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Index du Journal des débats - Sujets

42-1 (27 novembre 2018 - )


Affaire inscrite (motion)
Gaz à effet de serre - Diminution - Objectif - 2014-32

Assemblée
Fascicule n°28, 3 avril 2019, pages 2014-2032

[...]

Donc, moi, je demande au ministre de l'Éducation de modifier son projet de loi pour inclure les programmes particuliers dans le principe de la gratuité scolaire et que ces programmes soient financés par le ministère de l'Éducation. C'est clairement le scénario idéal, qui a été formulé par toutes les personnes qui se sont déplacées pour venir nous rencontrer en commission parlementaire. Et on a même eu la preuve que ce n'est pas une mesure si dispendieuse que ça quand la commission scolaire de Laval, qui est une des plus grandes au Québec, nous a dit que ça coûterait 3 millions seulement pour offrir la gratuité à l'ensemble de leurs élèves. C'est vraiment peu pour mettre fin à la ségrégation scolaire et donner la même chance à tous les élèves.

Est-ce que c'est... Non?

Donc, je vais faire une parenthèse concernant les services de garde aussi, où on constate également qu'il y a deux vitesses. Depuis quelques années, les contributions gouvernementales ont été réduites de moitié pour les journées pédagogiques et la relâche, et on s'est retrouvé avec des activités plus chères pour les familles qui peuvent payer et des activités de base pour les familles qui n'ont pas les moyens. Puis ça aussi, bien, c'est de la ségrégation scolaire. Pour moi, ce n'est pas acceptable de savoir qu'il y a des enfants qui voient leurs amis partir en sortie, alors qu'eux doivent rester dans le gymnase ou dans une cour plus ou moins bien aménagée. Je trouve ça admissible aussi qu'il y ait des enfants qui sont séparés dans la cour le midi, qui ne peuvent pas manger avec leurs amis, qui ne peuvent pas jouer avec eux après avoir mangé parce que les familles ne paient pas le même tarif, il y en a qui paient un peu plus cher pour avoir accès à un meilleur ratio, pour avoir accès à un micro-ondes, même, parfois, puis il y en a d'autres qui paient les frais de surveillance de base, là, auprès de la commission scolaire, donc ils ont accès au service minimum. On parle d'enfants, là, qui sont parfois séparés de leurs amis par une clôture dans la cour parce que leurs parents ne paient pas le même tarif. Donc, pour moi, c'est clairement de la ségrégation scolaire. Puis, en 2019, là, la vaste majorité des enfants mangent à l'école, c'est un service qui est essentiel. Les frais associés à leur surveillance devraient être inclus dans le principe de gratuité, et tous...

• (13 heures) •

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Compte tenu de l'heure et afin de permettre, cet après-midi, le débat sur une affaire inscrite par... M. le leader.

M. Schneeberger : ...de Sherbrooke en a encore pour plusieurs... plus de temps. Moi, je...

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Elle a 20 minutes, qu'elle a.

M. Schneeberger : 20 minutes? Parce que, si, admettons, dans un souci de bonne entente... si elle peut finir dans moins de 10 minutes, je... elle peut poursuivre. Sinon, on va arrêter ça ici.

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Alors, il y a consentement pour que vous puissiez...

Une voix : ...

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Alors, je vais entendre Mme la députée de Saint-Laurent.

Mme Rizqy : Mme la Présidente, il n'y a pas de consentement. Je suis en caucus, et nous devons prendre... on doit terminer maintenant.

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Bon, alors, comme il n'y a pas de consentement, je vais... Compte tenu de l'heure et de permettre, cet après-midi, le débat sur une affaire inscrite par les députés de l'opposition, le présent débat sur l'adoption du principe de loi n° 12 est ajourné.

Je suspends les travaux jusqu'à 15 heures.

(Suspension de la séance à 13 h 1)

(Reprise à 15 heures)

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Bon après-midi. Vous pouvez prendre place.

Affaires inscrites par les députés de l'opposition

Motion proposant que l'Assemblée demande au gouvernement de proposer un plan de
réduction des émissions de gaz à effet de serre approuvé par un expert indépendant
et d'interdire tout projet d'exploitation ou d'exploration
pétrolière ou gazière sur le territoire du Québec

Et nous sommes toujours aux affaires du jour, et, à l'article 20 du feuilleton, aux affaires inscrites par les députés de l'opposition, Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition présente la motion suivante :

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement caquiste de proposer, d'ici le 1er octobre 2020, un plan de réduction des émissions [à] gaz à effet de serre approuvé par un expert indépendant du gouvernement qui permet d'atteindre les cibles recommandées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (le GIEC) [et ce,] pour 2030; et

«Que l'Assemblée nationale demande également au gouvernement d'interdire tout projet d'exploitation ou d'exploration pétrolière ou gazière sur le territoire du Québec.»

Je vous informe que la répartition du temps de parole pour le débat restreint sur la motion inscrite par Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition s'effectuera comme suit : 10 minutes sont réservées à l'auteur de la motion pour sa réplique, 48 min 30 s sont allouées au groupe parlementaire formant le gouvernement, 28 min 30 s sont allouées au groupe parlementaire formant l'opposition officielle, 21 min 9 s sont allouées au deuxième groupe d'opposition et 8 min 51 s sont allouées au troisième groupe d'opposition. Chaque député indépendant dispose d'un temps de parole de 1 min 30 s. Toutefois, lorsqu'un seul député indépendant participe à un débat, il dispose d'un temps de parole de deux minutes. Dans le cadre de ce débat, le temps non utilisé par les députés indépendants ou par l'un des groupes parlementaires sera redistribué entre les groupes parlementaires selon les proportions établies précédemment. Mis à part ces consignes, les interventions ne seront soumises à aucune limite de temps. Et enfin je rappelle aux députés indépendants que, s'ils souhaitent intervenir au cours de ce débat, ils ont 10 minutes à partir de maintenant pour en aviser la présidence.

Et, sans plus tarder, je vais céder la parole... Oui, Mme la députée de Repentigny? Alors, on m'indique qu'il n'y a pas quorum, alors je vais demander à ce que l'on appelle les députés et je suspends nos travaux quelques instants.

(Suspension de la séance à 15 h 3)

(Reprise à 15 h 5)

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Alors, nous reprenons nos travaux, et, sans plus tarder, je vais céder la parole à l'auteure de cette motion, Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.

Mme Manon Massé

Mme Massé : Merci, Mme la Présidente. Alors, ma motion se lit comme suit :

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement caquiste de proposer, d'ici le 1er octobre 2020, un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre approuvé par un expert indépendant du gouvernement qui permet d'atteindre les cibles recommandées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (le GIEC) pour 2030;

«Que l'Assemblée nationale demande également au gouvernement d'interdire tout projet d'exploitation [et] d'exploration pétrolière ou gazière sur le territoire du Québec.»

Vous aurez bien sûr reconnu, Mme la Présidente, reconnu les trois conditions de l'ultimatum lancé par Québec solidaire au gouvernement la semaine dernière. Je veux rassurer mes collègues : je vais dédier le reste de la présente session et les 18 prochains mois à éviter qu'on se rende là. J'espère qu'ils vont tous et toutes travailler en ce sens-là aussi. J'espère qu'on va tous et toutes travailler dans le même sens, le sens de la science.

On est 125 à siéger ici, à l'Assemblée nationale. On n'est pas d'accord sur tout, bien sûr. On est rarement d'accord, mais, en démocratie, c'est normal puis c'est sain, même, je dirais. À l'image des gens qui nous ont élus, on a toutes sortes d'opinions, des points de vue qui s'opposent, nos partis sont là pour défendre les visions différentes du Québec. Mais je crois, Mme la Présidente, que la science n'est pas une question d'opinion, de point de vue ou même de ligne de parti. La science nous dit que les changements climatiques menacent tout : agriculture, économie, biodiversité, santé, sécurité, tout y passe, voire même l'humain. Jusqu'à date, je pense que tout le monde me suit et tout le monde s'entend là-dessus.

La science nous dit qu'il faut plafonner le réchauffement à 1,5°, et ça, ça veut dire impérativement réduire le plus rapidement possible le nombre de gaz à effet de serre qu'on émet. Parce qu'encore là, dernièrement, il y a même quelques heures, des rapports nous redisent que c'est l'activité humaine qui nous amène dans ce creux. Et là-dessus, bien, encore une fois, je pense que personne ne va m'obstiner.

La science nous dit aussi qu'en 2020, et c'est là, l'important, Mme la Présidente, en 2020, il va falloir avoir mis en place, en marche un plan, un plan qui nous permette d'atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. J'y étais, à la COP21, le premier ministre y était, et on le sait, à l'instar des communautés internationales, de la communauté internationale, l'urgence d'agir à cet effet.

Alors, notre motion, Mme la Présidente, elle ne va pas plus loin que ça. J'invite donc tous les membres de cette Assemblée à l'appuyer et à faire preuve qu'au Québec la science n'est pas une question d'opinion, de point de vue ou de ligne de parti, c'est une question de science, Mme la Présidente.

• (15 h 10) •

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition. Et maintenant je vais céder la parole à M. le ministre de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques.

M. Benoit Charette

M. Charette : Merci beaucoup, là, Mme la Présidente. C'est toujours un plaisir pour moi de parler d'environnement. D'ailleurs, au cours des derniers jours, on a eu l'occasion de le faire à travers les crédits provisoires, notamment, mais également à travers l'interpellation demandée vendredi dernier. Donc, chaque occasion, elle est bonne, notamment pour faire valoir nos intentions, mais également démontrer clairement que le gouvernement est en action en matière d'environnement.

Vous allez me permettre, dans un premier temps, par contre, de commenter un petit peu la stratégie retenue par Québec solidaire. La semaine dernière, ils ont fait une conférence de presse évoquant, pour ne pas dire menaçant, un petit peu la bonne poursuite de nos travaux au cours des prochains mois, et, comme parlementaire, je trouve cette attitude passablement discutable. La cheffe de Québec solidaire, que j'estime beaucoup, au demeurant, a dit à juste titre : On peut avoir nos désaccords, c'est une chose, mais de là à utiliser notre privilège parlementaire pour retarder, sinon bloquer l'ensemble des travaux parlementaires, c'est une autre chose, et c'est un petit peu la menace à peine voilée qui a été présentée la semaine dernière.

Et ce qui est encore plus ironique... cette menace-là était présentée quelques jours après le dépôt du budget, mais ce qui est encore plus ironique dans la situation, c'est que la conférence de presse pour annoncer cette menace-là a été réservée et convoquée, c'est-à-dire organisée avant même le dépôt du budget. C'est comme si Québec solidaire s'était engagé envers lui-même à s'offusquer par rapport à un budget que la formation politique n'avait pas vu. Et même les commentaires qui ont découlés dans la foulée du budget laissaient entrevoir une chose essentiellement, c'est qu'ils n'avaient pas pris le temps de bien lire le budget ou encore moins de regarder aux bons endroits.

Je vais revenir par rapport au budget, mais le budget, essentiellement il y a une erreur à ne pas commettre, c'est-à-dire regarder uniquement le budget de fonctionnement du ministère de l'Environnement. C'est un budget qui a crû avec le dernier budget, mais dans la moyenne de la croissance octroyée à chacun des ministères. Mais ce que Québec solidaire surtout a oublié de faire, c'est regarder les moyens. Quels moyens on se donne pour atteindre nos objectifs? Bien, nos moyens sont dans les opérations, que ce soit aux Ressources naturelles, que ce soit aux Affaires municipales, que ce soit Faune et Forêts, et on a augmenté de plus de 50 % les crédits alloués aux projets en matière d'environnement. Mais, encore là, ça dépend ce que l'on considère être de l'environnement. Pour nous, à la Coalition avenir Québec, lorsque l'on travaille à électrifier les transports, notamment en favorisant l'achat de véhicules électriques, c'est de la protection de l'environnement. Lorsqu'on accorde des centaines de millions de dollars aux municipalités pour leur permettre d'offrir à leurs citoyens, à leurs citoyennes une eau potable de qualité, c'est de l'environnement. Mais tous ces budgets-là ont été occultés dans la critique qu'en a faite Québec solidaire, et on parle de centaines de millions de dollars. Et je le disais un petit peu avec ironie, mais en même temps je suis convaincu que mes prédécesseurs à l'Environnement auraient été jaloux des budgets qui nous ont été octroyés, dans le dernier budget, en matière de défense et de protection de l'environnement.

Donc, l'attitude à ce niveau-là, malgré tout le respect que je porte à mes amis de Québec solidaire, je ne pense pas qu'ils se sont aidés en faisant cette sortie la semaine dernière et encore moins qu'ils ont favorisé la collaboration avec le gouvernement en menaçant ultimement de faire bloquer le Parlement.

Un élément avec lequel je suis entièrement d'accord, c'est lorsque l'on parle de science. Nos actions devront effectivement reposer sur la science pour être bien certains que la portée réelle de chacune des mesures que l'on met de l'avant atteigne les objectifs que l'on se fixe. Donc, à ce niveau-là, le respect de la science, j'y adhère. Mais j'aimerais, encore une fois, que Québec solidaire reconnaisse que la science aujourd'hui nous dit que le Québec est parmi les meilleurs élèves au monde en matière de protection de l'environnement, que le Québec, à travers ses émissions de gaz à effet de serre, fait figure de modèle aussi à travers le monde. D'ailleurs, à ce niveau-là, notre modèle de plafonnement des émissions, que l'on partage avec la Californie, est étudié dans bien d'autres législations. En Europe, c'est rendu pratiquement la norme. Donc, la science nous dit que le Québec, au final, est un leader international. D'ailleurs, pas plus tard que vendredi dernier, au moment de l'interpellation, on a discuté pendant deux heures de la marge de manoeuvre du Québec en matière de protection de l'environnement, et la grande, grande conclusion, c'est qu'on a tous les outils déjà pour atteindre nos objectifs et pour assumer ce rôle de leader là, ce que l'on fait. Donc, la science, on doit la reconnaître non seulement lorsqu'on se fixe des objectifs, mais par rapport aux objectifs que nous avons déjà atteints.

Ceci dit, ça ne veut pas dire qu'il faut baisser les bras, mais, ce qu'il faut reconnaître en matière d'environnement, au niveau des gaz à effet de serre notamment, étant donné qu'on a une utilisation ou une production de gaz à effet de serre par citoyen qui est passablement plus basse que le Canada, que les États-Unis, que bon nombre, sinon la quasi-totalité des pays d'Europe, c'est difficile. C'est d'autant plus difficile de... Moi, je reprends tout le temps l'expression : Quand que l'on est maigre, c'est difficile de maigrir davantage. C'est un petit peu ça, la situation en matière de gaz à effet de serre, mais ça ne nous oblige pas... ou ça ne nous empêche pas de vouloir redoubler d'efforts.

