Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Actualités et salle de presse > Conférences et points de presse > Point de presse de M. François Legault, chef du deuxième groupe d'opposition, Mme Nathalie Roy, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de laïcité, et Mme Sylvie D'Amours, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de famille

Recherche avancée dans la section Actualités et salle de presse

La date de début doit précéder la date de fin.

Point de presse de M. François Legault, chef du deuxième groupe d'opposition, Mme Nathalie Roy, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de laïcité, et Mme Sylvie D'Amours, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de famille

Version finale

Le mardi 7 février 2017, 11 h 15

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures dix-neuf minutes)

M. Legault : Bonjour, tout le monde. Bien, écoutez, nouvelle session qui commence aujourd'hui, la CAQ va beaucoup parler de la situation des familles québécoises. D'abord, on sait que plusieurs familles québécoises ont de la difficulté, actuellement, à arriver. Les salaires, au Québec, ne sont pas assez élevés, hein, on l'a souvent dit. Les personnes en Ontario gagnent 4 500 $, en moyenne, de plus que les personnes au Québec. Donc, on doit augmenter le salaire moyen au Québec. On doit aussi réduire les impôts. Donc, on va talonner le gouvernement pour réduire les impôts d'au moins 1 000 $ par famille pour compenser les hausses de taxes et de tarifs qu'elles ont subies depuis trois ans.

On va aussi, bien sûr, parler d'éducation. Il faut investir, actuellement, en éducation pour la réussite des jeunes, entre autres offrir des prématernelles quatre ans gratuites à tout le monde au Québec.

On va parler aussi des aînés. Quand on rencontre les familles, une des préoccupations qu'on entend de plus en plus souvent, c'est l'inquiétude face à leurs parents vieillissants, donc comment on traite nos aînés au Québec. Ce seront des sujets, donc, sur lesquels on va revenir.

Par contre, aujourd'hui, je veux revenir sur la demande de Philippe Couillard, dans la foulée de l'attentat de Québec, d'adopter ensemble rapidement un projet de loi sur la neutralité religieuse.

Je veux d'abord rappeler notre position. La CAQ croit que les personnes qui sont en autorité ne devraient pas pouvoir porter de signes religieux. C'est une question de neutralité, mais aussi d'apparence de neutralité. On pense que c'est important d'être ouverts pour accueillir les nouveaux arrivants, mais il faut encadrer le port des signes religieux pour mieux vivre ensemble. Donc, maintenant, quelles sont les personnes qui sont en autorité au Québec? Dans le rapport Bouchard-Taylor, on suggérait les magistrats, procureurs de la couronne, policiers, gardiens de prison, président et vice-présidents de l'Assemblée nationale. La CAQ a ajouté les enseignants du primaire et du secondaire. Cependant, pour faciliter l'adoption du projet de loi sur la neutralité religieuse, la CAQ est prête à faire un compromis et à exclure les enseignants de la liste des interdictions. Je vous le dis, là, c'est pour faire un compromis. Ça restera dans le programme, par contre, de la CAQ, là, pour l'élection générale l'année prochaine.

Donc, ce que je demande aujourd'hui au premier ministre, c'est de faire aussi un compromis. Si Philippe Couillard veut qu'on avance sur la question, qu'on mette cette question-là derrière nous, je lui tends la main. Je tends la main aussi au Parti québécois, à Québec solidaire. Je propose donc que, rapidement, on adopte un projet de loi où on interdira, au Québec, les signes religieux pour les policiers, les gardiens de prison, les juges, donc, et le président de l'Assemblée nationale. Donc, ce qu'on demande, c'est d'adopter rapidement la recommandation principale de la commission Bouchard-Taylor. C'est une proposition qui fait largement consensus au Québec, c'est une position qui est rassembleuse, et je crois que, dans le contexte actuel, le bien commun exige un compromis honorable de part et d'autre. Donc, si M. Couillard veut qu'on avance dans le dossier de la neutralité religieuse, je lui demande de faire lui aussi un compromis. Et, sur cette base, je lui offre toute notre collaboration pour qu'au cours des prochaines semaines on soit capables, sans partisanerie, d'adopter un projet de loi sur la neutralité religieuse. Donc, la balle est maintenant dans le camp de Philippe Couillard. Merci.

La Modératrice : Merci. On va commencer la période de questions en commençant par Alain Laforest, TVA.

M. Laforest (Alain) : Bonjour, M. Legault. Bon, je comprends que vous voulez changer l'ambiance à l'Assemblée nationale, que vous trouvez, j'ai l'impression, que ça a été un peu trop loin. Premièrement, est-ce que vous trouvez que ça a été trop loin au cours des derniers mois?

