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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mercredi 26 avril 2017, 8 h 40

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures quarante-trois minutes)

M. Khadir : Good morning. Let's open up in English, but I have no declaration. Je n'ai pas de déclaration particulière, but let's open up in English. Why not?

Une voix :

Mme Plante (Caroline) : M. Khadir, pourquoi mettre l'accent sur l'anglais, là?

M. Khadir : Je le fais avec un brin d'humour. J'espère que vous aurez compris. Ce n'est pas la première fois que je pose des questions en anglais. C'est la deuxième fois, en fait, mais c'est parce que je constate, pour toutes sortes de raisons, que la résonnance de ces questions-là est plus faible dans la communauté anglophone.

Beaucoup de gens que je connais... Moi, j'ai habité pendant des années dans le West Island, j'ai habité à Pierrefonds, je connais... j'ai beaucoup d'amis. Je constate que beaucoup de gens dans la communauté anglophone ou allophone ne prennent pas la mesure de l'ampleur des scandales de corruption qui affectent le Parti libéral du Québec. Donc, j'estime quand même important que cette communauté a des droits, que cette communauté doit être bien informée, doit, de temps en temps, pouvoir «first hand» entendre les nouvelles. Et donc j'ai posé la question en anglais et je l'ai bien spécifié, je la pose, la question, parce que ça touche particulièrement la communauté anglophone, parce que la communauté anglophone a des responsabilités politiques comme tous les Québécois, et les libéraux doivent largement leur force politique à l'appui qu'ils reçoivent, bon, d'une bonne part de la communauté anglophone, donc ça serait bien.

Moi, je suis sûr que les gens, avec le temps, qu'ils vont apprendre ces phénomènes-là, vont, je dirais, avoir un regard plus critique sur leur gouvernement.

Mme Plante (Caroline) : Quand vous dites que la communauté anglophone a des responsabilités, pouvez-vous élaborer là-dessus?

M. Khadir : Nous portons tous la responsabilité de nos choix.

Mme Plante (Caroline) : En lien avec le financement illégal?

M. Khadir : Oui. Si aujourd'hui le Parti libéral agit avec autant d'impunité, il donne de l'argent des contribuables avec sa main à des dirigeants, à des requins de la finance ou des barons de l'industrie comme les dirigeants de Bombardier qui mettent ça dans leurs poches puis s'en tirent en toute impunité, si, pendant des années, il s'est orchestré le financement illégal, frauduleux, donc passible de poursuites criminelles, a servi à renflouer les caisses du Parti libéral, bien, la communauté anglophone doit le savoir pour que, lorsqu'ils prennent leur responsabilité d'aller voter, ça soit en toute connaissance de cause et non pas en l'absence de cette information.

Mme Plante (Caroline) : Je veux juste être sûre de bien comprendre. Est-ce que vous faites un lien entre le financement illégal et la communauté anglophone?

M. Khadir : Non, non, non. Bien, non. Bien, non. On sait très bien que l'argent n'a pas de couleur, l'argent n'a pas d'odeur et l'argent n'a pas de langue maternelle particulière.

Mme Plante (Caroline) : J'ai oublié ma question.

M. Khadir : That's allright. L'argent n'a pas de langue maternelle. Je ne sais pas si ça existe, mais bon...

Mme Plante (Caroline) : …alors, sur Pierre Paradis, aussi, on apprend aujourd'hui qu'il n'y aura possiblement pas d'accusation contre M. Paradis. Qu'est-ce que vous en pensez et est-ce qu'il devrait réintégrer le caucus?

M. Khadir : Permettez-moi de ne pas commenter cette énième, disons, surprise. C'est toujours pareil un peu, là. Bien, j'imagine qu'il y a des raisons, mais on le sait, les statistiques, là-dessus, hein, c'est très difficile. Et puis, bon, qu'est-ce qui est en cause, qui dit la vérité? Je ne le sais pas, là. Les policiers feront leur travail, mais ce qu'on constate, c'est que, bon, c'est très difficile.

Mme Plante (Caroline) : Mais, juste sur la langue, puis ça va être ma dernière question, mais, bon, pouvez-vous nous dire si vous avez été déçu de la réponse de M. Coiteux hier?

