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Conférence de presse de M. Bernard Brodeur, député de Shefford et président de laCommission de la culture, et de M. André Boulerice, député de Sainte-Marie-Saint-Jacqueset vice-président de la Commission de la culture

Détails entourant la réalisation d'un mandat d'initiative sur l'avenir du patrimoine religieux au Québec

Version finale

Le lundi 6 juin 2005, 10 h 32

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Dix heures trente-deux minutes)

M. Brodeur: Parfait. Donc, j'aimerais vous souhaiter la bienvenue à ce point de presse. Malheureusement, peut-être qu'il y a des nouvelles aujourd'hui qui font en sorte qu'on sera peut-être un petit peu moins couverts, un peu moins nombreux, mais la qualité étant là, je vous remercie de participer à ce point de presse. C'est la Commission de la culture qui s'adresse à vous, et je suis accompagné du vice-président de la Commission de la culture, M. André Boulerice.
Donc, l'objectif fondamental de la conférence de presse de ce matin, c'est de vous annoncer que la Commission de la culture à l'Assemblée nationale s'est donné un mandat d'initiative, c'est-à-dire celui de consulter les Québécois sur l'avenir du patrimoine religieux au Québec. Donc, il y a un document de consultation qui vous a été remis et qui est la prémisse de cette consultation-là. Donc, nous annonçons officiellement que la Commission de la culture se déplacera au Québec à partir de l'automne pour une commission que l'on dit itinérante dans l'objectif de consulter les gens intéressés à l'avenir du patrimoine religieux au Québec.
On sait que le patrimoine religieux, au Québec, c'est beaucoup de choses. On parle, comme exemple, de la religion catholique qui est la principale religion et qui a marqué l'histoire du Québec, autant culturelle qu'architecturale ou historique. Au Québec, juste pour vous donner un exemple, on parle de 4 000 bâtiments religieux qui sont reconnus pour leur valeur culturelle, architecturale et artistique ou tout simplement qui ont valeur de témoignage, là, dans chacune des villes et villages du Québec.
Donc, pourquoi se penche-t-on sur l'avenir du patrimoine religieux? Je pense que c'est assez évident, la religion présentement a subi, a subi un déclin important, depuis des années. Juste pour vous donner un exemple, en 1960, 80 % des Québécois pratiquaient leur religion, aujourd'hui, c'est 5 %, quand on parle, par exemple, là, de religion catholique, et c'est une centaine de paroisses qui sont disparues depuis une dizaine d'années. Donc, on fait face à des fermetures d'églises, des démolitions d'églises, à certains endroits, des restructurations souvent qui peut-être posent des questions. Donc, le processus ne s'amenuise pas, le processus continue. Donc, c'est important pour nous de se pencher sur l'avenir de ce patrimoine-là.
On sait que, par exemple, si vous me dites: Le gouvernement du Québec est déjà intervenu pour conserver certaines églises, certaines oeuvres d'art, certains patrimoines religieux, depuis une dizaine d'années, le gouvernement du Québec a investit 135 millions de dollars à la conservation de ce patrimoine-là, ce qui a permis de restaurer, à date, environ 800 édifices religieux et 200 biens mobiliers comprenant entre autres les oeuvres d'art, ce qui a permis aussi un investissement privé, à l'intérieur de ces aides gouvernementales là, de l'ordre de 45 millions de dollars.
Donc, la Commission de la culture va se pencher sur la conservation de ce patrimoine-là. Pour les objectifs, assez simples, c'est-à-dire qu'évidemment l'État en général ne peut pas prendre en charge tout le patrimoine religieux. On parle de valeur de milliards de dollars, mais on peut aussi parler, là, de valeur inestimable. Donc, on devra proposer, dans notre rapport final, au moins un encadrement pour permettre de conserver le patrimoine que l'on possède et déterminer quel patrimoine il faut conserver, aussi déterminer quels sont les principaux projets, là, de conversion et déterminer aussi la responsabilité de conservation de ce patrimoine-là. Donc, il faut diviser les rôles, les rôles de l'État, les rôles des municipalités, le rôle des gens intéressés. On verra, au cours des commissions parlementaires qui se tiendront, on peut toujours comparer à ce qui s'est fait ailleurs au monde, en France ou en Angleterre, mais l'important, c'est de permettre aux gens de se prononcer sur l'avenir de ce patrimoine-là, autant le patrimoine urbain que le patrimoine de nos milieux ruraux qui souvent sont la place centrale, là, du développement social de chacun de ces villages-là. Donc, André, je te laisse un petit... le prochain bout.