Et, là où on se retrouve aussi, c'est par rapport à l'échéancier. 2020 sera effectivement une année charnière pour une simple et bonne raison, c'est que le plan d'action actuel se termine en 2020. Donc, on a pris l'engagement comme gouvernement de produire et de présenter notre propre plan, qui, lui, va couvrir la période 2020-2030. Donc, si je peux déjà rassurer Québec solidaire, c'est de leur dire : Effectivement, en 2020, on aura l'occasion non seulement de présenter un plan d'action qui sera basé sur la science, avec des objectifs réalisables mais concrets, ce sera aussi, pour les différentes formations politiques, l'occasion d'en discuter, comme on l'avait fait lorsqu'on a fixé nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Il y a eu une consultation, les différentes formations politiques ont participé à l'exercice.

Donc, en 2020, nous aurons effectivement l'occasion, avec l'opposition officielle, la deuxième, la troisième opposition, de discuter de nos cibles. Et je vais espérer que la référence que fait aujourd'hui Québec solidaire à la science soit partie prenante de son discours aussi à ce moment-là. Parce qu'il y a quelques jours, Mme la Présidente, la jeunesse a marché dans les rues, c'était beau de la voir, elle a marché pour évoquer une problématique. J'aimerais maintenant que cette formation que représente Québec solidaire marche avec nous pour identifier la solution. C'est bien beau parler d'une crise, d'une problématique, mais, si on ne travaille pas... en travaillant, si on ne travaille pas à identifier des solutions applicables et concrètes, c'est là où, malheureusement, le discours perd tout de sa valeur.

Maintenant, je vous parlais d'entrée de jeu que je voulais vous revenir sur le budget, et on a toutes les raisons d'en être fiers. Je le mentionnais tout à l'heure, il n'y a aucun des prédécesseurs en Environnement qui a obtenu la latitude que nous avons grâce à ce budget-ci. Uniquement en opération et en budget pour les prochaines deux années, on parle de 1,6 milliard, essentiellement, de mesures. Parce que, oui, il y a beaucoup d'argent qui est dédié à la décontamination, notamment. Et ça aussi, malheureusement, lorsque Québec solidaire parle de mesures environnementales, la décontamination n'en fait pas partie. Et pourtant des groupes comme Vivre en ville ont eu l'occasion de commenter le budget et ont mentionné : C'est sans doute la plus belle pépite d'or de ce budget-là. Parce que la décontamination, et on parle de centaines de millions encore une fois, ça veut dire éviter que nos sols continuent à se décontaminer, d'une part, mais ça permet surtout de trouver une utilisation à des sols qui autrement... à des terres qui actuellement sont tout simplement laissées à l'abandon.

À travers le Projet Saint-Laurent, le premier ministre a pu au cours des dernières années explorer la possibilité de revaloriser l'est de Montréal, notamment, qui, au fil des ans, était passablement délaissé par les administrations précédentes. Mais ce que ça veut dire, une fois qu'on a, dans l'est de Montréal, par exemple, des terrains qui sont décontaminés, qu'on arrive à leur trouver une nouvelle vocation, c'est aussi lutter contre l'étalement urbain. Donc, non seulement ces centaines de millions de dollars permettent une décontamination, mais vont aussi atteindre un autre but, qui est d'éviter l'étalement urbain, qui, comme on le sait, peut engendrer différentes problématiques, notamment au niveau de la mobilité. Ma collègue aux Affaires municipales, pas plus tard que la semaine dernière, réitérait que le budget allait consentir des centaines de millions de dollars au niveau des municipalités. Les municipalités s'en sont réjouies. Là aussi, on leur a coupé les moyens au fil des dernières années, avec les problématiques que l'on connaît, les surverses d'eaux usées, notamment. Je ne sais pas pour Québec solidaire ce que ça représente, des déverses d'eaux usées, mais, pour moi, c'est une source importante de pollution. Donc, on s'y attaque concrètement.

• (15 h 20) •

Donc, dans la critique que fait Québec solidaire... Québec solidaire a entièrement le droit de ne pas être complètement satisfait du budget, c'est de bon aloi. Mais ce serait intéressant en même temps qu'on puisse identifier ces mesures qui sont des moyens jamais connus en matière d'environnement au cours des dernières années. Le transport collectif, c'est sans doute une de nos grandes réalisations à travers le budget, et, même là, on n'a pas su reconnaître l'effort du gouvernement. On ne calcule pas les projets qui sont à l'étude, qui sont pourtant la première étape normale d'inscription dans le PQI. On mise sur le transport collectif, à Québec solidaire, on y est également, et encore une fois dans une proportion jamais vue. La Rive-Sud de Montréal, par exemple, à travers le projet de ligne jaune qu'on s'engage à poursuivre, à travers le tramway sur Taschereau, que l'on s'engage à établir, la région de Québec, à travers le projet de transport structurant, ce sont tous des éléments qui sont à l'étude et qui, dans les prochaines années, vont représenter des milliards de dollars nouveaux en matière de transport collectif. Donc, dans la critique, j'aimerais, à Québec solidaire, pour avoir un minimum de crédibilité... puisse reconnaître ces efforts qui sont faits.

Et là je vois le temps qui file, malheureusement. Je vais devoir cesser mon intervention de mon côté, mais je sais que j'ai de très, très bons, valeureux collègues qui prendront la relève dans les prochains instants. Et à Québec solidaire je dis : Oui, un plan en 2020, oui, à des objectifs basés sur la science, et je leur demande de respecter eux-mêmes ces deux éléments s'ils souhaitent, de façon constructive, améliorer la situation de l'environnement au Québec. Merci, Mme la Présidente.

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, M. le ministre. Maintenant, je vais céder la parole à Mme la députée de Maurice-Richard.

Mme Marie Montpetit

Mme Montpetit : Je vous remercie beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à tout le monde. Très contente de reprendre la parole encore sur la question de l'environnement, de la lutte aux changements climatiques. C'est un rendez-vous presque quotidien depuis plusieurs semaines, depuis le retour de cette nouvelle législature, et je pense que ça démontre à quel point c'est un sujet bien important... M. le ministre, je vous entends jusqu'ici, si vous voulez bien m'écouter, ce serait bien gentil, parce qu'il y a beaucoup de choses qui s'adressent à vous, notamment sur l'intervention que vous...

Des voix : ...

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Un instant! Un instant. Je vais demander aux gens, s'il vous plaît, qui ont des échanges à faire à le faire à l'extérieur, s'il vous plaît. Je n'arrive pas à entendre la personne qui a la parole, et c'est la seule personne qui pourra intervenir. Mme la députée de Maurice-Richard, veuillez poursuivre.

Mme Montpetit : Merci, Mme la Présidente, c'est gentil. Puis je ne suis pas très en voix aujourd'hui, comme vous l'entendez, donc ça va m'aider beaucoup si vous êtes attentifs, pour ne pas que j'aie à élever la voix.

Il y a beaucoup de choses qui ont été dites dans les dernières interventions, puis je commencerais par ça, avant d'être sur les choses que je voulais mettre de l'avant sur la motion qui a été déposée par Québec solidaire. Il y a des choses qui me surprennent déjà dans la courte intervention qui a été faite par le ministre de l'Environnement, à savoir... Là, je veux dire, la ministre n° 1 de l'Environnement, quand elle a quitté, il y a quelques semaines, elle disait qu'elle avait laissé un plan à son successeur, et là on n'a jamais réentendu parler de ce plan-là, et là, je pense que c'était hier encore, le ministre nous disait que, dans les semaines, mois, prochainement, il nous déposerait un plan. Là, je l'entends aujourd'hui parler de 2020, fin 2020. Je veux juste rappeler à la CAQ que son slogan, c'était Maintenant. Je ne le sais pas, si c'était ça juste pour le mois d'octobre, mais je pense que ce serait bien que ce soit remis. Puis je vous invite même, là, si vous avez un plan à nous déposer, de réutiliser ce slogan qui était formidable dans le cas du dossier de l'environnement et de la lutte aux changements climatiques. Mais je pense que vous devez reprendre cette posture-là de «maintenant», et pas de nous reparler de 2020. Donc, je vous inviterai, peut-être quand vous aurez l'occasion de faire des communications dans les prochaines heures, de clarifier cet élément-là, à savoir à quel moment précisément le ministre de l'Environnement a l'intention, et son gouvernement, de déposer un plan clair. Parce qu'on l'a bien vu, effectivement... on reviendra sur la question du budget, mais ce n'est pas là qu'il y avait une vision avec des mesures et des gestes très concrets et très structurants pour lutter contre les changements climatiques.

Et, pour continuer sur l'intervention du ministre, il nous dit : Proposez-nous des solutions. Là, je comprends qu'il s'adressait à Québec solidaire, mais je vais le prendre pour moi aussi parce que je pense qu'on est 125 parlementaires et on est tous très concernés par ces dossiers-là, par cet enjeu-là qui est très important. On en propose, des solutions, puis, vous le savez, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de solutions qui ont été proposées, que ce soit par les oppositions ou que ce soit par la société civile, au cours des derniers mois, et ce qu'on comprend, c'est que ce ne sont pas vos solutions, et vous les tassez du revers de la main, et ça, c'est bien malheureux.

Et, comme ministre de l'Environnement, il y a une personne qui peut prendre le leadership, qui est responsable de cet important dossier-là qui est extrêmement... qui doit être une grande priorité, qui est extrêmement important pour le Québec, qui va être extrêmement important pour... qui est déjà important, mais qui va être extrêmement important pour les prochaines années, les prochaines décennies du Québec aussi. Et le leadership, il doit être pris. Si vous en voulez, des solutions, si vous voulez qu'on se rencontre, si vous voulez faire un sommet, si vous voulez faire des rencontres... il y a 8 millions de Québécois à l'heure actuelle qui veulent parler de ça, qui veulent mettre des solutions sur la table, qui attendent qu'il y ait des propositions qui soient faites, si ce n'est pas par le gouvernement. Vous nous parlez de main tendue régulièrement. Nous, on veut bien la prendre, la main, on veut bien avoir cette discussion-là et ça nous fera plaisir d'être au rendez-vous. Si ce n'est pas demandé, bien, écoutez ce qu'on propose. Je pense, quotidiennement, il y a des propositions qui sont faites de part et d'autre pour lutter contre les changements climatiques, pour l'adaptation aux changements climatiques également. Il n'en tient qu'à vous de les écouter et de les intégrer. Je vous rappellerai qu'on avait fait, entre autres, des demandes bien importantes dans la mise à jour économique du mois de novembre, qui n'ont pas été prises en compte, en lien avec l'environnement. On en avait refaites pour le budget, elles n'ont pas été prises en compte non plus. Donc, des solutions, il y en a plus qu'il en faut, encore faut-il avoir la volonté et l'ambition de les mettre en place, et là c'est ce qu'on questionne.

Et, dans cette même lignée, moi, je veux continuer à vous parler de collaboration. Parce que je pense que la lutte aux changements climatiques, là, ça doit être une priorité, là, ça, on en convient tous. Mais il va falloir qu'on travaille ensemble. Et je veux revenir... Il y a une chose sur laquelle j'étais d'accord, avec les propos, l'intervention du ministre, c'est : effectivement, moi aussi, je ne suis pas... c'est un dossier qui est beaucoup trop important pour être dans des dynamiques de confrontation puis dans des dynamiques de blocage du travail parlementaire. Je pense qu'on doit travailler ensemble, on doit travailler main dans la main, mais je pense que, le ministre, je le répète, s'il veut tendre la main, il faut qu'il tende une vraie main, il faut qu'il donne des occasions de travailler là-dessus et il faut qu'on le fasse rapidement aussi. Mais il va falloir le faire puis il va falloir démontrer que ce ne sont pas qu'un déluge de mots, que ne sont pas que des paroles, mais que c'est vraiment une volonté de travailler sur ces dossiers-là et de mettre l'épaule à la roue. Et c'est vraiment, vraiment un dossier qui devrait mobiliser, là, toutes les forces vives, là. Tout le monde, ici, à l'Assemblée nationale, est capable de travailler là-dessus, veut travailler avec vous, veut travailler sur ces enjeux-là aussi. Mais il faut le faire, il faut aller de l'avant puis il faut nous donner l'opportunité de faire ça aussi. Et là, à l'heure actuelle, je pense qu'on en convient tous, on ne la voit pas, cette volonté-là de travailler sur cet enjeu.

Et, pour ce qui est de la motion, moi, il y a quelque chose qui me... je ne sais pas si ça doit me surprendre, mais je veux revenir sur le fait que la motion, elle parle des objectifs, elle parle des cibles de 2030 et elle fait fi complètement des cibles de 2020. Et ça, pour moi, que la CAQ, jour 1 de son mandat, ait abandonné l'atteinte des cibles de réduction des GES pour 2020, ça, on le savait, ça, on n'était pas surpris. On sait que c'est un parti politique qui n'en a jamais parlé pendant qu'ils étaient à l'opposition, en quatre ans, je l'ai déjà mentionné, à peu près pas de questions en Chambre, un chef qui n'en a à peu près jamais parlé. Il n'en a pas parlé pendant la campagne électorale non plus. Donc, le jour 1, la première décision, soit dire : Nous, 2020, on abdique, ça n'arrivera pas, alors qu'on a un rapport du GIEC qui nous rappelle qu'il faut redoubler d'efforts, on n'était pas surpris, mais que Québec solidaire l'abandonne, ça, je trouve ça un petit peu particulier, puis ils auront peut-être l'occasion de s'expliquer là-dessus, mais, dans la motion qui est présentée aujourd'hui, il n'est pas fait mention de 2020 d'aucune façon.

• (15 h 30) •

Et, nous, c'est une cible, on y croit encore, on pense que le travail peut être fait. Et on n'est pas les seuls à tenir ces propos-là. Je citerai Steven Guilbault qui, il y a quelques semaines encore, mais qui en a parlé à plusieurs reprises, disait : Dans les données qui sont sorties, ces données-là ne tiennent pas compte du marché du carbone. Et il invitait tout le monde à la prudence en disant : Un instant, ce n'est pas vrai que c'est un objectif qui ne peut pas être atteint et il ne faut pas être défaitiste. Puis moi, je trouve que c'est une position très défaitiste de dire : On abandonne 2020. On regarde juste 11 ans en avance, et ce qui a forcément un effet de ralentissement sur les actions qui sont mises en place. Mais il y a aussi un discours pour les gens, pour les citoyens qui font des efforts à tous les jours, de dire : Bien, finalement, on n'y arrivera pas. Donc, ça démobilise beaucoup. M. Guilbeault l'a répété à plusieurs reprises, quand on aura toutes les données du marché du carbone, on aura une meilleure idée, et puis je le rementionne et je le rementionnerai à plusieurs reprises, il est encore possible d'atteindre ces cibles-là, et je pense que ça doit continuer d'être notre objectif, ça doit continuer d'être la cible que l'on vise, et de voir qu'est-ce qu'on peut faire déjà pour l'année prochaine, et la suivante, et l'autre d'après, et on doit continuer à travailler vraiment dans cette direction-là.

