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Conférence de presse de M. Luc Fortin, ministre de la Culture et des Communications

Commémoration de l’adoption de la Charte de la langue française

Version finale

Le vendredi 25 août 2017, 10 h 30

Bibliothèque de l'Assemblée, édifice Pamphile-Le May

(Dix heures trente-cinq minutes)

M. Létourneau (Julie) : Bonjour. Je m'appelle Julie Létourneau, conseillère en communication à l'Office québécois de la langue française, et je vous souhaite la bienvenue à cette commémoration du 40e anniversaire de la Charte de la langue française. Distingués invités, représentantes et représentants des médias, nous vous remercions de vous être déplacés ce matin.

Sans plus tarder, je cède la parole au ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin.

M. Fortin (Sherbrooke) :Merci beaucoup. Chers amis, distingués invités, la politique linguistique québécoise est le fruit d'un long processus amorcé il y a une cinquantaine d'années en vue de protéger et de promouvoir la langue française sur le territoire du Québec. Nous célébrons demain le 40e anniversaire de la Charte de la langue française, un moyen central de notre politique pour faire du français la langue commune de communication entre les Québécois et les Québécoises de toutes langues et de toutes origines. La Charte de la langue française est un projet novateur qui permet de faire du français la langue de la communication publique, du travail, de l'enseignement, de l'affichage, du commerce et des affaires tout en respectant les droits de la communauté anglophone du Québec et des langues autochtones.

Le Québec a su faire preuve d'une réelle ingéniosité afin de créer un outil législatif orienté vers la pérennité du français, un processus qui débute avec l'adoption de la Loi sur la langue officielle par le gouvernement de Robert Bourassa et qui se poursuit avec la Charte de la langue française adoptée il y a 40 ans. Le résultat est une charte qui témoigne de la ferme volonté de conserver le visage francophone du Québec. Par son application et grâce à l'ensemble des autres mesures gouvernementales mises en place pour promouvoir la langue française au Québec, le visage français de l'affichage public et de la publicité commerciale a en effet été renforcé. L'offre de services en français aux consommateurs et aux consommatrices s'est améliorée et l'usage du français dans les milieux de travail et dans la vie des entreprises s'est accru.

Notre gouvernement préconise une approche reposant sur la promotion afin de valoriser la langue française et d'en démontrer l'utilité dans l'espace public. Personnellement, j'aime bien rappeler que mon baptême en tant que député s'est fait par une immersion totale dans la question linguistique. En effet, on m'a confié la tâche de mener un exercice de consultation sur le français dans l'affichage des marques de commerce. C'était un périple passionnant et formateur qui m'a mis au fait des problématiques fort diverses et parfois complexes qui animent notre société. Les opinions parfois diamétralement opposées sur ce sujet nous confortent dans la nécessité de maintenir l'équilibre linguistique que nous avons atteint aujourd'hui.

À titre de ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, j'ai néanmoins l'intention de poursuivre avec détermination la protection et la valorisation de notre langue. Les modifications réglementaires relatives à l'affichage des marques de commerce adoptées l'année dernière assurent une présence du français dans l'affichage extérieur des marques de commerce dans une autre langue que le français. Depuis 40 ans, c'est la première fois qu'un gouvernement intervenait en ce sens dans le paysage linguistique québécois. Par ce geste, le français sera encore plus visible partout au Québec.

Le gouvernement continue d'enrichir sa politique linguistique grâce à la collaboration de l'Office québécois de la langue française, du Conseil supérieur de la langue française et du Secrétariat à la politique linguistique. Je tiens à les remercier pour leur travail rigoureux.

Il faut aussi mentionner la nouvelle Stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la langue française sous le thème Le français, notre affaire!, l'attribution d'un statut de force identitaire à la langue française ainsi que l'affirmation du lien entre la langue française et la culture québécoise dans le projet de politique culturelle renouvelée que j'ai dévoilée en juin dernier.

