Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements

Accueil > Actualités et salle de presse > Conférences et points de presse > Point de presse de M. Éric Caire, député de La Peltrie

Recherche avancée dans la section Actualités et salle de presse

La date de début doit précéder la date de fin.

Point de presse de M. Éric Caire, député de La Peltrie

Version finale

Le jeudi 27 avril 2017, 8 h 15

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures trente et une minutes)

M. Caire : Alors, bonjour. Aujourd'hui, en fait, je pense que ce qui s'est passé ce matin à l'émission de M. Arcand va très certainement amener une éclipse, en autant que je suis concerné. C'est surréaliste, les révélations qu'Yves Francoeur a faites sur des ondes publiques, à savoir que des enquêtes, des enquêtes ou, en fait, le processus judiciaire feraient l'objet d'obstruction, d'interférence au plus haut niveau et que les gestes qui sont posés par les policiers depuis un certain temps sont en réaction à ça.

Hier, en parlant évidemment des révélations publiques qui ont été faites sur l'enquête touchant le premier ministre Charest et Marc Bibeau, je vous ai dit : Il y a un certain nombre de possibilités; on veut faire craquer un témoin ou, du côté des policiers, on pense qu'il y a de l'obstruction et on veut mettre de la pression sur l'appareil, sur la machine. Ce matin, je suis obligé de vous dire que c'est cette explication-là qu'on retient. Autant l'UPAC, donc, que la police de Montréal, les enquêteurs se sentent obligés de couler de l'information publique parce que ce qu'ils perçoivent, ce qu'ils voient, ce qu'ils vivent, c'est que leurs dossiers, pourtant solides... dans le cas qui nous concerne, on parle de filature, d'écoute électronique, on nous dit que, si ce n'étaient pas des élus libéraux, des membres du caucus libéral passés et même actuels, ces gens-là seraient déjà en accusation. C'est extrêmement grave.

C'est encore plus grave quand on entend M. Francoeur nous dire que ce qui est reproché à ces gens-là, l'objet de l'enquête, c'était de la fraude, c'était du trafic d'influence, c'étaient des modifications législatives reliées à des dossiers d'immobilier, dossiers immobiliers qui sont reliés à la mafia. Aujourd'hui, là, tout à l'heure, je vais aller m'asseoir au salon bleu, est-ce que je vais aller m'asseoir avec un collègue qui est en lien, qui a travaillé, qui a collaboré avec la mafia? Parce que c'est ça que M. Francoeur nous dit ce matin.

Alors, vous comprendrez que, dans ces circonstances-là, personne, personne ne peut rester indifférent. Personne ne peut balayer ça du revers de la main. Personne ne peut chercher d'excuses à ça ou atténuer les allégations qui ont été faites par M. Francoeur. C'est la raison pour laquelle nous demandons de toute urgence à ce que M. Francoeur soit entendu en commission parlementaire pour qu'on puisse l'interroger sur les révélations qu'il a faites ce matin et pour qu'on puisse aller au fond des choses. Et de ça pourront, évidemment, vous comprendrez, découler d'autres mesures appropriées. Et je pense que cette offre-là, c'est une offre que le premier ministre ne peut pas refuser.

Le Modérateur : Des questions? Alain Laforest, TVA Nouvelles.

M. Laforest (Alain) : Comment vous pensez que le premier ministre et le gouvernement vont réagir ce matin à la suite des allégations à visage découvert de M. Francoeur?

M. Caire : Écoutez, ce que j'espère, c'est que le premier ministre va accorder à ça tout le sérieux que ça mérite et qu'il va accéder à notre demande. Ce que je crains, c'est que Philippe Couillard réagisse comme il a toujours fait dans toutes les situations de crise que son gouvernement a vécu, c'est-à-dire qu'il essaie de minimiser les choses, qu'il essaie de nous dire : Bien, n'oubliez pas, M. Francoeur, c'est un président de syndicat, on vient de déposer une loi qui ne fait pas son affaire, alors que ce que M. Francoeur dit, c'est extrêmement grave. C'est très précis, ça touche des dossiers très précis, ça touche des éléments très précis. Quand on parle de filature, d'écoute électronique, de dossiers qui sont déjà sur le bureau des procureurs, c'est extrêmement précis. Et je pense que la seule chose à faire dans cette situation-là, c'est d'aller chercher l'information et de faire toute la lumière. Pour moi, il n'y a d'autres options, là.

