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Point de presse de M. Jean-François Lisée, chef de l’opposition officielle

Version finale

Le mercredi 5 avril 2017, 7 h 55

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Sept heures cinquante-huit minutes)

M. Lisée : Trois choses sur Bombardier ce matin. D'abord, hier, le premier ministre a réitéré qu'il était satisfait du report d'une partie de la rémunération, mais ça veut dire qu'il est satisfait du non-report d'une autre partie de la rémunération. Je vous fais voir simplement que, pour M. Bellemare, il y a 4 millions de dollars supplémentaires avant le report. Donc, M. Couillard est satisfait qu'en ce moment, sans même attendre 2020, il y a 4 millions de plus qui est donné à M. Bellemare, alors que les résultats ne seront pas encore au rendez-vous. Ça, c'est la première chose.

La deuxième chose, c'est que M. Couillard nous a dit : On ne peut pas s'ingérer dans les affaires internes d'une entreprise. Alors, pourquoi a-t-il appelé, dimanche, pour se plaindre? Il s'est ingéré, il devait s'ingérer parce qu'il a mis 1,3 milliard de notre argent et il devait dire à Bombardier : Écoutez, notre investissement est fragilisé par votre mauvaise décision. Mais pourquoi n'est-il pas allé au bout de son intervention en disant : Bien, il faut que vous annuliez complètement? Donc, cet argument de M. Couillard qu'on ne devrait pas parler à Bombardier pour dicter sa politique de rémunération, bien, lui-même a enfreint sa propre règle, c'est juste que son intervention était mauvaise.

Troisièmement, bien, le gouvernement québécois, lorsqu'il aide une entreprise, a très régulièrement des conditions sur la rémunération. Lorsqu'Investissement Québec prête de l'argent à une entreprise québécoise, il fait signer un contrat qui dit que, tant que le prêt n'est pas remboursé, la direction ne peut pas se donner des dividendes sur le profit. La direction est contrainte, dans certaines conditions, à réinvestir le profit dans l'entreprise, et cette disposition, elle est faite spécifiquement pour empêcher l'actionnaire principal, les dirigeants de l'entreprise et les privés, de siphonner une partie de l'argent en rémunération.

Donc, si Investissement Québec le fait de façon routinière pour les prêts, bien, raison de plus lorsqu'on fait un investissement majeur de 1,3 milliard. J'ajouterais que moi, j'appelle à ce qu'il y ait une réflexion, et, si le gouvernement du Parti québécois a l'appui des Québécois en octobre prochain, nous allons réfléchir sur la question de la rémunération des entreprises qui ont un soutien de l'État québécois. Tout n'est pas permis, tout n'est pas possible, mais certainement, nous devons nous poser la question, en 2017, 2018, 2019, d'une limitation raisonnable de l'augmentation de la rémunération des entreprises qui bénéficient du soutien de l'État. C'est une question qui doit être posée.

Finalement, bien, il y aura une assemblée des actionnaires de Bombardier et la Caisse de dépôt possède entre 2 % et 3 % des actions. Donc, la Caisse de dépôt aura à se prononcer sur la proposition d'augmentation de la rémunération. La caisse est autonome et doit l'être, mais elle fait partie d'un environnement international où les investisseurs institutionnels sont de plus en plus critiques des augmentations de rémunération. Par exemple, le plus gros investisseur au monde, BlackRock, qui a pour 6 000 milliards d'investissements au monde, a décidé qu'à partir de maintenant ils ne permettront une augmentation de la rémunération des dirigeants d'entreprises que si c'est en lien avec une augmentation de la rémunération des salariés. Alors, vous comprenez que comme ça n'existe pas, une entreprise qui augmente de 48 % la rémunération des salariés, ça donne une indication assez nette de la limitation de l'augmentation.

Alors, comme citoyen et comme déposant à la caisse, j'exprime le vœu que la Caisse de dépôt s'engage dans ce mouvement international des investisseurs institutionnels pour la limitation de l'augmentation des rémunérations et qu'elle agisse ainsi lors de l'assemblée des actionnaires de Bombardier.

Le Modérateur : Merci beaucoup, M. Lisée. On va y aller avec le micro de droite, M. Laforest.

