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Point de presse de M. Jean-François Lisée, chef de l’opposition officielle, Mme Carole Poirier, porte-parole de l’opposition officielle pour la Métropole et M. Nicolas Marceau, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances

Version finale

Le jeudi 23 mars 2017, 8 h

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures quatre minutes)

M. Lisée : Alors, on voudrait féliciter l'Ontario ce matin, qui a eu un excellent budget hier : 100 millions de dollars pour l'industrie automobile qui avait déjà eu 8 milliards de dollars dans la crise, et, franchement, les députés fédéraux libéraux ontariens font bien leur travail. Le gouvernement libéral ontarien fait bien son travail, et il y a deux budgets par année pour l'Ontario : le budget du gouvernement ontarien et le budget du gouvernement fédéral. Alors, hier, le grand bénéficiaire, c'est l'Ontario.

Maintenant, ce qui est bizarre, c'est qu'au Québec il y a un gouvernement libéral et il y a 40 députés libéraux fédéraux. Où sont-ils? Que font-ils? Pourquoi n'ont-ils aucun impact sur les décisions que le gouvernement fédéral prend avec 60 milliards d'argent envoyé cette année par les Québécois à Ottawa? Pourquoi n'ont-ils aucun poids politique? Pourquoi n'arrivent-ils pas à faire le moindre gain sur les transferts en santé, sur l'investissement dans l'aérospatiale et Bombradier, sur des engagements dans les transports en commun? Pourquoi est-ce qu'hier c'était important de mettre 100 millions pour une industrie automobile qui va assez bien en ce moment en Ontario, mais zéro dollar pour l'industrie forestière au Québec qui va traverser une crise très grave? Et la dernière fois qu'on l'a traversée, on a perdu 20 000 emplois qu'on n'a jamais retrouvés. Ça, c'est le principal risque économique en ce moment au Québec, c'est ça, zéro dollar du fédéral.

Le gouvernement fédéral aussi a pris une décision, dans sa négociation avec l'Europe, d'affaiblir l'agriculture québécoise en matière laitière et fromagère à la hauteur de 1,5 milliard de pertes sur cinq ans. Hier, il n'y avait rien pour dire comment cette compensation allait être faite, c'est-à-dire qu'en Ontario on est devant une industrie qui est en croissance et qui reçoit 100 millions de plus; au Québec, on est devant deux industries à risque, l'industrie forestière et l'industrie agricole qui reçoivent zéro.

Alors, écoutez, c'est comme si le Québec était déjà indépendant, mais ne contrôlait pas la moitié de son budget. On a les désavantages de l'indépendance sans avoir aucun avantage. Alors, nous, on dit : Écoutez, on pourrait s'éviter ce traumatisme actuel d'être déçu et extrêmement déçu, si on avait un seul budget, le budget du Québec indépendant, parce que là l'énergie gaspillée autour de l'incapacité du Québec d'avoir sa juste part, le respect et la décence, bien, on pourrait le transformer en énergie positive.

On a bien entendu hier le ministre des Finances et le président du Conseil du trésor dire qu'ils sont extrêmement déçus. Bien, nous, on est extrêmement déçus qu'ils soient extrêmement déçus parce qu'ils sont censés livrer la marchandise, et là, dans le rapport avec le fédéral, ces grands fédéralistes vont d'échec, en échec, en échec. Alors, il y a un moment où ils doivent expliquer pourquoi le Canada ne fonctionne pas pour le Québec, pourquoi le Québec n'est pas écouté à Ottawa. Il y a un moment, là, où ça devient, pour utiliser un mot à la mode, systémique. Ça devient systémique, l'injustice systémique fédérale envers le Québec. Et le fardeau de l'explication est sur les épaules des fédéralistes québécois, et, au premier chef, le plus fédéraliste des fédéralistes québécois qui est Philippe Couillard. Carole.

Mme Poirier : Alors, on a vu hier, dans l'annonce du budget. que le REM et la ligne bleue, qui sont deux projets importants et nécessaires, être nommés, mais sans être chiffrés. Alors, la question qu'il faut se poser ce matin : Est-ce que Québec a chiffré et fait des demandes précises à Ottawa? À la lumière, on voit bien que le Québec n'a pas transmis la facture ni du REM ni de la ligne bleue, donc on en conclut : aucune demande du Québec.

