoir que, oui, ces garçons-là, souvent adolescents, commencententremetteurs, mais qu'initialement, pour nous, ils commencent victimes. Puisnous, il faut s'attarder à cette situation-là de cette façon-là pournous aussi. Donc, eux aussi doivent être sensibilisés. Eux aussi, on doitdétecter leur vulnérabilité, mettre en place... À l'hiver 2020, oncommencera notre >formation sur la vulnérabilité des garçons pour aidernos intervenants à mieux détecter, mais après ça pour mettre une meilleure...de meilleure éducation pour augmenter nos facteurs de protection personnellesociofamiliaux. Parce qu'il faut les amener à voir le positif et à se sortir delà pour eux aussi. Je vais m'arrêter, j'en avais d'autres à dire.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Merci de votre présentation. On va passer à la périoded'échange avec les membres de la commission. Cependant, je vais demander consentementpour ajouter 10 minutes à notre séance afin d'entendre nos invités. Est-cequ'il y a consentement? Consentement. Parfait. Alors, première question, députéede Charlevoix—Côte-de-Beaupré.

Mme Foster : Mercibeaucoup pour votre présentation. Députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, donc, lenom le dit, je suis touchée par votre territoire, CIUSSS de laCapitale-Nationale, également Portneuf. Vous avez...

Moi, je suis curieuse sur une chose. Vousavez un grand territoire qui couvre à la fois du très urbain, donc Québec, et Portneuf,et, je dirais, Charlevoix, l'autre côté, la Côte-de-Beaupré entre les deux,mais Charlevoix de l'autre côté qui a une réalité un peu plus région un peuplus éloignée. Je suis simplement curieuse de savoir quelles différences vousobservez en termes d'exploitation sexuelle des mineurs entre la ville et lesrégions autour. Est-ce qu'il y en a, des différences? Parce que vous dites :On a un seul chef pour tout le territoire, entre autres.

Est-ce que, je ne sais pas, moi, est-ceque ça fait différent au niveau du recrutement? Je sais que c'est les réseauxsociaux beaucoup aujourd'hui, mais la façon dont ça se vit, est-ce que c'estdifférent en ville des régions? Parce que certains sont venus dire avant vous,entre autres en Estrie, qu'avant c'était beaucoup concentré à Montréal, laquestion... Montréal et Québec, exploitation sexuelle, mais quand on arrivaiten région, les ressources ne sont pas les mêmes et puis le rapport aux corpspoliciers non plus, ce n'est pas toujours la même chose. Alors, je voudraisvous entendre là-dessus, savoir vos observations dans votre pratique.

Mme Delisle (Nancy) : Jevous dirais, de mon côté, je n'ai pas vu vraiment de différence entre dessituations qu'on a de Portneuf ou, justement, là, de la Côte-de-Beaupré. C'està peu près les mêmes façons, je vais dire, de recruter, les mêmes impacts. Iln'y avait pas vraiment de différence, non.

Mme Gauthier (Jessica) :Ce qu'on voit, ce qu'on observe, bien, c'est le déplacement des proxénètesaussi. Ils ne restent pas en place nécessairement. Ça fait que, donc, lors d'unesituation qu'on aura vue dans le centre-ville de Québec, il se peut que, deuxmois après, ce soit le même individu, mais il est rendu à Beaupré, par exemple,pour donner un exemple. Mais dans le recrutement, effectivement, à cause, enmajeure partie, des réseaux sociaux, maintenant, la facilité et donc l'accès...ça voyage vite, là. Les déplacements ne sont plus nécessaires. Donc, on voit qu'ona une uniformité qui s'installe davantage et on ne voit pas nécessairement dedifférence marquée, effectivement.

Mme Foster : O.K. J'étaiscurieuse. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de Gaspé.

Mme Perry Mélançon :Merci, M. le Président. Bonsoir. Vous semblez être vraiment bien, en tout cas,bien équipés en termes de ressources quand il s'agit de... bien, vous avez unsignalement ou vous avez le témoignage d'une jeune fille ou d'un jeune garçon,que ça déclenche des ententes multisectorielles via le SIAM et tout.

Est-ce que vous avez aussi des mécanismespour dépister, donc pour autant chez les victimes ou... parce que vous le ditesque vos milieux sont quand même beaucoup affectés par l'exploitation sexuelle.Est-ce que vous êtes en mesure de repérer des proxénètes? Êtes-vous proches àce point-là? Et est-ce que vous avez un rôle à jouer au niveau desinterventions policières? Par exemple, comment est-ce que vous vous impliquez àce niveau-là, dépistage et repérage, victimes et proxénètes?

Mme Gauthier (Jessica) :Il y a plusieurs niveaux. Bien, la table régionale nous permet uneconcertation, donc on se permet un partage d'informations. Par contre, quand onvoit un phénomène émergent à la table régionale, on va se parler : Woups!ça bouge plus dans tel secteur, soyez à l'affût. On va se partager des fois desinformations qui circulent davantage. À l'intérieur même, au niveau de laprotection de la jeunesse, on travaille beaucoup avec les indicateurs, dans lefond, auprès de nos jeunes. En ayant beaucoup de jeunes qui sont hébergés enmême temps, on voit leurs comportements, les observations, les retours desortie, quand ils arrivent avec des comportements différents, du lingedifférent. On a des petits indicateurs qui nous ouvrentdes lumières, dans le fond, dans nos observations.

Notre système de pivot est aussi trèssolide, hein? Aux six semaines, on s'assoit, l'ensemble des pivots, et nospivots sont représentés dans chacun des secteurs, le RTS, l'évaluation,l'application des mesures, la réadaptation des garçons, des filles. On a troiscoordonnateurs au niveau pivot aussi. Donc, ça nous permet un arrimage et unpartage, donc de toujours pouvoir être à l'affût. Nos rencontres deconcertation qu'on effectue nous permettent d'être aussi très proches du terrain.Nos spécialistes en activité clinique, nos coordonnateurs cliniques, on a dessentinelles vraiment un peu partout. Donc, on essaie vraiment

Mme Gauthier (Jessica) : On a trois coordonnateurs au niveau pivot aussi. Donc, ça nous permet unarrimage et un partage, donc de toujours pouvoir être à l'affût. Nosrencontres de concertation qu'on effectue nous permettent d'être aussi trèsproches du terrain. Nos spécialistes en activité clinique, nos coordonnateurscliniques, on a des sentinelles vraiment un peu partout. Donc, on essaie vraiment >d'être à l'affût le plus rapidement possible. Puis lesjeunes, ils parlent. Ils parlent, ils partagent. En même temps, hein, on ditque c'est l'alliance qui crée beaucoup l'impact. Nos jeunes, quand même, à longterme... bien, quand on dit qu'on travaille en approche motivationnelle, il y aun impact là-dessus pour nous, parce qu'on sait qu'il faut respecter leurrythme et être à l'affût, donc d'être ouverts à entendre ces jeunes-là sur cequ'ils vivent et non pas dans le jugement et la répression.

Donc, quand on travaille en exploitationsexuelle, il faut aussi être prêts à avoir les oreilles qui nous frisent desfois sur certains éléments qu'on entend, parce qu'on a besoin de cettecueillette de données là pour, après ça, faire des interventions de prise deconscience, de les amener à évoquer leurs malaises et de les amener à trouverdes solutions alternatives ou à créer des dissonances dans leurs perceptions.Donc, c'est de multiples facettes, là, qu'on travaille la détection, là.

Mme Perry Mélançon : Il y a16 pivots, c'est ça? Vous êtes... Donc, c'est partout, un peu partout...

Mme Gauthier (Jessica) : Onest une douzaine... Bien, à l'interne, au centre jeunesse, on est quand même unreprésentant minimalement par secteur...

