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Conférence de presse de M. Jean-Pierre Charbonneau, député de Borduas

Les services ambulanciers et les propositions mises de l'avant afin de réduire les délais d'intervention et le risque pour la vie des citoyens dans les régions du Québec

Version finale

Le mercredi 14 juin 2006, 11 h 32

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Onze heures trente-deux minutes)

M. Charbonneau: Bien, alors, mesdames, messieurs, bon avant-midi. Alors, je suis en compagnie des représentants des techniciens ambulanciers paramédics du Québec que je vais laisser se présenter.
L'objectif de ce matin, c'est de donner suite à l'échange que nous avons eu aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, sur le problème, là, des services ambulanciers dans plusieurs régions du Québec, échange qui avait été précédé cette semaine par une autre période de questions. Il y a deux semaine également, on l'avait abordé à l'Assemblée, puis à l'étude des crédits aussi. Alors, ça fait plusieurs reprises depuis quelques semaines que cette question-là est sur la table.
Essentiellement, l'objectif de ce matin, c'est de permettre aux techniciens ambulanciers d'un peu donner la réplique au ministre de la Santé et des Services sociaux qui essaie de résumer ce dossier-là à une affaire de négociation syndicale. Je crois qu'il y a la négociation, c'est une chose, puis il y a la problématique des services ambulanciers. Il y a une analyse qui a été faite par les techniciens ambulanciers, dont j'ai pu prendre connaissance. Essentiellement, ce qu'on dit au gouvernement, c'est: Donnez-vous donc la peine de faire l'exercice qu'on a accepté de faire, puis de les écouter puis d'analyser au mérite la proposition, vous allez peut-être vous rendre compte que, dans bien des régions du Québec, on pourrait, sans des coûts astronomiques, réduire le temps d'attente d'une façon significative et donc augmenter le niveau de sécurité offert aux citoyens et aux citoyennes du Québec pour le temps de réponse à des situations d'urgence. Alors, je ne veux pas être plus long. Je veux laisser les gens qui sont autour de moi présenter un peu la problématique et la position qu'ils soutiennent. Peut-être commencer par ma gauche, ici.

M. Jobin (Martin): Martin Jobin, vice-président à l'information pour l'Association des travailleurs du préhospitalier.

M. Coderre (Yves): Yves Coderre, vice-président information-mobilisation pour le Rassemblement des employés techniciens ambulanciers paramédics du Québec.

M. Gagnon (Marc): Marc Gagnon, je suis du Comité provincial sur l'amélioration des services. Je suis du Lac-Saint-Jean.

M. Charbonneau: Alors, je laisse d'abord la parole à M. Jobin, je crois.

M. Coderre (Yves): Coderre.

M. Charbonneau: Coderre, excusez. J'ai juste fait de l'animation avec un autre Coderre pendant cinq ans, mais... un nom, je ne sais pas pourquoi.

