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Point de presse de Mme Véronique Hivon, porte-parole de l’opposition officielle en matière de justice

Version finale

Le mercredi 17 mai 2017, 11 h 20

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Onze heures dix-neuf minutes)

Mme Hivon : Bonjour, tout le monde. Bonjour. Alors, écoutez, je tenais à venir vous faire part à quel point je suis indignée de la réponse qui nous a été faite, qui a été réitérée, en fait, par le gouvernement ce matin, entourée de personnes adoptées, que je veux vous présenter d'ailleurs. Donc, je suis entourée de Mme Carole Binette, dont j'ai parlé aujourd'hui à la période des questions, qui est une citoyenne de Longueuil, une personne adoptée qui a une condition médicale particulière, qui souffre de sclérose en plaques et qui n'a pas accès à ses antécédents médicaux; de Mme Diane Poitras, qui est aussi une personne adoptée de la région de Lévis et qui se bat depuis des années pour la reconnaissance des droits des personnes adoptées; et, bien sûr aussi, de Mme Caroline Fortin, qui est la présidente du Mouvement Retrouvailles.

Si on est ensemble aujourd'hui, c'est pour marquer, donc, cette indignation face au refus du gouvernement, réitéré aujourd'hui, de prioriser le projet de loi sur l'adoption, un projet de loi qui, notamment, permettrait aux personnes adoptées de pouvoir enfin avoir accès à leur identité, à l'identité de leurs parents biologiques et à leurs antécédents biologiques, leurs antécédents médicaux.

Ça fait des années que ces personnes se battent pour cette reconnaissance-là, pour faire en sorte que le fardeau ne soit plus, donc, sur leurs épaules en tout instant, mais bien qu'il y ait une ouverture plus grande pour permettre cet accès à ces informations-là parce qu'en ce moment, lorsqu'une personne est décédée, c'est verrouillé, c'est cadenassé, on ne pourra jamais connaître son identité ni ses antécédents médicaux, alors que, dans le projet de loi, maintenant, il y aurait donc la possibilité d'inscrire un veto, mais sans veto, les personnes adoptées auraient accès à cette information-là, notamment lorsque leurs parents biologiques sont décédés, s'ils n'ont pas manifesté de leur vivant une opposition.

Donc, ça fait un changement énorme, et je pense qu'on peut tout à fait comprendre à quel point il y a de la détresse humaine, existentielle, mais aussi des enjeux de santé très concrets. Et c'est pour ça que ces personnes-là se battent. Et ce qui est excessivement décevant, c'est qu'aujourd'hui on nous a redit que non seulement le projet de loi ne serait pas ramené en priorité, mais on a réitéré que le projet de loi n° 62 sur la neutralité religieuse de l'État, qui, contrairement à celui sur l'adoption, est loin de faire consensus, serait priorisé. Et vous savez très bien que ce que ça veut dire, c'est que le projet de loi sur l'adoption est relégué aux oubliettes et qu'on peut en avoir pour des mois, et des mois, et des mois à ramener ce projet de loi là, alors qu'à l'automne dernier il a non seulement été présenté, mais on a fait toutes les consultations.

Donc, on est prêts. Il y a un consensus de tous les partis pour le privilégier, pour le prioriser. Nous, on est même prêts à, s'ils veulent isoler cette question-là, scinder le projet de loi pour que la question spécifique de la question de l'accès aux antécédents biologiques et aux renseignements pour les personnes adoptées puisse être priorisée, donc de scinder le projet de loi parce qu'il y a d'autres enjeux d'adoption. On est même prêts à faire ça et à l'adopter d'ici la fin de la session. Donc, avec les personnes qui m'accompagnent, on lance le cri du coeur au gouvernement de prioriser le projet de loi, et je vais donc laisser brièvement la parole tout d'abord à Mme Binette, dont j'ai parlé aujourd'hui.