M. Boulerice: Oui. Je crois qu'il y a longtemps qu'une commission de la culture se soit donné un mandat d'initiative à la fois aussi vaste, et aussi exaltant, et aussi percutant en termes de préoccupation de l'ensemble des Québécois et des Québécoises. La préservation du patrimoine est quelque chose qui nous interpelle tous. La lecture des journaux, revues, magazines, émissions de télévision ou de radio quotidiennement font allusion à sujet-là.
Et la commission, avec ce mandat d'initiative, s'est donné cinq objectifs. Le premier est d'informer la population de la richesse du patrimoine religieux au Québec. Je crois que nous ne sommes peut-être pas tous suffisamment conscients de la richesse de ce patrimoine-là, et le premier interpellé est probablement peut-être moi-même; de sensibiliser la population aux enjeux qui entourent justement l'avenir de ce patrimoine religieux du Québec, qui relève soit de l'Église catholique, puisqu'elle était majoritaire ici en termes d'adhésion de la population, ou de toute autre tradition religieuse - il ne faut pas oublier qu'il y a une présence d'une importante communauté juive au Québec depuis au minimum deux siècles et demi; de mobiliser la population afin de favoriser sa participation au processus décisionnel concernant le patrimoine local, je veux dire... Mon collègue M. Brodeur disait que l'État ne peut pas tout faire, donc il y a un questionnement à se faire comme citoyens: Que sommes-nous prêts à consentir nous-mêmes à ce niveau-là? De créer un espace d'échange et de concertation, qui permet un meilleur dialogue entre les principaux acteurs, donc l'autorité civile, il va de soi, l'autorité religieuse, les experts - le Québec heureusement en compte plusieurs en le domaine - et les citoyens et citoyennes; d'entendre les personnes et des groupes intéressés par la sauvegarde et la mise en valeur de ce patrimoine religieux du Québec afin forcément d'infléchir la réflexion et de favoriser l'émergence de solutions. Il y a des solutions qui sont innovantes pour assurer à long terme, il va de soi, la préservation de ce patrimoine religieux dans le respect forcément de la capacité financière des citoyens et la capacité financière de l'État.
On pourrait peut-être juste vous donner un exemple d'une belle solution innovante a été l'église Saint-Robert, autrefois église protestante et qui était passée au culte catholique, une architecture assez originale que vous connaissez tous sur la rue Sherbrooke est, à Montréal, angle De Lorimier, et qui est l'espace de Jean-Pierre Perreault, donc une fonction culturelle tout en respectant l'architecture du bâtiment comme telle. C'est une piste, il y en a plusieurs, il y en a beaucoup, mais c'est les objectifs que la commission s'est fixés dans l'enthousiasme et dans l'unanimité d'ailleurs de ses membres avec un appui, je me permets de le souligner, de la Commission de l'Assemblée nationale qui fait que nous irons partout, enfin presque partout.

M. Brodeur: Exactement. Donc, la commission commencera ses travaux le ou vers le 20 septembre 2005. Entre-temps, les citoyens du Québec, tous les citoyens intéressés sont appelés à faire parvenir les mémoires d'ici le 2 septembre à la commission - les auditions débuteront, comme je le disais tantôt, vers la fin septembre - visitera plusieurs villes au Québec, entre autres la consultation débutera à Montréal, à l'automne, et nous visiterons également les villes de Trois-Rivières, Rimouski, Saguenay, Sherbrooke et Gatineau pour se terminer ici, à l'Assemblée nationale.

M. Boulerice: Et s'il y a cette tournée qui est probablement une première, de mémoire; je suis le jeune doyen de cette commission, mais je crois que c'est la première fois que la Commission de la culture...

