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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mercredi 17 mai 2017, 11 h 45

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Onze heures quarante-six minutes)

M. Khadir : Merci d'être là. Alors, bonjour, tout le monde. Le gouvernement et son premier ministre ont annoncé la visite d'une délégation officielle, à la tête de laquelle on va trouver M. Couillard, en Palestine et en Israël dans les prochains jours. C'est de ça que je veux vous parler parce que c'est très important. M. Couillard est déjà allé là-bas, a déjà fait des promesses qu'il n'a pas tenues.

Une de ces promesses, il y a nombre d'années, alors qu'il était ministre de la Santé, c'est d'instituer un canal, disons, éducatif et scientifique pour assurer la formation de certains spécialistes médecins ici, au Québec, pour le Croissant-Rouge Palestinien. Ça ne s'est jamais avéré.

Alors, j'espère qu'en matière de droits humains, en matière d'actions en faveur de la paix, M. Couillard, cette fois-ci, va réaliser quelque chose, va tenir les promesses tacites qu'il nous fait lorsqu'on aborde ces sujets-là avec le Parti libéral. Nous avons passé une motion en sa présence l'année passée, une motion unanime qui disait que le Québec a un rôle à jouer, qui est de rappeler aux deux États, qui est rappeler aux artisans politiques, en Israël comme en Palestine, que la seule solution viable pour la paix, c'est une solution où deux États coexisteraient en paix l'un à côté de l'autre, la Palestine et Israël.

Je le dis parce que malheureusement, trop souvent, ces délégations-là, ça finit par être des gros contrats et malheureusement parfois militaires, hein? On a vu à quel point le Canada a été capable de compromis indignes lorsqu'il s'est agi de vendre du matériel militaire à l'Arabie saoudite. On a fermé notre... j'allais dire quelque chose de mauvais, non. On s'est tus pour ne rien dire contre les abus et les violations des droits humains par le gouvernement israélien... je m'excuse, d'Arabie saoudite, pour leur vendre des armes.

Aujourd'hui, au moment où on se parle, il y a des milliers de prisonniers politiques palestiniens qui sont en grève de la faim pour protester contre les conditions de détention inhumaines et les conditions de détention de près d'un million de gens à Gaza qui vivent dans une prison à ciel ouvert. Je pense que M. Couillard pourrait rappeler ça aux autorités palestiniennes, que c'est inacceptable, en termes de standards minimaux internationaux pour une société démocratique, le traitement que l'État d'Israël fait subir à des millions de Palestiniens et à des milliers de prisonniers politiques palestiniens.

Finalement, juste un mot pour vous dire qu'en fait c'est en cohérence avec une motion que nous avons voulu faire accepter non seulement pour réitérer notre attachement à la solution du conflit par l'instauration d'un État palestinien viable à côté d'Israël, mais aussi par devoir de cohérence pour que le gouvernement, sa délégation, discute des embûches à la paix, discute du conflit, discute des conditions des droits humains et du fait que le peuple palestinien a autant le droit que le peuple israélien de vivre dans des conditions dignes, en paix, en sécurité. Merci de votre attention.

Mme Richer (Jocelyne) : M. Khadir, bien, vous savez que le Québec n'est qu'une province, n'est quand même pas un pays et le Québec n'a même pas de relations diplomatiques directes avec Israël ou les Palestiniens. De quel droit il pourrait leur faire la leçon, la morale?

M. Khadir : On ne parle pas de leur faire la leçon. On leur parle de leur rappeler à leurs devoirs comme même un simple citoyen peut le faire, comme un journaliste peut le faire, comme un défenseur des droits humains peut le faire, comme un député... Moi, je l'ai fait, je suis allé, depuis que je suis porte-parole de ce parti, je suis allé en Colombie, je suis allé en Belgique, je suis allé dans différentes missions, je suis allé en Équateur à titre de député, de parlementaire, de rappeler notre engagement pour la paix, pour la solidarité internationale.

Le premier ministre du Québec peut très bien faire ça. C'est complètement conforme avec la politique officielle du Canada depuis 30 ans. Il peut très bien faire ça. Le Québec peut très bien dire que nous sommes soucieux que lorsque nous engageons des liens commerciaux avec un État, que ça ne nous emmène pas à fermer les yeux sur la situation des droits humains.