Mme Binette (Carole) : Merci, Mme Hivon. Mme Hivon a très bien su décrire ce que nous ressentons. Aujourd'hui, ce que j'ai ressenti, lors de la prestation de la période de questions, de la réponse de M. Fournier, j'espère que je me trompe, mais je me sens prise en otage. Je sens qu'on... Il le sait très bien que, le projet de loi n° 113, tout le monde est d'accord, tous les partis sont d'accord. Comme Mme Hivon vient de le dire, il y a un consentement. Et là on se sert de ça sur le dos des personnes adoptées pour pouvoir marchander d'autres projets de loi, comme les projets de loi n° 98 et n° 62, et ça, je trouve ça odieux, je trouve ça inhumain parce que plus le temps avance, plus il y a des mères biologiques qui décèdent. Alors, ça veut dire que plus de personnes adoptées sont privées de leurs antécédents médicaux, leur bagage génétique, leurs origines. Alors, est-ce qu'on trouve ça humain? Surtout quand on a un premier ministre qui est médecin, comment peut-on accepter cela?

J'espère honnêtement que je me trompe, j'espère que j'ai une mauvaise perception, mais c'est ce que je ressens en ce moment, à la fin de cette période de questions. Merci.

Mme Hivon : Merci. Mme Poitras.

Mme Poitras (Diane) : Je vais improviser un peu. Ce que je voudrais dire en partant, c'est que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Je ne me sens pas traitée comme une personne. Je pense que je ne fais pas partie de la Charte des droits et libertés. Je ne sais pas qui je suis. Ma mère polonaise a refusé l'avortement en Europe. Nous sommes arrivées ici ensemble parce qu'elle était enceinte, dans un pays supposément démocratique. Je me demande dans quelle démocratie je suis quand je ne peux même pas savoir qui je suis.

Si M. Couillard, médecin, ne comprend pas, peut-être que M. Barrette pourrait comprendre. Pourquoi toute cette ségrégation? La plus grande discrimination qu'on peut faire à un être humain c'est de lui enlever son identité à la naissance. J'en ai ras le bol d'aller chez le médecin et de dire : Bien, je ne le sais pas, je suis adoptée. Toute ma vie, j'ai répété ça. Quelle humiliation pour moi quand je me vois devant le gouvernement allemand ou polonais pour essayer de chercher ma mère. C'est quoi, son nom? Quel bateau elle a pris? Je ne le sais pas.

Arrêtez de nous prendre pour des valises puis des innocents. C'est le gouvernement qui a la clé. Il y a des personnes de 60, 70, 80 ans et plus qui pleurent. Moi, j'appelle ça de la maltraitance, de la cruauté mentale. C'est inhumain de refuser à quelqu'un son identité. Si c'était vous, on vous disait... disons que vous vous appelez Jean Tremblay, puis demain matin, on vous dit : Vous êtes adopté. Ça arrive à des gens de 60 ans, qui ne le savaient pas, puis ils cherchent, puis ils sont toujours devant rien.

Ce n'est pas vrai que je suis née de personne et ça ne me tente pas d'être considérée toute ma vie comme un mystère de l'incarnation. Alors, je demande au gouvernement, si M. Couillard ne comprend pas, peut-être M. Barrette peut lui faire comprendre, je ne le sais pas. En tout cas, je remercie Mme Hivon et j'implore de tout mon coeur le gouvernement de voter le projet de loi n° 113. C'est urgent, urgent. Merci.

Mme Hivon : Merci. Mme Caroline Fortin, du Mouvement Retrouvailles, pour terminer.

Mme Fortin (Caroline) : Alors, d'entrée de jeu, j'aimerais remercier Mme Hivon, députée de Joliette, pour nous offrir cette opportunité-là de vous parler aujourd'hui. Mes mots s'adressent, comme vous vous y attendez, à Mme Vallée, ministre de la Justice, mais aussi à M. Jean-Marc Fournier, leader parlementaire, et à M. Couillard. Comme mes collègues, mes amies, mes membres, on a eu une douche froide hier. Bon, on avait eu vent que, oui, on pouvait reporter le projet de loi n° 113 après le 62, mais l'attitude qu'on a vue, les mots qu'on a entendus, c'était... je vais peut-être reprendre les propos de M. Alain Roy hier, mais c'était à la limite honteux et lamentable.