M. Legault : Oui, bien, je ne pense pas que le ton qui a été utilisé par la CAQ soit allé trop loin. Par contre, le sujet, entre autres les signes religieux, on en parle depuis 10 ans, donc je pense que ça peut nuire au climat général au Québec, et c'est pour ça que je pense qu'on doit régler ce dossier-là rapidement.

M. Laforest (Alain) : Juste une sous-question là-dessus. M. Lisée a fait son mea culpa en disant que lui, il est allé trop loin. M. Couillard maintient, lui, que tout ce qu'il a dit, ça a été correct, même quand il vous a dit que vous avez soufflé sur les braises de l'intolérance. Vous, est-ce que vous trouvez, à un certain moment donné, soit dans vos propositions ou vos propos, que vous êtes allé trop loin?

M. Legault : Non, moi, je ne pense pas. Je pense qu'on a toujours défendu ce que la grande majorité des Québécois souhaitent. Vous savez, il y en a un, consensus au Québec, c'est la proposition de Bouchard-Taylor, interdire les signes religieux pour les personnes en autorité. C'est la position que défend la CAQ depuis 2015. Donc, je pense qu'on a été rassembleurs et donc je souhaite que M. Couillard fasse aussi un compromis. Ce que je vous dis aujourd'hui, c'est qu'on est prêts à retirer notre proposition d'ajouter les enseignants, donc garder seulement les juges, les gardiens de prison, les policiers puis le président de l'Assemblée nationale, comme le proposent M. Bouchard et M. Taylor, qui ne sont pas des gens qui sont radicaux, et comme le souhaitent, je dirais, à peu près 80 % des Québécois.

M. Laforest (Alain) : Et on repousse le dossier en 2018, sur l'élection, chacun va avoir sa position, puis on refera le débat? C'est un peu ça que vous dites.

M. Legault : Exactement, exactement. Donc, dans 20 mois, lors de l'élection en 2018, bien, nous, on proposera d'ajouter les enseignants. Mais je pense que c'est important, là. Ça fait 10 ans que le dossier traîne, je pense que ça nuit au climat. Je pense que c'est important de le régler rapidement. Moi, je suis prêt à m'asseoir avec Philippe Couillard, comme il l'a demandé. Je suis prêt à faire un compromis, mais je pense que lui aussi doit faire un compromis.

La Modératrice : Merci. Nicolas Vigneault, Radio-Canada.

M. Vigneault (Nicolas) : M. Legault, s'il n'y a pas d'attentat la semaine dernière à Québec, est-ce que vous modifiez votre position ou vous gardez le cap, à savoir qu'il y a des enseignants… ou que le gouvernement permet aux enseignants de porter le tchador au Québec?

M. Legault : Bien, comme je vous dis, on la garde, notre position, là. Donc, moi, je souhaiterais, dans un monde idéal, que les enseignants au primaire et au secondaire, qui sont souvent des modèles pour les enfants, ne puissent pas porter de signes religieux. Mais, dans le contexte de ce qui est arrivé la semaine dernière, je pense qu'il y a effectivement une urgence de régler le dossier des signes religieux et de mettre ça derrière nous. Puis je pense que c'est important de mettre un cadre puis de dire aux Québécois : Voici ce qui est permis puis voici ce qui n'est pas permis, puis passons à un autre sujet puis travaillons tous ensemble contre l'intolérance.

Donc, moi, je pense, dans le contexte de la semaine dernière, là, oui, il y a une certaine urgence d'adopter… Le projet de loi n° 62, pour moi, est un peu insignifiant, puisqu'il ne permet pas d'interdire les signes religieux. Tout ce qu'il dit, c'est «pourrait peut-être interdire les services à visage couvert». Puis, encore là, même, il y aurait possibilité d'avoir des exceptions.

Donc, moi, je pense qu'il y a un consensus, là, je vois 80 % des Québécois qui disent : Les personnes en autorité ne devraient pas pouvoir porter de signes religieux. Il faut que ça arrête de traîner. 10 ans, c'est trop long. Même trois ans, là, deux ans et demi de régime Couillard, ça aurait dû être réglé depuis longtemps. Réglons-le. Puis moi, je suis prêt à m'asseoir avec Philippe Couillard, avec Jean-François Lisée, avec les gens de Québec solidaire puis de régler ça dans les prochaines semaines.

M. Vigneault (Nicolas) : Vous avez entendu, évidemment, les propos dans la foulée de ce qui s'est passé la semaine dernière, que ce soit le premier ministre Couillard, le maire de Québec, disant qu'effectivement il faut revoir les propos. Est-ce que vous vous êtes senti visé par ces déclarations-là?

