Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Travaux parlementaires > Journal des débats > Index du Journal des débats

Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


OUELLETTE Guy - Chomedey
Exploitation sexuelle - Personne mineure - Audition publique - CSESM-3: 17-8

Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des
Fascicule n°3, 6 novembre 2019, pages 17-18

[...]

Mme Sullivan (Rose) : Oui, oui. Oui, effectivement. Bien, pour répondre à la question à propos des clients, je pense qu'il faut... avant de penser à changer leur mentalité, il faudrait commencer par les trouver et les arrêter. Puis, quand ça, ça sera mis en place, j'imagine que ça va être peut-être plus envisageable... bien, plus possible de savoir quoi en faire.

En même temps, j'ai tendance à... J'aimerais vraiment discuter avec les femmes que je représente pour répondre à la question d'est-ce qu'on devrait les taguer puis... parce que c'est un peu...

Mme St-Pierre : ...acheminer des suggestions.

Mme Sullivan (Rose) : Oui, parce que c'est... Je ne suis pas certaine. Il y a comme un genre de conflit de valeurs qui se passe présentement dans ma tête. Mais bon.

Le Président (M. Lafrenière) : ...en passant, pour nous soumettre tout document.

Mme Sullivan (Rose) : Oui, bien, c'est une question très pertinente.

Le Président (M. Lafrenière) : Prenez le temps de consulter les gens que vous représentez. Sentez-vous bien à l'aise.

Mme Sullivan (Rose) : Puis c'est ça, aussi, comme je disais tout à l'heure, il y a des pays nordiques et abolitionnistes de prostitution, qui appliquent les lois réellement, qui... Ils les ont écrites et ils les ont même appliquées. Puis je pense qu'on peut prendre exemple sur eux parce que, visiblement, ça fonctionne. C'est des pays où la prostitution est maintenant considérée de la même façon qu'ici la violence conjugale est considérée.

Il y a une époque où la violence conjugale était tolérée, banalisée et acceptée, puis, à un moment donné, il y a des femmes qui ont fait : Ça n'a pas de bon sens. Puis maintenant, un homme qui bat sa femme, on considère que c'est un lâche, puis c'est de plus en plus rare qu'on entend dire que la femme a couru après.

Ça fait que la société évolue à cause des gens qui en font partie. Puis je pense que la Suède est un bon exemple de société qui a bien évolué par rapport à la prostitution. Puis, en Suède, il y a des... quand tu expliques à un enfant qu'il y a des pays où les hommes peuvent payer pour avoir du sexe, les enfants sont outrés, hommes ou... bien, garçons ou filles. Donc, je pense qu'en fait la meilleure réponse à cette question-là, c'est qu'on pourrait suivre l'exemple des pays qui l'ont déjà fait. Ah! Puis...

Mme St-Pierre : Et vous, est-ce que vous avez un message personnel à nous donner?

Mme Sullivan (Rose) : Bien, plus que ça, tu sais, je... En fait, c'est ça, le message que j'aimerais passer, c'est que vous avez clairement... On en fait beaucoup, au CAFES, on en fait beaucoup en tant que survivantes de la prostitution. Ce n'est vraiment pas un quotidien facile, qu'on vit, puis ce n'est pas pour rien qu'on s'entraide et qu'on se soutient mutuellement. C'est vraiment nécessaire. Puis, malgré nos difficultés et tout, en cinq ans, on a réussi à aider beaucoup de femmes puis on a réussi à sensibiliser beaucoup de gens. Donc, le message principal que j'aimerais passer aujourd'hui, c'est que vous avez vraiment, vraiment plus de pouvoir et de... vous avez vraiment plus de moyens et de pouvoir que nous pour faire avancer la situation, puis j'espère très fort que vous allez en profiter et en faire bon usage.

Mme St-Pierre : Merci beaucoup.

Mme Sullivan (Rose) : Ça me fait plaisir.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député de Chomedey.

M. Ouellette : Vous nous mettez une responsabilité sur les épaules qui est grande. On veut bien, alentour de la table, utiliser ce pouvoir-là, mais encore faut-il savoir dans quelle sphère l'utiliser, parce que...