M. Brodeur: Oui, c'est la première fois.

M. Boulerice: ...fait une tournée aussi impressionnante, si nous allons au-devant des groupes, comme les groupes viendront, au moment où la commission siégera à l'Assemblée nationale. La commission a cru qu'il était important d'avoir l'opinion de chacun et chacune des citoyens qui souhaitaient s'exprimer et qui ne pouvaient peut-être pas venir aux audiences en région ou à la commission lorsqu'elle siégera à l'Assemblée nationale, c'est la raison que dès aujourd'hui même elle est invitée à répondre à un questionnaire qui est en ligne sur le site Internet de l'Assemblée nationale. Je présume que tout le monde le connaît, à défaut, on va le donner: www.assnat.qc.ca. Et tout cela est recueilli par le personnel de la Commission de la culture, et les députés seront saisis de ces commentaires, réponses, etc. que la population va nous transmettre.
J'invite les gens à le faire. C'est une première expérience si vous me permettez l'expression, c'est celle qu'on utilise une première expérience en ligne et ce serait dommage de ne pas s'en servir et qu'on la rate.

M. Brodeur: Merci beaucoup. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.

Mme Richer (Jocelyne): M. Brodeur, n'est-ce pas à l'Église elle-même à décider ce qu'elle entend faire de son patrimoine?

M. Brodeur: Je pense que, premièrement, il faut remettre en contexte ce qu'est le patrimoine religieux. On sait qu'en Europe, le patrimoine religieux est excessivement large, on parle de bâtiments religieux, de châteaux, etc. Ici, au Québec, notre principal patrimoine architectural est le patrimoine religieux, et il faut rappeler que ce patrimoine-là a été en quelque sorte payé par les paroissiens, par les citoyens du Québec, et font partie de notre histoire. Il n'en demeure pas moins que ces bâtisses-là sont la propriété, entre autres, du clergé pour la plupart des bâtisses. L'objectif de la commission, c'est justement de consulter les gens et voir à un encadrement pour préserver le patrimoine des Québécois, pas nécessairement d'enfarger le clergé, mais plutôt de travailler avec eux et de faire en sorte que ce patrimoine collectif là puise être protégé, et ce n'est pas tout qui pourra être protégé, parce qu'on parle de 4 000 bâtiments. On parle d'oeuvres d'art, on parle de biens immobiliers mais il faut au moins arriver à un encadrement sur qu'est-ce qu'on protège? Qui sera responsable de la protection de ces biens-là?
On a fait la même chose au début du siècle dernier, en France, et on est arrivé à une conclusion que l'État a pris charge des bâtiments qui sont des cathédrales, les communes ont pris charge des petites églises, plus petits bâtiments. En Angleterre, on a créé des trusts. Ce qu'on pose... la question qu'on pose à la population: Comment peut-on protéger ce patrimoine-là qui fait partie de l'histoire des Québécois autant en milieu rural que dans le milieu urbain, qui est souvent la pierre angulaire des communautés, du développement social de chacun des petits villages du Québec?

Mme Richer (Jocelyne): Mais, est-ce que vous avez...

M. Boulerice: Légalement, la propriété appartient aux Églises, mais moralement la propriété appartient aux citoyens qui ont contribué et par ricochet également un peu à l'État, puisqu'il y a eu exemption d'impôts, de taxes foncières sur les immeubles appartenant aux confessions religieuses. Donc, nous, nous disons que le propriétaire, entre guillemets, local n'a pas le droit de faire ce qu'il veut dans le sens le plus erratique du terme, et je vais vous donner un exemple qui vous touche parce que vous connaissez bien: Est-ce que sous prétexte qu'une Église x est propriétaire d'un superbe édifice qui s'appelle soit église Notre-Dame ou la basilique de Québec qu'ils ont le droit d'en faire ce qu'ils veulent? Je pense que la population a son mot à dire.

M. Chouinard (Tommy): La population a déjà son mot à dire, il me semble. Il y a des fabriques, il y a des gens, il y a des... les paroissiens sont invités à siéger sur la fabrique, c'est eux qui administrent tout ça.

