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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mercredi 13 septembre 2017, 10 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Dix heures trente-trois minutes)

M. Khadir : Bonjour, tout le monde. J'ai senti le besoin d'intervenir pour faire une demande à M. Couillard et j'espère que mon message va être empreint, je dirais, de la même sérénité que je m'attendrai qu'il puisse petit à petit s'imposer dans les efforts qu'on doit mettre pour sortir la commission pour examiner les questions de discrimination systémique et du racisme, je dirais, de la tourmente dans laquelle cette commission se trouve. Il est minuit moins une, M. Couillard. Cette commission, à juste titre, pour différentes raisons, et parfois pour les mauvaises raisons, parfois pour les bonnes raisons, est questionnée de toutes parts. Or, le sujet est sensible, le sujet est délicat, a besoin, disons, de la plus grande adresse de la part des politiciens pour être mené de manière adéquate au Québec comme n'importe où ailleurs, et donc c'est vraiment le type de sujet qui n'avait vraiment pas besoin de la controverse qui l'entoure actuellement.

D'abord, je pense que ça relève de la responsabilité du gouvernement et de M. Couillard lui-même. Il faut qu'on trouve les moyens d'échapper à la tentation qu'il y a eue de part et d'autre dans... peut-être de se laisser tenter par en faire un enjeu électoral. Je ne crois pas que ça soit la volonté de tous et de toutes. Chez tous les partis, il y a cette volonté, il y a des gens qui ont vraiment l'intention que quelque chose se passe puis qu'on réfléchisse au sujet de la discrimination, au sujet du racisme, de trouver les moyens collectivement de les surmonter.

Mais on doit trouver les moyens maintenant de restaurer la confiance du public en la commission, de s'assurer d'abord de surmonter cette perception, qui est tout à fait erronée, qu'il s'agit du procès du Québec, du procès des Québécois, du procès de la majorité. Moi, s'il y a une chose que je peux dire, et je pense que je parle en connaissance de cause, je suis moi-même un immigrant de première génération, je suis arrivé ici à l'âge de 10 ans, et tout au cours de ma vie, j'ai été en contact avec des centaines d'arrivants qui ont vécu des contextes de discrimination ailleurs, en Europe notamment et même aux États-Unis.

Et, s'il y a un témoignage constant, c'est que le Québec est probablement une des sociétés qui est la plus exempte, qui a le moins de problèmes de racisme et de discrimination. Mais ça ne veut pas dire que ça n'existe pas. Si une majorité de Québécois ont horreur de la discrimination et du racisme, mais ce racisme existe malheureusement dans certaines de nos institutions, chez une minorité de gens qui sont souvent en position de pouvoir.

Donc, ce qu'on veut faire collectivement, ce n'est pas le procès de la majorité, mais le procès d'une petite minorité encore agissante, qui a du pouvoir, qui continue à exercer du racisme, à exercer des discriminations, et surtout des institutions, puis je vais vous en donner l'exemple. Au cours de cette année, je pense que c'était au mois de mars ou avril, en examinant les nominations politiques du bureau du premier ministre... Je ne pense pas que le premier ministre du Québec, M. Couillard, soit quelqu'un qui discrimine en vertu de la race ou de la perception qu'on a de la couleur des gens, mais les nominations politiques qui sont faites depuis qu'il est au pouvoir sont systématiquement discriminantes à l'endroit des minorités, des minorités visibles, des minorités identifiables, que ça soit les autochtones, que ça soit les gens d'origine africaine, ou maghrébine, ou latino.

Donc, c'est à ça qu'on veut s'attaquer. Et heureusement, au Québec, on commence à avoir de l'expérience. On a eu la commission Bouchard-Taylor. On peut être d'accord ou pas avec les conclusions de la commission, mais il y a une chose sur laquelle tout le monde est unanime, on a mené un débat très délicat, il y a une dizaine d'années, de manière très raisonnée, de manière très digne. Et on a répété l'expérience avec la commission Mourir dans la dignité, qui n'était pas exempte de controverses et surtout de beaucoup, beaucoup d'émotivité au départ, mais avec le sens du devoir, avec le sens... c'est-à-dire une conscience du caractère délicat d'un sujet qui exige un débat serein, on a mené un débat qui a donné de très bons résultats.