M. Legault : Non, parce qu'on a besoin de faire des débats au Québec. Je veux dire, le dossier des accommodements religieux, c'est un dossier qui revient à tous les trois mois, à tous les six mois depuis 10 ans, et je peux comprendre certains Québécois d'être fâchés devant l'inaction des gouvernements qui se sont succédé depuis 10 ans. Donc, nous, ce qu'on a demandé, à la CAQ, c'est de dire : Réglons ce dossier-là, faisons un compromis. Ce matin, j'en propose encore un, compromis. Il faut régler ce dossier-là. C'est ce que la CAQ souhaite, c'est ce que les Québécois souhaitent.

La Modératrice : Marco Bélair-Cirino, Le Devoir.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Si le premier ministre rejette votre main tendue, est-ce qu'on peut penser qu'il n'adhérera pas, qu'il ne donnera pas suite au rapport de la commission Bouchard-Taylor? Le gouvernement libéral ne l'a pas fait au cours des 10 dernières années, des huit dernières années. Est-ce que vous allez vous opposer à l'adoption du projet de loi n° 62?

M. Legault : Oui, écoutez, là, moi, ce que je souhaite, là, c'est que le premier ministre réponde à ce que souhaitent 80 % et plus des Québécois, qu'on interdise les signes religieux. Puis, pour l'instant, la seule option que je veux envisager, c'est que le premier ministre comprenne l'importance, dans le contexte actuel, puis entre autres avec ce qui s'est produit la semaine dernière, de mettre ce dossier-là derrière nous. Et il ne peut pas aller contre 80 %des Québécois.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Mais d'aller de l'avant avec une interdiction de recevoir ou de dispenser des services à visage couvert, est-ce que ce n'est pas là un premier pas que l'Assemblée nationale doit faire?

M. Legault : C'est un pas qui est nettement insuffisant. Je pense que les gens, là, s'attendent à ce que les juges, les gardiens de prison, les policiers... On en voit, au fédéral, qui ne portent pas de signes religieux. Et je pense que, si on veut arrêter certaines personnes d'aller peut-être à l'extrême, c'est important d'encadrer. Puis ce n'est pas suffisant, c'est nettement insuffisant de juste parler de visage couvert ou découvert.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Est-ce que la classe politique québécoise a une certaine responsabilité dans la montée d'un sentiment de xénophobie, par exemple, ici, à Québec, selon vous?

M. Legault : Bon, d'abord, je l'ai déjà dit, je ne pense pas que ça soit une culture ou un courant généralisé. Je ne crois pas qu'il faille faire de lien entre l'attentat de la semaine dernière puis ces propos-là. Par contre, il y a un contexte qui est un peu malsain parce qu'on n'a pas réglé le dossier des signes religieux depuis 10 ans. Donc, il y a des Québécois, avec raison, qui sont fâchés que, régulièrement, les accommodements aillent trop loin, qu'on n'ait pas mis de balises. Donc, moi, je pense que là où il y a une responsabilité, c'est que ça aurait dû être réglé depuis longtemps, depuis le dépôt du rapport Bouchard-Taylor, ce dossier-là.

La Modératrice : Jean-Marc Salvet, Le Soleil.

M. Salvet (Jean-Marc) : Bonjour, M. Couillard. Bonjour aux deux députées également. Est-ce que, rétrospectivement, le fait d'avoir transposé au Québec le débat français sur le burkini était judicieux ou ça a constitué une erreur, à vos yeux?

M. Legault : Bien là, on parle d'un autre dossier, hein? On parle du dossier des valeurs. On s'est exprimés clairement sur ce dossier-là. Là, ce qu'on parle aujourd'hui, là, c'est les signes religieux pour les personnes en autorité. Donc, on ne parle pas d'un vêtement...

M. Salvet (Jean-Marc) : Si vous permettez, je vais élargir aux valeurs, parce que vous portez un test des valeurs. Donc, est-ce que le fait d'avoir abordé ce débat comme il l'a été, rétrospectivement, vous vous dites que peut-être ça aurait pu être abordé différemment?

M. Legault : Je ne pense pas. Je pense, encore là, que ce sera un autre sujet qu'on devra aborder. On ne peut pas éviter ces débats-là, ces débats-là ont lieu partout dans le monde. Donc, on ne peut pas dire : Au Québec, on va mettre ça en dessous du tapis, et ça va être réglé parce qu'on a mis ça en dessous du tapis. Il va falloir avoir le courage d'avoir ces débats-là, de le faire d'une façon sereine.

