Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Actualités et salle de presse > Conférences et points de presse > Conférence de presse de M. Jean-François Lisée, chef de l’opposition officielle, M. Alexandre Cloutier, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation des adultes, M. Claude Cousineau, porte-parole de l’opposition officielle en matière de famille, et M. Nicolas Marceau, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances

Recherche avancée dans la section Actualités et salle de presse

La date de début doit précéder la date de fin.

Conférence de presse de M. Jean-François Lisée, chef de l’opposition officielle, M. Alexandre Cloutier, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation des adultes, M. Claude Cousineau, porte-parole de l’opposition officielle en matière de famille, et M. Nicolas Marceau, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances

Présentation des attentes budgétaires de l'opposition officielle

Version finale

Le mardi 21 mars 2017, 13 h 15

Salle 1.30 (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Treize heures vingt et une minutes)

M. Lisée : Alors, aujourd'hui, à la veille du budget fédéral, mais surtout à une semaine du budget québécois, on a cru utile de vous dire quelles seraient les priorités d'un gouvernement du Parti québécois qui prendrait le pouvoir comme demain, là, disons que ce gouvernement dysfonctionnel décidait de faire un cadeau aux Québécois et de démissionner en bloc et qu'on devait, toutes affaires cessantes, dégager des priorités la semaine qui vient. Bien sûr, mes collègues et moi sommes impatients de vous présenter un budget complet, mais ça ne va arriver qu'après le 1er octobre 2018. Mais cette fois-ci on veut indiquer qu'est-ce qui nous anime comme priorités avec les informations dont nous disposons, qui sont parcellaires, sur la marge de manoeuvre gouvernementale pour 2017‑2018.

Alors, c'est clair qu'un budget 2017 du Parti québécois donnerait un répit aux familles, essentiellement redonnerait aux familles ce que les libéraux leur ont enlevé en augmentations de tarifs diverses, c'est-à-dire plus de 1 100 $, donnerait une priorité aux patients, aux aînés et aux élèves dans le réinvestissement du surplus qui a été dégagé sur leur dos et prendrait des mesures spécifiques de soutien aux PME et aux régions.

Alors, d'abord, les surplus budgétaires dont on va faire état ont été réalisés aux dépens des missions essentielles, aux dépens des aînés dans les CHSLD, aux dépens des handicapés, aux dépens des élèves et de leur soutien, aux dépens des patients un peu partout, dont les listes d'attente ne cessent de s'étendre. Alors, pour nous, la totalité de ce surplus qui a été constitué sur le dos des Québécois doit revenir en services aux Québécois, la totalité. Et ça, ça veut dire dans les services principalement en santé et en services sociaux, en éducation, en protection de la jeunesse, en logement social.

Je vais demander à Alexandre de nous dire, avec cet argent qui n'est pas neuf, c'est-à-dire de l'argent qui vient des coupures et qui est réinvesti en partie, quelles seraient les priorités en éducation. Alexandre.

M. Cloutier : D'abord, on trouve complètement inacceptable qu'à chaque début d'année scolaire les parents n'aient pas accès à une trousse scolaire gratuite pour leurs enfants. Ça se fait du côté ontarien depuis déjà de nombreuses années. On pense que la facture qui est refilée aux parents québécois, qui, à chaque année, doivent magasiner le matériel scolaire, courir les magasins, essayer de trouver la meilleure aubaine pour économiser, c'est une mauvaise gestion, c'est une mauvaise façon de faire. Donc, on privilégie la gratuité du matériel scolaire pour l'ensemble des parents, qui n'auraient plus ce casse-tête à chaque début d'année scolaire.

Maintenant, vous savez également que les coupures en éducation ont fait extrêmement mal dans le réseau. Les coupures se chiffrent à la hauteur de plusieurs de centaines de millions. Si le gouvernement libéral avait respecté ses engagements, si le premier ministre actuel avait été fidèle aux paroles qu'il a tenues devant les Québécois, il y aurait eu 2,26 milliards supplémentaires dans le réseau de l'éducation. Tout ça s'est traduit par des pertes de postes importants, des pertes de postes de professionnels, de psychoéducateurs, de techniciens en éducation spécialisée. Et, sous la gouverne du Parti québécois, notre priorité serait d'offrir des services aux jeunes en difficulté, aux jeunes qui ont besoin d'aide, aux jeunes qui ont besoin de réussite pour qu'ils aillent au bout de leurs aspirations, au bout de leurs ambitions, qu'ils obtiennent leur diplôme et que ces jeunes soient accompagnés dès le plus bas âge.

