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Conférence de presse de Mme Monique Jérôme-Forget, ministre des Finances

Énoncé économique

Version finale

Le mercredi 14 janvier 2009, 12 h 47

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Douze heures quarante-sept minutes)

Mme Jérôme-Forget: Bonjour, messieurs dames. Alors...
Je m'excuse, M. le président, je pense que je vous précède. Est-ce que je peux y aller?

Une voix: Oui, oui. Je vous autorise.

Mme Jérôme-Forget: Je m'excuse. Alors, bonjour. Alors, tel que nous en avions pris l'engagement... nous avons fait le point, je pense, sur nos engagements que nous avons pris en campagne électorale, et c'était une priorité, l'économie, ça demeure une priorité. Nous avons annoncé six mesures. Je pense sincèrement, très sincèrement, que ces mesures vont nettement travailler pour protéger l'emploi, préserver le pouvoir d'achat des Québécois et bien sûr aider les entreprises à rencontrer les problèmes de crédit qu'elles connaissent actuellement.
Les six mesures sont les suivantes: soutenir l'industrie de la construction en stimulant la rénovation domiciliaire; soutenir l'investissement en accordant plus de moyens à la SGF; soutenir nos entreprises et nos travailleurs en assouplissant les règles régissant les régimes de retraite; soutenir nos créateurs et artisans de l'industrie du cinéma et de la télévision par des crédits d'impôt plus généreux et, dans le fond, d'être plus concurrentiels au Canada; soutenir le pouvoir d'achat des salariés par une hausse du salaire minium.
Ces mesures s'ajoutent bien sûr à celles qui avaient déjà été annoncées le 4 novembre dernier pour contrer le ralentissement économique. Nos investissements, ça représente 6,9 milliards de dollars de liquidités dans l'économie québécoise à partir de 2009. Ce sont des sommes très importantes.
L'énoncé économique lance bien sûr le processus de consultation prébudgétaire. Dans ce contexte, bien sûr, vous comprendrez que je vais rencontrer les partis d'opposition et tous les groupes sociaux que nous rencontrons généralement dans cet exercice.
Le budget sera présenté bien sûr au mois de mars. Il y aura, à ce moment-là, une mise à jour économique sur la situation économique du Québec. Nous pouvons, je l'ai affirmé, que nous allons avoir un équilibre budgétaire en 2008-2009. Et je répète ce que j'ai toujours dit: Sur mon écran de radar, je souhaite toujours viser l'équilibre budgétaire. Je ne pars jamais, moi, dans une démarche où au départ je dis que nous allons avoir un déficit. Donc, je suis toujours sur cet écran de radar et je maintiens le cap de l'équilibre budgétaire.
Nous avons bien sûr mis en place différentes mesures. On sait par ailleurs que, le 8 janvier, il y a eu des mises à jour sur le plan économique pour à peu près tous les pays au monde. L'économie du Québec, elle résiste bien, elle a résisté jusqu'à maintenant, mais bien sûr nous vivons dans un environnement duquel on ne peut pas se soustraire. Le gouvernement du Québec bien sûr est comme tous les gouvernements en Amérique du Nord actuellement. Ils sont, dans le fond, impliqués dans tout ce ralentissement économique.
Mais il y a deux facteurs importants qui vont se passer. Premièrement, il va y avoir un budget fédéral prochainement, qui va manifestement apporter des correctifs à l'économie canadienne. Deuxièmement, vous avez, aux États-Unis, M. Obama qui a pris l'engagement de mettre 700 milliards dans l'économie et de créer, en 2009, 3 millions d'emplois. Ça, bien sûr, ça va avoir un impact sur l'économie américaine, et, si ça a un impact sur l'économie américaine, ça va nécessairement avoir un impact sur l'économie québécoise.
Alors, j'ai terminé en disant que j'étais confiante parce que, moi, je sais qu'après un ralentissement économique l'économie du Québec va rebondir. Je pense que le Québec est bien positionné pour rebondir. Nous avons bien sûr mis de côté, je le répète, des réserves importantes pour contrer les deux années qui viennent; c'est l'année que nous terminons et l'année qui vient. Rappelez-vous, il y avait 2,3 milliards de dollars de côté en 2007-2008. Rappelez-vous, pour chacune des années, il y avait 200 millions de dollars, dans chacune des années. Mais bien sûr je fais face à la musique comme tout le monde et je garde le cap, comme je l'ai gardé jusqu'à maintenant. Merci beaucoup. Je vais prendre vos questions.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Alors, on commence avec Tommy Chouinard, de La Presse.

M. Chouinard (Tommy): Oui. Bonjour, Mme la ministre. J'aimerais vous parler du document explicatif qui est annexé à votre énoncé économique. Dans ce document, vous dites que le secteur privé prévoit une croissance économique de moins 0,5 %. Dans votre mise à jour économique du 4 novembre, vous avez prévu 0,6 %, ce qui est plus de un point de pourcentage supérieur aux prévisions du privé. Est-ce que maintenant vous révisez à la baisse cette prévision de croissance?

Mme Jérôme-Forget: Bon. Moi, ce que je vais faire, je vais mettre à jour ces données-là au mois de mars, lorsqu'on fait le budget.
Maintenant, permettez-moi également de vous dire ceci. Le secteur privé avait prédit, pour 2008-2009, 0,2 % et 0,3 % d'augmentation de croissance économique. Aujourd'hui, en 2008-2009, nous sommes à 1,1 %. C'est donc dire que le 0,8 % que j'ai indiqué lorsque j'ai fait le budget, il va être rencontré.
Pourquoi est-ce que ce sont les infrastructures? Le programme d'infrastructures, je pense que tout le monde sous-estime l'importance de ce programme-là, tout le monde sous-estime que ça crée... Vous savez, par milliard de dollars d'investissement en infrastructures, c'est 8 000 emplois. Nous aurons 13 milliards, l'an prochain, au niveau des infrastructures; ça fait 100 000 emplois. Alors, c'est donc dire que l'économie du Québec... le gouvernement, par ce programme-là, joue un rôle très important, et tout le secteur financier, que nous rencontrons et que j'ai rencontré d'ailleurs lundi dernier, convient que c'est là le côté très important.

M. Chouinard (Tommy): ...vous maintenez votre prévision de croissance à 0,5 % pour 2009?

Mme Jérôme-Forget: Je vais faire les prévisions... Je vous ai averti tantôt, je vous ai dit que je les ferai lors du budget. Je vais le faire lors du budget, je pense que c'est le temps où on doit le faire.

