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Point de presse de Mme Catherine Fournier, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration

Version finale

Le mardi 4 décembre 2018, 15 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Quinze heures trente minutes)

Mme Fournier : Merci. Alors, bonjour, tout le monde. Comme j'avais eu l'occasion de le dire à plusieurs d'entre vous ce matin, nous, on était de bonne foi, on laissait la chance au coureur pour le dépôt du plan d'immigration du nouveau gouvernement. Malgré tout, je dois vous exprimer aujourd'hui évidemment ma déception puisque j'ai eu beau chercher à travers les pages dudit document que... ça a pris beaucoup de temps, par ailleurs, sur lequel on a pris du temps pour mettre la main dessus, et donc je n'ai vu aucune référence à des études ou à des opinions d'experts qui sont fiables pour justifier la baisse des seuils d'immigration. Mais, bon, disons que ce n'était pas surprenant de la part de la Coalition avenir Québec, qui nous a habitués à son manque de rigueur sur un paquet de dossiers, que l'on pense simplement à l'âge pour consommer et pour acheter du cannabis ou encore au projet de troisième lien. Visiblement, le gouvernement semble mettre de côté l'opinion des experts.

Par contre, ce qui est extrêmement surprenant est de voir le manque d'ambition qu'exprime le nouveau gouvernement à travers ses cibles de personnes qui parlent le français au point d'arrivée, donc les immigrants qui arrivent au Québec et qui ont déjà une connaissance de notre langue. Donc, le nouveau gouvernement la cible à 41 %. Franchement, il faut le faire. On sait que c'est trois points de moins que la cible qui était émise par le précédent gouvernement, le gouvernement libéral, donc, qui ciblait 44 %. Il a simplement... Il a eu un résultat de 42 % cette année. Donc, c'est vraiment surprenant de voir que la CAQ abaisse à 41 %.

Enfin, on sait que le premier ministre avait dit à de nombreuses reprises que, pour lui, le critère de la connaissance du français ce n'était pas un critère qui était important. Mais moi, je vous dirais que ce n'en est pas moins très inquiétant pour la pérennité du français. Simplement, vous rappeler qu'en 2014 la cible, en fait, le résultat était de 60 % pour la connaissance du français au point d'entrée. Donc, on voit qu'il y a presque 20 points de baisse; 2014, ça ne fait pas longtemps. Alors, c'est fort préoccupant parce qu'on sait que la connaissance du français, c'est le critère principal pour assurer une intégration des nouveaux arrivants à la société québécoise. Et vous l'aurez vu comme moi, hier, par exemple, dans la mise à jour économique, il n'y a eu aucune ressource supplémentaire qui a été accordée, par exemple, pour les programmes de francisation.

Alors, la CAQ, d'un côté, nous dit qu'ils veulent prendre moins d'immigrants, on le voit aujourd'hui dans le plan d'immigration, et ils nous disaient aussi qu'ils voulaient en prendre soin. Et on attend toujours les mesures qui viendraient confirmer ce fait.

M. Laforest (Alain) : Est-ce que c'est irresponsable comme plan?

Mme Fournier : Irresponsable pour la connaissance du français, pour moi, c'est clair. Cibler seulement 41 % des immigrants qui arrivent ici et qui parlent déjà français, pour moi, c'est vraiment un péril pour l'avenir de la langue française au Québec, certainement, surtout s'il n'y a pas de ressources supplémentaires qui sont accordées à la francisation.

Vous savez, le rapport dévastateur de la VG, l'an dernier, nous disait qu'il y avait 90 % des gens en francisation qui échouaient les tests. Ça, c'est à part de ceux qui ne s'inscrivent pas à la francisation, notamment faute de places. Donc, ce n'est pas simplement...

M. Laforest (Alain) : Donc, pour vous, c'est plus important la pérennité du français que les problèmes de pénurie de main-d'oeuvre. C'est ça que vous nous dites, là.