M. Coderre (Yves): Bon. Premièrement, je dois vous avouer que je suis particulièrement déçu de la petite joute oratoire que j'ai eu à vivre ou à entendre minimalement tantôt. Je trouve qu'il y a des gens au ministère qui accusent d'une démagogie, c'est incroyable. Si la négo et les problèmes de services arrivent à l'échéance en même temps, j'espère que le ministère se rend compte que c'est eux qui n'ont pas retourné nos appels. Ça fait un an qu'on a commencé à parler de ça, qu'on leur demande de régler les problèmes de service. Le ministère nous amène dans un lieu, dans un moment pour tenter d'induire les gens en erreur puis de dire que c'est de la négo. Ça n'a aucun rapport avec la négo. Nos gens, nos paramédics, à travers le Québec, le donnent ce service-là. Comprenez bien qu'on est, je pense, les mieux placés pour en connaître les lacunes et les problèmes parce qu'on les vit.
C'est triste un petit peu, si j'avais pu, j'ai un petit vidéo que j'aurais bien aimé vous présenter qui fait vraiment la différence entre un horaire de faction et un horaire de travail à l'heure. On voit vraiment la différence. On fait d'ailleurs un test sur la Côte-Nord. On a demandé deux ambulances en même temps par le même coup de téléphone, il y en a un qui était en faction, l'autre était sur un horaire à l'heure, ils sont arrivés à tout près de... Il y en a un qui est arrivé en dedans... autour de trois minutes, l'autre à 12 minutes. Si c'était quelqu'un de votre famille qui attendait ça, c'est incroyable. On était à Baie-Comeau quand on a fait cette petite chose-là. Puis, aujourd'hui, le ministère nous dit, veut résumer ça à la négo, dire que c'est des trucs pour avoir de la négo. Je vous dis, je suis tellement déçu d'entendre ces choses-là. Je ne peux pas croire. Ou il est très mal informé, M. Couillard, ou il veut vraiment jouer avec des mots puis tenter d'induire la population un petit peu en erreur au niveau des services.
Tout ce qu'on lui demande, c'est d'améliorer. Il n'y a rien de plus frustrant pour un ambulancier paramédic que d'arriver en retard. Vous savez qu'on a tous des moniteurs défibrillateurs dans nos véhicules. Il y a des régions où les horaires sont en faction, que nos gens n'ont jamais défibrillé un patient depuis qu'ils ont les moniteurs défibrillateurs. La seule raison: ils arrivent trop tard. Tout ce qu'on demande, c'est d'être plus court, rapetisser nos délais.
Il ramène ça en disant qu'on va réduire les services. On va peut-être réduire le nombre de véhicules la nuit, quand ils ne sont pas utiles, pour s'en servir mieux le jour. C'est sûr, ça se fait dans les villes. Ça se fait partout, il y a toujours moins d'ambulances la nuit que le jour, dans les villes. Mais les horaires de faction, c'est 24 heures par jour. Il y a une belle couverture, exemple, de deux ambulances, ils ne veulent pas en enlever une la nuit, même si elle n'est pas utile. On l'a, puis ça ne coûte pas cher, c'est gratis, ce n'est pas dispendieux, pourquoi ne pas en profiter? Je pense que j'ai terminé.

M. Charbonneau: Qu'est-ce que c'est, le déploiement dynamique? Juste avant qu'on donne la parole aux journalistes. Parce que finalement vous avez une proposition de déploiement dynamique, là, puis c'est ça que vous m'avez expliqué. Si vous pouviez un peu élaborer.

M. Coderre (Yves): Présentement, les ambulances sont stationnées dans les garages dans des municipalités, puis il y a deux zones limitrophes, une à côté de l'autre, qui ont des véhicules en faction. Le déploiement dynamique, c'est qu'on met un véhicule qui peut circuler entre les deux zones, on le met entre les deux. Plutôt que d'avoir deux véhicules inactifs, on en a un actif qui se promène. Il y a un appel ici, à gauche, on va aller à gauche; un autre appel, on va y aller. Il y a un autre véhicule que, quand lui est occupé, il peut partir de son point de services puis se déplacer vers l'autre zone. Comme, un exemple, de chaque côté du pont, à Québec, il y a une ambulance qui peut avoir un appel d'un côté, l'autre peut y aller en soutien.
Présentement, ce n'est pas ça du tout. Les véhicules sont serrés dans les garages, sont inactifs. Les ambulanciers sont à la maison puis attendent les appels. Le déploiement dynamique, on prend les ambulanciers, on les met dans les véhicules puis on les fait circuler pour couvrir les appels.

M. Boivin (Mathieu): Monsieur, deux questions. Êtes-vous capable de nous dire si, depuis quelques années, la question des délais d'intervention se détériore? Est-ce que c'est quelque chose qui dure depuis trop longtemps et que vous dénoncez ou est-ce qu'au contraire vous constatez que ça va de mal en pis?

M. Coderre (Yves): Dire que ça se détériore, pas nécessairement, je ne crois pas. Je ne pourrais pas avoir cette prétention-là. Par contre, une chose est sûre, depuis nombre d'années et nombre d'années qu'on tente d'éliminer ces types d'horaire là, parce qu'ils ne répondent tout simplement pas aux demandes de services.
Je vais vous donner un exemple pour imager ça un petit peu: J'ai un véhicule qu'il faut que j'aille chercher dans une caserne. Je pars de chez moi, on va s'imaginer qu'il fait beau, on va se donner une petite chance, je me rends à la caserne, ça prend quatre, cinq minutes. Puis là, mon partenaire, il est pris, il a eu un problème, n'importe quoi, je l'attends. Ou il arrive sur les lieux de l'accident avec son auto, il passe sur les lieux, lui, pour s'en venir à la caserne. Qu'est-ce qu'il fait? Il est en paramédic, puis le monde lui crie après. Non, non, excusez, je vais aller me chercher une ambulance, les petits gars, si vous voulez que je vous aide. C'est ça la vie de ces gens-là, c'est incroyable. Depuis des années et des années qu'on tente d'éliminer ça. On comprend qu'on ne peut peut-être pas tout éliminer ça carrément d'un coup.