En tant que présidente du Mouvement Retrouvailles, je représente, je vous dirais, 300 000 personnes adoptées, qui ont été confiées à l'adoption, leurs parents biologiques, leurs parents adoptifs. C'est énormément de personnes, c'est énormément d'électeurs et d'électrices. Ce n'est peut-être pas une cause qui est payante, je vous dirais, mais, à quelque part, on est des humains, on est des personnes qui ont droit à leur identité. On vous revient souvent avec cette notion-là, mais c'est ce qu'il ne semble pas être compris. Je le redis, on a des animaux qui ont leur identité, ils ont leur pedigree, on est capables de retracer des animaux qu'on a dans notre assiette. Nous, en tant qu'êtres humains, parce qu'on a une étiquette d'adoptés, plusieurs ne sont pas en mesure d'avoir leur identité. Moi, j'ai eu la chance de rencontrer ma mère, et je dois vous dire que ça fait un bien immense, et je suis encore là aujourd'hui parce que je souhaite que tous les adoptés au Québec aient cette chance-là, et ça serait très simple.

D'autres provinces l'ont fait, il ne reste que le Québec, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard. Le Nouveau-Brunswick s'en vient, là, dans quelque temps. Alors, tantôt, à la période de questions, on disait : Bon, le Québec est précurseur en ci, précurseur en ça, mais je vais vous dire qu'au niveau de l'adoption, comme je le dis souvent à la blague, on va finir la 11e province sur 10. On n'est pas partis pour être précurseur dans tout ça. C'est vraiment épouvantable, on ne comprend pas. La question qu'on se pose : Pourquoi? Qu'est-ce qui retient le gouvernement de ne pas avancer sur ce projet-là?

Oui, il y a consensus. Toutes les questions ont été posées, les oppositions ont eu leurs réponses. Tous partis confondus, on s'entend sur le fond du 113. Alors, ce n'est pas vrai que ça va prendre des mois à régler et ce n'est pas vrai que c'est un projet qui va amener, là... bon, c'est ça, des mois et des mois de travail. Alors, je lance un dernier message aussi à M. Couillard. On le répète, il est médecin. En tant que médecin, il doit connaître l'importance pour une personne, adoptée ou non, d'avoir son identité et ses origines médicales familiales. Merci.

Mme Hivon : Merci beaucoup. Merci. Donc, je ne sais pas si vous avez des questions.

M. Vigneault (Nicolas) : Mme Hivon, est-ce que vous avez un peu l'impression que le gouvernement, avec ce que vous avez entendu, on parlait de marchandage de projets de loi, que vraiment on veut tout faire pour que vous appuyiez le projet de loi n° 62, qui est très controversé, en disant : Bien, si vous bloquez les travaux, bien c'est 113 qui ne sera pas adopté?

Mme Hivon : C'est déplorable de, oui, prendre en otages les personnes adoptées au nom d'un agenda politique, et ça dépasse l'entendement de décider qu'on va mettre deux projets de loi, là, le 98 se termine... Et je veux juste rectifier, là, je veux dire, c'est la ministre de la Justice qui n'a pas arrêté d'amener des amendements. Vous vous rappelez dans quel contexte ce projet de loi là a été rappelé. Donc, ils ont décidé de le prioriser. Encore hier, la ministre de la Justice a amené une douzaine d'amendements. Donc, ce n'est pas nous qui faisons de l'obstruction, on pose les questions qui doivent être posées évidemment. Mais ils ont décidé d'amener celui-là avant celui sur l'adoption, alors que les consultations ont finies bien avant Noël, et ils nous ont réitéré, là ça fait trois fois en quelques semaines, qu'effectivement le projet de loi n° 62 sur la neutralité religieuse allait passer avant.