Nous avons déjà proposé qu'il devrait y avoir un minimum de services offerts dans chacune des commissions scolaires par l'embauche de psychologues, de psychoéducateurs, d'orthophonistes. Or, la priorité doit être donnée, justement, à ces élèves en difficulté en bas âge pour augmenter la diplomation et s'assurer que le Québec soit un chef de file en matière de réussite scolaire.

M. Lisée : On pense ainsi qu'avec le réinvestissement à la bonne place, c'est plusieurs centaines de ce personnel professionnel et plusieurs centaines de personnels de soutien de plus qui pourraient être embauchés dès l'année qui vient. Et on sait que, quand on s'occupe mieux des élèves en difficulté, bien, on s'occupe mieux des élèves qui ne sont pas en difficulté, puisque leurs enseignants peuvent se consacrer à l'ensemble de leurs élèves. Alors, ça, c'est pour le réinvestissement maximal, total des surplus dans les services d'où ils ont été pris.

Maintenant, on s'est dit : Ça serait bien, quand même, de dégager une somme supplémentaire pour faire plus. Alors, cette somme supplémentaire, on est allés au plus simple, nous, on privilégie le gel de l'augmentation de la rémunération des médecins, des 20 000 médecins du Québec. Et, en gelant leur rémunération juste pour l'année 2017‑2018, ça fait 525 millions de dollars d'augmentation qu'on ne leur donnerait pas. Et, en mettant fin à leur incorporation, c'est un autre 100 millions qu'on ne leur donnerait pas. Donc, on a 625 millions de dollars qu'on prend à des gens qui n'en ont pas besoin — on ne leur enlève rien, on prend de l'argent dont ils n'ont pas besoin — et on donne à des gens qui en ont besoin.

D'abord, les familles. Alexandre a parlé de la mesure pour la trousse de matériel scolaire en début d'année, c'est 150 $ par élève. Une deuxième mesure qu'on a beaucoup, beaucoup contestée, c'est l'augmentation importante des frais de garde, la fameuse ligne 434, qui est maudite en ce moment par beaucoup de gens de la classe moyenne. Claude Cousineau, notre porte-parole en matière de services de garde, va vous expliquer de quoi il retourne.

M. Cousineau : Oui, merci, Jean-François. Bien, effectivement, on a vu, depuis quelques années, des augmentations assez faramineuses sur le dos des parents, des familles québécoises. On a vu une tarification qui était universelle devenir une tarification modulaire et puis on a vu apparaître aussi, à la ligne 454 des rapports d'impôt des citoyens, une taxe famille. Bien, nous, ce qu'on propose, parce que M. Lisée a parlé du 625 millions récupéré avec le gel des salaires des médecins... Alors, nous, ce qu'on propose, avec le 625 millions, entres autres, c'est d'abolir la taxe famille, la fameuse ligne 454 d'une part, et puis de faire en sorte aussi de ramener le tarif à un montant universel, c'est-à-dire 7,30 $ par jour pour faire en sorte que les familles puissent retrouver de l'oxygène ainsi que les centres de la petite enfance. Parce qu'on se rappellera que les centres de la petite enfance ont énormément souffert de la modulation des tarifs, énormément souffert aussi du fait qu'est apparue la ligne 434 sur les rapports d'impôt.

Donc, ce qu'on annonce, nous, en fin de compte, c'est abolition de la taxe famille et puis retour à un tarif universel à 7,30 $ pour les services de garde. Par le fait même, on va contribuer à solidifier et à bonifier les services qui sont donnés dans le secteur public, les centres de la petite enfance, et puis de permettre de leur donner de l'oxygène, et permettre à tous les éducateurs, les éducatrices qui y travaillent de pouvoir offrir un service de qualité à nos tout-petits au niveau éducatif et au niveau de la sécurité.

M. Lisée : Alors, Claude a parfaitement raison parce que ce système libéral, il pousse à la privatisation du système, compte tenu du calcul des crédits d'impôt. Et en ce moment, pour la première fois de leur existence, les CPE ont des places libres parce que des parents de classe moyenne, moyens de classe moyenne, classe moyenne supérieure font un calcul que ça coûte moins cher d'aller dans des garderies privées non subventionnées. Et toutes les études montrent que la qualité du service est plus grande dans les CPE que dans les garderies privées, et donc c'est aussi une mesure de santé publique d'amélioration du service que de revenir à 7,30 $ par enfant.