Mme Perry Mélançon : Et donctoujours dans la Capitale-Nationale, là, on est dans ce...

Mme Gauthier (Jessica) : Oui.

Mme Perry Mélançon : Est-ceque c'est un modèle qui pourrait être déployé? Est-ce que c'est quelque choseque vous avez déjà discuté avec d'autres DPJ? Y aurait-u quelque chose làd'intéressant à développer?

Mme Gauthier (Jessica) : Jepense qu'au total dans la région, là, de Québec, il doit y avoir autour de...bien, une fois par année, on fait une rencontre des pivots, de l'ensemble despivots, et, à la dernière rencontre, au mois de mai, on était 93. Ça fait queça, ça fait quand même beaucoup de yeux puis de gens formés et proches, là, surle terrain, et ces rencontres-là, bien, ça permet à tout le monde justement dese connaître, d'échanger. On a un bottin. Si, admettons, un intervenant veutsavoir : O.K., dans telle commission scolaire, c'est qui le pivot? Ilregarde dans le bottin puis il peut l'appeler et vice et versa, là.

Est-ce que c'est un modèle qui est exportable?Je pense que oui et probablement de plus en plus, parce que, dans les deux,trois dernières années, avec tout ce qui s'est développé... il y avait déjà desconcertations, là, dans certaines régions. Bien là, les gens sont... je pense,les différentes régions se sont plus organisées, se connaissent plus. On voittous les acteurs qui sont importants. Ça fait que je pense qu'il y aprobablement une question de timing actuellement aussi pour exporter cemodèle-là.

Mme Perry Mélançon : Là, je nesais pas si je peux me permettre une dernière question, mais, en même temps, jeveux entendre mes autres collègues...

Le Président (M. Lafrenière) :Tellement rapide. Tellement rapide.

Mme Perry Mélançon : Maisrapidement, parce que vous êtes ceux qui hébergent, là, ces victimes-là, lescentres jeunesse. C'est quoi, votre opinion par rapport à ça? Hier, ondiscutait que ça peut être un environnement qui maintient le traumatisme chezles victimes, parce qu'il y a comme toutes sortes de... en tout cas, c'est unenvironnement qui peut être difficile, lourd pour tout le processus de sortie. Donc,en tout cas, je voulais rapidement entendre votre point de vue là-dessus.

Mme Delisle (Nancy) : Bien,je pense que l'hébergement en centre de réadaptation, c'est une des mesuresextrêmes et un peu une mesure de derniers recours, là, si je peux utiliser ça.Donc, quand on est rendu là, c'est parce qu'on n'a pas le choix, c'est parceque l'adolescent ou l'adolescente a besoin de ces services-là. Et souvent,quand on déploie l'offre de services puis qu'on regarde les objectifs, onessaie de voir le plus rapidement possible comment on peut retourner dans sonmilieu puis de maintenir aussi le milieu impliqué alentour de ces jeunes-là,là. Souvent aussi, il peut y avoir des craintes que : Ah mon Dieu! encentre de réadaptation, il se fait du recrutement. C'est quelque chose qu'onentend souvent.

Mais moi, j'utiliserais un peu l'analogiede la salle d'attente du dentiste. Si je vais chez le dentiste puis je ressorsde là en disant : Mon Dieu qu'il y a du monde qui a mal aux dents, puis jejuge de la qualité de mon dentiste à partir de ça, bien, c'est comme, à lalimite, normal. Ce que j'entends par là, c'est que c'est sûr qu'en centre deréadaptation on a plein de jeunes qui ont de grandes difficultés et, entreautres, qui ont été victimes d'exploitation sexuelle ou qui ont sollicitéd'autres jeunes. Ça, on en est conscients, puis il y a aussi un paquetd'enfants qui sont là, qui sont vulnérables à plein d'affaires. Et c'estjustement... c'est la clientèle qui se retrouve dans ces endroits-là, c'est desendroits qui sont là, je dirais, pour ça. Les intervenants sont conscients, lesgestionnaires en sont conscients, et les interventions sont faites pour essayerde minimiser la vulnérabilité de chacun. Puis ce n'est pas juste l'exploitationsexuelle, c'est un paquet d'éléments, là.

• (20 h 50) •

Mme Gauthier (Jessica) : J'ajouteraisque c'est pour ça qu'on travaille avec beaucoup de partenaires à Québec. C'estpour ça que notre concertation est forte puis notre partenariat, entre autresavec les travailleurs de rue, est fort pour s'assurer de créer des alliancespositives pour ces jeunes-là en dehors des murs des centres de réadaptationaussi. Et il faut comprendre que les jeunes qui restent longtemps en centre deréadaptation sont malheureusement ceux dont le soutien parental n'est pas là.Puis on le ramène depuis deux jours aussi, il y a plein de gens qui l'ont dit,l'implication parentale est au coeur aussi de l'intervention.

Nos jeunes dont les parents sont mobilisés,sont impliqués et travaillent de concertation avec l'ensemble des intervenants,c'est des jeunes qui rapidement retournent à la

Mme Delisle (Nancy) : ...restent longtemps en centre de réadaptation sont malheureusement ceuxdont le soutien parental n'est pas là. Puis on le ramène depuis deux joursaussi, il y a plein de gens qui l'ont dit, l'implication parentale est aucoeur aussi de l'intervention.

Nos jeunes dont les parents sontmobilisés, sont impliqués et travaillent de concertation avec l'ensemble desintervenants, c'est des jeunes qui rapidement retournent à la >maison,malgré peut-être un ensemble de problématiques, mais souvent qui, par leur collaborationet leur investissement, vont soutenir la sortie de leurs enfants et donc unretour en milieu familial.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Députée de Lotbinière-Frontenac.

Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :Vous avez parlé de beaucoup de monde. Vous avez parlé d'intervenants àl'évaluation, des intervenants... application des mesures, des coordonnateurscliniques. Moi, j'avoue, là, que je suis un peu perdue dans tout ça. Puis toutà l'heure on a parlé avec des gens qui nous disaient que la continuité, c'étaittrès important. Puis on nous a dit que des victimes pouvaient avoir au-dessusde 30 personnes différentes dans leur dossier. Est-ce que c'est vrai? Puisest-ce qu'on peut faire quelque chose pour ça? Avec combien de personnes unejeune victime est-elle en contact?

Mme Delisle (Nancy) : Depersonnes, vous voulez dire d'intervenants?

Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :Oui.

M. Corriveau (Patrick) :D'abord, je vais me permettre un commentaire à ce sujet-là. Quand on parle de30 intervenants, évidemment, c'est la minorité. Toutefois, je dois malheureusementvous dire que dans le contexte actuel de la main-d'oeuvre... et vous savez, enprotection de la jeunesse, le personnel est, je vous dirais... je vais prendrel'exemple de notre région, le personnel est féminin à environ 90 %.Beaucoup, c'est des jeunes femmes qui vont avoir un, deux enfants et c'est unebonne nouvelle, mais je vous dirais que c'est la raison principale du roulementde personnel en protection de la jeunesse. Ce n'est certainement pas ce qu'onsouhaite, le roulement d'un intervenant dans la vie d'un jeune et d'unefamille.

On entendait M. Dorais juste avantqui rappelait toute l'importance du lien thérapeutique, et ce, peu importe àl'âge auquel, là, l'enfant a. Donc, il faut développer, il faut travailler surdes stratégies pour essayer de garder et de restreindre au minimum le nombred'intervenants. Mais la réalité fait en sorte que je suis obligé d'admettre quebien souvent on peut voir un, deux et parfois trois intervenants dans la vied'un jeune et d'une famille, malgré que ce n'est pas ce qu'on souhaite.

Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :O.K. Puis j'avais une autre question... Les ententes multisectorielles, toutà l'heure, on a entendu des gens qui nous ont parlé de ça, puis moi, on m'adit... bien, en arrière, là, l'autre côté, on m'a dit que les ententessectorielles n'étaient pas assez souvent déclenchées. Ça, est-ce que c'est basésur le jugement d'une personne ou elle évalue la situation en équipe?

Mme Delisle (Nancy) :D'emblée, lorsqu'un enfant est signalé à la protection de la jeunesse en abussexuel, automatiquement, on déclenche l'entente multisectorielle, c'est-à-direc'est une évaluation commune entre la protection de la jeunesse, les policierset le procureur. On intervient de façon concertée.

Dans les cas d'exploitation sexuelle,nous, déjà, là, depuis longtemps, on traite la problématique comme un abussexuel. Ça fait que, oui, il y a un déclenchement de l'ententemultisectorielle. Par contre, ce qu'il faut se dire, c'est qu'on ne peut pasintervenir de la même façon, avec les mêmes stratégies, au niveau de l'ententemultisectorielle pour les cas d'exploitation sexuelle versus pour les casd'abus sexuel intrafamilial ou extrafamilial.

Je vous donne un exemple. On évalue unsignalement pour de l'abus sexuel de la part du conjoint de la mère. C'estplus... je ne dirais pas plus facile, mais, à ce moment-là, d'amener l'enfanten entrevue vidéo pour faire sa déclaration où l'intervenant de la protectionde la jeunesse est présent aussi et après ça, chacun de notre côté,l'intervenant de la protection de la jeunesse continue l'évaluation, puis lepolicier termine son enquête. C'est assez simple.

Au niveau de l'exploitation sexuelle, sije débarque à l'école puis là je déclenche tout de suite, aujourd'hui,l'entente multisectorielle, je prends la jeune victime et je l'amène au postede police pour qu'elle fasse directement une entrevue vidéo, c'est clair qu'onaura peu de résultats. Il faut d'abord faire un travail de préparation avec lavictime pour l'amener à collaborer à l'entente multisectorielle.

Souvent, puis vous avez entendu,j'imagine, à de nombreuses reprises au cours des deux derniers jours, que lesvictimes, elles ne se voient pas, dans un premier temps, victimes, elles nevoient pas qu'elles ont été exploitées. Donc, si aujourd'hui, je pars puisj'amène la jeune au poste de police pour faire l'entrevue vidéo, elle ne sevoit même pas comme une victime,

Mme Delisle (Nancy) : ...à l'entente multisectorielle.

Souvent, puis vous avez entendu,j'imagine, à de nombreuses reprises au cours des deux derniers jours, que lesvictimes, elles ne se voient pas, dans un premier temps, victimes, ellesne voient pas qu'elles ont été exploitées. Donc, si aujourd'hui, je parspuis j'amène la jeune au poste de police pour faire l'entrevue vidéo, elle nese voit même pas comme une victime, >là, elle veut protéger. C'estses amis, donc elle ne déclarera pas. Il faut la...

Tout à l'heure, quand je parlais qu'auniveau de l'entente multisectorielle, dans les cas d'exploitation sexuelle, c'estun peu un parcours atypique, bien, c'est un peu ça que j'entendais. Il faut d'abordrencontrer les jeunes une fois, deux fois, trois fois, les amener à prendre connaissancequ'ils sont des victimes. Et par la suite, souvent, on ne part pas directementun vidéo avec les enquêteurs. On a développé... On a une belle collaborationavec les policiers. Donc, ils vont venir rencontrer les jeunes, leur expliquerun peu c'est quoi, comment ça se passe. Ils tissenteux aussi des liens. À un moment donné, au fil de ces rencontres-là, bien, à unmoment donné, la victime va être prête, et là on va pouvoir enclencher leprocessus.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Député de Viau.

M. Benjamin : Merci, M.le Président. Donc, merci pour votre présentation.

Ma première question, en fait, concerne unenjeu que le directeur de la protection de la jeunesse a évoqué tout à l'heure,c'est tout ce qui concerne l'accès à l'information, la protection desrenseignements personnels. Hier, lors des présentations, il y a des policiersqui nous ont parlé de cela, de cet aspect-là comme d'un véritable enjeu. Est-ceque vous, vous... iriez-vous jusqu'à suggérer qu'on rouvre la loi sur l'accès àl'information pour permettre une meilleure, une plus grande fluidité desinformations, des échanges afin de prévenir, justement?

M. Corriveau (Patrick) :Ah! c'est une très grande question parce que rentre en ligne de compte toute lanotion des droits des individus. C'est certain, par contre, que, si vous meposez la question à titre de directeur de la protection de la jeunesse, jepréfère avoir accès à davantage d'informations pour être en mesure de mieuxprotéger les enfants de ma région. Donc, si on a des leviers et despossibilités pour venir clarifier et ouvrir davantage, dans un cadre trèsbalisé, j'en conviens, mais qui nous permettrait d'avoir davantage lapossibilité d'échanger de l'information, évidemment, je trouve que ce seraitune bonne nouvelle pour nos jeunes.

M. Benjamin : Un autreenjeu que d'autres intervenants ont soulevé et qui concerne notamment lepassage à l'âge adulte... on parle, à ce moment-là, d'un manque de ce fameuxcontinuum de services. Et vous avez un projet, un programme qui s'appelleQualification des jeunes. Pouvez-vous nous en parler un peu? Qu'est-ce que c'estcomme programme?

M. Corriveau (Patrick) :En fait, il y a différents enjeux, hein, au niveau du passage à la vie adulte.Le premier, il faut comprendre et il faut se rappeler que, bien souvent, cesjeunes-là qui ont été hébergés, par exemple, en centre de réadaptation, ilsvoient le passage à la vie adulte comme enfin la liberté. Ce qui fait que,malgré le fait que parfois on a des intervenants qui sont proches, qui ont mêmedes liens, ces jeunes-là ont été encadrés, ont eu des adultes bienveillants quiont été dans leur vie depuis deux, trois, quatre, cinq ans en protection de lajeunesse, et il y a évidemment une phase, qui est plutôt normale, où ils vontexpérimenter, où ils vont jouer avec leur liberté.

Ce qu'on souhaite, c'est d'être en mesurede mettre un intervenant en amont dans les mois avant l'atteinte de la majoritéqui pourra créer un lien significatif et qui sera présent lorsque notreadolescent, notre adolescente, après trois, quatre, six, un an, un an et demid'expérimentation dans sa liberté, dira : Oh! là, j'ai besoin de support,j'ai besoin de revenir, j'ai besoin d'aide, d'encadrement et là je rappelle monintervenant qui viendra m'aider et me supporter.

Donc, notre programme de Qualification desjeunes, c'est ce qu'il permet, c'est de mettre un éducateur en amont pouraccompagner le jeune d'abord dans se trouver un logement, se trouver un emploi,faire un C.V., faire un budget, faire sa première épicerie et être en mesured'aussi de l'accueillir une fois que l'expérience de la liberté sera passée etque nos jeunes conviendront qu'ils ont besoin d'aide. C'est tout ce passage-làqui est parfois délicat et qui n'est pas nécessairement parce que lesintervenants ne veulent plus intervenir. Le jeune souhaite vivre sa période deliberté.

• (21 heures) •

Mme Gauthier (Jessica) :Si je peux complémenter, dans le fond, c'est des éducateurs qui occupent cespostes-là, et présentement, dans le fond, ça permet qu'au-delà du 18 ans...jusqu'à présentement 19 ans, il y a quelqu'un dans la vie de cesenfants-là qui est disponible, là, pour eux.

