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Conférence de presse de M. Jean Filion, député de Montmorency

Formation du RIN

Version finale

Le lundi 19 octobre 1998, 10 h 32

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Dix heures trente-deux minutes)

M. Filion: Alors, nous allons débuter la conférence. Merci d'être là. C'est très important aujourd'hui d'avoir la présence de la presse nationale puisque l'objectif de la conférence de presse, c'est vraiment de soulever un débat national.

Alors, aujourd'hui, le Regroupement des indépendants nationaux est né. Accompagné de Me Daniel Beaulieu, notaire, nous avons décidé d'aller de l'avant et de former le Regroupement des indépendants nationaux, dont l'objectif fondamental est d'inciter la population à élire des députés indépendants qui auront pleine liberté d'expression et d'allégeance pour les représenter et défendre leurs intérêts en priorité.

Plus souvent qu'autrement, on brime la liberté d'expression du député en bâillonnant les parlementaires. Au cours de la XXXIVe Législature, le gouvernement du Parti libéral a bâillonné 21 fois les parlementaires pour adopter 51 projets de loi. À titre d'exemple, mentionnons le projet de loi n° 170, Loi sur la taxe de vente du Québec, qui a été adopté en décembre 1991, suite à une motion de clôture pour bâillonner l'opposition officielle. À cette époque, la population était en complet désaccord avec la mise en place de ce mode de taxation communément appelé TPS-TVQ. M. Yves Séguin, ministre du Revenu, en désaccord avec ce nouveau mode de taxation, démissionna de ses fonctions de ministre et de député du comté de Montmorency. Par ailleurs, au cours de l'actuelle Législature, le gouvernement du Parti québécois a lui aussi bâillonné 13 fois les parlementaires pour adopter 39 projets de loi.

On brime aussi la liberté d'expression des députés en leur imposant une ligne de parti, et ce, peu importe l'intérêt des gens qu'ils représentent. À titre d'exemple, mentionnons la sanction du gouvernement du Parti québécois à l'endroit du député de Montmorency pour s'être abstenu de voter lors de l'adoption du budget en mai 1995. Député du comté, bien sûr, comptable agréé et fiscaliste de carrière que je suis, par respect de mon code d'éthique professionnel, je m'étais abstenu de voter pour me dissocier du document budgétaire qui était erroné puisqu'il n'indiquait pas une dette de plus de 10 000 000 000 $ dénoncée depuis 1988 par le Vérificateur général du Québec.

J'aimerais maintenant passer la parole au cofondateur du Regroupement, Me Daniel Beaulieu.

M. Beaulieu (Daniel): Merci. Alors, je suis très heureux de vous rencontrer aujourd'hui à titre de cofondateur du Regroupement des indépendants nationaux. Je suis très fier de faire partie de la majorité de la population silencieuse, alors totalement libre d'allégeance politique, qui devient de plus en plus déçue des débats populaires dirigés principalement par les chefs de parti. Qu'on ne fasse, ou qu'on ne réfléchisse seulement qu'à moins de 4 % de la population ayant droit de vote qui sont membres d'un parti politique. Alors, où est le sens véritable du vote présentement?

Que favorise-t-on au niveau du nouveau Regroupement des indépendants nationaux? Alors, premièrement, on favorise la candidature de représentants de la population qui désirent prioriser leur comté par un échange d'opinions libres d'allégeance politique ou de direction de parti et, lorsque l'on parle de représentants indépendants, c'est dans le sens commun, c'est-à-dire libre, autonome, dissident, non conformiste, même libéral de nature et non alligné.

Deuxièmement, on désire favoriser, en incitant la population en général qui sont déçus par les partis politiques traditionnels et qui peuvent être tentés de ne pas se rendre voter ou, tout simplement, d'annuler leur vote. Il y a de plus en plus de mécontents et il est important de donner un message clair aux dirigeants politiques en réalisant pleinement le devoir de citoyen lors des prochaines élections.