Donc, j'étais un peu... Oui, c'est ça, je trouve ça un peu particulier, en fait, que la motion parle uniquement de 2030 et fasse complètement fi des cibles qu'on a prises, des objectifs qu'on s'est fixés à l'international, sur lesquels on a travaillé. On a mis plusieurs mesures en place, plusieurs lois, plusieurs règlements qui se sont inscrits, dans le fond, dans la poursuite de ces cibles, la poursuite de ces objectifs. Et moi, j'invite vraiment le ministre... Je l'ai déjà fait, mais je veux le réinviter à continuer de travailler avec l'objectif de 2020. Je pense que c'est extrêmement important. Et je lui recite encore, comme je dis, son slogan de Maintenant. Son Maintenant, c'est maintenant, c'est aujourd'hui, c'est 2019, c'est 2020, ce sera 2021. 2030, oui, il y a un objectif. On avait même parlé, nous, à l'époque, de mettre des cibles pour 2050. Il y a un horizon moyen, long terme, mais il faut qu'il y ait un horizon court terme aussi qui soit extrêmement important.

Puis les impacts des changements climatiques, Mme la Présidente, là, on le sait, ils sont nombreux. On en parle souvent comme si c'était dans le futur, hein, les changements climatiques, mais ils sont là. On est déjà dans une dynamique pas juste de lutte aux changements climatiques, mais d'adaptation aux changements climatiques. On le voit tous les jours au Québec, comment ça vient affecter... si ce n'est que par les inondations qu'on a vues durant les derniers printemps, qui sont venues bouleverser la vie de plusieurs Québécois dans plusieurs régions, les canicules qui ont fait encore près de 100 décès l'année dernière, l'été dernier, et l'impact sur l'agriculture, sur la foresterie aussi, on en entend beaucoup parler, les feux de forêt, la pollution de l'air. Puis ça, c'est sans parler de tous les impacts qu'il y a sur la santé, qui sont déjà très présents, si ce n'est que par la pollution de l'air, les particules fines, tout ça, ce qu'on retrouve, les impacts que ça a sur l'asthme, sur le cancer — on parlait de la journée du cancer hier, ça a été fait mention, mais effectivement les liens sont très clairs en santé environnementale entre la pollution de l'air et le cancer du poumon, notamment — les impacts sur les allergies, sur les MPOC, les maladies pulmonaires obstructives chroniques.

Et, au-delà de tous les impacts qu'il peut y avoir sur la santé... et c'est pour ça que je dis : Il faut s'en faire une priorité, il faut travailler ensemble là-dessus, il y a tous les impacts économiques, qui sont très, très, très importants et qui vont le devenir de plus en plus. Pas plus tard que la semaine dernière ou il y a deux semaines, on voyait l'Union des municipalités du Québec qui se rencontrait, et son président, Alexandre Cusson, qui rappelait et qui mentionnait que l'adaptation aux changements climatiques, c'était une facture anticipée de 4 milliards pour les grandes villes du Québec. Donc, c'est déjà une réalité, et c'est pour ça qu'il faut travailler là-dessus très, très, très rapidement. Et je le répète, là, mais j'espère, j'espère que le ministre aura l'occasion, là, aujourd'hui de s'exprimer sur un échéancier clair, parce qu'on l'attend tous, cet échéancier-là très clair, pour savoir à quel moment le plan va être déposé.

Et pour ce qui est de la question... la deuxième partie de la motion, ça aussi, on en convient tous, c'est important, puis nous, on avait déjà commencé dans cette voie-là d'investir dans une transition énergétique, ça, on en convient. Je pense que les choses dont il n'est pas question — puis peut-être que la motion aurait pu être un petit peu plus complète à ce niveau-là — c'est certaines choses dont on parle assez peu aussi, toute la question de l'éolien. On parle beaucoup de l'hydroélectricité, on sait à quel point ça a fait la différence dans l'histoire du Québec de choisir l'hydroélectricité au... bien, pas au détriment, mais au lieu du nucléaire, et c'est ce qui fait, entre autres, qu'on en est où on est, des leaders au niveau du Canada sur l'émission de GES. On parle assez peu d'éolien, on parle assez peu de solaire. Je pense que c'est certainement des sources d'énergie renouvelable dont il faut discuter, dont il faut parler. Et toute cette transition énergétique là, il faut la faire, il faut la faire rapidement, mais il faut bien la faire aussi. Elle est déjà entamée, je pense qu'il faut continuer de l'accélérer.

Et je terminerai mon intervention... moi aussi, je vois le temps qui file, Mme la Présidente, mais je voudrais quand même conclure, parce que le ministre a pris beaucoup de temps sur le temps qui lui était alloué pour parler non pas de la motion, mais bien du budget, et je vais le rappeler, mais c'est un budget en environnement qui a eu la note de C moins. Donc, il peut continuer de dire sur toutes les tribunes que c'est un bon budget en environnement, mais ce n'est définitivement pas ni la lecture que les oppositions font. Mais en dehors des oppositions, il y a aussi des groupes qui font une lecture assez désastreuse de ce budget dans lequel, effectivement, on ne retrouve pas de mesures. Puis, c'est quelque chose... Honnêtement, je ne peux pas comprendre qu'un gouvernement, qu'un premier ministre qui a dit dans son discours d'allocution : Moi, je regarde mes enfants, mes fils dans les yeux, c'est important pour moi, ça doit être une grande priorité, et c'est des rendez-vous manqués, après des rendez-vous manqués, après des rendez-vous manqués.

Puis, je vais revenir sur une autre proposition qu'on a faite, parce que je finirai peut-être par avoir une réponse du ministre sur la question de la COP26. Ça non plus, là... C'est très mystérieux pour moi, parce que c'est une proposition qu'on vous fait et qui n'est pas la vôtre, et qu'il me répondait la semaine dernière : Oui, mais vous nous faites ça en motion un mercredi matin à 7 h 30. Je m'excuse, ça fait depuis le mois de décembre qu'on vous en parle, donc vous avez eu quatre mois pour y réfléchir. Je comprends que ce n'est pas à votre agenda. Il reste du temps encore. Il me répondait la semaine dernière : Oui, mais il y a d'autres villes, entre autres, qui réfléchissent à déposer leur candidature. Bien, elles y réfléchissent; nous aussi, on pourrait y réfléchir. C'est le tour de l'Amérique du Nord, donc il y a une opportunité extraordinaire. Je pense que ce serait une façon de marquer le pas, d'en faire une priorité. Une ville comme Québec, certainement, pourrait le recevoir. Montréal avait reçu en 2005. Québec, moi, je pense que ce serait une opportunité extraordinaire de montrer au monde à quel point c'est une ville superbe, qui a de l'eau, qui a des espaces. En termes de qualité environnementale, c'est certainement un bon endroit pour recevoir ça. Au niveau économique, c'est des retombées économiques extraordinaires. C'est une vitrine internationale exceptionnelle. C'est une façon... On a des entrepreneurs, que ce soit en technologies vertes, que ce soit en innovations vertes, qui pourraient être mis de l'avant, qui pourraient développer des liens avec l'international. Donc, je vous réinvite très sincèrement à activement réfléchir à ça, parce que je pense qu'il est encore temps de déposer la candidature du Québec.

Et donc, vraiment, là, c'est des rendez-vous manqués un après l'autre depuis le 1er octobre : la mise à jour économique en a été un, les propositions qu'on a faites qui ont été rejetées, le budget qui n'a pas de mesures structurantes, qui diminue les budgets au niveau des évaluations environnementales alors qu'on devrait, à tout le moins, les maintenir ou les augmenter si vraiment... On disait, ce matin, si vraiment les bottines suivent les babines, là, bien, il faut être cohérent dans les investissements qui sont faits aussi. On a vu à quel point... pas d'investissement supplémentaire au niveau du transport collectif, alors qu'on sait tous que la lutte pour les changements climatiques puis la lutte pour diminuer les GES, bien, il y a 43 % des GES qui sont produits par le transport au Québec. Donc, je veux dire, ce n'est pas... Tu sais, oui, on se repose sur la science, là, mais ça ne prend pas un Ph. D. en science nucléaire pour comprendre que c'est là qu'on doit travailler, puis les investissements, ils doivent être faits davantage en transport collectif.

Et donc je réinvite... puis je profite de l'occasion pour le faire, qu'on a ce temps, qu'on a ces échanges-là, puis je présume qu'il y en aura certainement de nombreux autres au cours des prochaines semaines, et mon appel au ministre sera toujours le même, sur un appel de collaboration. S'il veut vraiment travailler, s'il veut vraiment mettre l'épaule à la roue, on sera présents, on veut travailler, mais il va falloir que ça se fasse maintenant. Merci, Mme la Présidente.

• (15 h 40) •

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, Mme la députée de Maurice-Richard. Et je crois que je vais aller du côté du gouvernement, et je vais céder la parole à M. le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles.

M. Jonatan Julien

M. Julien : Oui. Oui, merci, Mme la Présidente. Vous savez, pour relever le défi de taille, puis, oui, c'est un défi de taille que représentent les changements climatiques, le ministre des Finances, mon collègue le ministre des Finances, dans son discours sur le budget 2019‑2020, honnêtement, il a annoncé que le gouvernement va poser des gestes concrets, Mme la Présidente, pour s'y attaquer. De ce côté-ci de la Chambre, Mme la Présidente, la lutte contre les changements climatiques, effectivement, ça représente un défi, nous en sommes tous conscients, mais ça représente également des opportunités. Ça représente des opportunités pour le Québec d'attirer des investissements, ça représente des opportunités pour le Québec d'exporter nos technologies, nos technologies vertes, des opportunités d'innover et, surtout dans le cadre de mes fonctions, d'électrifier, d'électrifier notre économie, notamment et essentiellement dans le domaine des transports, qui, effectivement, est un grand responsable, le domaine, de l'émission de GES. Dans ce contexte, le budget 2019‑2020 prévoit des investissements — contrairement à ce qu'on entend des groupes d'opposition — des investissements additionnels totalisant près de 1,3 milliard de dollars sur six ans en matière spécifique de lutte aux changements climatiques, Mme la Présidente.

En ce qui concerne les responsabilités propres à mon ministère et à certaines des entités que je supervise, le budget comporte, dans une seule mesure, 434 millions, 434 millions dans le volet... en réalité, dans le prolongement du programme Roulez vert, 434 millions sur deux ans, 465 millions en tout et partout pour le volet Transition énergétique Québec, TEQ, mieux connu sous le nom de TEQ, qui... essentiellement, toutes les mesures de TEQ qui sont sur la transition énergétique favorisent à peu près la moitié des réductions de gaz à effet de serre dans les objectifs qu'on se donne jusqu'en 2030. La prolongation du programme Roulez vert, c'est une mesure concrète, significative qui encourage en réalité l'électrification des transports, plus particulièrement, comme vous le savez, Mme la Présidente, en ce qui a trait à l'acquisition de véhicules électriques ou en mode électrique et gaz et électrique, il faut qu'il y ait le volet électrique. Qui plus est, Mme la Présidente, le programme Roulez vert va être élargi. Il a été élargi pour couvrir à la fois également l'achat de véhicules d'occasion entièrement électriques. Donc, on a donné plus de moyens, justement, pour favoriser cette transition-là vers les véhicules électriques qui, à terme, là, est un vecteur important de réduction des GES. Alors, juste la prolongation de ce programme-là, 434 millions sur deux ans, ça va permettre de faire passer le parc actuel de 45 000 véhicules électriques ou quasi électriques... on va ajouter plus de 60 000 véhicules sur deux ans. On va être au-dessus de 100 000 véhicules électriques.

Et naturellement, de manière concomitante, si on rajoute des véhicules électriques pour favoriser la réduction des GES, il faut être conséquent, bien, il faut fournir à ces véhicules-là, aux utilisateurs de véhicules des possibilités de se déplacer sur le territoire. Dans cette perspective-là, Mme la Présidente, Hydro-Québec a annoncé récemment que 1 600 bornes supplémentaires de recharge rapide seront installées d'ici 10 ans. Donc, on est en train de créer, en réalité, tout l'écosystème permettant à la fois de continuer la progression que j'appelle exponentielle. Il n'y en a pas tant, des véhicules électriques, on en convient, là, 45 000, 40 000. On va se rendre à 100 000 d'ici deux ans et 500 000 d'ici 10 ans. Donc, c'est une progression qui est exponentielle, et on doit fournir, en réalité, pour favoriser cette progression-là, le cheminement logique des bornes, une densité de bornes à des endroits stratégiques pour, justement, favoriser cette transition énergétique là.

D'autre part, j'espère que la deuxième opposition se réjouit également de l'enveloppe de 410 millions de dollars annoncée dans le budget de M. le ministre des Finances pour accompagner les entreprises dans leur transition énergétique. Grâce, notamment, Mme la Présidente, à la bonification du programme Technoclimat, ÉcoPerformance, Biomasse forestière, le gouvernement soutiendra nos entreprises dans leurs efforts pour réduire leurs émissions de GES.

En matière de réduction de GES, je me dois également de rappeler, Mme la Présidente, comme l'a annoncé le premier ministre, le gouvernement du Québec entend multiplier les occasions pour quoi? Pour exporter davantage d'hydroélectricité québécoise. On peut le regarder sur la base propre du Québec, on est chanceux, effectivement, on a l'hydroélectricité, énergie électrique, renouvelable, verte. Mais on a des possibilités, Mme la Présidente, d'exporter cette énergie-là. On travaille, là, justement, sur le dossier Massachusetts, on parle également à nos voisins. Ça vise quoi? Ça vise à s'assurer qu'eux également participent à une transition énergétique en exportant nos surplus, bénéfice économique pour le Québec, mais bénéfice de réduction de GES pour la terre entière.

En combinant notre stratégie d'exportation avec celle qui vise l'attraction d'investissements, le gouvernement montre qu'il croit profondément, Mme la Présidente, en la capacité du Québec de concilier à la fois l'environnement et le développement économique. On peut faire les deux et on va faire les deux. Et surtout le gouvernement démontre qu'il a un plan pour lutter aux changements climatiques.

La motion que nous débattons aujourd'hui, Mme la Présidente, démontre que la deuxième opposition, à mon avis, n'a pas lu le même budget que j'ai lu. C'est correct, on peut le lire d'une façon. Mon collègue ministre de l'Environnement l'a bien spécifié, si on regarde la colonne ministère de l'Environnement, on peut voir une progression, mais c'est l'ensemble des programmes gouvernementaux, tant au MTQ, tant au MERN, tant chez TEQ, Transition énergétique Québec. Il y a des sommes qui sont un peu distribuées dans différents ministères et organismes qui ont, eux, à contribuer à la réduction de GES. Le ministère de l'Environnement doit être, lui, le chef d'orchestre qui précise, en fin de compte, les objectifs et les cibles, mais il y a des ministères à vocation économique, à vocation, en réalité, comme TEQ, qui vont réduire considérablement les gaz à effet de serre, comme le ministère des Transports, qui va réduire considérablement les GES.

