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42-1 (27 novembre 2018 - )

Assemblée
Fascicule n°51, 6 juin 2019, page 3326

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Projet de loi n° 5

Adoption du principe

Le Vice-Président (M. Picard) : À l'article 1 du feuilleton, M. le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur propose l'adoption du principe du projet de loi n° 5, Loi modifiant la Loi sur l'instruction publique et d'autres dispositions à l'égard des services de l'éducation préscolaire destinés aux élèves âgés de 4 ans.

Y a-t-il des interventions ? M. le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur.

M. Jean-François Roberge

M. Roberge : Merci bien, M. le Président. Il me fait plaisir de prendre la parole au moment de l'adoption de principe d'un projet de loi important, le projet de loi n° 5. On a essayé que ça s'appelle le projet de loi n° 4, ça serait plus symbolique, mais, bon, c'est le projet de loi n° 5, pour pouvoir étendre... pour pouvoir déployer le service extraordinaire de la maternelle quatre ans dans l'ensemble du Québec. Pas pour que ça devienne obligatoire, mais bien pour que ça devienne accessible. C'est de ça dont on parle quand on parle de l'accessibilité universelle non obligatoire. On souhaite que, peu importe leur code postal, peu importe leur milieu socioéconomique, les parents et surtout leurs enfants puissent bénéficier du service de la maternelle quatre ans.

Pourquoi j'ai parlé de code postal ? Bien, parce que ça a été le cas au cours des cinq premières années de déploiement. Malheureusement, on a accepté ou refusé des enfants en fonction de leur code postal, parce que les indices de milieu de défavorisation, les indices de milieu socioéconomique, bien, ils sont divisés par codes postaux. Et si, par malheur, un enfant... ou son parent voulait inscrire l'enfant dans une classe de maternelle quatre ans et s'il était un petit peu trop loin de l'école qui, elle, était en milieu défavorisé, à supposer que la classe soit ouverte là, bien, on ne pouvait pas.

Concrètement, là, moi, je l'ai vu, cette réalité-là, je l'ai regardée dans les yeux. J'ai eu l'occasion de rencontrer un papa monoparental qui habite dans un HLM et son petit garçon, qui s'appelait Dylan, qui avait quatre ans, qui habitait à Chambly, près de l'avenue Bourgogne, c'est très concret, dans un HLM. Et le papa voulait inscrire son petit Dylan. Après avoir été convaincu par un travailleur social que c'était une bonne chose, eh bien, il voulait inscrire son petit Dylan dans une classe qui allait ouvrir, en maternelle quatre ans, à moins d'un kilomètre, peut-être 800 mètres. Mais l'école lui a dit non et la commission scolaire lui a dit non parce qu'il n'était pas dans le bon code postal, parce que, d'un côté de la rue Bourgogne, bien, c'était défavorisé, supposément, et, de l'autre côté, quand on change de code postal, bien, c'était favorisé. Alors, on avait un HLM favorisé, M. le Président, puis on avait un petit Dylan exclu du service de la maternelle quatre ans parce que supposément qu'il n'y a des besoins au Québec pour la maternelle quatre ans et pour des services extraordinaires que dans des endroits où les gens sont moins favorisés, dont les revenus sont moins élevés.

Donc, on voit bien l'absurdité de la politique du gouvernement du Parti québécois et du Parti libéral, qui ont déployé ce service-là. C'était un bon service, c'était une bonne idée, c'est une loi qui a été votée à l'unanimité en 2013, cette idée de déployer d'abord en milieu défavorisé des classes de maternelle quatre ans. Mais pourquoi on s'arrêterait là et pourquoi aller si lentement? Parce que, si on poursuivait au rythme du gouvernement libéral, bien, ça prendrait peut-être 25, peut-être 30, peut-être 40 ans avant qu'il y ait l'accès universel à la maternelle quatre ans. Alors, ma petite fille qui a 13 ans ne pourrait même pas penser inscrire son bébé, si un jour elle a un bébé, dans 10, 15 ans. Et, même quand son bébé aurait quatre ans, bien, il est possible qu'il n'aurait pas eu l'accessibilité puis que, finalement, il n'y aurait pas eu de place en maternelle quatre ans pour le fils à naître de ma fille de 13 ans. Ça vous donne-tu à quel point il n'y avait pas d'ambition dans le programme de déploiement?

Pourtant, ce n'est pas parce que ce n'est pas un bon service. C'est un bon service, qu'on peut améliorer. Bien sûr qu'on peut l'améliorer. D'ailleurs, on l'a fait ces dernières années. En fait, on l'a fait depuis que nous sommes au gouvernement. Précédemment, quand on prenait une classe et qu'on la convertissait en classe de maternelle quatre ans, bien, on n'investissait pas pour avoir des bureaux à la hauteur des enfants, des chaises à la hauteur des enfants, des fontaines d'eau à la hauteur de nos tout-petits, des toilettes à la hauteur de nos tout-petits. On ne faisait pas ça sous les précédents gouvernements. Nous, on le fait. À chaque fois qu'on ouvre une classe et qu'on veut transformer la classe pour qu'il y ait du matériel, du mobilier adapté, bien, il y a un budget qui vient avec. Pas pour construire une classe, là. Non. Pour adapter la classe, pour avoir le mobilier nécessaire.

Et c'est tellement bien fait, c'est tellement intéressant, cette idée de déployer la maternelle quatre ans, que c'est une idée qui est soutenue par plusieurs personnes au Québec, plusieurs personnes très crédibles. Pas par tout le monde, M. le Président, puis c'est normal. Quand il survient une question importante, souvent, bien, il y a un débat qui naît, et, surtout quand on est au début d'une mesure, il y a des gens qui s'y opposent, parfois par crainte, parfois par inquiétude légitime, d'autres fois par corporatisme pur ou par manque de vision. Souvenons-nous qu'au moment où on a créé les cégeps il y a des gens qui étaient contre ça. Est-ce qu'on pourrait imaginer aujourd'hui... Est-ce qu'on pourrait aller dans nos régions puis dire : Non, non, Jonquière; non, non, Alma; non, non, Baie-Comeau; non, non, Saint-Hyacinthe; pas bon les cégeps, on ferme ça? Bien, il y avait des gens qui s'opposaient à ça quand on les a bâtis.

Quand on a offert, il y a maintenant 20 ans, la maternelle cinq ans temps plein universelle, beaucoup de gens se sont opposés à ça. Est-ce qu'aujourd'hui on reculerait? 98 %, 99 % de nos enfants fréquentent la maternelle cinq ans temps plein. Mais, au moment où elle a été déployée, bien, il se trouvait des gens pour s'y opposer. Bien, aujourd'hui, il y a des gens qui appuient la maternelle quatre.

Le Conseil supérieur de l'éducation nous fait des recommandations sur des façons de bien l'implanter. Mais il appuie l'idée de déployer le service et d'arrêter de l'offrir seulement en milieu défavorisé.

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