M. Brodeur: L'objectif, c'est de donner des critères pour disposer des biens qui sont en surplus. Ce que l'on voit aujourd'hui, par exemple, c'est que l'église, quand ils ont des fusions de paroisses, se départissent souvent non pas de l'église, qui a la meilleure valeur historique, architecturale, mais souvent celle qui est la plus économique, la plus récente, et on comprend que, pour le culte, on cherche quand même, là, à avoir une bâtisse qui est la moins dispendieuse possible. Sauf que, pour nous, c'est d'établir des critères pour la cession de ces biens-là et non pas de l'interdire, mais d'établir des critères pour la conservation, la réfection. Et je pense que tous ces monuments-là, qui sont souvent d'une grande valeur architecturale, peuvent être recyclés, puis on en a vu, en bibliothèques ou en d'autres choses. L'Université de Montréal... Concordia, pardon, a acheté un couvent, je crois, des Soeurs de la Charité, là, sauf erreur, pour le reconvertir pour donner des cours. Donc, ce qu'il faut émettre, c'est non pas des restrictions absolues, mais des critères de conservation pour tout cessionnaire éventuel.

M. Chouinard (Tommy): Mais est-ce que vous...

M. Boulerice: J'avais pris cet exemple-là à Montréal, et peut-être que les lignes de conduites dont le président fait état auraient pu être utiles à ce moment-là ou le sont encore même aujourd'hui, cette histoire du Mont-Carmel, là.

M. Chouinard (Tommy): Est-ce que vous voulez empêcher, en quelque sorte, les églises, comme à Montréal, de se transformer en condos? On a vu ça beaucoup, là, transformation d'églises en condos, puis... comme sur le boulevard Saint-Laurent, je me souviens qu'il y a une église transformée...

M. Brodeur: L'objectif de la consultation, justement, c'est de recueillir l'opinion des citoyens, je ne pense pas que ce soit à la commission de se prononcer d'avance, de dire: Il faut faire telle ou telle chose. Ce qui est important, je pense, d'aller chercher dans les commentaires qui sont recueillis à la suite de ces consultations-là, c'est d'établir des critères de conservation historique et patrimoniale, donc faire en sorte que la valeur culturelle, la valeur historique, la valeur artistique de ces biens-là soient conservées.

M. Chouinard (Tommy): Mais est-ce que la valeur d'accessibilité au public doit demeurer, celle-là, c'est-à-dire les églises, à l'heure actuelle, peuvent être... sont accessibles à tout le monde, mais si c'est transformé en condo, c'est accessible à seulement ceux qui paient leur part.

M. Brodeur: Il faut travailler avec la réalité, hein, on sait que la pratique religieuse, comme je disais tantôt, est à... si on parle de la religion catholique, parce qu'il y a aussi d'autres religions au Québec, là, particulièrement dans les grands centres, mais quand on arrive à une pratique religieuse catholique à 5 %, je pense que, de toute évidence, il ne faut pas imposer encore une autre... une pratique religieuse à 100 % dans les bâtiments qui sont utilisés que très peu. Donc, c'est tout simplement d'établir des critères pour la reconversion des bâtiments qui sont jugés excédentaires, parce que les bâtiments qui sont jugés excédentaires, c'est sur lesquels la commission va se prononcer. Et je dois souligner aussi qu'on ne parle pas seulement des églises. Les églises, c'est une grande proportion du patrimoine religieux, mais il y a beaucoup aussi d'autres choses. Il y a les objets religieux. Parce que si les églises sont vendues ou transformées, il y a des objets religieux aussi qui devront être protégés. Mais, de toute évidence, nous ne pourrons pas protéger tous les objets religieux qui sont au Québec.

M. Chouinard (Tommy): ...empêcher que le Québec soit dépossédé de ses objets de culte, il y a beaucoup d'Américains qui ont l'oeil sur ces choses-là, qui achètent tout ça.