M. Chouinard (Tommy): D'accord. Maintenant, toujours dans ce document explicatif - juste une dernière petite chose - vous confirmez le risque d'un déficit, vous dites que ce qu'il va devoir faire, c'est des... on va devoir faire des choix, pardon, difficiles. Vous dites qu'il faudrait même suspendre le versement des contributions au Fonds des générations. C'est 600 millions quelques cette année, 822 millions pour l'an prochain. En campagne électorale, vous aviez dit que le Fonds était intouchable, que vous alliez maintenir ça. Vous aviez même reproché à la chef péquiste Pauline Marois de vouloir piger dans ce fonds-là pour financier son plan économique. Vous allez faire pareil. Pourquoi violer un engagement électoral?

Mme Jérôme-Forget: D'abord, je pense que tout de suite vous parlez de façon extrêmement pessimiste de la situation qui risque de se passer. D'accord? Je vous ai mentionné qu'il y avait deux facteurs déterminants. Il y a le gouvernement fédéral qui va déposer un budget prochainement puis il y a également M. Obama qui va dépenser 700 milliards de dollars. Donc, ça va avoir des répercussions sur l'économie canadienne et bien sûr québécoise. Alors, moi, ce que je dis, c'est que, advenant le pire des scénarios, le pire des scénarios... Mais, dans le moment, ce n'est pas sur mon écran de radar, c'est la raison pour laquelle je n'en ai pas parlé, moi, dans mon discours.

M. Chouinard (Tommy): Vous l'évoquez dans votre document, vous dites: Ça va faire partie des consultations. Donc, c'est une possibilité qu'il y ait une suspension des versements au fonds?

Mme Jérôme-Forget: Moi, je vous dis que je maintiens le cap avec l'équilibre budgétaire, c'est là mon souhait. Sur mon écran de radar, je travaille avec ces prémisses.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Pierre Duchesne, de Radio-Canada.

M. Duchesne (Pierre): Dans cette suite-là, Mme la ministre, vous parlez de souhait. Un écran radar, ce n'est pas une boule de cristal, ça nous permet de voir venir ce qui vient. Toutes les économies, vos voisins, vos clients sont en récession. Il y a des déficits. Le gouvernement fédéral nommément c'est rendu assez impressionnant. Au-delà des souhaits, on attend d'un ministre des Finances une prévision réaliste. Quand aura lieu la récession et le déficit? Les Québécois attendent, ils sont même prêts à recevoir ce genre de nouvelle.

Mme Jérôme-Forget: Bon, écoutez, je pense que vous parlez tout de suite d'une récession. C'est probablement... ce n'est pas probablement, mais c'est une possibilité. Mais, moi, je vous dis que je vais le faire au mois de mars, lors du budget, c'est dans deux mois. Là, ce que nous avons fait aujourd'hui, ce sont des annonces ciblées pour contrer un ralentissement que nous annonçons en 2009. Ce sont des mesures très ciblées. Parce qu'un des dangers, aujourd'hui, c'est de vouloir tout régler aujourd'hui d'un coup. C'est la raison pour laquelle nous étions sortis, en novembre, avec des mesures.
Nous sommes sortis, aujourd'hui, avec des mesures. Nous y allons de façon très, très, je dirais, soucieuse de ne pas gaspiller l'argent, parce qu'il y a eu des gestes qui ont été posés par des gouvernements et qui ont été très critiqués justement parce que ça n'avait pas donné beaucoup de résultats. Alors, nous, on y va de façon très ciblée. On nous dit que, pour les entreprises, c'est très important de venir en aide pour le crédit. Ça, on nous l'a répété. C'est la raison pour laquelle nous donnons un milliard de dollars à la SGF. C'est la raison pour laquelle on a donné 1 milliard de dollars à Investissement Québec pour venir en aide aux entreprises.
Alors, je pense, moi, que je... Ce n'est pas une boule de cristal, mais je dois prendre en considération des événements qui vont se passer et qui vont être très importants. Vous savez, les prévisionnistes sont payés pour donner des statistiques tous les 15 jours. Nous, là, au gouvernement, on ne fait pas ça tous les 15 jours. On regarde venir les choses. On va faire un budget en mars. Je vais m'asseoir avec les gens des Finances, nous allons regarder la situation et nous allons évaluer l'impact des mesures qui sont annoncées tant aux États-Unis qu'au Canada.

M. Duchesne (Pierre): Est-ce qu'on doit comprendre... Mon collègue parlait de la possibilité que vous évaluez d'aller piger donc dans le Fonds des générations... ou enfin de ne pas faire les versements au Fonds des générations pour ─ on le voit dans votre document ─ maintenir l'équilibre budgétaire. Et vous venez de nous dire que c'est dans le pire des cas. Donc, ce qu'on doit comprendre, c'est que, dans le pire des cas, vous ne voulez même pas faire de déficit, vous allez piger de l'argent ici et là. Est-ce que ce n'est pas idéologique, Mme la ministre?

Mme Jérôme-Forget: Non, ce n'est pas idéologique. Vous savez, le pire danger des gouvernements, c'est d'être tenté très vite de lancer la serviette. Ce n'est pas une question d'idéologie, là. Ce n'est pas par hasard qu'on fait des annonces qui coûtent de l'argent cette année, hein? On a fait des annonces, pour 2009-2010, pour, quoi, 800 millions de dollars? Plus de 800 millions? Donc, ce n'est pas négligeable. On y va à petits pas justement pour ne pas nous tromper. Il n'y a aucune idéologie dans mon discours, aucune. Au contraire, j'ai déjà dit, moi, par ailleurs, quelque chose qu'un ancien gouvernement a fait. J'ai répété, en campagne électorale, que, quant à moi, jamais je n'irai sabrer dans les services de santé et d'éducation, O.K.?, ce qui s'est déjà fait.
Alors, je pense qu'il va falloir qu'on soit très prudents dans notre démarche, très ciblés, pour justement nous assurer qu'on va passer à travers cette période-là et de façon, je dirais, beaucoup plus positive que ce qui se passe ailleurs. Moi, j'étais renversée encore des résultats du mois dernier pour l'industrie de l'aérospatiale, où il y a eu une augmentation importante encore durant le dernier mois. Alors, vous comprendrez que l'économie du Québec semble se tirer d'affaires jusqu'à maintenant mieux que d'autres. Je ne mettrai pas de lunettes roses, je l'ai dit nombre de fois. 2009 va être une année difficile, je l'ai répété plus que des dizaines de fois, cette phrase-là.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Robert Dutrisac, Le Devoir.