M. Salvet (Jean-Marc) : Je fais partie des observateurs de la scène politique québécoise. Je me permettrais de dire que je n'imagine pas un seul instant M. Couillard aller dans le sens que vous dites, c'est-à-dire d'interdire le port de signes religieux chez les figures de coercition. Bien, c'est peut-être une opinion que j'émets, je ne l'imagine pas, avec tout ce qu'il a dit ces derniers mois, ces dernières années. J'entends, en même temps, votre ton modéré comme celui de tout le monde. Est-ce à dire que, s'il ne prend pas votre main tendue, pour reprendre votre expression, ce ton-là va voler en éclats, c'est-à-dire qu'on va retrouver ce qu'on retrouvait il n'y a pas si longtemps?

M. Legault : Bien, moi, ce que je souhaite d'abord, c'est que Philippe Couillard écoute ses députés, hein? Il a 70 députés qui doivent parler comme nous avec les Québécois sur le terrain, doivent entendre ce consensus pour adopter la recommandation Bouchard-Taylor. Donc, pourquoi Philippe Couillard refuse? Pourquoi refuse-t-il ce qui est proposé par une grande majorité de Québécois? Je comprends que respecter la charte fédérale, c'est peut-être, pour lui, plus important que d'écouter les Québécois, mais moi, je l'invite à écouter ses députés puis à écouter les Québécois, à écouter le consensus puis à comprendre qu'on a besoin d'un compromis actuellement, puis j'ai confiance qu'il fasse ce compromis.

M. Salvet (Jean-Marc) : D'accord. Merci.

La Modératrice : Martin Croteau, LaPresse.

M. Croteau (Martin) : Bonjour, M. Legault. Vous vous êtes fait le défenseur des valeurs québécoises et, au nom de ces valeurs, vous avez dénoncé le Parti libéral et le Parti québécois en les accusant de vouloir autoriser le port du tchador dans des salles de classe. Par votre annonce d'aujourd'hui, ne vous trouvez-vous pas à promouvoir le port du tchador dans les salles de classe vous aussi?

M. Legault : Non, non, pas du tout. D'abord, on a un gouvernement majoritaire libéral, hein? Donc, quand même je voudrais adopter un projet de loi qui interdise les signes religieux, incluant le tchador pour les enseignants, je ne peux pas le faire, je suis minoritaire actuellement. Puis même avec le PQ, on est minoritaires, mais...

M. Croteau (Martin) : Mais vous êtes prêt à appuyer un projet de loi qui aurait cet effet-là.

M. Legault : Non, parce que ce qu'on dit aujourd'hui, on dit à Philippe Couillard, là : Est-ce que vous êtes d'accord pour dire : Les juges, les gardiens de prison, les policiers, le président de l'Assemblée nationale ne portent pas de signes religieux? Donc, j'exclus les enseignants, là, parce que ça semble être quelque chose qui chatouille Philippe Couillard plus spécifiquement. Donc, je fais un compromis, je dis : O.K., tenons-nous-en à ce qu'a recommandé le rapport Bouchard-Taylor. Bon, Gérard Bouchard, Charles Taylor, deux personnes qui ont étudié le dossier, qui ont consulté, ça fait consensus, donc pourquoi on n'adopterait pas au moins ça? Ça ferait un premier pas. Et, nous, dans la campagne électorale de 2018, on va proposer d'ajouter les enseignants.

M. Croteau (Martin) : Mais ce projet de loi là que vous êtes prêt à appuyer, vous en convenez, permettrait le port du tchador dans les salles de classe.

M. Legault : Écoutez, actuellement, je ne peux pas m'y opposer, je suis minoritaire. Je vous dis que, si j'étais au gouvernement, je l'interdirais. On va proposer, si on est au gouvernement le 1er octobre 2018, que ça soit interdit. Pour l'instant, je fais un compromis en disant : On va prendre les personnes recommandées par le rapport Bouchard-Taylor. Mais je souhaiterais effectivement, dans un monde idéal, qu'on interdise tous les signes religieux pour les enseignants qui enseignent à des enfants. Je ne parle pas du cégep ou de l'université, là, je parle à des enfants.

M. Croteau (Martin) : Une question sur Gerry Sklavounos. Est-ce qu'il est le bienvenu à l'Assemblée nationale? Manon Massé semble penser que non. Quelle est votre position là-dessus?