Troisièmement, et là, c'est un véritable cri du coeur qu'on veut adresser d'une façon globale et générale, présentement, en suscitant une mobilisation populaire de tous les intervenants sociopolitiques afin de mettre sur pied des solutions de réforme du parlementarisme québécois et, dans ce sens, on espère que, du simple citoyen comme moi, qui n'a jamais été impliqué directement ou indirectement, d'une façon populaire, en politique, à aller jusqu'aux différents mouvements apolitiques ou aux mouvements d'éducation populaire qui se sont formés au cours des dernières années, et là, il y en a plusieurs qui peuvent se regrouper en notre intérêt, de ce nouveau Regroupement des indépendants nationaux. Alors, on peut penser présentement au Rassemblement pour une alternative politique, le RAP, qui a été formé cette année, qui a été dûment créé comme mouvement d'éducation populaire. On peut penser au Cercle de réflexion Gérald Godin, qui a un rôle très actif au niveau des intellectuels québécois, à la Société Saint-Jean-Baptiste, aux anciens députés convaincus d'une réforme, que celle-ci est nécessaire. Que l'on pense à des gens très bien connus comme Yves Séguin, Pierre de Bellefeuille, Jean-Guy St-Roch et bien d'autres qu'on ne souligne pas aujourd'hui, afin de mettre sur pied des solutions concrètes à ce qu'on peut appeler une crise de bipartisme qui existe au niveau du parlementarisme québécois, dont le système d'alternance favorise le pouvoir, et non le citoyen.

Alors, nous avons effectivement différents objectifs et, aujourd'hui, on tente de secouer les colonnes du temple du parlementarisme dans son état actuel, ce qui n'est pas très facile pour le simple citoyen dont je peux être et dont vous êtes, également. Alors, nous avons cette opportunité, ce matin, de passer un message, quitte à passer le message au gouvernement de retarder les élections dont on trouve qu'elles sont peut-être précipitées. Parce que, présentement, la réforme du système électoral, le projet de loi qui a été déposé et qui, rapidement, ne sera pas finalisé ni adopté dans son intégralité, le projet de loi n° 450 n'est pas là pour favoriser les indépendants, le multipartisme et permettre aux simples citoyens de pouvoir s'exprimer, comme on le fait aujourd'hui.

Alors, notre objectif est très clair, c'est de susciter un débat à la veille des élections en remettant en cause le rôle du député dans son ensemble, le député qui est le fondement même de la démocratie populaire. Alors, lorsqu'on reçoit, dans le passé, des lettres d'appui, notamment j'en ai une, ici, de la Société Saint-Jean-Baptiste du Québec, dans le cadre d'une résolution d'appui à une prise de position antérieure où, clairement, on vient mentionner une approbation d'une position prise par Jean Filion – à l'époque député du Parti québécois et député de Montmorency, toujours député de Montmorency – en disant ceci: «Votre abstention faisant passer votre éthique professionnelle avant la solidarité partisane, vous avez démontré ainsi votre intérêt à défendre les droits de vos électeurs ainsi que les contribuables du Québec. Nous vous encourageons à continuer à agir de cette manière en étant représentant des citoyens du comté de Montmorency, car les gens élisent comme député une personne responsable, non pas un robot au service d'un parti politique.» Quel beau message d'une société qui se dit apolitique.

Alors, nous croyons sincèrement, en 1998, qu'un vote pour un indépendant, pour un représentant indépendant, pour un député qui se voudrait indépendant, pourrait amener un sens démocratique fondamental, soit celui de la pleine liberté d'expression parlementaire. Et par déformation professionnelle, je recherche une concertation populaire et publique.

M. Filion: C'était le message que nous voulions livrer ce matin. Nous sommes disposés à répondre à vos questions.

M. Fortin (André): M. Filion, j'essaie de voir un peu, vous dites vous-même que l'habit de la loi actuelle n'est pas nécessairement fait pour les indépendants. Est-ce que le RIN, lors de la prochaine élection, vas être enregistré comme parti politique? M. Filion: C'est que le RIN ne peut pas être enregistré comme parti politique parce que dans son nom, son appellation, vous retrouvez le mot «indépendant». Il n'y a aucun parti politique qui peut s'appeler indépendant, le mot «indépendant» appartient aux députés à l'Assemblée nationale qui sont indépendants. Alors nous, on veut inciter à faire élire des députés indépendants, mais on ne peut pas être légalement un parti politique, la loi ne nous le permet pas.

M. Fortin (André): Le regroupement va servir à quoi, finalement, dans cette campagne-là auprès des candidats indépendants qui peuvent se présenter à l'échelle du Québec?

M. Filion: C'est que le regroupement va servir à inciter la population, d'abord, à aller voter démocratiquement et surtout à toute la population de voter. Et ceux qui n'ont pas d'idée parce qu'ils considèrent qu'un bleu ou un rouge c'est du pareil au même, ceux qui croient vraiment que notre démocratie ne fonctionne plus et que le parlementaire est toujours bâillonné et qu'au fond il ne défend jamais les intérêts de la population parce qu'on le bâillonne, bien il aura la chance d'aller voter pour un indépendant. Et nous, ce qu'on veut passer comme message, c'est que le vote pour un indépendant c'est un vote pour la liberté d'expression à l'Assemblée nationale.