M. Dutrisac (Robert): Il y a tout de même une possibilité de récession, que la récession s'étende au Québec, qui dépend largement de ses exportations. En regard de la Loi sur l'équilibre budgétaire, vous avez un projet de loi que vous voulez adopter pour mettre les pendules à zéro, mais est-ce que cette loi-là ne risque pas d'être, en période de récession et si jamais le Québec faisait un déficit, ne risque pas d'être inapplicable dans un Québec où il y aurait un déficit conjoncturel?

Mme Jérôme-Forget: Bien, d'abord, je pense, quant à moi... Jusqu'à maintenant, je n'ai pas prévu de déficit. Maintenant, vous me posez une question hypothétique: Est-ce que le Québec peut, dans le fond, a la possibilité de faire un déficit? C'est tout à fait possible. Il s'agit juste de pouvoir le récupérer l'année suivante.

M. Dutrisac (Robert): Il faut le rembourser l'année suivante.

Mme Jérôme-Forget: Le récupérer, le rembourser dans les années qui suivent, et, dépendant de l'envergure du déficit, on le rembourse l'année suivante ou les années d'après.
Maintenant, on sait une chose dans l'histoire, on sait combien c'est difficile d'aller rembourser ces déficits. Pourquoi? Parce qu'il y a toujours des demandes additionnelles de la part des citoyens. On le sait combien c'est difficile de remettre les pendules à l'heure. Mais bien sûr il ne faut pas être dogmatique, il ne faut pas être dogmatique. Là, on vit une période très intense sur le plan économique. On a les yeux rivés sur ce qui se passe aux Etats-Unis. On a un souhait ardent que ce que M. Obama va annoncer va apporter un correctif aux États-Unis. Jusqu'à maintenant, d'ailleurs, les gestes posés par les Américains n'ont pas donné beaucoup de résultats. Ça n'a pas donné beaucoup de résultats. Et d'ailleurs M. Paulson, je pense, n'est pas sorti gagnant de sa déposition qu'il a annoncée, rappelez-vous, le 800 milliards de dollars, où déjà les gens commencent à s'interroger où est allé l'argent.
Alors, je pense que c'est là la raison pour laquelle il va y avoir un budget dans deux mois. Je vais consulter tout le monde, je vais consulter les partis d'opposition pour arriver encore, s'il y a lieu, avec des approches ciblées pour répondre justement aux besoins que nous avons pour traverser 2009. C'est ça qui est important, il s'agit de traverser une année, là.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Robert Plouffe, TVA.

M. Plouffe (Robert): Mme Jérôme-Forget, partant du principe que vous n'étiez pas obligée de rappeler d'urgence l'Assemblée nationale pour adopter les six mesures que vous venez de nous présenter, aujourd'hui, M. Legault vous a, à la fin, demandé: Est-ce que vous n'êtes pas gênée de ne pas présenter aux Québécois une situation, une mise à jour complète de la situation financière du Québec? Est-ce que vous n'êtes pas gênée de ne pas donner les chiffres de la Caisse de dépôt? Alors, puisque vous n'avez pas eu l'occasion de répondre tout à l'heure, est-ce que vous êtes gênée, Mme Jérôme-Forget, ou pas?

Mme Jérôme-Forget: Bien, d'abord, est-ce que je suis gênée? Vous savez, je ne suis pas très timide de nature. Bon, alors je ne suis pas gênée. Au contraire, je suis très fière d'être ici, aujourd'hui, d'avoir réuni justement les membres de l'Assemblée nationale pour justement discuter de la situation économique actuelle. Je pense que d'attendre jusqu'au mois de mars, ça n'aurait pas été très sage, quant à moi. Alors, je pense qu'au contraire je suis très à l'aise.
Au niveau de la Caisse de dépôt, imaginez-vous un instant que nous sortions des chiffres non vérifiés par le Vérificateur général et que ce dernier contredise les chiffres qui sont sortis au départ, imaginez-vous les commentaires que vous-mêmes vous tiendriez à l'endroit du gouvernement et en particulier de la ministre des Finances. Je pense que nous avons une démarche extrêmement rigoureuse. Il est clair que la Caisse de dépôt va perdre de l'argent cette année, comme toutes les caisses de retraite. Moi, quand je lis que le héros, apparemment, américain Warren Buffett a perdu 32 % de son portefeuille, vous comprendrez que je ne demeure pas impassible vis-à-vis ça.

M. Duchesne (Pierre): Un ordre d'idées pour la Caisse?

Mme Jérôme-Forget: Pas du tout. Je vous parle de Warren Buffett. Il y a...

M. Plouffe (Robert): Bien essayé.

Mme Jérôme-Forget: Bien oui. Et, moi aussi, je vois venir les coups. Mais vous comprendrez que la Caisse, comme toutes les caisses de retraite... C'est le cas pour Teachers, ça va être le cas pour OMERS. C'est le cas de nos RÉER, hein? Et encore là, je l'ai fait nombre de fois, je veux rassurer les gens qui ont des RÉER ─ certains m'ont dit justement qu'ils ont besoin d'être rassurés ─ parce que vous savez, l'économie va reprendre. C'est sûr que, quand on traverse la tempête, on a l'impression que ça ne reprendra jamais. Mais l'économie va reprendre, et on dit que l'économie va reprendre fin 2009, début 2010, mais c'est clair que ça va reprendre. Alors, à ce moment-là, moi, je dis justement aux gens qui ont des RÉER de rester calmes parce que le pendule va revenir de l'autre côté. Il est toujours, dans l'histoire, revenu de l'autre côté.

M. Plouffe (Robert): Deuxième question, si vous me le permettez, sur votre mesure sur la rénovation domiciliaire: Mme Jérôme-Forget, est-ce que vous ne craignez pas que les gens gardent à l'esprit qu'ils vont avoir 2 500$, peu importe le montant de rénovation qu'ils vont mettre, alors que ça va prendre un minimum de 7 500$ avant de toucher le moindre sou du gouvernement? Est-ce qu'il n'y a pas un danger justement que vous invitiez les gens à aller chez Réno-Dépôt, et Rona, et tout, et finalement de ne toucher rien?

