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Point de presse de M. Dave Turcotte, porte-parole de l’opposition officielle en matière de services sociaux et de protection de la jeunesse

Version finale

Le mercredi 7 juin 2017, 13 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Treize heures trente et une minutes)

M. Turcotte : Merci à vous toutes et à vous tous. Je suis accompagné aujourd'hui de Stéphanie Cloutier, qui est maman — d'un enfant ou deux? Un? — ...

Mme Cloutier (Stéphanie) : Bien, je suis maman de trois enfants, mais une seule qui...

M. Turcotte : ...de trois enfants, une ayant une déficience intellectuelle, qui est instigatrice de la pétition que nous lançons aujourd'hui; Mme Labrecque, ici, en arrière, Geneviève Labrecque, directrice générale du Regroupement pour la Trisomie 21; Anik Larose, directrice générale de l'Association du Québec pour l'intégration sociale; Élizabeth Claveau, directrice de l'Association de la déficience intellectuelle de la région de Rimouski; et Isabelle Molliet — c'est bien ça? — ...

Molliet (Isabel) : C'est ça.

M. Turcotte : ...coordonnatrice de l'Association des parents pour la déficience intellectuelle et troubles envahissants du développement, qui sont réunies aujourd'hui pour lancer une pétition pour demander un réinvestissement significatif en déficience intellectuelle au Québec.

Vous avez peut-être vu aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de déposer une motion à l'Assemblée nationale, une motion presque unanime — donc, l'ensemble des partis politiques ont appuyé la motion, à l'exception d'un, le gouvernement — et donc une motion qui demandait de réinvestir significativement pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle. Et de voir que le gouvernement refuse cette motion-là, pour nous, ça nous désole, bien entendu. Pour des mères, pour des pères, pour des gens qui vivent au quotidien avec des personnes vivant cette situation, qui se battent depuis des années, qui militent depuis des années pour un réinvestissement et aussi une reconnaissance pour ces personnes, c'est sûr que c'est désolant.

La ministre Charlebois n'aime pas lorsque nous disons que l'austérité libérale a des effets, mais, oui, ça a des effets, ça a eu des effets, les coupures du gouvernement ont encore des effets et elles en auront encore par la suite, parce que, les coupures, on commence à voir les conséquences de ces coupures actuelles là. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, nous lançons cette pétition. Et je vais céder la parole à Mme Cloutier pour présenter un peu son histoire, mais aussi la raison qui l'a incité à présenter cette pétition ici, à l'Assemblée nationale.

La Modératrice : Merci. Mme Cloutier.

Mme Cloutier (Stéphanie) : Alors, je suis la maman d'une petite fille ayant une déficience intellectuelle. Elle est ce que j'ai de plus précieux, et je trouve déplorable que le gouvernement manque autant de considération à son égard. Au cours des dernières années, les services en déficience intellectuelle n'ont cessé de diminuer. Certains services sont devenus pour ainsi dire inexistants, et je parle ici de services qui sont essentiels pour le bien-être de mon enfant. Je parle d'orthophonie pour qu'elle puisse apprendre à parler, je parle de physiothérapie et d'ergothérapie pour qu'elle puisse apprendre éventuellement à manger seule, tenir un crayon, courir, marcher, je parle aussi d'éducation spécialisée pour qu'elle puisse apprendre à bien se comporter, que ce soit à l'école ou en société.

Ma fille a dû attendre plus d'un an et demi sur une liste d'attente avant d'être prise en charge par un centre de réadaptation. C'est beaucoup trop long quand on pense que, durant ce délai, les retards s'accentuent et les problèmes s'accumulent. Une fois entrés dans le système, les services nous ont été accordés au compte-gouttes. Ma fille n'a même pas droit à des services continus comme la loi le prévoit. On nous accorde plutôt des épisodes de services, étant donné que les professionnels sont en nombre insuffisant pour remplir les besoins de tous les enfants. Donc, ce sont des blocs de services de quelques mois, quelques épisodes, et ensuite ma fille doit retourner en attente pour laisser la chance à d'autres enfants d'avoir à leur tour des services.

