Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Actualités et salle de presse > Conférences et points de presse > Conférence de presse de M. François Desrochers, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation

Recherche avancée dans la section Actualités et salle de presse

La date de début doit précéder la date de fin.

Conférence de presse de M. François Desrochers, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation

Dépôt d'un projet de loi sur la gouvernance et la démocratie dans les commissions scolaires

Version finale

Le mardi 13 mai 2008, 16 h 22

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Seize heures vingt-deux minutes)

M. Desrochers: Alors, bon après-midi. Nous sommes ici pour évidemment faire part de nos premières réactions du dépôt du projet de loi n° 88 que vient de déposer la ministre de l'Éducation. Et évidemment la première lecture... le premier constat que nous faisons, c'est clair que pour nous l'éléphant a accouché d'une souris et que, présentement, ce qui est sur la table - et j'aurai l'occasion d'en parler un peu plus abondamment tantôt - c'est qu'on s'en va encore une fois dans la mauvaise direction. Et le but de tout ça, c'est qu'on a constaté, et tout le monde le constate au Québec, depuis une décennie, la problématique des taux de participation aux élections scolaires. La problématique, elle est là, elle est criante, et on sait que les taux de participation dernièrement étaient en deçà du 8 %.
Suite à ce constat-là, évidemment on a eu le Forum sur la démocratie scolaire, en février dernier, qui a coûté assez cher, et tout le monde... tout le monde était unanime et se disait inquiet de la réussite des enfants. Donc, c'était un constat général. Et voilà, aujourd'hui, que la ministre arrive avec ses conclusions, avec le dépôt d'un projet de loi. Évidemment, ce projet de loi là ne propose que des changements cosmétiques, et c'est quand même important de les souligner, parce qu'en bout de ligne tout ce qu'on voit, à travers tout ça, pour augmenter, si vous voulez, la démocratie scolaire, on propose moins de commissaires d'école. Bon.
Au-delà du nombre, il y a toujours la question de la représentation des gens aussi. Est-ce que les gens, la population du Québec va se retrouver à travers une structure qui est encore plus grosse? On a vu... Évidemment, on verra qu'il y a des coûts qui ont été augmentés là-dessus. Mais comment des gens, dans une région, qui ne se reconnaissent déjà pas dans les commissaires d'école... on va leur donner, à ce moment-là, des plus grosses surfaces, des plus grosses circonscriptions, si vous voulez, scolaires, on s'en va, de part et d'autre, dans une mauvaise direction. Les gens, ce qu'ils nous demandent évidemment, c'est que les gens se reconnaissent dans les conseils d'établissement. Et est-ce qu'on voit, à travers ce projet de loi là, le projet n° 88, une augmentation du rôle des conseils d'établissement? La réponse, c'est non. Encore une fois, on constate que la ministre semble se préoccuper beaucoup plus des structures qu'elle ne semble se préoccuper des enfants, et ça, c'est assez déplorable.
On voit, à travers tout ça aussi un autre point qu'il est important de soulever, c'est que la ministre confirme d'une certaine façon, et ça, c'est elle-même qui l'a dit, et je vais citer ses mots, elle confirme à une certaine inutilité des commissions scolaires parce que, dans le cas... et ce que cite le projet de loi n° 88, c'est que les commissions scolaires devront convenir avec le ministère de l'Éducation sur l'atteinte des objectifs et des cibles qui auront déjà été ciblés à prime abord dans les plans stratégiques par les commissions scolaires. Donc, les commissions scolaires devront s'en référer au ministre à ce moment-là, et il semble... Enfin, est-ce que c'est une mise en tutelle - on peut se poser la question - des commissions scolaires? Ça semble être le cas, ou au moins, à tout le moins, ce qui se dégage de tout ça, c'est que la ministre semble vouloir avoir une certaine mainmise sur les commissions scolaires aussi.
Donc, à partir du moment où le débat se fait sur la démocratie scolaire, que les écoles demandent évidemment beaucoup plus d'autonomie, que les parents demandent d'avoir plus d'autonomie au sein des équipes-écoles - qui, eux, les parents ont confiance en leur équipe-école, ils ont confiance au directeur de l'établissement, ils ont confiance aux enseignants - est-ce que ce projet de loi là, le 88, va dans ce sens-là? Bien, la réponse est non. Et ça, c'est aussi important de le souligner.
On n'a pas, à travers le projet de loi n° 88, une augmentation du taux de participation qui était l'objectif visé, du taux de participation, et on ne voit pas qu'on va aller dans ce sens-là et qu'on va corriger les choses. Et c'est des lacunes qui sont assez déplorables, et on le constate également du côté du Parti québécois aussi, que c'est la même chose, on constate que le Parti québécois et le Parti libéral s'entendent là-dessus. Donc, c'est assez déplorable. Il est important d'arriver à des changements majeurs, et présentement ce qu'on voit, c'est un diachylon qui est mis sur un cancer, seulement. C'est déplorable. Et on ne voit pas du tout l'amélioration que ça pourrait faire, et que ça ne tient pas compte enfin de la réussite de nos enfants.