Et finalement, je ne peux passer sous silence la hausse, sous notre gouvernement, de 11,5 % du budget dédié à la langue dans mon ministère. Jamais nous n'avons autant investi pour la promotion du français.

En terminant, je tiens à saluer les artisans de la première heure de la Charte de la langue française, dont certains sont avec nous aujourd'hui. Merci pour votre rôle immense dans la destinée du Québec. Avec Camille Laurin, vous avez marqué l'histoire de notre nation. Merci infiniment. Merci à vous.

Mme Létourneau (Julie) : M. Fortin, je vous remercie. J'invite maintenant le président-directeur général de l'Office québécois de la langue française, M. Robert Vézina, à prendre la parole.

M. Vézina (Robert) : M. le ministre, Mmes, MM. les députés; Mme Marie-Claude Champoux, sous-ministre au ministère de la Culture et des Communications; MM. Robert Filion, David Payne et Michel Sparer, distingués invités, c'est un honneur et un bonheur d'être ici ce matin pour souligner un moment important de notre histoire : l'adoption de la Charte de la langue française.

Depuis 40 ans, la mise en application de la charte a permis à la langue française de prendre une place prépondérante au Québec, que ce soit en tant que langue d'enseignement, langue de service ou langue du travail ou par sa présence dans l'affichage. Le français confère à la société québécoise son originalité et sa spécificité. La maîtrise et l'utilisation de la langue officielle du Québec permettent la pleine participation de tous et de toutes à la vie culturelle sociale, économique et politique.

La Charte de la langue française, on peut la tenir dans sa main. C'est un petit objet, c'est vrai, mais qui porte tous les espoirs et toutes les attentes de la nation québécoise quant à l'usage, au rayonnement et à la pérennité de sa langue officielle dans l'espace public. De ce point de vue, ce petit texte de quelque 200 articles constitue une promesse lourde de sens, une promesse d'avenir que nous nous devons de tenir tous les jours.

La charte a contribué à l'amélioration de la situation linguistique depuis son adoption. Par exemple, la connaissance du français s'est répandue au sein des différentes communautés établies au Québec, peu importe leur langue maternelle. La proportion de personnes de langue maternelle anglaise connaissant le français a ainsi augmenté de 37 % à 69,5 % entre 1971 et 2016. Quant à la proportion de personnes de langue maternelle tierce connaissant le français, elle est passée de 47 % à 76,8 % au cours de la même période.

On peut penser également aux progrès réalisés en matière de langue du travail. En effet, malgré une certaine pénétration de l'anglais, surtout à Montréal, une étude a montré qu'en 2011 le français était la langue la plus souvent utilisée par près de 82 % des travailleurs et travailleuses québécois et que plus de 93 % d'entre eux l'utilisent à divers degrés. On pourrait encore donner de nombreux autres exemples, mais que dire de la fréquentation de l'école française par les jeunes allophones qui a augmenté de façon fulgurante, passant de 14,6 % en 1971 à près de 90 % en 2015.

Évidemment, le Québec a bien changé depuis 40 ans. Le monde a bien changé. La mondialisation amène avec elle son lot de défis sur le plan linguistique. Les moyens de communication ont évolué. Les façons de faire des affaires et du commerce ne sont plus les mêmes qu'en 1977. L'accès à des produits qui nous arrivent de partout sur la planète, la délocalisation des entreprises et l'omniprésence des nouvelles technologies, ce sont autant d'éléments qui témoignent de ces changements et qui font appel à notre capacité d'évoluer et de nous adapter en fonction des circonstances nouvelles qui constituent désormais la trame de notre quotidien.

