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Point de presse de M. Éric Caire, leader parlementaire adjoint du deuxième groupe d'opposition

Version finale

Le jeudi 1 juin 2017, 13 h

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Treize heures deux minutes)

M. Caire : Alors, bonjour. Aujourd'hui, je voulais réagir aux nouvelles, nouvelles, nouvelles révélations sur les relations entre l'inconsolable Marc-Yvan Côté et le premier ministre du Québec. Je pense que, dans cette histoire-là, il est important, pour bien comprendre la réaction du premier ministre, eh bien, il est important de faire une chronologie des événements.

Tout d'abord, souvenons-nous, au mois de février 2012, les révélations qui ont été faites autour d'une subvention à Premier Tech où Sam Hamad et Marc-Yvan Côté auraient eu un déjeuner ensemble. Résultat, la Vérificatrice générale dit : Il y a un million, dans cette subvention-là, qu'on n'est pas capable d'expliquer. Le Commissaire à l'éthique dit : Sam Hamad, s'il n'a pas contrevenu à la lettre du code d'éthique, a très certainement contrevenu à l'esprit. Il est très sévère à l'endroit de Sam Hamad. Résultat des courses, M. Hamad a été obligé de quitter non seulement le Conseil des ministres, mais la politique.

Plus tard, le même Marc-Yvan Côté fait l'objet de l'amitié, et j'insiste sur le mot, l'amitié du premier ministre du Québec, notamment au mois de mars, et c'est ce qu'on apprend nouvellement aujourd'hui, où le premier ministre nous dit que, dans son BlackBerry, il a la date d'anniversaire de Marc-Yvan Côté. Il l'appelle en lui disant : Écoute, passe à la maison qu'on souligne cet anniversaire. Vous comprendrez, évidemment, que ça nous indique assez clairement que Marc-Yvan Côté n'est pas simplement une connaissance de Philippe Couillard, mais bel et bien un ami proche.

Marc-Yvan Côté, je pense qu'il est utile de le rappeler, a été banni du Parti libéral du Canada en 2005. Donc, en 2012, on sait très bien qui est Marc-Yvan Côté. Le juge Gomery a dit de lui qu'il avait déshonoré le Parti libéral du Canada. Il a été banni à vie par Paul Martin et par Jean Lapierre. Donc, Philippe Couillard sait très bien qui est Marc-Yvan Côté, d'autant plus qu'à ce moment-là, au mois d'avril, il fait l'objet d'allégations, encore une fois, de financement politique frauduleux.

La réaction de Philippe Couillard, c'est de dire : Je vais lui envoyer un courriel, je vais l'inviter à la maison pour le consoler, dit-il, et pour «brainstormer».

Je pense qu'il est pertinent de rappeler que, depuis 2007, Philippe Couillard a en tête l'idée de briguer la chefferie du Parti libéral. C'est documenté dans le livre d'Alec Constonguay et c'est de notoriété publique de toute façon. Donc, on peut penser qu'en 2012, avril 2012, déjà, Philippe Couillard a les deux yeux sur le siège du conducteur pour paraphraser M. Charest.

Autre élément important, le 22 septembre 2012, M. Goudreau, vice-président de Premier Tech, le même Premier Tech qui a coûté son travail à M. Hamad, et Marc-Yvan Côté s'échangent des courriels. Pourquoi? Pour s'assurer que les 24 délégués du comté de Charlevoix seront à qui? À M. Couillard. Et je vous signale que M. Couillard n'a pas encore annoncé son intention de se lancer à la chefferie du Parti libéral. Donc, il le fera deux semaines plus tard, mais deux semaines avant, donc, cette annonce officielle, Marc-Yvan Côté est déjà au fait que Philippe Couillard se lancera à la chefferie du Parti libéral. De qui le tient-il? De qui l'a-t-il appris? Comment se fait-il que M. Couillard, qui nous dit qu'il n'a pas été impliqué du tout, Marc-Yvan Côté est impliqué pour trouver des délégués pour l'éventuelle course à la chefferie de Philippe Couillard.