Mme Jérôme-Forget: Bien écoutez, j'espère qu'on va quand même bien expliquer. Je compte sur vous, les journalistes, pour bien également l'expliquer via les médias. Mais, vous savez, cette mesure-là, elle est faite généralement pour nous assurer que, dans toutes les régions, il va y avoir de la construction domiciliaire et de la rénovation. C'est le but de la démarche, là. La démarche, c'est de faire travailler des employés dans ce secteur-là et donc, par conséquent, ce n'est pas de venir en aide aux gens, mais c'est pour stimuler la construction dans les régions, faire travailler, des emplois dans ce secteur-là. Bien sûr, les gens...

M. Plouffe (Robert): Mme Jérôme-Forget, si vous me le permettez, là...

Mme Jérôme-Forget: Bien, c'est peut-être des pinottes pour vous autres mais, pour moi, là, c'est 250 millions de dollars.

M. Hébert (Michel): Si ça prend 10 000 $ pour avoir un crédit d'impôt de 500 $, ce n'est pas un gros rendement.

Mme Jérôme-Forget: Ce n'est pas... Bien, peut-être, mais pour l'État, c'est 250 millions de dollars. Nous, on estime qu'on va le dépenser, le 250 millions. C'est donc pour certaines personnes qui avaient l'intention de faire des travaux vont peut-être les devancer plutôt pour sauver l'argent. Parce qu'il y en a qui vont faire des rénovations de 10 000 $, mais il y en a qui vont faire des rénovations de 20 000 $ et de 25 000 $. Le maximum, c'est 2 500 $ par personne.

M. Robitaille (Antoine): ...dans le travail au noir, parce qu'on sait qu'il y a beaucoup de travail au noir dans ce domaine-là.

Mme Jérôme-Forget: Bien, voilà.

M. Robitaille (Antoine): Est-ce qu'il y a des estimations?

Mme Jérôme-Forget: Bien, je n'ai pas fait d'estimé, je ne sais pas si le ministère des Finances n'a pas fait d'estimé à cet égard-là. Mais c'est clair qu'en plus, c'est que ça ramène un marché qui se fait souvent au noir, qui risque de se faire plus ouvertement.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Mathieu Boivin. Journal de Montréal.

M. Boivin (Mathieu): Toujours sur le programme de rénovation domiciliaire, à la page 10 de votre document explicatif, vous estimez qu'environ 170 000 ménages québécois vont toucher en moyenne 1 470 $ de crédit d'impôt. Pour toucher à peu près 1 500 $ de crédit d'impôt, il faut dépenser 15 000 $ en rénovations. En période de crise économique, madame, comment est-ce que vous pouvez croire que 170 000 ménages vont dépenser 15 000 $ en rénovations?

Mme Jérôme-Forget: Bon. D'abord, vous me posez la question: Est-ce qu'on aurait dû faire plus? C'est ça, votre question?

M. Boivin (Mathieu): Non. Ma question, c'est: Comment vous arrivez à penser qu'en période difficile 170 000 ménages auraient 15 000 $ à mettre sur des rénovations?

Mme Jérôme-Forget: Bien, écoutez, si on se trompe, ça veut dire qu'on ne dépensera pas les 250 millions de dollars. Nous, on estime qu'on va dépenser les 250 millions de dollars. Nous, on estime qu'on va les dépenser et que certaines personnes...
Vous savez, c'est clair qu'en ralentissement économique on est inquiet, mais il y a quand même 93 % des travailleurs qui travaillent, hein? Il y a 7 % de chômage. Donc, il y a bien du monde qui continue à avoir des emplois. Il y a des gens qui ont de la sécurité d'emploi, hein? Il y a du monde qui continue à travailler. Alors, je pense que le monde ne s'arrêtera pas là pour tout le monde. Ce à quoi il faut penser bien sûr, c'est d'assurer qu'on va conserver l'emploi au Québec, qu'on va empêcher des fermetures d'entreprises, qu'on va au moins ralentir ce processus-là. Mais il y a bien des gens qui vont avoir un emploi, qui ont un emploi et qui vont garder leur emploi. Et ça, c'est plus de 90 % des gens.

M. Boivin (Mathieu): Vous pensez que c'est raisonnable de penser que 170 000 ménages vont mettre 15 000 $ dans des rénovations en période de crise économique, appréhendée ou réelle, mais, en tout cas...

Mme Jérôme-Forget: Bien, moi, j'estime, écoutez...

M. Boivin (Mathieu): ...à un moment où il est démontré que...

Mme Jérôme-Forget: Est-ce qu'on s'est trompé en termes de 170 000? Est-ce que ça va être 150 000? Est-ce que ça va être 170 000? Moi, j'ai prévu quand même, en termes financiers, 250 millions de dollars que j'ai mis de côté pour ça. Alors, j'estime que, pour faire les moindres travaux, de nos jours, il est clair qu'à moins de 10 000 $ c'est très difficile. C'est très difficile.

M. Boivin (Mathieu): J'aurais peut-être une deuxième question sur un autre sujet. Il y a beaucoup de gens qui disent que c'est bien beau d'augmenter la cadence sur les infrastructures, mais que, si la masse critique d'entreprises pour réaliser les travaux n'est pas là, tu vas créer un goulot d'étranglement puis tu ne régleras pas ton problème. Qu'est-ce que vous pensez de cet énoncé-là?

Mme Jérôme-Forget: Bien, c'est parce que, d'abord, premièrement, on a ajouté une année, hein? On a ajouté une année. Rappelez-vous, c'est un projet, là, les infrastructures, je me suis assurée que, tous les présidents du Conseil du trésor ou ministres des Finances, quiconque sera responsable des infrastructures, pour les 15 prochaines années, on va restaurer le pacte d'infrastructures du Québec. Pour les 15 prochaines années. Pas les prochains cinq ans, pour les 15 prochaines années. Donc, on ajoute une année et, là, on ajoute un 4 milliards de dollars pour l'année qui vient, donc ça créer un enrichissement au niveau de l'infrastructure.
Je vous dirais que, dans toutes les rencontres qu'on a eues avec les trois groupes, hein, le côté financier, manufacturier et de l'emploi, tout le monde nous a raconté que le programme d'infrastructures crée un tel développement, une telle activité économique actuellement que c'est la raison principale pour laquelle le Québec se tire aussi bien d'affaire.