Et j'invite donc tous les partis à l'Assemblée nationale de faire preuve du même sens du devoir, de la même exigence de dignité et de sérénité que requiert un sujet aussi délicat que le racisme, que les discriminations, parce que c'est sûr, et on le voit avec ce qui arrive alentour de la commission, ça suscite des craintes, et ces craintes-là peuvent être parfois légitimes au vu des perceptions, au vu des interventions, au vu parfois de l'instrumentalisation électoraliste qui peut en être faite.

Donc, nous avons une urgence devant nous. M. Couillard, il est minuit moins une, il faut le faire. Et, mieux encore, aujourd'hui on apprenait que les gens à Montréal, les responsables politiques à Montréal de tous les partis — je ne sais pas si vous êtes au courant — ont mené une consultation sur le SPVM, d'accord, exactement pour éviter le profilage racial et le profilage social du SPVM. Ce n'est pas le procès de la majorité des Montréalais qu'on a fait quand on a fait ça, on a simplement trouvé le moyen de consulter le public dans la plus grande transparence pour savoir comment on peut faire pour qu'une institution arrête de discriminer systématiquement. Et je pense que ces multiples expériences peuvent guider le travail de la commission.

Le Modérateur : On va prendre les questions en alternance. D'abord, M. Boivin de Cogeco.

M. Boivin (Mathieu) : M. Khadir, voyons si je vous comprends bien. Le Québec est une société qui est exemplaire à bien des points de vue, probablement une des plus tolérantes au monde, aux points de vue racisme et discrimination, vous l'avez dit. On tient quand même une commission pour examiner ça, et un des endroits, en fait le seul que vous ayez identifié où vous en avez vu un, c'est au gouvernement, du côté de ses nominations.

Est-ce qu'en conséquence, et c'est ma question, cette commission-là devrait avoir le mandat d'examiner en priorité ce que fait le gouvernement dans ses nominations, par rapport à la discrimination et le racisme?

M. Khadir : J'ai cité l'exemple pas pour dire que c'était la seule et uniquement au gouvernement. J'ai cité l'exemple pour illustrer le fait qu'en fait le vrai problème, c'est dans les endroits où les gens possèdent un pouvoir. Ce pouvoir-là, ça peut être un grand propriétaire, hein, d'appartements, dans des quartiers fortement peuplés de Montréal, densément peuplés d'immigrants, de gens de minorités visibles, qui refuse systématiquement de louer à des gens issus de ces minorités. Ces lieux de pouvoir, ça peut être une institution comme le Collège des médecins ou, je dirais, l'establishment médical. Et j'ai lutté contre ça, vous en êtes témoins, depuis 2007, pour reconnaître les diplômes des médecins étrangers.

Donc, oui, on peut commencer par le haut, et ça serait bien, justement. Ça serait bien qu'on commence par les institutions du pouvoir à divers échelons. Oui, le bureau du premier ministre, les institutions. Oui, ça peut être aussi les autres institutions où il y a de véritables pouvoirs publics.

M. Boivin (Mathieu) : Je veux vous entendre spécialement sur le bureau du premier ministre, encore une fois parce que vous avez nommé cet exemple-là. Diriez-vous donc qu'il y a, à défaut d'être un racisme vraiment mesquin...

M. Khadir : C'est systémique. Non, non, c'est un exemple de discrimination systémique ou de racisme systémique. Ça n'a pas besoin de porter des cornes et d'avoir une queue, là. On ne cherche pas un monstre. C'est des mécanismes, des habitudes qui finissent par discriminer systématiquement contre toujours les mêmes. C'est ça qui s'appelle le racisme. Ce n'est pas plus monstrueux que ça. C'est aussi banal, mais, en même temps, tout aussi inadmissible, en 2017, que des institutions qui, en principe, doivent donner l'exemple, soient si tarées, si... je ne sais pas, aient une si grande tare dans la reconnaissance qu'il y a un problème.