M. Laforest (Alain) : Vous avez dit tantôt : Je vais entrer dans le salon bleu, je vais éprouver un malaise à me retrouver avec un collègue qui est peut-être associé à la mafia. Si le premier ministre ne fait rien ou le gouvernement ne fait rien, quelle est l'autre solution ou l'autre option pour faire la lumière?

M. Caire : Bien, écoutez, je vous dirais, malheureusement, dans un gouvernement majoritaire, ce que nous vivons actuellement, les possibilités des oppositions sont quand même limitées. Vous comprendrez que tout est soumis au vote, et/ou à l'approbation, et/ou au leadership du gouvernement. C'est la même chose en commission parlementaire. Quand bien même on demanderait un mandat d'initiative, ce qui est potentiellement ce que nous allons faire, si jamais le premier ministre n'accédait pas à notre demande, vous comprenez qu'encore là il y aura un vote et les libéraux sont majoritaires. Donc, si le Parti libéral se sert de sa majorité pour obstruer ou faire obstruction, je devrais dire, à ce que le Parlement peut et doit faire, je pense qu'il faudra faire un appel à tous, aux sonneurs d'alerte partout où ils sont, que ces sonneurs d'alerte là prennent le relais et qu'ils s'assurent que la lumière soit faite sur ces allégations-là, elles sont extrêmement graves.

Le Modérateur : Hugo Lavallée, Radio-Canada.

M. Lavallée (Hugo) : Bonjour, M. Caire. Donc, je comprends que vous voulez entendre M. Francoeur en commission parlementaire. Bon, évidemment, ça peut prendre quand même quelque temps avant d'organiser ça. Dans l'immédiat, est-ce qu'il y a un geste que M. Couillard doit poser pour identifier l'élu qui serait prétendument concerné?

M. Caire : Écoutez, d'abord peut-être une petite correction. Réunir une commission parlementaire quand tout le monde siège, là, ce n'est pas long et c'est là où je pense qu'on peut mesurer... puis je fais le lien avec la question de M. Laforest, c'est là où on va mesurer l'importance que le premier ministre donne à cette situation-là. Les députés sont à l'Assemblée nationale, nous sommes là. Une commission parlementaire peut siéger n'importe quand, hein, n'oubliez pas ça, là. On n'est pas tenus de siéger entre telle heure et telle heure, on peut siéger n'importe quand, les soirs, les fins de semaine. Et ce que je peux vous dire, c'est que les députés de la CAQ sont disponibles pour siéger ce soir, ce soir si le premier ministre décide d'aller de l'avant avec notre proposition. Il n'y a aucun problème. Mais, pour l'instant, je pense que c'est encore la meilleure tribune pour donner suite à ce que M. Francoeur a dit.

M. Lavallée (Hugo) : Mais est-ce que ça ne serait pas quand même risqué, justement, que ça puisse compromettre des réputations si M. Francoeur se présente en commission parlementaire, fait des allégations qui n'ont pas été démontrées devant les tribunaux? Ça pourrait peut-être même nuire éventuellement à un procès. Il n'y a pas un risque là?

M. Caire : Bien, vous avez raison. Maintenant, les parlementaires ont aussi le loisir, dans leur travail, de décider de siéger à huis clos dans un premier temps, d'évaluer ce qui aura été dit, ce qui aura été démontré... Il y a plusieurs décisions, d'ailleurs, de la présidence qui dit, là, tu sais, les parlementaires ont le droit d'avoir l'information, mais ils ont aussi le devoir de la traiter intelligemment sans compromettre des enquêtes, sans compromettre d'éventuels procès.

Ceci étant dit, je vous rappelle que ce qui est sur la table, ce que M. Francoeur a dit, c'est qu'on parle d'obstruction, donc on parle de gens qui, justement, font de l'obstruction ou à des enquêtes ou à des procédures judiciaires qui résultent de ces enquêtes-là. Donc, ce qui menace les enquêtes — ce que je comprends, là, dans la mesure où ce que M. Francoeur dit est vrai — c'est ce qui se passe actuellement, pas ce qui se passerait dans une éventuelle commission parlementaire.

Le Modérateur : Patrick Bellerose, Journal de Montréal et Journal de Québec.