Troisième mesure pour les familles, on sait que les prévisions d'augmentation du coût de l'alimentation sont très graves pour l'année, et on pense que, pour les 2,7 millions de ménages qui reçoivent le crédit d'impôt solidarité, on va les aider à amortir le choc de cette augmentation du coût du panier d'alimentation. On veut augmenter de 100 $, c'est un financement mensuel qu'ils reçoivent par le crédit d'impôt, à compter du 1er avril. Et à mesure qu'on pourra voir l'impact de l'augmentation, on voudra bonifier à 200 $, comme on l'a déjà dit, plus tard dans l'année, à partir de la capacité financière de l'État. C'est notre objectif de le monter à 200 $ si, effectivement, le panier d'alimentation augmente aussi vite que ce que certains experts nous le disent.

Alors, ça, ça fait les trois mesures qui couvrent l'ensemble des familles de la classe moyenne supérieure jusqu'aux familles les plus défavorisées. Mais on veut également investir dans nos petites et moyennes entreprises, et, pour ça, je passe la parole à Nicolas Marceau.

M. Marceau : Oui, merci, Jean-François. Alors, quant à la tenue de notre économie, vous le savez, ce n'est pas glorieux ces derniers temps. Les investissements, en particulier, des entreprises sont en baisse, ils ont baissé pour trois années de suite. Et, quant aux exportations — et c'est de cela dont je vais vous parler un peu plus précisément — elles ont stagné en 2016, donc croissance nulle, dans un contexte où, je vous le rappelle, le dollar canadien était faible. Et, quant à nos exportations, plus spécifiquement vers les États-Unis, elles ont reculé l'an dernier de 4 %. Et je vous rappelle que c'était avant l'arrivée de M. Trump, donc dans un contexte qui était plutôt favorable, le dollar canadien faible, M. Obama très ouvert aux échanges commerciaux.

Alors, de voir cette performance négative l'an dernier vers les États-Unis, c'est très préoccupant. Je vous rappelle que le Québec exporte tout près de la moitié de son PIB, que son premier client, et de loin, ce sont les États-Unis. Et donc il nous apparaît que le plan de M. Couillard et de son équipe ne fonctionne pas et qu'il faut donner un coup de barre, il faut donner une incitation supplémentaire à nos entreprises pour qu'elles exportent.

Ce que nous proposons, c'est de lancer un message très clair à nos entreprises exportatrices en leur disant qu'elles vont obtenir un congé d'impôt sur la première tranche de 1 million de dollars d'exportation supplémentaire qu'elles parviendront à réaliser. Et nous allons, dans un premier temps, contenir ça à certaines entreprises, ce seront celles qui sont de 250 employés et moins ou bien qui ont un chiffre d'affaires de 50 millions de dollars, et nous avons réservé une somme de 45 millions pour cette mesure. Voilà.

M. Lisée : Dernière chose. On vous parle, depuis un certain temps, évidemment, du Fonds des générations, dont le capital augmente assez rapidement, 10, 12 milliards, qui sera, dans quelques années, à 20 milliards. C'est un fonds qui est adossé à la dette, c'est-à-dire, lorsqu'on regarde la dette du Québec, bien, on soustrait ce qu'il y a dans le fonds pour calculer la dette, et là on regarde le rapport de la dette sur la croissance économique.

Cette année, on va collectivement déposer 2,5 milliards à ce fonds. On vous en parlé précédemment, on trouve que le fonds est... investit de façon très prudente et que, dans la diversification de l'investissement du fonds, on pourrait avoir une portion mineure du fonds qui génère de la croissance économique pas en dépenses, en investissements.

Alors, on est extrêmement prudents. On dit : 10 % du dépôt de cette année, donc 10 % de 2,5 milliards, ça fait 250 millions, qu'on voudrait investir dans une mesure dont on est certains qu'elle va générer de la croissance économique, c'est-à-dire doter les régions du Québec, les régions qui n'en ont pas déjà, d'Internet haute vitesse. On sait qu'on a énormément de jeunes Québécois, partout sur le territoire, qui veulent lancer leur entreprise. S'ils sont dans un lieu où il n'y a pas Internet haute vitesse, ils vont se déplacer vers un lieu où il y en a. Donc, on veut concevoir un fonds d'investissement de 250 millions qui viendra en soutien à l'extension du réseau, là où il n'y en a pas. Évidemment, cet investissement n'a pas besoin d'avoir un rendement de 10 % ou 12 %, puisque le rendement que l'on recherche ici, c'est l'augmentation de la croissance économique, donc du PIB. Et, si le PIB augmente plus vite, bien, le poids de la dette face au PIB va se réduire, ce qui est le but du jeu, finalement, du Fonds des générations. Et on pense que c'est une façon de le faire qui va accroître la croissance économique, retenir les jeunes en région, ce qui est un objectif national important, et soutenir les jeunes pousses, les jeunes PME qui veulent créer leur entreprise un peu partout en région.