M. Boivin (Mathieu): ...assez d'entreprises pour faire ces travaux-là plus rapidement?

Mme Jérôme-Forget: Bien, dans le moment, c'est clair qu'il y a assez d'entreprises. Les travaux avancent, les projets avancent. Ce qu'il faut, encore là: ne pas gaspiller l'argent des contribuables. Donc, il faut que ce soient des projets qui soient prioritaires, hein? J'ai exigé, moi, que ce soit prioritaire.
Et, rappelez-vous, dans le projet de loi, il fallait qu'il y ait 80 % de l'argent qui aille à la rénovation parce que je trouvais inacceptable qu'on envoie nos enfants dans des écoles qui sont délabrées et que je trouvais inacceptable d'aller dans des hôpitaux où j'ai parfois presque honte, dans lesquels hôpitaux j'ai presque honte d'entrer. Donc, on avait prévu 80 % des sommes d'argent pour rénover notre patrimoine immobilier.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Rhéal Séguin, Globe and Mail.

M. Séguin (Rhéal): Vous dites tantôt que vous prévoyez que l'économie va reprendre à la fin 2009, début 2010. Sur quelles données vous vous basez pour faire une telle projection?

Mme Jérôme-Forget: Je vais vous avouer très candidement, je suis aussi bonne que tous les prévisionnistes, je m'inspire de ce que je lis dans l'Economist, dans le Financial Times en particulier, pour dire, avancer ce que j'avance. C'est sur ça que je me base principalement. Il y en a qui sont plus pessimistes, qui disent que ça va reprendre à la mi-2010, mais la majorité des gens disent aujourd'hui... et il y en a qui commencent même à dire qu'à la moitié de 2009 l'économie va reprendre. Moi, j'ai dit fin 2009, début 2010. Je pense que, d'après ce que je lis... Est-ce que ce que je lis est complètement erroné? Vous comprendrez que je suis aussi bonne que toutes les boules de cristal pour le dire. Je répète ce que je lis actuellement.
M. Séguin (Rhéal): Mais, au sein du ministère, est-ce qu'on est en mesure d'évaluer la situation économique au Québec pour fonder des données plus concrètes, là, sur l'avenir de l'économie québécoise durant 2009-2010? Est-ce que c'est juste le Financial Times puis l'Economist qui inspirent vos mesures?

Mme Jérôme-Forget: Bien, non, non. Vous me posez une question très...

Des voix: ...

Mme Jérôme-Forget: Non, non. Je m'excuse...

Une voix: ...Globe and Mail.

Mme Jérôme-Forget: Ah! J'ai senti, là, hein, la colère. Non. Vous m'avez posé sur quoi je me base. Je vous ai dit, jusqu'à maintenant, que je me basais sur des écrits que je lisais et que les gens soupçonnent ou indiquent que ça devrait être la fin de 2009, le début de 2010. Bien sûr, lors du dépôt du budget, en mars, il y aura eu un travail beaucoup plus exhaustif qui aura été fait à ce moment-là.

M. Séguin (Rhéal): Question technique: Combien va coûter au Québec l'entente sur les PCAA?

Mme Jérôme-Forget: Combien quoi?

M. Séguin (Rhéal): Combien ça va coûter au Québec, cette entente-là?

Mme Jérôme-Forget: L'entente. Pour le gouvernement du Québec, la mise de ce qu'on appelle de collatéral est 1.3 milliard de dollars. Pour le Québec, il va falloir que les PCAA perdent 40 milliards de dollars de leur valeur avant que le gouvernement du Québec perde un sou. C'est donc dire que nous estimons que l'argent qui a été mis là en collatéral, nous estimons aujourd'hui que cet argent va être récupéré. C'est ce qu'estime le gouvernement fédéral, c'est ce qu'estime également le gouverneur de la Banque du Canada.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Gilbert Lavoie, Le Soleil.

M. Lavoie (Gilbert): Mme Jérôme-Forget, en page 33, vous dites que vous demandez au gouvernement fédéral le maintien d'un programme de péréquation équitable. Est-ce à dire que vous êtes ouverte à un compromis sur le Programme de péréquation existant?

Mme Jérôme-Forget: Le Programme de péréquation existant, jusqu'à maintenant, avait soulevé évidemment beaucoup de réserve de la part du gouvernement fédéral principalement parce qu'aujourd'hui l'Ontario reçoit de la péréquation. Et ça, évidement, ça suscité beaucoup de réserve de la part du gouvernement fédéral. Maintenant, est-ce qu'il était acceptable pour le gouvernement fédéral d'annoncer, dans le dernier cinq minutes d'une rencontre fédérale-provinciale, qu'il modifiait la formule de péréquation? Non. Je pense qu'il y aurait eu lieu d'avoir une discussion, je pense, des échanges. Il y a eu quand même le rapport O'Brien qui a été écrit sur ça, hein? Le ministre, à ce moment-là, a invoqué le prix du pétrole à 150 $ le baril, ou 140 $ à l'époque. Je pense qu'aujourd'hui il est à 40 quelques dollars, encore, le baril de pétrole?

Une voix: En bas, 37.

Mme Jérôme-Forget: 37? Bon. Alors, vous comprendrez que la situation a bien changé. Alors, ce pourquoi, nous, nous demandons qu'il revienne à ce que c'était antérieurement, c'est principalement parce qu'il n'y a eu aucune discussion, ça a été annoncé de façon unilatérale. Et, nous, je pense qu'on avait fait un travail très sérieux. Il y avait eu également le rapport Lacroix qui s'était penché sur la péréquation, le rapport O'Brien. Je pense qu'il y avait eu un travail très sérieux. D'arriver aujourd'hui et de changer la formule sans consulter les provinces, je pense que c'était là un geste, je dirais, plutôt disgracieux.

M. Lavoie (Gilbert): Donc, je comprends que le mot «équitable», ça veut dire le système actuel de péréquation...

Mme Jérôme-Forget: Le système...

M. Lavoie (Gilbert): Et je poursuis ma question: Est-ce que la diminution des revenus de certaines provinces, dont l'Alberta, des provinces productrices de pétrole, la diminution de leurs revenus à cause de la baisse du baril de pétrole, est-ce que ça a pour effet de diminuer les revenus supplémentaires qu'aurait le Québec, qu'avait prévus le ministre fédéral Flaherty, des revenus supplémentaires d'un milliard pour 2009-2010? Est-ce que la situation économique, qui a changé, selon les fonctionnaires des Finances, a fait diminuer cette projection d'un milliard de dollars?

Mme Jérôme-Forget: La projection de quel milliard de dollars?

M. Lavoie (Gilbert): De Flaherty, dans son document...

Mme Jérôme-Forget: Si la formule avait été maintenue telle quelle. Telle quelle.