M. Khadir : Yes, I was very, very disappointed that he didn't care to say a few words to his constituents because I think it is of utmost political and democratical interest that the English community hears first hand the type of response we receive each week from the Liberal Government which thinks that they are above the law. They deny democracy by putting dirty money at the service of the conquest of political force of the party, and I don't think the English community of Québec is very satisfied of the fact to hear that the party that they have supported for so long is so deeply corrupted that even its previous chief, Mr. Jean Charest, is now under criminal investigation.

Mme Fletcher (Raquel) : …he purposely answered the question in French? Do you think he purposely answered the question in French to avoid…

M. Khadir : I don't know. I don't know. You should ask him. I don't think it was out of purpose, because it was a really wrong decision in my opinion, but I think… If you convey by your question that he did it so that the English community doesn't hear first hand, maybe. I don't know, but I think at least the questions ought to be heard by the English community.

Mme Fletcher (Raquel) : Would you ask another question in English today?

M. Khadir : Depending on the situation. As I mentioned, I have done it before. Every time there is a subject of utmost importance related to the Liberal Party in relation to its force, which is largely based on the support that is given wholeheartedly, in honesty, by the English community. But those who vote for the Liberals, do they know the debt, the extent of the corruption at every level in this party since almost 20 years?

La Modératrice : On va passer aux questions en français. Simon Boivin, Le Soleil.

M. Boivin (Simon) : M. Khadir, bonjour. Vous parlez de la responsabilité politique de la communauté anglophone. Est-ce que, selon vous, c'est vraiment l'idée qu'ils ne sont pas assez informés de l'ampleur de ce qui a pu se passer à l'Assemblée nationale avec le Parti libéral ou si c'est qu'on préfère fermer les yeux sur certains agissements plutôt que de prendre le risque de se tourner vers une situation qui pourrait déboucher sur l'indépendance du Québec?

M. Khadir : C'est complexe. Moi, j'ai entendu beaucoup d'anglophones qui sont mal à l'aise puis effectivement, étant donné le contexte politique, les polarisations autour de la question de l'indépendance du Québec, ne se voient d'autre choix que de donner, entre guillemets, leur vote utile, en se bouchant le nez, au Parti libéral. Oui. Ça existe, ça aussi. C'est complexe, il y a de tout ça, mais il faut s'assurer que leurs droits démocratiques sont respectés et qu'ils sont bien informés de la même manière que l'ensemble des Québécois qui parlent, par exemple, en français.

Et j'ai expliqué déjà à d'autres journalistes, et ça, personne ne veut mal faire, mais c'est sûr que les bulletins de nouvelles de Radio-Can et de TVA, quand ils ouvrent le soir puis il y a un sujet d'importance qui touche les enjeux politiques majeurs, comme la corruption au Parti libéral, ça s'ouvre sur ces sujets-là, mais les bulletins de nouvelles à CTV et à CBC, c'est des bulletins de nouvelles pancanadiens, et c'est très normal que ça ne s'ouvre pas avec autant de fréquence sur les sujets d'importance qui touche le Québec.

Donc, l'ampleur, je dirais, la teneur de l'information et la mesure que prennent les gens qui écoutent ces réseaux-là n'est pas la même, forcément. Donc, on doit faire un effort supplémentaire pour s'assurer que l'information circule adéquatement.

M. Boivin (Simon) : Si vous vous placez dans les souliers d'un voteur anglophone qui abhorre l'idée de l'indépendance, qu'est-ce que vous faites à sa place? Vous vous tournez vers la CAQ?

M. Khadir : Je donne mon appui à Québec solidaire parce que je dis : Ce parti-là va me respecter. Lorsque le moment de décision ultime va arriver, ce parti-là ne tentera pas de m'enfoncer dans un panier à crabes. Il y aura un vote démocratique, puis je dirai non à ce moment-là, mais, en attendant, je pourrai agir avec un parti honnête, un parti intègre, un parti progressiste, un parti qui réfléchit à construire un projet de société avec tous les citoyens du Québec, quelle que soit leur langue.

La Modératrice : Alain Laforest, TVA.