Je vous entends puis je vous écoute, on a reçu beaucoup d'experts, on va en recevoir beaucoup. On nous a beaucoup parlé de ce qui amène les gens à la prostitution, ce qui en sort. On nous a beaucoup parlé d'un système ou d'une entente, on appelle ça une entente multisectorielle, mais qu'il y a beaucoup d'organismes qui s'occupent de beaucoup de gens.

J'ai comme l'impression qu'à un moment donné, bon, on arrête de s'occuper de ces gens-là, et les survivantes du collectif, bien, ils sont entre deux eaux, ou entre deux chaises, ou ils sont à l'extérieur du système qui est organisé. Ils sont démunis ou ils sont dans une position, je vous dirai, vulnérable. Vous nous avez beaucoup parlé de pauvreté.

Je veux essayer de comprendre, là. Les survivantes qui sont en contact avec le collectif, c'est des gens qui ont passé dans le système, que le système ne s'occupe plus d'eux autres, ou c'est des gens qui sont, je vous dirais, hors délai ou hors norme pour le système, là? Je pense que ça fait partie des choses qu'on a besoin de savoir pour être en mesure de vous aider, parce que vous avez... les survivantes de votre collectif, vous avez une expérience qui est unique, ce n'est pas une expérience théorique d'université, là, vous avez une expérience qui est unique, et il faut qu'on soit capables d'en tenir compte dans les décisions que, collectivement, on aura à prendre.

Mme Sullivan (Rose) : Quand vous parlez du système, vous parlez de l'aide qui est organisée pour les femmes qui veulent sortir de la prostitution?

• (15 h 40) •

M. Ouellette : De l'aide... je veux dire, mettons, l'intervention de la DPJ à un certain moment, l'intervention des psychologues, des sexologues à un autre moment, l'intervention de la police à un troisième moment. J'ai comme l'impression que, quand tout ce monde-là est passé, là, qu'on a pensé que la personne, la survivante, est sortie... ou qui est peut-être en bonne position, là, il y a comme un... je vais employer l'expression anglaise, un no man's land, là.

Mme Sullivan (Rose) : Bien, en fait, non, je ne pense pas que c'est... Ça, c'est une question de perception, là. Au CAFES, il y a des femmes qui sont encore dans la prostitution et qui souhaitent en sortir, puis il y a des femmes qui en sont sorties depuis 20 ans. Le point commun des femmes, c'est qu'elles ont un vécu de violence prostitutionnelle et des problèmes liés à ça à régler, gérer ou avec lesquels elles doivent apprendre à vivre.

Puis le système est là, puis, si on en a besoin, on y fait appel de notre mieux. Des fois, ce n'est pas adapté. Dans ce temps-là, on essaie de trouver comment on peut, nous, s'adapter au système qui ne l'est pas.

En fait, ce qu'il y a, par rapport au système, c'est que l'exploitation sexuelle est comme une nouvelle problématique. Ça ne fait pas superlongtemps que les gens sont à l'aise de parler de prostitution puis de... encore moins longtemps que ce n'est plus banalisé puis que ce n'est plus considéré comme un métier comme un autre. Donc, ce n'est pas encore uniformisé. Il y a des femmes qui peuvent aller voir un médecin puis raconter leurs problèmes en incluant la prostitution qu'elles vivent sans qu'il y ait de problème. Il y en a d'autres qui peuvent aller voir un médecin, puis ça ne va pas se passer très bien à cause de ça. Il y a des préjugés qui commencent à s'atténuer, mais il y en a qui perdurent. Puis il y a des services qui, d'une région à l'autre, sont différents ou ont une façon de penser la prostitution qui est différente.

Donc, en fait, ce n'est pas qu'on... — je vais dire ça, mais il ne faut pas le prendre au pied de la lettre — ce n'est pas tant qu'on est sorties du système qu'on n'y a jamais vraiment été intégrées, j'ai l'impression. Mais il y en a qui ont déjà été des personnes très, très fonctionnelles en société et tout, mais, en même temps, c'est ça, les facteurs de risque qui nous ont précipités dans la prostitution sont aussi des facteurs qui peuvent nous avoir un peu marginalisées, pour certaines, pas toutes encore.