M. Boivin (Mathieu): Vous aimeriez mieux faire un chiffre dans une ambulance puis être prêt à intervenir tout de suite?

M. Coderre (Yves): Il n'y a aucune comparaison possible sur la qualité, la rapidité du service.

M. Boivin (Mathieu): O.K., je comprends. Deuxième question: Ça coûterait-u plus cher si ça se faisait comme ça?

M. Coderre (Yves): En fait, oui, ça coûte un petit peu plus cher. Dans la proposition qu'on fait, on élimine la majorité des horaires de faction dans tout ce qui est urbain et semi-urbain à travers le Québec, c'est quelque chose qui pourrait coûter autour de 6 millions de dollars de plus dans le service préhospitalier. On pense que ce n'est pas une montagne infranchissable, ce n'est pas excessif.

M. Charbonneau: Et la prétention du ministère de la Santé, c'est ça qu'on indiquait à l'étude des crédits, c'est qu'eux disent que ça va coûter 60 millions. Et nous, les gens nous ont dit: Écoutez, ça va coûter à peine 6 millions de plus. Alors, faites la comparaison. Autrement dit, faites l'exercice, acceptez de recevoir l'analyse, et regardez-les région par région, ils ont fait des évaluations, regardez ça. Et puis, je veux dire, avant de prétendre que ça va coûter 60 millions, faites l'analyse.
Si c'est 6 millions et pas 60 millions, bien là, la question, c'est: Est-ce que, pour 6 millions, on est en mesure d'augmenter le niveau de sécurité d'une grande partie de la population dans ces zones-là? Est-ce que le prix serait si cher payé pour augmenter le niveau puis sauver beaucoup de vies ou encore sauver beaucoup de problèmes de santé? Parce que quand on arrive trop tard, souvent, il y a une détérioration. C'est ça la question.
On ne dit pas au gouvernement de l'acheter sans vérifier, mais actuellement il y a même un refus d'analyser puis de recevoir la proposition, puis de la regarder au mérite sous prétexte qu'on est dans un processus de négociation, puis que, dans le fond, la CSN, c'est toute une tactique pour essayer de marquer des points dans la négociation. Nous, on dit: Regardez-les au mérite, puis après ça tirez vos conclusions, mais ne dites pas au départ que, finalement, ça n'a pas de valeur toute cette question-là parce que, tout ça, ça vient d'une centrale syndicale, là.

M. Nadeau (Rémi): À ce sujet-là, quand même, pouvez-vous nous dire est-ce que votre convention collective est échue? C'est en négociation depuis combien de temps? C'est quoi, là, les grandes lignes par rapport à ça?

M. Coderre (Yves): En fait, notre convention collective est effectivement échue depuis quelques mois. Présentement, M. Couillard, au moins là-dessus, c'était correct, on est dans, je vous dirais, dans les dernières périodes de négociation. Puis si tout arrive en même temps, je répète ce que j'ai dit tantôt, c'est un peu eux qui nous ont amenés là. On n'avait pas d'autre choix parce qu'ils ont toujours retourné... c'est-à-dire n'ont pas retourné nos appels, ont toujours remis les rencontres et remis et remis les rencontres. Aujourd'hui, on se retrouve dans un entonnoir où ils ne voudraient pas que les deux choses passent en même temps. Puis remarquez qu'on n'a personne pour parler de négo, ça ne m'intéresse pas d'en parler ici, c'est une autre affaire. On ne parle que de services. Nos gens n'en peuvent plus d'être en retard. Nos gens ne sont plus capables de vivre ça. Puis je ne sais pas si vous le savez, mais pour des paramédics, être en retard, ça va mal.

