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Point de presse de M. Jean-François Roberge, porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière de jeunesse

Version finale

Le mardi 11 avril 2017, 13 h 32

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Treize heures trente-deux minutes)

M. Roberge : Alors, bonjour. Je vous remercie d'être là. Je vous remercie de nous écouter. Aujourd'hui, on vient porter le message de nombreux parents à l'Assemblée nationale. Vous le voyez, je suis entouré de parents qui viennent de différentes régions pour porter une demande très, très claire, très importante : il faut permettre aux parents d'inscrire leurs enfants dans l'école qui répond le mieux à leurs besoins, que ce soit pour une question de proximité, c'est l'école la plus proche, tout simplement; une question de fratrie, souvent, les gens veulent aller à la même école que leur frère, leur soeur; ou une question de motivation. Ça peut être une école qui présente un programme plus stimulant ou tout simplement qui répond mieux aux besoins des jeunes.

Pourquoi ça n'arrive pas en ce moment dans le réseau? Parce que la bureaucratie des commissions scolaires fait passer les formulaires, les règles ésotériques — on ne comprend pas trop pourquoi — les territoires de commissions scolaires avant l'intérêt des jeunes.

Vous allez entendre des témoignages très bientôt de parents à qui on a refusé l'inscription de leur enfant à une école pour une bête question de territoire de commission scolaire. On appelle ça des demandes extraterritoriales, et elles ont été refusées par les commissions scolaires. Pourquoi? Peut-être que les commissions scolaires considéraient les élèves comme une façon de se financer plutôt que la raison pour laquelle elles existent. Moi, je pense qu'il faut remettre le système au service des élèves, au service de la réussite des élèves, au service des parents et non le contraire. Donc, je vais laisser tout de suite la parole aux parents. Je vais d'abord laisser la parole à Mme Bianchi.

Mme Bianchi (Céline) : Bonjour. Nous venons de faire 250 kilomètres pour venir parler de proximité. Nous habitons à Pointe-Saint-Charles, petit quartier enclavé et traditionnellement très défavorisé de la métropole, qui a le malheur d'être situé sur la frontière séparant notre commission scolaire, la CSDM, et la commission scolaire voisine, Marguerite-Bourgeoys. À un jet de pierre de nos résidences se trouve l'école secondaire Monseigneur-Richard, située de l'autre côté de la frontière. Malgré son extrême proximité, il a toujours été compliqué d'envoyer nos enfants à Monseigneur-Richard. La proximité n'ayant jamais été considérée comme un motif valable pour justifier une dérogation, il fallait toujours trouver une entourloupette selon le règlement en vigueur afin de pouvoir envoyer nos enfants à l'école d'à côté.

Cette année, c'est la fratrie qui vient de disparaître soudainement comme motif justifiant une dérogation. Il y a quelques semaines, la CSDM a refusé en bloc toutes les demandes émanant de notre quartier, et nous entendons des histoires semblables venant d'autres zones frontalières. On ne sait pas pourquoi, mais la frontière semble être devenue infranchissable. Pour nous, c'est une décision qui fait clairement fi de nos besoins de cohésion familiaux et communautaires de base.

Depuis le mois de juin dernier, nous sommes allés à trois reprises au conseil des commissaires pour demander à ce que la proximité et la fratrie soient prises en compte lors de l'étude des demandes de dérogation, mais notre requête, pourtant simple et raisonnable, n'a pas rencontré la moindre ouverture.

Nous tenons à souligner que l'école Monseigneur-Richard est équivalente en tous points à l'école Saint-Henri où nous serions censés envoyer nos enfants et contre laquelle nous n'avons aucune doléance mis à part sa distance. Elle comporte le même nombre d'élèves, a essentiellement les mêmes installations et partage le même indice de défavorisation maximal. Mais alors que l'école Monseigneur-Richard se trouve à quelques minutes à pied de chez nous, se rendre à Saint-Henri implique de prendre l'autobus et le métro.