La difficulté qu'on a rencontrée dans lesdernières années, c'est qu'associée à l'exploitation vient souvent la fugue, latoxico. C'est des jeunes qui sont peu présents. Donc, malgré la présence de ceséducateurs-là pour développer l'autonomie, les jeunes...

17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17861 ANQ.Vigie.Bll.Depute 18217 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17945 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T17:00:00 2

Mme Lecours (Les Plaines) : ...la traite, et c'est une forme de traite. Quand on parle d'adolescentes, il y a une notion de consentement, et tout, puis de désensibilisation, surtout.

Mme Dufour (Rose) : Oui, oui.

Mme Lecours (Les Plaines) : J'aimerais ça, rapidement, puis après ça je vais laisser la parole à mes collègues... reparlez-nous de la pathologie de l'hébéphilie.

Mme Dufour (Rose) : Ah! C'est une belle question parce que... D'abord, je vais vous dire, j'ai fait la première enquête au Québec sur les hommes consommateurs de prostitution dans les... Je pense que je vous ai entendus hier soir dire qu'il n'y avait pas beaucoup de documentation, mais j'ai fait la première enquête, et c'est la deuxième partie de cet ouvrage. Ça a été absolument passionnant.

La réaction des gens autour de moi, hein... Je travaillais au PIPQ, qui m'avait interpellée pour travailler avec eux autres. J'ai été cinq ans avec eux autres. C'est là que j'ai été initiée, etc. Mais tout le monde autour de moi me disait : Ça n'a pas de bon sens, puis c'est dangereux, puis ne fais pas ça. Puis les femmes elles-mêmes, dans la prostitution, défendaient les clients en disant : Mais, nous autres, on accepte de se sacrifier parce que, si les hommes... Parce que toute la question de la prostitution, c'est : les désirs sexuels des hommes sont irréductibles, c'est irréductible, on ne peut pas empêcher ça, il faut que ça aille au bout de la libération. Ce qui est faux.

 Il y a eu des recherches absolument exceptionnelles qui ont été faites sur les hommes consommateurs de prostitution et qui ont montré que c'est la culture et l'éducation faite au garçon qui fait qu'il n'est pas un sauvage, il ne va pas sauter sur toutes les femmes. Mais pourtant il y a des hommes qui n'ont aucun scrupule. Et j'ai documenté la question à fond là-dedans.

La différence entre le consommateur de prostitution puis celui qui n'en fait pas... Parce que la très grande majorité des hommes... Au Québec, on estime que c'est environ 12 % des hommes qui consomment de la prostitution. Mais ça ne doit pas être ce taux-là. Moi, je pense qu'il a dû augmenter, dans les dernières années, à cause de l'omniprésence de la pornographie, de la sollicitation, etc. Et... J'ai perdu mon idée. La majorité des hommes n'y pensent même pas. Non seulement ils ne veulent pas consommer parce que, par dignité envers eux-mêmes puis dignité et reconnaissance de la dignité des femmes, jamais ils ne le feraient. Ils trouveraient ça absolument dégradant, de faire ça. Mais pourtant, il y a une catégorie d'hommes pour qui ça n'existe pas.

Mais qui sont ces hommes consommateurs de prostitution... dans lequel il y a une catégorie d'hommes qu'eux autres, c'est des des petites filles, qu'ils veulent? Il y a des pédophiles. Vous êtes à l'aise avec l'idée de pédophile, c'est l'attraction pour les bébés et les enfants, alors que la prépubère ou jeune pubère, c'est la fille dans sa splendeur, hein, de floraison, où elle va devenir menstruée, et elles sont immensément belles, et ces hommes ont une attraction particulière pour ces filles-là. Et je sais que c'est vrai parce que j'ai parlé avec des proxénètes, parce que... le travail avec la jeune femme dont je vous ai parlé. Elle l'énonçait très, très, très clairement.

Maintenant, quelle est la caractéristique des hommes consommateurs de prostitution? D'abord, c'est des irresponsables, puis ils ne veulent pas avoir de responsabilités, ils ne veulent surtout pas assumer de responsabilités. Ils ne connaissent absolument pas les femmes, mais ils connaissent encore moins les femmes prostituées. Ils sont absolument certains qu'elle, elle aime plus le sexe plus que les autres, elle est plus chaude que les autres. Ce qui est entièrement faux parce que les femmes dans la prostitution ne se donnent pas.

Avoir une relation sexuelle, c'est donner accès à ce qu'on a de plus privé et de plus intime et de sacré, je dirais, sacré dans le sens d'unique, extrêmement élevé au plan de sa valeur. La différence entre un objet sexuel et une personne, c'est la dignité humaine. L'être humain a une dignité. L'objet et la chose n'en a pas, il est réductible, c'est un outil, c'est un instrument, c'est technique. Et ces hommes consommateurs de prostitution, ils sont absolument ignorants puis ils ne veulent surtout pas apprendre. Mais parce que la prostitution ancienne, aussi, était complètement différente. Il y a un travail d'information, d'éducation de la population, etc. Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question.

Mme Lecours (Les Plaines) : Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) : Question de la députée... Acadie.

Mme St-Pierre : Merci. Merci beaucoup. C'est absolument passionnant de vous entendre. Ce n'est pas la première fois que je vous entends dans une conférence, puis, encore aujourd'hui, je suis très impressionnée.

J'y vais très rapidement parce

Mme Dufour (Rose) : ... etc. Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question.

Mme Lecours (Les Plaines) : Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) : Question de la députée... Acadie.

Mme St-Pierre : Merci. Merci beaucoup. C'est absolument passionnant de vous entendre. Ce n'est pas la première fois que je vous entends dans une conférence, puis, encore aujourd'hui, je suis très impressionnée.

J'y vais très rapidement parce >que dans votre mémoire vous parlez... D'abord, je vois la phrase, là : «Il faut tuer le marché de la prostitution.» Puis vous dites que «le XIXe siècle a vu l'abolition de l'esclavage. le XXe siècle a aboli la peine de mort, notre siècle doit abolir la prostitution.» Alors, c'est une forme d'esclavage.

Mais je vous amène sur le paragraphe suivant, sur la police. Parce qu'ici c'est écrit : «La police tolère la prostitution, une tolérance qui correspond à une résistance, un refus d'appliquer la loi.» C'est gros, là, ce que vous nous dites.

Mme Dufour (Rose) : Ah oui! c'est...

Mme St-Pierre : Et vous citez un article qui m'avait d'ailleurs impressionnée, dans le journal Le Soleil, le 21 juin dernier, où on donne des statistiques concernant les arrestations, ici, à la ville de Québec. Et on a vu tout le travail qu'ils ont fait. Ce matin, ils nous ont parlé du travail qu'ils font auprès des victimes. Mais monsieur le client, là, il semble que lui, il ait bien du fun, puis il n'est pas... on ne s'en occupe pas, puis il continue sa belle petite vie qui a l'air bien normale, avec tous les paravents... le paravent. Là, il faut que vous nous en parliez, de ça, parce qu'on n'en a pas parlé, là. On va en parler peut-être plus tard, mais j'aimerais vous entendre sur cet aspect-là de votre mémoire.

Mme Dufour (Rose) : Nous, les femmes qui travaillons dans ce domaine, nous sommes désespérées du comportement de la police. Ce n'est pas nous qui les sortons, les statistiques, mais on observe qu'est-ce qui se passe. Il y a des salons de massage érotique... je vais prendre à Québec, là, il me semble que c'est 22 ou 24, là, je ne m'en rappelle plus, du chiffre. Et, lorsque vous regardez l'annonce, là, c'est évident que c'est une offre de prostitution. Il n'y a pas d'autres mots.