Et on voit en plus, dans ce projet de loi là, que les écoles devront transférer leurs surplus aux commissions scolaires. Bon, on connaît déjà les surplus des commissions scolaires, plus de 300 millions, et on va se demander: Des écoles qui demandent d'avoir de plus en plus de... enfin, d'avoir les ressources nécessaires pour encadrer la réussite de nos enfants, on doit transférer ces ressources-là aux commissions scolaires. Est-ce qu'on s'en va dans la bonne direction avec le projet de loi? On peut se poser la question. On sait que la commission scolaire de Montréal, par exemple, a investi 75 millions dans les papiers commerciaux. Est-ce qu'on s'en va encore une fois dans ce sens-là avec le projet de loi n° 88? Il semble que oui.
Restreindre les subventions aux écoles privées, j'aimerais savoir en quoi ça va changer le taux de participation aux élections scolaires aussi. C'est déposé dans ce projet de loi là. Il semble, à première lecture, qu'on aille encore dans cette direction-là. Est-ce que les choses vont réellement changer? La réponse est non. On n'y croit pas du tout.
Vous aviez, ce matin, les directeurs d'établissement, les directeurs d'école à travers la province, qui ont montré des résultats des études qu'ils ont faites auprès des parents, un travail sérieux qui a été fait et qui recoupe évidemment beaucoup de préoccupations des directeurs d'établissement et de parents. Et, pour eux, ce qu'on a souligné, ce que les directeurs ont souligné ce matin, c'était l'importance d'avoir des écoles fortes, des écoles autonomes, d'avoir les moyens et les ressources d'impliquer les parents dans la réussite des enfants, d'impliquer la communauté dans la réussite des enfants, et c'est là - ce que disait, ce matin, la fédération - l'importance que les taux de réussite allaient vraiment changer.
Est-ce qu'on voit, à travers le projet de loi n° 88 présentement, qui est déposé, est-ce qu'on voit plus d'autonomie pour les écoles? Pas du tout. On ne s'en va pas là-dedans. Est-ce qu'on voit un renforcement du rôle démocratique des conseils d'établissement dans les écoles? La réponse est non, très peu, en fait, à prime abord. Et c'est assez dommage parce que les parents le disent : c'est à travers l'équipe-école que les parents ont confiance. Ce sont des gens qui sont près de la réussite des enfants, ce sont les enseignants, ce sont les directeurs d'école, ce sont les conseils d'établissement, ce sont eux qui sont les principaux outils de réussite de nos enfants.
Alors, à travers ce projet-là, malheureusement on ne voit pas de ligne concrète. La ministre a aussi sous-entendu tout à l'heure qu'ils verraient l'opportunité plus tard d'amener la question de jumeler des élections scolaires et des élections municipales. À part gonfler de façon artificielle les taux de participation, est-ce que ça va changer grand-chose? Bien évidemment que non. Et c'est sûr que, nous, on s'inscrit en faux dans ces démarches-là. On ne peut pas croire, et c'est évident que la population non plus... La population aura l'occasion d'en parler, les directeurs d'école aussi. Est-ce qu'en jumelant les élections scolaires aux élections municipales, on va aller dans le bon sens? Absolument pas.
Donc, ce projet de loi là parle de quoi? De renforcer le rôle des commissaires d'école, des commissions scolaires, d'avoir des tutelles maintenant de la part de la ministre auprès de nos enfants. On a 1 million d'enfants à travers la province, on a à peu près 3 000 écoles. Est-ce que le ministère va être en mesure de tout contrôler? On doit décentraliser, donner de l'autonomie à nos écoles. Est-ce qu'on va dans ce sens-là? La réponse malheureusement est non. Il semble encore une fois que ce soit une réforme des structures qui soit proposée plutôt qu'une vraie réforme qui cible les causes premières et qui met tout l'emphase sur la réussite. On semble encore une fois oublier la réussite de nos enfants. Mais il n'y aura pas d'économie à travers ce projet de loi là, évidemment. Au contraire, on voit déjà des sommes qui s'en vont à alourdir la structure encore une fois et malheureusement on ne peut aller dans ce sens-là. On n'améliorera pas la démocratie scolaire de cette façon-là. La démocratie scolaire, elle existe, elle existe dans les conseils d'établissement. À chaque année, vous avez des élections de parents, de membres de la communauté, des enseignants et de l'équipe-école qui en font partie. C'est cette démocratie scolaire là qu'il faut valoriser présentement, pas la démocratie qu'on connaît au niveau des commissions scolaires qui, avec ces mesures-là, auront peu de changements; les gens ne se reconnaîtront pas.
C'était selon nous, le projet de loi n° 88, la dernière chose que les enfants et les élèves du Québec avaient besoin, c'est des débats surtout de fonctionnaires et de remise en cause de structures encore une fois. On semble avoir manqué la cible avec le projet de loi n° 88. Et à ce niveau-là, nous, on continuera à faire passer les idées de l'ADQ qui sont rejointes, il faut le dire, là, depuis quelques mois, quelques années, de plus en plus par la population, par les directeurs d'école aussi qui sont confiants que finalement la seule et unique façon d'améliorer les taux de réussite de nos enfants, c'est de centraliser les ressources autour des enfants dans les écoles directement et non pas dans des structurites aiguës au niveau des commissions scolaires et du ministère de l'Éducation. Merci.