Alors, ce matin, la question à se poser : Est-ce que Québec va déposer, à Ottawa, dans les plus brefs délais, cette facture afin d'assurer ces deux importants projets de transport collectif pour la grande région de Montréal?

M. Marceau : Et le SRB.

Mme Poirier : Et le SRB de Québec, bien sûr.

Le Modérateur : M. Marceau.

M. Marceau : Oui, je voulais simplement rappeler de mon côté que le budget d'hier confirme des reculs significatifs par le Québec, en matière de finances publiques en particulier. La confirmation, donc, du recul quant aux transferts en santé, qui étaient inscrits, là, désormais en toutes lettres dans le budget, ça va avoir des impacts sur les finances publiques du Québec à long terme. On n'a pas fini d'en parler, malheureusement.

Par ailleurs, en matière d'évasion fiscale, Ottawa est dans le «business as usual». Il y a, bien sûr, des montants de plus qui sont consacrés à l'Agence du revenu du Canada, mais la volonté ferme de combattre les paradis fiscaux ne se trouve pas présentement à Ottawa. M. Trudeau se fait complice, essentiellement, des gens qui font de l'évasion fiscale en ne modifiant pas en particulier le règlement de l'impôt et les conventions fiscales qui permettent cette évasion fiscale, cet évitement fiscal abusif. Donc, «business as usual» à Ottawa et très grande déception, de notre côté, quant à cet enjeu.

Finalement, pas un mot non plus sur la Banque d'infrastructure du Canada, dont on souhaite, évidemment, qu'elle soit établie à Montréal, qui a une expertise... dans laquelle on trouve une expertise, les grands joueurs. C'est extrêmement décevant sur... en tout cas, en matières financières, là, c'est très décevant. Merci.

Le Modérateur : Merci beaucoup. On va y aller avec des questions. Merci d'avoir une question, une sous-question. On débute par le micro de gauche, M. Boivin, Cogeco Nouvelles.

M. Boivin (Mathieu) : Quand M. Barrette s'est ému de ne pas avoir eu ce qu'il voulait dans les transferts en santé, il a dit : Bien, j'ai fait ce que j'ai pu, j'ai essayé de mobiliser la population. Malheureusement, ça n'a pas fonctionné, je n'ai pas réussi à aller chercher un rapport de force. On peut penser ce qu'on veut de M. Barrette, mais si lui a échoué, on se demande qui pourrait réussir à sa place.

La question que ça soulève, que ce soit dans le budget ou sur l'enjeu des transferts en santé, c'est : est-ce qu'il reste l'ombre du début d'un rapport de force au Québec?

M. Lisée : Bien, écoutez, je pense que la réponse est dans votre question. Ce gouvernement ne montre pas l'ombre du début d'un rapport de force pour le Québec. Des gouvernements du Parti québécois ont réussi à obtenir des pouvoirs en immigration, ont réussi à obtenir des pouvoirs en main-d'oeuvre, ont réussi à se faire rembourser des factures, et c'est clair que lorsque le Parti québécois est au pouvoir, le rapport de force est plus grand. Nous sommes craints à Ottawa. On n'est peut-être pas respectés, mais on est craints. Ça donne des résultats.

Maintenant, c'est clair que Philippe Couillard n'est pas craint à Ottawa, et là on voit qu'il n'est même pas respecté. Alors, on a hâte que ça finisse.

M. Boivin (Mathieu) : Qu'est-ce qu'il aurait pu, qu'est-ce qu'il aurait dû faire de plus?

M. Lisée : Bien, d'abord, sur les transferts en santé, le premier ministre n'aurait pas dû écrire un article qui disait que, selon lui, lorsqu'il n'était pas premier ministre, selon lui, il ne fallait pas donner 6 % d'augmentation en santé puis il fallait que le gouvernement fédéral pose des conditions. Alors là, évidemment, la crédibilité de M. Couillard dans ce dossier-là était nulle.