Alors, voilà l'ensemble de ce qu'on vous donne aujourd'hui. Bien sûr, ce n'est pas un budget complet. On ne ventile pas la somme des surplus en disant : Voici exactement ce qu'il faut faire en éducation, en services sociaux, etc. On pense qu'on verra comment le gouvernement se comportera la semaine prochaine et on vous donnera nos appréciations de ça. Et un gouvernement qui, selon nous, aurait à coeur à la fois les services, les familles, les régions et les PME aurait ce qu'on propose aujourd'hui dans son budget. Alors, on se croise les doigts.

Le Modérateur : On va prendre les questions maintenant. On va commencer avec Patrick Bellerose, du Journal de Québec.

M. Bellerose (Patrick) : Sur un autre sujet. Je ne sais pas s'il y avait des questions sur le sujet? Je pense qu'Alain...

Le Modérateur : Sur le sujet. Mathieu, tu es sur le sujet?

M. Boivin (Mathieu) : Bien, oui, mais...

Le Modérateur : Bien, écoutez, on va y aller à tour de rôle. Patrick Bellerose.

M. Bellerose (Patrick) : C'est sur un autre sujet, désolé de vous amener ailleurs. J'aimerais vous entendre sur l'article de Maclean's qui est paru cette semaine. Qu'est-ce que vous en pensez, du constat qui est dressé?

M. Lisée : Bien, écoutez, ça arrive régulièrement que quelqu'un dise des faussetés, des méchancetés sur le Québec. Ça fait partie de la condition québécoise en Amérique du Nord. Il y a des gens qui ne nous comprennent pas, ne nous aiment pas et nous dépeignent d'une façon complètement contraire à la réalité. Ce qui est problématique, ce n'est pas qu'il y ait des gens comme ça, ce qui est problématique, c'est qu'il y ait des grands quotidiens et magazines qui estiment que ça vaut la peine de les publier.

Il me semble que qui que ce soit... et Maclean's est un grand magazine canadien, ils sont censés avoir des «fact checkers», et ils pourraient se demander : Est-ce que c'est vrai, ça, que, dans tous les restaurants du Québec, on vous montre deux factures? Il me semble qu'ils auraient juste à parler à trois Québécois ou à deux touristes torontois qui sont venus au Québec pour savoir que c'est faux.

Alors, la responsabilité, elle n'est pas sur des gens mal intentionnés, ou fâchés, ou frustrés qui pensent et disent du mal du Québec, même s'ils sont embauchés par McGill et payés par nos taxes — enfin, c'est la liberté universitaire — le problème, c'est qu'un grand média canadien ne se rende pas compte de la fausseté de ce qui est écrit. Peut-être ont-ils plus d'intérêt à la vente de copies qu'à la qualité de l'information. Et, en ce cas-là, ils devraient se regarder dans le miroir.

M. Bellerose (Patrick) : Une autre question pour le suivi pour le journal. Qu'est-ce que vous pensez de la situation de l'attachée politique de Jean D'Amour, qui est à la fois attachée politique et mairesse dans sa région?

M. Lisée : Bien, écoutez, là-dessus, je pense que je vais laisser mon collègue Pascal Bérubé vous revenir là-dessus.

Le Modérateur : On va passer à Mathieu Boivin.

M. Boivin (Mathieu) : Vous financez vos mesures de budget par une annulation de la hausse de salaire des médecins. Est-ce qu'on a le droit de faire ça? C'est signé.

M. Lisée : C'est signé, mais, déjà, ça a été rouvert par Gaétan Barrette, et il y a une négociation qui est en cours. Alors, le principe de la réouverture de contrat complètement injustifiée avec les médecins est déjà inscrit dans notre histoire récente, et je pense que même le gouvernement actuel, qui en est responsable, a admis que les hausses prévues étaient intenables.

M. Boivin (Mathieu) : Mais juste en suivi là-dessus, est-ce que ce n'est pas dangereux comme précédent sur la valeur de la signature de l'entente signée?