Mme St-Pierre : Bien, excusez-moi, vous avez tout à l'heure montré le signe 7. Alors, pour l'enregistrement... je pense que la caméra ne vous a pas captée, alors, pour l'enregistrement, je vais le citer, l'article : «Le service de police de la ville de Québec a arrêté sept clients pour obtention de services sexuels moyennant rétribution, selon une compilation du corps de police, alors que des centaines de clients achetaient des services sexuels dans les rues, les agences d'escorte et les salons de massage érotique de la capitale.» C'est l'article. Alors, je vous laisse continuer... parce que la caméra n'a pas vu votre signe 7.

Mme Dufour (Rose) : Merci. Merci de l'avoir cité. Alors, il y a ça, les clients ne sont pas arrêtés, donc ils sont protégés, quelque part. Il y a eu les auditions XXX. La semaine dernière... et ça me gêne de dire ça au micro, la semaine dernière, j'ai reçu un appel de quelqu'un qui m'a dit : Un client a été informé que la police allait faire une décente, donc il devait avertir tous ses chums. Bon, je ne l'ai pas vérifié. Je ne l'ai pas vérifié, mais je n'ai même pas été étonnée. J'ai dit : Bien oui, c'est sûr que ça fait partie de la pratique. Moi, d'abord, ce que je crois, c'est que la police, sans vouloir vous offenser...

Le Président (M. Lafrenière) : On est trois, quatre, ici, ça va aller.

Mme Dufour (Rose) : Mais je crois que la police est comme l'ensemble de la population. La police ignore ce que c'est, la prostitution, la prostitution contemporaine. On a une idée, mais vous... on doit être plus informé que ça. Il doit y avoir, au plan même de l'intervention, l'intervention faite par des généralistes psychologues, sexologues.

Je vais vous donner un exemple de quelqu'un qui a été absolument brisé par son proxénète qui lui a dit : Tu ne veux pas travailler pour moi?, tu ne travailleras plus jamais pour d'autres. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il l'a brisée, là. Il l'a brisée. Elle est brisée à vie, là. Elle est brisée à vie. Non seulement elle est en post-trauma complexe, mais c'est... la situation est extrêmement grave. Elle a été traitée par une sexologue, puis les gens d'IVAC étaient là. C'est tannant, parler de ça. Je ne veux pas dénoncer aucune institution, mais ce que la sexologue lui a dit, c'est : Bien, fais des fellations. Bien, si une sexologue dit ça, moi, je deviens violente, ce n'est pas compliqué, là. Parce que, là, on est dans quoi, là? Qu'est-ce qu'on est en train de faire, là? On croit que la prostitution, il n'y a pas de mal, là? Bien, voyons donc!

• (17 h 10) •

Alors, la situation, elle est dramatique à cause de l'ignorance sur la réalité de la prostitution. Et je trouve que ma contribution est bien peu de chose, même si j'y ai

Mme Dufour (Rose) : ... Bien, voyons donc!

Alors, la situation, elle est dramatique à cause de l'ignorance sur la réalité de la prostitution. Et je trouve que ma contribution est bien peu de chose, même si j'y ai >mis le maximum. Je crois que c'est les femmes elles-mêmes, dans la prostitution, qui vont faire avancer les choses. La commission, certainement. Moi, j'ai tellement d'espoir en vous sur les recommandations que vous allez faire, mais la situation est vraiment absolument dramatique.

Et, dans ces 20... 19 dernières années que je viens de passer dans la prostitution, ce que je vois aujourd'hui, je suis terrorisée. Moi, je suis grand-mère d'une petite fille qui a 10 ans présentement. Je suis morte de peur. Je suis morte de peur. Il faut qu'il y ait une révolution. Puis merci de l'avoir cité. Nous devons comprendre la gravité et la réalité de la prostitution. Nous devons la comprendre jusqu'à prendre des décisions de nous tenir debout.

Et je vous ai apporté quelque chose qui est très intéressant et que vous avez peut-être noté. Puis, à côté de l'Ordre national du Québec, j'ai un petit truc, là, un morceau de peau d'orignal. Et je vous ai apporté quelque chose... des autochtones, je ne me rappelle pas dans quelle province, je pense c'est le Manitoba, qui ont décidé d'intervenir, d'intervenir... Il y en a pour chacun d'entre vous, si vous voulez les porter, avec toute l'information.

Je crois que l'une des premières choses urgentes à faire, c'est de mobiliser les hommes, les hommes, l'entièreté, tous les hommes de notre société. Depuis à peu près 100 ans, c'est nous, les femmes, qui sommes debout à vouloir lutter à mort contre ça. Parce qu'être une femme ce n'est pas comme un homme. Et la relation... c'est dans la relation sexuelle, la femme est pénétrée, et l'homme ne l'est pas. Les hommes consommateurs de prostitution n'ont aucune conséquence de la consommation de la prostitution. Je m'excuse de parler de cette façon-là, ils remontent leurs culottes, puis ils retournent chez eux, puis ils sont des bons pères, des bons maris, des bons professionnels. C'est outrageant, c'est inacceptable.

Parce que les femmes qui sont dans la prostitution, la majorité ont commencé alors qu'elles étaient mineures... qu'elles sont déjà brisées par la vie parce que la vie a été épouvantable, puis qu'elles ont été abusées sexuellement, et elles se retrouvent... C'est des femmes qui sont absolument brisées. C'est des femmes qui n'ont plus de corps, qui n'ont plus de vie, qui ont une perte totale de leur sensibilité. Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question.

Mme St-Pierre : Ma question était sur les services policiers, mais je pense que ce j'ai compris, c'est qu'il faut qu'on soit...

Mme Dufour (Rose) : Nous devons mobiliser... Nous devons tous nous mobiliser, mais, en premier lieu, la prostitution, l'exploitation sexuelle des mineurs, c'est le fait de la sexualité masculine. Parce que, si on était juste des femmes... je le dis pour badiner, si on était juste des femmes, il n'y en aurait pas, de prostitution. Celui qui produit la prostitution, c'est celui qui la consomme, et la demande ne fait que croître. Alors, il faut... Et c'est Ghyslain Vallières qui m'a sorti, en parlant au téléphone, qui m'a dit : Mais il faut tuer le marché prostitutionnel. J'ai dit : C'est exactement ça, je vais reprendre ta formule. Je ne l'ai pas cité dans le mémoire, mais ça lui revient. Et c'est vrai, il faut tuer le marché prostitutionnel.

Mais comment on va faire pour le tuer? Mais on n'y arrivera jamais sans vous autres, les hommes. Vous imaginez-vous qu'on a de la crédibilité, malgré le mouvement féministe? Bien, voyons donc! On a un petit peu avancé mais à peine. Ce sont... Hein, imaginez un instant, là, pourquoi ces femmes-là seraient plus prostituables que les autres? Elles sont pareilles comme vos mères, vos soeurs, vos épouses, vos soeurs, vos filles, vos enfants. Ce sont de nos filles dont il est question.

Et je veux vous dire quelque chose d'important. Je parle avec conviction. C'est pour ça que je n'ai pas été capable d'arrêter. Il fallait que je poursuive la recherche parce qu'il y avait peu de recherche qui était faite dans le domaine. Mais, quand je suis arrivée au PIPQ, j'étais... j'ai été tellement démontée. D'abord, j'avais toujours travaillé juste avec des hommes, des itinérants, des jeunes de la rue, les enfants de Duplessis, et tout à coup je me retrouve avec des femmes qui sont dans la prostitution. J'étais absolument certaine, moi, qu'elles aimaient ça plus que les autres, qu'elles étaient plus chaudes que moi puis toutes les autres femmes. Et la première femme avec laquelle j'ai discuté, à qui j'ai offert de travailler sur son récit de vie, sa généalogie, son histoire

Mme Dufour (Rose) : ... dans la prostitution. J'étais absolument certaine, moi, qu'elles aimaient ça plus que les autres, qu'elles étaient plus chaudes que moi puis toutes les autres femmes. Et la première femme avec laquelle j'ai discuté, à qui j'ai offert de travailler sur son récit de vie, sa généalogie, son histoire >personnelle, pour l'amener non pas à faire une collecte de données... Je n'ai jamais eu l'idée de faire des collectes de données sur les femmes. J'ai travaillé avec elles pour les amener, elles, à faire une recherche sur elles-mêmes. Ces livres-là ont été produits parce qu'il fallait bien sortir ce matériel-là pour produire un évènement social, mais je n'étais pas intéressée par ça, pas du tout. Je l'ai fait par devoir. Ma carrière était finie. Il y a vraiment un... J'étais comme les autres, mais j'ai fait mes classes. Mon rôle, aujourd'hui, c'est de vous aider à la faire.