Alors, la deuxième opposition n'a pas tenu compte, je pense, par exemple... ou n'a pas l'air d'être au courant, on parle de 433,8 millions pour le programme Roulez vert, on parle de 30 millions pour le programme Technoclimat, on parle de 30 millions pour le programme Biomasse forestière résiduelle, on parle de 27,7 millions pour le programme ÉcoPerformance, on parle de 99,8 millions pour l'introduction d'un volet pour les grands projets industriels, grands projets industriels fortement émetteurs de GES, justement pour un programme ÉcoPerformance spécifique à eux, pour voir comment ils peuvent améliorer leur production, pour passer, par exemple, du mazout au gaz naturel, pour passer, par exemple, du mazout, du gaz naturel vers l'électricité, avec des réductions importantes des GES. Et ces enveloppes-là n'appartiennent pas au ministère de l'Environnement, elles sont distribuées, en fin de compte, soit à Transition énergétique, au MERN ou dans différents ministères économiques comme le ministère de mon collègue, le ministère de l'Économie, pour la réduction des GES. Transition énergétique Québec jouera également un rôle clé en contribuant avec des ministères responsables dans toutes ces nouvelles mesures en matière de changements climatiques. Je parle notamment, Mme la Présidente, de l'enveloppe de 190 millions de dollars qui sera consacrée à des mesures d'accompagnement adaptées aux besoins des grandes entreprises industrielles. TEQ, Transition énergétique Québec, travaillera à déterminer les mesures les mieux adaptées.

Donc, comme gouvernement, on veut faire quoi, Mme la Présidente? On veut accompagner les industries à fortes émissions de GES, les accompagner, les soutenir financièrement pour qu'ils transforment leur production, pour qu'ils revoient leurs méthodes, mais, à terme, pour qu'il y ait des gains nets en réduction de GES, et c'est très porteur parce qu'effectivement ces grands émetteurs là, les gestes qu'ils peuvent poser ont de grands impacts.

Dans le secteur résidentiel, Mme la Présidente, on va continuer d'offrir le soutien à la rénovation verte. Alors, on a, dans le secteur résidentiel, investi 87 millions pour reconduire le programme Rénovation Québec et RénoRégion au cours des prochaines années.

Un autre truc que je voudrais vous parler, Mme la Présidente. Il y a deux semaines maintenant, je crois — j'ai de la misère avec mon agenda — on a édicté un règlement, Mme la Présidente, un règlement qui peut paraître, en fin de compte, banal mais qui a des impacts importants. On est venu édicter le règlement qui oblige, qui oblige l'injection de gaz naturel renouvelable, une injection minimale à l'intérieur, en fin de compte, de la production de gaz naturel au Québec. Ça peut paraître banal, mais, en 2020, on exige 1 % minimalement. Pourquoi seulement 1 %? On veut s'assurer que l'écosystème au Québec se développe. On ne veut pas importer du gaz renouvelable de l'extérieur, donc on veut permettre aux entreprises de se développer pour pouvoir produire ce gaz renouvelable là. Ça va passer à 2 % en 2023 et 5 % en 2025, 5 % de gaz naturel renouvelable à l'intérieur du pipeline ou à l'intérieur de la production de gaz naturel au Québec.

• (15 h 50) •

Ça permet quoi, ça? C'est parce que juste le 5 %... 1 %, là, c'est 114 000 tonnes de GES, l'équivalent de 28 000 véhicules de moins sur les routes. Ça, c'est pour la première année. 5 %, règle de trois, en 2025, 150 000 voitures. Ça, c'est une chose, mais l'autre chose, c'est que ce gaz naturel renouvelable là va provenir d'où, Mme la Présidente? Par exemple, d'usines de biométhanisation. Quand j'étais à la ville de Québec, je m'occupais du dossier de l'usine de bio à Québec. Alors, effectivement, on prend les boues des citoyens, les boues résidentielles, on prend les matières organiques, on fait un digestat, on peut retourner ça aux champs. Environnementalement, c'est fantastique, là, à la place d'aller enfouir ces éléments-là. Et en plus qu'est-ce que ça produit? Un gaz naturel renouvelable qu'on peut injecter, en fin de compte, dans le réseau de gaz naturel. Juste l'usine de biométhanisation de Québec, c'est 10 millions de tonnes. Et le gouvernement favorise, en réalité, ce développement-là. Donc, des mesures comme ça, à terme, en 2025, l'injection de gaz naturel minimalement à 5 %, c'est près de 600 000 tonnes de GES par année. C'est fantastique.

Alors, en conclusion, Mme la Présidente, dans le dossier complexe comme celui-là, des fois la deuxième opposition est difficile à comprendre. C'est comme si elle ne tenait pas compte de l'ensemble des investissements gouvernementaux. Je vous ai énuméré ceux de TEQ. Uniquement ceux de mon ministère, c'est plusieurs centaines de millions qu'on ne considère pas, mais qui ont le seul objectif de faire de la transition énergétique puis de réduire les GES, exactement, là, dans le cadre de la motion qui est amenée ici. Ces sommes-là, là, jamais ils n'en parlent, alors ils n'en tiennent pas compte. Ils ne tiennent pas compte de l'effet, par exemple, de la production d'énergie renouvelable. Ils ne tiennent pas compte de la réduction des déchets enfouis via différentes mesures gouvernementales.

Alors, ce que je dirais, c'est : Fort heureusement, Mme la Présidente, notre gouvernement a des appuis solides dans ce dossier, mais aussi de nombreuses entreprises qui ont la volonté de consommer différemment, de participer à la transition énergétique, donc, je le réitère, ça permet de faire du développement économique, de faire de l'innovation, d'exporter nos connaissances, d'exporter notre hydroélectricité au bénéfice économique du Québec, mais, naturellement, au bénéfice de la réduction des GES, puis favorable à éviter le changement climatique qui nous guette.

Donc, toutes ces mesures-là, quand on les prend puis qu'on fait la somme de ces mesures-là, c'est des investissements, Mme la Présidente, sans aucune mesure sur les anciens budgets, sans aucune mesure. On ne peut pas regarder seulement la colonne budgétaire d'un ministère. Moi, à mon ministère, MERN, là, ça n'a presque pas changé, ma colonne budgétaire, mais j'ai une société d'État qui s'appelle Transition énergétique Québec, c'est là que ça se passe, là. Allez voir un peu les lignes là-dedans, puis effectivement Transition énergétique Québec, les investissements, essentiellement pour faire la transition, réduire la dépendance aux hydrocarbures et surtout quoi? Réduire les GES, Mme la Présidente. Notre gouvernement, on est très fier. On prend acte des enjeux, et soyez assurés qu'on s'y attaque, mon collègue, et moi, et tous mes collègues, pour être au rendez-vous de la réduction des GES. Merci.

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie de votre intervention, M. le ministre. Et maintenant je vais céder la parole à M. le député de Jonquière, et tout en vous indiquant que votre formation politique dispose d'un temps de parole de 8 min 24 s.

M. Sylvain Gaudreault

M. Gaudreault : Oui, merci, Mme la Présidente. Vous savez, la démonstration de la réalité des impacts des changements climatiques qui deviennent une crise climatique, cette démonstration-là n'est plus à faire. On peut quand même prendre juste quelques exemples pour se mettre dans l'ambiance quant à l'urgence d'agir. Par exemple, la NASA a dit récemment, à la fin de l'année 2018, que 2018 a été la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée. Donc, les températures mesurées en 2018 se rangent ainsi tout juste derrière celles observées en 2016, 2017 et 2015. Drôle de hasard.

L'Organisation météorologique mondiale, qui est basée à Genève, observe que la température moyenne à la surface du globe en 2018 a dépassé d'environ 1 °C celle qui prévalait à l'époque préindustrielle, donc entre 1850 et 1900. Sur les 22 dernières années, on a dénombré les 20 années les plus chaudes jamais enregistrées, Mme la Présidente. Alors, les scientifiques sont clairs, les données sont claires, cette réalité scientifique donne des effets bien concrets au Québec.

Pour les gens qui sont préoccupés, par exemple, des investissements ou des dépenses publiques, Hydro-Québec nous a dit que les changements climatiques font la vie dure au réseau d'Hydro-Québec, qui a connu le plus de pannes, une explosion de pannes jamais connue auparavant. Quand? En 2018, à cause des brusques variations météorologiques reliées aux changements climatiques, par exemple le verglas, des pluies torrentielles, etc., qui fait en sorte qu'il y a eu beaucoup, beaucoup de pannes, donc, avec 17 000 pannes majeures en 2018, ce qui représente un bond de 78 % comparativement à la moyenne des trois années précédentes. Alors, ça, ça se reflète comment? Ça se reflète par du temps supplémentaire de travailleurs, travailleuses d'Hydro-Québec qu'il faut qu'ils aillent remonter des lignes, faire en sorte que les pannes soient solutionnées, réglées, et ça se reflète, en bout de ligne, dans nos tarifs d'hydroélectricité, Mme la Présidente. Alors, c'est assez clair là-dessus.

Et sans compter, dernier exemple — puis on pourrait continuer longtemps comme ça dans les exemples frappants — les impacts sur la santé. Alors, de plus en plus, du côté du Parti québécois, nous faisons la démonstration de ces liens inhérents entre santé et changements climatiques. Le groupe Ouranos, qu'on connaît bien, qui travaille sur l'adaptation aux changements climatiques, prévoit que, d'ici 2060, ça va coûter entre 500 millions et 1 milliard de plus simplement en augmentation de coûts du système de santé pour, par exemple, les problèmes de santé reliés à la pollution atmosphérique, comme les problèmes de santé pulmonaire, les cas d'asthme, par exemple, ou l'augmentation, même, des maladies qu'on voyait avant sous les tropiques ou sous des latitudes plus au sud, je pense à la maladie de Lyme, au virus du Nil occidental qui apparaît chez nous. Et on sait que toutes ces situations de santé publique touchent qui, d'abord et avant tout? Les populations les plus vulnérables. Donc, dans ce sens-là, la lutte contre la crise climatique est un enjeu de santé publique, mais un enjeu surtout de justice sociale.

Ceci étant dit, on se retrouve aujourd'hui avec une motion du mercredi qui nous convient mais qui est imparfaite, Mme la Présidente, dont la rédaction est boiteuse, malheureusement, de la part du deuxième groupe d'opposition, comme d'ailleurs, à mon point de vue, sa stratégie de confrontation et de polarisation qu'il a annoncée la semaine passée est boiteuse également, mais ça, là-dessus, on aura d'autres occasions d'y revenir. Parce que, quand je regarde sa rédaction de leur motion du mercredi, Mme la Présidente, on dit : «Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement caquiste de proposer, d'ici le 1er octobre 2020, un plan de réduction des émissions de GES approuvé par un expert indépendant du gouvernement qui permet d'atteindre les cibles recommandées par le GIEC pour 2030.» Alors là, c'est tout un rôle qu'on donne à cet expert indépendant. Parce qu'il fait quoi, le GIEC? Bien, il est venu faire des recommandations qui s'adressent à l'ensemble de l'humanité, et là on confie à un expert indépendant au Québec le mandat de venir nous dire si l'humanité se dirige dans la bonne direction.

Ça fait que je comprends que ce n'est pas ça que QS voulait dire, mais, quand on fait une motion à l'Assemblée nationale, le minimum, c'est de s'assurer qu'elle est bien rédigée pour que chaque mot puisse dire réellement ce que ça veut dire, Mme la Présidente, parce qu'on n'est pas n'importe qui, nous, quand on parle, comme législateurs, et quand l'Assemblée nationale parle, nous le souhaitons, d'une seule voix. À moins que l'objectif de QS soit de faire seulement des effets de toge pour avoir l'air d'être encore plus engagés que n'importe qui. Mais moi, je ne suis pas là pour faire des effets de toge puis du théâtre, Mme la Présidente, je suis ici comme député pour faire en sorte que l'Assemblée nationale puisse parler le plus possible d'une seule et même voix.

Donc, quand ils viennent nous dire ça, bien, il faut d'abord savoir qu'est-ce qu'il a dit, le GIEC. Parce que, là, ils nous disent, les recommandations du GIEC... J'imagine que QS fait référence au rapport du GIEC, le dernier, là, en titre, le plus fort, celui du mois d'octobre dernier, en 2018, deux mois avant la COP24 qui s'est déroulée en Pologne. Alors, il est dit dans ce document que «les émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone d'origine anthropique devraient être réduites d'environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d'ici à 2030, et il faudrait atteindre un "bilan nul" des émissions aux alentours de 2050». Bon, donc, si c'est ce que veut reprendre QS dans sa motion, ça veut dire que QS vient nous dire ici, là, dans une motion du mercredi : On va changer nos cibles pour 2030, pour lesquelles on s'est engagés internationalement à 37,5 % pour 2030, sur la base de 1990. QS vient nous dire : Non, non, nous autres, on ne tient plus compte de ça, puis, «by the way», dans une motion du mercredi, on va ramener ça à 45 %.

Moi, je suis bien prêt à faire le débat, Mme la Présidente, mais ce n'est pas vrai qu'on va régler ça dans une motion du mercredi. Parce qu'en plus, en faisant ça, QS est en train de détourner ou de contourner le processus qui est prévu par la Loi sur la qualité de l'environnement. Et le dernier a été fait en 2015 par l'ancien ministre David Heurtel avant d'aller à Paris. La Loi sur la qualité de l'environnement prévoit un processus où il doit y avoir une consultation. Je l'ai, le document, ici, j'invite nos amis de QS à aller le lire, Cible de réduction d'émissions de gaz à effet de serre du Québec pour 2030  Document de consultation. Alors, ça, c'est prévu par la loi.

• (16 heures) •

On ne peut pas, dans une motion du mercredi, dire : Bien, écoutez, le GIEC nous dit de mettre ça à 45 %, tiens, on va le faire à 45 %. Ça ne respecte pas notre processus démocratique qu'on s'est donné, qui pourrait être encore plus clair, encore plus démocratique puis encore plus de consultation. Mais là vous comprenez qu'on a un vice de forme important.

Puis là je termine, Mme la Présidente, c'est très frustrant de manquer de temps, mais j'ai un amendement à déposer, qui va se lire comme suit : Que la motion de la cheffe du deuxième groupe d'opposition soit amendée :

1° en remplaçant, à la fin du premier alinéa, les mots «cibles recommandées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)» par les mots «engagements internationaux du Québec»;

2° ajoutant, après le premier alinéa, le suivant :

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement d'appeler en commission parlementaire le projet de loi n° 194, Loi visant à assurer le respect des obligations du Québec relatives aux changements climatiques, afin de procéder à des consultations particulières.»

