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Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Version finale

Le mardi 15 mai 2018, 12 h 45

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Douze heures cinquante-deux minutes)

Le Modérateur : Alors, bienvenue à cette conférence de presse concernant les travailleurs et travailleuses d'agences de placement. Je vais laisser la parole à M. Khadir et à nos invités, qui sont Jacques Dago, Jean-Pierre Maweja, Ana, tous les trois de l'Association des travailleurs et travailleuses d'agences de placement. Ana est également du Collectif des femmes sans-statut. M. Khadir.

M. Khadir : Des milliers de travailleuses et travailleurs en provenance de tous les pays — vous voyez ici, nous en voyons l'exemple, donc, à la fois de l'Amérique latine mais aussi d'Afrique — travaillent dans des conditions de précarité qui parfois frisent des conditions que quelques-uns qualifient d'esclavage des temps modernes, privés de leurs droits, privés de tout statut, privés des soins de santé de base, privés en fait de ce que le Québec souhaite et pense qui est un minimum digne que tout être vivant qui travaille sur notre sol devrait jouir. Alors, nous en avons trois ici qui voudraient témoigner pour les conditions qu'elles et ils ont pu observer. Si vous permettez, nous allons commencer avec M. Dago, de l'Association des travailleurs et travailleuses d'agences de placement.

M. Dago (Jacques) : Merci. Bonjour. Je m'appelle Jacques Dago, je suis porte-parole de l'Association des travailleurs et travailleuses d'agences de placement.

L'ATTAP a été formée en 2011 pour répondre à la nécessité d'avoir une organisation qui pourrait mobiliser, défendre les travailleurs et travailleuses d'agences de placement pour développer l'éducation populaire, l'apprentissage et l'acquisition de connaissances autour de la précarité du travail et des agences de placement.

L'ATTAP est un point de référence important sur la relation triangulaire du travail qui se développe avec les agences. Les revenus d'exploitation du secteur de placement de main-d'oeuvre ont plus que doublé depuis le début des années 2000. En 2014, ces revenus s'élevaient à 13,3 milliards de dollars au Canada et 1,4 milliard de dollars pour le Québec. Le nombre d'emplois dans ce secteur des services a considérablement augmenté entre 2004 et 2014. Pour la période de 2009 à 2014, l'augmentation du nombre d'emplois a connu une croissance qui a été supérieure à 75 % à celle de tous les autres secteurs au Québec. Il existe un mythe selon lequel les agences de placement et la flexibilité de la force de travail permettraient à plusieurs travailleurs et travailleuses sans emploi d'entrer sur le marché du travail et de les sortir de la pauvreté. Les agences constitueraient ainsi une sorte de tremplin vers l'emploi à temps plein et pour sortir de la pauvreté. Il y a des petites agences de placement, qui développent leurs activités principalement à Montréal, ils exploitent les travailleurs migrants sans papiers.

Donc, à ce stade, je vais passer la parole à ma collègue, qui va essayer de donner aussi d'autres informations. Merci.

Ana : [Interprétation] Bonjour, mon nom, c'est Ana. Je suis membre d'ATTAP et le Collectif des femmes sans-statut. J'ai obtenu ma carte de résident permanent il y a cinq mois, après avoir vécu à Montréal pendant 12 ans comme immigrante sans papiers.

La réalité du système d'immigration au Canada et au Québec fait en sorte que, peu importe la façon dont nous arrivons ici, nous nous retrouvons toutes et tous, à un moment de notre parcours, avec un statut d'immigration irrégulier. La réalité est aussi que, tout au long de ce parcours, nous devons travailler pour subvenir à nos besoins ainsi qu'à ceux de notre famille.

Nous avons travaillé pour des agences de placement de seconde classe qui nous paient au-dessous du salaire minimum. Des entreprises québécoises respectables s'empressent alors de recourir à ces agences pour nous exploiter en tant que main-d'oeuvre bon marché, flexible, soumise et jetable. Cela constitue une forme de travail au noir légalisé à laquelle nous sommes contraintes, qui occasionne plusieurs abus étant donné que nous ne pouvons porter plainte sous peine de déportation.