M. Lavoie (Gilbert): C'est bien ça, oui.

Mme Jérôme-Forget: Vous savez, même ce chiffre qui a été avancé par M. Flaherty de ce milliard de dollars, je pense que c'était opportun d'annoncer ce chiffre-là pour tout de suite être capable de justifier le changement qu'il apportait à la formule.

M. Lavoie (Gilbert): Opportuniste ou opportun?

Mme Jérôme-Forget: Opportun pour lui. Vous dites opportuniste, moi, je dis opportun pour lui de dire que justement ça justifiait pour lui de changer la formule. Je me rappelle de cette rencontre fédérale-provinciale où c'est durant le dernier cinq minutes qu'il a donné cette information-là.
Alors, bien sûr que les changements du prix du pétrole vont avoir un impact. Ce qui a un impact plus important pour la péréquation, c'est finalement le secteur de l'automobile en Ontario, qui est tellement affecté et qui fait que l'Ontario, aujourd'hui, reçoit de la péréquation et en recevait de plus en plus pour les deux et trois prochaines années.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Cécile Larouche. Radio-Canada.

Mme Larouche (Cécile): Oui. Alors, on sait qu'on s'approche de l'oeil du cyclone, on n'est peut-être pas encore dedans, mais il y a quand même des milliers de personnes, au Québec, des Québécois, qui ont perdu leur emploi. Dans votre énoncé, Mme Jérôme-Forget, j'aimerais savoir qu'est-ce qui aide ces gens-là d'ici à ce que... je ne sais pas, moi, d'ici à votre budget ou d'ici à ce que ces mesures que vous annoncez... Enfin, il me semble que l'effet va être plus pour l'année prochaine que pour cette année.

Mme Jérôme-Forget: Vous savez, c'est pour ça que j'ai pris soin de rappeler certains faits qui ont été annoncés lors du dernier budget et lors de la mise à jour économique. Mais rappelez-vous qu'au niveau du secteur de l'emploi, mon collègue Sam Hamad a un programme de 1 milliard de dollars pour la formation de la main-d'oeuvre. Rappelez-vous que, pour les travailleurs justement qui ont perdu leur emploi, il s'en est beaucoup perdu dans le secteur de la forêt, ce sont des gens qu'on essaie de recycler dans d'autres secteurs, notamment, par exemple, au niveau du secteur minier.
Donc, ce qu'il faut, au Québec, c'est de nous assurer que tous les travailleurs qui veulent travailler pourront travailler, leur donner du soutien pour de la formation, hein, de la formation. Et là on a un programme très important - de la formation - qui est maintenu, qui est maintenu et qui va être maintenu. C'est probablement la raison pour laquelle le Québec a perdu des emplois, mais il s'en était créé. Il en a perdu... justement la chef de l'opposition annonçait 40 quelques mille emplois perdus en décembre, il s'en était créé plus de 40 000 en novembre. Alors, vous comprenez les fluctuations d'un mois à l'autre dans les secteurs de l'emploi.
Mais je peux vous garantir, je l'ai dit, pour un travailleur qui perd son emploi, ce n'est pas 7 % de chômage, c'est 100 % de chômage, et bien sûr il faut qu'on vienne en aide à ces travailleurs-là, on ne va pas du tout, du tout les ignorer, vous pouvez être assurés de ça.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Michel Hébert. Journal de Québec.

M. Hébert (Michel): Sur le papier commercial, Mme Jérôme-Forget, je voudrais savoir qu'est-ce que le gouvernement est obligé de faire actuellement avec les milliards dont il dispose et qui sont, à toutes fins utiles, inutilisables? C'est-à-dire, prenez un exemple concret, le Comité de gestion de la taxe scolaire de la ville de Montréal recevait ses taxes et, par des conseils de conseillers financiers de la Banque Nationale, achetait du papier commercial. Ils en ont acheté pour 75 millions. Mais là, c'est gelé, ils ne peuvent pas l'utiliser. Qu'est-ce qu'ils font en attendant? Ils se retournent vers le ministère de l'Éducation pour qu'il allonge 75 millions? Qu'est-ce que vous faites avec les multiples organismes qui ont des dizaines et des dizaines, sinon des centaines de millions en papier commercial?

Mme Jérôme-Forget: M. Hébert, je suis contente que vous me posiez la question. Vous savez, le papier commercial, ça a été probablement la plus grande, je dirais... Et ça a existé partout dans le monde, hein?

M. Hébert (Michel): ...Québec?

Mme Jérôme-Forget: Le papier commercial, il y en a eu partout dans le monde. Le seul endroit où on a eu des problèmes à cause finalement - j'en ai déjà parlé - rappelez-vous, d'une clause particulière qu'avait mis en place le Surintendant des institutions financières à Ottawa... Donc, les organismes qui avaient garanti le papier commercial n'ont pas été tenus de respecter leur parole. Donc, le Québec a été dans une situation particulière vis-à-vis le papier commercial, tout comme ailleurs au Canada. Ça, c'était...

M. Hébert (Michel): ...la moitié, nous autres, là.

Mme Jérôme-Forget: Oui, on a la moitié, mais il y en a quand même pour 32 milliards, O.K.? Maintenant, vous me posez une question. Parce que ce papier commercial, quand il a été vendu, hein... Parce qu'effectivement la Banque Nationale et Desjardins détenaient du papier commercial, la Caisse de dépôt détenait du papier commercial, et c'est la raison pour laquelle, moi, je me suis battue bec et ongles et je me battrai encore bec et ongles pour protéger nos institutions financières. On n'en a pas beaucoup au Québec, on va se battre jusqu'à... je vais vous le dire, jusqu'à mon dernier moment, mon dernier souffle, pour conserver nos institutions financières.
Alors, qu'est-ce que vont faire les établissements? J'imagine qu'ils vont se pencher vers une institution financière pour leur permettre d'avoir accès à du crédit à un prix abordable, ceux qui leur ont passé du PCAA.
Mais, rappelez-vous, le PCAA. Le PCAA, ça a été inventé par des petits génies de la finance qui avaient coté ça AAA alors que le gouvernement du Québec est coté AA, hein? Le gouvernement du Québec est coté AA. Vous imaginez combien c'était de la liquidité que ces papiers commerciaux. C'est ça qui a été vendu aux gens. Est-ce que je suis heureuse que les Québécois aient acheté du papier commercial? Je trouve ça désastreux.