Alors, ça, c'est l'amendement que je dépose à ce stade-ci. Puis je termine en vous disant que j'amène dans cet amendement l'idée du projet de loi n° 194 que j'ai déposé. Pourquoi? Parce qu'il est rassembleur. Pourquoi? Parce qu'il répond à la fois aux préoccupations du ministre, qu'il a dites tantôt, puis à ce que la deuxième opposition ici nous propose. Quand ils nous disent qu'ils veulent avoir un expert indépendant, là, bien, ça tombe bien parce que, dans le projet de loi n° 194, il y en a un qui existe, au Québec, qui s'appelle le Commissaire au développement durable, puis je lui donne un rôle plus important. Et, du côté du ministre, bien, je lui aide à aller plus vite puis à prendre de l'avance sur son plan d'action qu'il devra faire à partir de 2020 parce qu'on pourrait faire une consultation publique sur le projet de loi n° 194 pour savoir si c'est une bonne idée ou non puis l'améliorer. Merci, Mme la Présidente.

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, M. le député de Jonquière. Et je vous rappelle que votre amendement sera déposé sous réserve de la permission de l'auteure de cette motion.

Maintenant, je vais me tourner vers M. le député de Bourget pour son intervention. Et votre formation politique dispose d'un temps de parole de 19 min 58 s.

M. Richard Campeau

M. Campeau : Merci, Mme la Présidente. J'aimerais juste embarquer, comme on dit, pour faire du pouce sur ce que mon collègue de Jonquière vient de dire, l'importance d'agir. Je suis convaincu que c'est extrêmement important d'agir et, évidemment, d'agir le plus tôt. Mais je vois dans ce budget-là des actions fort intéressantes, alors permettez-moi d'aller un peu plus en profondeur et de montrer ces actions qui sont présentes.

Il y a beaucoup de montants annoncés en transport en commun. Certains ont dit qu'on avait les mêmes montants que le précédent gouvernement. Ça dépend, encore une fois, où on regarde. Effectivement, les projets annoncés peuvent être d'un montant semblable, mais il y a des choses qui sont encore absentes du PQI parce qu'elles sont à l'étude, et, quand les projets seront étudiés, les montants vont considérablement augmenter. Et on ne peut pas, pour le moment, savoir quels seront ces montants parce qu'ils sont à l'étude, justement.

Et il y en a un, un projet, qui me tient particulièrement à coeur, c'est la ligne de transport en commun de la Pointe-de-l'Île vers le centre-ville. Ce sont des investissements annoncés, d'autres sont à venir. Et on sait qu'on a besoin des investissements ciblés, des investissements colossaux et en ligne avec les transports puisque, comme tout le monde le dit, on parle de 43 % des GES qui sont reliés aux transports. Relié aux transports veut aussi dire relié à notre façon de nous déplacer, notre façon de vivre.

J'aimerais vous parler et insister d'une façon légèrement différente sur ce que mon collègue a dit tantôt par rapport au programme Roulez vert. C'est vrai que ce programme-là a été reconduit pour l'année 2019‑2020. On parle de 433 millions, et il y en a... la majorité est reconduite pour les voitures électriques, les voitures hybrides rechargeables, voitures à hydrogène, etc. Et il y a aussi quelque chose d'un peu différent, c'est une vingtaine de millions de dollars qui est reliée aux voitures électriques mais d'occasion. Ceci est suite à une analyse indépendante qui a tiré des conclusions favorables lors d'un projet pilote, et ça a poussé à aller inclure les véhicules électriques d'occasion. Est-ce que c'est le meilleur rapport dollars investis par tonne de CO2 sauvée? Non, mais c'est quand même une excellente façon de montrer les véhicules électriques aux gens, de viser l'endroit où on a le plus de problèmes au niveau des émissions de gaz à effet de serre, de 43 %, et c'est une façon de faire en même temps de la sensibilisation, il y a un effet marketing là-dedans. J'ai moi-même une voiture entièrement électrique.

À ça, il faut rajouter, bien sûr, des bornes, parce que, si on n'a pas de bornes... On a parlé des bornes prévues par Hydro-Québec, c'est essentiel, mais on a... pour les 66 000 nouveaux véhicules électriques qu'on va mettre sur le marché, qui vont venir remplacer des véhicules à essence, on va aussi ajouter 27 500 bornes de travail à la maison et 1 200 bornes de travail... de recharge au travail. Ce que ça veut dire, c'est juste 1 200 bornes de plus, mais c'est quand même majeur, dans le sens que quelqu'un qui est propriétaire d'une voiture électrique peut peut-être aller au travail, mais est-ce qu'il a la capacité d'y aller aller-retour? Alors que, s'il y a une recharge au travail, ils n'ont qu'à se soucier que de la moitié de la distance. Alors, il est évident que ce qu'on peut mettre comme bornes au travail a un impact encore plus significatif qu'une borne à la maison.

Le ministère des Transports, dans son mandat, a la tâche de favoriser aussi l'électrification des transports, et il y a des projets pilotes qui ont été mis de l'avant pour justement regarder les infrastructures de recharge dans les parcs de véhicules. C'est une façon de se demander quelle est la meilleure technologie qu'on peut utiliser, parce que, quand on parle de recharge, pour le vivre quotidiennement, on regarde la rapidité de recharge, on regarde la place où c'est situé, et tout ça, c'est important, il faut que ça puisse arriver rapidement. C'est un peu comme se demander où est la prochaine station d'essence, dans le fond. Alors, le but des ingénieurs qui vont travailler là-dessus, c'est identifier les meilleurs techniques, les enjeux opérationnels que cette nouvelle technologie là va engendrer avant de les mettre à grande échelle, pour en faire un meilleur usage.

Il y a un autre projet pilote qui n'est pas très gros, mais qui peut avoir beaucoup de conséquences au niveau sensibilisation, encore une fois, c'est de viser les écoles de conduite. L'idée, c'est qu'un apprenti conducteur, s'il a l'occasion d'essayer un véhicule électrique, quant à moi, va découvrir à quel point c'est agréable de conduire un véhicule électrique par rapport au véhicule traditionnel. Alors, on leur donne la chance avec un budget qui n'est pas très élevé. Et on vise, à ce moment-là, une trentaine d'écoles de conduite. C'est un projet pilote réparti sur deux ans et un montant qui n'est pas très élevé, de 4,5 millions de dollars, mais c'est de la sensibilisation qu'on veut faire.

À l'intérieur du MTQ, encore une fois, il y a un programme de mobilité durable 2030, et le gouvernement donne encore une fois la chance au coureur avec des investissements pour des essais. Ce sont des modes de transport alternatifs et pour l'interconnexion. On parle, à ce moment-là, d'autopartage, de vélopartage, de taxibus, d'auto en libre service. Bref, ce qu'on veut éviter, c'est l'auto solo... ou minimiser, en tout cas, le nombre de kilomètres faits en auto solo pour se rendre à un transport en commun.

Je pense qu'on peut carrément dire que le gouvernement contribue activement à la valorisation aussi du transport alternatif. C'est une responsabilité de l'État, d'ailleurs, de mettre de l'avant ce transport alternatif là, et c'est ce qu'on fait. C'est une façon, pour le ministère de l'Environnement et la Lutte aux changements climatiques, de créer une meilleure sensibilisation face à la population et qu'on puisse chacun, chacune réduire notre empreinte énergétique ou notre «carbon footprint».

Dans peu de temps, ça va faire un an que la politique de mobilité durable 2030 a été mise de l'avant. Ceci touche l'ensemble des régions du Québec. C'est une politique qui doit être simple, efficace et appropriée. Quand on parle de mobilité, on parle souvent d'investissements majeurs. On doit... Il faut aller vers ces investissements majeurs là si on veut que ceci puisse à la fois aider à baisser les gaz à effet de serre et contribuer à verdir notre économie.

• (16 h 10) •

Dans les années 60, le Québec a fait figure de leader quand il a été vers l'hydroélectricité. Il y a encore beaucoup d'autres provinces, d'ailleurs, qui viennent chercher notre expertise, c'est bien connu. Et on est peut-être chanceux d'avoir la géographie que nous avons. On a l'eau, les rivières, on a les dénivellations qui font en sorte qu'on puisse se permettre d'avoir des barrages. Et à la fois on aurait pu décider, comme d'autres, d'aller forer en mer, d'aller... se tourner vers le nucléaire, et pourtant on est restés avec l'hydroélectricité. À la fois... C'était un choix. Et on veut juste accentuer l'utilité de ce choix qui a été fait il y a maintenant près de 60 ans. D'ailleurs, en 2020‑2023, ça va faire exactement 60 ans qu'Hydro-Québec aura racheté l'ensemble des fournisseurs d'électricité au Québec.

Vous êtes sans doute au courant, Mme la Présidente, de ce qui a été avancé par rapport à nos exportations d'énergie, que ce soit en Ontario, que ce soit vers nos voisins du Sud. Et on a récemment eu un avis favorable de la commission des services aux collectivités du Maine, et nul doute que ceci devrait avoir une influence sur d'autres États américains.

On peut souvent parler de combattre les GES, et j'en suis tout à fait. Les combattre ici, c'est excellent. Mais, si on va contribuer à baisser les gaz à effet de serre chez nos voisins en s'enrichissant au Québec, bien, ce n'est que mieux pour le Québec. Et ce n'est que mieux parce que les gaz à effet de serre ailleurs, comme dans les États américains du Nord-Est, sont plus élevés que ce que nous avons ici. Alors, au total, on a plus d'effet sur la planète en travaillant à la fois au niveau économique et à la fois au niveau environnemental.

Le budget nous apprend aussi qu'on a un 105 millions de dollars qui est investi dans différentes mesures qui sont reliées aux changements climatiques. De ça, il y a une portion de 80 millions qui va au domaine forestier et pour favoriser essentiellement la plantation d'arbres. C'est la façon... On parle de plantation d'arbres, ça a l'air tout simple, mais c'est une excellente façon de séquestrer le carbone à l'intérieur de l'arbre, comme tel. Alors, c'est sûr que ceci va énormément nous aider.

Il y a des mesures qui touchent la valorisation de la matière organique, donc le compost, la réduction des halocarbures, c'est-à-dire... Les halocarbures sont des produits qui ont un effet démesuré, comparativement au CO2, à la fois sur la couche d'ozone mais à la fois au niveau des gaz à effet de serre.

Les oppositions, souvent, blâment le gouvernement, et la première opposition en particulier, et c'est probablement le jeu de l'opposition, mais il faut que ce soit crédible un peu. Je m'éloigne du sujet pour y revenir encore très rapidement. Je ne suis pas du genre à insister sur : Ça fait 15 ans d'ère libérale, j'oublie cette ritournelle-là. Mais on va prendre des faits. Quand il y a plusieurs écoles qui ont de la moisissure, quand il y a des écoles et des hôpitaux qui perdent des briques, quand on a des routes en mauvais état, est-ce qu'on pourrait parler d'une vision à long terme qui a été déficiente? Dans une usine — c'est ce que je connais beaucoup, les usines — quand les briques tombent, là, c'est parce que l'investisseur a cessé de croire en son investissement, on est en train de fermer l'usine. On a vraiment laissé aller des choses d'une façon malheureuse. C'est ça que le Québec... qui nous a été légué, à l'arrivée de la CAQ au pouvoir.

En environnement, est-ce que c'est mieux? Pas vraiment. On pense aux cas de surverse qui ont été mentionnés par le ministre de l'Environnement. Il y a énormément de cas de surverse qui se produisent encore au Québec, et on doit regarder ça. Et peut-être que ça va conduire à des investissements importants là aussi.

Donc, je demanderais à l'opposition officielle en particulier d'avoir un peu de patience. On est en poste depuis six mois, et l'environnement est un sujet plus complexe que de patcher un nid-de-poule.

En terminant, je voudrais dire que nos détracteurs ont passé beaucoup de temps à présenter des motions pour mettre le gouvernement dans l'embarras, mais, si on étudie avec plus de détail le budget et, comme le disait mon collègue à l'Énergie, si on ne regarde pas juste l'aspect environnement, mais qu'on regarde le transport, l'économie, on peut voir énormément de mesures qui touchent l'environnement. On ne doit pas se soucier seulement d'environnement. Pour moi, le mot «environnement» a toujours eu un aspect un peu vide. Parler d'environnement, c'est beau, mais l'environnement ne va pas si mal que ça. Le mot «environnement» tout seul ne veut rien dire. Pour moi, ce qui m'intéresse, c'est le transport durable, donc environnemental, l'économie verte, donc environnementale, la sensibilisation citoyenne pour que les gens voient leur impact personnel. Tout ça, c'est environnemental. Mais le mot «environnement» tout seul, pour moi, ça n'a pas beaucoup de sens. Et, si on regarde le budget avec ces yeux-là, je pense qu'on peut faire de très belles découvertes. Merci, Mme la Présidente.

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : C'est moi qui vous remercie, M. le député de Bourget. Maintenant, pour la suite, dans le cadre de ce débat, je vais céder la parole à Mme la députée de Taschereau.

Mme Catherine Dorion

Mme Dorion : Mme la Présidente, l'urgence climatique va bientôt se transformer en crise sociale mondiale. Le mouvement pour le climat est déjà bien en selle au Québec comme ailleurs.

Moi, je vois un peu ça comme l'équivalent contemporain du mouvement anticolonialiste de l'après-guerre. À cette époque-là, partout dans le monde, les peuples colonisés luttaient pour leur indépendance politique, et au Québec on s'inspirait directement d'eux. L'indépendantisme québécois prenait du galon. La «grande noirceur», tout à coup, était traversée de plein de craques de lumière.

Et, comme jadis l'anticolonialisme, aujourd'hui, la lutte environnementaliste se joue localement mais partout sur la planète en même temps, parce que les humains sont constitués du territoire particulier qui se trouve sous leurs pieds. Vous remarquerez : quand rien ne va plus dans nos têtes ou dans notre coeur, on y retourne, au territoire, parce qu'il nous rappelle qui nous sommes. Ici, nous sommes tous unis par le territoire et le climat de ce pays sans pays, qui a tracé ses sillons en chacun de nous. Alors, oui, nous sommes Québécois parce que l'histoire, parce que la langue, mais aussi parce que la neige, parce que la forêt, parce que le fleuve, les oies, les baleines, les épinettes. Jamais nous ne serions qui nous sommes aujourd'hui s'il n'y avait pas les saisons du Québec.

C'est des Innus qui m'ont fait réaliser à quel point la culture est enfantée par le territoire. Ils m'ont dit : On est issus du territoire, ça fait des millénaires qu'on est tissés de lui. Si on le laisse mourir, ça ne sert à rien de dire qu'on est autochtones. Et c'est pour ça, les blocages de route, les barrages, la fermeté de nos luttes contre divers projets d'exploitation, parce que, quand le territoire est attaqué, c'est ce que nous sommes qui est attaqué. Et c'est précisément pour ça qu'aujourd'hui, dans le monde entier, les citoyens reprennent goût à la résistance.

Et j'aimerais suggérer au gouvernement du Québec de prendre acte de cette force qui grandit ici dans notre peuple comme une conscience nouvelle et très ancienne à la fois. J'aimerais tellement ça que le gouvernement cesse d'accorder plus d'importance aux lobbys des énergies fossiles qu'à l'avenir de son peuple. C'est fou qu'on en soit encore à faire des souhaits comme celui-là aujourd'hui.

