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42-1 (27 novembre 2018 - )

Assemblée
Fascicule n°22, 20 mars 2019, page 1087

[...]

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, M. le député des Îles-de-la-Madeleine. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Taschereau.

Mme Catherine Dorion

Mme Dorion : En cette Journée internationale de la Francophonie, on célèbre le français dans le monde, mais donc on célèbre les Français dans toutes leurs particularités locales, dans toute la diversité que la langue française peut avoir. Alors, j'aimerais aujourd'hui qu'on se gâte un peu et j'aimerais célébrer la langue québécoise, notre français local à nous. J'aimerais remercier les générations qui m'ont précédée pour avoir réussi à débarrasser, à travers les années, à débarrasser les Québécois de la honte de leur langue, qui est magnifique, qui n'est pas une langue de dictionnaire et de Grevisse, qui est une langue vivante dont la beauté résonne jusqu'au tréfonds de notre magnifique territoire, dans le moindre «truck stop», dans le moindre petit resto de patate de bord de route. Et, pour faire résonner cette langue ici, je voudrais vous citer des extraits des écrits de la poète outaouaise Marjolaine Beauchamp, qui accumule les prix littéraires, qui a fait notre fierté à l'étranger, en France notamment. Et je vous invite à écouter la beauté de cette langue assumée, qui s'avance telle qu'elle est, sans honte. Ça s'appelle On s'fait une brigade.

«On s'fait une brigade de toutes croches, de filles rongées d'insomnies, diagonales, pognées entre deux shots de tempra, un hot chicken, trois pots cassés, cinq appels déclinés, une visite de prison[...].

«On s'fait une brigade de mères HLM en joggings puis en leggings qui coupent sur leur loyer pour pogner une trampoline, un cerceau, un hamster, une trottinette, un fidget spinner[...].

«Toujours deboutte à l'arrêt d'bus matin et soir, malgré le frette, la neige, pour accompagner leurs p'tits mongols de jello bleu puis de concerta en faisant des babailles, une smoke à la main.

«Des mères pas braillardes pour cinq cennes, des mères avec le dos large comme un boulevard déneigé, puissantes comme une catastrophe naturelle[...].

«On s'fait une brigade de poquées, de survivantes aux voisins pervers, aux "rides" de taxi mal accompagnées, aux mononc' sales, aux centres jeunesse[...].

«On s'fait une brigade de filles trop folles pour être voulues, trop fulgurantes pour être toutes seules, que tout l'monde aime à un bras de distance

«Qui font des festins avec trois ingrédients, qui dorment six heures, [...]qui charrient des canots

«Qui parlent un ton trop haut, un peu trop mal.

«Des filles de promesses tenues, crissement pas fiables, mais si loyales

«Des filles qui partent des feux en pleine pluie, des filles aux cheveux lousses, ultraviolettes, autodidactes et irrévérencieuses.

«[On s'fait une brigade,] on s'fait ça maintenant

«On se reposera plus tard.» Merci.

La Vice-Présidente (Mme Gaudreault) : Je vous remercie, Mme la députée de Taschereau. Et maintenant je cède la parole à Mme la députée de Marie-Victorin.

Mme Catherine Fournier

Mme Fournier : Mme la Présidente, à mon tour de souligner la Journée internationale de la Francophonie, cette célébration de notre langue qui nous rend si fiers au Québec. Cette journée est d'autant plus importante qu'elle doit nous rappeler que la survie du français hors Québec, dans les communautés francophones du reste de l'Amérique du Nord, est menacée. Les exemples dans l'actualité récente sont probants. On n'a qu'à penser au combat d'Amanda Simard en Ontario pour s'en convaincre.

Il faut toutefois reconnaître qu'ici même au Québec un certain déclin du français est observable. C'est une situation préoccupante, et il est important de réaffirmer l'importance pour le Québec de protéger et de promouvoir sa langue officielle et commune. Pour ça, ça prend aussi des moyens. Et, en ce sens, j'espère qu'il y aura dans le prochain budget les sommes nécessaires pour nous garantir le droit à la francisation parce que l'avenir de notre langue ici, au Québec, et ailleurs en Amérique, passe par notre capacité à la transmettre à tous ceux qui vivent sur notre territoire, à leur donner le goût de notre langue, cette langue qui est le ciment de notre identité collective, cette langue qui nous rapproche et qui nous permet de mieux se comprendre. Elle est aussi une autre manière de penser, de voir le monde. Elle nous permet d'affirmer, et d'afficher notre spécificité et de dire à tous ceux qui viennent s'installer ici pour vivre en tant que Québécois : Vous êtes ici chez vous.

La langue est le socle fondamental de notre identité collective. Nous devons donc poser tous les gestes nécessaires pour que les générations à venir puissent s'épanouir en français. Et, de mon point de vue, cela passe inévitablement par faire du Québec un pays, un fort symbole pour la diversité culturelle à l'échelle de la planète.

L'indépendance nous permettrait de renforcer notre position et de devenir un véritable phare de la francophonie internationale. Le Québec deviendrait en effet, en termes de superficie, le plus grand pays francophone à l'échelle de la planète. Cela nous permettrait d'accentuer et de faciliter nos partenariats avec les pays et régions francophones en pleine croissance, comme plusieurs le sont sur le continent africain. L'avenir de la francophonie se trouve justement là-bas.

En 2050, l'Organisation internationale de la Francophonie prévoit que les Africains compteront pour 85 % des locuteurs francophones de la planète et pour 90 % des jeunes francophones âgés de 15 à 29 ans. De plus, la croissance démographique est actuellement telle en Afrique qu'on prévoit que le nombre de francophones triplera d'ici 2050 pour grimper à plus de 750 millions de locuteurs de langue première. La langue française deviendrait ainsi possiblement la langue la plus parlée au monde, avant l'anglais, le mandarin et l'espagnol. Notre héritage francophone est donc un atout économique immense. Il nous permettra sans aucun doute de tirer notre épingle du jeu encore plus efficacement qu'aujourd'hui, pour autant qu'on s'en donne les moyens.

[...]
 

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