M. Lisée : Bien, encore une fois, Gaétan Barrette a lui-même rouvert les ententes il y a trois ans, et l'entente qu'il a lui-même resignée, qui donnait un cadeau supplémentaire avec l'étalement, elle est financièrement intenable, une négociation est en cours. Si on était au gouvernement, notre position dans cette négociation, ce serait le gel de la rémunération des médecins.

M. Boivin (Mathieu) : Deuxième question sur l'enjeu d'amener la haute vitesse Internet dans les régions. C'est quoi, c'est une subvention à Bell puis à Vidéotron, ça, sur leurs infrastructures?

M. Lisée : Il est clair que les services privés d'Internet ont considéré que d'investir... parce qu'ils investissent, ils font du rendement partout où ils sont, et ils ont estimé que la couverture dans certaines régions, à la fois cellulaire et Internet, n'est pas rentable. Elle n'est pas rentable parce qu'ils cherchent une rentabilité de 10 %, 12 % sur chaque investissement.

Nous, on peut faire un investissement, donc 10 % du dépôt de cette année à la caisse. Donc, c'est un très petit montant du Fonds général, du Fonds des générations. On n'a pas besoin d'avoir un rendement de 10 %, mais on peut faire en sorte de trouver des investissements, donc des gens qui vont faire le reste de ce travail. Et ça, il y a plusieurs options possibles, et je demande à Nicolas de regarder toutes les options. Est-ce que c'est financer une coopérative comme il en existe à certains endroits pour amener le service Internet? Est-ce que c'est faire un partenariat avec une entreprise existante pour lui dire : Bien, pour les derniers milles, nous allons partager le risque avec toi? Il y a plusieurs façons de le faire. Mais clairement, comme c'est du Fonds des générations, ça ne peut pas être une dépense, ça doit être un investissement. Mais l'investissement n'a pas besoin d'avoir le même rendement que le secteur privé, puisque le rendement qu'on veut avoir c'est les 40 % de jeunes de moins de 35 ans qui disent qu'ils veulent lancer des entreprises. Bien, s'ils créent des entreprises grâce à Internet haute vitesse, ça va être de l'activité économique, de la croissance qui, elle, va contrebalancer le poids de la dette.

M. Boivin (Mathieu) : Ça ne va pas faire faire du profit à des entreprises privées, avec cet argent-là, là.

M. Lisée : Non. Si on fait un partenariat, il faut qu'ils y tirent leur avantage aussi, mais c'est clair que, si eux ne font pas le dernier mille et que nous, on le fait et qu'on prend le risque, bien, s'il y a des revenus, on va les prendre aussi.

Le Modérateur : Alain Laforest.

M. Laforest (Alain) : Restons dans le sujet. Vous venez de présenter une partie de votre cadre financier pour 2018, si je comprends bien, là, plus que des demandes que vous faites au ministre des Finances.

M. Lisée : Non.

M. Laforest (Alain) : C'est quoi, votre première demande au ministre des Finances pour le budget de mardi prochain?

M. Lisée : Bien, écoutez, là, c'est le budget 2017 pour 2017‑2018. Il va y avoir un budget en 2018 pour 2018‑2019, et ensuite l'élection est en octobre. Donc, il y a beaucoup de temps qui va s'écouler. Alors, il n'y a aucune façon de prédire le cadre financier pour 2018, aucune.

M. Laforest (Alain) : Alors, ce sont vos demandes que vous faites de façon répétitive, M. Lisée…

M. Lisée : C'est nos demandes actuelles, oui.

M. Laforest (Alain) : …depuis plusieurs mois, là, ce que vous nous présentez là. Moi, je vous demande la demande que vous faites au ministre des Finances pour la semaine prochaine. C'est laquelle, votre priorité?

M. Lisée : Je vais juste faire un préambule pour dire que notre proposition principale, par exemple, est beaucoup plus large que ça et beaucoup plus détaillée. Et, lorsqu'on pourra faire un budget complet, on couvrira beaucoup plus large, mais là on part au plus pressé. Alors, le plus pressé, c'est de réparer les dégâts pour les patients, pour les aînés puis les élèves, réparer les dégâts libéraux en remettant la totalité des surplus qui ont été accumulés sur le dos des Québécois... le remettre aux Québécois, pas trouver d'autres priorités là-dessus.

Et la deuxième chose, c'est de remettre aux familles québécoises les 1 100 $ d'augmentation de tarifs qui ont été pris par les libéraux en leur donnant de l'oxygène : tarifs de garde, 7,30 $ par enfant, 100 $ par famille en difficulté pour l'aider pour le compte d'alimentation et 150 $ par enfant, la gratuité scolaire du matériel scolaire en septembre.