M. Legault : O.K. Bon, d'abord, il faut reconnaître qu'il a été blanchi de l'accusation de Mme Paquet. Maintenant, il y a eu d'autres allégations, ce n'est pas juste moi qui le dis, c'est même Philippe Couillard. Je pense que la seule personne, actuellement, qui peut répondre à cette question-là, c'est Philippe Couillard. Moi, si j'étais à la place de Philippe Couillard, là, j'aurais un bon tête-à-tête avec M. Sklavounos pour savoir est-ce qu'il y a un fondement à toutes les allégations qu'on a entendues à son sujet. Et, tant qu'on n'a pas cette réponse-là, c'est difficile. Donc, je veux attendre de voir ce que va faire M. Couillard. Je suppose qu'il doit être en train, actuellement, de poser ces questions-là ou de s'assurer que, dans deux mois, il n'y aura pas une autre accusation contre M. Sklavounos. Donc, le seul qui peut répondre à cette question-là, c'est M. Couillard. Puis, pour l'instant, bien, moi, je n'ai pas de preuves pour l'exclure.

M. Croteau (Martin) : Mais est-ce que vous entendez... Vous faites même allusion aux allégations qui circulent à son sujet. On comprend que le DPCP conclut qu'il n'a pas commis d'acte criminel. Mais là, entre le criminel et l'approprié ou l'inapproprié, est-ce que ce que vous savez au sujet des allégations autour de lui est digne ou indigne d'un député de l'Assemblée nationale?

M. Legault : Bien, ce sont seulement des allégations, donc je ne peux pas, moi, décider du sort de quelqu'un seulement sur la base d'allégations.

La Modératrice : Merci. Charles Lecavalier, LeJournal de Québec.

M. Lecavalier (Charles) : Bonjour, M. Legault. En général, vos députés sont plutôt hyperactifs dans les médias. La semaine dernière, vous avez fait un point de presse lundi, et ensuite ça a été plutôt silence radio de la coalition. Comment vous expliquez ça? Pourquoi?

M. Legault : Je pense que ce n'était pas approprié la semaine dernière. Puis, bien honnêtement, même aujourd'hui, j'aurais aimé vous parler de la situation financière des familles. Mais je comprends très bien, là, avec ce qui s'est produit de très grave il y a une dizaine de jours, que c'était difficile, au moins la semaine dernière, de parler d'autres sujets. Donc, évidemment, plus le temps va passer, plus on va pouvoir revenir à l'économie, à l'éducation, au sort des familles québécoises.

M. Lecavalier (Charles) : Pardon, qu'est-ce qui n'était pas approprié?

M. Legault : Ce n'était pas approprié de parler d'autres sujets. Je veux dire, les Québécois n'étaient pas attentifs...

M. Lecavalier (Charles) : Vous ne vouliez pas parler de...

M. Legault : ...les journalistes n'étaient pas attentifs à d'autres sujets. Puis je ne pense pas que c'était le temps non plus de ramener les débats, comme je commence à le faire ce matin, sur qu'est-ce qu'on fait avec le port de signes religieux, qu'est-ce qu'on fait avec les tests de valeurs, avec les tests de français. Je ne pense pas que c'était le temps, là. C'était le temps d'être tous ensemble avec les proches des victimes puis de dénoncer d'une seule voix la violence inacceptable, injustifiée qu'on a vécue il y a une dizaine de jours.

M. Lecavalier (Charles) : La semaine dernière, Alexandre Cloutier a dit que les députés de l'Assemblée nationale n'en ont pas fait assez pour lutter contre l'islamophobie. Êtes-vous d'accord avec lui?

M. Legault : Bon, d'abord, je le répète, je ne pense pas qu'il y ait une culture d'islamophobie au Québec. Il y a des actes. Ça, c'en est un. Il y a un climat, hein, que moi, j'associe davantage au fait qu'on n'a pas mis de balises, hein? Mettre des balises, mieux encadrer pour mieux permettre... on n'a pas répondu à cette demande des Québécois, aux inquiétudes des Québécois. Donc, dans ce sens-là, effectivement, moi, je pense que les suites du rapport Bouchard-Taylor auraient dû être adoptées depuis très longtemps.

M. Lecavalier (Charles) : Mais est-ce que les députés en ont fait assez pour lutter contre l'islamophobie?

M. Legault : Bien, écoutez, il faut toujours en faire plus, mais il ne faut pas non plus éviter d'autres débats qui sont très importants aussi, où les Québécois souhaitent qu'on protège leurs valeurs, que les Québécois souhaitent avoir des personnes en autorité qui sont neutres, que les Québécois veulent qu'on intègre mieux les immigrants. Donc, il ne faut pas tout mettre dans le même paquet, là, mais il faut aussi lutter contre l'intolérance, lutter contre le racisme. Il y en a dans notre société, et il faut en faire plus aussi de côté-là.