Moi, j'ai le sentiment qu'on a décidé de mettre un agenda politique avant les besoins humains des personnes adoptées au Québec, et pour moi c'est quelque chose d'absolument inacceptable.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Est-ce que vous... Tout d'abord, c'est vos impressions, c'est vos soupçons ou il y a eu vraiment une déclaration de M. Fournier qui a dit, que ce soit au leader ou publiquement, qu'il était pour prioriser 62 avant le 113?

Mme Hivon : La ministre de la Justice l'a déclaré lors de l'étude des crédits. Donc, je lui ai posé la question formellement en lui rappelant l'importance de ramener le projet de loi sur l'adoption, et elle a dit qu'il était entendu au gouvernement, comme elle l'avait dit précédemment, elle a rappelé aux crédits que le projet de loi n° 62 allait venir avant le projet de loi sur l'adoption, et hier M. Fournier l'a réitéré, et aujourd'hui il l'a encore réitéré en Chambre.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Mais ce n'est pas possible de faire tout ça avant la fin de la législature? 62, est-ce que vous comptez...

Mme Hivon : Non, mais, je veux dire, vous êtes conscient que...

M. Bélair-Cirino (Marco) : ...faire ce que vous avez fait dans 59 et faire de l'obstruction intelligente?

Mme Hivon : On a fait... On n'est pas en train de dire ce qu'on va faire avec 62, puis je ne dirais pas en tout cas qu'on est en train de faire de l'obstruction.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Mais pourquoi vous présumez qu'il n'y aura pas suffisamment de temps d'ici la fin de la législature pour…

Mme Hivon : Bien, écoutez, vous savez très bien — puis on n'est pas seuls là-dedans, là — vous savez très bien que le projet de loi n° 62, c'est sur la question qui fait le plus débat depuis des années à l'Assemblée nationale. Et, malgré toutes les demandes, le gouvernement n'a pas accepté d'inclure, donc, Bouchard-Taylor, donc la base qui fait consensus, dans ce projet de loi. Donc, effectivement, ce n'est pas un projet de loi, tous partis confondus, là — vous savez les positions de la CAQ à ce sujet-là — qui fait consensus. Donc, ce que ça veut dire, c'est que, oui, ça va être énormément de temps.

Et surtout, moi, je me dis : Pourquoi, quand il y a un projet de loi qui fait consensus, on décide de mettre celui qui ne fait pas consensus avant celui qui fait consensus et qui touche des vies humaines, des personnes qui vivent d'espoir depuis des années? Ça fait trois fois que ce projet de loi là est déposé. M. Fournier lui-même l'avait déposé quand il était ministre, ce n'est pas des farces, là. Ça fait excessivement longtemps, et il ne progresse pas, il n'avance pas. On franchit des pas, l'espoir renaît, puis là, woups! c'est comme dans le jeu des serpents et des échelles, on reprend un serpent. Donc, c'est inexplicable, ce qui se passe.

Et, si l'objectif, c'est de forcer la main pour que les oppositions ne puissent plus poser de questions pour des projets de loi qui sont plus difficiles ou pour lesquels il y a moins de consensus, c'est une stratégie qui est absolument odieuse.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Puis — vos gens qui vous accompagnent — est-ce qu'il y a d'autres raisons qui peuvent expliquer pourquoi l'Assemblée nationale n'a toujours pas adopté de législation pour vous faciliter la vie, là?

Mme Fortin (Caroline) : J'aimerais tellement ça pouvoir vous donner des réponses. On pose la question : Qu'est-ce qui bloque? Qu'est-ce qui fait qu'au Québec on n'avance pas sur ce dossier-là? D'autres provinces l'ont fait. Il n'y a pas eu de dégât majeur. Il n'y a pas eu de une dans les journaux à l'effet qu'une dame a trouvé sa mère puis ça a fait quelque chose de bien épouvantable. On ne comprend pas, là. On se dit : Est-ce que...