Puis le fait d'avoir été dans la prostitution, ça fait aussi en sorte que, pour certaines femmes — il ne faut jamais généraliser, là, ça fait que, des fois, je dis «on», mais c'est ça — ça peut être difficile de demander de l'aide ou... Il y en a qui ont des craintes. Comme par rapport à la DPJ, par exemple, il y a des régions où une femme qui dit qu'elle vit de sa prostitution va se faire enlever ses enfants automatiquement sans autre raison puis il y a des endroits où la femme va être soutenue. Ça fait que ça devient un peu difficile, en tant que paire aidante, de dire : Oui, oui, tu peux en parler à la DPJ. Il n'y a pas d'aide uniformisée ni de corridor de sécurité et de filet social qui est fait exprès pour la clientèle qu'on est, en fait.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député d'Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : Merci, M. le Président. Bonjour. Merci d'être là sur un cours délai.

Moi, j'ai deux obsessions dans cette commission-là : Comment on casse la demande puis comment on fait une sortie réussie? Et puis vous avez abordé toute la question de l'insécurité économique puis vous n'êtes pas la seule. Il y a d'autres personnes qui vous ont précédée aujourd'hui, hier, avant-hier, qui parlaient que la pauvreté pouvait être un facteur soit de maintien dans la prostitution ou soit de retour. Puis souvent d'autres personnes nous ont aussi dit que c'est rare qu'une sortie se fait à la première tentative, c'est souvent un aller-retour.

Est-ce que, dans ce que vous connaissez, dans les femmes que vous côtoyez, c'est quelque chose que vous avez entendu souvent, cette question d'aller-retour-là qui est favorisée par les conditions de pauvreté?

Mme Sullivan (Rose) : Oui, clairement. Il y a d'autres facteurs aussi qui peuvent provoquer les allers-retours dans la prostitution, mais c'est clairement la pauvreté puis l'insécurité financière qui est le premier facteur de retour dans la prostitution. Parce que, quand une femme décide de sortir de la prostitution, c'est parce qu'elle a compris qu'elle était... Ça peut être pour autre chose, là, tu sais, genre : Mon chum ne veut pas, mais, je veux dire, quand une femme a vraiment souhaité ardemment sortir de la prostitution, puis compris qu'elle était exploitée, puis qu'elle était la marchandise d'une industrie gigantesque, la femme ne veut pas retourner dans la prostitution. Il faut vraiment qu'elle soit à un niveau d'insécurité financière assez catastrophique pour le faire. Mais c'est fréquent, malheureusement, que les femmes sont dans une situation catastrophique financièrement, même plusieurs années après, parce que les séquelles non plus ne sont pas reconnues.

Tu sais, on pourrait aussi parler pendant des heures et des heures des régimes d'invalidité existants et semi-efficaces, mais, bon, on n'a pas le temps. Mais c'est ça, tu sais, il y a autant l'IVAC que l'aide sociale qui offrent un... voyons, tu sais, il y a trois niveaux, là. Il y a celui pour les prestations d'invalidité, je veux dire...

Je vais parler de moi à la dame qui voulait que je parle de moi. Moi, mon médecin a signé huit papiers, à date, qui expliquent que je suis en invalidité permanente, puis j'ai présentement 660 $ par mois de l'aide sociale. Ça fait qu'on pourrait en parler vraiment longtemps, de l'insécurité financière. Mais c'est ça, c'est clairement un facteur de retour dans la prostitution, oui.

M. Leduc : Merci beaucoup.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Députée de Les Plaines.

Mme Lecours (Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, merci beaucoup pour votre témoignage. Il est éclairant pour nous. Vous avez dit des grandes vérités. Celle que moi, personnellement, mais, j'imagine, mes collègues aussi retiennent le plus, c'est : Si on casse, justement, la demande, si on va au coeur de la problématique, c'est... Tu sais,

[...]
 

En Complément