M. Laforest (Alain) : Il y a un budget fédéral demain. C'est quoi, votre demande?

M. Lisée : Bien, le budget... Bon, d'abord, la plus grande menace qui pèse sur l'économie québécoise en ce moment, à part la mauvaise gestion du gouvernement libéral, c'est la crise du bois d'oeuvre. La dernière fois qu'on a eu la crise, on a perdu 20 000 emplois dans toutes les régions du Québec, y compris dans la métropole. Alors, ça prend des garanties de prêt. Demain, dans le budget fédéral, il doit y avoir un engagement de garanties de prêt pour permettre à l'industrie de traverser la période, qui est d'un an ou de deux ans, où ils sont surtaxés par les Américains, et à la fin on gagne, et là on est remboursés. Mais donc le système américain oblige notre industrie forestière à avancer des sommes qu'elle n'a pas. Ça prend des garanties de prêt pour permettre à l'industrie de traverser la crise sans mettre encore 20 000 personnes à pied. Ça, c'est une demande.

On voit, sur le fonds pour l'innovation dans le secteur automobile, actuellement le fonds fédéral profite seulement à l'Ontario. Nous aussi, on a du transport. On a des autobus, on a des camions, on a une industrie qui devrait en bénéficier. La stratégie navale canadienne, on vous en parle souvent, 100 milliards de dollars qui vont essentiellement servir à Halifax et à Vancouver. Il y a eu une subvention fédérale au-dessus de ça, en plus de ça, à la Colombie-Britannique pour ses chantiers navals. On demande la réouverture de cette stratégie navale pour que le chantier de Lévis, qui est un des meilleurs chantiers en Amérique du Nord, puisse avoir une part beaucoup plus importante.

La fin des conventions fiscales avec la Barbade et les autres paradis fiscaux, l'Assemblée nationale, unanime, l'a demandée. Est-ce que Justin Trudeau va être le défenseur des paradis fiscaux? On va le savoir demain.

Énergie Est, on aimerait ça qu'ils nous disent, finalement, qu'ils n'en ont pas besoin. Ça nous enlèverait une énorme épine dans le pied.

Et puis, bien là on n'ose pas souhaiter qu'il y ait un transfert fédéral en santé qui soit plus important que celui qui a été négocié, mais on a bien vu qu'il y avait eu des «high fives» à Ottawa parce que le Québec s'est fait avoir et que la participation fédérale à la santé, qui était 50 % au début, 25 % ensuite, est maintenant de... combien, Nicolas?

M. Marceau : ...baissé à 20 %. En dessous des 20 %…

M. Lisée : En dessous de 20 %, oui, oui, c'est sûr.

M. Laforest (Alain) : Une dernière, à propos du Maclean's. C'est quoi, le dommage que ça fait dans le reste du pays par rapport à l'image du Québec?

M. Lisée : Les gens qui veulent détester le Québec vont toujours trouver quelque chose à lire, toujours. Alors, moi, comme ancien ministre des Relations internationales, je savais que la meilleure façon de faire aimer le Québec, c'est d'emmener quelqu'un passer une semaine au Québec.

M. Lacroix (Louis) : M. Lisée, je vais risquer une question. Vous avez déjà soulevé votre malaise à voir Mme Martine Ouellet occuper deux postes, celui de députée de Vachon et chef du Bloc québécois. Là, elle appelle ça le transparlementarisme. Et on disait en fin de semaine dans un communiqué que le Bloc québécois a... et je vais citer le communiqué : «L'action transparlementaire de Martine Ouellet nécessitera qu'elle siège à Québec...» Donc, maintenant c'est rendu une nécessité qu'elle siège à Québec. Qu'est-ce que vous pensez de ça, vous, le transparlementarisme?

M. Lisée : Bien, moi, j'ai lu discours de Martine samedi à l'assemblée. C'était remarquable. On a quelqu'un qui est efficace, qui est convaincante, a dit des vérités sur Justin Trudeau qu'on n'avait pas entendues aussi clairement depuis longtemps. Et moi, je pense que c'est une extraordinaire nouvelle que Martine soit chef du Bloc québécois. Elle va donner énormément d'énergie au bloc, et on en a besoin. Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas été bien représentés. Sur sa décision de siéger dans les deux Parlements, c'est sa décision, je la respecte, et je lui souhaite la meilleure des chances, et on va tout faire pour que ça soit le plus positif possible.