Deuxièmement, comme Carole l'a dit, nous, les échos qu'on a de nos partenaires fédéraux à Montréal, c'est que le montage financier n'est pas envoyé à Ottawa sur le REM, sur la ligne bleue, puis on sait que le montage financier du SRB n'existe pas. D'ailleurs, aucun d'entre vous ne peut nous dire quelle est la facture du REM, quelle est la facture de la ligne bleue, quelle est la facture de SRB.

Alors, imaginez, à Ottawa, ce qu'ils disent. Ils disent : Écoutez, on ne va pas vous donner de chiffre, vous ne nous en demandez pas. Je ne dis pas qu'ils en donneraient si on en demandait, mais au moins... le gouvernement libéral est incompétent dans sa demande.

Le Modérateur : Merci. M. Bellerose.

M. Bellerose (Patrick) : Bonjour, M. Lisée. Vous avez affirmé que le Québec n'a plus de rapport de force envers Ottawa. Qu'est-ce qui explique cela? Qu'est-ce qui fait qu'on n'a pas de rapport de force envers Ottawa?

M. Lisée : Bien, encore une fois, c'est systémique. Je pense que le Québec... En ce moment, il existe une culture à Ottawa de refus de donner sa juste part au Québec. Et un politicien qui donne sa juste part au Québec perd des votes dans le reste du Canada. Ça, c'est le cercle vicieux anti-québécois qui a été créé. Et, même lorsque Justin Trudeau a donné 38 fois moins à Bombardier que ce qui avait été donné en Ontario, il a été vertement critiqué par Bay Street, par les journaux, par les conservateurs.

Alors, on est dans une situation toxique pour le Québec à l'intérieur du Canada. Alors, en plus, on a un gouvernement québécois qui est faible. À l'exception de Gaétan Barrette, qui a monté le ton sur la question de la santé, on ne les entend jamais monter le ton. Alors, c'est une situation dont la seule solution est l'indépendance du Québec. Mais entre-temps, c'est sûr que le gouvernement du Parti québécois aurait davantage de rapport de force parce qu'on serait craints. Et, en ce moment, personne ne craint Philippe Couillard à Ottawa.

M. Bellerose (Patrick) : D'ici 2018, que doit faire le gouvernement Couillard pour rétablir ce rapport de force avec Ottawa?

M. Lisée : Je n'ai aucun espoir de la capacité du gouvernement Couillard de rétablir son rapport de force. Aucun espoir. Ils sont mauvais, ils sont poches, ils ne sont pas craints, ils ne sont pas respectés. Je dis : Au moins, envoyez la facture. Au moins, enlevez aux fédéraux l'excuse de dire : On n'a même pas la facture.

Le Modérateur : Merci. M. Vigneault, Radio-Canada.

M. Vigneault (Nicolas) : Sur le bois d'oeuvre spécifiquement, il n'y a pas d'investissement et tout ça. Dans le contexte où il y a l'ALENA qui évidemment est en renégociation, on a nommé M. Chrétien comme étant un négociateur, est-ce que ça vous fait dire que le Québec ne sera nullement écouté dans ce débat-là? Qu'est-ce que ça vous fait dire?

M. Lisée : Bien, on a des craintes justifiées parce que, dans le passé, on n'a pas été écoutés. On a vu que le premier ministre Justin Trudeau, dans une déclaration extraordinairement malhabile, il y a maintenant plusieurs mois, ouvrait la porte à des quotas. Donc, ça, c'est la revendication de la Colombie-Britannique qui est contre l'intérêt du Québec. Ensuite, on a entendu M. Brian Mulroney, qui est le conseiller de M. Trudeau en affaires trumpiennes, dire que, bien, il fallait proposer une élimination graduelle de la gestion de l'offre qui est contre l'intérêt du Québec. On a entendu M. Trudeau dire qu'il voulait continuer à négocier l'entente transpacifique là où il veut donner encore 2 % de la gestion de l'offre sur le lait du Québec. Alors, tous les signaux nous disent que tant que le gouvernement Trudeau va négocier en notre nom, il va négocier contre nos intérêts.

