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Point de presse de M. François Legault, chef du deuxième groupe d’opposition, M. François Bonnardel, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition, et M. Marc Picard, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de travail

Version finale

Le lundi 29 mai 2017, 12 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Douze heures trente-deux minutes)

M. Legault : Oui, bonjour, tout le monde. La grève dans la construction qui a débuté mercredi dernier a déjà coûté des centaines de millions de dollars à l'économie du Québec, et il y a des pères et des mères de famille qui actuellement n'ont pas de revenu, des entrepreneurs qui subissent des pertes. Donc, ce qu'on vit aujourd'hui, c'était prévisible, et ce que je veux vous dire, là, de plus important : On a déjà joué dans ce film-là en 2013, et c'était assez spécial, même un peu comique ce matin de voir le chef du Parti libéral dire au chef du PQ : C'est vrai qu'on est mauvais, mais vous aussi, vous avez été mauvais en 2013. Dans le fond, c'est un peu ce qu'on a entendu comme message de Philippe Couillard et de Jean-François Lisée ce matin. Donc, c'était prévisible. Et, dans le fond, Philippe Couillard, encore une fois, hein — c'est arrivé dans beaucoup de dossiers — il attend vraiment d'être acculé au pied du mur pour agir, il attend que le conflit éclate avant d'agir.

Maintenant, le projet de loi qui a été déposé aujourd'hui propose un mécanisme d'arbitrage qui est souhaitable. Ce qu'on propose entre autres, c'est de donner, par exemple, des pouvoirs à l'arbitre de choisir la position complète d'une des deux parties selon l'offre ou la demande qui est la plus raisonnable. Donc, on est d'accord avec le projet de loi puis avec le mécanisme qui est prévu dans le projet de loi. Ce qu'on déplore, c'est que ça n'a pas été fait avant. Pourquoi il a fallu perdre encore des centaines de millions de dollars? Pourquoi le Parti libéral attend toujours qu'il y ait un conflit avant d'agir? Si on avait eu un gouvernement de la CAQ, on aurait mis en place beaucoup plus tôt un mécanisme de négociation. Parce que, dans le fond, je comprends que les syndicats parlent du droit de grève, mais c'est un droit de grève qui est un peu théorique, puisque ça finit, à répétition, avec des projets de loi spéciaux. Donc, maintenant, ce que doit faire le gouvernement, c'est de travailler sur des solutions permanentes, des solutions permanentes parce que, dans le projet de loi, ce qui est prévu, finalement, c'est qu'on risque de se retrouver dans la même situation en 2021.

Puis je veux profiter de l'occasion aussi pour parler du conflit avec les ingénieurs au ministère des Transports parce que le problème est grave. Actuellement, il y a des chantiers publics, là, où on dit : Il y a moins de surveillance ou une surveillance qui n'est pas continuelle, il y a des chantiers qui sont au ralenti. Évidemment, le dossier n'est pas du tout le même, là, hein? Quand on regarde le montant, les salaires qu'on paie aux ingénieurs de l'État, on le voit, là, il y a seulement le tiers des ingénieurs qu'on réussit à attirer qui ont de l'expérience, là, plus de 10 ans d'expérience. Donc, c'est un dossier qui est différent. Évidemment, le payeur, dans le cas des ingénieurs du MTQ, c'est le gouvernement, donc ce n'est pas la même chose que dans la construction, mais ça a des impacts très négatifs pour l'économie du Québec. Donc, pourquoi, encore là, Philippe Couillard laisse-t-il traîner le dossier avec les ingénieurs de l'État? Il y a une urgence d'agir. Il faut qu'il s'y mette, qu'il règle le dossier rapidement au cours des prochaines semaines.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : M. Legault, ce que vous appelez «laisser traîner» d'autres vont appeler ça «négocier». Vous auriez voulu quoi, une loi spéciale plus tôt?

M. Legault : Bien, écoutez, on le voyait, là, c'était presque écrit dans le ciel depuis 2013 qu'on finirait avec la même sorte de conflit. On voyait deux parties qui n'avaient pas vraiment beaucoup d'incitatifs à vraiment négocier. Donc, c'était prévisible, ce qu'on vit depuis mercredi dernier. Donc, pourquoi ne pas avoir mis un autre mécanisme? Le mécanisme qui est là actuellement, il ne fonctionne pas. Il n'a pas fonctionné en 2013, il ne fonctionne pas…

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : ...quoi? Une loi spéciale dès mercredi passé?