Alors, je vous ai apporté ces deux livres qui parlent de ça. Évidemment, le premier enquête sur les hommes consommateurs de prostitution. Tout le monde voulait m'empêcher de travailler avec les hommes, mais, eux autres, ils étaient tellement heureux. Ils m'ont fait confiance puis ils avaient raison de me faire confiance. J'étais très intéressée à les entendre pour comprendre qui ils étaient. C'était passionnant. Et c'est vrai que les hommes ne sont pas pareils comme les femmes en matière de prostitution. Ils étaient intarissables.

Les hommes, les hommes québécois, généralement... je ne devrais pas parler comme ça, mais, en tout cas, je vais... les hommes québécois parlent peu, ils sont prudents. Mais là je vous dis qu'ils parlaient, et c'était passionnant. Ce sujet-là les passionnait. Mais ils ne savaient pas qui étaient ces femmes puis ils n'étaient pas intéressés. Et je me suis posé la question de leurs intérêts pour leurs propres femmes et leurs propres filles. Et c'est ça qu'on doit changer. Nous devons faire la révolution pour changer notre société, la rendre meilleure, que tout le monde ait la possibilité de s'épanouir, de s'accomplir et de se réaliser.

Et le deuxième ouvrage, c'est la pédagogie d'«empowerment». Nous ne devons pas juste intervenir au plan matériel. Je suis tannée d'entendre parler de budgets. Changeons nos pratiques. N'intervenons pas sur les personnes. Nous devons leur donner les clés de l'autonomie. On va-tu finir par y arriver? C'est ça qu'il faut faire, comme on fait avec nos propres enfants. Et je le fais avec les femmes, je le fais dans mon travail. Nous sommes à un moment historique. Oui, je crois que nous pouvons abolir la prostitution. Mais les hommes doivent se lever debout. On ne pourra pas le faire.

Je vous ai donné... S'il vous plaît, lisez ça, puis, si vous voulez être solidaires, portez-le. Et puis, demain, je dois aller faire une émission à Montréal, mais, jeudi matin, je fais une conférence où il va y avoir 130 personnes, puis je vais avoir mes petits trucs. Puis j'espère que quelqu'un dans la salle va se mobiliser ou qu'il va y avoir plusieurs personnes puis qu'on va étendre ça ou on va en créer un autre. Créons notre propre mouvement de mobilisation des hommes, d'abord et avant tout. Nous avons besoin de vous autres. Jamais on ne réussira rien toutes seules. Ça ne sert à rien.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci, Mme Dufour. Prochaine question, députée de Gaspé.

Mme Perry Mélançon : Bien, je pense que c'est assez clair finalement.

Le Président (M. Lafrenière) : C'est une première, on vit une première.

Mme Perry Mélançon : Non, mais c'est parce que... non, mais c'est vrai. Puis, écoutez, c'est vrai que c'est passionnant de vous entendre puis d'essayer de comprendre les comportements et les phénomènes sociétaux. C'est vrai qu'il faut finalement revenir à la base. Parce que vous avez parlé que c'était difficile de dépister les jeunes filles parce qu'elles ne demandent pas d'aide, elles sont victimes de l'industrie du sexe et du regard que la société pose sur ce phénomène-là. Donc, finalement, comme je vous dis, je vais laisser quelqu'un d'autre poser des questions.

Mme Dufour (Rose) : Je voudrais...

Le Président (M. Lafrenière) : ...

Mme Dufour (Rose) : Je voudrais lui répondre, même si elle n'a pas posé de question.

Le Président (M. Lafrenière) : Ah! vous allez répondre à sa non-question?

Mme Dufour (Rose) : Oui, parce que j'ai quelque chose à lui dire.

Mme Perry Mélançon : J'ai plein de notes et... oui.

• (17 h 20) •

Mme Dufour (Rose) : Au moment où nous parlons, là, moi, je connais des filles, là, elles ne peuvent même pas téléphoner, elles ne peuvent même pas sortir, elles sont... je n'ose pas dire séquestrées, mais forcées d'aller travailler. O.K., là? C'est extrêmement difficile pas juste de les dépister, de les aider. Avec la jeune femme avec qui je travaille, des fois, je lui dis : Bon, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour l'aider? Il y en a une, façon de les aider. Nous devons aider ces

Mme Dufour (Rose) : ... C'est extrêmement difficile pas juste de les dépister, de les aider. Avec la jeune femme avec qui je travaille, des fois, je lui dis : Bon, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour l'aider? Il y en a une, façon de les aider. Nous devons aider ces >jeunes, pas les contrôler, pas essayer de les casser dans leurs comportements. Non, non. Devenir solidaires avec elles, les aider à grandir, les faire devenir responsables en les rendant capables d'assurer le maximum de leurs besoins.

Et j'ai apporté ce manuel qui s'appelle Programme d'appropriation de sa sexualité, qui est un... J'y ai participé, mais c'était Ina qui était géniale pour formuler ça. C'est génial, cette affaire-là. C'est comment devenir sujet de sa sexualité, comment être capable de parler à son homme pour lui dire que ça n'a pas de bon sens puis ça ne marche pas, là. Comment être heureux, heureuse dans notre sexualité. Comment devenir sujet de sa sexualité.

J'ai entendu des hommes qui adoraient leurs femmes, qui la défendaient puis qui ne voudraient pas pour rien au monde s'en séparer. Il dormait dans son dos puis il disait : Elle n'aime pas ça. Mais je lui disais : Mais informez-vous, faites quelque chose pour la conquérir, réveillez-vous, tu sais, faites quelque chose, ça dépend de vous. Puis je m'excuse, je ne devrais pas dire ça... Comment qu'il s'appelle, Vidéotron?

M. Ouellette : ...

Mme Dufour (Rose) : Ah! vous ne voulez pas que j'en parle? C'est parce que j'oublie son nom. Le père. Le père, je ne l'ai pas connu personnellement, il aimait les femmes. Il ne les aimait pas juste dans son lit. Il les trouvait intéressantes. Il les écoutait. Et le monsieur avec qui je parlais, je lui disais en exemple... Il me disait : Oui, oui, mais il était riche. Je disais : Non, non, non, il n'a pas toujours été riche, mais il a toujours su comment approcher, il s'est intéressé à elles, il leur reconnaissait de la valeur.

Le Président (M. Lafrenière) : Mme Dufour...

Mme Dufour (Rose) : Je n'ai pas besoin d'en dire plus, hein? Oui?

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup au nom de la commission.

Mme Dufour (Rose) : C'est déjà fini?

Le Président (M. Lafrenière) : Je vous remercie de votre contribution. Merci énormément.

Nous allons prendre une pause de quelques instants pour laisser le temps à notre prochain invité de prendre place. Merci infiniment, madame.