M. Laforest (Alain) : Qu'est-ce que vous pensez du fait, M. Khadir, que l'UPAC a déclenché une enquête interne hier concernant la fuite d'information?

M. Khadir : Bien, j'imagine que l'UPAC doit faire des choses à partir du moment où une information fuit. Et je suis tout à fait d'accord avec M. Coiteux, avec M. Lafrenière, que des fuites d'information policière, ce n'est pas souhaitable, ça ne devrait pas se produire. Ça, c'est dans l'absolu.

Mais il y a la situation relative du Québec. Les enquêtes piétinent, prennent un temps terriblement long, et une justice qui piétine, une justice qui est lente est une justice déficiente. Premier problème.

Deuxième problème, et ça, ce n'est pas nous qui l'avons cherché, et M. Lafrenière pourrait donner son avis là-dessus, je l'interpelle, pourquoi est-ce que c'est la parti au pouvoir qui le nomme? Pourquoi c'est le parti au pouvoir qui nomme la direction des poursuites criminelles, sachant très bien qu'à des moments très précis, la direction des poursuites criminelles, son directeur doit prendre les décisions très précises qui peuvent incriminer le gouvernement en place? Comment peut-on accepter que ça soit le gouvernement en place qui le nomme?

Et dans ces circonstances relatives qui jettent, je dirais, un doute sur l'étanchéité du mur qui doit séparer la justice et les poursuites criminelles du gouvernement, c'est normal que des enquêteurs, des policiers, des employés las de voir les enquêtes piétiner se disent : Bien, on va faire quelque chose pour que ça bouge. Ce n'est pas la première fois. On l'a vu dans le scandale de la Société immobilière du Québec. Heureusement qu'il y a un enquêteur, qui était tanné de voir que les choses ne bougent pas, qui est allé parler à l'émission Enquête.

M. Laforest (Alain) : Avez-vous l'impression que la Vérificatrice générale doit se pencher sur les baux qui sont signés, entre autres, avec M. Bibeau?

M. Khadir : C'est une excellente idée. J'applaudis mon collègue de la CAQ. Toutes les mesures pour emmener à clarifier ces situations-là et surtout Marc Bibeau... Marc Bibeau, il est encore sur le conseil d'administration de Power. C'est le gars de Power. C'est lui qui assurait les commandes de Power en direction de M. Charest au Parti libéral. Personne ne le connaissait au Parti libéral. Lisez le témoignage de l'ancien directeur du Parti libéral... directeur ou président, ancien député Robert Benoit, le 19 juin 2014, commission Charbonneau. Il décrit très bien.

Ce gars-là, on ne l'avait jamais vu. Quand M. Charest arrive avec toutes les promesses ou les accompagnements et les encouragements de toutes sortes qu'on a dû lui faire pour l'emmener ici, au Québec, et là je ne rentrerai pas dans le détail de ce qu'on a déjà allégué comme étant un pont d'or, parce que je ne le sais pas, mais ce qui est la réalité, c'est que, tout d'un coup, débarque au Parti libéral, avec pleins pouvoirs de convoquer des ministres, des députés et des candidats, Marc Bibeau qui leur dit : Bien, tu vas aller ramasser de l'argent.

Lisez, le 19 juin 2014, déposition sous serment de M. Robert Benoit, ancien député du Parti libéral. Donc, M. Couillard en sait beaucoup plus que ce qu'il nous dit. M. Couillard était candidat du Parti libéral en 2003. Il a dû être convoqué avec Marc Bibeau. C'est ça que je lui ai posé la question. Bien, dis-nous ce qu'il t'a dit, fais avancer la cause, ça pourrait accélérer les choses.

La Modératrice : Charles Lecavalier, Journal de Québec.

M. Lecavalier (Charles) : Bonjour, M. Khadir. On dirait que vous n'êtes pas allé tout à fait au bout de votre pensée tantôt. Est-ce que le soutien inconditionnel de la communauté anglophone envers le Parti libéral lui a permis de s'installer aux commandes de l'État confortablement et de mettre en place un système tel que vous l'avez décrit?