J'espère que M. Couillard va se comporter de manière plus digne que M. Trudeau dans la vente des armes à l'Arabie saoudite puis qu'il va dire : Bien oui, nous voulons faire des affaires, mais de commerce. D'ailleurs, c'est une notion très libérale, n'est-ce-pas? Avec le commerce vient la démocratie, vient le développement des droits humains. Alors, pourquoi est-ce qu'il ne s'emploierait pas à dire : Nous, là, notre vision du commerce, c'est ça. Nous voulons faire du commerce avec des États qui sont à la hauteur des attentes internationales en matière de respect des droits des prisonniers, de respect des droits des minorités, du respect du droit du peuple palestinien, et Israël les viole de manière constante depuis des années.

M. Gagnon (Marc-André) : Mais ça reste que les relations diplomatiques avec Israël, avec la Palestine, vous savez que c'est quelque chose qui est très, très délicat. Est-ce qu'il n'est pas sage de laisser ça d'abord au gouvernement fédéral, à M. Trudeau?

M. Khadir : Non. C'est plus facile pour un gouvernement qui n'est pas un État en relation directe. C'est plus facile, justement. Évidemment, il faut un peu de courage politique. Il faut sacrifier quelque chose, il faut sacrifier une quiétude, il faut sortir des sentiers battus.

M. Gagnon (Marc-André) : Quitte à sacrifier des contrats.

M. Khadir : Quitte à sacrifier des contrats, oui, parce qu'à long terme c'est dans l'intérêt du Québec d'avoir une région prospère, le Moyen-Orient, dans lequel on ne vend pas uniquement, on ne fait pas commerce uniquement avec sept millions d'Israéliens, mais on fait commerce avec 100 millions de musulmans, d'Arabes, de chrétiens, de Juifs et avec tous les États, pas avec Israël.

M. Croteau (Martin) : Est-ce que vous considérez que ce voyage marque un changement de cap dans l'attitude du Québec par rapport à la situation israélo-palestinienne?

M. Khadir : Non. En fait, je souhaiterais qu'il y ait un changement de cap positif, c'est-à-dire où on implique une action plus vigoureuse pour se porter à la défense des droits aussi du peuple palestinien, qui sont malheureusement oubliés par l'ensemble des institutions étatiques internationales. Mais, ceci étant dit, moi, je pense que c'est conforme à ce qu'on a vu depuis toujours par les partis au pouvoir. On soigne les relations commerciales. On ne dit pas grand-chose, sauf des petites tapes dans le dos au pauvre peuple palestinien.

Puis on ne dit surtout pas un mot qui puisse déplaire aux forces qui oeuvrent contre la paix, alors qu'il y a des millions d'Israéliens qui sont favorables à la paix, qui auraient soif d'entendre un gouvernement, comme le gouvernement du Québec ou le gouvernement du Canada, de mener une action énergique qui puisse leur donner un peu d'espoir aussi en Israël, de pouvoir faire la balance et peut-être changer le cours des choses en faveur de la paix, parce que depuis trop longtemps, le pouvoir, les institutions, la plupart des forces en présence, au pouvoir en Israël oeuvrent pour la guerre, oeuvrent pour l'affrontement, oeuvrent pour la conquête, oeuvrent pour l'agression, pour avoir plus de territoire.

Mme Richer (Jocelyne) : Est-ce qu'il doit dénoncer les conditions de vie faites aux Palestiniens et dénoncer la politique d'Israël envers les Palestiniens?

M. Khadir : Oui, c'est ça que je demande à M. Couillard, et ça permettrait de lever des tabous, de libérer la parole de peut-être d'autres petits États, d'abord, pour engager dans ce dialogue et pour qu'Israël ne se sente pas aussi autorisé, dans le silence général, à faire tout ce qu'il fait en toute impunité, et ça… Ce qu'on fait, des partis comme le mien ou les critiques de l'État actuel d'Israël, c'est pour améliorer Israël. Ce n'est pas pour le détruire, ce n'est pas pour le menacer. C'est pour améliorer Israël, c'est pour s'assurer qu'il y ait une paix durable qui assure la sécurité. Sans justice, il n'y a pas de paix durable. Sans justice, il n'y a pas de sécurité véritable.

M. Croteau (Martin) : Dans le concret, là, vous, vous n'êtes pas philosophiquement opposé à ce qu'il y ait un voyage du premier ministre en Israël?

M. Khadir : Pas du tout. Non.

M. Croteau (Martin) : Concrètement, là, vous voulez quoi, exactement?

M. Khadir : Si j'avais l'occasion d'y aller, pour répondre à votre question, je les accompagnerais si on me donne la chance et la liberté de dire mon point, que ça ne soit pas juste des rubans, puis des photo op, puis on ne dit rien, on ne dit surtout rien pour ne pas déranger Israël.