Quand, au Québec, il y a, bon, suivant les chiffres, entre 15 % et 20 % de gens issus des minorités visibles... Et ça, ça ne veut pas dire des gens qui viennent de l'extérieur. Ça veut dire, par exemple, des Noirs québécois qui sont ici depuis quatre générations ou depuis 300 ans. Ça peut vouloir dire des gens issus des minorités autochtones, d'accord, des nations autochtones. Et ils ne sont que, dépendamment de comment on calcule, de 3 % à 5 % dans les nominations du bureau du premier ministre.

Le Modérateur : M. Vigneault de Radio-Canada.

M. Vigneault (Nicolas) : Diriez-vous que le gouvernement utilise cette commission-là à des fins électoralistes, actuellement?

M. Khadir : Je ne pense pas. Je ne pense pas que l'intention de départ était ça, mais certains propos, malheureusement, certains propos malhabiles ou peut-être mal intentionnés, je ne sais pas, prêtent flanc à la perception qu'il y a une instrumentalisation politique. Mais ce n'est pas juste du côté du gouvernement. De l'autre côté, il y a parfois ça puis il y a parfois une réaction défensive qui n'a pas sa place.

Moi, j'invite le Parti québécois, j'invite la CAQ d'aborder la chose avec le même sens du devoir et de sérénité qu'on a abordé les questions comme mourir dans la dignité ou tout ce qui a entouré la tenue de la commission Bouchard-Taylor. On est capables de le faire. On est capables de le faire, et donc je pense qu'on a tous des responsabilités, la CAQ, le PQ, le gouvernement libéral et Québec solidaire, d'agir avec ce sens de responsabilité sur un sujet qui est extrêmement délicat.

M. Vigneault (Nicolas) : Sur la marijuana, par exemple, la CAQ va dévoiler tout à l'heure son plan de match et le PQ également. Votre position, est-ce qu'on devrait, par exemple, avoir des points de service, un peu comme ça s'est fait en Ontario? Est-ce que l'âge légal, justement, devrait être de 21 ans, par exemple?

M. Khadir : Nicolas, permettez qu'on, disons, termine avec le sujet majeur. Je reviendrai là-dessus tout à l'heure.

Le Modérateur : Une question, une sous-question, Mme Porter, Le Devoir.

Mme Porter (Isabelle) : Je n'ai pas très bien compris qu'est-ce que vous demandez au gouvernement. Vous dites : Il faut faire quelque chose. Qu'est-ce qu'il faut faire? Vous évoquez la transparence de l'exercice au SPVM. Pourquoi ne pas demander, par exemple, la levée du huis clos?

M. Khadir : Absolument.

Mme Porter (Isabelle) : O.K., c'est ça que vous voulez.

M. Khadir : C'est ça. Oui, oui, c'est-à-dire que ce que je dis à M. Couillard : il ne peut pas rester... c'est-à-dire, il ne peut pas rester sur son quant-à-soi devant tant de critiques qui sont formulées et tant de controverses qui entourent la tenue de la commission. Que ces controverses soient suscitées par des perceptions erronées ou à juste titre, il y a un problème. Il est minuit moins une. J'appelle M. Couillard à agir, et la première action que je propose, c'est de nous réunir. On a cette expérience de travailler ensemble, de se réunir pour voir comment sortir la commission de la tourmente.

Quelles sont les mesures à prendre en termes de communication, en termes de transparence, de consultations publiques, je dirais, de gestion ou enfin de moyens à donner à la commission pour ne pas que le travail sur ce sujet-là soit entaché par les difficultés à l'interne de la Commission des droits de la personne liées à la gestion de sa présidente.

Donc, il y a une série de mesures, et je n'ai pas toutes les réponses, et je ne veux pas avoir toutes les réponses à moi tout seul. J'appelle M. Couillard à exercer un sens de leadership et de devoir et de réunir tous les partis pour qu'on réfléchisse ensemble comment, en termes simples, sortir cette commission du pétrin.

Mme Plante (Caroline) : Mais vous demandez la levée du huis clos? Juste pour être bien précis.