Mme Fournier : Bien, le problème de pénurie de main-d'oeuvre, c'est important aussi. Il faut savoir bien intégrer les immigrants. Puis ce n'est pas une question de nombre, et c'est ça que, nous, on déplore, au Parti québécois. C'est qu'on a mis énormément d'emphase sur les seuils d'immigration. Là, on dirait que la CAQ, c'est la seule chose qui les préoccupe. C'est les seuils. Mais l'intégration, pour eux, ce n'est pas important.

Pourtant, quand on parle d'intégration, on parle d'accès au marché de l'emploi, répondre, évidemment, au besoin de la pénurie de main-d'oeuvre, mais également lutter contre la discrimination qu'on retrouve encore sur le marché du travail. Ça passe par la francisation, donc la connaissance de notre langue commune qui est le français, mais également par la régionalisation, et, sur ces aspects-là, bien, visiblement, la CAQ n'apporte pas de réponse.

M. Lavallée (Hugo) : Mais, même si la proportion de gens qui connaissent le français va diminuer, étant donné que le nombre absolu d'immigrants qui vont être admis va diminuer, forcément, il y aura donc une pression moins grande à Montréal, par exemple, pour ce qui est de la langue française, puisque le nombre de personnes arrivant ne connaissant pas le français, en nombre absolu, va être moindre.

Mme Fournier : Le taux d'échec était de 90 %, alors la situation, si on n'augmente pas les ressources, elle ne risque pas de s'améliorer, au contraire. Moi, je trouve que c'est un manque d'ambition. On veut assurer le succès de chaque immigrant qui arrive ici, au Québec, on veut que les gens puissent être bien intégrés à la société. Puis ça, c'est simplement d'être accueillant envers eux. Donc, c'est des deux côtés, autant pour la société d'accueil que pour les personnes qui arrivent ici. On a une responsabilité collective de bien les intégrer et de déployer les ressources nécessaires.

Donc, comme j'ai dit, hier, il n'y avait aucun élément supplémentaire dans la mise à jour économique, alors qu'on baisse les seuils dès le 1er janvier 2019, mais également on n'avait rien qui était prévu au cadre financier de la CAQ lors de la campagne électorale, donc ça ne me rassure pas sur, par exemple, le budget qui pourrait être déposé. On espère, évidemment, on va faire les représentations pour qu'il y ait davantage de ressources qui y soient consacrées, notamment l'ensemble des budgets de l'accord Québec-Canada, pour qu'ils puissent y aller directement, dans la francisation-intégration, mais, pour l'instant, on n'a aucune réponse.

M. Lavallée (Hugo) : Au-delà de la question de la langue française, là, le fait qu'on diminue à 40 000, ça, est-ce que vous vous opposez à ce chiffre de 40 000?

Mme Fournier : Je ne sais pas d'où il sort, ce chiffre de 40 000, tout comme je ne savais pas d'où sortait le chiffre de 53 000 des libéraux. C'est ça, le problème. C'est qu'on sort des chiffres comme ça de notre chapeau sans aucune rigueur, sans se fier aux analyses des experts, par exemple.

Du côté du Parti québécois, ça fait longtemps qu'on dit que ça devrait être une instance neutre qui s'occupe de déterminer les seuils d'immigration. Nous, notre rôle, en tant que législateurs, c'est ensuite de s'assurer que ces personnes qui arrivent ici puissent être intégrées à la société québécoise par toutes sortes de mesures : la francisation, la régionalisation, l'intégration en emploi. Mais le nombre en tant que tel, on devrait se fier à des gens qui ont les compétences pour le déterminer. Par exemple, avec la Vérificatrice générale, on aurait pu choisir d'élargir son mandat, de l'adjoindre d'un comité consultatif qui serait composé de spécialistes sur la question, par exemple, au niveau de la pénurie de main-d'œuvre, sur la question de l'intégration, sur la question de la langue, de l'éducation, et ensuite avoir un bon portrait de la situation, avec des démographes, et tout ça. Mais là ça repose seulement sur du vent, tout comme le chiffre du Parti libéral reposait sur du vent lors du précédent gouvernement.