M. Vigneault (Nicolas) : Sur le déficit, est-ce que ça vous inquiète de voir que les déficits vont se poursuivre comme ça au cours des prochaines années? Là, il y a beaucoup de réactions, notamment des marchés financiers, des entreprises, qui disent que, bon, ça peut être problématique à long terme.

M. Marceau : C'est sûr que le signal lancé par M. Morneau est surprenant, là, de la part d'un ancien de Bay Street. En même temps, moi, je ramène toujours les gens au directeur parlementaire du budget qui fait à chaque année, là, une étude de la santé des finances publiques à long terme, là, de leur… des perspectives, là. On parle de cinq ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans. Et, à chaque fois, il rappelle, et puis je pense qu'il a raison, que les facteurs fondamentaux sous-jacents aux finances publiques fédérales sont sains. Il n'y a pas de pression très, très fortes qui s'exerce sur les finances publiques fédérales, à l'opposé de ce que c'est pour le Québec qui livre des services à la population et qui fait face à des coûts croissants, particulièrement en santé. Il n'y a pas de facteur équivalent du côté du fédéral.

Alors, oui, pour des raisons conjoncturelles, il y a des difficultés à Ottawa. Je ne suis pas inquiet pour les finances publiques fédérales à long terme. Je suis inquiet pour celles du Québec, par contre.

Le Modérateur : Merci. On va avec M. Laforest, TVA.

M. Laforest (Alain) : Mme Poirier, M. Marceau, M. Lisée, est-ce que ça nécessite un référendum plus rapide?

M. Lisée : Non, parce que je pense qu'il y a une démonstration à faire. Nous, on respecte le rythme des Québécois. Nous, on est décidés, évidemment. On serait prêts cette semaine, mais comme on est respectueux du rythme des Québécois... et on pense qu'à mesure que les années Trudeau vont avancer, la vraie nature de Justin Trudeau va s'imposer. Et la vraie nature de Justin Trudeau, hier, dans ce budget, c'est : pas d'intérêt pour les problèmes du Québec, tourner le dos au Québec, défendre les banques, défendre les paradis fiscaux, défendre le pétrole, défendre l'Ontario. Graduellement, les Québécois vont se rendre compte que le député de Papineau est, en fait, le représentant du pétrole, des banques, de Bay Street et vont finir par comprendre qu'on serait mieux à diriger notre propre pays.

M. Laforest (Alain) : Mais j'écoute vos propos ce matin, là, la seule solution est l'indépendance, situation toxique pour le Québec, injustice systémique. On a déjà l'indépendance avec le budget. Vous allez chialer encore pendant six ans?

M. Lisée : On attend. Quand une majorité des Québécois seront prêts à le faire, on le fera et on veut le faire dans un deuxième mandat. On va monter ces marches-là une par une, mais, pour monter ces marches-là une par une, donc, d'abord, se débarrasser des libéraux, retrouver un rapport de force, ensuite, en 2022, avoir une majorité parlementaire pour aller vers un référendum, bien, si on veut se rendre là, il faut exprimer ce qu'on exprime aujourd'hui et l'exprimer régulièrement, à chaque occasion.

M. Laforest (Alain) : Donc, les Québécois ne comprennent pas le message que vous passez parce que vous dites que c'est évident, là, le Québec devrait être indépendant. Donc, le Québec ne vous suit pas actuellement.

M. Lisée : Bien, parfois, même avec vous, qui êtes un des journalistes les plus futés, il m'arrive de devoir répéter mon message avant que vous le compreniez complètement, et je ne vous en veux pas.

M. Laforest (Alain) : Avez-vous l'impression de prêcher dans le désert?

M. Lisée : Pas du tout.

Le Modérateur : On va y aller avec Marco Bélair-Cirino, Le Devoir.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Oui. Bonjour, M. Lisée. Bonjour, M. Marceau, Mme Poirier. En quoi votre rapport de force sera différent de celui de M. Couillard, si vous êtes élu à la prochaine élection générale, dans la mesure où vous avez promis, la main sur le coeur, de ne pas tenir de référendum sur l'indépendance du Québec avant un deuxième mandat? Ne craignez-vous pas d'être ni respecté ni craint par Ottawa?