M. Khadir : Oui, oui, absolument, parce que ça n'a aucun sens. Il y a une erreur fondamentale. Là, je ne veux pas juste limiter à cet aspect-là, mais, si vous me parlez du huis clos, ça n'a juste aucun... On peut envisager que dans certaines circonstances, pour certains témoins, il y a un huis clos. Même ici, en commission parlementaire publique, on a ça parfois, parce qu'il y a des gens qui sont dans des situations où leur carrière, leur famille, leur situation est en danger, mais ça ne peut être qu'une minorité d'occasions. Pour l'essentiel, le travail doit être public, comme en Ontario on l'a fait. On doit consulter le public de manière ouverte et large.

Mme Porter (Isabelle) : Donc, concrètement, la levée du huis clos, une réunion de tous les partis, il y a-tu autre chose de...

M. Khadir : Le levée du huis clos va faire partie... c'est l'exemple d'une mesure à prendre immédiatement, qu'on doit réfléchir ensemble. Je le répète, je ne veux pas avoir toutes les solutions, parce que là ça serait justement encore une espèce de politisation où Québec solidaire dit : Il faut faire ça; la CAQ dit : Il faut faire ça; le PQ... Non. Je pense que le sujet est tellement délicat qu'on doit procéder de manière plus consensuelle, surtout dans la tourmente dans laquelle se trouve la tenue de cette commission. On a ce devoir-là de trouver des solutions ensemble pour que ça ne soit plus... même que la perception qu'il y ait une instrumentalisation politique ne puisse plus avoir prise.

Le Modérateur : Patrick Bellerose, Journal de Montréal.

M. Bellerose (Patrick) : Bonjour, M. Khadir. Vous avez évoqué vous-même la commission Mourir dans la dignité. Est-ce que vous croyez que la commission ou la consultation sur le racisme systémique, dans sa forme actuelle, avec des consultations locales puis un grand forum, tout ça qui se fait en deux, trois mois, est-ce que, dans sa forme actuelle, la consultation peut arriver à bon port, selon vous?

M. Khadir : Je ne suis pas assez expert dans les capacités qui vont être déployées pour savoir si ça va réussir en quelques mois. Je trouve le délai quand même assez court parce qu'il s'agit de sujets importants. En même temps, on ne veut pas que ça s'éternise, on ne veut pas que ça prenne cinq ans. Et ça pourrait justement être l'objet d'une reconsidération alentour de ce que j'appelle M. Couillard de faire, c'est-à-dire de réunir tous les partis pour réfléchir ensemble : Comment sortir la commission de la tourmente dans laquelle elle se trouve actuellement?

Il faut lui donner un peu plus de délais, un peu plus de moyens, revoir sa manière de procéder pour la rendre la plus transparente possible, mettre fin... pas mettre fin au huis clos, mais réserver le huis clos juste au strict nécessaire, etc. Donc, ça va faire partie des moyens envisagés, mais, comme je le répète, je ne veux pas proposer ici des solutions parce que je crois que ça doit être consensuel, et, pour que ça soit consensuel, il faut qu'on trouve des solutions ensemble. Sauf que je dis à M. Couillard : Il est minuit moins une. La crédibilité de la commission est sérieusement entachée par toutes les remises en question qui sont faites alentour des controverses et des problèmes.

Le Modérateur : Mme Mathieu, Le Soleil.

Mme Mathieu (Annie) : Oui, juste pour terminer sur le sujet. Annie Mathieu du journal Le Soleil. Écoutez, est-ce que vous sortez aujourd'hui parce que vous avez eu vent, par exemple, d'organisations, d'organismes qui disent ne pas vouloir participer à ces consultations-là?

M. Khadir : Les acteurs sociaux qui sont concernés et qui se sont mobilisés pour convaincre les acteurs politiques de faire ça... parce que ça n'a pas commencé avec les jeunes libéraux, ça, là. Il y a une idée qui circule comme quoi ça serait l'idée des jeunes libéraux, c'est pour ça qu'on tient ça. Ça fait des années que des gens dans des groupes autochtones, que des gens qui luttent contre les discriminations raciales militent pour qu'il y ait une réflexion collective là-dessus. D'accord? Ils sont très préoccupés, parce qu'ils avaient besoin d'un exercice public qui soit entouré de la plus grande dignité, la plus grande sérénité et sérieux, et là on n'a pas ça. C'est sûr qu'ils sont très, très sérieux.