La Modératrice : Alexandre Robillard, LaPresse canadienne.

M. Robillard (Alexandre) : Bonjour, M. Legault. M. Paulson, le commissaire de la GRC, s'inquiète de l'apparition d'un discours politique corrosif qui, selon lui, contribuerait à radicaliser des individus. Donc, je voulais savoir : Est-ce que vous vous sentez visé par ça, vous?

M. Legault : Non, pas du tout. Je pense que c'est important, encore une fois, qu'on se donne des balises au Québec, qu'on dise clairement aux Québécois : Voici ce qui est permis, voici ce qui n'est pas permis, hein? On est accueillants. Les Québécois, là, ont toujours été accueillants, seront toujours accueillants, mais les Québécois veulent qu'on mette des balises. Et évidemment ça ne fait pas unanimité, la liste des balises qui doivent être mises en place. Donc, il doit y avoir des débats, et ces débats-là sont nécessaires. Donc, évidemment, plus vite ils auront lieu, mieux ça sera. Plus vite on mettra ça derrière nous, mieux ça sera. Malheureusement, on a des gouvernements qui ont manqué de courage pour arriver à...

M. Robillard (Alexandre) : Quand M. Paulson dit ça, est-ce que ça ne discrédite pas un peu la classe politique? En lançant une affirmation comme ça, vous ne la recevez pas...

M. Legault : Bien là, est-ce qu'il est en train de dire que, partout dans le monde, la classe politique prend des mauvaises positions? Moi, je pense qu'on ne règle pas un problème en le mettant sous le tapis. Et c'est un peu ce que fait Philippe Couillard, et c'est un peu ce que ce monsieur suggère. Mais on ne peut pas régler des problèmes en les cachant. Il faut en débattre, prendre des mesures qui sont raisonnables, équilibrées, mais ça, ça doit être fait.

M. Robillard (Alexandre) : Est-ce que vous pensez que l'Assemblée nationale a la responsabilité de faire la lumière sur les allégations d'employées de l'Assemblée nationale concernant M. Sklavounos? Est-ce que c'est une responsabilité de l'Assemblée nationale?

M. Legault : Non. Je pense que c'est une responsabilité du chef du Parti libéral. Écoutez, je me dis, là : Si c'était un de mes députés, là, j'aurais un bon face-à-face pour savoir à quoi m'attendre, parce que, pour l'instant, ce ne sont que des allégations, mais il y en a beaucoup...

M. Robillard (Alexandre) : Oui, mais, justement, je veux dire, est-ce que vous pensez que M. Couillard est capable de faire une enquête de lui-même ou est-ce que ce serait... Compte tenu qu'il y a des dispositions qui ont été adoptées il y a quelques années à l'Assemblée nationale, qui pourraient peut-être servir, vous ne pensez pas que ce serait approprié de recourir à ces outils-là?

M. Legault : Bien, j'espère que Philippe Couillard va faire preuve de leadership, va confronter M. Sklavounos et va aller au fond du dossier. Parce que, pour l'instant, il n'y a pas de plainte officielle en suspens.

La Modératrice : Mathieu Boivin, Cogeco.

M. Boivin (Mathieu) : M. Legault, je veux être certain de comprendre le lien entre ce qui s'est produit à la mosquée de Québec et votre proposition politique. En faisant l'hypothèse que M. Couillard ait réglé à votre satisfaction et appliqué intégralement le rapport Bouchard-Taylor, en quoi est-ce que ça va empêcher le geste d'un extrémiste criminel comme Alexandre Bissonnette?

M. Legault : Bon, d'abord, je ne pense pas qu'il faut faire de lien direct, O.K., mais il y a un climat au Québec depuis 10 ans. C'est un dossier qui traîne, c'est un dossier que et Jean Charest, et Mme Marois, et M. Couillard ont laissé traîner, et je pense que tout ce qui traîne se salit. Et c'est un débat qui est comme interminable et qui peut être vu par certaines personnes d'une façon exagérée. C'est un débat qui, à mon avis, est nécessaire, mais il a duré depuis trop longtemps. C'est pour ça que je tends la main à Philippe Couillard pour qu'on le règle au cours des prochaines semaines.

M. Boivin (Mathieu) : Un monsieur comme Alexandre Bissonnette protestait à sa façon contre le fait qu'on aurait présumément laissé trop de latitude à l'expression de signes religieux en autorité?