La proposition du gouvernement de réglementer les agences de placement peut sembler une bonne idée. Par contre, si cette réglementation ne s'accompagne pas de protections pour les travailleurs et travailleuses sans papiers ou à un statut d'immigration implicite, cela nous poussera dans une précarité encore plus grande, car les gens sans scrupules pour qui nous sommes forcées à travailler trouvent un autre stratagème pour continuer à profiter de notre vulnérabilité.

C'est par cela que nous demandons donc que le gouvernement du Québec garantisse l'accès plein et complet aux services gouvernementaux, incluant le droit de porter plainte auprès de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail pour toutes et tous les travailleurs, peu importe leur statut d'immigration.

Dans le contexte de la pénurie de la main-d'oeuvre qui sévit actuellement au Canada, nous demandons que le gouvernement garantisse aux travailleurs et travailleuses sans papiers le droit de travailler légalement, tel que prescrit par la Déclaration universelle des droits de l'homme. [Fin de l'interprétation]

Le Modérateur : Merci, Ana, merci, Viviana. On va maintenant prendre les questions.

M. Khadir : Madame... monsieur...

Le Modérateur : Ah oui, vous avez raison. J'oubliais M. Jean-Pierre... Oui, allez-y, M. Jean-Pierre Maweja.

M. Maweja (Jean-Pierre) : Bien, je vais tâcher d'être bref. Je suis Jean-Pierre Maweja. Je pense que tout a été presque dit, mais je voulais revenir sur le mythe selon lequel les agences de placement présentent une certaine flexibilité pour un accès aux emplois permanents. Cela s'avère faux parce que les agences de placement sont en réalité en train de sous-traiter les emplois qui existent déjà et qu'elles transforment ces emplois-là permanents en emplois temporaires. Alors, ils placent des cloisonnements qui ne donnent pas l'occasion à l'employé de postuler pour un poste qui est ouvert dans l'entreprise cliente dont ils vous ont placé. Cela conduit au travailleur tout droit dans la précarité parce qu'il n'a pas l'occasion de profiter de tous les avantages sociaux, les assurances, les congés maladie et tout ce qui peut être drainé par un emploi permanent avec une entreprise qui vous engage directement, donc les conditions de travail ne font que se détériorer de plus en plus.

C'est pourquoi, à l'occasion de l'examen du projet de loi n° 176 par la commission parlementaire, nous aimerions réitérer notre revendication, qui est que tous les travailleurs et travailleuses des agences de placement soient engagés directement par l'entreprise cliente après trois mois d'un exercice permanent au sein de cette entreprise-là. Donc, c'est un peu quelque chose que nous insistons pour que la commission parlementaire puisse en tenir compte et que cette loi-là puisse aider les travailleurs à rêver à une qualité de vie meilleure.

Le Modérateur : Merci, Jean-Pierre. C'est maintenant le moment des questions. Mathieu Dion, de Radio-Canada.

M. Dion (Mathieu) : Bonjour à tous. M. Khadir, qu'est-ce que vous voulez faire, notamment, mettons... Qu'est-ce qu'il faudrait ajouter au projet de loi pour le bonifier davantage et pour répondre aux attentes des personnes ici présentes, travailleurs ici présents?

M. Khadir : D'abord reconnaître que cette précarisation de l'emploi, qui se fait sur le dos de travailleuses et travailleurs qui sont vulnérables parce que souvent non conscients de leurs droits, nuit à l'ensemble de la société, comme ça a été dit, en transformant les emplois qui pourraient être des emplois de qualité, bien protégés, bien rémunérés en des emplois précaires.

Deuxièmement, le plafond de trois mois. Au-delà de trois mois — ça peut être discuté, est-ce que c'est quatre, c'est trois ou deux, mais il faut que ça soit un délai raisonnable — au-delà d'un délai raisonnable dans lequel le travailleur ou la travailleuse a oeuvré au sein d'une entreprise, que cette travailleuse ou ce travailleur soit considéré comme étant lié par lien d'emploi à l'entreprise, et donc jouissant de tous les avantages qui viennent avec un poste permanent.

Troisièmement, c'est que tous ces travailleurs et travailleuses puissent jouir de la protection de la Commission des normes du travail, et donc, s'il y a des contentieux, s'il y a des problèmes, qu'ils aient un recours au même titre que n'importe lequel ou laquelle des travailleurs.

M. Dion (Mathieu) : J'ai une question... Ah! bien, à moins que vous vouliez ajouter quelque chose?

Une voix : Non, non.

