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Point de presse de Mme Diane Lamarre, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et d’accessibilité aux soins

Version finale

Le mercredi 25 janvier 2017, 13 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Treize heures trente-deux minutes)

Mme Lamarre : Bonjour à tous. Alors, aujourd'hui, donc, on fait un point de presse pour mettre en évidence des coups durs qui ont été portés au dossier de la santé mentale, aux soins associés à la santé mentale. D'abord, on a eu une annonce du ministre en 2015 pour 70 millions de dollars sur un plan d'action en santé mentale, 70 millions où il n'y a rien. On se serait attendu à ce qu'il y ait 14 millions par année, mais, en 2015, il y avait zéro; en 2016, il y avait zéro; en 2017, il y avait zéro; et hypothétiquement, en 2018, on aura peut-être de l'argent.

Mais un plan d'action sans argent, c'est un plan sans action. Et malheureusement, on constate que, du côté de l'accès pour les gens qui ont des problèmes de santé mentale, il y a vraiment des délais importants. C'est le deuxième coup dur, le temps d'attente. Alors, près de 30 % des personnes qui ont besoin d'une première intervention, donc des gens, là, qui ont un cri d'alarme... On sait que les gens, pour la santé mentale, retardent très longtemps la consultation. Alors, en santé mentale, plus on est malade, moins on veut se faire soigner et on attend beaucoup avant de demander de l'aide.

Alors, 30 % de ces personnes-là ont accès à des soins en dehors du délai de 30 jours, qui est normalement considéré comme acceptable. Dans la région des Laurentides, c'est un délai d'accès moyen de l'usager de 45 jours; en Abitibi-Témiscamingue, 40 jours; puis en Outaouais, 50 jours, donc des délais qui vraiment démontrent que la santé mentale n'est pas une priorité. Et les maladies mentales sont des maladies qui peuvent être potentiellement mortelles, alors on doit être très vigilants. Quand on parle de schizophrénie, quand on parle de dépression, d'idées suicidaires, on a des gens qui sont potentiellement dans un contexte de maladie très, très grave, qui cause des dommages importants.

Troisième coup dur, les transferts des CLSC vers les GMF. Alors, vraiment, une érosion... On expatrie des travailleurs sociaux et des psychologues, qui étaient facilement accessibles pour les gens dans les CLSC, et on les a transférés dans les GMF. Alors, au CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal par exemple, 18 travailleurs sociaux et 16 autres professionnels qui vont migrer vers les GMF, selon les rapports du CIUSSS lui-même. On a ça pour à peu près tous les autres centres. Centre-Ouest, c'est 16 travailleurs sociaux et 12,5 autres postes, là, équivalents à temps plein de professionnels qui vont être déplacés.

Alors, on se rend compte qu'au niveau de l'accès encore, les gens qui ont un problème de santé mentale, s'ils n'ont pas de médecin de famille, il y a un obstacle supplémentaire, ils doivent s'inscrire au guichet. Souvent, dans leurs caractéristiques, ce ne sont pas des personnes nécessairement très âgées. Elles peuvent avoir des retours qui vont leur dire : Bien, votre délai, c'est 200 jours avant d'avoir accès à un médecin de famille, pour pouvoir avoir accès à des professionnels, alors qu'avant il y avait un accès plus facile, plus direct. Et là on restreint cet accès-là à partir des CLSC.

Et le quatrième coup dur, bien, je vous dirais que c'est le bilan du ministre comme employeur du réseau de la santé. Il a 300 000 personnes qui travaillent pour lui. Si un employeur recevait un bilan à l'effet, un peu comme ce qu'on a eu avec le sondage de l'APTS, de l'alliance pour les soins, des gens qui travaillent en santé, que six personnes sur 10 sont en détresse psychologique, ça veut dire, là, trois personnes sur cinq, dans une organisation de 300 000 personnes, qui sont en détresse psychologique, c'est majeur. Comment on peut espérer faire en sorte que cette organisation-là soit plus performante quand on expose les professionnels à autant d'essoufflement, d'épuisement, de détresse, d'incertitude? Ce sont toutes des caractéristiques... quand on regarde les problèmes de détresse psychologique, on dit : Il faut éviter ça. Un bon employeur doit faire en sorte que ses employés travaillent dans un milieu où on va favoriser une performance, mais dans une ambiance qui va être valorisante et surtout rassurante, ce que le système de santé, là, maintenant, ça fait deux ans et demi, n'est que d'insécurité en insécurité.

Et, dans certains cas, il y a des changements majeurs, là. On parle de technologues qui travaillent en Abitibi, des jeunes familles qui se sont installées là, qui dépensent tout leur salaire dans cette région-là et qui, là, depuis des mois, sont convaincues qu'elles ne pourront pas garder leur poste mais ne savent pas ce qui va leur arriver. Donc, c'est une réorientation complète de leur travail, de leur profession. Alors, vraiment, c'est problématique. La santé mentale, je vous dirais aussi, au niveau du plan d'action, ce qui était clair, c'est que le ministre devait amener un soutien au niveau des logements, des logements supervisés, et on ne voit pas concrètement ces changements-là sur le terrain actuellement, et donc il y a une urgence à ce niveau-là.