M. Laforest (Alain) : Songer, réfléchir, pas plus que ça?

M. Lisée : Bien, c'est-à-dire qu'aujourd'hui je ne suis pas en mesure de vous dire quelles devraient être les règles, mais c'est clair que l'absence de règles est insoutenable. Il existe des règles pour Investissement Québec lorsqu'il y a des prêts qui sont faits. On voit bien que le gouvernement a mal agi en n'insérant pas, dans son investissement initial de 1,3 milliard, des dispositions. On a l'exemple américain que j'ai cité hier, de Barack Obama qui, lorsqu'il a sauvé les géants de l'automobile, a limité à 500 000 $ par année la rémunération totale.

Donc, ce sont des indications qui nous donnent des balises, et je pense qu'il faut avoir une conversation sur une politique globale de la rémunération lorsque l'État québécois intervient.

M. Laforest (Alain) : Mais vous appelez le gouvernement à demander à Bombardier de reculer sur cette hausse, mais vous dites qu'il n'y a pas de règle stricte puis vous voulez réfléchir.

M. Lisée : Oui.

M. Laforest (Alain) : Il y a une contradiction, là.

M. Lisée : Non, parce qu'on est devant une situation qui est au paroxysme, parce que Bombardier... si Bombardier s'était donné une rémunération raisonnable, nous ne serions pas ici, une semaine après le fait, à continuer à dire que ça n'a pas de sens. Pourquoi ça n'a pas de sens? Parce qu'il n'y a pas de règle. Pourquoi est-ce que le premier ministre a mal agi? Bien, c'est parce que, dans sa tête, ce n'était pas important d'agir, mais, s'il y avait des balises, au moins, il pourrait être tenu à certaines balises.

Alors, ce n'est pas ce matin, à 7 h 55, que je vais vous dire : Voici, en 12 points, quelle devrait être la politique générale de limitation de la rémunération, mais certainement, il en faut une.

M. Laforest (Alain) : Sur Martin Prud'homme, qu'est-ce que ça vous dit de savoir qu'il a ouvert une entreprise pour son père, qu'on laisse entendre que certaines personnes... Il n'était pas là la journée du blocage de l'autoroute 13 et lui dit qu'il était à son bureau. Demandez-vous des explications?

M. Lisée : Bien, écoutez, j'ai entendu son entrevue ce matin. Moi, je préfère attendre l'enquête. Il semble avoir une version des faits qui est assez étayée. Attendons l'enquête avant de poser un jugement final.

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche, M. Dion.

M. Dion (Mathieu) : Vous avez pensé quoi des propos de Lino Zambito au sujet de ces 600 000 $ qui ont été recueillis en argent comptant?

M. Lisée : Bien, c'est d'autant plus troublant que M. Coretti affirme ce matin qu'il peut corroborer les propos de M. Zambito. Ils semblent tous les deux être disposés à venir témoigner sous serment devant une commission parlementaire à l'Assemblée nationale et qu'ils auraient des preuves à déposer.   Bien, je pense qu'on devrait les entendre. On devrait avoir une commission parlementaire, les entendre, les mettre sous serment, voir leurs preuves et en avoir le coeur net.

M. Dion (Mathieu) : Pourquoi ils le font maintenant, aujourd'hui? Lino Zambito a même écrit un livre, il n'en était pas question. Pourquoi, selon vous, font-ils une déclaration comme celle-là aujourd'hui?

M. Lisée : C'est une question qu'on leur poserait avec plaisir à la commission parlementaire.

Le Modérateur : Merci. M. Boivin, micro de droite.

M. Boivin (Mathieu) : Aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est le chant du cygne ou, à tout le moins, le dernier baroud d'honneur de cette affaire Bombardier pour essayer d'infléchir le gouvernement. Tout à l'heure, il y a une motion qui va être déposée. À celle-là, on ne pourra pas se soustraire au vote. Par contre, j'ai bien l'impression que les libéraux auront consigne de voter en bloc. Qu'est-ce que ça nous dira exactement? Parce qu'on sait qu'il y a des députés libéraux dans le privé, puis un peu moins dans le privé, qui manifestent leur irritation. Mais qu'est-ce que ça nous dira, au net, sur l'état de la situation?

M. Lisée : Il y en a même un qui s'est présenté à une manifestation contre la hausse des rémunérations dimanche dernier.

Bien, d'abord, il faut qu'on soit comptés. Aujourd'hui, les députés de l'Assemblée nationale vont se lever pour dire s'ils approuvent ou s'ils désapprouvent une hausse de rémunération de 48 %, qui est scandaleuse. Alors, chacun, en son âme et conscience, va se lever pour dire : D'après nous, c'est une bonne chose ou une mauvaise chose. On verra. Si les libéraux sont tous debout, s'il y a des absents, s'il y a des abstentionnistes, on le verra.