M. Dougherty (Kevin): M. Dumont de l'ADQ a parlé d'un cas de quelqu'un qui a demandé aux pompiers d'amener quelqu'un à l'hôpital. D'abord, est-ce que vous pouvez commenter cette approche et est-ce que ça arrive ailleurs au Québec, qu'on utilise d'autre chose que les ambulances qui sont là pour ça?

M. Coderre (Yves): Il y a quelques endroits au Québec où il y a des premiers répondants. Les premiers répondants ne doivent pas transporter des patients, aussi critiques soient-ils. C'est pour ça d'ailleurs qu'on prétend que ça prend des ambulances parce que, nous, on transporte, on a des soins. Le cas qui est arrivé l'autre jour, je ne peux pas tellement le commenter, par contre ce que je peux vous dire, c'est que quelquefois, généralement, quand une panique s'installe un petit peu sur un lieu, il peut y avoir des transports qui sont faits comme ça par d'autres corps de métier, soit les pompiers soit les policiers, ça arrive de temps à autre. C'est humain, ce n'est pas correct, mais c'est humain. Par contre, ce qui est arrivé là-bas, ça n'a pas vraiment rapport en fait avec les horaires de faction, c'est triste à dire, mais c'est un concours de circonstances qui a fait qu'il n'y avait plus d'ambulances de disponibles là. Puis donc ça a pris beaucoup plus de temps, ça aurait pris beaucoup plus de temps à en avoir mais, ça, c'est... On n'est même pas rendus à demander d'avoir suffisamment d'ambulances sur le territoire, on n'est même pas rendus à cette demande-là. Tout ce qu'on veut, c'est utiliser les nôtres de la meilleure façon possible.
Mais ce que vous m'amenez là, ce serait rendu dans une demande où on demande d'avoir assez d'ambulances pour répondre à tous les appels, on est loin de ça encore.

M. Duchesne (Pierre): Et en quoi vous disiez en écoutant la joute oratoire de ce matin que vous concluez qu'il y avait de la démagogie au ministère? En quoi le ministre, fait-il preuve de démagogie?

M. Coderre (Yves): Bien, premièrement quand c'est... je ne sais pas si vous avez entendu parler de tout ce qui s'est passé à Urgences-santé l'année passée au sujet des soins avancés, de toute l'étude qui a ressorti là-dessus, ce que le ministère a demandé, les enquêtes qui ont été faites, et ainsi de suite, concernant les soins avancés. Je peux vous dire que présentement les gens qui font des soins avancés au Québec ont encore beaucoup, beaucoup de problèmes, ils sont loin d'être reconnus. M. Couillard prétend, dans ce qu'il a dit tantôt, qu'il rencontre régulièrement ce monde-là puis que c'est grâce à leur parti qu'ils ont avancé là-dedans. Je pense que, grâce aux décisions qu'ils ont prises, on est peut-être en train de reculer là-dedans.
Ensuite, il nous parle de quelques millions de dollars qui sont investis... Puis, je veux juste faire attention, parce que je ne veux pas mêler la négo, parce que je sais très bien que le ministère, dans la négociation, nous ramène la professionnalisation et c'est correct de le faire. Il nous ramène des points là-dessus possiblement pour tenter d'avancer ce qui n'a pas été fait à venir jusqu'à date. Je ne veux juste pas mêler les deux choses.
Par contre, il nous parle de quelques millions de dollars qu'ils investissent, là. Mais, oui, il y a eu une entente qui s'est faite lors de notre dernière convention collective qui disait que les horaires de faction de type 8-14, donc qui travaillaient huit jours pour en avoir...  sur 14, c'est-à-dire vont être transformés, devaient être transformés à la fin juin de cette année en horaire 7-14, donc ôte une journée. Ça crée un poste temps plein, si vous voulez, par région. Il y a des sous d'investis là-dedans. Il a raison. C'est des ententes qui datent déjà d'il y a quelques années. Ce n'est pas de l'argent nouveau, ce n'est pas des choses nouvelles.

M. Charbonneau: Mais ça reste des horaires de faction.

M. Coderre (Yves): Puis ça reste des horaires de faction plutôt que... Mais, là, on parle plus de conditions de travail. En fait, les gens, au lieu d'être obligés de travailler huit jours sur 14 vont en travailler seulement sept sur 14.