M. Khadir : La communauté anglophone, le soutien qu'elle a toujours apporté au Parti libéral n'était pas destiné à le mettre au pouvoir pour que le Parti libéral et M. Charest donnent des contrats à gogo aux amis du parti. Ce n'était pas ça, leur intention. Comme tout citoyen honnête, ces gens-là cherchaient à avoir un parti qui les représente honnêtement, dignement, et ce n'est pas ce qui s'est passé. C'est pour ça que la communauté anglophone doit le savoir. Ce n'est pas ce qui s'est passé, et l'ex-premier ministre Jean Charest est sous enquête criminelle parce qu'on sait maintenant que des millions de dollars en argent illégal ont été ramassés pendant plus d'une quinzaine d'années pour corrompre la démocratie parce que largement illégal ramassé par un parti pour gagner ses élections, ça, c'est de la corruption fondamentale de la démocratie.

M. Lecavalier (Charles) : Est-ce que politiquement Québec solidaire aurait plus d'emprise sur l'île de Montréal si ce n'était pas un parti indépendantiste, à votre avis?

M. Khadir : Mais moi, je serais plus populaire si j'avais une belle voix puis j'étais chanteur, mais la question n'est pas... C'est que je ne suis pas chanteur, et je n'ai pas une belle voix, et donc je vis avec. Moi, je suis indépendantiste, Québec solidaire est indépendantiste, et on vit avec, et on ne changera pas ça en vertu de ça.

Par contre, les indépendantistes de Québec solidaire ont une approche très respectueuse de ceux qui ne le sont pas, des anglophones qui ne sont pas convaincus, qui sont persuadés que le Québec doit demeurer dans le Canada. On leur dit : On peut travailler ensemble. Il y a un projet de société à construire, cheminant, on va discuter de ça et de manière très démocratique. En temps opportun, on prendra une décision avec toutes les garanties démocratiques.

M. Lecavalier (Charles) : ...une dernière question. Il semble qu'il y a un contrat qui a disparu du système électronique d'appels d'offres à la demande du ministère du Conseil exécutif...

M. Khadir : C'est scandaleux. Je viens de l'apprendre, quelqu'un me l'a montré. Comment est-ce qu'une telle chose est possible? Et je vous rappelle qu'au ministère du Conseil exécutif le deuxième plus haut placé s'appelle Pietro Perrino. Quel est le lien entre ces deux-là? Je ne le sais pas. Je pose la question.

La Modératrice : Mathieu Boivin, Cogeco.

M. Boivin (Mathieu) : M. Khadir, vous avez laissé entendre hier et à nouveau aujourd'hui que ce soit un problème que le Directeur des poursuites criminelles et pénales soit nommé par le parti au pouvoir. L'inférence qu'on sent dans cette affirmation-là, c'est qu'il pourrait y avoir une sensibilité politique, une retenue dans le cas de M. Charest, de M. Bibeau. Est-ce que c'est bien ce que vous dites?

M. Khadir : C'est exactement pour ces questions-là qu'il y a des principes éthiques et des principes déontologiques qui font en sorte qu'un gouvernement, un État qui se respecte s'assure qu'il n'y a pas des apparences de conflit d'intérêts comme ça. Il y a des conflits de loyauté. Il y a quelqu'un qui est nommé par le gouvernement et ensuite qui pourrait être appelé à loger des poursuites criminelles contre des membres de ce gouvernement. Il me semble que n'importe qui qui s'intéresse au b. a.-ba de la démocratie dirait : Il faut s'assurer que ce n'est pas ce gouvernement qui nomme cette personne-là pour assurer sa totale indépendance. On ne l'a pas au Québec, donc on est toujours tiraillé, on a toujours un malaise.

On est toujours tenté de croire que, si on ne touche pas à Jean Charest, si on ne touche pas au Parti libéral, si on sacrifie Nathalie Normandeau pourtant loyale, loyale députée, loyale membre de M. Charest, que déloyalement on lui fait porter le chapeau que le système finit par l'accabler, elle, plutôt que tout le reste de l'appareil et des hauts responsables, bien, il y a un problème qui est lié au fait qu'à l'intérieur du système l'indépendance absolue n'est pas assurée.