M. Lisée : Bien, c'est l'histoire récente qui nous le montre, lorsque des gouvernements du Parti québécois sont au pouvoir, il y a des gains pour le Québec parce qu'un gouvernement du Parti québécois est craint.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Même s'ils n'ont pas la carte de l'indépendance dans leur manche?

M. Lisée : Même s'ils ne l'ont pas dans le premier mandat, mais de savoir qu'il y a la crainte de l'avoir dans un deuxième mandat, ça joue aussi. Et donc il y a une dynamique qui se crée, lorsqu'il y a un gouvernement du Parti québécois, où Ottawa est un peu sur les dents, à savoir comment ils vont gérer le problème qu'on leur pose. Ce n'est pas par amour pour le Québec, ce n'est pas par respect pour le Québec, c'est parce qu'on est craints.

Alors, maintenant, le Québec n'est plus ni aimé ni respecté dans le Canada. Il lui reste la possibilité d'être craint avant d'en sortir. Lorsque Lucien Bouchard a réussi sur à la fois la main-d'oeuvre, à la fois les fameuses bourses du millénaire de M. Chrétien, lorsqu'on a réussi à modifier la Constitution canadienne pour avoir nos commissions scolaires linguistiques, tout ça, c'est un gouvernement indépendantiste qui l'a fait parce qu'à Ottawa on craint un gouvernement du Parti québécois.

Le Modérateur : Dernière en français, s'il vous plaît.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Vous répétez que donner davantage au Québec est impopulaire dans le reste du Canada. Pourquoi?

M. Lisée : Donner sa juste part au Québec.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Oui, pourquoi?

M. Lisée : Écoutez, ça s'est développé, là, depuis une quarantaine d'années, ça vient du fait que le Québec est distinct, et cette distinction dérange. La distinction du Québec dérange. Les Canadiens aimeraient qu'on soit une province comme les autres, et, petit à petit, s'est développé le fait que nous sommes des enfants gâtés, alors que les chiffres montrent que, pour l'investissement productif au Québec, il nous manque 4 milliards par année qui créeraient 35 000 emplois. Les chiffres montrent qu'il y a eu des investissements massifs du fédéral pour les sables bitumineux, pour les chantiers navals sur les deux côtes, pour l'Ontario, pour Terre-Neuve, mais pas pour le Québec.

Ce message-là, il ne passe pas. On ne peut pas avoir notre juste part politiquement à Ottawa. C'est toxique d'avoir l'air de s'intéresser au Québec et c'est une situation qui s'aggrave à chaque article de Maclean's, à chaque «Québec bashing». C'est comme ça. C'est malheureux, mais c'est comme ça.

Le Modérateur : On va y aller en anglais, monsieur...

M. Bélair-Cirino (Marco) : Rapidement... Oui?

M. Marceau : Juste dire aussi que la situation, en tout cas, quant à moi, elle s'est exacerbée lorsque M. Harper a fait la démonstration qu'il était possible de former un gouvernement majoritaire avec un strict minimum de députés du Québec. Et ce qui a effectivement fait en sorte que le phénomène que Jean-François a dit s'est exacerbé, c'est que, désormais, il vaut mieux engranger des votes dans le reste du Canada qu'au Québec. M. Harper en a fait la démonstration. M. Trudeau a élu 40 députés au Québec, mais, de toute évidence, ils n'ont aucun poids, là, aucun poids.

M. Bélair-Cirino (Marco) : M. Lisée, rapidement, cette semaine, la Cour supérieure du Québec étudie, peut-être que ça va se poursuivre la semaine prochaine, la demande de contestation de la loi n° 99. Est-ce que c'est important? Est-ce que la décision de la cour est importante dans ce dossier-là ou, au final, l'avenir constitutionnel du Québec est une décision essentiellement politique, là, plutôt que juridique?