M. Charbonneau: Encore une fois, le problème, c'est... La démonstration, qui m'a été faite, quand M. Coderre parlait du vidéo, moi, je l'ai visionné, le vidéo. Je me suis donné la peine de les rencontrer. Le hasard fait que dans ma famille, j'ai un ambulancier. Un de mes frères est ambulancier, donc je connais ça un petit peu, là, puis j'ai déjà fait une journée de patrouille avec lui sur la route puis, lui, il travaille justement dans un secteur où il est sur l'ambulance. Il y a deux sortes. Il y a des gens qui patrouillent. Dans mon comté par exemple, j'ai des ambulances qui sont stationnées, je veux dire, dans un stationnement public sur le boulevard principal de Beloeil puis il y en a d'autres qui sont dans une caserne.
Mais, ceux qui sont à la maison puis qui doivent se rendre... là, on a parlé du beau temps tantôt, mais imaginez-vous l'hiver, là, qu'est-ce qui peut arriver comme situation dans des régions où les gens doivent à un moment donné répondre à un appel en pleine nuit? La tempête est là. Il faut qu'il déneige leurs propres véhicules, leurs propres résidences pour par la suite se rendre sur les lieux, après ça se rendre...
La démonstration, qui m'a été faite, c'est que c'est possible de faire en sorte que dans certains cas, en réduisant le nombre de véhicules, on augmente le niveau de services, parce qu'on va faire en sorte que les ambulanciers soient dans leurs véhicules et ils patrouillent. Et dans certains cas, mieux vaut avoir un véhicule avec un ambulancier qui patrouille qui est dans un secteur que deux véhicules qui sont vides et des ambulanciers qui attendent chez eux pour éventuellement répondre à des appels.
Autrement dit, il faut faire la distinction entre le niveau de... quand on parle du niveau de services, le nombre de véhicules disponibles puis le nombre d'ambulanciers prêts à répondre et le temps de réponse que ces ambulanciers-là peuvent utiliser pour répondre à la situation. C'est très différent. C'est ça le problème.
Et dans le fond, la démonstration qui est faite, c'est de dire: Pour à peu près 6 millions, on pourrait réorganiser les systèmes pour faire en sorte que dans plusieurs secteurs on mette, au lieu de certaines ambulances de faction, qu'on mette des ambulances fixes avec des ambulanciers à l'intérieur, et que les gens patrouillent. Et donc, qu'en général, statistiquement, on peut évaluer, par année, avec le nombre d'appels qu'il y a dans un secteur: Bon, bien, voici la zone où on devrait faire patrouiller l'ambulance, parce qu'en général c'est dans cette zone-là, et qu'on peut donc évaluer des temps de réponse moyens.

M. Boivin (Mathieu): Ça ferait sauver combien de temps, ça?

M. Coderre (Yves): Ça peut faire sauver facilement entre six et 10 minutes dans les conditions parfaites, là, dans de très bonnes conditions. Ça peut aller à beaucoup plus loin que ça, parce que, comme le député l'expliquait, s'il y a une tempête de neige, s'il y a du verglas, le pauvre paramédic qui casse sa petite glace dans sa petite vitre puis qui est obligé de pelleter son entrée de cour pour être capable de sortir, c'est pas mal plus que 10 minutes de délai, contrairement à s'il est assis dans le véhicule.

M. Duchesne (Pierre): Mais ça fait longtemps que c'est comme ça, la situation. Ça a aggravé ou ça fait un certain temps que ces délais-là sont plus longs compte tenu de ce que vous dites?

M. Coderre (Yves): En fait, le seul fait pertinent qui aggrave la situation, c'est que l'augmentation des appels, bon an mal an, il y a toujours une augmentation de la quantité d'appels, mais il n'y a pas d'augmentation de niveau... il n'y a pas d'augmentation d'équipes. Le seul moyen d'être capables de répondre à plus d'appels...
Parce qu'il y a des régions, je vais vous donner un petit exemple, la nuit, on a fait un calcul sur une région de nuit, il y a, on pourrait dire, deux appels de façon simultanée 40 fois dans l'année la nuit. Pour cette raison-là, nous autres, on dit: On va prendre nos équipes, on va les mettre à l'heure, on va les mettre plus rapides à répondre. Pour toute la balance des 200 autres appels, ils vont pouvoir avoir un service plus rapide, plus adéquat, puis les autres, avec un redéploiement dynamique, il y a quand même une autre région qui va se rapprocher pour donner un service qui, somme toute, ne sera pas plus mal que ce qu'ils ont aujourd'hui pour les 40 appels qu'il reste. C'est un peu le portrait qu'on tente de dessiner aux gens.
Puis dire que ça va plus mal, il y a plus d'appels, nos paramédics sont plus épuisés un petit peu d'arriver en retard. Parce que je le répète souvent, le retard, mais dans notre métier, vous savez, on rentre dans des endroits, dans des crises, les gens sont en crise, puis chaque minute pour ces gens-là qui nous attendent, c'est un drame. Puis quand on rentre là, on vit des drames avec ces gens-là. Ça fait que nos paramédics ont pas mal plus de difficulté, en tout cas, à venir à bout de passer au travers tout ça. C'est difficile pour nos gens aussi.