M. Hébert (Michel): Et est-ce que le gouvernement ne devrait pas revoir ses relations avec la Banque nationale? Parce que tous les organismes à qui j'ai parlé disent qu'ils ont été conseillés par la Banque Nationale d'acheter ça: la société de la Place des Arts, la Bibliothèque de Montréal... nationale, c'est-à-dire, etc. Ils m'ont tous dit: Bien, c'est notre conseiller de la Banque Nationale.

Mme Jérôme-Forget: Bien, c'est parce que...

M. Hébert (Michel): Je pense même que votre sous-ministre vient de la Banque Nationale, sauf erreur. Est-ce qu'il n'y a pas d'interrelation...

M. Houde (Jean): Quelques années de ma vie, oui.

M. Hébert (Michel): Pardon?

M. Houde (Jean): Quelques années de ma vie, oui.

M. Hébert (Michel): Bien, comment on explique ça, que la Banque Nationale ait des entrées aussi directes et peut conseiller des gestionnaires qui peuvent être compétents mais peut-être pas dans tous les domaines, et surtout pas dans ces domaines-là, et les inciter à acheter des titres boursiers qui ne valent rien? Parce qu'en fait ils ne valent... ils ont une valeur théorique aujourd'hui, là.

Mme Jérôme-Forget: Oui. Monsieur, savez-vous combien il s'est perdu dans l'économie, dans le monde? 3 trillions de dollars, hein? Les papiers commerciaux, c'est une chose, là. Il y a eu du papier commercial partout dans le monde, hein? Des produits... de ces produits, là, structurés, là, où on ne savait pas ce qu'il y avait dedans, là, ça, il y en a eu partout dans le monde. Un des pays qui en avait le plus, c'est probablement... Une institution qui en avait le plus, c'est la banque, la Deutsche Bank. O.K.? Vous ne pouvez pas trouver institution plus respectable que la banque, la Deutsche Bank. O.K.? Vous aviez également UBS. Vous aviez des entreprises qui avaient de ce papier commercial. Donc, que la Banque Nationale en ait eu, que Desjardins en ait eu, que tout le monde en ait eu, c'était...

M. Hébert (Michel): Je ne pense pas que Desjardins en vendait au gouvernement, là.

Mme Jérôme-Forget: Bien, les gens en vendaient... Il y a des entreprises... Vous comprenez, les gens qui en ont acheté, ils les ont achetés de quelqu'un. Tout le monde qui les a achetés, il les a achetés de quelqu'un. C'étaient des produits que personne ne comprenait. Personne ne comprenait. Et évidemment, avec cette bulle qui grossissait constamment, évidemment est arrivé un jour quelqu'un qui a dit: Ah! Moi, je n'en veux plus de ça. L'autre a dit: Bien, toi, si tu n'en veux pas, moi, je n'en veux pas non plus. Donc, il n'y a plus personne qui voulait les avoir. Donc, ce papier, qui était supposément de l'argent comptant, ce n'était plus du comptant.
Alors, moi, vous savez, je ne me réjouis pas de ce qui se passe à la Caisse de dépôt, je ne suis pas très heureuse qu'ils aient investi 12,7 milliards de dollars dans les papiers commerciaux. Il n'y a personne qui peut se réjouir de ça. Ce que je veux rappeler aux gens, la petite histoire, par ailleurs, c'est que c'était du papier qui était considéré plus solide que le Québec. Il fallait le faire! Et ça, c'est...

M. Robitaille (Antoine): Et pourquoi la Banque Nationale a donc proposé ça à toutes ces institutions?

Mme Jérôme-Forget: Bien, parce qu'elle pensait que c'était très, très bon, c'était du AAA.

M. Robitaille (Antoine): Faut-il revoir les rapports entre le gouvernement du Québec et la Banque Nationale?

Mme Jérôme-Forget: Bien, écoutez, on va voir, là. Vous me posez une question, là... Sincèrement, je pense que... Je me suis battue également - je vais être très franche avec vous - pour protéger et la Banque Nationale et Desjardins.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Michel Corbeil, Le Soleil.

M. Corbeil (Michel): ...Caisse de dépôt et placement, en attendant le rapport annuel et un nouveau président, est-ce que vous allez revoir la politique du risque?

Mme Jérôme-Forget: Certainement, certainement. Le conseil d'administration a pris des décisions importantes pour que le conseil d'administration, qui avait un comité responsable du risque, joue un rôle plus important. Et je pense que M. Perreault m'a informée qu'il mettait en place une équipe pour la gestion du risque. Je pense que ce n'est pas simplement la Caisse de dépôt qui va faire ça, je pense qu'il y a pas mal d'institutions financières qui vont se pencher sur le risque désormais parce que c'est clair qu'ils se sont fait bien sûr, je dirais, presque berner par des produits qu'ils ne comprenaient pas et que, dans la vie, quand on ne comprend pas quelque chose, on est bien mieux d'essayer de le comprendre.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Tim Duboyce. Tim Duboyce, CBC, s'il vous plaît.

Des voix: ...

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Tim Duboyce, CBC.

M. Duboyce (Tim): I just want to come back to the measures, the bundle of measures that you announced today. Concretely, in the real economy, what impact, in 2009, do you expect these measures actually have?

Mme Jérôme-Forget: The objective of these measures is mostly to maintain employment in Québec, and, by maintaining employment, we want to come in addition to help industries that have difficulty having access to credits., O.K.? They have problems getting access to borrow money. They go to the bank, and they can not get money when they go to the bank. So we have to be there. And that was, I will tell you, one of the most important recommendations that both the manufacturing group plus the financial group gave us as an advice to make sure that we come and help these industries right now that have no access to liquidity.

M. Duboyce (Tim): The question though is: At the end of the pipeline, what impact does that have on real people?

Mme Jérôme-Forget: Well, guess what? If you keep your job, I've got news for you, that's very good news for you. And this is the fundamental of all the presentations we did today. The fundamental is that we want people to keep their jobs. We want our businesses to go through 2009, and be vigorous in 2010, and cope with 2009. Because this is a bad situation, a full year probably, but we want to help them out to go through that period that will definitely be problematic. But, once you've gone through that, you want to be able to cope with 2010 and be alive and kicking.

M. Duboyce (Tim): Why is this so important to you to not going to a deficit in your next budget?

Mme Jérôme-Forget: Well, listen, this is not a religion. I know one thing: whenever governments went into deficit, it was hell to get out of it. I know that. It was hell to get out of it because you always have different needs, new needs, new demands.