Nous n'apprenons rien à personne en vous disant qu'il y a toutes sortes de bonnes raisons d'envoyer un enfant à son école de proximité. L'invitation aux transports actifs en est une en cette période où le gouvernement souhaite justement faire bouger davantage les jeunes Québécois. Les autres raisons, dans le désordre, sont les préoccupations environnementales, l'apaisement de la circulation, l'épargne de 500 $ par année par enfant pour le transport en commun, l'augmentation du nombre d'heures de sommeil des ados, la favorisation de la participation parentale et des liens avec les ressources communautaires, sans oublier le sentiment d'appartenance, de sécurité et d'autonomie qui accompagnent généralement le fait d'être chez soi dans sa communauté. Nous affirmons aussi que la proximité facilite le passage au secondaire.

Comment est-ce possible que toutes ces simples et bonnes raisons ne soient pas entendues? Et alors nous nous retrouvons dans cette situation somme toute un peu absurde de devoir venir jusqu'à l'Assemblée nationale pour demander l'aide du ministre de l'Éducation, M. Sébastien Proulx, pour qu'il fasse ce qu'il peut pour amener un peu d'humanité et de sens commun dans une machine administrative qui a clairement oublié sa raison d'être : mettre en place des conditions favorables à la réussite des élèves qu'elle dessert. Merci.

M. Roberge : Merci beaucoup, Mme Bianchi. Je vais céder la parole à Mme Le Saux.

Mme Le Saux (Mylène) : Bonjour. Alors, je m'appelle... Je suis enseignante en première année, et mon conjoint est également enseignant au secondaire. Nous sommes parents de trois enfants.

Notre plus jeune est une élève qui fréquentera la cinquième année au primaire l'an prochain. Justine est une athlète de patinage artistique qui obtient déjà des médailles provinciales même en compétitionnant contre des filles plus âgées. Notre fille Justine a un grand besoin de concilier le sport qu'elle aime et son parcours scolaire. Elle aimerait développer son talent, son sport. Pour cela, elle désire fréquenter une école qui offre un programme de sport-études. Malheureusement, l'école qui offre ce programme n'est pas située sur le territoire de la commission scolaire où nous habitons. Seule l'école primaire Saint-Lucien à Saint-Jean-sur-Richelieu offre un programme de sport-études pour la cinquième et la sixième année. Cette école fait partie de la commission scolaire des Hautes-Rivières.

Présentement, ma fille fréquente l'école Jacques-Rocheleau à Saint-Basile-le-Grand. Cette école fait partie de la commission scolaire des Patriotes. Lorsque j'ai demandé à la commission scolaire des Patriotes une demande extraterritoriale, on m'a mentionné que la demande serait rejetée. La raison évoquée, c'est que l'école ne fait pas partie de la liste de sport-études approuvée par le ministère de l'Éducation. D'ailleurs, aucune école primaire ne fait partie de la liste. Pourtant, l'école Saint-Lucien est une école qui remplit le mandat académique du ministère de l'Éducation. L'école Saint-Lucien, selon moi, ajoute une plus-value à la formation académique. Il croit, eh oui, aux bienfaits d'un esprit sain dans un corps sain. Ainsi, ils se sont donné les mesures et les structures nécessaires afin de permettre à des jeunes athlètes de concilier le sport et les études. Donc, on refuse à ma fille une opportunité de vivre son rêve en évoquant des raisons purement bureaucratiques.

J'ai parlé aux dirigeants de la commission scolaire des Patriotes, notamment Mme Vaudry, responsable du service aux élèves et aux parents et du traitement des plaintes. J'ai expliqué ma situation en vain. Je n'ai pas reçu d'écho favorable, toujours la même réponse, cette école ne fait pas partie des sports-études approuvés qui sont sur la liste. J'ai aussi contacté Mme Brosseau, qui est protectrice de l'élève. Elle semblait touchée par ma demande. Elle m'a mentionné également qu'elle m'aiderait si le ministère de l'Éducation appuyait favorablement ma demande.