(Suspension de la séance à 17 h 22)

(Reprise à 17 h 25)

Le Président (M. Lafrenière) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite maintenant la bienvenue à M. Daniel Loiseau. Je vous rappelle que vous disposez de 20 minutes pour faire votre exposé, puis nous procéderons à une période

(Reprise à 17 h 25)

Le Président (M. Lafrenière) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite maintenant la bienvenue à M. Daniel LoiseauV. Je vous rappelle que vous disposez de 20 minutes pour faire votre exposé, puis nous procéderons à une période >d'échange de 25 minutes avec les membres de la commission.

Cependant, avant de commencer, je vais demander aux membres de la commission le consentement pour ajouter 10 minutes à cette période de consultation. Est-ce qu'il y a consentement?

Des voix : ...

Le Président (M. Lafrenière) : Consentement. Parfait. Alors, M. Loiseau, je vous laisse faire votre exposé.

M. Loiseau (Daniel) : Merci. Merci, les membres de la commission. Merci, M. le Président. Bon, alors, je suis ex-membre du SPVM à la section exploitation sexuelle, donc un enquêteur qui est récemment à la retraite depuis le mois de mai. Donc, j'ai consacré les 20 dernières années à la section exploitation sexuelle du SPVM. Ayant pris ma retraite récemment, j'ai élucidé des crimes reliés au proxénétisme et à la traite de personnes.

Mon travail d'enquêteur m'a permis d'encadrer, informer les victimes, témoins et autres intervenants concernés tout au long des procédures judiciaires, de sécuriser les victimes et leurs proches, de faire des demandes d'expertise appropriées afin de recueillir et préserver les preuves liées aux enquêtes, de diriger des dossiers lors de différentes étapes judiciaires, de perquisitionner, de saisir et d'analyser les différents éléments de preuve et d'en faire la divulgation.

J'ai développé des liens privilégiés avec les partenaires et intervenants, tels que la DPJ, les centres jeunesse, le CAVAC, Jeunesse au soleil, qui sont des atouts pour ce genre de crime, ainsi qu'avec des policiers de plusieurs provinces canadiennes. J'ai partagé avec eux mes connaissances en matière de crimes de nature sexuelle dans l'intérêt des victimes.

J'ai partagé avec... à l'élaboration du projet Les Survivantes, du SPVM, dont le mandat vise à accroître la sensibilité au phénomène d'exploitation sexuelle et la traite de personnes, tout en favorisant une meilleure prise de conscience des personnes vulnérables. J'ai participé à la tenue de plusieurs séances d'information auprès de policiers et d'organismes communautaires en lien avec ce projet.

J'ai su transmettre mon approche humaine et empathique auprès des victimes et des nouveaux enquêteurs de notre section. J'ai contribué à faire du SPVM une organisation efficace, professionnelle, innovatrice grâce à mon expertise d'enquêteur en matière de lutte contre la traite de personnes et le proxénétisme. Mon travail d'enquêteur m'a permis, de par mon acharnement, mon innovation, ma créativité et mon profond engagement, de sauver des filles de l'enfer de l'exploitation sexuelle.

Il y a plusieurs années, si je fais référence au début de ma carrière concernant des dossiers d'exploitation sexuelle, les proxénètes recrutaient leurs victimes par le biais de petites annonces de journaux ou lors d'une filature en circulant en voiture, s'arrêtant pour discuter, par exemple, à une jeune fille dans un abribus. Aujourd'hui, les proxénètes recrutent sans même avoir à se déplacer grâce aux réseaux sociaux, avec leurs cellulaires ou ordinateurs, sur Facebook, Instagram, Snapchat, sites de rencontre, etc. Ils ont accès à nos jeunes filles beaucoup plus facilement qu'auparavant, ce qui rend nos jeunes filles mineures très vulnérables en 2019.

Il y a 10 ans, le SPVM démarrait le projet Les Survivantes, dont le mandat est la prévention, la sensibilisation au phénomène de l'exploitation sexuelle et de la traite de personnes. Ce projet est divisé en trois volets, soit un premier destiné aux policiers, un second destiné aux divers intervenants ainsi qu'un volet intervention auprès des victimes, personnes vulnérables, où on fait des interventions un à un qui sont privilégiées à ce moment-là.

Ce projet innovateur et proactif a permis au SPVM de se distinguer partout au Canada en matière d'exploitation sexuelle. La formation Les Survivantes permet aux participants d'acquérir de nouvelles connaissances face aux problématiques vécues par les victimes. Selon l'analyse des formulaires d'évaluation, le programme de formation et d'intervention Les Survivantes est un puissant outil pouvant pallier à l'incompréhension des différents intervenants, policiers et victimes, tout en permettant à un plus grand nombre de personnes d'aider ces jeunes femmes vulnérables afin d'éviter qu'elles tombent dans le piège qu'on leur a tendu.

• (17 h 30) •

L'arrivée des nouvelles technologies a généré d'énormes charges de travail supplémentaire pour les enquêteurs d'exploitation sexuelle. Ces derniers doivent dorénavant saisir tout appareil électronique lors des arrestations en lien avec le proxénétisme ou la traite de personnes. Par la suite, ils doivent gérer une chaîne de possession des exhibis, fournir ceux-ci pour expertise à la section des crimes technologiques, accompagnés d'une ordonnance judiciaire. Une fois l'expertise complétée, l'enquêteur doit en faire l'analyse appropriée au dossier...

17949 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 1235 ANQ.Vigie.Bll.Depute 18217 ANQ.Vigie.Bll.Depute 549 ANQ.Vigie.Bll.Depute
2019-11-05T21:00:00 2

Mme Gauthier (Jessica) :...jusqu'à présentement 19 ans, il y a quelqu'un dans la vie de ces enfants-là,qui est disponible pour eux. La difficulté qu'on a rencontrée dans lesdernières années, c'est qu'associé à l'exploitation vient souvent la fugue, latoxico. C'est des jeunes qui sont peu présents. Donc, malgré la présence de ceséducateurs-là pour développer l'autonomie, les jeunes n'y étaient pas pourpouvoir développer leur autonomie dans cet accompagnement-là. C'est ça qui crée,dans le fond, ce fossé-là à l'arrivée aussi des 18 ans. Et souvent on a desjeunes, de par expérience, qui, 18 ans moins un mois, là, disent : Eh! monDieu, je ne suis pas prêt. Mais où étais-tu les derniers mois? Et ça fait toutpartie de leur processus de hauts et de bas qui...

On offre le service et quand on dit qu'onest à bonifier et regarder, c'est comment on peut, même, élargir, être là plusen amont encore. Mais est-ce qu'on ira plus loin que 19 ans? C'est quoi, laréalité? Ça fait qu'on est tous dans cette réorganisation-là, mais nous avonsles éducateurs. Mais, si on élargit les critères, il faut aussi peut-êtreélargir les possibilités de cette équipe-là, qu'ils soient disponiblesdavantage, donc puissent prendre plus de jeunes ou être plus nombreux pouraccueillir tout ce processus d'accompagnement là.

M. Benjamin : Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Député d'Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : Merci, M. lePrésident. Bonsoir. Certains organismes qui sont passés avant vous hier ouaujourd'hui parlaient beaucoup du fait que la sortie de la prostitution estrarement un événement soudain, hein, que si... On peut faire desallers-retours. Je voulais voir si vous aviezconstaté cet état de fait là, si vous partagiez cette lecture-là. Et surtout,selon vous, qu'est-ce qui serait les conditions idéales pour une sortieréussie, tant en matière de services qu'en matière de façons de s'assurer qu'ily a une sécurité économique à la sortie de la prostitution?