M. Boivin (Mathieu) : Est-ce qu'effectivement vous pensez que c'est la raison pour laquelle le DPCP...

M. Khadir : Je ne le sais pas, mais la question se pose. Je ne peux pas l'affirmer parce que je ne le sais pas. Mais quand il y a une question comme ça, quand l'indépendance dans la nomination... il n'y a pas une indépendance dans la nomination, c'est le genre de question que tout le monde, raisonnablement, peut se poser parce qu'il y a un conflit de loyauté. On a nommé quelqu'un, le gouvernement a nommé quelqu'un qui pourrait être appelé à enquêter sur lui. Ça ne se fait pas. Quand le gouvernement fait ça, bien, il s'expose. Il s'expose, lui, et la personne qu'il a nommée à ce genre de doute.

M. Boivin (Mathieu) : M. Khadir, je ne suis peut-être pas le pogo le plus dégelé de la boîte, mais pourquoi est-ce qu'il retiendrait ses accusations contre MM. Charest et Bibeau, alors qu'il en aurait déposé contre Mme Normandeau et Marc-Yvan Côté et même voudrait procéder plus vite dans leur cas?

M. Khadir : Le sommet du pouvoir, ceux qui sont en lien avec l'argent et le pouvoir financier, ce n'est pas Mme Nathalie Normandeau. Le sommet du pouvoir, c'est Marc Bibeau qui siège sur le conseil d'administration de Power. C'est là que réside le pouvoir. Le sommet du pouvoir, c'est Jean Charest qui est en lien avec l'ensemble de l'appareil politique du Canada et du Québec et avec la famille Desmarais via Marc Bibeau.

Alors, c'est sûr qu'il y a une différence entre Nathalie Normandeau et le sommet du pouvoir. Nathalie Normandeau est une exécutante. Le sommet du pouvoir, les décideurs, c'est Marc Bibeau, c'est Jean Charest et c'est Power Corporation.

M. Boivin (Mathieu) : ...Charest?

M. Khadir : Ah non! Bon, bien, on peut être naïf et croire qu'ils ne le sont plus.

M. Bélair-Cirino (Marco) : ...M. Khadir, non? C'est du passé? Une question plus sérieuse, est-ce que la personne à l'origine de la fuite à l'UPAC devrait être débusquée, jugée et emprisonnée?

M. Khadir : J'espère que non parce que, là aussi, si une personne, un enquêteur ou une enquêtrice a jugé la situation tellement grave et critique, de croire nécessaire de sonner l'alarme, parce que c'est un peu un sonneur d'alarme, c'est qu'il y a des problèmes.

Est-ce que ces problèmes sont volontaires ou des problèmes sont dus à la lenteur du système, à son manque d'argent, à la désorganisation? Quelle que soit la raison, je ne le sais pas, mais le fait... pour une sonneuse d'alarme, nous, on devrait plutôt la protéger. Est-ce qu'elle l'a fait pour appât de gain? Non. Est-ce qu'elle l'a fait... Est-ce qu'elle a révélé des choses que, sincèrement, on ignorait? Je pense que personne n'ignorait que M. Charest avait des responsabilités dans le financement illégal du Parti libéral.

En démocratie, quand un gouvernement dit : Je suis un gouvernement responsable, et le chef d'État est celui qui répond de l'agissement de l'ensemble de l'appareil gouvernemental, comment peut-on dire que M. Charest n'est pas responsable? Donc, il y a... Sauf qu'en faisant un geste un peu extrême comme ça, cette personne a voulu dire : Aïe! écoutez, il y a urgence d'agir.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Bien, ça ne rend pas plus...

M. Khadir : Donc, moi, j'espère que, si jamais une telle chose arrive, il y aura des arguments et il y aura, disons, des circonstances politiques qui pourront permettre de dire : Non, non, non, cette personne a rendu un fier service à l'intérêt public.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Mais est-ce que la publication de ces informations-là peut rendre plus difficile la poursuite de l'enquête ou la cueillette de preuves?

M. Khadir : Je ne crois pas.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Non?

M. Khadir : Je ne crois pas. Je n'achète pas ça. Moi, pendant les années que j'ai été ici, j'ai vu des dizaines d'interventions ici, en Chambre, à l'extérieur de la Chambre, sur des sujets qui étaient pourtant devant les tribunaux, mais les tribunaux ont fait leur travail.