M. Legault : Bien, écoutez, nous, on aurait souhaité que le mécanisme qui est proposé, là, qui va s'étendre sur plusieurs mois, qu'il y ait d'abord un médiateur qui essaie de rapprocher les parties, que le médiateur fasse rapport à un arbitre puis que l'arbitre, selon un certain nombre de critères, ait le pouvoir de trancher. Je pense que c'est une bonne proposition. Maintenant, comment se fait-il qu'ils n'ont pas consulté les deux parties, l'employeur et le syndicat, pour essayer de trouver un nouveau mécanisme? Parce que, M. Couillard, il le savait que le mécanisme actuel ne fonctionne pas. Donc, pourquoi...

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Vous l'auriez fait quand?

M. Legault : On l'aurait fait depuis plusieurs mois. On l'aurait fait avant que ça finisse en grève.

M. Bellerose (Patrick) : Donc, dans votre formule, il n'y a aucune négociation préalable. Ce serait : tout de suite on passerait à un médiateur pour éviter qu'on se rende jusqu'à...

M. Legault : Non, non. Il peut y avoir une formule de négociation avant que la convention soit terminée, hein — la convention est terminée depuis le mois d'avril — et, s'il n'y a pas d'entente, bien là il y a un médiateur; s'il n'y a toujours pas d'entente avec le médiateur, il y a un arbitre. Donc, ça prend un nouveau mécanisme de négociation. C'est pour ça qu'on l'appuie, là, le projet de loi. Mais pourquoi le gouvernement ne l'a pas fait avant? Pourquoi il a laissé des pères puis des mères de famille, là, sans revenu pendant plusieurs jours, des gens inquiets parce qu'ils attendent leurs maisons? Pourquoi on est toujours en réaction? Il faudrait, à un moment donné, avoir une vision et prévoir les coups plutôt que d'être toujours en réaction, comme M. Couillard.

M. Chouinard (Tommy) : Mais il y a eu conciliation, il y a eu médiation, là. C'est simplement que vous, vous dites : Il faut complètement changer le cadre de négociation.

M. Legault : Absolument, absolument.

M. Chouinard (Tommy) : Mais, étant donné que le gouvernement, il n'a rien fait, à proprement parler, ce n'est pas exactement ce qui s'est passé.

M. Legault : Bien oui, mais j'entendais la ministre Vien dire toutes les dates où il y a des échecs. Est-ce qu'il y a quelqu'un au Québec qui doutait de l'issue? Tu sais, on le savait que ça aboutirait par une loi spéciale. Même la ministre, Dominique Vien, le dit depuis un certain temps. Donc, pourquoi on attend la loi spéciale? Pourquoi on ne met pas en place un nouveau mécanisme? Pourquoi on n'a pas profité de la leçon de 2013? Tu sais, c'est ça, là. J'entends Philippe Couillard accuser le PQ d'avoir fait une loi spéciale en 2013 comme s'il y avait un concours entre le PQ puis le Parti libéral à savoir qui est le plus mauvais ou le moins mauvais. C'est à peu près ça.

Mme Prince (Véronique) : La période cinq mois, qu'est-ce que vous en pensez? Les travailleurs, déjà, disent : Ah! ça va s'en aller en arbitrage, c'est sûr, on va être perdants là-dedans. Est-ce que vous pensez que ça aurait dû être une...

M. Legault : Moi, je pense que c'est raisonnable. C'est raisonnable, une période cinq mois, surtout qu'il y a déjà eu plusieurs mois de négociation, de discussion. Donc, je pense que la loi, comme elle est là, la CAQ va voter pour. C'est une loi qui est raisonnable.

Et on ne peut pas se permettre, actuellement, au Québec, avec une économie qui est en retard sur tous nos voisins, d'avoir une grève qui perdure. Les travailleurs, là, à qui je parle, moi, dans mon comté, ils veulent travailler.

La Modératrice : Des questions en anglais?

M. Bellerose (Patrick) : Les travailleurs veulent travailler, donc, c'est quoi, c'est la direction, c'est leurs directions syndicales qui cherchent le conflit?

M. Legault : Bien, c'est un mécanisme où il n'y a pas vraiment d'incitatifs à régler, donc chaque partie reste dans son camp, ne bouge pas puis attend la loi spéciale. Je veux dire, ce n'est pas souhaitable pour personne.

M. Chouinard (Tommy) : Est-ce que, selon vous, il y a une partie ou une autre qui est davantage responsable de la situation actuelle du blocage?