C'est ça, qu'on veut passer, comme message, c'est que là on a un sens au vote qu'on peut donner, c'est que les gens s'abstiennent d'aller voter parce que ça ne porte pas de message. On change les partis et c'est toujours pareil, c'est des promesses qu'on ne rencontre jamais, et là on se dit, sur la place publique: Ah, il dit n'importe quoi, ce n'est pas sérieux. Au moins, là, la personne qui dit: Moi, je ne crois plus à la politique, vraiment je n'y crois plus à la politique au Québec, à notre démocratie, on lui dit: Allez voter pour un indépendant.

Et le résultat du suffrage, le scrutin, on le décomptera après l'élection et on verra combien la population veut retrouver des parlementaires avec le plein droit de parole, et c'est ça le message qu'on va passer pendant toute la campagne électorale.

Une voix: Combien il y aura de candidats indépendants sous le chapeau du RIN?

M. Filion: Il ne peut pas y avoir de candidats indépendants sous le chapeau du RIN. Le RIN n'est pas un parti, le RIN est un regroupement qui incite les gens à se présenter indépendants. Et, si vous faites le décompte, juste moi...

Une voix: Il doit bien y avoir une forme de filiation, quand même. Il y en a qui vont se réclamer.

M. Filion: Oui, c'est qu'à un moment donné, probablement que nous on lance aujourd'hui un nouveau débat. Il y a des gens qui vont vouloir dire: Bien écoutez, nous, on y va parce que le RIN effectivement, on y croit. Le RIN, c'est le Regroupement des indépendants élus et on doit inciter toujours les gens à se présenter pour qu'on ait un plein droit de parole. Et là, on va voir comment les gens sont prêts, effectivement, à retrouver une vraie démocratie, des vrais débats au Québec. N'allez pas penser qu'on a réformé. On a réformé récemment la santé, l'éducation. On a tout réformé en profondeur, sous soi-disant une simple colonne de chiffres. Mais, les parlementaires, qu'est-ce qu'ils avaient à dire là-dedans? Rien. On a décrié, on a tout fait, et on n'a pas réussi à convaincre quelque personne d'un parti à changer d'orientation ou à prendre le temps de faire une réforme, à se poser des bonnes questions et à s'assurer que la réforme va faire le moins de mal possible. Non, ce n'est pas possible. Le parlementarisme ne fonctionne plus comme ça. Et là, il faut lui redonner ce souffle-là, d'un parlementaire qui est responsable, qui a son droit de parole et qui peut défendre et représenter ses citoyens. C'est rendu qu'on ferme des hôpitaux puis que le député, dans son propre comté, ne peut même dire: Je suis avec ma population, moi là. Je vote contre parce que je suis avec ma population et je suis contre la fermeture de l'hôpital. On ne peut même plus s'exprimer à l'Assemblée nationale. Et c'est fondamental ce qu'on lance comme débat.

On le lance à la veille d'une élection parce qu'on veut vraiment que les gens au Québec aient élection où il y a un enjeu fondamental, où il y a quelque chose, où le vote va pouvoir signifier quelque chose. C'est pour ça que ce matin, on est là pour lancer ce débat-là.

M. Fortin (André): Vous allez être de la course électorale, M. Filion?

M. Filion: D'abord, je suis un député très fier d'être indépendant pour représenter le comté de Montmorency. Écoutez, c'est très clair que je suis heureux et content de cette fonction-là. En temps opportun, je rendrai ma décision définitive de me présenter dans le comté de Montmorency. Pour le moment, je dois vous dire que, indépendamment que je me présente ou pas, c'est un débat national qu'on veut lancer. C'est un débat de cri du coeur, comme disait Me Beaulieu tout à l'heure. Il faut réformer le parlementarisme québécois. À travers les années, à travers les décennies, on l'a décrié et en quelque part la population n'a jamais vraiment eu l'occasion de la débattre, cette réforme-là, et nous, c'est ce qu'on veut faire.

M. Beaulieu (Daniel): Et on cherche vraiment à mobiliser les différents intervenants du milieu, actuellement, d'une façon globale parce que si on veut faire cette réforme du système électoral là, il ne faut pas oublier que, dès le départ, dans les origines du Parti québécois, dans son programme de 1968 à 1977, on parlait de réforme du système électoral. Dès le départ, c'était un point du programme, c'était important et une fois qu'on est au pouvoir, on l'a oublié. Où est-elle, cette réforme-là, plus de 20 ans, plus de 30 ans plus tard, la réforme promise?