Dans ce contexte, la charte continue d'être un gage d'avenir pour la langue française au Québec, mais la charte ne peut pas tout faire, tout garantir. Nous avons tous un rôle à jouer dans ce projet collectif de faire s'épanouir le français en terre d'Amérique. Il n'est pas inutile de se rappeler que le premier moyen de promotion et de protection de notre langue commune en 2017 comme en 1977 est d'en prendre soin et de la chérir du mieux que nous pouvons dans toutes ses nuances et sa diversité, peu importe qu'on l'ait apprise à la maison ou à l'école, mais aussi de la parler avec fierté, avec plaisir et avec assurance. Merci.

Mme Létourneau (Julie) : Merci, M. Vézina. Dans le cadre du 40e anniversaire de la Charte de la langue française, l'Office québécois de la langue française a préparé un court documentaire qui s'intitule Dans les coulisses de la charte et qui met en vedette des artisans qui ont contribué à l'adoption de cette loi. Dans les coulisses de la charte est en quelque sorte un legs que l'office fait à la société québécoise qui pourra ainsi mieux se familiariser avec ce moment important de son histoire.

Nous vous présentons aujourd'hui un aperçu de ce que vous pourrez visionner au cours de l'automne au Musée de l'Amérique francophone à Québec. M. Fortin, si vous voulez bien me rejoindre pour le visionnement.

(Présentation audiovisuelle)

• (10 h 45 — 10 h 48) •

Mme Létourneau (Julie) : Parmi les invités qui sont présents avec nous aujourd'hui, nous avons justement trois des acteurs qui figurent dans le court métrage. Chacun leur tour, ils viendront nous raconter brièvement leur souvenir le plus cher de cette année 1977, alors qu'ils faisaient partie de l'équipe qui a participé à la conception et à la rédaction de la charte.

Donc, sans plus tarder, j'invite MM. Robert Filion, conseiller aux communications de 1977 à 1984; Michel Sparer, spécialiste de la rédaction juridique dans le cabinet du ministre d'État au Développement culturel en 1977; et David Payne, secrétaire particulier au Conseil exécutif et chef de cabinet adjoint au ministre d'État au Développement culturel de 1976 à 1981, à s'avancer pour prendre la parole.

M. Filion (Robert) : Le 26 août 1977, nous étions jeunes. David passait tout juste la trentaine. Michel et moi avions 28 ans. Le 26 août, c'était une magnifique journée, une journée de soleil, presque la canicule, un beau 27 degrés, sec. Alors, le ministre, Dr Laurin, a traversé du Conseil exécutif où étaient nos bureaux vers l'Assemblée nationale pour venir adopter la loi en troisième lecture. Peu de monde en Chambre, c'est un vendredi matin. Donc, la cloche va rassembler les députés au moment du vote.

Moi, je n'ai pas le privilège d'aller en Chambre, je ne suis pas un élu. Donc, j'assiste à ce débat derrière le trône, ce qu'on appelait le petit salon du premier ministre, et, à l'époque, il n'y a pas de télévision des débats, il n'y a pas de caméra, tout ça. On avait ce qu'on appelait des perroquets, de petits haut-parleurs. Il y en avait un placé sur un gros classeur métallique, et de là on pouvait entendre les discours, notamment le discours du leader de l'opposition, M. Gérard D. Levesque, sur l'adoption de la charte.

Et, à ma grande surprise, tout à coup, le Dr Laurin sort de la Chambre et vient me rejoindre, à côté de moi, près du classeur, derrière le trône. Alors, moi, je suis étonné. Je me dis... je lui ai dit, quelques instants... au moment où tout ça est terminé, je lui dis : Docteur, mais c'est un moment historique, c'est l'histoire. Pourquoi n'étiez-vous pas en Chambre? Et il me dit : Je ne voulais pas qu'il s'adresse à moi, position qu'il faut comprendre comme la position non pas du psychiatre, du médecin, mais du psychanalyste qui, derrière le divan, veut que l'autre s'adresse à ce qui le fonde, ce qui le structure : la langue. C'est un souvenir qui m'est très, très cher.