M. Nadeau (Rémi): M. Coderre, vous avez vu, en Chambre, là, le ministre a dit: Ah, ce n'est pas un bon plan de match, il y aurait moins de desserte dans plusieurs régions. Donc, la porte est fermée, là, vous, vous ne vous attendez plus vraiment à ce que ça bouge.

M. Charbonneau: Il y avait une réunion qui était prévue là-dessus. Quand le ministre dit ça, ce que je lui ai dit aujourd'hui puis ce que je lui reproche, c'est qu'il dit ça alors que les autorités de son ministère et lui-même ne se dont même pas donné la peine de les rencontrer puis d'analyser la proposition. Autrement dit, le ministère n'a même pas en main la proposition dont on parle. Alors, avant de dire ça, il faut qu'au moins que tu aies la proposition en main puis que tu l'aies analysée pour pouvoir conclure qu'elle n'est pas valable. Nous, on dit: Le ministre tire une conclusion prématurée parce qu'il n'a même pas cachets, ni lui ni les autorités du ministère, de recevoir la proposition et de l'analyser région par région. Le redéploiement dynamique qui est proposé, qu'est-ce que ça voudrait dire? Combien ça coûterait? Quel serait l'impact? En bout de piste, de bonne foi, si, la conclusion, c'est qu'on a, par cette proposition-là, une plus-value au niveau du raccourcissement du temps de réponse puis une augmentation du niveau de sécurité offert aux citoyens, mais je pense que c'est ça qui doit primer.
Et l'autre élément, c'est dans le fond j'ai l'impression, quand j'entends les représentants de paramédics, c'est comme si, tu sais, les casques bleus dans certaines situation qui ne devaient pas intervenir, là. C'est très frustrant pour un ambulancier de se retrouver finalement à arriver en retard sur une zone alors qu'il se dit: Si j'avais été dans mon véhicule, je serais arrivé à temps puis je l'aurais sauvé. Puis dans les milieux ruraux, là, tout le monde se connaît, là. L'ambulancier, souvent il connaît le monde, puis, tu sais, ça se connaît ce monde là, là. Alors, tu sais, c'est encore plus choquant, plus frustrant pour des gens qui travaillent dans ce domaine-là de ne pas pouvoir donner ce qu'ils pourraient donner puis ce qu'ils... Et c'est pour ça que finalement, je pense, qu'il faut au moins de bonne foi dire: Il y a des gens sont sur le terrain qui nous font des propositions, est-ce qu'on pourrait au moins les regarder puis les évaluer au mérite? C'est tout ce qu'on demande, là. On ne demande pas au ministre d'acheter sans avoir vu mais on lui demande de ne pas rejeter sans avoir vu.

Mme Richer (Jocelyne): Mais, sur un autre sujet, M. Charbonneau, est-ce que vous pouvez faire le point un peu sur la démarche que vous proposez? Pour une vaste consultation...

M. Charbonneau: Je ne veux pas faire le point, ce matin, sur ça parce que je n'ai pas... je ne me suis pas associé avec les représentants des ambulanciers pour ça. Si vous voulez me parler de ça, vous m'appellerez. Tu sais, moi, je ne veux pas une conférence de presse, ce matin, en utilisant la CSN pour parler d'autre chose. Je pense que j'ai eu l'occasion de ça, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je n'ai pas refusé des entrevues. Mais, ce matin, dire, par respect pour les gens qui sont avec moi, là, disons, on fait une... C'est eux qui... c'est leur sujet qui, à mon avis, est l'objet de ma présence ici. Si j'avais voulu vous parler d'autre chose, j'aurais fait une autre conférence de presse.