J'aimerais aussi en profiter pour exprimer toute ma gratitude à mon député, M. Jean-François Roberge, député de Chambly, ainsi que son attaché politique, qui n'est pas présent aujourd'hui, mais M. Francis Bouchard, de leur appui dans mes démarches. Je constate que le ministère de l'Éducation met beaucoup d'emphase sur la lutte au décrochage scolaire au secondaire, mais mon expérience d'enseignante me démontre clairement que le décrochage scolaire doit être pris en charge dès les débuts de l'aventure scolaire. Les manières d'apprendre sont multiples et passent par plusieurs chemins. La motivation scolaire est la clé du succès.

Pour certains élèves, l'activité physique leur permet de poursuivre leur cheminement scolaire. Certains enfants comme Justine doivent travailler très fort à l'école. Ainsi, leur sport les aide grandement à avoir une bonne estime et une bonne confiance en soi. De plus, je crois fermement que le sport-études permet aux jeunes de mieux performer à l'école. Les cours se déroulent dans l'avant-midi. Ce rythme permet aux jeunes de mieux s'organiser. Il y a moins de perte de temps. De plus, cet horaire permet de finir plus tôt la journée. Ainsi, ils peuvent faire des devoirs et des leçons en début de soirée. Les athlètes qui ne font pas partie d'un sport-études doivent faire leur entraînement après les heures de classe.

Ma fille rêve d'un sport-études. Via le patinage artistique, nous valorisons les apprentissages scolaires. Nous lui martelons, mais vraiment sans cesse, que les études sont importantes. Pauvre elle, elle a deux parents comme enseignants. Pour Justine et tous les enfants à qui cela serait profitable, j'ose espérer que le ministre aura une écoute attentive à nos demandes aujourd'hui.

L'éducation est un choix de société. Nous avons tous intérêt à ce que nos jeunes aiment et s'investissent à l'école. Nous aurons par le fait même une société plus humaine, ouverte et égalitaire. Merci.

M. Roberge : Merci, Mme Le Saux. Donc, on le voit en ce moment, la bureaucratie des commissions scolaires et du ministère prend le dessus sur l'intérêt des élèves, prend le dessus sur la motivation des élèves et passe au-delà des critères évidents comme la proximité, la fratrie, évidemment, la motivation scolaire. Dans les cas qu'on a vus, on parle de la CSDM qui semble vouloir fermer ses frontières, même chose pour la commission scolaire des Patriotes.

Et je parlais ce matin aux gens de la Fédération des comités de parents du Québec qui nous disaient que les ententes extraterritoriales sont très difficiles à obtenir partout sur le territoire. Pourquoi? Pourquoi faire passer la bureaucratie avant les élèves? Pourquoi vouloir garder les élèves prisonniers d'une commission scolaire quand l'école qui les motiverait, l'école la plus proche de chez eux est juste de l'autre côté d'une frontière imaginaire?

Donc, j'en appelle aujourd'hui au ministre de l'Éducation, il faut que les choses changent.

M. Vigneault (Nicolas) : J'aimerais peut-être réentendre les parents. Qu'est-ce que ça vous fait de vivre ce que vous vivez comme parents, tout ça? Sentez-vous que vos enfants... Bon, dans le cas du patinage, de toute évidence, ça a un impact sur la motivation, j'imagine. Et, de votre côté, le fait de ne pas pouvoir aller à l'école à proximité, qu'est-ce que ça fait pour vos deux enfants?