Toutes ces périodes d'attente ont des conséquences très lourdes sur le développement de mon enfant. Il est urgent que le gouvernement concentre des efforts sur la déficience intellectuelle. Le budget doit être rehaussé de manière significative. Il doit être assorti d'un plan d'action concret avec des mesures d'amélioration. Le manque de ressources et de services qui prévaut actuellement en déficience intellectuelle est à un seuil critique. Des individus qui avaient le potentiel de devenir autonomes et fonctionnels éventuellement dans la société ne le deviendront jamais faute d'avoir été outillés et pris en charge par le gouvernement de manière adéquate.

Si je m'adresse à vous aujourd'hui, Mme la ministre Charlebois, M. le premier ministre, c'est dans l'espoir de vous faire comprendre qu'en cherchant à tout prix à réduire des coûts en déficience intellectuelle vous condamnez inévitablement ma fille et toutes les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle à une vie aux crochets de l'État. Non seulement vous ne remplissez pas le devoir qui vous incombe, mais en plus les coûts seront bien plus importants pour toute la société à long terme. Ma fille a une déficience intellectuelle, mais c'est un être humain à part entière et elle mérite que l'on se soucie d'elle. Merci.

La Modératrice : Merci. Mme Larose.

Mme Larose (Anik) : Alors, il y a beaucoup d'émotions. Naturellement, je ne peux pas être insensible, comme directrice de l'Association du Québec pour l'intégration sociale, mais je suis également une mère d'une fille qui a 22 ans et de voir la différence de services qui ont été offerts à ma fille il y a 22 ans par rapport à ce que cette enfant-là a, je trouve ça effarant.

L'Association du Québec pour l'intégration sociale est une fédération qui regroupe plus de 80 associations partout au Québec. Nous avons ici quelques représentants de ces associations-là. Donc, forte de ces associations-là qui nous informent à tous les jours des retombées et des impacts directs de l'abandon, je vous dirais, de la déficience intellectuelle en ce moment... Je pèse mes mots, on abandonne présentement les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle. Premièrement, on a naturellement regardé avec beaucoup d'intérêt le plan d'action qui a été déposé par le gouvernement en autisme, que nous saluons d'ailleurs, car nous reconnaissons grandement les besoins des personnes autistes, puisqu'en plus, dans la population des personnes autistes, une grande proportion de ces personnes ont une déficience intellectuelle, mais ces personnes-là vivent des besoins très similaires à des personnes qui vivent une déficience intellectuelle. Donc, ce que nous demandons, c'est d'avoir le même intérêt et qu'à besoins similaires il doit y avoir une réponse similaire.

Également, je dois vous dire, au niveau de l'approche même de la déficience intellectuelle, de la façon qu'on dispense les services, il y a un questionnement à y avoir présentement. Mme Cloutier faisait référence à des épisodes de soins. En déficience intellectuelle, on ne guérit pas, on ne peut pas guérir de la déficience intellectuelle. Les épisodes de soins sont calqués sur un modèle médical. Malheureusement, il n'opère pas en déficience intellectuelle. Donc, en déficience intellectuelle, ce que les personnes ont besoin, c'est d'un soutien en continu, un soutien de qualité en continu. Il s'agit là d'un non-sens ce qu'on veut faire, parce que dans la pratique et dans les bonnes pratiques cliniques, ça va à l'encontre totalement d'une approche intelligente en déficience intellectuelle.

Donc, il faudrait revoir cet aspect-là, premièrement, et de ne pas penser qu'en réduisant et en faisant de l'épisode comme ça, on va diminuer les coûts; en bout de ligne, on va les augmenter. Donc, c'est vraiment, je pense, une méconnaissance presque de la réalité des personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle et de la façon de les soutenir.