Maintenant, j'imagine que vous avez peut-être envie de m'entendre parler des frais accessoires aussi, un peu, peut-être. Alors, c'est vraiment un constat ahurissant que, six mois après que le ministre lui-même ait décidé, après nos pressions, là, après qu'on fait énormément de pression sur lui... on se rappelle qu'au début il voulait les maintenir, les frais accessoires. Alors, six mois après que lui ait finalement accepté qu'il fallait qu'il les abolisse, qu'on se retrouve dans un tel chaos actuellement, c'est inconcevable, inconcevable pour les patients, les patients qui se heurtent. Alors, il fait faire le sale travail aux patients. Les patients sont obligés de chercher des lieux pour avoir des rendez-vous dans des contextes où ces patientes ou ces patients savent qu'ils ont un cancer, ont des conditions vraiment majeures.

Comment le ministre a-t-il pu laisser six mois de cette façon-là? C'est une forme, je vous dirais, d'insouciance qui frise la négligence des patients. Et cette négligence-là, cette insouciance, ça se traduisait autant quand j'essayais de sensibiliser sur les frais accessoires, où il ne réalisait pas que payer 200 $ pour des gouttes dans les yeux, c'était vraiment rendre ça inaccessible pour un grand nombre de patients, et actuellement il est aussi insensible au fait que les gens ont des difficultés majeures, encore une fois, de l'incertitude, doivent se débattre dans un système de santé où sa mission à lui, c'est de favoriser un accès juste et équitable.

Maintenant, pour ce qui est des revendications et des bris d'accès aux services, je vous dirais que ça ressemble à une chicane de privilégiés. On a actuellement des professionnels qui sont très bien rémunérés dans notre système, et là, à un moment donné, il faut assurer les services essentiels à la population. Qu'on envisage de priver la... de diminuer la vaccination des tout-petits, ça m'apparaît inconcevable. En aide humanitaire, c'est une priorité, et on ne cherche pas le 10 $ qui va avec. Alors, il va falloir, à un moment donné, que là on parle avec des vrais professionnels, et il y a des enjeux d'éthique et d'atteinte, je pense, à leur code de déontologie. Donc, il faut que les services soient offerts, et ces services-là ne sont pas négociables.

On est très inquiets, parce qu'on entend le ministre dire qu'il négocie, ça se fait encore en catimini. Est-ce qu'il va encore donner des hausses sur des hausses de rémunération? On n'arrive pas à bien décoder tout ça. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a amplement d'argent dans les enveloppes. Avec des augmentations moyennes de 9 % par année depuis déjà 2007, on peut dire que d'être capable de prendre un 1 %, là, une fois pour régler le dossier des frais accessoires, je pense que l'ensemble des professionnels qui est visé dans ça devrait faire preuve de cette ouverture-là.

Bien sûr, il y a eu un laxisme. On a laissé la situation se détériorer pendant 10 ans. Alors, il y a des échecs, mais là le ministre avait six mois, et c'est là que son six mois a été mal utilisé, pour atténuer au lieu de confronter. Et l'autre dimension, depuis le début, on le dit, le système de santé public, que le ministre a vraiment tordu, essoré depuis deux ans et demi, au lieu d'y investir. Comment se fait-il que, dans un hôpital, l'échographie ne soit plus disponible après 17 heures le soir? Moi, j'ai des cas concrets, là, vraiment démontrés, où plusieurs hôpitaux arrêtent les services d'échographie à 17 heures. Comment on peut imaginer que, pour un service aussi essentiel, on puisse prendre des décisions comme celle-là, si ce n'est des contraintes administratives démesurées, avec des coupures de budget qui sont complètement ingérables?

M. Vigneault (Nicolas) : Maintenant, à qui la faute? Parce que votre propos semble lancer la pierre, d'une part, aux spécialistes, d'autre part, au ministre.

Mme Lamarre : Bien, il y a les deux. Il y a de la mauvaise volonté des deux. Je pense que le ministre n'a pas pris les positions appropriées depuis le mois de mai. Il aurait dû entamer des discussions sérieuses. Je vous dirais même qu'il n'a même pas pris la peine de bien anticiper les problèmes. On dirait que c'est seulement depuis deux semaines, là, que tout à coup, tout ressort. Comment se fait-il que son équipe au ministère et le ministre lui-même n'aient pas été plus conscients, n'aient pas donné l'heure juste plus vite et n'aient pas corrigé ces choses-là rapidement?

Donc, définitivement, il y a négligence. Il y a une forme, je vous dirais, d'insouciance. Vous savez, le ministre, il ne voulait pas l'abolition des frais accessoires, il faut toujours garder ça en tête, hein? Alors, on aurait dit que, des fois, c'est comme si ça faisait... Mettons qu'il n'a peut-être pas fait ce qu'il fallait, moi, j'en suis certaine, pour que ça se règle en douceur et surtout en protection des patients.