Mais, dans ce que je dis, il y a déjà un problème. C'est que, même si le gouvernement québécois décidait d'y aller avec une transition écologique digne de ce nom, une transition qui nécessiterait de sérieux investissements, comment le pourrait-il sans remettre en question l'appartenance du Québec au Canada? L'intérêt national du Canada a pour socle les ressources fossiles, le lobby pétrolier y est tout-puissant. Le Canada fait peser une constante pression sur le Québec pour y faire passer son pétrole sale d'une manière ou d'une autre. On a eu la menace d'un pipeline, on a eu Mégantic. Notre magnifique fleuve est en train de se transformer en artère pétrolière. Il y a le projet de gazoduc d'Énergie Saguenay, il y a eu le projet de port méthanier à Cacouna. Le Parti conservateur, qui est en avance dans les sondages, promet de relancer Énergie Est. Aïe! On les a menées, les batailles, au Québec, on l'a fait, le débat de société. On n'en veut pas, de l'énergie sale de l'Ouest. À qui est-ce qu'il faut qu'on dise ça encore pour qu'on nous respecte sur notre territoire?

Et ça, c'est ce qui se passe chez nous, mais il y a ce qui se passe ailleurs dans le Canada aussi avec notre argent. Le fédéral a toujours subventionné le pétrole albertain, alors qu'il n'a jamais octroyé une cent à Hydro-Québec. Trans Mountain va coûter des milliards d'argent public. Et, pendant qu'au Québec on ferme notre unique centrale nucléaire, Trudeau, lui, dit du nucléaire qu'il fait partie du panier d'énergies propres du Canada?

En plus, on est incapables, avec les seuls pouvoirs d'une province, d'aller chercher l'argent là où il se trouve pour s'assurer de ne pas faire reposer tout le virage écologique sur les seules épaules de la classe moyenne québécoise, c'est-à-dire dans les paradis fiscaux, dans un impôt sur le chiffre d'affaires des GAFAM, dans une taxe sur les transactions financières, par exemple. C'est toutes des choses qu'on ne peut pas faire nous-mêmes, ça. Puis ça n'a aucun sens qu'on soit encore pognés à négocier des virgules à Ottawa pendant que les autres peuples se rassemblent à l'international pour s'entendre sur les moyens de contrer les changements climatiques ensemble.

Et là vous vous dites peut-être : Oui, O.K., mais ce n'est pas très sérieux. Le problème avec l'indépendance, c'est que ce n'est plus à la mode. Ça a été démodé dans les dernières décennies par un nationalisme de mauvais goût, et là on part de loin. Alors, comment faire?

Je sais que François Legault a jeté l'éponge en se disant : Ah! ça va être trop dur, je sais qu'il y en a qui sont plus fatigués que nous...

• (16 h 20) •

Une voix : ...

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Vous avez raison, oui, vous avez raison. Nous devons nommer les membres de cette Assemblée par leur titre, Mme la députée. Veuillez poursuivre.

Mme Dorion : Je sais que le premier ministre a jeté l'éponge en se disant : Ah! ça va être trop dur, je sais qu'il y en a qui sont plus fatigués que nous, mais nous autres, on est du monde travaillant et on est du côté de l'avenir. Regardez où Québec solidaire en est aujourd'hui. On est en train de participer avec d'autres dans la rue à transformer notre époque, on est en train de créer sur le terrain le plus vif désir d'appartenance politique que le Québec ait connu depuis la Révolution tranquille. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est les vieux qui viennent à nos rassemblements avec le coeur qui brille puis qui nous disent : C'est exactement ça qu'on faisait, c'est exactement ça, puis qui nous disent : Je veux tellement qu'on sauve la beauté du Québec!

Le gouvernement parle beaucoup de laïcité de l'État, comme si des religieux se promenaient tous les jours ici, dans les couloirs du parlement, à essayer d'avoir des rendez-vous avec eux pour influencer les lois. Il n'a pas l'air à réaliser que la religion dont il faut se défendre aujourd'hui, celle qui a une réelle emprise sur nos gouvernants, c'est celle qui dit : Pensez à l'économie d'abord, alors qu'elle est en train de procéder au plus grand gaspillage de l'histoire de l'humanité.

Le gouvernement veut protéger notre identité? Bien, qu'il protège notre territoire, qu'il protège notre air, notre eau, nos forêts, notre fleuve, parce que nous sommes faits de ce territoire-là. Nous sommes ce territoire-là. Et, quand il laisse des compagnies lucratives le détruire ou le tapisser d'asphalte, quand il les laisse polluer notre air et briser nos hivers, c'est nous qu'il laisse attaquer.

Alors, je ne sais pas pour le premier ministre, mais nous, on se crache dans les mains puis on recommence pour donner raison à Desjardins quand il chante que nous aurons des territoires coulés dans nos veines et des amours qui valent la peine. Merci.

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, Mme la députée de Taschereau. Et maintenant je vais céder la parole à M. le député de Masson, tout en vous indiquant que votre formation politique dispose d'un temps de parole de 6 min 20 s.

M. Mathieu Lemay

M. Lemay : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, quand j'ai pris connaissance de la motion de la cheffe du deuxième groupe d'opposition, je n'ai pas été surpris de voir resurgir le fameux ultimatum du 1er octobre 2020, leur ultimatum qui demande, dans le fond, au gouvernement qu'il présente un plan de réduction des gaz à effet de serre approuvé par un expert indépendant pour le 1er octobre 2020. On le sait, on l'avait vu dans les médias, c'était connu. Mais ça me fait plaisir d'en parler aujourd'hui avec vous parce que c'est une occasion d'expliquer, là, une simplicité que je trouve un petit peu troublante, Mme la Présidente.

Il y a trop peu d'aspects de la protection de l'environnement qui sont pris en considération. Ici, ce qu'on parle, là, l'unique vedette, là, de leur ultimatum, c'est les gaz à effet de serre. Donc, moi, ce que je dis, c'est qu'il n'y a pas juste les gaz à effet de serre, l'exploitation puis l'exploration du pétrole, au Québec, il y a beaucoup d'autres sujets aussi qui touchent l'environnement. Ça fait que je me serais attendu d'avoir une proposition qui englobe la totalité des aspects qui touchent à l'environnement, mais ça n'existe pas, pour la cheffe de la deuxième opposition, parce qu'il y a un focus qui est fait sur les gaz à effet de serre.

Si je me réfère simplement à l'article 1 de la Loi sur la qualité de l'environnement, le premier article, celui qui définit, qui donne toutes les définitions de qu'est-ce qui touche à l'environnement, on peut lire... Pour, justement, le mot «environnement», qu'est-ce qu'on trouve dans l'article 1 de la LQE, ça dit : «"Environnement" : l'eau, l'atmosphère et le sol ou toute combinaison de l'un ou l'autre ou, d'une manière générale, le milieu ambiant avec lequel les espèces vivantes entretiennent des relations dynamiques.» Donc, on...

Puis après ça on a d'autres définitions, dans l'article 1, notamment la définition des contaminants, puis on nous dit : Un contaminant, ça peut être une matière solide, une matière liquide, une matière gazeuse, un microorganisme, un son, une vibration, un rayonnement, une chaleur, une odeur, une radiation ou toute autre combinaison de l'un ou l'autre susceptible d'altérer de quelque manière la qualité de l'environnement. Ça fait qu'on se rend compte qu'il y a plusieurs aspects qui touchent... Ce n'est pas juste les gaz à effet de serre, Mme la Présidente.

Puis là, quand nous parle, après ça, de sous-définition de qu'est-ce que peut être aussi un contaminant, là on parle de matières résiduelles, de matières dangereuses, on parle d'onde matérielle, on parle... C'est plein de contaminants, Mme la Présidente, qui peuvent devenir des polluants lorsque leur présence dans l'environnement dépasse un certain seuil réglementaire.

Puis après ça, dans la présente loi de la LQE, aussi on a d'autres définitions d'activités. Puis là, au niveau des activités, c'est que ce n'est pas juste relié à l'exploitation pétrolière, puis il y a des contaminants potentiels de l'environnement qui ne sont pas uniquement les gaz à effet de serre. Ça fait que je voulais juste vous faire un petit topo là-dessus, Mme la Présidente.

Puis d'ailleurs, pour vous mentionner que nous, avec ma formation politique, on ne se préoccupe pas seulement des gaz à effet de serre, mais on se préoccupe de toute la panoplie de qu'est-ce qui touche à l'environnement, c'est qu'en fin de semaine dernière on avait nos tables régionales, et nos tables régionales portaient justement sur un sujet qui devrait être fort intéressant, que la deuxième opposition devrait trouver intéressant, c'était pour une économie verte. Là, vous allez me dire... Je sais que le mot «économie», le deuxième groupe d'opposition, ça va les faire un petit peu friser, si on parle de ça, mais on parle d'économie verte dans une perspective de développement durable, parce qu'on le sait, dans le développement durable, on a un segment en environnement, on a un segment d'acceptabilité sociale et on a aussi un segment d'économie. Donc, c'est important. C'est pour ça qu'on a parlé d'économie verte pour relancer notre Québec. Alors, c'est un moteur durable, des solutions concrètes qu'on a proposées en fin de semaine dans nos tables régionales, qui ont eu lieu à l'ensemble du Québec, pour nous aider à préserver notre environnement. Bien, ce n'est pas compliqué. Comme notre ministre de l'Environnement l'a si bien dit, notre objectif, c'est d'assurer des milieux sains, de protéger la biodiversité, d'investir dans les transports collectifs, d'améliorer la gestion de nos matières résiduelles, d'électrifier nos transports puis aussi de décontaminer nos terrains. C'est important, la décontamination. C'est autant de gestes inspirants que notre gouvernement va poser pour assurer le bien-être de nos générations futures. C'est ça qu'on doit tenir en considération.

Aussi, on a abordé... Parmi les thèmes qu'on a abordés, c'est le thème de la transition énergétique. Puis on en a parlé tout à l'heure, là, c'est évident, mais, c'est sûr, c'est nécessaire, on doit faire une transition énergétique, dans un contexte de réchauffement climatique, tout le monde est d'accord avec ça, là, parce que ça a des impacts sur tous les êtres vivants. Je ne commencerai pas à vous dire toutes les propositions qu'on a dans le cahier, là, c'est public, là, pour ceux qui veulent avoir l'information, là, mais, bref, on a parlé d'efficacité énergétique, de production d'énergie renouvelable, d'aide à l'industrie vers l'utilisation d'énergie renouvelable, d'électrification des transports, d'exportation d'électricité. C'étaient des sujets qu'on avait sur ce thème-là.

Aussi, on a parlé de mettre 100 millions de dollars pour moderniser nos centres de tri. Ça fait que ce n'est pas juste les gaz à effet de serre, M. le Président, qu'on s'apprête à faire la refonte en environnement. On a parlé de stratégie de matières résiduelles, qui est développée de manière continue au ministère de l'Environnement et Lutte aux changements climatiques, qui va contenir des mesures systémiques parce qu'on a revu le rôle et les acteurs de la chaîne de valeur de recyclage et de la récupération.

On avait aussi un autre sujet qui parlait des modes d'emballage, de consommation. Puis on le sait, on... Ça fait que, si on veut parler, là... si on veut réduire l'effet de... zéro déchet, bien, on doit parler de retrait de plastique à usage unique, de redevance sur les bouteilles d'eau, de lutte contre le suremballage, de lutte contre le gaspillage alimentaire, de recyclage du verre, d'économie circulaire, de gaz naturel renouvelable. C'est tous des sujets qui doivent être abordés, M. le Président.

Je vois le temps filer, là. Il nous reste moins d'une minute, effectivement. Merci, M. le Président.

Qu'est-ce qu'on a fait aussi, on a parlé de la protection du territoire dans nos tables régionales. Puis là, dans la protection du territoire, bien, on a parlé des aires protégées au Québec, des aires marines protégées dans l'estuaire et le golfe Saint-Laurent. On a aussi parlé de qu'est-ce qu'on devrait faire avec les stations d'assainissement des eaux, des pesticides en milieu agricole et urbain. On a parlé du développement de circuits d'achats locaux, de déversements illégaux de sols contaminés et d'agriculture biologique. Je ne veux pas vous convertir au programme de la CAQ, là, mais je peux vous dire qu'on agit en environnement puis qu'on est loin d'être passifs, M. le Président.

Donc, puisqu'il reste 20 secondes, là, je vais tout de suite sauter à la fin, là. Dans le fond, on prend le temps de penser aux solutions réalisables, aux actions concrètes qu'on peut entreprendre pour faire du Québec de demain un Québec plus vert. Les gaz à effet de serre font partie du problème, mais il n'est pas sage d'oublier le reste. C'est en voulant trop simplifier un débat qu'on s'égare dans les propositions simplistes. Au gouvernement, on préfère traiter de ce sujet complexe en prenant une approche plus pragmatique et plus réfléchie. Merci, M. le Président.

• (16 h 30) •

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole à M. le député de Laval-des-Rapides, en lui rappelant que vous avez 10 min 38 s.

M. Saul Polo

M. Polo : Merci beaucoup, M. le Président. Écoutez, il me fait grand plaisir de prendre la parole après les nombreux intervenants, là, sur cette motion du mercredi, sur un enjeu qui nous préoccupe tous au plus haut point. Je pense que, d'une façon ou d'une autre, là, l'ensemble des collègues qui ont pris la parole l'ont exprimé à leur façon, selon leur perspective et également selon la couleur de leur formation politique. Ceci dit, j'adhère également à l'urgence climatique, l'urgence d'agir, l'urgence de revoir nos façons de faire et de regarder comment nous pouvons faire une contribution quotidienne afin de limiter, justement, les effets de gaz à effet de serre mais également du réchauffement de la planète.

M. le Président, au cours des dernières années, là, nous avons pris non seulement... collectivement, nous avons pris acte de l'importance de ce débat-là, mais également les habitudes quotidiennes des individus commencent à changer. J'ai donné, ici, un exemple moi-même, et ça suit les nombreuses mesures qui ont été mises en place par le gouvernement du Québec au cours des dernières années : l'achat d'une deuxième voiture électrique. Et justement le réseau et notre production d'électricité au Québec favorisent ce genre d'achat là. Mais, également, je tiens à souligner, par exemple, les subventions offertes par la ville de Laval pour encourager justement ce type d'achat, et donc une conscientisation, une sensibilisation individuelle au plus haut point.

Ma collègue de Maurice-Richard, dans son allocution, dans son intervention, a également souligné l'importance de travailler ensemble, de travailler avec le ministre de l'Environnement, de s'assurer que l'élan et les actions qui ont été posées par le passé au cours des dernières années se poursuivent, et même qu'on leur donne un nouveau souffle ou un souffle pour aller encore plus loin.