Et je vous rappelle, pour conclure, que Lise Grondin, militante émérite du Parti libéral, ancienne directrice de cabinet du président de l'Assemblée nationale, pas une vague militante, quelqu'un de bien en vue au Parti libéral, envoie un courriel à ce même Marc-Yvan Côté pour le remercier de son travail dans l'ombre. Alors, je ne pense pas que Mme Grondin s'amuserait à saluer le travail que quelqu'un qui aurait été exclu du leadership de M. Couillard.

Donc, assez clairement, la relation entre Marc-Yvan Côté et Philippe Couillard est beaucoup plus proche, beaucoup plus complice que ce que le premier ministre semble vouloir nous dire. À preuve, le premier ministre, d'abord, refuse de répondre aux questions des journalistes sur cette question. Il ne l'a pas encore fait, et tout à l'heure il y aura un point de presse, à 13 h 30. J'espère qu'il répondra enfin à ces questions-là parce qu'elles sont extrêmement lourdes de conséquences sur l'intégrité et l'éthique du premier ministre du Québec.

Donc, il n'a pas répondu aux questions de journalistes, mais en plus, aujourd'hui, comme par magie, le premier ministre du Québec veut nous parler de constitution. Alors, quand les stratèges du Parti libéral en arrivent à la conclusion qu'il vaut mieux parler de constitution que d'éthique, c'est parce qu'ils en arrivent à la conclusion que leur chef n'est plus montrable. Et je pense qu'il s'agit, là, d'une diversion. Là-dessus, j'attends vos questions.

M. Gagnon (Marc-André) : M. Caire, avez-vous l'impression que M. Couillard a sacrifié Sam Hamad pour moins que lui à l'égard de ses liens avec Marc-Yvan Côté?

M. Caire : Bien, de toute évidence, c'est du deux poids deux mesures. Écoutez, Sam Hamad, et j'étais d'accord avec la décision, là, je ne reviens pas là-dessus, mais Sam Hamad avait déjeuné avec Marc-Yvan Côté. La Vérificatrice générale a dit : Il y a 1 million de subvention que je ne suis pas capable d'expliquer, mais elle ne peut pas le relier à ce déjeuner-là. Et, nonobstant ça, Philippe Couillard l'a exclu, puis écoutez, là, on l'a demandé, là, on pensait que c'était la chose à faire.

Donc, je ne reviens pas là-dessus, mais il a quand même, lui aussi, accédé à notre demande de l'exclure du Conseil des ministres et visiblement n'avait aucune intention de le réintégrer, ce qui a amené Sam Hamad à démissionner de son poste de ministre. Et on comprendra que la relation entre Sam Hamad et Marc-Yvan Côté est pas mal moins intense, complice et amicale que celle que le premier ministre entretient avec Marc-Yvan Côté lui-même.

M. Gagnon (Marc-André) : Mais dans ce cas-là précis avec Premier Tech, il y a une subvention qui est en jeu. Pour ce qui est de M. Couillard et de Marc-Yvan Côté, qu'est-ce qu'il a à expliquer de plus, au fond, parce qu'il l'a écrit noir sur blanc que c'est son ami? Et puis, encore en Chambre, M. Fournier, M. Couillard, d'emblée, ne cachent pas qu'ils étaient des amis.

M. Caire : Oui, je vais apporter des bémols. D'abord, moi, j'ai écouté les réponses du premier ministre, et il dit : Je n'ai jamais caché que je connaissais Marc-Yvan Côté. Jamais je n'ai entendu le premier ministre dire : Marc-Yvan Côté est mon ami, premièrement.

Deuxièmement, Marc-Yvan Côté, si on se fie aux courriels qui ont été rendus publics dans Le Journal de Québec, bien, écoutez, on se rend compte que, dès le 22 septembre, donc deux semaines avant que Philippe Couillard rende sa candidature officielle, Marc-Yvan Côté était déjà à pied d'oeuvre pour lui trouver des délégués. Vous comprendrez qu'on ne cherche pas des délégués pour quelqu'un qui n'est pas candidat. Donc, il faut savoir que la personne est candidat. Lise Grondin le remercie pour son travail dans l'ombre, et M. Goudreau de Premier Tech, on a une belle photo, qui organise des 5 à 7, des levées de fonds avec Philippe Couillard. On a une photo, là, où on voit M. Goudreau et M. Couillard, là, qui sont posés ensemble lors d'un événement de financement pour sa course au leadership. Et je vous rappelle que Sam Hamad était aussi le président de la campagne au leadership de Philippe Couillard. Donc, les liens entre ces personnes-là sont assez évidents, je pense.

