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42-1 (27 novembre 2018 - )

Assemblée
Fascicule n°31, 10 avril 2019, page 2236

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qu'elles doivent rester à la maison pour s'occuper de nous, pour l'éducation des enfants. Les hommes savaient quoi penser au nom des femmes. Alors, j'avais l'impression que le ministre, en tout respect, disait : Je vais leur permettre de prendre le temps de réaliser, de cheminer, que la laïcité, c'est d'être laïques elles-mêmes — ce qui ne veut rien dire, théoriquement — va être la lumière au bout du tunnel, et qu'elles verront je ne sais pas quoi à la fin, un Québec extraordinaire.

Ça ne tient pas, intellectuellement, la route et c'est ça qui me dérange. Comment peut-on créer une formule intellectuelle qui affirme que l'État laïque passe par la personne laïque? Ça ne tient pas la route, puis je ne suis pas la seule à le dire, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens qui écrivent ça. Pourquoi le marqueur social de la laïcité de l'État passerait par le port individuel d'un signe religieux? Le marqueur social de l'État ne passe pas par un marqueur individuel. Ça ne tient pas la route, ça aussi. Puis je vais pouvoir vous dire, dans les dernières minutes, quand même des gens qui sont bien plus connaissants que moi.

Et puis je vais continuer sur celui qui, depuis quelques jours, revient à la charge et donne sa position : je parle de Gérard Bouchard. Le 9 avril, il parlait d'un débat cadenassé — «cadenassé», c'est un cadenas — d'un débat fermé, une absence de compromis qui pourrait conduire «à une adoption du projet de loi sous le bâillon — là, ce n'est pas la députée de Marguerite-Bourgeoys, c'est Gérard Bouchard qui parle de ça, un projet de loi sous le bâillon — et à une relance du débat», alors que tout le monde pense que, le 15 juin, on aura tous cheminé, que la vie va être extraordinaire, que la laïcité va être partout, que la religion va rester dans nos salons, dans nos sous-sols puis dans notre douche. Ça ne sera pas le cas. Je ne veux pas décevoir personne. Et Gérard Bouchard dit : «...[la] relance du débat pour quelques années encore.» Pauvres vous, c'est bien dommage, mais c'est là pour rester.

Gérard Bouchard continue, il dit : Pour faire un projet de loi qui altère ou supprime des droits — hein, on parle d'ajouter des droits, on n'ajoute pas des droits, ce n'est pas vrai, on supprime des droits — il faut avoir un fondement plus solide. «Selon lui, le projet de loi du gouvernement Legault, qui invoquera des dispositions de dérogation pour le soustraire à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, ne s'appuie pas sur des "données rigoureuses".» Alors, on en parle, des données. Le premier ministre a été questionné pas plus tard que ce matin : Sur quelles données vous basez-vous pour dire des choses qui sont difficilement applicables ? Alors, «on entend, par exemple — et je continue M. Bouchard — que les femmes qui portent le hidjab pratiquent le prosélytisme auprès des élèves — voyons donc! qu'il y a un lien de cause à effet entre les deux, ça n'a aucun bon sens — que le seul fait de porter le hidjab est une forme d'endoctrinement, que ça peut traumatiser les élèves». Bon Dieu!, justement. Bon Dieu! Nos enfants, on les protège, supposément, de tout. Il y a une différence entre les protéger en leur demandant de mettre un casque de ski, quand ils font du ski, pour pas qu'ils se fassent des commotions cérébrales et l'ouverture à la diversité. Ce n'est pas du tout sur le même niveau. Alors, il dit : «Mais rien de [ça] n'a été prouvé — cet endoctrinement. Il n'y a jamais eu d'études pour appuyer ces assertions.» C'est quand même celui qui a écrit le rapport dit Bouchard-Taylor, qui était supposé être le consensus, mais, c'est drôle, là, on a juste ajouté, juste ajouté les enseignants et, oserons-nous dire, les enseignantes, parce que c'est de ça dont il est question.

Alors, Mme la Présidente, je suis très heureuse, avec mes collègues et même avec les collègues des autres partis, qu'on ait ce débat. Je sais qu'il y en a qui trouvent qu'on est un peu trop vite, qu'on en parle trop. On en parlera jamais trop, parce qu'aux yeux de ceux qui vont perdre ces droits-là c'est un très grave jour pour la société du Québec. Merci.

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, qui se lit comme suit :

«Que l'Assemblée nationale reconnaisse l'importance de la Charte des droits et libertés de la personne, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en 1975;

«Qu'elle reconnaisse qu'il a toujours été dans nos pratiques de modifier la charte québécoise des droits et libertés de la personne à l'unanimité ou à la suite d'un large consensus au sein de notre Assemblée;

«Qu'elle reconnaisse le caractère sensible du projet de loi n° 21, présenté le 28 mars dernier par le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, qui notamment restreint la liberté de religion de certaines personnes;

«Qu'elle reconnaisse que ce projet de loi nécessite que les parlementaires puissent entendre en commission parlementaire les différents points de vue exprimés dans la société et qu'ils puissent par la suite en faire l'étude et l'analyse dans un délai raisonnable;

«Qu'enfin, elle demande au gouvernement caquiste de permettre aux parlementaires de procéder à l'étude du projet de loi n° 21, sans imposer un bâillon législatif à la fin de la présente session parlementaire.»

Cette motion est-elle adoptée ? Mme la députée de Verdun.

Mme Melançon : Je vous demanderais, s'il vous plaît, d'appeler un vote par appel nominal.

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : M. le leader du gouvernement.

M. Schneeberger : Oui. Mme la Présidente, je vous demanderais de reporter le vote lors de notre prochaine période des affaires courantes, c'est-à-dire demain, jeudi.

Vote reporté

La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, M. le leader adjoint.

Alors, conformément à la demande du leader adjoint du gouvernement, le vote sur la motion de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys sera tenu à la période des affaires courantes de demain.

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