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Index du Journal des débats - Participants

42-1 (27 novembre 2018 - )


OUELLETTE Guy - Chomedey
Exploitation sexuelle - Personne mineure - Audition publique - CSESM-3: 35

Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des
Fascicule n°3, 6 novembre 2019, page 35

[...]

Et, même quand il est d'ailleurs très dégueulasse, il se croit dans ses droits. Et, si on applique la loi, une loi qui démontre... qui pénalise, d'abord, il va savoir que, je veux dire, il n'a plus le champ libre.

Mais, au-delà de tout ça, ça aide à changer les mentalités, le changement de loi, mais il faut aussi faire des campagnes un peu comme on l'a fait pour la cigarette ou la violence conjugale. Il y a eu beaucoup de publicité là-dessus pour dénoncer ça, montrer les impacts, et on n'a pas cessé, dans le fond, de rendre la consommation de cigarette et la violence répréhensibles. Il faut que le message soit clair, c'est inacceptable. Que la fille soit mineure ou majeure, ce n'est pas acceptable d'acheter le corps d'une personne.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député de Chomedey.

M. Ouellette : Merci d'être là avec nous. Je veux vous entendre parce que vous dites qu'il faut appliquer la loi C-36 et qu'il n'y a pas de volonté politique. Bon, là, vous parlez à des politiciens aujourd'hui, là, vous parlez au monde politique qui ont... et ça m'a fait sursauter un peu. On entend des experts depuis quelques heures, quelques jours, qui font plein d'actions sur le terrain. On entend plusieurs services de police. Je voudrais juste que vous m'expliquiez, il n'y a pas de volonté politique pour... bien, il n'y a pas d'accusation parce qu'il n'y a pas de volonté politique. Est-ce qu'on doit décoder ou est-ce qu'on doit comprendre que, même s'il y a une volonté policière, le lien ne se fait pas pour amener ces gens-là ou autoriser ces accusations-là? Parce que la loi est là, là. Il y a eu des politiciens, il y a eu des gens, comme les gens alentour de la table, qui ont fait un outil législatif. Il y a des policiers qui ont l'air à l'appliquer, mais là il y a quelque chose dans le système qui ne se rend pas jusqu'au bout. On aura beau faire les campagnes qu'on voudra, la prévention puis la sensibilisation, c'est une chose, mais, si... On a toujours dit que, s'il y a une crainte de punition en quelque part, c'est le début de la sagesse.

Il est où, le manque ou le vide du système, là? Parce que je pense que la volonté politique, ça a besoin d'être précisé de votre part.

• (17 h 30) •

Mme Lamont (Ève) : Bien, moi, je prends l'exemple du modèle suédois parce qu'il est concret, il fonctionne. Les clients, ils sont pourchassés, et les femmes ne sont pas embêtées, mais les clients, eux... Vous voyez, eux, comment ça fonctionne, en Suède, quand ils voient sortir un client, par exemple, d'un lieu de prostitution, il y a une équipe qui est là, qui l'arrête et qui lui donne une amende. Il peut la contester, il peut aller en cour, mais, à ce moment-là, il y a... Ce qui est arrivé, c'est qu'il n'y a aucun client qui se retrouvait en prison, c'est-à-dire qu'ils se sont retrouvés avec une amende avec sursis, une peine avec sursis, mais ils sont exposés à six mois... de six mois à un an de prison. Ils ne sont jamais allés jusque-là. La plupart des clients paient l'amende pour ne pas se retrouver devant un tribunal. Donc, ils plaident coupables, et ceux qui plaident non coupables et se retrouvent coupables, bien, se retrouvent avec un casier criminel, mais jamais ils n'ont été en prison. Ça fait que... Et il y a des programmes d'éducation pour leur faire comprendre le tort qu'ils causent aux femmes qu'ils prostituent.

Est-ce que ça a fait disparaître toute la prostitution? Non, il reste encore des clients, mais on a diminué quand même la demande de moitié. Donc, déjà... C'est parce que, si... Ici, on pourrait déjà agir là où ils sont. On sait où est-ce qu'ils sont. Ils sont dans les lieux, dans les commerces du sexe. Ils sont repérables facilement, mais le problème, c'est que les corps policiers sont débordés et vont au plus urgent, qui est, dans le fond, de répondre, dans le fond, aux cas les plus graves de femmes qui sont trafiquées ou qui sont mineures, et ils sont pris sur d'autres dossiers. Donc, ils n'ont pas les ressources pour faire ça.

M. Ouellette : Donc, si je vous suis, et je vais faire une courte intervention, si je vous suis, c'est que les policiers ne l'appliquent pas. Ce n'est pas ailleurs dans le système. Et il y a une volonté, on a des outils, il nous reste à les appliquer pour aider à ce que la banalisation qu'on vit peut-être au Canada ou au Québec soit différente.

Mme Lamont (Ève) : Oui, absolument. Et je crois qu'on pourrait... En fait, je pense qu'il faudrait qu'il y ait un... pas un programme, mais qu'il y ait peut-être des équipes qui soient dédiées à ça, parce qu'il n'y a pas de policier qui a le mandat d'arrêter des clients, là. Les seuls cas où ça s'est produit, c'est lorsqu'il y a eu des plaintes pour viol, qu'une prostituée s'est plainte d'avoir été agressée par un client, ou parce qu'il y a des... la population, dans certains quartiers, est tannée de voir des hommes tourner avec leur voiture puis là se plaignent de la présence des clients et... Mais, je veux dire, on réagit à certaines situations, mais, je veux dire, il n'y a aucune volonté, il n'y a pas de ressource, il n'y a pas d'équipe spéciale pour adresser ce problème-là.

Le Président (M. Lafrenière) : Merci beaucoup. Député de Viau.

M. Benjamin : Merci, M. le Président. Merci pour votre présentation. Donc, ma première question. Vous avez émis, dans vos recommandations... il y en a une qui me semble nouvelle, et que vous êtes la première à l'évoquer, c'est l'idée d'avoir une ligne anonyme. J'aimerais vous entendre là-dessus.

Mme Lamont (Ève) : Bien, comme on le sait, les policiers ont beaucoup de difficultés à repérer les victimes parce qu'elles sont terrorisées, parce qu'elles n'ont... rarement vont porter plainte contre leurs proxénètes, et à part les... Certaines mineures savent qu'elles peuvent contacter le centre jeunesse, tu sais, quand elles sont trop mal prises, mais beaucoup ne savent pas qui appeler. Certaines ont fait parfois le 9-1-1, mais des fois elles ne veulent pas appeler la police. Elles veulent... Elles ont besoin de parler à quelqu'un, mais elles ne savent pas à qui parler, elles ne savent pas quoi faire.

[...]
 

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