Mme Gauthier (Jessica) : Jevais me lancer. Effectivement, on voit... c'est un cycle, hein? Nous, ontravaille avec les phases d'engagement. Il y a des hauts et des bas. Il y aeffectivement des chutes et des rechutes. Ça fait partie du cycle, du processuspour de multiples raisons. Pour certaines jeunes, c'est les menaces qu'ellessubissent qui les ramènent à le vivre. Pour d'autres jeunes, elles se croientassez solides et retournent dans les mêmes milieux. Pour d'autres jeunes, tantqu'elles ne voient pas le... qui ne sont pas en état de crise, qu'ils n'ont pasvécu d'événements négatifs, qu'ils sont encore... on appelle ça l'appât dugain, qu'ils voient le gain monétaire, le plaisir, la liberté, il y a demultiples facteurs qui les amènent soit à continuer, mais à ne pas vivrel'ambivalence de façon... tous à la même vitesse, dans le fond. Ça fait que leprocessus de changement, pour certaines, est rapide et, pour d'autres, prendeffectivement une tournure qui est plus complexe.

Une sortie réussie, pour ma part,effectivement, ça combine un ensemble d'interventions. Depuis le début de lacommission, je crois que c'est très clair, les clients abuseurs, lesproxénétistes et ainsi que les victimes, il faut travailler de front les trois.Aujourd'hui, on vous a parlé davantage du côté, peut-être, victimes. Le côtéclientèle, on est moins proches en termes de DPJ. Cependant, au niveau duproxénétisme, je l'ai nommé un peu, hein, on est très, très soucieux de nosjeunes adolescents aussi. Donc, du travail en amont face à cette clientèle-là.

Ça fait que je crois qu'il faut travaillerde front l'ensemble des situations, de mettre en place, effectivement,l'ensemble des services. Je crois qu'on est bon dansla sécurisation de nos enfants. On a les éléments pour. Je crois qu'on a desintervenants dédiés, qui sont doués pour le faire aussi... mais de poursuivretout l'arrimage avec le milieu communautaire. On a beaucoup d'alliances, maisbonifier ces alliances-là aussi pour offrir plus d'opportunités. Pour certainsjeunes, un modèle est intéressant, mais pourune autre victime, c'est un autre modèle qui collera davantage à son besoinpuis correspondra davantage à ce qui est nécessaire. Pour certains jeunes,c'est la précarité économique, mais pour d'autres, ce sera le côté affectif,dont le traitement du trauma, qui va avoir un impact. Donc, c'est vraimentl'individualisation aussi du travail auprès de ces victimes-là, auprès de cesjeunes-là, qui amène aussi cet impact-là.

Donc, pour ma part, je ne crois pas qu'ily a un seul modèle unique. Mais comment on peut faire un ensemble, un ensembled'offres de services qui permettra à chacun d'y trouver sa place pour pouvoirévoluer et s'en sortir mais aussi de continuer à former de plus en plus depersonnes? Je pense qu'on a une super belle opportunité à Québec. On a formébeaucoup de gens, on a commencé au niveau provincial depuis l'année passée. Lesgens ont un engouement, un intérêt, et ce langage commun là aussi facilite lameilleure connaissance des rôles, mandats, missions de chacun, et ça, çafacilite la concertation. Et les jeunes le voient qu'on travaille dans le mêmeobjectif, que les organisations se parlent et s'entendent et visent le mêmebesoin du jeune. Ils le ressentent, les enfants, et ils l'apprécient quand ilsvoient qu'on travaille tous ensemble pour le même besoin. Je ne sais pas sivous voulez ajouter.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Ça va pour vous? Prochaine question, députée de Roberval.

Mme Guillemette : Merci, M. lePrésident. Mme Gauthier, vous avez effleuré un peu l'aspect des réseauxsociaux. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous aimeriez... bien, qui pourraitnous aider, là, qui n'a pas été nommé ce soir en lien avec les réseaux sociaux?

Mme Gauthier (Jessica) :Effectivement, bien, ce que je voulais nommer, tout à

Mme Guillemette : ...vousavez effleuré un peu l'aspect des réseaux sociaux. Est-ce qu' il y a quelquechose que vous aimeriez... bien, qui pourrait nous aider, là, qui n'a pas éténommé ce soir en lien avec les réseaux sociaux?

Mme Gauthier (Jessica) : Effectivement, bien, ce que je voulais nommer, tout à >l'heure,un, c'est d'augmenter la sensibilisation, mais la sensibilisation des parents,qui sont les premiers responsables, mais qui sont aussi les modèles de leursenfants.

Je vais vous donner un exemple qui esttrès concret, qu'on peut voir, que vous pouvez voir si vous avez un Facebook dece monde. Est-ce que toutes vos amies sécurisent leurs informations? Est-ce quetoutes vos amies s'abstiennent de mettre des photos en bikini sur la plage àCuba? J'extrapole dans les exemples, mais les parents sont les exemples et lesmodèles. Est-ce que les parents sont avec leurs cellulaires au souper ou sonten discussion avec leurs enfants? Donc, je pense, une meilleure sensibilisationdes adultes, des parents.

Et dès l'âge primaire, nos jeunes sontconnectés très jeunes, une meilleure éducation numérique pour ces enfants-làqui arrivent au secondaire déjà... qui sont déjà obnubilés par la quasiprésence au quotidien, tout le temps, dans les murs des écoles, maintenant,aussi. Il a fallu que les instituts s'ajustent, et c'est correct, hein? Unesaine utilisation des technologies de l'information et de communication, c'estun bel outil. Mais est-ce qu'ils sont tous prêts à bien l'utiliser? Et lesadolescents, malheureusement, ont cette insouciance, l'impression qu'un écran,ce n'est pas dangereux, l'impression que même si c'est Ti-Bob28... Ti-Bob28 nepeut pas être un danger, parce que je ne le vois pas, il n'est pas devant moi,il n'a pas l'air menaçant. Donc, ça a un impact pour... cette insouciance-là,adolescente, qui est, de prime abord, normale, hein, c'est l'âge du plaisiret... mais ça a des impacts et donc... et sans dire... la gravité d'un abussexuel sans contact peut être aussi grave que l'autre enfant qui s'est faittoucher.

La photo de la jeune fille nue qui acirculé aux 500 autres élèves, les impacts et les séquelles traumatisantessont aussi importants. Donc, il faut continuer de se l'adresser. On a une belleéquipe intégrée ici, à Québec, qui nous permet de l'intervention, mais lasensibilisation et la prévention chez les parents, la prévention et l'éducationchez les enfants dès l'âge primaire, je crois que c'est essentiel. Merci.

Le Président (M. Lafrenière) :Merci beaucoup. Je sais qu'il y avait d'autres questions. Malheureusement,c'est tout le temps qu'on avait. Merci beaucoup de votre contribution à nostravaux.

Avant de suspendre les travaux, je vaisremercier vous à la maison qui nous suivez. On vous donne rendez-vous demain eton va suspendre cette commission quelques instants pour continuer en séance detravail. Merci beaucoup.

(Fin de la séance à 21 h 8)

17909 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17903 ANQ.Vigie.Bll.Depute 17935 ANQ.Vigie.Bll.Depute 18247 ANQ.Vigie.Bll.Depute
true false false archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-83061 83061 Audition - Service de police de la Ville de Québec et Projet intervention prostitution Québec (PIPQ) 2019-11-05T10:00:00 9999-12-31T01:04:38 3 ANQ.Vigie.Bll.CategorieVideoAudio Séances des commissions archives-parlementaires/travaux-commissions 147 ANQ.Vigie.Bll.CategorieVideoAudio Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs commission-speciale-sur-l-exploitation-sexuelle-des-mineurs 37941 ANQ.Vigie.Bll.Image 83061 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 83063 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 83081 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 83085 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 83087 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 83115 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 83117 ANQ.Vigie.Bll.VideoAudio 3 147 1579 ANQ.Vigie.Bll.SessionLegislature 42e législature, 1re session false false false

[...]
 

En Complément