La question d'aujourd'hui est d'autant plus importante, M. le Président, parce qu'elle touche non seulement les cibles à atteindre, mais également les gestes qu'on pose aujourd'hui et de quelle façon est-ce qu'on concilie tout ça avec les enjeux économiques. Parce que les enjeux économiques sont indissociables de cette question-là, parce qu'il en va également du soutien que nous offrons aux différentes collectivités à travers l'ensemble du Québec. Nous avons posé un geste important ici, dans cette Chambre, en décembre 2016 lorsque le projet de loi n° 106 a été adopté. Et le projet de loi n° 106 a été adopté suite à de nombreux débats au cours, disons, de la dernière décennie. Mais le projet de loi n° 106 venait justement mettre sur pied un cadre qui permettait d'essayer de concilier les différentes inquiétudes de part et d'autre, concilier également les différents enjeux, la volonté de se donner un cadre réglementaire qui permettrait, d'une part, une plus grande transparence, une plus grande accessibilité à l'information, mais également de mettre, autour de la table, les différents intervenants qui sont touchés directement par les différents projets qui peuvent émerger à travers l'ensemble des régions.

Je veux juste, ici, revenir sur quelques paroles de celui qui, aujourd'hui, agit à titre de chef de notre formation politique, qui, à l'époque, était ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, qui disait et qui présentait, en juin 2016, le projet de loi en question : «Le projet de loi [sur] la loi sur la transition énergétique [...] institue Transition énergétique Québec, une personne morale dont la mission est de soutenir, de stimuler et de promouvoir la transition, l'innovation[...], l'efficacité énergétique et de coordonner la mise en oeuvre de l'ensemble des programmes et des mesures nécessaires à l'atteinte des cibles énergétiques déterminées par le gouvernement. Aux fins de sa mission, Transition énergétique Québec devra élaborer un plan directeur qui contiendra notamment un résumé de tous les programmes et de toutes les mesures qui sont mises en oeuvre par elle, les ministères, les organismes et les distributeurs d'énergie afin d'atteindre les cibles énergétiques.»

Ça, c'est l'introduction. Mais laissez-moi également revenir en arrière, M. le Président, en revenant sur certains des débats que nous avons eus dans la dernière décennie. Rappelez-vous, vers la fin des années 2000, le débat que nous avons eu sur les gaz de schiste. O.K. Tout d'un coup, en Montérégie, nos concitoyens se réveillaient avec les bruits de perforation à même leurs terres, soit agricoles ou privées. Ça surprenait que ce genre de... si on peut dire, d'initiatives ou de projets soient faits de façon assez cavalière. Et 29 puits ont été puisés, là, ont été forés à l'époque pour justement explorer la possibilité du potentiel de gaz de schiste ou de gaz de shale au Québec.

Suite à ça, bien, vous vous en rappelez, il y avait eu tout un tollé public, la population s'était exprimée grandement. C'était à l'époque du gouvernement de M. Charest. Et, à l'époque, le gouvernement avait mis une halte, si on peut dire, un stop à cette initiative-là dans le but justement d'essayer de récolter de l'information, de voir de quelle façon... Est-ce que la technologie était à point? Est-ce que les techniques étaient les meilleures utilisées? Est-ce que la communication de l'information et la transparence étaient de mise? Et c'est ce qui a permis justement aussi, à travers ce projet de loi là sur la Loi sur les hydrocarbures aussi, de mettre certaines dispositions.

Une des choses qui ont été reprises, M. le Président, c'est que les municipalités régionales de comté peuvent désigner, dans leur schéma d'aménagement, les territoires incompatibles avec les activités de recherche, de production et de stockage d'hydrocarbures et les orientations gouvernementales en aménagement du territoire pouvant également avoir un effet sur ces activités.

Tout ça pour vous dire que cette mobilisation citoyenne a aidé à déterminer qu'il était inacceptable pour la population, il n'y avait pas de consensus social, il n'y avait pas d'acceptabilité sociale de poursuivre ces projets-là dans la vallée du Saint-Laurent ou, en fait, sur les basses terres du Saint-Laurent.

Un autre exemple, c'est l'exemple aujourd'hui de la deuxième opposition, non, en fait, de la troisième opposition, maintenant nouvellement troisième opposition, c'est l'exemple de l'exploration et de l'exploitation pétrolière ou gazière sur l'île d'Anticosti. On s'est réveillés le 13 février 2014, M. le Président, sous le gouvernement de Mme Marois qui a annoncé qu'il allait de l'avant avec l'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti ainsi que la conclusion de l'entente entre Ressources Québec, Pétrolia, Corridor Ressources et Maurel & Prom. Cette entente visait justement à permettre à des compagnies comme Hydrocarbures Anticosti et autres de permettre justement d'ouvrir la possibilité de l'exploration et l'exploitation gazière et pétrolière sur l'île d'Anticosti.

En juillet 2017, l'ancien gouvernement ou le gouvernement précédent, le gouvernement de ma formation politique a clairement annoncé que le territoire de l'île d'Anticosti était soustrait définitivement de l'exploration pétrolière et gazière par le biais d'un arrêté ministériel. Ça a mis fin à ce débat-là, M. le Président, et l'objectif, c'était de clairement dire qu'il n'y avait aucune acceptabilité sociale, un joyau environnemental comme l'île d'Anticosti, de mettre en péril ce joyau-là en plein milieu du golfe Saint-Laurent pour le rendre accessible pour ce genre de projet là, c'était inacceptable.

Où nous en sommes rendus suite à tout ça ou en parallèle à tout ça? C'est ce que cherchait ou ce que... a été mis en place grâce au projet de loi n° 106... Et je vois qu'il me reste à peu près deux minutes. Le projet de loi n° 106 cherchait trois choses. Premièrement, créer Transition énergétique Québec, un guichet unique qui coordonnerait la mise en oeuvre de l'ensemble des programmes et des mesures nécessaires à l'atteinte des cibles de la politique énergétique de 2030. Deuxièmement, la loi viserait, visait à l'époque et vise encore aujourd'hui à donner plus de pouvoir à la Régie de l'énergie au bénéfice du consommateur. Par exemple, certains changements seront faits pour améliorer la distribution du gaz naturel et la mise en place d'unités de production de gaz naturel renouvelable. Et, troisièmement, la loi permettra également à Hydro-Québec d'accorder une subvention à la Caisse de dépôt ou toute autre entité offrant ou organisant ces services de transport collectif afin de financer les infrastructures électriques. Et, avec ces nouvelles règles, Hydro-Québec pourrait participer plus activement à l'électrification des transports collectifs.

En quoi cette loi-là est venue changer le portrait? Un, c'est la loi qui est la plus stricte ou la plus rigoureuse en Amérique du Nord pour encadrer ce genre de projet de loi. Une plus grande implication des municipalités incluant la définition des territoires incompatibles, une meilleure transparence pour les citoyens, une approbation par la Régie de l'énergie, une hausse des amendes en cas d'infraction, une mise en place des garanties financières, un plan de restauration des puits d'hydrocarbures, inscription des puits d'hydrocarbures aux registres fonciers et instauration des redevances. Et tout ça, M. le Président — je vois qu'il me reste à peu près 45 secondes — a permis... grâce notamment aux amendements, ça a permis de dissiper la confusion et de rétablir les faits quant aux droits, notamment des populations dans le cadre d'un projet d'exploitation d'hydrocarbures, d'apporter des précisions afin de répondre aux demandes concernant l'encadrement légal qui s'applique aux milieux hydriques, de permettre aux municipalités de désigner des territoires incompatibles avec l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures, de permettre aux municipalités d'obtenir une meilleure reddition de comptes de la part des entreprises susceptibles d'exploiter des hydrocarbures.

Est-ce qu'on peut faire mieux? Est-ce qu'on peut faire plus? Certainement, M. le Président. Ce qu'on vous dit aujourd'hui, c'est que notre formation politique a posé des gestes et nous voulons aller encore plus loin et travailler ensemble.

Merci beaucoup, M. le Président.

• (16 h 40) •

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.

Mme Émilise Lessard-Therrien

Mme Lessard-Therrien : Merci, M. le Président. On pourrait croire à tort que les changements climatiques sont une affaire de ville, que les problèmes appartiennent aux villes et que les solutions leur appartiennent aussi. Pourtant, du fin fond de mon rang témiscamien, je sens que le Québec de mon enfance est en train de changer.

Je me souviens quand mes soirées d'été s'étiraient tard dans la nuit au bord d'un feu de camp, quand mes matins se passaient dans le champ de fleurs, les jeans mouillés de rosée à traquer les papillons, quand la forêt devenait le théâtre de toutes sortes d'aventures. Dans ma tête d'enfant, je jouais à découvrir le monde. Est-ce que tout cela est voué à devenir chose du passé?

Cette simple pensée me bouleverse, comme l'est aujourd'hui notre vaste territoire, bouleversé. Bouleversé par les changements climatiques et leur lot de conséquences sur notre territoire, sur ce qui fait notre Québec.

L'été dernier, la canicule qui a duré toute la saison était tellement intense que les feux à ciel ouvert ont été interdits une bonne partie de l'été. Je me souviens de ces ciels complètement apocalyptiques où un soleil anormalement rouge traversait l'épais panache de fumée brune qui s'échappait des feux de forêt. Ces brasiers ont brûlé pendant des semaines.

Ce sont des centaines d'hectares de forêts saines qui sont partis en fumée. Les scientifiques le prédisent : des feux de forêt, il y en aura de plus en plus. Si on ajoute à ça une augmentation des risques épidémiologiques, alors là ça fait beaucoup de pression sur la foresterie.

Le réchauffement de la planète a aussi un impact significatif sur la faune et la flore. Prenons les espèces exotiques envahissantes. Rien que sur notre ferme, ma fille ne pourra plus courir candidement dans le champ. Le panais sauvage, l'une des quarantaines d'espèces exotiques envahissantes actuellement répertoriées sur notre territoire, y a pris racine et prolifère à une vitesse fulgurante.

L'exposition à sa sève peut causer des éruptions sévères, des ampoules ou des brûlures pouvant laisser des cicatrices. Dans notre climat nordique, le panais sauvage ne survivrait pas. Mais avec le réchauffement des températures, cette espèce est devenue plus résistante que les organismes indigènes.

Quand les chevreuils migrent vers le nord dans un climat devenu plus favorable et que les ours blancs descendent au sud en quête de nourriture, comment s'assurer que le fragile équilibre de nos écosystèmes perdure dans le temps? Plus de chevreuils au Témiscamingue, c'est plus de compétition pour les orignaux qui occupent déjà cet habitat. Plus de compétition, c'est moins de nourriture pour tout le monde. Et moins de nourriture pour tout le monde, c'est rendre les populations plus faibles et vulnérables aux parasites. Déjà là, la tique d'hiver s'attaque mortellement à nos orignaux. C'est la saison de la chasse qui risque d'en payer le prix.

En forêt, les randonnées sont aussi de plus en plus risquées avec la propagation des tiques causant la maladie de Lyme. Le nombre de cas a presque doublé de 2016 à 2017 et de plus en plus de régions sont affectées. Cette maladie, ce n'est pas juste une menace pour nos animaux de compagnie, c'est une menace pour tous ceux qui cueillent encore les bleuets sauvages, pour ces mycologues amateurs, pour les chasseurs de petit gibier, et pour tous ceux et celles qui habitent encore nos forêts.

Et, en région, je peux vous garantir que la forêt, elle, elle nous habite encore.

Dans l'est du pays, nos régions littorales seront elles aussi intensément touchées. L'absence des glaces sur le flanc des Îles-de-la-Madeleine et de la Péninsule gaspésienne expose les côtes aux vagues déchaînées sur de plus longues périodes en hiver. Ces eaux salines grugent de plus en plus notre territoire, faisant reculer les anses et les baies et menaçant la route 132.

Que serait un «road trip» en Gaspésie sans la légendaire route 132, sans ses chaumières colorées de bord de mer?

Les scientifiques prévoient que le niveau des eaux, dans le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent, devraient monter d'au moins 50 centimètres et possiblement jusqu'à trois mètres d'ici 2100. C'est davantage que la moyenne appréhendée sur l'ensemble de la planète.

Quand nos saisons, nos forêts, nos lacs, nos champs sont pris en otage par les changements climatiques et le réchauffement de la planète, c'est l'avenir de nos régions qui est pris en otage. Ces saisons, ces forêts, ces lacs, ces paysages sont des choses qui façonnent le Québec et qui nous façonnent comme êtres humains. Et c'est en train de changer radicalement.

Et, pendant ce temps-là, notre gouvernement se réduit à dire que le Québec est moins pire que les autres. La lutte aux changements climatiques concerne tout le monde. Et, moi, M. le Président, j'ai envie d'un avenir pour ma région, pour que l'enfance de ma petite fille ressemble à la mienne.

Soyez assuré que nous serons au front pour défendre la beauté, la richesse, la diversité et l'avenir de notre territoire. Merci.

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, Mme la députée. Je cède maintenant la parole à M. le député de Gouin.

M. Gabriel Nadeau-Dubois

M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Je veux profiter de mon intervention aujourd'hui pour répondre directement à plusieurs des interventions qui ont été faites avant moi de la part du gouvernement. Parce qu'il y a eu toutes sortes d'arguments qu'on a utilisés et il y a quand même, il faut le reconnaître, beaucoup d'originalité dans les arguments de la partie gouvernementale pour essayer de justifier un budget qui est franchement décevant, tout le monde le dit, sur le plan de la lutte aux changements climatiques.

D'abord, je veux rappeler le sujet de la motion, hein, notre motion ne porte pas sur l'environnement de manière générale, notre motion, elle porte sur la lutte aux changements climatiques. Je veux le rappeler au ministre parce qu'il est, oui, ministre de l'Environnement, mais aussi ministre de la Lutte aux changements climatiques. Or, quand il nous a répondu tout à l'heure, il nous a parlé de beaucoup de choses, notamment de décontamination des sols, de traitements des eaux usées, de gestion des matières résiduelles. C'est toutes des choses très importantes, qu'on me comprenne bien, ce sont tous des enjeux, ce sont tous des enjeux bien importants. Le problème, c'est que ce n'est pas sur le sujet, hein, le sujet c'est la lutte aux changements climatiques. Alors, que le ministre nous donne des exemples, on est très contents, idéalement, la prochaine fois, ces exemples-là porteraient sur le bon sujet.

Un autre argument qu'on a entendu, cette fois-ci de la part du ministre des Ressources naturelles, c'est qu'il y avait plus d'argent que jamais. Il nous a même dit : C'est sans commune mesure avec l'argent qu'il y a eu par le passé dans les budgets en environnement. Bien là, il faut modérer les ardeurs, quand même, M. le Président, un petit peu. Parce que, d'abord, il nous parle, bon, il dit : 1,3 milliard c'est plus que jamais. On va commencer par dire que 1,3 milliard, c'est sur cinq ans. Bon, déjà, ça, ça calme un peu. Et, ensuite, de ce 1,3 milliard, il y a 1 milliard de dollars qui vient du Fonds vert. Donc, l'écrasante majorité des sommes dont se vante le ministre, c'est des sommes qui viennent du Fonds vert. Ça, ça veut dire des sommes qui étaient déjà mises de côté, des sommes, bref, qui étaient déjà là et qui étaient déjà affectées à la lutte aux changements climatiques. Alors, toute la fierté de la CAQ vient de dire : On a pris de l'argent qui était déjà là, qui devait déjà servir à ça, puis on est bons, on a fait ce qui était déjà prévu. M. le Président, ce n'est pas ce que j'appelle ni de l'audace ni du courage, pour reprendre les mots du premier ministre. Il n'y a pas grand-chose à se vanter là-dedans, il n'y a pas d'argent neuf et, en fait, les investissements dont se vante la CAQ, ce sont des investissements recyclés, ils ont recyclé les investissements passés des libéraux. On a vu mieux, M. le Président.