M. Roberge : Je vais vous laisser la parole. Qui veut y aller? Pas de problème.

Mme Bianchi (Céline) : Bien, ce que ça fait pour nos deux enfants... bien, en fait, j'en ai trois. Donc, bien, ce que ça fait, c'est que c'est un... ça fait un, comment on dit... j'ai une coupure communautaire, je veux dire, une coupure familiale et une coupure entre l'enfant et sa communauté. On doit absolument le sortir de sa communauté pour le scolariser. Si notre choix... et on vit une vie communautaire très intense à Pointe-Saint-Charles. Je dois vous dire, c'est un endroit très particulier. Si on coupe ça, eh bien, on est en train d'enlever un élément de réussite. On est complètement convaincus de ça. Donc, avez-vous quelque chose de plus intelligent à dire?

M. Vigneault (Nicolas) : Non, c'est très intelligent. C'est pertinent. De votre côté, c'est ça, vous sentez que...

Mme Le Saux (Mylène) : En fait, comme je disais tantôt, c'est clair que, pour ma fille qui doit travailler très fort à l'école... moi aussi, j'ai trois enfants, les trois sont différents. Les deux plus vieux, bien, c'est des 85 et plus de moyenne, il n'y a pas de difficulté, mais Justine, elle, elle travaille fort pour son 70, et ce n'est pas parce qu'elle n'étudie pas. C'est une enfant qui aime bouger, et, via le patinage artistique, je la motive pour l'école parce qu'elle rêve d'un sport-études, comme je le disais. Et c'est une enfant qui aime bouger. Dès qu'elle arrive à la maison, elle fait des sauts dans le salon, elle n'est pas arrêtable. Ce n'est pas une enfant qui est tannante. Au contraire, elle ne dit pas un mot puis elle s'assoit sagement parce qu'elle veut plaire. Puis ses deux parents sont enseignants, donc elle ne veut surtout pas que le prof lui dise qu'elle n'était pas à ses affaires, hein, parce qu'elle sait qu'on va prendre la part des professeurs.

Donc, on la motive beaucoup, mais je suis convaincue que, pour Justine, c'est ce qui va la garder à l'école le plus longtemps possible, et, en termes de société, un enfant qui reste le plus longtemps à l'école et qui a envie de s'investir, ça va faire un citoyen tout simplement mieux préparé, et la commission scolaire des Patriotes ne m'offre pas cette opportunité-là.

Alors, moi, je voudrais bien aller des Patriotes, mais ils ne l'offrent pas, le programme. Alors, je trouve ça bête, pour une question de distance, qu'on empêche un enfant qui vraiment sauterait à pieds joints dans ses études. Tu sais, ce n'est pas une manière de se défiler. Ce serait tout simplement une manière de mieux apprendre pour elle.

M. Vigneault (Nicolas) : Ma prochaine question s'adresserait au député. Je vais me faire peut-être un peu l'avocat du diable. Comment on fait, à ce moment-là, pour gérer les écoles? Évidemment, si certaines écoles sont plus populaires, d'autres moins populaires, on peut se retrouver avec certaines écoles, par exemple, où il y a 20 % des places qui ne seraient pas comblées, et là, bien, il y a toute une gestion, là, sur le plan budgétaire et tout ça. Comment vous voyez ça?

M. Roberge : Mais là, on ne parle pas d'augmenter les coûts des commissions scolaires, absolument pas, là. Les parents qui sont ici pour la CSDM, ça ne coûterait rien d'accepter leurs demandes. Il y a des classes qui sont vides à l'école où souhaitent aller leurs enfants. Donc, les bureaux sont là, là, les élèves sont l'autre bord de la rue, puis ils n'ont pas le droit d'aller occuper ces bureaux-là. C'est à coût nul.

Dans le cas de Mme Le Saux, elle est prête à assumer le transport. Elle va voyager sa fille, elle va aller la reconduire. Donc, il n'y a pas de coût pour le transport scolaire pour l'école. Cette opportunité qu'on veut laisser aux parents de choisir leur école, évidemment, s'applique quand il y a de la place dans l'école. Je vous remercie beaucoup.

Des voix : Merci.

(Fin à 13 h 47)

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