Mais avec le temps, un autre souvenir s'est imposé dans ces moments-là, et c'est celui justement que nous étions jeunes. J'avais 28 ans et j'ai vu, avec le temps, dans ce geste, le désir de Camille Laurin d'être auprès des générations à venir. Je pouvais représenter les générations à venir à cet âge-là. Et aujourd'hui, s'agissant des générations à venir, ceux qui ont 28 ans, ceux qui ont moins de 28 ans aujourd'hui, qui nous auront tous remplacés dans cette salle dans 20 ans, dans 15 ans, qui seront à votre place, M. le ministre, qui seront à votre place, Robert, qui auront en charge des défis de la société québécoise, je pense que le français, et vous l'avez tous deux très bien dit, le français sera un vecteur de fierté, d'identité, de force, de force intellectuelle, morale, de créativité, mais aussi un grand vecteur de solidarité.

Nous ne serons pas seuls dans le monde. Nous serons en solidarité avec plusieurs pays, et, devant les défis qui seront les autres, on pense au réchauffement, au dérèglement climatique, à ses effets, pression sur l'État, avec tout ce que ça peut entraîner, les dérèglements climatiques, mais aussi migration intérieure, migration des populations, une certaine ubérisation du monde, pression sur nos ressources agricoles, l'eau, tout ça, je pense que le français comme vecteur de solidarité, vecteur d'assurance, pour reprendre vos mots, sera un vecteur puissant pour mener ces combats auxquels auront à affronter ces nouvelles générations. Merci encore.

M. Payne (David) : Merci, Robert. Merci, M. le ministre. Merci, le président-directeur général. Donc, quelques minutes, vous dites une minute, deux minutes? Bien, voyons!

Avant l'adoption de la loi, reculons un peu, six mois de préparation après les élections de 1976. Alors, c'est du frénétique travail par les techniciens de la langue, les experts-conseils, les syndicats, patronat, le Barreau, commissions scolaires, municipalités, la fonction publique, de la recherche et des analyses par les juristes et légistes — Michel, comme lui — d'autres lois linguistiques partout au monde, une publication d'un livre blanc, dans six mois. Dans six mois, des rencontres publiques et privées dans tous les coins du Québec, dans les hôtels de ville, des sous-sols de l'église, et, en ce qui me concerne et le ministre, avant l'adoption de la loi, Kuujjuaq, Povungnituk, Sugluk, là où il y avait une petite crise de compréhension des objectifs de la charte, ils cherchaient à tout prix d'être exclus de la charte.

Donc, avec la sagesse, les fonctionnaires ont dit : Bien, on insère une exclusion dans la loi. Et il dit : Non, non, ça ne marche pas dans leur culture. Si vous le mentionnez dans la loi, c'est parce qu'on est sous l'emprise de la loi. Alors, on s'est rendu justement le jour de l'adoption de la loi, moi-même et Michel Sparer, à ce qu'on appelle, à ce moment-là, Fort-Chimo. La direction... comment elle s'appelle? La direction générale du Nord-du-Québec était envahie, un peu saccagée. Il fallait à M. Levesque d'aller au trône. Justement, au moment de l'adoption, il dit : Payne, là, tu vas monter à Québec, choisis un bon ami. J'ai choisi Michel, je ne sais pas pourquoi, mais on a monté. Il dit : L'avion est au bout de la piste à L'Ancienne-Lorette, montez, et puis assurez-vous que le drapeau soit hissé avant que vous reveniez. Ça a pris deux semaines mais on a réussi.

Une autre petite anecdote. Je me souviens... Pour moi, l'objectif principal, en ce qui me concerne, comme petit anglophone au sein du cabinet, c'était faire en sorte que le français devienne la langue commune des Québécois. C'est tout. Tout est là, pour moi. À un moment donné, on était devant... préparant ce soir-là pour aller McGill. Ah! bien là, c'est un gros morceau parce que les esprits étaient échauffés. Je suis gonflé à bloc lorsqu'on est arrivé au Pavillon Leacock, mais avant ça, on était en entrevue, Dr Laurin, à Radio-Canada.