M.Dougherty (Kevin): Le 60 millions et le 6 millions, puis pourquoi, lui, il dit 60? Il devrait connaître ça, il me semble, le ministre.

M. Charbonneau: Le problème, c'est que, quand on était à l'étude des crédits, il nous a sorti ce chiffre-là. Moi, j'ai dit au ministre: Écoutez, moi, on m'a dit que c'était 6 millions. J'ai dit: Regardez la proposition puis dites-nous si effectivement le redéploiement dynamique qui est proposé va coûter 60 millions. Moi, je ne pense pas parce que ce que le ministre prétend, c'est que le 60 millions, c'est comme si on transformait tous les horaires de faction en horaire - comment vous appelez ça? - ...

M. Coderre (Yves): En horaire à l'heure.

M. Charbonneau: ...en horaire à l'heure. Ce n'est pas ça qui est proposé. Dans certains cas, ils ne proposent pas de modifier le système, pour toutes sortes de raisons. Donc, actuellement, il y a une proposition, d'après ce que j'ai compris, modulée pour un certain nombre de régions, et c'est celle-là qui a été évaluée à ce niveau-là.
Moi, c'est la question que je lui avais posée aussi: C'est quoi, la différence entre le 60 millions et puis le 6 millions? J'ai dit au ministre à l'étude des crédits: Si vous pensez que c'est 60 millions, c'est quoi, le problème d'aller valider votre estimé? Puis, si finalement la proposition qui est faite, effectivement c'est 5, 6, 7 millions, bien, j'ai dit, vous tirerez vos conclusions puis vous aurez la responsabilité après, parce que c'est vous qui êtes le responsable de la santé publique, des décisions que vous prendrez.
Mais encore une fois, tant qu'on n'a pas fait la validation puis qu'on n'a pas accepté de le regarder au mérite, bien c'est comme si on ne voulait pas le faire parce qu'on ne veut pas s'insérer... Tu sais, on prend le prétexte de la négociation en disant: Bien, nous autres, on ne parle pas à la CSN puis on ne veut pas leur parler, c'est toute une game dans la négociation, là. Moi, je dis: Ce n'est pas une game de négociation, c'est une game de service public, et il y a une problématique qui a été identifiée. Quand M. Deschênes, tantôt, parlait que ça fait plusieurs années, oui, ça fait plusieurs années que ce système-là est en place, puis il a été expérimenté, puis, à mesure que l'expérimentation avance dans le temps, on se rend compte qu'on pourrait avoir des alternatives qui ne seraient pas si coûteuses que ça puis qui, dans bien des cas, augmenteraient le niveau de sécurité puis réduiraient le temps de réponse.
Est-ce que ça veut dire, sur un territoire immense comme le Québec, que, dans tous les endroits, ce serait possible? Bien sûr que non, mais il y a des endroits où on pourrait avoir un niveau de réponse pas mal plus adéquat. Et c'est ça que les citoyens demandent. S'ils signent des pétitions, là, ce n'est pas parce que, tu sais, ils veulent nécessairement appuyer la CSN dans ses négociations, là. Ils signent des pétitions parce qu'ils voient bien, eux... Puis, à chaque fois qu'il y a un incident qui est rapporté dans un hebdo régional ou dans un quotidien régional puis que les gens voient bien, là, que c'est arrivé puis qu'il y a eu un temps de réponse de 20 minutes...
Tu sais, il y a, quoi, quelques semaines, deux, trois, semaines, maximum un mois, j'avais fait état d'un cas. C'était le maire de Granby qui avait été victime d'une attente d'une quarantaine de minutes, si je me rappelle bien. Alors, lui, il s'était plaint en maudit, puis là ça avait eu de l'écho dans les médias parce que c'était le maire qui avait été lui-même victime d'un temps d'attente exagéré, là, tu sais. Alors là, quand les gens voient ça, ils se disent, là: Ça peut m'arriver à moi, là. Les gens sont sensibles au fait qu'on leur dit: Écoutez, il y a une alternative qui n'est pas si chère que ça puis qui serait pas mal plus efficace.

Une voix: Merci beaucoup.

(Fin à 11 h 57)

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