Il faut savoir que le Québec a été cité en exemple très souvent au niveau de la façon d'intervenir en déficience intellectuelle. Malheureusement, force est de constater qu'on a perdu beaucoup, beaucoup d'expertise en ce sens-là par cette approche qui est tellement orientée de manière médicale et qui est tellement orientée sur le souci de diminuer les budgets.

Présentement, il y a une mobilisation qui est en train de monter, une mobilisation citoyenne des familles qui en ont marre, disons-le, du traitement qu'on fait et du manque d'attention que leurs enfants ont par rapport au gouvernement. Cette mobilisation, on la veut forte, on la veut importante. On veut que les familles puissent s'exprimer. Donc, j'invite toutes les familles, j'invite les intervenants qui travaillent également en déficience intellectuelle — et on les sait nombreux à ne pas pouvoir toujours s'exprimer, mais à vouloir faire une différence dans la vie des personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle — à signer la pétition, à écrire à leur député pour qu'enfin le gouvernement comprenne qu'il est impératif d'avoir un plan d'action en déficience intellectuelle et d'avoir un investissement significatif en déficience intellectuelle. Nous croyons en nos enfants. Nous espérons que le gouvernement également croit en ces personnes qui veulent avoir leur place. Et je les inviterais même également à interroger les personnes elles-mêmes qui vivent avec une déficience intellectuelle, et qui sont rendues adultes, et qui se sentent délaissées présentement, et qui malheureusement vivent des situations vraiment très difficiles.

Donc, je souhaite sincèrement que la ministre nous entende, que le premier ministre nous entende. Et je vais finir en vous disant qu'une société, on voit son niveau de civilité, sa grandeur par la façon qu'elle s'occupe des personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle ou des personnes qui sont vulnérables. Présentement, j'ai peine à donner la note de passage au gouvernement. J'espère qu'ils prendront l'été pour faire des cours de rattrapage et qu'on puisse enfin pouvoir mettre la table et travailler ensemble pour qu'enfin ces personnes-là, ces enfants-là, ces adolescents-là, ces adultes-là puissent avoir une considération à la hauteur de ce qu'ils sont. Merci.

M. Turcotte : Nous avons entendu aujourd'hui des témoignages, Mme Cloutier, qui nous a fait part de sa réalité. Mais Mme Cloutier, au fond, ce qu'elle vit, ce qu'elle a vécu, c'est ce que de nombreuses familles, malheureusement, vivent au Québec. Et aujourd'hui le gouvernement avait une occasion de régler cette question ou du moins de faire un pas dans la bonne direction pour aider ces familles, il ne l'a pas acceptée. La ministre a le pouvoir, mais elle a la responsabilité d'assurer à ces familles les services adéquats pour faire en sorte qu'on ne mette plus personne de côté au Québec, notamment les personnes vivant avec une déficience intellectuelle.

Donc, aujourd'hui, cette pétition, c'est un cri du coeur des citoyens qui, durant tout l'été, se mobiliseront à travers le Québec pour dénoncer les compressions du gouvernement, demander un réinvestissement significatif pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle et aussi, par le fait même, un véritable plan d'action pour cette population pour s'assurer que les services soient coordonnés, soient cohérents et répondent aux réels besoins de ces personnes.

Donc, la ministre peut elle-même décider de régler cette question-là. Elle a la possibilité, comme ministre, de le faire en parlant avec son collègue au Conseil du trésor. Et elle est même vice-présidente du Conseil du trésor, donc elle pourrait régler cette question-là d'ici l'été. Mais sinon elle peut être assurée que les parents du Québec lui lanceront un message partout cet été, et nous l'attendrons cet automne pour lui lancer le cri du coeur de ces parents.

La Modératrice : Merci. On va maintenant passer à la période de questions. Pas de questions? Merci beaucoup.

M. Turcotte : Merci.

(Fin à 13 h 44)

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