M. Croteau (Martin) : Mais ce que je veux dire, c'est : Concrètement, là, qu'est-ce que vous souhaitez que M. Couillard fasse là-bas?

M. Khadir : Dans ses rencontres, il aborde la question des prisonniers politiques. Dans ses rencontres, il aborde la question inacceptable du traitement subi par un million de personnes humaines à Gaza qui sont dans une prison à ciel ouvert.

Concrètement, il pourrait aller plus loin. Il pourrait dire : Écoutez, là, ça fait 30 ans, 40 ans. Vous ne trouvez pas que ça a assez duré? Il faut négocier de meilleure... avec bonne foi véritable. On ne peut pas nier tout au peuple palestinien puis s'attendre à avoir la paix.

M. Croteau (Martin) : Mais avec des dirigeants de start-up, des entreprises de l'aéronautique, même avec ces gens-là?

M. Khadir : Moi, je pense honnêtement, en toute leur âme et conscience... parce que je connais, je viens d'un milieu aisé et, à cause de mon rôle en politique, je rencontre beaucoup de ces gens-là, là, qui sont, disons, des riches hommes d'affaires. Ces gens-là ont une conscience, ces gens-là ont des valeurs. Ces gens-là sont aussi choqués que vous et moi du traitement subi par le peuple palestinien. Puis si leur gouvernement a le culot et le courage de faire ça...

Et je vous signale que la plupart des jeunes start-up modernes, par exemple, en Californie, etc., c'est toutes des entreprises qui ont une conscience sociale, qui sont dans l'économie de partage, qui sont pour une implication, une responsabilité sociale, climatique, environnementale et tout ça, et je ne vois pas pourquoi, tout d'un coup, ces gens-là seraient schizophrènes, en toutes matières; ils auraient une conscience puis là, tout d'un coup, pour le peuple palestinien, ils n'en auraient pas.

M. Gagnon (Marc-André) : C'est quand même la première fois de l'histoire qu'un premier ministre du Québec va aller en Israël puis en Cisjordanie. Est-ce que ce n'est pas quand même...

M. Khadir : Non. Je ne pense pas.

M. Gagnon (Marc-André) : Qu'un premier ministre... C'est ce qu'on...

M. Khadir : Ah oui? Je pensais que M. Charest avait été.

Journaliste : Non.

M. Khadir : Ah bon!

M. Gagnon (Marc-André) : C'était M. Bachand qui était allé. C'est M. Bachand qui était allé.

M. Khadir : O.K. Donc, c'est ça, le sens de votre question. Excusez mon ignorance.

M. Gagnon (Marc-André) : Donc, est-ce que c'est un pas dans la bonne direction? C'est un peu ce qu'on cherche à essayer de voir avec vous.

M. Khadir : Oui, si tant est que ça s'accompagne d'une intervention justifiée, justifiable, légitime et très, très salutaire en faveur des droits humains du peuple palestinien, en faveur de la reconnaissance des injustices historiques pour renforcer le camp de la paix en Israël, autant...

En fait, le camp de la paix en Israël, s'il est renforcé, là, du côté palestinien, les jusqu'au-boutistes, ceux qui ne veulent rien entendre, là, ça va tomber. C'est un miroir, en fait, c'est un reflet de l'impasse qui fait que ça alimente. D'ailleurs, vous aurez remarqué que ces jusqu'au-boutistes ont mis beaucoup d'eau dans leur vin dernièrement.

Donc, ce que je dis : Oui, ça pourrait être un pas dans la bonne direction, si ce n'est pas qu'uniquement centré sur le commercial.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Donc, vous souhaitez un énoncé de principe, mais vous n'êtes pas, comme certains le réclament, de l'école, disons, du boycott, là, un mouvement qu'on a entendu au cours des dernières années, là, qui dit au gouvernement de rompre tout lien commercial entre des entreprises... Israël, surtout celles qui peuvent être implantées en Cisjordanie et dans les territoires qui sont contestés...

M. Khadir : Ce n'est pas ce qu'on demande au gouvernement. Par contre, nous, nous sommes favorables aux campagnes, parce que ça part de grandes réalisations historiques partout. En Inde, du temps de Gandhi, il y a eu un boycott qui a eu un impact politique majeur, a permis la libération de l'Inde.

En Afrique du Sud... Je ne veux pas comparer, bien que j'aie mon opinion là-dessus. Ce que le mouvement a fait, partant de la base du boycott, et du désinvestissement, et des sanctions, ça a amélioré l'Afrique du Sud. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud contemporaine est mieux que l'Afrique du Sud dans laquelle il y avait des pratiques condamnables.