À la limite, là, je vais vous dire : Est-ce qu'il y a quelqu'un quelque part dans les hauts dirigeants qui ne veulent pas que leur petite vie intime ou celle de leurs parents ou grands-parents soit dévoilée? Mais à ce compte-là ils mettront un veto dans le dossier, puis ça va être fini, on n'en parlera plus. Il y a des gens qui ont vécu de mauvaises expériences, et je sais qu'il y a des gens qui ne sont pas pour le projet, mais c'est mineur. Puis c'est comme dans n'importe quel dossier, je veux dire, il y aura toujours des cas spéciaux.

Est-ce qu'on va éviter à des milliers de personnes d'avoir leur identité parce qu'il y a quelques histoires qui sont moins belles. Là, tu sais, c'est de mêler deux choses, là. Alors, moi, je trouve ça épouvantable. Je n'ai vraiment pas de réponse à vous donner, là, du pourquoi. C'est sûr qu'on amène... Comme je disais tantôt, ce n'est peut-être pas au niveau des élections, là, on n'amène peut-être pas grand-chose. Mais je pense que nous, on est là pour le côté humain de la chose. On n'est pas là pour acheter des votes, on n'est pas là pour ça, mais pas du tout.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Lors de la présentation du projet de loi, la ministre Stéphanie Vallée avait fait une présentation devant la presse. Il y avait plusieurs intervenants. Je ne sais pas si vous étiez personnellement présents? Puis vous étiez à ce moment-là animés d'espoir puis aujourd'hui ça semble être tout le contraire. Est-ce que vous vous estimez trahis par la ministre Stéphanie Vallée?

Mme Fortin (Caroline) : Ha, ha, ha! Comment répondre à cette question? Je vais vous dire qu'hier — bon, ce matin, je me suis calmée — hier, oui, je me suis sentie trahie, pas juste par Mme Vallée, par M. Fournier, par le gouvernement parce que, oui, effectivement, on vivait d'espoir. Tout a bien été, octobre le projet de loi, les consultations, les questions, consensus, tout va bien. Puis là, tout à coup, oups! on arrête ça là. Alors, on a fait des belles promesses, mais là, tout d'un coup, bien, là, on va passer à autre chose, là. Ils ont eu leur bonbon, là, on va passer à autre chose. Alors, oui, je me suis sentie trahie, mais l'espoir, j'en ai encore parce qu'on est là, on veut que ça passe et sincèrement, moi, personnellement, là, je suis convaincue que ça va passer. Puis on va faire les démarches nécessaires pour que ça passe. S'il faut aller dans les tribunaux, bien on ira.

Mme Lévesque (Catherine) : Mme Hivon, est-ce que vous pourriez juste expliquer qu'est-ce qui reste à faire en fait pour que 113 soit adopté? Est-ce que c'est juste un vote ou...

Mme Hivon : Oui. Donc, il a été... Non, en fait, il reste l'étude détaillée, c'est ça qu'on demande. Et puis il y a quelques... C'est un projet de loi sur l'adoption et il y a eu un choix qui a été fait de mettre... Il y a plusieurs, je dirais, sujets relatifs à l'adoption. Le principal, c'est celui de l'accès donc aux informations, aux antécédents, l'identité. Mais il y a aussi la question de l'adoption coutumière autochtone puis il y a aussi la question de l'adoption sans rupture du lien de filiation. Donc, il y a d'autres sujets pour lesquels, oui, il y a des questions, mais il y a un consensus de tous les partis là, mon collègue de la CAQ me le réitérait ce matin, on travaille ensemble là-dedans, il y a vraiment un consensus sur l'ensemble des... Oui, il y a des questions, il y a toujours des questions qui se posent, mais, moi, ce que je dis aujourd'hui à la ministre Vallée, c'est que, si sur les autres objets du projet de loi qui sont relatifs à l'adoption, mais qui ne sont pas uniquement la question de l'accès aux antécédents, s'il y a un problème, s'il y a quelque chose, bien on scinde le projet de loi, ce n'est pas plus compliqué, puis les quelques articles qui touchent spécifiquement la question de l'accès aux antécédents, bien qu'on le priorise, qu'on le fasse. Ça peut se faire facilement d'ici la fin de la session, ce bout-là.