J'avais la visite de la SQ quelques jours avant pour dire : M. Payne, vous avez monté cette affaire-là pour le ministre responsable, pour... avant l'adoption de la loi, et il dit : Il y aura du monde, sécurité, questions... et puis là j'ai été un peu apostrophé par la Sûreté du Québec inquiète. Je parlais à mes collègues, je parlais au ministre. Le ministre s'en foutait un peu, hein? Il était dans ses dossiers et tout cela, ce n'était pas ses problèmes. À Radio-Canada, il se tourne quand même vers moi juste avant l'entrevue, il dit : David, es-tu sûr de ton affaire?

Alors, je sentais ça... Lorsqu'on est arrivé à McGill quelques minutes plus tard, c'était juste une démonstration de la démocratie mais c'était fragile. L'atmosphère était quelque chose qu'on pouvait toucher. Eh bien, arrivé le 26 août 1977, une assemblée nationale débordée d'invités, atmosphère fébrile, visiteurs, chefs d'entreprises, syndicats, lobbyistes, la même chose qu'on a rencontrée et beaucoup de curieux, et encore, on sentait la gravité de la situation, la gravité du moment. Une assemblée nationale à son meilleur, tenue parlementaire formelle, télévision présente, centaines de journalistes de partout au monde et une opposition excitée et nerveuse. Vous n'étiez pas là.

Une voix : Je n'étais même pas né.

M. Payne (David) : Mais un jour, on s'entend tous, inscrit dans l'histoire du Québec, dans la bonne histoire du parlementarisme. En fin d'après-midi, la Charte de la langue française, après de longues heures de débats, est adoptée et devient d'un seul coup un symbole vivant qui rendait hommage à la ténacité, patience et capacité d'un peuple et une déclaration de la souveraineté inaliénable du Québec en matière de sa langue, de tout gouvernement. Tout le monde sentait la gravité de la situation. Et maintenant, à mes yeux, une charte qui, à sa façon, fait partie des conventions constitutionnelles du Québec.

Maintenant, M. le ministre, ça reste à vous et à vos collègues d'être des plus vigilants, comme vous avez bien dit, et prévoyant, et respectueux, si vous me permettez, devant ce symbole qui est aussi fort que fragile, aussi durable que vulnérable. Devant l'histoire, vous avez une grande et lourde tâche, et là on est tous ensemble. Merci.

M. Sparer (Michel) : Bonjour. Je m'appelle Michel Sparer. Je ne répéterai pas ce qu'ont dit mes amis. Ce ne sont pas des collègues, ce sont des amis. M. le ministre, Robert Vézina, un petit... On nous a demandé un témoignage personnel. Alors, je me suis demandé ce que j'allais bien pouvoir dire de personnel. J'étais l'humble rédacteur de la loi, je n'étais pas l'auteur politique, n'est-ce-pas? Mais soyons personnels un instant.

Mon souvenir, ça faisait... j'avais 28 ans, comme Robert, comme... Nous étions jeunes, et ça faisait trois ans que j'étais au Québec. J'étais donc un immigrant. On parle beaucoup d'immigrants et d'intégration en ce moment. Eh bien, je me souviens très bien de l'immense privilège qu'un jeune fraîchement débarqué, trois ans, ce n'est pas long, se retrouve investi de la confiance dans un cabinet politique a fortiori pour collaborer à une oeuvre qui était l'oeuvre première d'un gouvernement fraîchement élu.