Ensuite, bien, ça va faire partie de leur bilan. Dans 17 mois, il y aura une élection où les citoyens devront poser un jugement sur la qualité du jugement des libéraux, et ça fera partie de leur bilan. Maintenant, comme je disais tout à l'heure, ce n'est pas la dernière étape. Il y en a une autre, c'est l'assemblée des actionnaires. Alors, voyons si, à l'assemblée des actionnaires, il y a suffisamment d'actionnaires, comme ça se fait en ce moment dans les assemblées de grandes entreprises dans le monde entier, qui disent : Ça suffit.

M. Boivin (Mathieu) : Il arrive que la Caisse de dépôt, c'est rare mais ça arrive, que la Caisse de dépôt fasse connaître son opinion, son vote sur une «proxy» avant l'assemblée des actionnaires. Souhaiteriez-vous, toujours dans le but de mettre de la pression, que la Caisse de dépôt fasse connaître, avant l'assemblée du mois de mai, ce qu'elle pense du package de rémunération?

M. Lisée : Oui, absolument, parce que la Caisse de dépôt envoie un signal aux autres actionnaires, et, encore une fois, ce n'est pas... Si la Caisse de dépôt faisait ça maintenant — et elle est libre de le faire, hein, moi, j'exprime un souhait — elle ne serait pas délinquante par rapport à ce que plein d'investisseurs institutionnels font en ce moment. Donc, ça serait vu par le marché international comme : Bien, la caisse fait comme d'autres investisseurs et pense qu'il y a des dérives dans la rémunération. Et donc ça aurait un effet d'entraînement sur d'autres actionnaires. Ce serait une bonne chose.

Ce que la caisse pourrait faire aussi, bien, c'est de dire d'abord à Bombardier : Vous savez, nous, on va le dire, alors, comme on a à coeur la réputation de Bombardier, la meilleure solution, ce serait que le C.A. de Bombardier revienne lui-même sur les hausses de rémunération pour ne pas avoir ce débat à l'assemblée des actionnaires et clore ce chapitre qui fragilise la réputation de Bombardier.

Le Modérateur : Merci. Mme Sioui, micro de gauche.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Oui. M. Prud'homme, en s'expliquant hier, a dit que la SQ réfléchissait depuis plusieurs mois à la question du double emploi pour les policiers. Votre position à vous, c'est quoi, sur le double emploi?

M. Lisée : Bien, moi, je pense qu'on devrait éteindre la possibilité d'avoir un double emploi réel. Tu sais, dans le cas de M. Prud'homme, si sa version tient, bien, écoutez, c'est un numéro de compagnie pour aider son père à avoir du déneigement. Alors, est-ce que c'est un double emploi ou ce n'est pas un double emploi? Alors, en même temps, il ne faut pas virer fou. Il faut faire en sorte que quelqu'un qui travaille pour la SQ travaille 100 % du temps pour la SQ.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Il a été sous-ministre sous un gouvernement péquiste aussi. Étiez-vous au courant qu'il avait une entreprise?

M. Lisée : Non.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Vous ne saviez pas. Donc, il n'y a pas de système de divulgation, par exemple, pour les sous-ministres?

M. Lisée : Il devrait y en avoir une. Peut-être qu'il y en a une, peut-être que ça a été divulgué. Ça, c'est un détail que je n'ai pas.

Le Modérateur : Merci. M. Lecavalier, micro de gauche.

M. Lecavalier (Charles) : Bonjour, M. Lisée. Il semble que, depuis au moins une dizaine d'années, lorsqu'on reçoit une facture d'Hydro-Québec, bon, il y a un montant qui est affiché avec une consommation, mais il semble que la consommation n'est pas juste, qu'Hydro-Québec vient se chercher un coussin additionnel. Est-ce que cette pratique-là, à votre avis, est correcte?

M. Lisée : Elle n'est pas correcte, si elle n'est pas corrigée. Je veux dire, Hydro a toutes sortes de raisons comptables, etc., de le faire, mais, à partir du moment où une entreprise a surfacturé au client, elle devrait rembourser au client. Et l'idée que, bien, vous savez, on donne ça au gouvernement et donc, d'une autre façon... Non. Le client a un contrat avec Hydro-Québec pour acheter de l'électricité, pas pour acheter des dividendes pour le gouvernement.