Maintenant, est-ce qu'ils vont sortir pour réclamer publiquement que ça soit suspendu? Je ne crois pas et je ne pense pas que c'est la chose à faire. Ça serait le pire service qu'on aurait à rendre à l'objectif de départ. Ce qu'on doit faire, considérant la situation, je demande à M. Couillard d'avoir la hauteur et le sens des responsabilités qu'exige le caractère délicat du sujet pour inviter tous les partis à s'asseoir ensemble puis de réfléchir à des moyens de sortir la commission de la tourmente.

Mme Mathieu (Annie) : Et, juste une dernière question sur le sujet, ça veut dire... si ça va de l'avant de la façon dont c'est déjà prévu, qu'est-ce que vous craignez précisément?

M. Khadir : Ce que je crains, c'est que, justement, ça n'ait pas la crédibilité, ça ne suscite pas l'adhésion de l'opinion publique à la fin du travail, parce que tout ça, pour que, dans la société, ça agisse... On a beau avoir le meilleur rapport imprimé sur les plus belles feuilles et le plus beau format, s'il n'y a pas un processus qui a au minimum, dans sa crédibilité, l'adhésion du public, bien, ça ne débouchera sur rien de concret.

Le Modérateur : On va prendre les questions sur d'autres sujets.

M. Bellerose (Patrick) : Merci. Juste une petite question sur le choix de M. Bernier pour remplacer Jean-Louis Dufresne. M. Bernier est lié de près au gouvernement Charest. Est-ce que, selon vous, c'est une personne qui est crédible pour reprendre les rênes?

M. Khadir : À sa face même, quand c'est l'adjoint de l'autre... J'espère, en tout cas, que cette équipe-là travaille en équipe, et il a été partie prenante de la plupart des décisions, petites ou grandes, et nombre d'entre elles controversées, qui se sont prises dans l'entourage du premier ministre du Québec, M. Couillard. Donc, je ne vois pas comment M. Bernier peut changer la nature des choses.

Mais le problème est ailleurs à mon avis. Le problème, c'est dans le jugement de M. Couillard. Je suis vraiment fasciné, je dois vous le dire... Et je ne veux pas insulter M. Couillard. C'est un être intelligent, tout le monde le reconnaît, bien éduqué, avec les meilleurs diplômes. Le problème, c'est que ça prouve encore une fois que les diplômes, ça ne donne pas nécessairement du jugement.

M. Couillard a eu des problèmes de jugement tout le long de sa carrière politique ou même individuelle : d'abord, ses cachotteries pour son salaire en Arabie saoudite, en allant cacher son argent dans un paradis fiscal, pour quelqu'un qui se dit socialement responsable; ensuite, ses fréquentations d'affaires : Hans Black, condamné pour fraude; Arthur Porter, que tout le monde connaît maintenant; ensuite ses nominations. Jean–Louis Dufresne, là, il est nommé dans la... il est incriminé par les aveux de Paul Sauvé à la commission Charbonneau, et c'est dans le rapport. Mme la juge l'a retenu dans son rapport comme un témoignage assez valide pour le mettre dans son rapport avec Jean-Marc Fournier. Alors, qu'est-ce que fait M. Couillard? Il nomme Jean-Marc Fournier son leader, son bras droit, puis Jean-Louis Dufresne comme chef de cabinet. Est-ce qu'on peut manquer plus gravement de jugement que ça en politique? Puis tout le reste, là, Sam Hamad, je pourrais en nommer d'autres, je pense que... Il nous épuise. En fait, il nous épuise avec les conséquences de son manque de jugement. Combien de temps de parole, des questions en Chambre, de questions de journalistes on a dû épuiser parce que M. Couillard a manqué de jugement?

M. Bellerose (Patrick) : Quel lien faites-vous entre un manque de jugement et la nomination de M. Bernier?

M. Khadir : Bien, je pense que c'est le même manque de jugement qui opère. Au lieu de... S'il voulait vraiment renouveler, là, bien c'est raté. S'il voulait renouveler, il aurait dû aller chercher des gens qui viennent de l'extérieur de l'arbre passablement affecté par... je n'ose pas utiliser un mot trop fort, mais l'agrile du frêne, là, bien, on coupe l'arbre à sa racine, on ne fait pas juste enlever quelques branches.