M. Dion (Mathieu) : J'ai une question. Aujourd'hui, la Coalition avenir Québec nous dévoile un peu son... la Coalition avenir Québec, le parti politique, nous dévoile un peu son plan en matière d'immigration, et je suis curieux de vous entendre. Pensez-vous que ce plan-là, qui va exiger plusieurs choses... Je ne sais pas si vous êtes ferrés sur ce que veut faire la Coalition avenir Québec. Peut-être, M. Khadir, vous l'êtes un peu davantage...

M. Khadir : Bien, faites attention...

M. Dion (Mathieu) : Non, mais c'est parce que... Non, mais ce qui est intéressant, c'est... Ma question, c'est : Est-ce que ça pourrait augmenter la précarité des travailleurs comme les personnes qui sont ici aujourd'hui?

M. Khadir : M. Dion, je ne... Évidemment, là, je ne suis pas au courant de l'annonce qui a été faite aujourd'hui. Est-ce qu'il y a un volet qui vous semble particulièrement problématique à cet égard? Je pourrais le commenter.

M. Dion (Mathieu) : Bien, par exemple, il y a la création, là, du certificat d'accompagnement transitoire de trois ans. Il faut que les personnes puissent avoir complété un test des valeurs et un test de français et, s'il y a un échec, il peut y avoir…

M. Khadir : Oh là là! O.K. Bon. Alors, on parle du test des valeurs formulé par la CAQ. On nage en plein dans une erreur fondamentale qui vient tout droit de tout ce qui, au bout de sa logique, a conduit à des choix aussi malheureux, aux Etats-Unis, que d'emmener des gens à voter pour un type comme Trump.

Est-ce que M. Legault espère améliorer la société québécoise? Ou avec ce genre de… C'est une forme de propagande, ça, de penser que, dans le fond, les nouveaux venus, que ça soit des travailleuses, ou des travailleurs, ou des immigrants, ne veulent pas apprendre le français ou ne seraient pas intéressés à le faire. Et c'est tout à fait méconnaître la réalité du monde du travail et des problèmes que ces personnes doivent surmonter que de penser qu'en trois ans, par magie, avec un accompagnement, ça serait réglé et qu'en plus il faudrait que les travailleuses et les travailleurs ou les nouveaux venus soient davantage fragilisés, soient davantage prêts à se soumettre à n'importe quelles conditions, sachant qu'au bout de trois ans il y a un couperet qui va leur tomber dessus.

J'ai déjà entendu… Je ne connais pas le détail de cette proposition, mais ça fait quelques années que la CAQ brandit ce genre de suggestion là. C'est une fausse piste. Ce que le Québec a besoin, c'est d'investissements massifs dans notre réseau d'éducation, dans la francisation des immigrants, dans la protection des nouveaux venus pour leur accorder de bonnes conditions d'emploi pour que le processus d'intégration le plus naturel, le plus robuste, reconnu par tout le monde, qui est le marché de l'emploi et la scolarisation, soit adéquat pour intégrer nos immigrants.

M. Dion (Mathieu) : Donc?

M. Khadir : Donc, je trouve que c'est une pente glissante, c'est de la pensée magique et c'est de la démagogie. C'est que François Legault tombe dans la démagogie de tous ces gens-là, là, qui pensent que le problème de la société québécoise, c'est le fait que quelques immigrants, soi-disant, qui viennent ici ont des problèmes avec nos valeurs. La plupart des immigrants qui viennent ici viennent ici parce qu'ils ont envie d'une société juste, d'une société démocratique, une société qui valorise l'égalité hommes-femmes, partagent les mêmes valeurs que nous.

Le Modérateur : On a, donc, des invités pour parler spécifiquement des normes du travail.

M. Khadir : ...précarité...

Le Modérateur : Oui. Peut-être que, s'ils sont... O.K.

M. Khadir : C'est certainement un élément de précarisation supplémentaire si, au bout d'années de travail comme travailleurs temporaires, comme travailleurs précaires, en plus on leur impose, dans le processus de résidence permanente, d'autres conditions alors que, pendant des années, ces gens-là n'ont pas eu la possibilité d'avoir accès à de bonnes formations en francisation, on vient juste aggraver l'injustice.

Le Modérateur : O.K. Merci beaucoup. Bonne fin de journée.

(Fin à 13 h 9)

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