M. Plouffe (Robert): À partir du moment où effectivement vous demandez, vous, l'abolition complète des commissions scolaires, ce n'est pas surprenant de voir que vous n'êtes pas satisfait aujourd'hui de son projet de loi.

M. Desrochers: Écoutez, c'est évident que, nous, nos idées sont claires, elles sont connues, mais les demandes sont faites. Maintenant, ça, ça vient de partout, les parents... à travers les directions d'école, ce matin, qui sont sorties. Les directeurs d'école demandent plus d'autonomie, les parents demandent aussi la même chose à plus de 80 %. Est-ce qu'on va vraiment dans le bon sens ou on maintient présentement une structure, qui ne fonctionne pas, en place? Ce qu'on voit présentement, c'est exactement ça. On priorise la structure au niveau des enfants.
Il faut arriver à une autre vision de l'éducation. Et ce qui a été déposé, dans le projet de loi n° 88, ne donne absolument rien à penser que les choses vont changer. La réussite des enfants, c'est la priorité du Québec pour l'avenir. Et, à travers ça, vous allez voir qu'au cours des prochains mois, des prochaines années, il n'y aura aucun changement probant qui sera décidé à travers tout ça. On fait fausse route présentement. Et c'est important, c'est notre rôle de dénoncer.

M. Plouffe (Robert): Et pour vous, la mainmise, c'est une tutelle?

M. Desrochers: Bien, écoutez, c'est évident que pour nous, à partir du moment où on sent que le ministère ou la ministre veut mettre... enfin corriger, ce qu'elle-même a annoncé, ça ressemble énormément à une tutelle. Donc, si elle met en tutelle d'une certaine façon les commissions scolaires, est-ce que c'est un désaveu de confiance? La question, elle a été soulevée par la ministre elle-même tantôt, en point de presse. C'est évident que, pour nous, ça n'inaugure rien de bon à ce moment-là. C'est dans les écoles qu'on doit mettre l'accent, ça, c'est clair, et ça n'a pas été fait jusqu'à maintenant.

(Fin à 16 h 31)

Participants


Document(s) associé(s)