Moi, je suis scandalisée, je dois vous dire, là, des situations auxquelles on expose les patients actuellement. Une patiente qui a un cancer du sein et à qui on donne des délais qui sont en termes de mois entre avoir son médecin de famille, voir un spécialiste et être réévaluée, ces mois-là, là, ça ne se récupère pas quand on a un cancer. Alors là, il y a des limites. Il faut vraiment prioriser le règlement de ce dossier-là très rapidement, à l'intérieur des enveloppes.

M. Vigneault (Nicolas) : Mais, encore là, à qui la faute? Vous dites les deux, là. Le ministre s'est peut-être traîné les pieds, selon ce qu'on entend, mais...

Mme Lamarre : Oui. Sincèrement, à l'intérieur de l'enveloppe des médecins spécialistes, là, il y a beaucoup de jeu. Il y a beaucoup, beaucoup de jeu. Je vous donne des exemples.

Il y a une partie de l'enveloppe qui vise à la rémunération à l'acte et l'autre partie qui vise aux frais de cabinet. Alors, quand on est capable de mettre, par exemple, pour les ophtalmologistes, 95 000 $ par année pour les frais de cabinet, bien, moi, je pense qu'il y a matière, là, à inclure un certain nombre d'équipements puis d'investissements. Comment se fait-il, là, qu'on n'a pas été capable de baliser ça? En même temps, pour ce groupe-là, mais je ne les cible pas spécifiquement, mais on sait que les ophtalmologistes ont été beaucoup impliqués dans les frais accessoires, bien, on se rend compte qu'il y a des interventions, par exemple, les remplacements de cristallin, les opérations pour la cataracte, qui, avant, les médecins pouvaient en faire seulement quelques-unes dans une demi-journée; maintenant, ils peuvent en faire une vingtaine parce qu'il y a des technologies nouvelles.

Alors, est-ce qu'on a bien réajusté la valeur de l'acte, de l'intervention, par rapport à l'équipement qui était nécessaire? C'est pour ça que je dis que ça se règle à l'intérieur de l'enveloppe, et on est nombreux à le dire, ça se règle à l'intérieur de l'enveloppe des médecins spécialistes.

Mme Fletcher (Raquel) : So, concerning the vaccination of babies, this is where I want to start, you mentioned that, this morning, the Minister said that this was a side effect of the bill that people of Québec wanted. What do you make of that reaction from him?

Mme Lamarre : You know, it's very sad that a Health Minister had this kind of vision because vaccination is an essential service. It's not an optional service, it's essential, it's fundamental. So, if physicians cannot support the $10 that they may ask for vaccination for children and they let them expose to non-protection of the vaccine and that our Health Minister agrees with that, he said… he doesn't realize that he has to do the right thing at the right time, he didn't do that.

So now he cannot transfer the responsibility to other health professionals. He has to assume that and to live with that, but, during the last six months, he had plenty of time to solve this problem, to anticipate that. I think he never, ever, thought about that. And now, he is just asking… you know, he said that what the population asked was false. No, I think what is false is asking parents to pay $10 for their children to have access to an essential service.

Mme Fletcher (Raquel) : What do you make of his attitude?

Mme Lamarre : Sorry?

Mme Fletcher (Raquel) : What do you think of his attitude?

Mme Lamarre : It's a kind of «négligence», I would say, «indifférence aux besoins des enfants, aux besoins de la population», and this is unacceptable for a Health Minister. He has to care for patients, he has to care for vulnerable patients and he's not doing that.

Mme Fletcher (Raquel) : You called for the abolition of the accessory fees quite a while ago. I remember being at your scrum then. How would you have handled it differently? If you were the Health Minister, how would you have managed this bill differently than Dr. Barrette?

Mme Lamarre : How did I manage the accessory fees?

Mme Fletcher (Raquel) : How would you have if you were Health Minister?

Mme Lamarre :OK. You know, the problem is the result of many, many years of bad negotiations. Each time, during the last 10 years, when we increased, when the Government increased the revenues of physicians, they didn't ask anything in return. So they gave more money only on the fact that Québec's physicians must have the same revenues than Ontario's physicians. This is unfair because, at the same time, in Ontario, when the physicians received their new fees, the increment in their fees, they had to do something in return. Here, we didn't have any mandatory obligations for the physicians to increase and guarantee access, access for free, not access with accessory fees.

So that is the result of many years of problems and bad negotiations. For now, we have a Minister who decided six months ago that it will be definitely out and he didn't put the measures that were essential starting to negotiate and, for sure, first, asking the federation to look in their own envelope, and take it, and split it correctly between them. They have enough money, for sure, more than people who had to pay, for many years, $200 for eye drops and $10 or $20 for vaccines for their children.

Mme Plante (Caroline) : I'm just wondering, Mrs. Lamarre, if you think that Mr. Barrette should meet with Jean Coutu and his son.

Mme Lamarre : I don't intervene in pharmacist… My colleague Dave Turcotte is the one responsible for pharmaceutical affairs. I prefer to stay like this because I'm concerned about «éthique» and interest conflicts, and I think we have some different views, Health Minister and me on this subject. Merci.

(Fin à 13 h 49)

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