M. Bélair-Cirino (Marco) : ...on reprochait à la communauté anglophone de faire de...

M. Khadir : Excusez-moi, je voudrais juste, par exemple, mentionner... Dans la toute la question qui touchait, par exemple, les soins de fin de vie ou le cas Sue Rodriguez et tout ça, pendant que le juge prenait sa décision, des milliers de gens, de chroniqueurs, de personnes politiques intervenaient dans le débat. Ça n'a pas empêché le juge de trancher.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Dans l'autre dossier qui nous occupe ce matin, là, votre question en anglais, répondue en français par M. Coiteux, est-ce que la communauté anglophone fait un peu de l'aveuglement volontaire, toutes ces questions-là de collusion?

M. Khadir : Je ne pense pas que ça soit un aveuglement volontaire. Notre système électoral très injuste, maintenu par les deux partis au pouvoir, le PQ et le Parti libéral, condamne souvent à des choix impossibles, à des... j'oublie l'expression consacrée. Et donc, dans cette situation où ils sont tiraillés entre différents impératifs, on peut comprendre que, parfois, ils se bouchent le nez pour aller voter pour le Parti libéral. D'ailleurs, la même chose se produit pour le Parti québécois. Bien des gens vont voter pour le Parti québécois juste parce que le système électoral ne leur permet pas d'autres choix, dans des circonstances particulières, pour se débarrasser de tel ou tel député...

M. Bélair-Cirino (Marco) : ...dernière question. Est-ce que ça ne montre pas qu'il y a un vide dans l'offre politique, qu'il devrait y avoir une espèce de parti de gauche fédéraliste, comme le NPD Québec?

M. Khadir : Je suis sûr que d'autres y réfléchiront, mais je dis à tous ces gens-là qui se croient mal représentés par le Parti libéral que Québec solidaire peut les accueillir même s'ils sont fédéralistes, parce que nous allons cheminer ensemble. On peut construire un projet de société, puis ensemble, démocratiquement, nous, on fera la bataille pour l'indépendance du Québec. Puis les gens qui sont contre pourront voter contre, mais de manière démocratique, en protégeant leurs droits, de manière participative.

La Modératrice : Une dernière question. Philip Authier, The Gazette.

M. Authier (Philip) : Hello, Mr. Khadir. Ça va? Yes, you want to do it in English?

M. Khadir : Yes. You weren't there, we opened in English.

M. Authier (Philip) : The news conference?

M. Khadir : Yes.

M. Authier (Philip) : OK. Well, I was on my way. I heard you yesterday though. I just wanted to get your comments… that are complaining that when you asked your question yesterday in English Mr. Coiteux responded in French, and they want an apology. What do you think of his respond in French to a question in English?

M. Khadir : Well, I deplore the fact that Mr. Coiteux didn't dare respond in English. Was it intentional because he didn't want the English community hear the type of respond we're hearing everyday, every week in the National Assembly from a government which is plagued with corruption scandals. If it's not a corruption scandal, it's an another type of corruption because, for me, for example, the way public money was misused by the Bombardier chief executive officers is another type of corruption of our public processes because publics funds were used for other purposes that it was meant to, with the approval of the Couillard Government.

So these responses, I would say, are not heard by the English community first-hand. I would have liked them to hear it first-hand to see «la mauvaise foi», the bad faith of their approach.

M. Authier (Philip) : And you seemed to be suggesting… Earlier, I heard a little bit that the Anglophone community is «à la remorque» of the Liberal Party. Can you…

M. Khadir : I said that, in our electoral system, which favors only two parties, with an electoral mode which is really, really troubling because lots of times people are forced to vote for somebody by, you know, closing their nose and closing their eyes because the system doesn't allow… Sometimes they are stuck with… They are condemned to think that there is no other choice than voting Liberal. We are struggling since 15 years at Québec solidaire, and UFP, and everything to change the electoral mode precisely to not force them to be in those types of impossible choices. Catch-22s, you call them?

La Modératrice : Merci.

M. Khadir : Thank you.

(Fin à 9 h 6)

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