Alors, aujourd'hui, ce qu'on tente de faire, c'est de mobiliser des intervenants, et il y en a partout. Il y a des anciens députés indépendants qui ont des choses à dire, qui peuvent les dire. Si on peut être le chapeau pour permettre à ces gens-là de le dire, bravo. Si on parle du nouveau rassemblement pour l'alternative politique qui a été créé, si on parle du simple citoyen, dont je suis, qui peut se permettre aujourd'hui de venir dire son idée, oui, je suis déçu du système politique actuel, j'ai de la misère à trouver ma place dans ça; et je ne suis pas seul à parler comme ça, il y a énormément de gens qu'on écoute dans la rue.

Et on va plus loin que ça. Des journalistes chevronnés se permettent d'écrire, notamment vendredi dernier, en disant: Je remets en cause mon droit d'aller voter cette année. Est-ce que ça va donner quelque chose de plus d'élire un député dans ma circonscription? M. Michel Vastel s'est permis lui-même de soumettre cette idée-là vendredi dernier, et ça rentrait très clairement dans notre orientation pour soulever le débat populaire. Alors, on n'est pas les seuls à être assis en avant. Si on peut représenter cette majorité silencieuse qui a quelque chose à dire à différents niveaux, tant mieux, et toujours dans un but, je veux dire, louable, un but noble, celui de redonner ou de tenter de redonner le vrai pouvoir aux citoyens.

Alors, il y a toutes sortes de mécanismes qui ont été proposés par différentes organisations – pancanadiennes, même – en disant: Est-ce qu'on ne doit pas réformer? Alors, on parle de réforme du parlementarisme. Aujourd'hui, à la veille d'élections, on se retrouve encore avec deux chefs qui font plein de promesses, et on se demande là-dedans, nous, comme simples citoyens, où on s'en va. Et ce matin, on tente de faire réagir la population et de regrouper tout simplement les différents intervenants qui ont quelque chose à dire.

M. Fortin (André): La population va réagir, dans la mesure où il y aura des candidats. On est d'accord là-dessus.

M. Filion: Oui, et il y en a toujours eu, des candidats. Dans le comté de Montmorency, à la dernière élection, où j'ai enregistré la quatrième meilleure majorité au Québec, 15 000 de majorité, avec le Parti québécois, il y en avait six indépendants qui se présentaient. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours, des indépendants qui vont se présenter, sauf qu'à cette élection-ci, ce qu'on aimerait passer comme message, c'est: Voter pour un indépendant, ça a une signification: vous voulez retrouver des parlementaires avec un plein droit de parole pour vous défendre. C'est ça qu'on veut passer comme message.

C'est une élection où, quelque part dans le temps, on va dire: Oui, moi, je suis prêt à voter pour un indépendant, parce que c'est vrai que la politique, au Québec, doit être réformée. C'est vers ça qu'on s'en va, comme débat public, et qu'on aimerait débattre avec les gens. On a une élection, c'est le moment rêvé de lancer un débat comme celui-là. Et nous, c'est ce qu'on veut faire, et on souhaite que ce débat-là prenne place. Il a toute sa place dans une démocratie.

M. Beaulieu (Daniel): Sauf, qu'actuellement, la Loi électorale ne répond pas du tout à l'égalité des chances parlementaires pour les candidats indépendants ou pour tout multipartisme, je veux dire qui ne fait pas parti d'un grand parti. Alors, lorsqu'on se retrouve dans cette orientation-là où le citoyen d'aujourd'hui peut avoir des chances égales pour se présenter, il y a des candidats qui ont un potentiel intéressant qui pourraient peut-être se permettre dans cette élection de dire: Oui, j'y crois; ou des gens qui sont déçus actuellement, je veux dire, de règles de parti et qui pourraient encore se dire: Oui, je me présente, mais indépendant. Et l'avenir de ce regroupement-là, on ne peut pas prédire aujourd'hui jusqu'où il pourrait aller, comme réflexion populaire, j'entends bien.

M. Fortin (André): Autour de qui cette idée-là a pris naissance, ça s'est fait jour? Est-ce qu'il y a des gens à l'extérieur de la région de Québec qui sont partie à cette initiative-là?

M. Filion: Vous avez déjà un regroupement qui est le RAP où on a déjà lancé l'idée de lancer des indépendants, ça fait quelques mois avec M. Chartrand et le comptable M. Lauzon. Ils ont déjà lancé, c'est très clair dans la population. Nous, on s'inscrit dans cette foulée-là et on vient dire: Oui, il faut aller plus loin. Il faut vraiment l'amener ce débat-là sur la place publique, à la prochaine campagne électorale. C'est un débat qui est majeur, et c'est un débat qui a toute sa place. Et c'est de cette façon-là que le mouvement RIN est né. Alors, on vous remercie de votre présence.

(Fin à 10 h 52)

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