Mais là, aujourd'hui, ce qu'on entend, c'est qu'on va ramener le projet de loi n° 62 puis qu'il va falloir l'adopter avant de passer à celui-là. Vous vous imaginez le message que ça envoie.

Mme Lévesque (Catherine) : Puis, Mme Fortin, vous disiez qu'il y a des gens qui s'opposent à ce projet de loi là? Qui sont ces gens?

Mme Fortin (Caroline) : Ah! je veux dire, il y a des gens qui ont vécu des expériences au niveau, je veux dire, des retrouvailles. Ici, on ne parle pas de retrouvailles, on parle de divulgation d'informations. Le contact, c'est autre chose. Mais il y a des gens qui ont vécu des situations moins agréables au niveau des retrouvailles et on s'est fait dire : Bien, écoutez, moi, je ne suis pas en accord avec le projet de loi. Je ne vous mettrai pas de bâtons dans les roues, mais je ne suis pas en accord parce que personnellement je connais des gens qui ont vécu des situations qui ont été moins agréables. Mais moi, je trouve que ce n'est pas une raison, là, comme je vous disais tout à l'heure, là, d'empêcher d'autres personnes d'avoir leur identité.

Mme Hivon : Parce que c'est important d'expliquer que ce projet de loi là, il ne force rien.

Mme Fortin (Caroline) : Non.

Mme Hivon : O.K. C'est juste qu'il inverse le fardeau. Les retrouvailles, c'est déjà possible quand les enfants adoptés et les parents biologiques acceptent de se retrouver. Là, ce que ce projet de loi là vient franchir comme pas, c'est que vous allez pouvoir avoir accès à l'identité de vos parents, même s'ils sont décédés, parce qu'avec l'identité vient toute la question des antécédents, donc de connaître vos antécédents, alors qu'en ce moment c'est cadenassé quand la personne est décédée, et ça renverse le fardeau. Mais vous pouvez encore, comme parent biologique, inscrire un veto, dire : Non, moi, je ne veux ni retrouvailles ni qu'on divulgue mon identité. Tout ça est préservé, mais le fardeau, il est sur le parent biologique plutôt que d'être sur les enfants adoptés qui, à moins d'un consentement explicite en ce moment, c'est ça la situation, ne peuvent avoir accès. Donc, on inverse le fardeau.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Sur un autre sujet, si vous me le permettez, Mme Hivon, est-ce que la publication du sondage dans The Gazette ce matin montre, autant pour le Parti québécois et pour Québec solidaire, que les alliances électorales entre les deux partis sont nécessaires, d'ici aux prochaines élections générales, pour chasser les libéraux puis mettre aux commandes du gouvernement un gouvernement indépendantiste et progressiste, qui s'est engagé résolument à réformer le mode de scrutin?

Mme Hivon : Oui, alors autre sujet. Écoutez, moi, je pense que vous connaissez depuis un bon moment ma position sur la convergence, sur les pactes électoraux. Ça n'a rien à voir avec un sondage ou un autre sondage. C'est une conviction profonde que j'ai qu'il est temps de faire les choses autrement. J'ai espoir qu'on peut redonner espoir aux Québécois en décidant qu'additionner des forces, que de vouloir faire triompher des idées progressistes et indépendantistes ça peut être un grand plus pour la société québécoise et ça peut nous permettre de sortir des sentiers battus et de créer une nouvelle dynamique. Et évidemment, dans la foulée de ça, pouvoir aussi réformer le mode de scrutin.