M. Boulerice: Vous touchez, vous touchez le fond des choses également aussi. Je pense c'est une réflexion que l'ensemble de nos compatriotes doit faire, et je pense qu'on est heureux que la commission soit initiatrice de cela.
Vous savez sans doute que la plus belle collection de peintures religieuses du XVIII ou XVIIe siècle se retrouve à Chicago et non pas ici. Parce que malheureusement, en certains temps, des fabriques ont vendu allégrement ces objets de culte, ou ces décorations de culte ont une valeur inestimable. Je ne porte pas de jugement légal, il y a peut-être des circonstances x, là, je ne sais pas, mais il y a des choses qui sont là.
Je vais vous donner un exemple qui va vous faire rigoler. Est-ce que vous avez déjà visité cette superbe petite chapelle à Tadoussac? Il y a un Enfant-Jésus dont la robe a été faite par Anne d'Autriche. Il n'y a pas grand peuple au monde qui peuvent se dire qu'ils ont un Enfant-Jésus dont la petite robe a été faite, robe de baptême, là, enfin, robe de bébé, là, a été faite par Anne d'Autriche, une souveraine quand même assez connue et appréciée.
Donc, il va falloir se poser la question est-ce que ces choses-là... au niveau de l'orfèvrerie, je veux dire, les Québécois à l'époque sont passés maître. Il faut se le dire, là, nous, on n'a pas vécu l'Empire romain, donc, on n'a pas de viaducs comme trace du passage des Romains, la colonisation française ou britannique ne nous a pas laissé de châteaux ou de grands édifices, c'est le patrimoine religieux qui, pour une grande partie, est le patrimoine. Donc, la réflexion mérite d'être faite. Qu'est-ce qu'on fait? Qu'est-ce qu'on garde? Qu'est-ce qu'on protège? Comment on le protège? Comment on le conserve? Etc. Je pense que c'est une grand réflexion collective. J'avais lancé un slogan, il y a quelques années, en disant: Il faut donner un avenir à notre passé.

Une voix: Merci. Autres questions?

M. Faucher (Jean-Robert): Oui. On prévoit que d'ici une dizaine d'années les communautés religieuses vont être en sérieuses difficultés en termes de renouvellement des vocations, et tout ça. Est-ce qu'il n'est pas moins une? Est-ce qu'il n'est pas trop tard?

M. Boulerice: Il n'est jamais trop tard pour bien agir.

M. Brodeur: Non, il n'est jamais trop tard. Il est grandement temps que nous agissions, là, je pense que c'est pour ça que l'implication de la commission est primordiale. On doit absolument, dans les plus brefs délais, encadrer justement la cession de ces biens-là. Mais il est tard. Déjà, je crois que nous avons perdu certains biens au Québec. On parle d'églises démolies, de bâtiments qui ont été affectés. On parle surtout d'objets religieux qui sont disparus. On a eu plusieurs cas où ça a soulevé le mécontentement de plusieurs paroissiens. Je pense qu'il n'est jamais trop tard pour agir, mais il est grand temps d'agir.

M. Boulerice: Rappelons-nous Vigneault: s'il y a eu du temps perdu, il n'y a plus de temps à perdre.

M. Faucher (Jean-Robert): Une idée comme une fiducie un «loan and trust» comme il en existe en Angleterre, est-ce que c'est quelque chose qui fait son chemin à l'intérieur de la commission?

M. Brodeur: Présentement, nous ne voulons pas établir d'avance des voies à suivre. Ce que nous voulons faire, c'est tout simplement, comme on dit, consulter la population, puis je suis convaincu que nous allons recevoir beaucoup de mémoires que les gens vont s'intéresser On peut s'inspirer de tout ce qui s'est fait ailleurs, autant en Grande Bretagne avec les trusts, ou en France. On sait cependant que la capacité de l'État d'intervenir de façon massive dans la conservation de ces biens-là va être plus difficile parce que c'est des biens de valeur inestimable. Mais ce qu'on veut savoir, c'est l'opinion des gens intéressés, des gens qui sont impliqués directement dans la conservation de ce patrimoine-là, et je ne voudrais pas que la commission donne une ligne toute tracée d'avance. On va recevoir les opinions des gens auparavant.

Journaliste: ...l'Église a été négligente jusqu'à maintenant pour conserver son...

M. Brodeur: Ça a été difficile pour l'Église, parce que le culte, les gens voués au culte ont baissé énormément. En 1960, c'était 80 %. Aujourd'hui, c'est 5 %. Donc, la descente a été excessivement rapide, de la pratique religieuse, ce qui fait en sorte que les Églises ont peut-être été prises de court, là. Dans l'histoire de l'humanité, en l'espace de 20 ans, 30 ans ou 40 ans, d'avoir une baisse de pratique religieuse aussi importante a fait en sorte que l'Église a été prise de court, a perdu ses moyens financiers et, à ce moment-là, je pense que cet à nous, là, de donner des critères pour conserver ces biens-là. L'Église, présentement, là, a des choix à faire et puis nous devons encadrer ces choix-là. C'est ça, donc je ne pense pas qu'il y ait de coupables là-dedans. Oui.