M. Legault : Écoute, de toute évidence, là, il n'y a rien qui peut justifier qu'on tue des personnes, là. Puis, M. Bissonnette, on ne peut pas faire de lien entre le discours des politiciens puis le geste qu'il a posé. Mais ce que je dis, c'est que, là, il y a une inquiétude qui était là, il y a une inquiétude qui s'ajoute, entre autres dans la communauté musulmane. Il est temps qu'on règle le dossier, qu'on mette des balises, qu'on dise : Voici ce qui est permis, voici ce qui n'est pas permis. Je pense que ça serait bon et pour la communauté musulmane et pour l'ensemble des Québécois.

M. Boivin (Mathieu) : Et ce serait de nature à calmer un autre extrémiste criminel de la même trempe?

M. Legault : Encore une fois, il ne faut pas faire de lien direct entre les deux, mais ça serait de nature à apaiser notre société, qui est inquiète. Écoutez, là, ça a été perçu d'une façon très choquante, ce qui s'est produit à la mosquée de Québec, par beaucoup de Québécois. Évidemment, la majorité des Québécois ne se reconnaissent pas puis s'attendent à ce qu'on pose une série de gestes. Puis je pense que, parmi ces gestes-là, on doit s'entendre sur ce qu'on appelle la neutralité religieuse, la place de la religion dans notre société.

Évidemment, moi, j'ai été, comme ministre de l'Éducation, un de ceux qui ont un peu sorti la religion des écoles, hein? Bien, il va falloir aussi qu'on se demande : Est-ce qu'un policier ou une policière devrait pouvoir porter un signe religieux? Moi, je pense que non puis je pense que plus de 80 % des Québécois pensent que non. Mais, pour toutes sortes de raisons liées peut-être à la charte fédérale, M. Couillard ne veut pas agir. Je pense qu'il n'aura pas le choix d'agir. Puis c'est bien beau, la charte fédérale, là, mais là il faut écouter ce que souhaitent les Québécois, ça presse.

La Modératrice : Merci. On va passer aux questions en anglais. Ryan Hicks, CBC.

M. Legault : Yes, good morning.

M. Hicks (Ryan) : Good morning. I'm just interested and wondering what kinds of discussions or reflections you've had with your caucus about the way you're going to debate the identity and the values issue moving forward, the tone and the words that you're going to choose.

M. Legault : OK. I think, right now, with what happened last week, we need to unify. In order to do so, I propose today a compromise regarding the Bill 62. I think that the Bouchard-Taylor recommendation to forbid religious signs for people in authority makes consensus. I would say that more than 80% of Quebeckers agree with that. So, at the CAQ, we added to those people in authority teachers. What I say today is: I'm ready to put aside, in the list, the teachers. I will come back in 2018 with this proposal. But, right now, in order that all parties adopt a bill in the next few weeks, be unified, I think everybody must make compromises and we should adopt a bill about religious neutrality as soon as possible.

M. Hicks (Ryan) : And back to my original question, tough, in terms of, you know, how U.S. politicians are going to carry out the debate over identity, over values, have you had any reflections over the past week about how you'll do that moving forward?

M. Legault : OK. I don't see important changes in the way the CAQ is dealing with these matters. I think Mr. Couillard must change his way of dealing with these matters. When he accuses me of being intolerant because we want to discuss this matter that is discussed everywhere in the world, I think he made an error. And I think we have to sit together. Mr. Couillard offered me to have personal meetings with leaders of the different parties. I'm open to that, and I'm ready that we adopt a bill in the next few weeks, and I think it would send a very strong message to the population.

M. Hicks (Ryan) : One of the things that people talked about last week was some of the tone — and in English we call it dog-whistle politics — when you kind of say something but you mean to says something else. And we've had some people say that they feel… OK, they admitted, like Jean-François Lisée admitted some of his comments have gone over the line when he talked about burkas and AK-47s. Do you think that ad that your party put out with the women in a chador before the by-election… that that kind of ad went over the line?

M. Legault : No, I don't think. I think what we said at the time, with this publicity, is that we think that teachers — and I'm talking about teachers teaching to children, all right? — must not wear religious signs, including the chador. I still think that today. So, I think we really need to at least put in a bill that judges, policemen and women and Crown prosecutors be forbidden to wear religious signs. I think it's important. But eventually we'll also have to include teachers because I think that our teachers are models to our children and they cannot push for a certain religion.

La Modératrice : Raquel Fletcher.

Mme Fletcher (Raquel) : If it's OK to make this kind of compromise, backing down from the teachers when you went so hard on that before, if it's OK to make this type of compromise in light of what happened last week, why weren't you willing to compromise before?