M. Lisée : Bien, écoutez, chaque étape est importante. À la base, comme l'a affirmé plusieurs fois unanimement l'Assemblée nationale et tous les partis confondus, la décision sur l'avenir du Québec, elle revient aux Québécois. Cependant, il y a un contexte politique qui peut être plus favorable ou moins favorable, plus compliqué ou moins compliqué. Évidemment, ce serait moins compliqué si le gouvernement canadien acceptait, par exemple, la doctrine internationale récente et l'exemple de l'Écosse et de Londres, où les deux parties en instance de divorce s'entendent sur des procédures de divorce, mais ce n'est pas le cas. Le gouvernement canadien considère qu'il a droit de veto dans cette procédure et plaide en cour qu'il a ce droit de veto. Alors, nous, on pense que le gouvernement québécois doit défendre clairement sa capacité et la capacité de l'Assemblée nationale, et c'est ce à quoi on s'attend du gouvernement québécois.

Ensuite, comment est-ce que les juges fédéraux nommés par le gouvernement fédéral vont interpréter ça? Ça crée une zone d'incertitude. Parfois, on a des surprises. Lors du renvoi à la Cour suprême, la Cour suprême avait giflé le gouvernement Chrétien et M. Stéphane Dion en disant que le Québec avait le droit à l'indépendance, et ça créait une obligation de négociation de bonne foi, et, s'il n'y avait pas de négociation de bonne foi de la part du Canada, le Québec pouvait se tourner vers la reconnaissance internationale, ce qui n'était absolument pas la réponse que voulait le gouvernement fédéral, qui était plus proche de la pratique internationale qui s'est même solidifiée depuis ce renvoi. Et maintenant, il y a une doctrine internationale qui est en contradiction absolue avec la loi C-20, la loi mal nommée de la clarté, qui est, en ce moment, la loi du pays.

Le Modérateur : Merci. On va en anglais. M. Marco Bélair, s'il vous plaît.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Avez-vous l'impression aujourd'hui que le Procureur général du Québec défend avec toute la vigueur nécessaire la loi n° 99?

M. Lisée : On l'appelle à le défendre avec toute la vigueur nécessaire.

Le Modérateur : Merci. En anglais, Mme Johnson.

Mme Johnson (Maya) : Good morning, Mr. Lisée. How is the federal budget a reflection of Premier Philippe Couillard's credibility?

M. Lisée : Well, he certainly cannot deliver anything. We have an automotive industry in Ontario that goes rather well and has $100 million in that budget. In Québec, we have a forestry industry that is on the cusp of a crisis that could cost 10,000 jobs or more, they have nothing in the budget. In Québec, we have an agricultural industry that's been hit by Ottawa's decision to open the gates to imports from Europe, there is nothing in the budget to help them shoulder this cost.

The Québec Government has been asking for more funds for health, it's not there. It's been asking before for more funds for aerospace, it's not there. It's been asking for clear commitments for transport in Montréal and Québec City, it's not there. So, even… you know, Mr. Leitão and Mr. Morneau yesterday said that they were very disappointed, well, we're very disappointed that they're very disappointed because it's their task to get our fair share and they failed.

Mme Johnson (Maya) : So you've used very strong words this morning. You've described this as a toxic situation, Québec within Canada. You've said Québec is not getting its fair share, the rest of Canada treats Québec like a spoiled child.

What does this say about the political weight that Québec carries in Ottawa, not just in terms of the pressure that our provincial government is able to put on Ottawa but also in terms of the representation of the Québec MPs who are actually in Ottawa?

M. Lisée : Well, Québec MPs in Ottawa, the Liberal MPs are missing in action. They are clearly missing in action. In Ontario, Liberal MPs are doing fine. They're doing a good job, and so we have… and the product is that it's a Québec MP, Justin Trudeau, who's heading the government and he doesn't seem to think that he should give Québec clear signs that he's part of the solution for Québec.

So I think he's been completely engulfed in this Canadian culture that says that Québec has enough, you shouldn't give anything to Québec, and if you even just give its fair share to Québec, you're going to lose votes in the rest of Canada. I think that's where we are. Now, at least when the Parti québécois is in power, we're not loved, but we are…

M. Marceau : Feared.

M. Lisée : We are feared. And because we are feared in Ottawa when we are in power, we're getting deals, as we did in manpower, as we did in immigration, as we did with the schools boards, you know. We're getting deals because they say : Well, you know, these are tough guys for Québec, and we should listen to what they say. They don't like us, but they fear us.