M. Gagnon (Marc-André) : Hier, à toutes fins pratiques, ce que M. Couillard a fait, c'est de se défendre d'avoir menti, hein, aux Québécois sur ses liens avec Marc-Yvan Côté. Avec cette nouvelle information là, qu'est-ce que ça vous dit?

M. Caire : Bien, ça me dit que le premier ministre va devoir, une bonne fois pour toutes, répondre à vos questions. Vous aurez l'occasion de le faire dans quelques minutes, parce qu'il s'est toujours défilé, malheureusement, de sa responsabilité. Il ne faut pas oublier que cet homme-là est premier ministre du Québec et qu'actuellement son comportement n'est absolument pas à la hauteur de sa fonction. Alors, s'il ne le fait pas pour lui, au moins, qu'il le fasse pour l'institution qu'est le premier ministre du Québec.

Mais, à chaque révélation, on se rend compte que l'amitié entre Marc-Yvan Côté et Philippe Couillard est beaucoup plus profonde que ce que Philippe Couillard veut bien le dire. Et ça nous amène à conclure que, quand il dit qu'il n'a jamais été impliqué dans sa campagne électorale, ça soulève de sérieux doutes, de sérieux doutes. Et chaque révélation, c'est un peu le supplice de la goutte, là. Alors, moi, je pense que le premier ministre doit jouer cartes sur table et nous dire exactement ce qu'il en est de sa relation avec Marc-Yvan Côté.

Mme Blais (Annabelle) : Là, vous dites que ça soulève de sérieux doutes, là, mais vous, là, à la CAQ ou vous, M. Caire, vous pensez quoi de tout ça, là? Est-ce que, quelque part, vous pensez qu'effectivement Marc-Yvan Côté s'est bel et bien impliqué, que ce soit à l'insu du premier ministre ou non? C'est quoi, votre conviction…

M. Caire : Bien, la question que vous posez est excellente. Est-ce que ça s'est fait… Moi, je suis convaincu que Marc-Yvan Côté s'est impliqué dans la course au leadership de Philippe Couillard. Je veux dire, je ne peux pas croire que M. Goudreau écrit un courriel, échange avec Marc-Yvan Côté deux semaines avant l'annonce de sa candidature pour trouver des délégués, puis qu'ils font ça juste pour le plaisir de la chose. Je connais Lise Grondin, c'est une personne saine d'esprit, et, quand elle envoie un courriel pour remercier Marc-Yvan Côté pour son travail dans l'ombre, et je la cite, pour son travail dans l'ombre, personnellement, je n'ai aucun doute que ça s'est fait.

Est-ce qu'on a tenu Philippe Couillard dans l'ignorance? Est-ce que lui-même avait un intérêt à regarder ailleurs? Vous comprendrez que ça, je n'ai pas encore ce lien-là, cette démonstration claire là. Mais je pense que plus on avance, plus on en apprend, plus l'étau se resserre. Et je pense que Philippe Couillard aurait tout intérêt à être transparent. Il vaut mieux une vérité qui fait mal qu'un mensonge qui tue.

Mme Blais (Annabelle) : Mais si, justement, il sortait puis il disait : Bien, oui, O.K. c'est mon ami, on a échangé quelques courriels, voilà, ça ne veut pas dire qu'il s'est impliqué dans ma course, que je le savais... Vous, ça vous dérange quoi par rapport à... le fait qu'ils aient été amis à cette période-là? Est-ce que vous pourriez jusqu'à demander sa démission?

M. Caire : Bien, O.K., d'abord, il faut savoir que Philippe Couillard, en avril 2012, avait déjà comme objectif de devenir chef du Parti libéral. Je veux dire, Alec Castonguay l'a écrit noir sur blanc dans son livre, puis déjà, moi, j'étais à l'Assemblée nationale en 2007, puis c'était un secret de polichinelle, là. C'était un secret de polichinelle, puis lui-même ne s'en n'est pas caché. Donc, déjà, en 2012, on sait qui... et en 2007, mais encore plus en 2012, on sait qu'il veut être au leadership. Marc-Yvan Côté est un individu au passé lourd, très lourd, et quand on aspire à devenir chef du Parti libéral, éventuellement premier ministre du Québec, bien, je pense qu'on a le devoir de choisir ses amitiés en conséquence.