Mais l'idée, c'est de se dire qu'on est capable de mettre nos égos politiques de partis — parce que les partis politiques ont visiblement des égos aussi — qu'on est capables de mettre ces égos politiques de partis de côté pour aller au-delà de ça pour le bien commun, pour faire en sorte qu'on soit capable de faire triompher des idées progressistes et indépendantistes. Donc, ce n'est pas à la lumière d'un sondage ou d'un autre. C'est une conviction personnelle très forte qui m'habite.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Puis quelle est l'importance de la décision qui sera prise par les délégués de Québec solidaire ce week-end?

Mme Hivon : Bien, c'est une décision qui est très importante. Moi, je respecte beaucoup le processus démocratique au sein de Québec solidaire. J'ai suivi ça avec beaucoup d'intérêt, vous savez que j'ai même suivi, écouté votre table éditoriale le vendredi. Je trouve qu'il y a un véritable débat chez Québec solidaire, et c'est sain qu'il y ait un véritable débat, comme nous faisons nos débats au Parti québécois. Donc, il y a ce processus démocratique interne à Québec solidaire que je respecte.

Évidemment, vous pouvez comprendre que je vais suivre avec énormément d'intérêt ce qu'il va se passer au congrès dimanche, et c'est leur décision, c'est leur cheminement, mais moi, j'ai cet espoir qu'on se donne la chance, qu'on se donne la chance d'explorer une nouvelle voie pour les gens, pour redonner espoir aux gens, parce que les gens sur le terrain, ils s'attendent à beaucoup des partis politiques. Ils s'attendent à ce qu'on soit capables d'aller au-delà des lignes partisanes pour répondre à leurs besoins, et je pense que les progressistes et les indépendantistes, ils ont cette soif-là et moi, j'ai espoir qu'on va leur donner cet espoir-là. Et donc je vais suivre avec beaucoup intérêt ce qu'il va se passer.

Mme Lévesque (Catherine) : Mais est-ce que M. Lisée avait raison de mettre ses limites puis dire : Écoutez, vous devez prendre une décision, là, au congrès, là, sinon on oublie ça complètement? Est-ce qu'il avait raison de faire ça?

Mme Hivon : Bien, écoutez, moi, vous me demandez mon point de vue à moi, je vous exprime ce qui, moi, m'habite, pourquoi je crois dans cette idée de la convergence. Donc, je n'ai pas de commentaires à faire par rapport

à ça, là.

M. Vigneault (Nicolas) : Mais sur le sondage de ce matin, on comprend que c'est un sondage, est-ce que ça change la dynamique, à savoir que l'objectif premier était quand même de battre, entre guillemets, les libéraux? Est-ce que là la cible ne devient pas une autre cible avec le sondage de ce matin? Est-ce que vous allez ajuster le tir, finalement, après ça?

Mme Hivon : Écoutez, moi, je ne suis pas sur le sondage de ce matin. Moi, ce que je vous dis, c'est qu'il faut mettre de côté des fédéralistes de droite, et j'espère qu'on va pouvoir avoir au pouvoir un gouvernement progressiste et indépendantiste, et c'est ce que nous avons en commun. Nous avons des différences, et ce n'est pas un mariage, ce n'est pas une fusion, il y a toutes sortes de possibilités à partir du moment où on se dit oui à travailler ensemble.

Donc, c'est ça, et moi je pense que l'idée derrière tout ça, c'est de porter de l'espoir qu'on peut additionner puis faire des choses différemment. Et, vous savez, le tout, le tout peut être plus grand que la somme des parties, et c'est ça qui est intéressant avec cette idée de convergence.

La Modératrice : Merci.

Mme Poitras (Diane) : C'est la même chose en adoption. Le tout peut être plus grand que la somme des parties... parties qu'on ne connaît pas.

Des voix : Ha, ha, ha!

Mme Hivon : Quel esprit de synthèse!

Merci. Merci beaucoup de votre intérêt.

(Fin à 11 h 45)

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