M. Lacroix (Louis) : Donc, à une certaine époque, vous n'étiez pas d'accord avec la double fonction. Maintenant, vous n'avez plus de malaise avec ça. Vous dites qu'elle est convaincante. Donc, elle vous a convaincu?

M. Lisée : Bien, elle est très convaincante, c'est sûr. Elle a fait un choix. C'est son choix, elle l'assume. Et, moi, comme chef du Parti québécois, mon rôle, c'est de faire en sorte que les choses fonctionnent le mieux possible. Et, puisque c'est son choix, je respecte son choix. On va faire en sorte que ça fonctionne le mieux possible.

Le Modérateur : Mathieu Dion.

M. Dion (Mathieu) : Sur le budget fédéral, vous avez évoqué vos attentes. Mais avez-vous vraiment des espoirs que le Québec ait été entendu et sera pris en considération?

M. Lisée : Écoutez, tant qu'on est dans le système fédéral, on est condamnés à l'espoir. Même si on est très souvent déçus, on est condamnés à l'espoir. Évidemment, il y a des contradictions dans la personnalité du premier ministre, et il fait jeune, XXIe siècle. Alors, comment peut-il en même temps être le héros des pétroliers et être jeune et du XXIe siècle? Comment peut-il être le défenseur des paradis fiscaux en étant jeune du XXIe siècle? Là, il y a des contradictions qui vont devenir de plus en plus apparentes. Il y a 40 députés du Québec. Justin Trudeau est un député du Québec. Bon, on sait qu'il nous a laissé tomber sur Bombardier, on sait qu'il nous a laissé tomber sur Muskrat Falls, on sait qu'il nous a laissé tomber sur les transferts en santé. Est-ce qu'il va nous laisser tomber sur la forêt? C'est la question qu'on pose. On se dit qu'à mesure que Justin Trudeau se transforme en Pierre Trudeau il y a des gens qui vont commencer à avoir la même attitude envers lui qu'ils ont eue envers Pierre Trudeau.

M. Dion (Mathieu) : Sur l'article du Maclean's, l'auteur retire ses propos, il vient d'écrire ça sur Facebook, regrette et il dit avoir mal été interprété. Je ne sais pas si vous avez un mot à dire là-dessus.

M. Lisée : Qu'est-ce que Maclean's a à dire?

M. Lacroix (Louis) : Est-ce que vous croyez que c'est possible d'utiliser autant de mots pour être mal cité?

Des voix : Ha! Ha! Ha!

Le Modérateur : Ryan Hicks.

M. Hicks (Ryan) : Just on... Oh!

Le Modérateur : Ah! Patrick, peut-être une dernière.

M. Bellerose (Patrick) : Sur l'autoroute 13, est-ce que les explications de M. Coiteux vous ont satisfaits ce matin, voulant qu'on lui aurait dit qu'il y avait seulement 30 voitures qui étaient prises sur l'autoroute et pas 300?

M. Lisée : Écoutez, c'est clair qu'on a devant nous un gouvernement qui est dysfonctionnel et qui a décidé d'être transparent dans sa dysfonctionnalité. Et la question qui est posée et qu'on pose aujourd'hui en motion, c'est celle de la responsabilité ministérielle. Il y a déjà trois personnes qui ont perdu leur emploi depuis quelques jours parce qu'ils ont été irresponsables, ils n'ont pas été à la hauteur de leurs responsabilités. Il est clair que c'est aussi le cas de membres du personnel politique des deux ministres, des ministres et certainement de quelqu'un au bureau du premier ministre.

Alors, où commence et où s'arrête la responsabilité ministérielle? Là, on sent très bien que les services de M. Coiteux considèrent que les services de M. Lessard n'ont pas été à la hauteur de leur devoir. C'est un sentiment qui était déjà partagé par l'immense majorité des Québécois. Alors, pourquoi est-ce que ça n'a aucune conséquence sur les fonctions de ces personnes?

M. Bellerose (Patrick) : On pourrait donc blâmer les ministres s'ils ont été mal informés par les gens sur le terrain?

M. Lisée : Les ministres dont c'est la tâche de voir venir les problèmes et d'être les patrons, en particulier dans des situations difficiles, lorsqu'ils désertent leur poste en disant : S'il y a un problème, on m'appellera, ils ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités.