Journaliste: Vous parlez à un moment donné de sensibiliser la population aux enjeux qui entourent l'avenir du patrimoine religieux au Québec qu'il relève de l'Église catholique ou de toute autre tradition religieuse. C'est quoi, toute autre tradition religieuse?

M. Boulerice: Je vous ai fait un léger aparté tantôt en disant: Il y a une présence au Québec d'une communauté juive, donc pratiquant une religion qui lui est propre qui est plus que bicentenaire. J'ai pu voir, moi, une petite synagogue qui mériterait peut-être d'être préservée, et j'ai pu voir des rouleaux de prières, des torahs magnifiques. Et je pense que cela aussi fait partie du patrimoine québécois, au même titre que si on nous apprend que demain, si on nous apprend demain qu'il y a un magnifique coran qui vient de l'école de Fêz et qui date du XIe ou Xe ou IXe siècle, et dont l'enluminure est tout à fait exceptionnelle, et que c'est présent ici, que cela fait partie du patrimoine québécois, donc, qu'est-ce que les gens s'attendent à ce que nous fassions et qu'est-ce que les gens veulent faire également, eux aussi, pour la préservation de ce patrimoine.
La société québécoise est pluriethnique de plus en plus avec la part de l'immigration, et cette diversité-là, elle s'exprime depuis quand même plusieurs années au niveau des croyances religieuses. Québec n'est plus, comme disait jadis un ancien premier ministre, canadienne-française et catholique, comme étaient nos rivières. Donc, je pense que nous devions également nous adresser et nous intéresser à d'autres expressions religieuse qui font partie du patrimoine par, à la fois, leurs biens meubles, et leurs biens immeubles. Il y en a plus qu'on croit, hein?

M. Taïeb (Moalla): Vous avez cité les trois grandes religions monothéistes, mais autres traditions religieuses, est-ce que ça peut comprendre...

M. Boulerice: Cela pourrait comprendre celles des premières nations également. Mais nous n'avons pas un inventaire devant nous, et je pense que les gens vont nous apporter, en fonction de leurs réflexions aussi, peut-être des indices d'une partie d'inventaire que malheureusement nous n'avons pas, et qu'il serait intéressant de faire et de voir quelles actions pouvons-nous prendre en commun avec ces gens-là.

M. Brodeur: Autres questions?

M. Boulerice: Mais votre question était drôlement pertinente, je l'apprécie beaucoup.

M. Taïeb (Moalla): Mais est-ce que ça peut comprendre, par exemple, des regroupements qui se disent religieux, mais qui sont perçus parfois par l'opinion publique, comme des sectes, par exemple? Parce que le terme est assez général «autres traditions religieuses», la définition, elle s'arrête où?

M. Boulerice: Vous allez au-delà des mots, et c'est une sémantique qui ne nous a pas atteints.

M. Brodeur: Et puis je ne crois pas que, dans ces cas-là, ces gens-là aient à administrer un patrimoine historique ou artistique suffisant de traditions québécoises. On sait que la tradition catholique est de plus longue date au Québec, donc on peut s'imaginer facilement que la majorité des biens à protéger seront... proviendront soit de religion catholique, ou protestante, ou anglicane. Oui?

M. Faucher (Jean-Robert): Je crois comprendre que votre commission pourrait même en arriver à la conclusion qu'il faudrait soit revoir la Loi des fabriques, ou encore légiférer ou réglementer une façon de faire lorsqu'il arrivera des fermetures, par exemple. Ce sera inévitable.

M. Brodeur: Ce que l'on dit communément, c'est que tout est sur la table là. On fera des recommandations à la suite des travaux de notre commission qui pourra entre autres, là, apporter et suggérer des modifications aux lois qui sont actuellement en vigueur.

M. Chouinard (Tommy): J'aurais peut-être une question sur un autre sujet. Je ne sais pas si, M. Brodeur... J'imagine que vous êtes au courant, là, de ce qui s'est passé le week-end dernier. Quelle leçon tirez-vous de ce qui s'est passé à M. Landry?