M. Bellerose (Patrick) : Bonjour. Est-ce que le DPCP a toute l'indépendance nécessaire pour faire son travail?

M. Caire : Ah! quelle excellente question. J'aurais tendance à vous dire : Jusqu'à preuve du contraire, oui. Ceci étant dit, ce que M. Francoeur a fait aujourd'hui, c'est qu'il a jeté un pavé dans la mare parce que ce qu'il laisse entendre, et c'est ce qu'il faut justement vérifier, il faut aller... Il faut répondre à cette question-là parce que ce que M. Francoeur dit, c'est que cette obstruction-là qui se fait ne se fait pas au niveau des enquêtes, elle se fait lorsque les dossiers sont... je ne le sais peut-être pas mot à mot, là, mais je pense que ce je suis dans l'esprit, il dit : On dépose les dossiers sur le bureau des procureurs, puis là ça monte plus haut, plus haut, plus haut dans la machine, puis à un moment donné ça se perd. C'est à peu près ce qu'il a dit. Donc, plus haut, plus haut, plus haut, ça veut dire quoi? Bien, c'est sûr que ça nous ramène au DPCP. Mais, encore une fois, avant d'attaquer la crédibilité du DPCP, ce que je pense qu'on doit faire, c'est vérifier ce que M. Francoeur dit, parce que, là, on a comme deux institutions qui s'affrontent. Mais, une chose est sûre, c'est qu'on ne peut pas ne pas répondre à votre question. Ça, ce n'est pas une option.

M. Bellerose (Patrick) : Est-ce que vous invitez l'élu qui est visé par ces allégations à sortir et à expliquer par lui-même les allégations auxquelles il peut faire face?

M. Caire : Bien, écoutez, ce serait l'idéal, bien sûr. Maintenant, il y a deux possibilités : ou ce que M. Francoeur dit n'est pas conforme à la vérité, puis je vois mal un élu s'accuser faussement, on s'entend, ou alors c'est vrai... puis, écoutez, là, quand on est à l'étape de faire de l'obstruction au système judiciaire pour éviter des mises en accusation, bon, tu sais, ce n'est pas Alice au pays des merveilles, là, je ne pense pas qu'un élu va sortir en disant : O.K., c'est moi qui l'ai fait. Vous comprenez? Bon, en tout cas, tant mieux s'il le fait, là, ça nous éviterait bien des problèmes, mais j'en doute.

Le Modérateur : Mathieu Boivin, 98,5, Cogeco Nouvelles.

M. Boivin (Mathieu) : M. Pascal Bérubé, du PQ, a réclamé le départ de Jean-Louis Dufresne, le chef de cabinet du premier ministre actuel, sur la base de suspicions qu'il n'a pas forcément précisées. Deux questions : Qu'est-ce qu'on reproche exactement à Jean-Louis Dufresne dans ce qui a été révélé hier soir? Et pensez-vous aussi que M. Dufresne, sur la base de ça, doit quitter son poste?

M. Caire : Bien, écoutez, dans un premier temps, vous n'êtes pas sans savoir qu'on a déjà demandé à M. Dufresne de quitter, là, pour l'ensemble de son oeuvre. Je vous dirais que ça, ça rajoute peut-être, là, à son CV. Ce qu'on lui reproche... Écoutez, ce qu'on comprend, c'est que Marc Bibeau, dans le cas du contrat du pont Mercier, se retrouve dans une situation difficile avec Violette Trépanier, grande argentière du Parti libéral, et M. Dufresne, qui est, à ce moment-là, un consultant... on élabore une stratégie pour essayer de défendre les intérêts de Marc Bibeau. Donc, le chef de cabinet du premier ministre du Québec actuel a fait partie du réseau d'influence de Marc Bibeau pour défendre ses intérêts dans un passé pas si lointain. Alors, vous me demandez : Est-ce que ça, ça devrait s'ajouter à la pile des raisons pour laquelle il démissionne? La réponse à ça, c'est oui.

Le Modérateur : Simon Boivin, Le Soleil.

M. Boivin (Simon) : Juste rapidement revenir sur la question du DPCP. Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de le convier aussi en commission parlementaire pour éclaircir certaines zones d'ombre?