M. Legault : Because I still think that teachers should be included in this list. But because of what happened last week, I agree with Philippe Couillard that we have to do something the next few weeks. So, I propose a compromise. He should also propose a compromise. We must try to find a middle ground in order to adopt a bill and send a strong message about the way we want to live all together with all communities.

Mme Fletcher (Raquel) : So, was the mosque attack, then, like a wake-up call?

M. Legault : I think, of course, many Quebeckers were very sad with what happened. They had some worries before because of all the terrorist acts that they saw everywhere in the world. But I think that, right now, it went up a bit more in Québec, this sad feeling from the population. So, I think, as responsible people at the National Assembly, we must do a strong gesture.

Mme Fletcher (Raquel) : I have a question for Nathalie Roy, ici.

M. Legault : Yes. Excuse, tiens, vas-y donc comme ça.

Mme Fletcher (Raquel) : Last week, you gave us a statement at Global News saying that you wanted the Justice Minister to abandon Bill 62 and replace it with a new bill. Have you changed your mind about that? Do you agree with Mr. Legault and his compromise?

Mme Roy : Well, like Mr. Legault said, right now, I think it's the time to find a compromise because it's an urgent situation, an exceptional situation, and we have to show the population that we can work and find a way to regulate religious signs or neutrality, neutrality of the State, and the context is quite different. Because I already said I would vote against «p.l. n° 62», Bill 62 as it is right now because, as you know, there's almost nothing in that bill. It's not a secularism bill, and neutrality without secularism is nothing. So, even the word «secularism» is not in that bill. The thing is that no religious signs were touched. We were saying that we have to ban some religious signs, like Bouchard-Taylor told us to do so, and at the time we added teachers with youngsters. And the other point is that there's the article 9, who said that services should be given and received with open face, but the thing is that Mr. Couillard forget to say that, in the same article, he allows an exception, and that's unacceptable.

So, we ask for a compromise, we make a compromise, we said, we won't touch the teachers, but it's going to be in our program in 2018. But, right now, the situation needs us to take a moment together and to find a way because it's been 10 years, 10 years that the Liberals and the PQ did nothing and they used that matter. So, I think that the population is waiting for an answer.

And doing that compromise and accepting our compromise, our hand, to accept a bill who would say that religious signs will be bind for only those people in authority, which are policemen, judges, Crown prosecutor, «gardiens de prison» and even the president of the National Assembly and the vice-president, just accepting that, that's the compromise we asked for, and it will be a huge sign for the entire population because we believe that 80% lf the population agrees with that.

La Modératrice : Phil Authier.

M. Authier (Philip) : Last question. Mr. Legault, just a technical question. The points that you make on the compromise proposal, is your vision that you would add that to Bill 62 or start over with a new bill?

M. Legault : Whatever. But I think that, right now, there is not much in the Bill 62, so we can restart from zero or make modifications. But, I think, what is important is that we target the main recommendation of Bouchard-Taylor and that we put that in the bill, adopt that unanimously in the next few weeks.

M. Authier (Philip) : That's why I asked, because the bill does not have these things.

M. Legault : Whatever is faster.

M. Authier (Philip) : Whatever is faster?

M. Legault : Yes.

M. Authier (Philip) : O.K. And you don't think — just a follow-up on the other questions — that there was no excessive language on the part of the CAQ, your membership in all of that? Because last week, you were blaming «radios-poubelles», there were many, many factors. People said there were many factors that created that climate that the Muslim spokesperson… the insidious climate, and the CAQ had nothing to do with that, right?

M. Legault : I never spoke about AK-47. I never spoke about intolerance from one of my vis-à-vis. So, no, I think what we propose is mainly what Bouchard-Taylor is proposing, and I think that is what 80% and more of the population wants.

La Modératrice : On va juste revenir à Raquel Fletcher, une question pour sa collègue Maya, qui est en...

Mme Fletcher (Raquel) : Oui, parce que Maya est en haut.

M. Legault : Maya, qu'est-ce qui arrive avec Maya?

Mme Fletcher (Raquel) : She's doing a live. So, she just wants to know if you think Gerry Sklavounos should be welcomed back into the Liberal caucus.

M. Legault :OK. I think, the only one who can answer this question is Mr. Couillard because we heard, in the last few months, many allegations about the way Mr. Sklavousnos was dealing with women. It was only allegations. So, I think if I was Mr. Couillard, if I was his leader, I would have a good talk with him to make sure that what he did in the past respects regulations, laws and ways that you should treat women.

Mme Fletcher (Raquel) : O.K. Merci.

La Modératrice : Merci beaucoup.

M. Legault : Thank you.

(Fin à 11 h 57)