M. Bourgault-Côté (Guillaume) : Une question, là-dessus. Votre ancien chef lui-même évoquait une cible de 35 000 à 40 000. Il parlait du taux de succès des années dernières. François Legault lui-même disait que c'était un peu... le 40 000, il venait un peu de cette réflexion-là, là, ceux qui quittent par rapport à ceux qui restent. Ce n'est pas une justification en soi, à votre avis, pour justifier ce 40 000 là, le fait que, dans les dernières années, c'est le nombre d'immigrants qu'on a pu retenir?

Mme Fournier : En fait, c'est un manque d'ambition. Effectivement, il y avait 15 000 immigrants par année qui quittaient sous le précédent gouvernement. Bon, on recevait 50 000. Au final, c'était 35 000 parce qu'il y en avait 15 000 qui décidaient de quitter le Québec. Mais malgré tout, l'important, ce n'est pas le nombre qu'on reçoit, c'est de s'assurer que ces personnes-là soient bien accueillies. Et les 15 000 personnes qu'on a perdues, c'est des rêves qu'on a brisés. On leur a donné une espèce de mirage selon lequel ils pourraient être bien accueillis au Québec, mais on n'a pas déployé les ressources nécessaires pour que ce soit réussi.

M. Bourgault-Côté (Guillaume) : Une question par rapport à l'accord Québec-Canada, qui dit que normalement le Québec s'engage à accueillir une part proportionnelle à sa population du volume total d'immigrants qui sont accueillis par le Canada. Avec un 40 000, par rapport à une cible de 330 000 fédérale, ça fait 12 %, donc on est largement en deçà de ce qu'on devrait respecter. Est-ce qu'à votre avis ça va causer un problème avec Ottawa, en termes, donc, de respect de cette entente-là?

Mme Fournier : Ça peut causer un problème. En même temps, pour le nombre de réfugiés, par exemple, dans le dossier des demandeurs d'asile, le Québec en recevait beaucoup plus, proportionnellement à notre place dans le Canada. Donc, il faudra voir les détails pour ce qui est de l'accord Québec-Canada.

Mme Prince (Véronique) : En même temps, le gouvernement promet d'améliorer les services de francisation, tout ça. En fait, vous n'y voyez pas une volonté réelle de leur part de le faire?

Mme Fournier : Mais il n'y a aucun geste qui a été posé en ce sens. Hier, ils auraient pu envoyer un message, lors de la mise à jour économique, de réinvestir dans les services en francisation. Puisqu'ils déposaient le plan aujourd'hui, je pense que ça aurait envoyé un bon message aux gens qui font le choix du Québec, et de façon courageuse, comme nous le dit le ministre de l'Immigration. Et, si on regarde le cadre financier de la CAQ lors de la dernière élection, bien, il n'y avait pas un sou supplémentaire qui était prévu pour les services de francisation. Alors que nous, ce qu'on disait, c'est qu'il fallait vraiment un coup de barre, là, parce que c'est 90 % de taux d'échec. Alors, quand bien même qu'on ait moins d'immigrants, bien, premièrement, ils vont parler moins français, parce que la CAQ décide de baisser sa cible en termes de connaissance du français, donc il va y avoir plus de gens qui vont en avoir besoin. Puis on était tellement loin du compte qu'il ne fallait pas maintenir les budgets, il fallait les augmenter.

M. Croteau (Martin) : Est-ce que ce plan met la table à un affrontement avec Ottawa, selon vous? Parce ce que vous avez entendu Justin Trudeau, ce matin, vous voyez le plan; clairement, il y a un désaccord.

Mme Fournier : Ce sera à voir. Moi, je pense que la CAQ va rapidement, disons, se buter aux limites de la fédération canadienne. Merci.

(Fin à 15 h 40)

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