Dans le cas de M. Lessard, le facteur aggravant, c'est qu'il nous a avoué qu'à la dernière bordée de neige il avait été mécontent de l'efficacité de ses propres services, et donc il aurait dû être doublement vigilant. Voyant une bordée de neige beaucoup plus grave, il aurait dû être aux commandes pour voir ce qui se passait et ne pas attendre que quelqu'un daigne l'informer.

Le Modérateur : Ryan Hicks.

M. Hicks (Ryan) : On the Maclean's article, the author wrote… he apologized on his Facebook. He's retracting, he says : «I regret the errors and exaggerations in what I wrote. I'm very sorry for having caused significant offense.» But is the damage done already?

M. Lisée : Well, you know, the responsibility lies in the Maclean's editors who decided to publish something that was egregious, clearly not fact-checked. At his very face, you see that major falsehoods are there, malevolent.

Now, Maclean's is a repeat offender in these kinds of texts, and so the only question is : Are they more interested in sales or in quality journalism?

M. Hicks (Ryan) : The federal budget, what are your expectations for tomorrow?

M. Lisée : Well, first, we absolutely need to have clear commitments to have loan guaranties for the forestry industry in Québec because of the lumber dispute. Our industry must go through the year or the two years where they will face — comment on appelle ca, les droits compensatoires? — «droits compensatoires»…

Des voix : Ha, ha, ha!

M. Hicks (Ryan) : What was it that you said?

M. Lisée : «Droits compensatoires».

M. Hicks (Ryan) : Compensation rights, rights to…

M. Lisée : So, in any case, our industry has to pay a special tax to the U.S. during two years while the issue is being debated in court. At the end, they will win. We know that. We won seven times before. So, they need long guaranties to be still in the game until the end of that, and we need federal loan guaranties in the budget tomorrow.

We need also a reassessment of the naval strategy that gives almost a $100 billion to Nova Scotia and British Columbia and almost nothing to Québec. We are going to pay $20 billion of that money. Clearly it has to be reassessed because it's one of the greatest economic injustices in the history of Canada.

We'd like to see some of the money spent for innovation in automobile to be brought to Québec because we have a number of firms in trucks, in busses and what not, and clearly we're not getting our fair share. So, we're waiting for that among others in the budget tomorrow.

M. Hicks (Ryan) : On the provincial side of things, you have targeted, you have laid out some specific measures and you talk about spending all the surplus on these services. But, in here, it doesn't' say anything about lowering taxes. Why does the PQ want to go in the route that you've laid out versus lowering taxes, versus paying down the debt?

M. Lisée : Well, when you lower taxes as a whole, you lower taxes for everyone, and we believe that the 1% or the millionaires in Québec do not need lower taxes. People need more services and need some more oxygen in their pockets. So, we're proposing $600 million more in the pockets of families, in families that would not have to pay for school — comment tu dis ca? — material… school supplies. So, we're saying : Here's $150 per student for school supplies. We're saying : Here's $100 for almost 3 million households in Québec that will be hit by a grocery ticket rise this year. We're saying : We are going to go down to $7.30 per day for child care.

So, this is money in the pockets of families that need it, and we're not giving any gifts to high income earners in Québec.

Le Modérateur : Raquel Fletcher.

Mme Fletcher (Raquel) : There have been some suggestions already about what might be in the federal budget tomorrow. Any concerns with some of those rumors that have been floating around that might affect Quebeckers?

M. Marceau : Well, the rumor is that there will not be.… I mean, the game plan with health transfer will go on, that's the rumor. And I'm very worried about that because that means quite a lot of problems for Québec in the future. For the next two years, it won't be so bad, but in five, 10 years, it's going to hurt Québec very much. And, as time goes by, the population of Québec is aging. So, I hope that there will be reconsideration, but, of course, my expectations are low.

Mme Fletcher (Raquel) : You also mentioned exports and a new sort of global economy under Trump in presenting your provincial budget, but in terms of the federal budget, is there anything that you would like to see the federal Liberals do, in terms of U.S.-Canada relations that might impact Québec?

M. Lisée : Well, the most they can do is help businesses in Québec to have more tools to export. Now, whoever is President of the United States, there are hundred of millions of consumers, there are thousands of different niches and they're still going to be buying. We have a dollar at $0.75. We should be increasing our exports to the U.S. as we speak. So, anything that helps businesses in Québec to find their consumers in the United States, whether or not we renegotiate NAFTA, whether or not they modify the regulations, I mean, there are opportunities there for us to get to, and if there's help in that way, that will be positive. Merci.

Le Modérateur : Merci beaucoup.

(Fin à 13 h 57)