Et quelqu'un qui est aujourd'hui accusé de fraude et de toutes sortes d'autres choses, qui a déjà été coupable de ces mêmes éléments là, mais au niveau fédéral, banni à vie d'un parti politique, est-ce que c'est le genre de fréquentation qu'on veut pour le premier ministre du Québec? Moi, je pense que poser la question, c'est y répondre. D'une part.

D'autre part, lui dit qu'il a donné instruction à ce que Marc-Yvan Côté ne s'implique pas dans sa campagne. Bon, visiblement, au pire, ses instructions n'ont pas été suivies, et ça s'est fait à son insu. Je dirais, au mieux, en fait, les instructions n'ont pas été suivies, ça s'est fait à son insu. Au pire, il nous a menti sur cet élément-là. Et là, si le premier ministre du Québec ment à la population du Québec, écoutez, là, on vient de passer à un autre niveau, là.

M. Gagnon (Marc-André) : Si jamais ça vient à se confirmer que M. Côté a joué un rôle dans la course à la chefferie, dans la campagne de M. Couillard lors de la course à la chefferie libérale, est-ce que ça rendrait la victoire de M. Couillard moins légitime?

M. Caire : Ça rendrait l'individu plus suspect. Quand tu fais appel...

M. Gagnon (Marc-André) : Vous parlez de M. Couillard?

M. Caire : Oui, absolument, parce que, quand tu fais appel à des forces de l'ombre et que tu tais ces accointances-là sachant très bien ce que tu as fait, je pense que ça nous en dirait long sur le genre d'individu qui pose ce genre de geste là. Comme je vous dis, au moment où on se parle, je ne peux pas démontrer que la directive a été donnée, soit dit en passant, parce que vous comprendrez qu'il n'y a aucun écrit qui vient corroborer ça. Donc, c'est la parole du premier ministre, que je prends pour l'instant, mais par contre, j'ai des écrits qui viennent démontrer que Marc-Yvan Côté a joué un rôle.

Donc, la seule question qui reste à trancher, c'est : est-ce que ça s'est fait à l'insu de M. Couillard? Et moi, si j'étais M. Couillard, je voudrais savoir qui a permis ça, qui a permis que Marc-Yvan Côté joue un rôle dans ma campagne alors que j'avais donné une directive contraire? Puis, si ça ne s'est pas fait à son insu, bien, il nous a menti.

M. Gagnon (Marc-André) : Vous avez effleuré le sujet de la Constitution, donc ça m'intéresse de vous entendre davantage là-dessus, comme M. Couillard est en train de faire sa présentation. On en sait déjà un bout, il s'est exprimé ce matin en Chambre.

Donc, si le Parti libéral s'en va sur le terrain du débat de la Constitution, du fédéralisme renouvelé, tout ça, est-ce que ce n'est pas une façon d'essayer de nuire à la CAQ de brouiller les cartes du côté des fédéralistes?

M. Caire : Écoutez, moi, je suis convaincu d'une chose, le fait de faire ça aujourd'hui, il y a visiblement une volonté du premier ministre de détourner l'attention de ses problèmes. Ça, pour moi, c'est clair, net et précis. Ce n'est pas un hasard, là. Je veux dire, tous les illusionnistes vont vous dire qu'il faut capter l'attention du public ailleurs quand on fait ses petits trucs par en dessous. Ça, il n'y a pas de magie, là.

Maintenant, si d'aventure, il y avait un appétit au Québec et au Canada, je dis bien s'il y avait un appétit au Québec et au Canada, pour débattre de la question constitutionnelle, je vous rappelle que la CAQ a tenu un congrès là-dessus il n'y a pas très longtemps, pour lequel on a élaboré une position qui est assez claire, assez détaillée, puis on aura des propositions à faire autant pour les Québécois que pour les Canadiens. Merci.

Le Modérateur : Merci beaucoup.

(Fin à 13 h 16)

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