M. Legault : Je pense qu'actuellement les deux parties sont responsables. Les deux parties n'avaient pas vraiment d'incitatifs à négocier dans le vieux mécanisme de négociation. C'est pour ça que ça prend un nouveau mécanisme, un mécanisme qui soit permanent, et ça doit être discuté avec les deux parties. Moi, je ne comprends pas que le Parti libéral, là, ça fait trois ans et plus qu'il est au pouvoir, il n'a rien fait dans la construction. On parle quand même de 175 000 travailleurs, puis le Parti libéral, encore une fois, est en réaction, il attend les gros problèmes pour agir.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Comment ça pourrait s'articuler, ce mécanisme-là dont vous parlez? Si on sait, par exemple, que la convention collective vient à échéance en avril, on lance tout de suite ce mécanisme-là ou on le fait avant? Comment vous voyez ça dans le temps?

M. Legault : Comme, entre autres — c'est une possibilité — c'est écrit dans le projet de loi, c'est-à-dire qu'il y a négociation, médiation et arbitrage.

    Mme Sioui (Marie-Michèle) : Dès que la convention est échue?

M. Legault : Bien, ça pourrait être même avant parce qu'on ne veut pas se ramasser avec une grève, personne. Ni les employeurs ni les travailleurs ne veulent se ramasser avec une grève, tu sais, parce qu'on le sait, là, c'est une grève qui est un peu théorique, là. Que ça soit le PQ ou le Parti libéral, ils attendent cinq jours puis ils passent un projet de loi spécial. Donc, c'est une grève qui est un peu théorique, mais pourquoi forcer la grève avant qu'il y ait un règlement? Moi, je pense qu'on doit regarder les critères qui sont proposés, la capacité de payer de l'employeur, regarder des comparables dans d'autres secteurs au Québec puis dans les autres provinces canadiennes, comment on protège le pouvoir d'achat des travailleurs, l'équilibre entre la flexibilité puis les contraintes. Mais c'est ça, là. Il faut qu'il y ait un arbitre et qu'il y ait quelqu'un, à un moment donné, qui empêche qu'à chaque fois ça finisse par des lois spéciales.

M. Dion (Mathieu) : CBC, Radio-Canada a présenté un sondage aujourd'hui qui montre que les Québécois sont plus inquiets que les autres Canadiens face à la légalisation de la marijuana. Est-ce que c'est un résultat qui vous surprend?

M. Legault : Pas du tout. Moi, je le dis depuis le début, c'est très inquiétant. J'ai été ministre de l'Éducation, j'ai vu les dommages causés par le cannabis dans les écoles secondaires, dans les cégeps, sur les taux de réussite des jeunes, donc, c'est très inquiétant. Il faut s'assurer qu'on mette en place des mesures pour éviter la hausse de la consommation au Québec, en particulier chez les jeunes. Et je comprends que les Québécois soient inquiets. La CAQ est inquiète. Moi, je suis inquiet.

M. Chouinard (Tommy) : ...vous êtes inquiet, vous êtes opposé à la légalisation?

M. Legault : Bien, écoutez, là, d'abord, ça va se décider à Ottawa. Qu'on le veuille ou non, la façon que c'est présenté, les gens pourraient même en acheter par Internet en Ontario. Donc, il faut quand même être réalistes, là, mais il faut tout faire pour limiter la hausse de consommation du cannabis au Québec.

M. Chouinard (Tommy) : ...pour ou contre? La question...

M. Legault : Bien, on va attendre de voir ce que M. Couillard va proposer comme mécanisme, mais il faut s'assurer qu'on limite la consommation. C'est très inquiétant. Je trouve qu'on va très vite.

M. Bellerose (Patrick) : Mais la meilleure façon, si on veut contrôler, est-ce que c'est de le distribuer via un réseau public ou privé?

M. Legault : Écoutez, je veux d'abord voir les propositions du gouvernement. Il y a des avantages puis des désavantages des deux côtés. Voilà.

M. Dion (Mathieu) : ...SAQ, pharmacies, la plupart des gens étaient en faveur que ce soit distribué là. Vous, vous penchez de quel côté?

M. Legault : Il ne faut pas que ce soit attirant, attrayant. Donc, il faut regarder différentes possibilités, mais on n'est pas encore rendus là.

La Modératrice : Question en anglais? Non? C'est parfait.

M. Legault : C'est beau? Merci, tout le monde.

(Fin à 12 h 43)