Un autre argument qu'on entend beaucoup, c'est que le Québec est un des meilleurs au monde. On nous dit : On est vraiment bons au Québec. Bien, ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai. On est dans le peloton avec tous les autres pays qui n'en font pas assez. Déjà parce que, il faut le dire d'abord, le Québec fait partie des pays qui émettent le plus au monde, il y a énormément de pays dans le monde qui émettent moins que nous, à commencer par l'ensemble des pays en voie de développement, mais, ensuite, parce que, même parmi les pays riches, M. le Président, on n'est vraiment pas parmi les meilleurs, bien au contraire. Quand on se compare à des pays avec lesquels on devrait se comparer, c'est-à-dire la moyenne des pays européens de l'OCDE, on est au-delà, on est à 9,6 tonnes par habitant ici, les pays européens de l'OCDE sont à 8,2 tonnes. Donc, non, on n'est pas parmi les meilleurs. Le ministre nous dit souvent : On est meilleurs que les États-Unis, le Canada, bien, ça, c'est facile. Donald Trump dit : Les changements climatiques, c'est un complot de la Chine, puis Justin Trudeau nationalise des pipelines avec notre argent. C'est facile d'être mieux que ces gens-là. Bref, ce que le ministre de l'Environnement nous dit, c'est : J'ai gagné dans ma ligue de garage, puis c'est la coupe Stanley. Bien, non, ce n'est pas la coupe Stanley, c'est juste une ligue de garage.

Une chose qu'on entend aussi souvent, c'est : Québec solidaire menace la poursuite des travaux. Bien, non, ce n'est pas ce qu'on fait, au contraire, on dit qu'on va collaborer dans les 18 prochains mois et c'est ce qu'on va faire, M. le Président. C'est pour cette raison-là, dans un esprit de collaboration non seulement avec le gouvernement mais avec les oppositions, que nous allons refuser l'amendement du député de Jonquière.

Motion d'amendement

Mais je vais en représenter un autre, qui reprend textuellement la dernière moitié de son amendement, et cet amendement, donc, se lit comme suit. On va ajouter, après le dernier alinéa :

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement d'appeler en commission parlementaire le projet de loi n° 194, Loi visant à assurer le respect des obligations du Québec relatives aux changements climatiques, afin de procéder à des consultations particulières.»

Donc, je dépose cet amendement.

Et, en terminant, je me permets quand même, M. le Président, de revenir sur l'intervention de la porte-parole du Parti libéral du Québec en matière d'environnement, parce que, là, là-dessus, j'avoue, là, je suis presque sympathique à la CAQ quand j'entends ça. J'entends quelqu'un qui me dit : Québec solidaire abandonne les cibles de 2020. M. le Président, Québec solidaire n'abandonne rien, c'est le Parti libéral qui a abandonné les générations futures pendant 15 ans en se tournant les pouces en matière de lutte aux changements climatiques. C'est fort en café de dire que Québec solidaire abandonne les cibles de 2020 alors que, dans les deux premières années du dernier mandat libéral, les émissions de gaz à effet de serre, là, en 2014 et 2016, ces émissions-là, elles ont augmenté, M. le Président. Alors, j'allais dire que c'est saugrenu comme affirmation, pour reprendre le vocabulaire du leader du gouvernement, mais ce n'est pas assez, M. le Président, ce n'est pas saugrenu, c'est gênant d'entendre une porte-parole libérale faire la leçon à Québec solidaire en matière de lutte aux changements climatiques. Franchement, si quelqu'un a à porter le blâme du bilan décevant du Québec en matière de lutte aux changements climatiques, c'est le parti qui l'a gouverné pendant 15 ans.

• (16 h 50) •

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, M. le député. Avant de céder la parole à Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition pour son droit de réplique, tel que stipulé à l'article 98.1 du règlement, une motion présentée aux affaires inscrites par les députés de l'opposition ne peut être amendée, sauf avec la permission de son auteur. Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition, concernant l'amendement déposé par le député de Jonquière.

Mme Massé : Je vais la refuser, M. le Président, mais je vais accepter celle de mon collègue de Gouin.

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci. Et je vous cède la parole pour votre droit de réplique de 10 minutes.

Mme Manon Massé (réplique)

Mme Massé : Merci, M. le Président. Alors, je veux souligner que j'ai entendu beaucoup de souhaits dans les deux dernières heures. Tellement de souhaits pieux que, si la réduction de gaz à effet de serre carburait aux bonnes intentions, bien, je pense que la température mondiale, M. le Président, diminuerait. Malheureusement, j'ai une mauvaise nouvelle pour les caquistes — et je demande aux enfants de boucher leurs oreilles, ceux qui nous écoutent, là, à la maison : Le père Noël n'existe pas. Quand mes collègues pensaient fort à un Game Boy ou à une orange, tout dépendamment de l'âge, ce n'était pas un vieux monsieur à barbe blanche qui exauçait leur voeu, c'étaient leurs parents, avec de l'argent sonnant et trébuchant. Et là j'ai l'impression qu'ils font la même chose, c'est-à-dire, ils pensent bien fort que les changements climatiques, ça va changer tout seul, en espérant que c'est d'autres qui vont payer la facture, d'autres générations. Bien, M. le Président, ils croient au père Noël.

Moi, je pense qu'il est plus que temps de revenir sur la planète, parce que, vous savez, la planète, on en a une seule. On est tous des adultes ici. Quand est-ce qu'on va agir en adultes? Quand est-ce qu'on va prendre la crise climatique, l'urgence climatique au sérieux? Qu'est-ce que ça va prendre, sinon une date limite? Je veux déposer, M. le Président, le sommaire du rapport sur les changements climatiques du Canada, qui a été dévoilé avant-hier, parce que je pense que, là-dedans, on devrait, tout le monde, trouver les arguments pour réveiller les derniers climatopassifs de l'Assemblée nationale. Je sais que ça vient du fédéral, mais, là-dessus, M. le Président, il n'y a pas de clause dérogatoire pour ce que la science nous enseigne.

Le Canada se réchauffe deux fois plus rapidement que la planète. Depuis 1948, la température moyenne annuelle du Canada s'est réchauffée de 1,7 degré, mais, dans le nord, on parle de 2,3 degrés. Si on ne plafonne pas immédiatement nos émissions de gaz à effet de serre, on s'en va dret dans le mur.

Les conséquences de ce réchauffement-là se font déjà sentir, et des victimes, il y en a déjà plusieurs. Ce sont nos agriculteurs, nos pêcheurs, les gens qui habitent les côtes, les côtes du Saint-Laurent, les Îles-de-la-Madeleine, les Premières Nations, les gens qui habitent dans le Nord, au Nunavik, dont les maisons s'affaissent, très, très loin des caméras, parce que le pergélisol, lui aussi, dégèle. Ce sont nos aînés, qui sont beaucoup plus à risque de décéder quand une vague de chaleur comme celle qu'on a eue cet été a lieu. 70 morts à Montréal, M. le Président. En 2050, ces canicules vont être chose normale. Je ne joue même pas du violon sur les réfugiés climatiques ou le sort des pays insulaires. Il semble que ça ne fasse ni chaud ni froid au gouvernement. Mais, dans les 50 prochaines années, M. le Président, puis ce n'est pas nous qui le dit, c'est Ouranos qui dit que 20 000 personnes, 20 000 personnes ici, au Québec, vont décéder de chaleur sur notre territoire.   Les climatopassifs nous disent : La transition, ça coûte cher. Bien, M. le Président, sur 50 ans, leur inaction va nous coûter 33 milliards. 33 milliards de dollars. Moi, je préfère que cet argent-là soit investi dès maintenant, qu'il se mesure en kilomètres de rails de train, de métro, de tramway, qu'il crée des milliers d'emplois, de jobs durables, de bonnes jobs, qu'il travaille pour le monde ordinaire au lieu des compagnies d'assurance, M. le Président.

Les climatopassifs travaillent pour qui, eux? Pour aucun mouvement populaire, aucun mouvement citoyen, aucun pacte collectif. Non. Ils travaillent pour des groupes qui bombent le torse dans la maison du peuple, mais qui ne représentent ni personne ni rien, rien d'autre que leurs propres intérêts économiques : l'extraction des ressources naturelles du Québec au prix le moins cher possible, le plus rapidement possible, avec le moins de normes possible. Avant, bien sûr, que leur industrie, bien, passe date.

Il y a 268 708 Québécois et Québécoises qui ont signé le pacte de la transition, et ce, en date d'hier. À regarder bien attentivement le budget du ministre des Finances, dans la balance, ils ont pas mal moins de poids que les 136 lobbyistes inscrits par Énergir. Et je ne parle que de ceux-là. D'ailleurs, que le seul chef de cabinet du ministre des Ressources naturelles, M. Pierre-Yves Boivin, embauché alors qu'il était encore au Registre des lobbyistes inscrits, pour la fédération de la chambre de commerce, est un habitué du lobbyisme, puisqu'il l'a fait aussi pour Gaz Métro, à l'époque...

Alors, M. le Président, la preuve est dans le pudding, comme on dit. Pendant que le gouvernement nous déballait ses bonnes intentions à coups de chiffres maquillés, il donnait de l'argent sonnant et trébuchant à Énergir et à cette compagnie pour rallonger le réseau gazier dans la région de Montmagny puis de pomper le gaz naturel liquéfié jusqu'en Côte-Nord.

Voyons donc, M. le Président. Est-ce que les scientifiques vont devoir s'inscrire au Registre des lobbyistes pour être entendus? Est-ce que les experts vont aussi devoir s'inscrire au registre pour être écoutés? C'est ce qu'on se demande quand on voit le 325 millions de dollars partir dans les poches des SNC-Lavalin de ce monde et compagnie, pour préparer un troisième lien sans même attendre la confirmation de ce qu'on sait déjà, que ça ne va rien faire, rien changer pour sortir Québec et la Rive-Sud de la congestion.

Le gouvernement nous a vendu un Québec plus intègre, plus prospère, plus moderne. Mais il garde le peuple dans l'ombre et notre économie dans le passé. Il travaille pour qui? Il n'y a personne qui a voté CAQ pour mettre le climat dans trou, sauf les lobbyistes. Par contre, il y a 649 503 Québécois et Québécoises qui ont voté Québec solidaire pour qu'on parle du climat et qu'on en parle à chaque instant. Moi, je travaille pour eux autres. Nous travaillons pour eux autres, pour nos commettants, de tous bords tous côtés, peu importe leur région, leur âge, qui savent très bien que la science, ce n'est pas une question de point de vue ou de ligne de parti, c'est une question de priorité nationale. 150 000 jeunes étaient dans la rue, d'ailleurs, pour nous le rappeler, pas plus tard que le 15 mars. Et j'en suis fière, de cette génération montante, qui nous rappelle à l'ordre, qui rappelle le gouvernement à l'ordre.

Alors, maintenant, il reste à savoir ce que les autres oppositions... pour qui ils travaillent. Alors, les bonnes intentions, c'était assez, dans le bon vieux temps. Mais, en 2019, parler vert sans agir vert, c'est rejoindre le clan des climatopassifs. Et ça compte pour tout le monde, aussi. Les deux oppositions ont eu leur tour au gouvernement. Ils ont parlé vert, mais ils ont agi noir, couleur pétrole. Et, s'il y a une chose avec laquelle je m'entends, avec le premier ministre, c'est qu'ils partagent la responsabilité du projet le plus polluant au Québec, la cimenterie Port-Daniel.

Mais, aujourd'hui, je les ai entendus. Ils disent qu'ils ont changé. Et je l'espère réellement, parce qu'on doit travailler ensemble. Mais sont-ils prêts à agir? Sont-ils prêts à rejoindre Québec solidaire, et qu'on donne, ensemble, une vraie date limite au gouvernement pour qu'il nous présente un plan qui tient la route? Et ça commence par ne pas faire des choses et, entre autres, ne pas investir dans le pétrolier et dans le gazier. Et ça, M. le Président, je compte sur leur appui, et donc sur l'appui à notre motion. Merci.

• (17 heures) •

Le Vice-Président (M. Picard) : Merci, Mme la cheffe de la deuxième opposition.

Document déposé

Est-ce qu'il y a consentement pour le dépôt du document que Mme la députée a parlé? Oui, consentement.

Le débat est maintenant terminé. Conformément au règlement, je dois d'abord mettre aux voix la motion d'amendement présentée par M. le député de Gouin avant de procéder au vote sur la motion principale. Je vous fais lecture de ces deux motions. Oui, oui, monsieur.

Une voix : ...

Le Vice-Président (M. Picard) : On n'est pas rendus à cette étape-là. Je dois lire avant, je dois appeler le vote, et après... O.K.?

La motion de Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition se lit comme suit :

«Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement caquiste de proposer, d'ici le 1er octobre 2020, un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre approuvé par un expert indépendant du gouvernement qui permet d'atteindre les cibles recommandées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) pour 2030;

«Que l'Assemblée nationale demande également au gouvernement d'interdire tout projet d'exploitation ou d'exploration pétrolière ou gazière sur le territoire du Québec.»

La motion d'amendement de M. le député de Gouin se lit comme suit :

Ajouter, après le premier alinéa, «Que l'Assemblée nationale demande au gouvernement d'appeler en commission parlementaire le projet de loi n° 194, Loi visant à assurer le respect des obligations du Québec relatives aux changements climatiques, afin de procéder à des consultations particulières.»

Je mets d'abord aux voix la motion d'amendement de M. le député de Gouin, que je viens tout juste de lire. Cette motion est-elle adoptée?

Des voix : ...

Le Vice-Président (M. Picard) : M. le député de Gouin, peut-être.

M. Nadeau-Dubois : Alors, si le moment est bien choisi, M. le Président, je vais vous demander un vote par appel nominal.

Le Vice-Président (M. Picard) : Le moment est très bien choisi. M. le leader du gouvernement.

M. Caire : En vertu de 223, je vous demande à reporter à demain, après les affaires courantes, M. le Président.

Votes reportés

Le Vice-Président (M. Picard) : Alors, conformément à la demande du leader du gouvernement, le vote sur l'adoption de la motion présentée par le député de Gouin sera tenu lors des affaires courantes de demain. Ça va? Donc, M. le leader du gouvernement.

M. Caire : ...article 7, M. le Président.

[...]
 

En Complément