Alors, ça, pour moi, c'était une grande émotion et, en même temps, c'était une évidence parce que, pour moi, le Québec c'était ça. C'était une société en plein développement, une société talentueuse et ouverte, généreuse, une société intégratrice. C'était comme ça que j'ai vécu cela, mais je voudrais dire simplement que le souvenir, ce qui m'avait frappé à l'époque, c'était la détermination et la sagesse des auteurs. Moi, j'étais rédacteur, mais il y avait des auteurs politiques de cette loi-là. Les auteurs, c'était Camille Laurin, évidemment, c'était René Lévesque, c'était Guy Rocher, Fernand Dumont et, je dois le dire avant tout, Henri Laberge, qui était chef de cabinet du ministre et qui était un personnage remarquable, un grand, grand créatif qui a joué un rôle considérable, Henri Laberge, là-dedans.

Et donc la détermination de ces gens-là qui ont fait que, oui, le français deviendrait la langue commune du Québec citoyen, mais la langue commune du travail et la langue commune de l'éducation. C'étaient des cibles à la fois raisonnables mais très ambitieuses également et structurantes, fondatrices, comme disait le Dr Laurin.

La sagesse politique, ça, c'est très, très important. Ça m'avait frappé, la sagesse politique. Voilà un gouvernement qui arrive le 15 novembre précédent. Nous étions en janvier, février, quand je suis arrivé au cabinet, et c'était le grand soir, n'est-ce pas? Il y avait une ambiance de grand, grand soir. C'était demain, le Québec, n'est-ce pas? Je ne reviendrai pas sur les espoirs de l'époque. Eh bien, on aurait pu s'attendre évidemment à ce que les ambitions du gouvernement soient véritablement flamboyantes, qu'il y ait des étendards partout et ceci, cela. Eh bien, non, il y a eu une sagesse politique qui m'a frappé. Moi, j'étais attentif à ça parce qu'il fallait traduire en termes législatifs des choses qui étaient des orientations politiques. Et la sagesse, ça a été, je le résumerais ainsi, mais il y avait d'autres exemples, ça a été, pour les auteurs politiques de cette loi, de se limiter au strict nécessaire des coercitions pour faire en sorte... pour installer, pour imposer le français comme langue commune.

Alors, cette sagesse a été remarquable et cela me permet de témoigner... c'est un témoignage, simplement, dire qu'à l'époque il s'agissait de donner une langue commune pour rassembler des gens dans le cadre d'une société que les auteurs politiques à l'époque voulaient inclusive, inclusive. On parle beaucoup de, comment dire, d'immigration ces temps-ci, mais je me souviens qu'à l'époque l'idée, c'était de rendre inclusive cette société.

Et l'anecdote dans l'anecdote, si vous permettez, c'est que, dans ce cabinet, il y avait évidemment un humble Français, mais il y avait un éminent Anglais d'Angleterre. Nous avions et nous avons toujours des noms qu'on nous demande toujours d'épeler à la caisse, n'est-ce pas, quand on... par les gens qui ne savent pas trop comment écrire nos noms. Eh bien, à l'époque, nous étions associés par les plus hauts responsables politiques à quelque chose qui était fondamental pour le Québec, et on ne nous a pas demandé quel était notre indice de patriotisme, n'est-ce pas, et même comment nous nous habillons. À l'époque, on ne nous a pas demandé comment on s'habillait. Alors donc, c'était d'une sagesse considérable.

Camille Laurin et René Lévesque — je conclurai là-dessus — étaient de très grands démocrates. Les anecdotes sont disponibles pour ça, et ils ont proposé une politique linguistique qui rassemblerait les Québécois et les Québécoises de toutes origines autour d'une langue commune qui serait le français. Alors, les espoirs sont toujours là. Les réalisations, Robert Vézina pourra nous en parler un jour, effectivement, sur la distance, mais je trouve tout à fait extraordinaire de voir, M. le ministre, que vous soyez là pour commémorer, mais surtout pour porter l'avenir de cela. C'est l'avenir qui nous importe. Merci de votre attention.

M. Létourneau (Julie) : Messieurs, je vous remercie. C'est ce qui termine la cérémonie de ce matin. Alors, je vous remercie toutes et tous d'avoir été avec nous ce matin et je vous souhaite une bonne fin de journée.

(Fin à 11 h 4)

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