I'm not religious about that. I am aware. I'm a person, I have my two feet on the ground. And, believe me, even last Monday I met people to keep me informed as to what's happening in their sector, what's happening to the people, have people lost their jobs. One of the big challenges in the economy for our businesses is to keep their manpower that they have trained, and they may not be able to keep in 2009, and then they will lose them and may not be able to get them back. That is their challenge: going through 2009. This is the problem.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Kevin Dougherty, The Gazette.

M. Dougherty (Kevin): Yes. Mme Jérôme-Forget, the consensus of the forecasters is minus... a negative growth of 0.5% in Québec, in the coming year. But you're saying, if I understand correctly, first of all, the recession isn't here, and, second of all, you're saying that, with the $6.9 billion you're adding to the economy this year, plus what the Federal Government could do, plus what Obama could do... Is it possible we could escape the recession?

Mme Jérôme-Forget: What I said is that, before I jump into that avenue whereby there will be a recession, I said the following thing: I'm going to first wait for the Federal budget. Second, on the 20th of January, we'll have a new President of the United States who made the following commitment: $700 billion, 3 million new jobs for 2009. He was very clear. That will have an impact, a major impact on the U.S. economy, on the Canadian economy and obviously on the Québec economy. What I have said is that, in March, I will have a new budget. I will then take time to assess the situation, because the situation evolves very quickly, very quickly, to the point that, from week to week, these projections in terms of growth vary.
And therefore, in fact, there was a major change on the 8th of January, O.K.? This is when they announced that Canada would be in a... 8th of January. So basically what I'm saying: Let's wait and see, let's not panic now - I'm not trying to put rosy glasses, not at all, I'm trying to be very, very down to earth - wait what Mr. Flaherty is going to do, wait what's going to happen in the United States, and, in March, I will have an update.

M. Dougherty (Kevin): O.K. Secondly, Paul Krugman, he writes... He doesn't write in the Financial Times, he writes in the New York Times. But anyway he wrote the other day that, in a case like this, it's better to do more than to do less, suggesting that Obama should be, you know, trying to put as much as possible into... Now, the Parti québécois, here, has suggested giving low income people, people who receive the sales tax rebate, $200 each, as a way to... because that money would go into consumption likely pretty quickly. Why wouldn't you do that? Why wouldn't you give people the $120?

Mme Jérôme-Forget: Well, listen, I came up with some proposals. Those are the proposals that I submitted today. I'm going to have discussions with the oppositions, I'm going to meet with people, I'm going to assess what is the best way to help people, I'm going to assess the situation in Québec, and, in March, I'll come up with a budget. But I will have then, in hand, a better understanding of the situation then.
What we did today is to put together a number of measures that we do believe, I certainly believe will have an impact on what are the major problems facing the economy right now, that is having access to liquidity, making sure that we have the construction going on, making sure that our Infrastructure Program is in line, and that things are moving in that direction. Because it's regarded by everybody I spoke to. This Infrastructure Program is having a great impact on the situation in Québec, right now.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): John Grant... Oui?

M. Dougherty (Kevin): You mentioned a couple of times that, for you, the goal as a government is to get through 2009. Then, what advice do you give Quebeckers about getting through 2009?

Mme Jérôme-Forget: Well, I don't think I am very good at telling other people what to do in 2009. What I say to people is that I remind us all that, in spite of the fact that the economy is... there are problems facing us in 2009. I want to repeat what I said in French: 93 % of the people who are of working age work. Theses people have an income, they spend money, they may... I read in a survey that they may spend less than they would have spend otherwise, but I understand that, for Christmas, they did spend a fair amount of money. What I'm telling people, is that they should work in the direction to make sure that they keep their job as much as possible. And this is what I'm trying to achieve, that Québec workers keep their job. You know, the biggest security in life is to make sure that you have a job every day. And this is the objective today.

M. Grant (John): Is it, in your opinion... Let's take a look at the home owners, at the Home Renovation Program, now. Do you think it would be worth it, you know, for people who are perhaps risk-averse in 2009 to actually borrow money to do home renovation because of your tax credit? I actually don't know anybody who has $25 000, you know, in their pocket just waiting to do home renovation, honestly.

Mme Jérôme-Forget: Well, you would have to know the amount of money that is spent yearly on renovations. It's a lot of money that is spent every year on renovations. You may not know the people, but, believe me, a lot of people spend money on renovations in their house. So, basically, do I give them an advice to go and borrow money to spend for renovations? Let me answer the following way: If they had planed to do something, if they had planed to redo their kitchen, if they had planed to redo something, perhaps it's worthwhile to do it in 2009, but it's up to them to judge whether the timing is good for them. It's hard for me to tell them what to do now and to take an hypothetical case.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): ...pour compléter, Rhéal Séguin.

M. Séguin (Rhéal): The Caisse will soon be... You'll be nominating quite a few members on the board of the Caisse de dépôt. 9 of the 14 board members, their mandate is either expired or will soon be expiring. Will you make those nominations soon? And how important is that to get a strong board of directors to up re-build the Caisse's credibility in the eyes of investors and the public?

Mme Jérôme-Forget: Let me tell you why this has happened. I feel very strongly that, before an election, you avoid making nominations. Whenever it has been done in the past, I found it unethical, unethical. This is the same reason why the president of Loto-Québec has not been reappointed. I told him: Listen, there's an election, we don't know what will be the outcome, it would be... I'm not sure it would be proper of me to come out and to those nominations at the last minute. And, by the way, it's been done like that in the past. You try to be careful, when there's an election, that you are careful in terms of your nominations.

M. Séguin (Rhéal): How important is it to do it as soon as possible in order to name a new president?

Mme Jérôme-Forget: Let me tell you, finding a new president, a new CEO for the Caisse de dépôt, for me, is very high on my agenda right now. Everything is important, but, if you're asking me my priority, it's to make sure that we are very focussed to get a person who is going to be in charge.

M. Séguin (Rhéal): ...people on the board to find a new president?

Mme Jérôme-Forget: Yes, certainly.

M. Séguin (Rhéal): So you have to move quickly.

Mme Jérôme-Forget: What I'm saying is that my first concern right now is getting a CEO. There are, in place, people, there are people in place now who have gone through the process. There is a committee that exists. They have this experience, and therefore they have gone through the exercise. I'm sure they can repeat the exercise, and they have received the mandate to go ahead and do it.

Le Modérateur (M. Antoine Robitaille): Merci beaucoup.

Mme Jérôme-Forget: Merci beaucoup. Merci de vous être déplacés.

 

(Fin de la séance à 13 h 40)

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