Le Modérateur : Caroline Plante, La Presse canadienne.

Mme Plante (Caroline) : M. Khadir, qu'avez-vous pensé de son explication, M. Couillard, ce matin, que la démission de Jean-Louis Dufresne était nécessaire parce qu'on passe de la rénovation du Québec à la transformation du Québec? Qu'est-ce que vous en faites de ça?

M. Khadir : J'ai besoin d'y réfléchir. Pouvez-vous répéter votre question? Je m'excuse. J'ai manqué de concentration.

Mme Plante (Caroline) : D'accord. Donc, ce matin, M. Philippe Couillard expliquait que Jean-Louis Dufresne a démissionné parce qu'on passe de la rénovation du Québec à la transformation du Québec et que c'est pour ça...

M. Khadir : C'est pour ça, je vous dis, j'ai besoin de... Je pensais peut-être qu'en la posant une autre fois, je trouverais une manière d'expliquer ce que M. Couillard a voulu dire. Moi, je pense que c'est du marketing politique, là, c'est un peu pour, disons... J'ai envie de vous dire : M. Couillard, même dans sa réponse là-dessus, manque un peu de jugement pour nous prendre pour des gens naïfs, pour qu'on puisse penser que, s'il remercie M. Dufresne, c'est à cause de ce genre d'orientation politique.

Moi, je pense qu'il y a des problèmes à l'interne, il y a de l'insatisfaction, il y a des mauvaises décisions de ce type-là. Il y a peut-être même une couche supplémentaire de problèmes d'éthique. Personne ne le sait. Il y a peut-être des choses plus graves que ce qu'on nous dit, mais ça ne peut pas être ça. Voyons donc! C'est son plus bon ami politique. Depuis 40 ans, c'est son fidèle allié, puis là, à un an des élections, il le mettrait dehors? Voyons donc!

Mme Plante (Caroline) : Il ne dit pas toute la vérité?

M. Khadir : Il manque de jugement en pensant qu'on est assez naïfs pour avaler ça.

Mme Plante (Caroline) : Vous avez abordé le thème du racisme systémique. On va sûrement continuer à en parler cet automne. Quels autres thèmes aimeriez-vous aborder cet automne? La session parlementaire débute, donc, la semaine prochaine. Quels sont les thèmes que vous comptez aborder?

M. Khadir : Les inégalités économiques auxquelles il faut mettre fin, notamment par l'augmentation du salaire minimum, le 15 $ de l'heure. Nous avons, bien sûr, tout un travail à faire pour mettre... pour que tout le processus entourant le projet de loi n° 62, ça ne finisse pas.... c'est-à-dire la montagne n'accouche pas d'une souris. On a fait des propositions, des amendements sur le projet de loi n° 62, que ça soit le crucifix à l'Assemblée nationale, que ça soit la fin du financement des écoles privées échelonné sur un certain temps, tous des projets qu'on porte depuis un certain temps. Ensuite, mettre de l'avant l'importance à l'approche des prochaines élections des choix devant nous en matière politique. Rien de durable et de constructif ne peut être fait pour changer les choses qui rendent les gens insatisfaits, s'il n'y a pas l'intégrité et l'honnêteté au centre du travail politique au gouvernement. Et les questions d'intégrité sont importantes. Bien que ça nous ennuie qu'il y ait autant de problèmes, il faut rappeler aux gens qu'il y a des choix importants à faire et il y a un bilan à faire de ce qui s'est passé ici et de ce qui se passe ici.

En matière de santé, il y a une destruction systématique de notre réseau, pas une destruction avec une pelle mécanique, mais de l'intérieur par l'épuisement du personnel médical. J'ai travaillé trois semaines de garde cet été à mon hôpital, j'ai eu l'occasion de parler à des dizaines d'employés à tous les étages de la hiérarchie du travail à l'intérieur, que ça soit les médecins, que ça soit les cadres gestionnaires, que ça soit les employés de soutien. Peut-être que M. Barrette a introduit ces changements-là... Je vais lui donner le bénéfice du doute parce qu'il pensait avoir les solutions à tout, mais ce qui est en train de se passer, c'est une destruction par l'intérieur, par l'épuisement, de nos meilleures capacités, que ça soit les médecins, que ça soit les infirmières. Donc, on va revenir là-dessus avec des exemples concrets.