Alors, le juste coût devrait être chargé au client, et, s'il y a eu un surcoût qui a été chargé, le client devrait être remboursé.

M. Lecavalier (Charles) : C'est quand même étonnant. Je veux dire, c'est un peu comme si on va remplir le gaz dans l'auto, finalement, ce n'est pas 15 litres qu'on met, c'est 14 litres et demi, puis l'entreprise prend ça de plus. Il me semble que c'est étonnant comme pratique. Étiez-vous au courant?

M. Lisée : Non, c'est étonnant, mais ce n'est pas la première fois que la question est posée, ce n'est pas la première fois qu'on demande le remboursement. C'est une pratique qui ne devrait pas exister. Je veux dire, on achète de l'électricité, on en veut pour notre argent, ni plus, ni moins.

M. Lecavalier (Charles) : Sur Anticosti, je sais que votre position était justement de trouver une entente avec Pétrolia. Est-ce que vous êtes satisfait de qui semble... le gouvernement semble vouloir trouver une voie de sortie pour Anticosti.

M. Lisée : Ah! j'ai hâte de voir. Effectivement, tout ce qui pourrait permettre d'éviter la fracturation sur Anticosti serait une bonne nouvelle. Le gouvernement a extraordinairement mal géré ce dossier depuis qu'il est là, a donné des arguments supplémentaires à Pétrolia, mais, si on en arrivait à une entente raisonnable qui pourrait préserver Anticosti, ce serait une bonne chose.

Le Modérateur : Merci. Mme Plante.

Mme Plante (Caroline) : Bonjour, M. Lisée. Est-ce qu'il devrait y avoir des suites au rapport du comité sur les paradis fiscaux, et, si oui, lesquelles?

M. Lisée : Bien, le rapport va être déposé aujourd'hui. Il est robuste, d'après ce que j'en ai vu. Moi, j'étais sur la commission pendant un certain temps. Et évidemment, donc, vous verrez des recommandations qui demandent des suites assez proches, mais oui, ce rapport-là unanime de l'ensemble des députés de la commission est un rapport qui est robuste et sa validité va dans son application. Et donc la balle sera dans le camp du gouvernement pour voir s'il veut les appliquer. En tout cas, nous, en octobre 2018, quand on formera le gouvernement, on va les appliquer.

Mme Plante (Caroline) : Est-ce qu'il y a des choses que le Québec peut faire?

M. Lisée : Oui, plein, mais je vais laisser les auteurs vous les expliquer cet après-midi.

Mme Plante (Caroline) : Puis Martine Ouellet tantôt va venir nous faire une demande transparlementaire au sujet des salaires chez Bombardier. Hier, elle était au «hot room», elle s'exprimait au «hot room». Est-ce que vous encouragez ce transparlementarisme?

M. Lisée : J'encourage la liberté d'expression.

Le Modérateur : Merci. On va en anglais. Mme Fletcher.

Mme Fletcher (Raquel) : Hi. Good morning. I just didn't catch what you said on Hydro-Québec and reimbursing Quebeckers. Are you able to repeat that in English?

M. Lisée :Well, Hydro-Québec has overbilled Quebeckers at the level of $1.4 billion. When a provider overbills, it should reimburse. There's no other correct way to deal with the client that you overbilled than to reimburse the client.

Mme Fletcher (Raquel) : And this was justified, I guess, by the Liberal Government as saying that this is going to help balance the budget. Do you think that that's an appropriate justification?

M. Lisée : When I pay my Hydro bill, I'm not trying to balance the budget. I'm trying to balance my own family budget. So that's not the same thing. I'm buying electricity at a just price, period. I mean, balancing the budget is another item entirely, and you shouldn't enmesh both of them in the same bill.

Mme Fletcher (Raquel) : So what do you make of the Liberal's justification. Are there excuses for this?

M. Lisée : It's bonkers.

Le Modérateur : Merci. Une dernière, s'il vous plaît.

Mme Fletcher (Raquel) : One last question. This overbilling was in 2015, I think. Are you concerned about the timeline that this hasn't been resolved or dealt with in… We're now in 2017.

M. Lisée : Well, clearly, the Liberal Government is complicit. I mean, once they knew about it, their only correct response is to honor your client and reimburse. Well, clearly, they decided to keep the money for other purposes and that's doesn't… OK? Merci beaucoup.

(Fin à 8 h 14)

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