M. Brodeur: Bien, je pense que là nous sommes ici pour une conférence de presse sur l'avenir du patrimoine religieux, mais je pourrai répondre à cette question-là à l'extérieur, parce qu'on veut quand même conserver, là, l'attention sur... Difficile, aujourd'hui, de conserver l'attention sur ce point-là.

M. Chouinard (Tommy): Vous pouvez le faire ici, là, il n'y a pas de...

Une voix: ...c'est que ça va faciliter la chose, là, si vous le faites ici.

M. Chouinard (Tommy): Juste brièvement.

M. Brodeur: Brièvement, là, on sait que faire de la politique, c'est de plus en plus difficile. Et puis ce qu'il faut conserver, c'est le respect pour ces gens-là qui s'impliquent en politique. Et M. Landry a droit à tout notre respect, a contribué grandement, depuis 40 ans, à ce qui est devenu le Québec, et je pense que tout simplement il faut avoir une reconnaissance pour le travail accompli. On parle des gens qui sont devenus députés, ministres, chefs de leur parti, ça, j'ai beaucoup d'admiration pour tous les gens qui s'impliquent en politique.

M. Chouinard (Tommy): Est-ce que vous pensez que votre chef doit tirer une leçon, lui aussi, de ce qui s'est passé, compte tenu de son impopularité? Est-ce que vous pensez que...

M. Brodeur: Tous les chefs politiques vivent à peu près... ils ont de grandes responsabilités, ont les médias, les caméras, les lumières sont sur eux continuellement. Donc, c'est un travail qui est excessivement difficile, peu importe de quel parti vous êtes chef. Vous avez souvent des moments qui sont plus difficiles que d'autres, mais ça fait partie de la vie politique, dans le monde moderne, dans le monde que l'on connaît présentement.

M. Chouinard (Tommy): M. Boulerice, qu'est-ce que vous pensez de la course...

M. Boulerice: M. Boulerice ne pense absolument rien aujourd'hui. M. Boulerice assistera au caucus de son aile parlementaire, à 16 heures, et si M. Boulerice a des commentaires à faire, il les fera après.

Mme Barton (Rosemary): Mais vous étiez terriblement ému, samedi aussi, M. Boulerice...

M. Boulerice: Je ne peux... C'est probablement la seule remarque que je ferai aujourd'hui à ce sujet. Si j'étais ému, puis c'est que ma carte de membre a été vendue par Lorraine Landry, ma première campagne électorale s'est faite avec Bernard Landry. J'ai connu Bernard Landry, j'avais 13 ans, c'est une amitié longue de 46 ans. Donc, si l'homme politique était heurté, l'individu était profondément malheureux et blessé. Maintenant, je n'ajouterai pas plus.

M. Plouffe (Robert): Lui avez-vous parlé depuis, M. Boulerice?

M. Boulerice: Je n'ajoute plus rien.

M. Plouffe (Robert): Vous n'ajoutez plus rien. L'arrivée d'un Gilles Duceppe, est-ce que vous avez un commentaire?

M. Boulerice: Je répondrai au moment jugé opportun. Je suis désolé, malgré tout le respect, voire même l'amitié que j'ai pour vous, je crois que ce n'est pas le moment, ce n'est pas le temps. Et, comme j'ai dit, je crois que, moi, comme plusieurs de mes collègues, avons un certain deuil à faire, je vous demanderais de le respecter.

M. Plouffe (Robert): Mme Marois n'a pas eu l'air d'avoir fait un gros deuil, elle.

M. Boulerice: Ah, chacun sa façon. Les gens jugeront.

Mme Barton (Rosemary): Mr. Boulerice, can I just ask you in English how do you feel about the fact that people are, you know, lining-up for your friend's job so quickly?

M. Boulerice: Disgusting. That's the word I have used with your CJAD colleague yesterday.

Mme Barton (Rosemary): Why it was disgusting?

M. Boulerice: There's always a time for mourning first. Then after you go to see the public ... to see how the will was written.

Mme Barton (Rosemary): So, don't you think that the party is in a bit of a disarray so it makes sense to people?

M. Boulerice: No, I'm sorry, no more comments about that.

Une voix: Merci beaucoup.

(Fin à 11 h 1)

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