M. Caire : Je pense que, pour l'instant, on doit se limiter à Yves Francoeur puis je vous explique pourquoi. C'est que, si on convoque d'emblée le DPCP, on vient de dire : Francoeur a raison, ce que Francoeur dit, c'est béton, puis on a des doutes sur le DPCP. Moi, je pense qu'il faut y aller par étapes. La première chose, c'est d'entendre Yves Francoeur. Ce qu'il a dit ce matin est extrêmement grave. Mais, pour l'instant, il est le seul à avoir fait ces révélations-là. Bien sûr, on est tentés, et je le fais, de faire un lien avec le coulage d'informations dont certaines enquêtes ont fait l'objet. Puis là ça explique les gestes qui ont été posés. Et c'est dans ce cadre-là, d'ailleurs, qu'il a fait ces révélations. Mais je pense que, pour l'instant, il faut se limiter à M. Francoeur. Mais, comme je l'ai dit, suite à ce témoignage-là en commission parlementaire, bien, la commission parlementaire compétente décidera s'il y a lieu d'aller plus loin, d'entendre d'autres personnes. Ce n'est pas limitatif, là, c'est un premier pas vers la vérité. Mais c'est sûr que ce n'est pas le seul pas qu'on doit faire.

Le Modérateur : Question in English, Maya Johnson, CTV.

Mme Johnson (Maya) : Good morning, Mr. Caire. Can you explain the various reasons for which you're asking for Mr. Dufresne's resignation?

M. Caire : Well, what we know is Jean-Louis Dufresne was part of an influence traffic made by Marc Bibeau to protect his own interests. So, we think that it's not a good idea to have in your cabinet someone who did that job for a character, a personage like Marc Bibeau with all the suspicions around him.

Mme Johnson (Maya) : How do you respond to people who say that he was just doing his job as a communications officer?

M. Caire : Well, I respond that the link between the Liberal Party, Marc Bibeau, raising funds, you know, illegal fundraising is too close, is too close to think that Jean-Louis Dufresne has nothing to do with that.

Mme Johnson (Maya) : Can you tell us about the revelations, this bombshell that Mr. Francoeur dropped this morning, and what you expect to result from that or what you're hoping to see come from that?

M. Caire : But, first of all, I think the Premier must not, you know, just take care of that exactly as if nothing happened, you know, like he did in the past. I think he must take it seriously. I think we have to hear Mr. Francoeur in a parliamentary commission and know exactly what he knows and what he could reveal more than what he did this morning, and maybe moving forward with a specific inquiry for that specific question.

Le Modérateur : Ryan Hicks, CBC.

M. Hicks (Ryan) : But couldn't hearing from Mr. Francoeur jeopardize an ongoing investigation? Do you have confidence in the investigators to do their work?

M. Caire : Well, first of all, the reason why Mr. Francoeur did the revelation he did this morning is because someone, somewhere tried to stop the procedure. So, I don't think the parliamentary commission could do more than what happened now, first.

Second, parliamentary could always hear Mr. Francoeur privately. There is no obligation to make that hearing public. And then we can appreciate the testimony of Mr. Francoeur and appreciate if that testimony must be public. So, that's the reason why I'm not, you know, worried about, you know, an eventual inquiry.

M. Hicks (Ryan) : Do you think, though, that there is — and this is what the Liberals would say — a blurring of the lines between the institutions, between MNAs, between police and that a lot of this could either jeopardize an investigation or it's talking about an investigation that was dropped, where no charges were laid?

M. Caire : Well, if you consider what happened in the last few weeks, public revelations probably made by police themselves, I'm really concerned that that link between MNAs, between Government, between our institutions was broken, was broken, and I think it's important because we must work on the public's confidence from his own institutions. That confidence is broken too, so we have to move and make that confidence come back. That's our goal and that's what we have to do as parliamentary. That's why I ask for that commission, and hearing Mr. Francoeur, and know exactly what happened, and know exactly what happened. Because if some MNA seats in the National Assembly now have a link with the mafia, would people want to have an MNA who have certain links with the mafia? I think the answer is no. So, we must find the truth.

Le Modérateur : Last question, Raquel Fletcher.

Des voix : ...

Le Modérateur :Sorry, there is too much noise.

Mme Fletcher (Raquel) : Can I just get you to repeat what you've said in that last sentence that you've said because the… we didn't get the audio because the…

M. Caire : OK. What I said is the public's confidence about his institutions is broken, and we have to hear Mr. Francoeur in a parliamentary commission to find the truth and to make the confidence of the public about his institutions come back. That's our goal. I don't want to sit with an MNA who maybe — who maybe — has some link with the mafia.

Le Modérateur : Thank you very much.

(Fin à 8 h 50)

Participants


Document(s) associé(s)