Donc, le mouvement de boycott des investissements et de sanctions, qui est parti d'ailleurs de la société civile palestinienne, pas du gouvernement, pas du Hamas, est partie de groupes indépendants de tous ceux-là et pour améliorer le sort des Palestiniens et des Israéliens. D'accord? Ceci étant dit, je ne m'attends pas à ce que le gouvernement Couillard aille là. Je m'attends à beaucoup moins, mais quelque chose de minimum et de respectable.

M. Bélair-Cirino (Marco) : Auriez-vous souhaité que l'itinéraire soit peut-être plus équilibré? Parce qu'à peu près tout le voyage se passe en Israël. Il y a un court saut de puce à Ramallah.

M. Khadir : Ma présence aurait probablement permis d'équilibrer ça, mais malheureusement, ce n'est pas le cas. Oui, c'est ça. Bien, vous avez tout à fait raison, il y a un déséquilibre qui traduit l'énorme déséquilibre qu'il y a dans l'appui donné à... Et souvent, lorsqu'on présente des motions, là, on nous dit : Ah! votre motion n'est pas assez équilibrée. Je vous dis : Mais excusez-moi, là, si on veut rééquilibrer les choses, il faut que notre motion soit uniquement portée à appuyer le peuple palestinien tellement dans le passé on a nié leurs droits, on a nié leurs besoins, on a nié même leur existence.

M. Croteau (Martin) : Quel message ça aurait envoyé si le premier ministre avait passé plus de temps en Cisjordanie ou dans les territoires occupés?

M. Khadir : Déjà, ça aurait été un message plus positif montrant qu'il se souci du sort du peuple palestinien, il se soucie des questions d'équité et de justice.

Mme Richer (Jocelyne) : M. Couillard se rend en même temps que le président Trump, qui, on le sait, dans le passé, a dit qu'il souhaitait déménager l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, ce qui pourrait avoir des conséquences politiques dramatiques. Qu'est-ce que vous en pensez de ça?

M. Khadir : Bien, M. Trump ne serait pas à ses premières bourdes, erreurs, grossièretés et imbécillités, mais je suis certain et persuadé que ni M. Couillard ni M. Trudeau ne sont là. L'ambassade doit rester à Tel-Aviv.

Mme Lévesque (Catherine) : Par curiosité, M. Khadir, je veux savoir, est-ce que vous feriez cette même demande sur les droits humains si le gouvernement Couillard allait, par exemple, au Venezuela, où le gouvernement socialiste tient sa population en otage?

M. Khadir : Absolument. Notre sens de la justice est d'insister sur le droit des peuples, des nations, n'est pas à géométrie variable. Cependant, il faudrait discuter de la situation au Venezuela, de l'intervention du secteur privé, appuyé par l'argent des secteurs de droite aux États-Unis, par l'argent de la CIA, qui l'a déjà fait ailleurs. Là, je ne le sais pas aujourd'hui, mais aujourd'hui, il y a des documents déclassifiés qui montrent que, dans des circonstances similaires, tout au long de l'histoire, l'argent de la CIA a servi à déstabiliser des gouvernements dûment constitués, d'accord, en utilisant les secteurs de droite, les secteurs d'affaires, en entraînant des pénuries et... Bon. Donc, il faudra discuter de tout ça.

Mais je suis le premier à reconnaître, et mes camarades de Québec solidaire le savent, la gauche, malheureusement, commet de graves erreurs au pouvoir. La gauche corrompue n'est pas mieux que la droite corrompue. On a une histoire de corruption énorme au Brésil, je l'ai déploré. Aujourd'hui, aucun homme de gauche honnête, au Québec ou ailleurs, ne peut nier le fait qu'il y a de la corruption jusqu'au sommet du pouvoir, malheureusement, au Venezuela. Le peuple venezuelien le déplore. C'est d'ailleurs sur ces faiblesses-là que travaillent les services secrets, que travaillent les saboteurs qui ne veulent pas que le Venezuela reste un pays indépendant dans ses choix politiques. Mais je n'hésiterai pas une seconde à demander à n'importe quelle délégation canadienne, québécoise, si ça va au Venezuela, de rappeler l'importance de lutter contre la corruption, d'oeuvrer à une meilleure sécurité pour le citoyen, d'oeuvrer à une meilleure reconnaissance des droits politiques des opposants, etc. Merci.

(Fin à 12 h 2)

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