Le Modérateur : En terminant, M. Vigneault.

M. Vigneault (Nicolas) : Rapidement, sur la marijuana, justement, l'âge légal, est-ce que ça devrait être 21 ans, comme le proposent certains, la distribution associée notamment, bon, à la SAQ? Dans le cas de l'Ontario, on y va avec la LCBO.

M. Khadir : Sur la distribution, mon parti est favorable à un contrôle public et nous pensons que ça ne peut pas être géré, ça ne doit pas être géré... exactement, tout ce qui comporte des méfaits, hein... si la cigarette n'avait pas sa place historiquement là où elle se trouve, ça serait probablement le cas aussi, mais pour l'alcool, par exemple, c'est géré publiquement parce que c'est des substances de divertissement ou d'usage public qui peuvent avoir comporté des méfaits importants. Donc, on l'entoure par un contrôle public adéquat.

Alors, à mon avis, il faut absolument s'assurer qu'à tous les échelons... Et c'est là que, quand on entend des nouvelles sur les possibles liens et conflits d'intérêts entre d'anciens libéraux et les décisions prises par le gouvernement libéral fédéral, c'est source d'inquiétude, réellement. Mais, bon, au minimum à l'échelle de la distribution et de la vente, pour nous, c'est le contrôle public.

Sur l'âge légal, à ma connaissance, les décisions de notre parti, c'est 18 ans, là. C'est déjà, disons, en matière démocratique, lorsqu'on reconnaît les compétences et les capacités pour des personnes de voter et de prendre des décisions importantes sur leur avenir, sur un tas de choses, à 18 ans, je ne vois pas pourquoi, en cette matière-là, on les minoriserait.

Mme Plante (Caroline) : Sur la Catalogne, M. Khadir, pourquoi...

M. Khadir : Pardon? Notre décision de congrès, c'est... oui?

Mme Plante (Caroline) : Une petite dernière.

M. Khadir : Non, je voulais savoir si je m'étais trompé sur la décision de notre congrès. C'est 18 ans.

Mme Plante (Caroline) : Alors, pourquoi envoyer la députée Manon Massé en Catalogne pour...

M. Khadir : Eh bien, parce qu'on reçu une invitation de la part des indépendantistes catalans et parce que, pour nous, l'exercice d'autodétermination... parce qu'au-delà de ce qu'on penser, hein, nous sommes des indépendantistes, on ne cachera jamais ça à personne.

Cependant, au-delà de ça, tous ceux qui sont démocrates, et j'espère que les fédéralistes québécois et canadiens sont démocrates, parce que je veux leur relancer un message, il faut respecter les processus d'autodétermination. Un référendum, quand on consulte notre monde, c'est l'exercice le plus légitime dans n'importe quelle démocratie. Alors, en vertu de quoi le gouvernement de Madrid ou le gouvernement canadien peuvent être réfractaires ou opposés au fait que le gouvernement autonome de la Catalogne consulte sa population?        Donc, nous allons là pour dire à la face du monde et aussi pour nos interlocuteurs ici, au Québec, que le peuple catalan a le droit inaliénable de se prononcer. La décision lui appartient. S'il veut se séparer, s'il veut rester avec l'Espagne, personne ne peut s'y opposer. Et, si on est un véritable démocrate quand on est fédéraliste, on ne peut pas commencer à dire : Ah! non, non, là, la question était... et c'est moi qui doit le déterminer, vous n'avez pas le droit de consulter les gens là-dessus.

Donc, on va là en geste de solidarité avec le peuple catalan, pour dire au monde entier que cet exercice est un exercice légitime, et ça revêt du caractère inaliénable de toute démocratie qui se respecte. Il n'y a rien de plus légitime que de questionner son peuple sur l'avenir, le destin de la nation.

Le Modérateur : Merci, tout le monde. Bonne journée.

(Fin à 11 heures)

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