Now, clearly, they don't fear Philippe Couillard at all. They don't listen to the 40 Liberal MPs at all and they're not paying any political price in Québec for that.

Le Modérateur : Merci. Dernière, s'il vous plaît.

Mme Johnson (Maya) : So you're saying there's a sense of complacency in Ottawa when the PQ isn't in power.

M. Lisée : That's correct.

Le Modérateur : Merci. Mme Fletcher.

Mme Fletcher (Raquel) : Good morning, everyone. Were you concerned at all coming to work this morning, given the terrorist attack in London yesterday? Are you concerned that a similar event could take place here, at the National Assembly?

M. Lisée : We're always concerned. When it happened in Ottawa, just a year and a half ago, we know that the RCMP and the Québec police are tracking people here that have malevolent will, and some arrests have been made. So, any morning, we can wake up and see something like that happening.

Fortunately for us, I mean the network of would-be terrorists is much less important here than in some cities in Europe. But, you know, we should expect that these events can happen here and we have to be vigilant.

Mme Fletcher (Raquel) : I know there are a few things... I wasn't able to screen the federal budget yesterday too closely but I know there were a few initiatives to deal with terrorism in that budget particularly and there is some money given for security screening at airports. Do you think that that was enough?

M. Lisée : I'll reserve my judgment on that until better informed.

La Modératrice : Merci. Dernière, s'il vous plaît.

Mme Fletcher (Raquel) : OK. Mme Poirier, j'ai une question pour vous aussi. Est-ce que vous êtes capable de répondre en anglais?

Mme Poirier : On va essayer de vous faire ça.

Mme Fletcher (Raquel) : En français? O.K. Je ne sais pas le mot en français, en fait, mais le «gender equality analysis of the federal budget», c'est quoi, en français?

M. Marceau : L'analyse en fonction des sexes, là. Il y a un chapitre là-dessus dans le budget.

Mme Poirier : L'analyse différenciée selon les sexes.

Mme Fletcher (Raquel) : O.K. Est-ce que c'était une bonne chose pour le budget fédéral et est-ce que ça va avoir une conséquence au Québec?

Mme Poirier : C'est Nicolas qui va répondre, parce que...

M. Marceau : Nécessairement, moi, je trouve que c'est une bonne chose.

Mme Fletcher (Raquel) : Est-ce que vous êtes capable...

M. Marceau : OK, I can do it. Yes, well, I think that's one of the very, very small amount or few amount of things that are good in this budget. I think it's a good idea to examine the impact of the budget on women in particular. This has started in the U.S. under Mr. Obama and I think it's the way to go and I look forward to see that in Québec budgets.

Mme Fletcher (Raquel) : What might the impact be for Québec women?

M. Marceau : Well, we'll see that. I mean, at this stage, all we know is that they have measured the impact. Whether that would translate into gains for women is to be seen.

Le Modérateur : Merci. Dernière question en anglais, M. Hicks.

M. Hicks (Ryan) : Good morning. On the budget, the provincial budget coming up on Tuesday, when it comes to the debt-to-GDP ratio, what are you looking for? What is the PQ looking for?

M. Lisée : Well, we are looking for the trend to hold. I mean, we have a good trend that we set before and that needs to be simply sustained. I think the Québec debt is managed. We need to be vigilant and continue to be managed. But we think that the $2.5 billion that we will put in the Fonds des générations, who is countervailing the debt, can be used at creating more wealth, so that the ratio is even better.

M. Hicks (Ryan) : On the federal budget, looking at it from a different point of view or a different prospective, there is a lot a criticism about a lack of specific commitments to Québec priorities like the light-rail transit, like Québec City SRB, like Montréal blue line, but is it also possible to say that maybe the federal budget… the federal Government is just waiting to announce those individually rather than get lost in all of the announcements surrounding the budget?

M. Lisée : Well, that's not what M. Couillard was expecting. I mean, clearly, he was expecting clearer announcements. And even when you look at the fine print in the previous budget, they said that the federal Government could shoulder as much as 50% of these initiatives, and now he says 40%. And there seems to be some slippage on the calendar of funding. So all the signals we had yesterday were bad signals. Merci beaucoup.

(Fin à 8 h 32)